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COMITE
D-niST(.)iliE ET D ARCHfiOLOGIE
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BULLETIN V
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lyfflSTOIRE ET C'ARCHfiOLOGIE.
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Auch, impr. et lith. F^lix Foix, rue Balguerie.
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O't.'^d, |„5-/a cu^^l
BULLETIN
DU
COMITE
DHISTOIRE ET DARCHEOLOGIE
PE hk
PROVINCE ECCLlfiSIASTIQUE
D'AUCH.
(L^
Tome I. — 1860.
PARIS,
LIBRAIRIE CATHOLIQUE
Rue du Vieux-Coloiubier,
29.
AUCH,
LIBRAIRIE CATHOLIQUE
Emmahiibi. FAI«li:iiE0y ^dlleiir,
Ruo de I'Oratoire,
41.
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TV- 3 3.)
Harvard College library
SEP 25? 1913
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ORDONNANCE SYNODALE
RBLATIYE A L'^TABLISSBMBNT
VUN COMITt D'HISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE
DE LA PROVINCE ECCLfiSIASTIQUE D'AUCH.
ANTOINE DE SALINIS, par la Grace de Dieu et duSaint-
Si6ge Apostolique, Archbveque d'Auch, Primat de la
Nqvempopulanie et des Deux-Navarres, Assistant au
Tr6ne Pontifical, etc.
Consid^rant que la tradition est la vie des Eglises par-
ticuli^res;
CoDsid^rant que cette tradition a &{^ malheureusement
interrompue pour toutes les Eglises de France, et qu'il
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— ^2 —
importe de la fairerevivre, autant que la chose est encore
possible;
Gonsid^rant que, pour Tinstruction de ceux qui nous
succ^deront, ii importe de consigner par 6crit tout ce qui
s'est fait, et ce qui se fait encore dans un int^r^t de bien
public, et sp^cialement pour la reorganisation complete
des Dioceses de France,
Notre Synode entendu.
Nous AVONS STATUfi ET STATUONS :
I.
Un GoMrrt b'Histoire et D'ARCHtoLooiE est ^tabli dans
notre Palais archi^piscopal.
II.
Ce CoMiTfi sera principalement compos6 d'eccl6siasti-
ques- Toutefois, nous y admettrons volontiers les laiques
qui voudront bien nous aider de leur concours.
Le Gomit£ comprendra :
!• Des Membres TiTULAiREs ;
2* Des membres HONORAiREs ;
3^ Des Membres coRRESPONDANTS.
IIL
Nous nous r6servons d'organiser nous-m^me le Bureau
Du GoMFTfi ; de nommer les Secr6taires , les Arcbivistes ,
un*e Commission du Bulletin ; enfln , de designer , pour
la premiere fois^ les Membres titulaires et les Membres
correspondants.
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— 3 —
A ravenir, il faudra , pour obtenir un de ces titres , pre-
senter, avant tout , un Memoire^ ou bien un ancien Docur
ment qui soit admis par le Comit£ k trouver place dans
le Bulletin-
IV.
Seront, de droit, Membres honoraires : MM, les Cha-
Doines, MM- les Archipr^tres et MM. les Doyens; les Su-
p6rieurs du Grand et du Petit-S6minaire ; le Sup6rieur des
Missioonaires ; les Sup^rieurs des Maisons eccl^siastiques
d'Eauze, d^ Lectoure et de Gimont.
V.
Le CoBort se r^unira, sous notre pr6sidence, dans notre
Palais archi^piscopal.
Dans tons les cas d'absence ou d'emp^chement , nous
nous ferons supplier par un de nos Grands Vicaires.
VI.
Les travaux du Comiti6 ont un double but :
l** Etudier les Monuments, et recueillir les documents
qui interessent le pass6 du Diocese, et m6me celui de la
Province eccl6siastique d'Auch ;
2** Ecrire THistoire du present-
VIL
11 y aura dans chaque Doyenn6 de notre Diocese, un
Membre titulaire d6sign6 par la Conference, qui sera
charg6 de correspondre avec le Comit£ et de lui trans-
mettre tons les documents et autres objets qui auront
6t6 recueillis dans le Doyenn6.
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— 4 —
VIIL
Outre les documents Merits, nous recevrons tr6s volon-
tiers tous les objets, de quelque nature qu lis soienl, qui
pourront int6resser THistoire monumentale du Diocese ou
denotre Province eccl6siastique (1).
IX.
Le Membre titulaire d6sign6 par chaque Conference de-
vra transmettre au ComitS le r6cit de tarn Im faits im-
portants qui s'accompliront dans son Doyenn6, sp^ciale-
ment ceux qui seront de nature k int6resser la Religion,
tels que : construction, grosses reparations, ornemeniation
d'6glises, de chapelles, de presbyt^res; missions ou retrai-
tes; 6rectionsde Monuments, tels quecroix, statues, etc.,
etc.
X.
Un des Secretaires du Bureau est charg6 de mettre en
ordre, pour les archives du Comity, tous les documents
de cette nature qui se rapportent soit au pass6, soit au
present du Diocese, ou de la Province eccl6siastique
d'Auch.
XI.
II sera public, avec le concours de notre Clerg6, un
Bulletin ptwoDiQUE dans lequel on consignera soit les
travaux courants, soit les documents anciens que la Com-
(1) Nous esp^rons pouvoir former, sous peu, dans noire Palais archi6pisco-
pal, un Mus^e special, que nous deslinons k reccvoirces difr6rentsobjels,cc-
cl^iasliques ou autres.
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— 5 -
mission de notre Bulletin aura jug6s dignes de Timpres-
sion.
Donn6 k Auch, en assembl^e synodale, sous notre
seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre
Secretaire g6n6ral, le 11 octobre de Tan de Notre-Sei-
gneur 1859.
f ANTOINE, Archev&jue d'Aach,
Par Manderoent :
J.-J. MENDOUSSE, Chan., Secrit. gen.
ADHESION DE ]VOSSEIG]V[EURS
Les EvSqaes raffiragants de la Provinoe d'Aach.
Aire, le 49 d^cembre 4859.
Monsieur le Grand Yigaire,
Je suis heureux d'apprendre que le Comit6 d'Histoire
et d'Arch6oIogie de la Province eccl6siastique d'Auch est
enfin organise. Cest une bonne oeuvre de plus que ITiis-
toire ajoutera ila vie,d6j^ si riche, de notre savant M6tro-
politain.
J'aecepte avec reconnaissance le titre de Membre de
TAssociation que vous m'offrez. Ce titre, que je ne m6rite
pas dans votre Province, me rappellera les chores 6tudes
que j'ai faites, dans ma jeunesse, sur la terre que je viens
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— 6 —
de quitter, et qui, comme la v6tre, offre partout, k Foeii
de Fobservateur, de grandes ruines et de grands souve-
nirs.
Puiss6-je trouver, apr^ I'accomplissement de mes de-
voirs d'Ev6que, quelques moments libres pour m'initier k
Thistoire de notre Province eccl6siastique ! A mon Age,
dans ma place, je ne serai jamais plus qu'un faible 6l6ve.
Mais au moins je suivrai avec amour les travaux de vos
collaborateui*s, et je m'instruirai k leur 6cole-
Agr6ez, Monsieur le Grand Vicaire, avec mes telicita-
tions bien sinc^res, etc-, etc-
f LOUIS-MARIE, Ev^que (TAire.
Tarbes, le 23 d^cembre ^859.
Monsieur le Yigaibe G£n£ral,
Vous voulez bien me communiquer le projet d'une So-
ci6t6 d'Etudes, qui serait un Comite d'Histoire et d'Ar-
chiologie de la Province eccUsiasttque dAuch, projet form6
par Mgr de Salinis, archevAque d'Auch; et vous me de-
mandez de pr6ter mon concours k ce Comity, en ce qui
concerne le Dioc6se de Tarbes.
J'adh^re de grand coeur k ce projet, que je consid6re
comme tr6s utile. Et rien ne sera n6glig6 par ici pour qu'il
ait un grand succte dans mon Dioc^e-
Recevez, je vous prie. Monsieur le Vicaire g6n6ral, etc.
•J* B. S., EvAjuede Tarbes,
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^ 7 —
Batonnb, le U f^vrier 4860.
Monsieur le Grand Vicaire,
Tout ce qui int6resse la Religion et la Province k la-
quelle nous apparlenons ne peut qu'exciter mon propre
inler^t et mes sympathies.
Cest pourquoi si vous pensez que mon nom puisse 6tre
de quelque utility k Fa^uvre de la Soci6t6 "historique que
notre v^ii^r^ M^tropolitain a dessein d'6tablir, vous pouvez
Tajouter aux autres noms, incomparablement plus impor-
tants qui figurent dans le projet.
Recevez, Monsieurle Grand Vicaire, Tassurance, etc. ,etc.
f FRAN(;;OIS, Ev^que de Bayonne.
PERSOMEL
DU
COMITE D'HISTOIRE ET D'AROfi^OLOOIE
DE LA PROVINCE ECCLfiftlASTIQUE D'ADCR.
Composition dn Bnrean :
President^ Mgr L^ARCHEvftQUB d^Auch;
Prisident honoraire^ M. le PRfeFBT du Gers;
Secretaires, MM. Niel, archiviste du d^partement du Gers;
GARDfeRES, docleur en iheologie, professeur de
theologie au grand seminaire d'Aucb;
GRENiER,licencid es-lettres, professeur de rMto-
rique au Ivc^e d'Auch;
Larroque, professeur d'humanUes au peiil semi-
naire d'Aucb;
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— 8 —
Archivistes^MU. Monbet, bibliolhecaire et professeur dliistoire
au grand s^minaire d'Auch;
Peyret-Mirande, pro-secrcJlaire de Mgr Tarche-
veque d'Auch;
EspiAU, professeur de troisifeme au pelit s^mi-
naire d'Aucb;
BouGNfeREs, professeur de qualrifeme au petit
s^miuaire [I'Auch.
. Gommissioi do Bolletiii :
MM. Can£to, vicaire general de Mgr TArchevfique d'Auch;
MoET, docteur es-lellres, Inspecteur de I'academie de Toulouse;
DuMONT-TouRRET, payeur du deparlemeu! du Gers;
Lafforgue (P.), auleur de VHisioire d'Auch;
DuTiROu, docleur es-sciences, professeur de physique au
s^minaire d'Auch;
Abadie, missionnaire dioedsain;
Fauqu£» professeur de rhetorique au pelit seminaire d'Auch.
MEMBRES D'HONNEUR
DU gomit£:
NN. SS. N. A. DE La Croix d'Azolette, ancien Arch. d'Auch.
F. Lagroix, Eveque de Bayonne.
B. S. Laurence, Evgque de Tarbes.
L. M. 0. Epivent, EvSque d'Aire et Dax.
Ont 6i6 invites, par Monseigneur TArcheveque d'Auch, k preter
leur concours auXomile, en quality de MEMBRES TITDLAIRES:
MM. lesDfepuTfesdu Gers au Corps legislatif;
les Membres du Conseil general du Gers;
les Sous-PRfiFETs de Coodom, de Lccloure, de Lombez et
de Mirande.
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- 9 —
AU CLERGfi DU DlOCfiSE
AL'OCGASION DE la PREMlfeRB LIYRAISON DU BULLETIN DU COMITfi
D'HISTOIRE ET D'aRGU^OLOGIE DE LA PROVINGE D'aUGH.
Monsieur le CuRfi,
Une des premieres preoccupations d'un Ev6que, en arrivant dans
son Diocfese, c'esl de connaitre le pass6 de FEglise dont la direction
loi est confine. Le pass6 6claire le present, et jette m6me sor
I'avenir d'utiles lamieres.
Dans I'etat normal, rien n'est plus facile que de remonter la
chaine des siecles, jusqu'aux 6poques mSme les plus dloign^es; la
tradition toujours vivante sert de 61 conducteur. II n'en est pas
ainsi pour les Eglises de France : une revolution a creus^ entre
le pr^ent et le pass^ un abime, dans lequel sont yenus s'engloutir
les institutions, les monuments, les ^tablissements qui faisaient la
gloire de nos antiques Eglises.
Des que les nouveaux dioceses furent reconstitu^s par le Con-
cordat, les EvSques a qui revint la p^nible et difficile mission de
rfiparer tanl de ruines ne n^gligerent rien pour conserver tout ce
qui restait encore des debris du pass^.Toutefois, leor zele fut en-
trav6 par des necessit^s plus pressantes. II fallait avant tout re-
constituer le Clerge. Et Ton ne sait pas tout ce qu'il a fallu de
perseverance, d'energie, et disons-le aussi,d'assistance divine, pour
recruter les rangs de la milice sacerdotale.
Dieu suscita pour cette o&uvre importante des bommes d'unme-
rite eminent et tfune vertu rare. Le Diocese d'Auch conserve
precieusement le souvenir des vertus et des bienfaits d'un de ces
saints pretres suscites de Dieu. Le nom de M. Tabbe Fenasse se
tronve meie a tout ce qui s'est fait dans la premiere moitie de ce
si^cle, pour la restaurationde^notre Diocese. Aussi ne sommes-nous
pas etonne de Timpatience legitime qui a inspire au Clerge ^j^i
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- 40 —
en Synode, aa mois d'octobre dernier, le voea de voir pablier, sans
retard, la biographie de ce venerable eccl^siastique.
Au milieu de ces incessantes occupations, les premiers restau-
rateurs de nos Dioceses ne purent pas, comme ils Fauraient d6sir^,
renouer le fil des traditions dioc^saines. II est vrai qu'ils en sen-
taient moins le besoin; attendu que ces traditions, aujourd'hui
Fobjet de nos recherches, faisaient, en quelque sorte, partie de
leur existence. Mais, a mesure que les anciens du sanctuaire dis-
paraissaient, le souvenir du pass6 s'eloignait. C'est alors que,
sur divers points de la France, les Evgques donn^rent le signal
de s^rieuses Etudes retrospectives.
Ce signal fut donn^, au milieu de nous, par Monseigneur de
La Croix d'Azolette, dont T^piscopat a 6t6 si f6cond en oeuvres
utiles. Profitant de ses courses pastorales, qu'il 6tendait jus-
qn'aux plus petits bameaux, il recueillait pieusement tons les sou-
venirs qui eiaient conserves dans la m^moire des anciens, ou
perpetuus par quelque mine, par quelque institution. II a consigne
le fruit de ses laborieuses investigations dans des proces-verbaux
de visites, qui composent un recueil des plus pr^cieux.
L'exemple de TEv^que excitait le z&le de ses prdires. Cest a
sa patemelle impulsion que doivent 6tre attribu^ les ouvrages
remarquables publics, dans ces derniers temps, sur I'histoire et les
principaux monuments de la Province eccl^siastique d'Auch.
Toutefois, jusqu'i present, il n'.y avait gufere eu que des oeuvres
individuelles; et Ton pr^voyait avec inquietude le moment ou les
auteurs de ces travaux venant 4 disparaitre, le fil de la tradition
risquait d'etre de nouveau brise. C'est ce qui a inspire i Monsei-
gneur de Salinis la pens^e de constituer une association dont les
membres s'appliqueraient a recueillir tout ce qui reste encore du
pass6, a consigner par 6crit tout ce qui se ferait dans le present.
Consults sur les avantages de cette institution, le clergd, r^uni
en synode. Fa accueillie avec empressement; il a approuvd le projet
destine a la r^aliser. Le vote du synode a ete en quelque sorte
sanqlionne par tout lederg^ dans les differentes reunions d^canales.
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-. u —
EDCouragS par cette manifestation unanime de son Glerg6» et
aussi, par le bienveiUant concours que les repr^sentants les plus
Aleves de Tautoritd du Gouvernement dans le pays, et nos principa-
les notabilit^s ont bien voulu lui promettre, Monseigneur n'a pas
craintde mettre la main 4 rceuvre.Vous recevrez, en mdme temps
que cette lettre, le premier num^ro du Bidletin annonc^ dans Tor-
DONNANCB SYNODALE. Permottez-nous, Monsieur le Cavi, de comp-
ter sur Yotre zfele pour soutenir cette publication. EUe estdestin^e,
non-seulement a reprendre avec ensemble, dans notre Province,
Tetude du pass^, afin de le relier au present, mais aussi k res-
serrer les liens qui unissent d^ji les membres du Clerg6 Diocesain.
Ge n'estpas trop, dans les temps odnous sommes, da concours
de tons pour r^aliser une oeuvre s^rieuse, de tout point, utile
au public. Vous verrez avec satisfaction que c'est ainsi que Tap-
pr^ient Nos Seigneurs les Evfiques d*Aire, de Tarbes et de
Bayonne. Les trois lettres, qui sont en t^te du BuUetinj prouvent
a quel point leur utile concours est assur6 a rosuvre du Mtoopo-
litain de la Province d'Auch.
Le Bulletin de notre CoMn* neparaltra d'abord qu'a des 6po-
ques 61oign6es. Mais si le Clerg6 lui prfite son appui, il ne sera
pas difficile de rapprocher les termes p6riodiques de sa publica-
tion.
Veuillez agr^er, Monsieur le Curfi, I'assurance de mes senti-
ments respectueux et d^voues.
C. DE LADOUE,
Vicairo Gto6ral d'Auch.
Auch, le 2 fd^rkr 4860, en la tile de la Purification do la Bien-
beureuse Vierge Marie.
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— 49 —
DES CONFERENCES DECAN&LES
ET LEURS ATTRIBUTIONS.
Conform^meot a Farticle \ii de TOrdonnance SjDodale, MM. les
Doyens ont dft consulter leurs Conferences respectives, pour pre-
senter a la nomination de Mgr rArchevSque MM. les eccWsiasti-
ques des divers cantons qui seraient design^s pour correspondre
avecleComite.
Monseigneur agr^e les presentations qui lui ont 6t6 faites et
nomme Mbmbres Titulairbs :
Pour le canton d'Auch (nord), M. Rigade, vicaire de Sainte-Marie.
— d'Auch (sud), M. Tocton, cure de Roquelaure.
— de Gimont, M. Rocs, id. de Blanquefort.
— de JeguD, M. Mont^gct, id. de Lavardens.
— • de Saramon, M. Granereau, id. de Saramon.
— de Vic-FezcnsacrM. Coosse, id. de Saint-Jean-Poutge.
— de Condom, M. Lassalle, aum. del'hospicede Condom.
— de Cazaubon, M. Dopoi, cure de Barbotan.
— d'Eauze, M. Saffraih^; id. de Lannepax.
— de Montreal, M. Monik, id. de Labarrere.
— de Nogaro, M. Deauze, id. de Manciet.
— de Valence, M. Sabati]6, id. de Valence.
— de Lectoure, M. Gardeiies, aumdnier de la Providence.
— de Saint-Clar, M. Denjoy, curede Maignas.
— de Fleurance, M. Daran, id. de Paullhac.
— de Mauvezin, M. Bi:NAc, id. de Sainte-Gemme.
— de Miradoux, M. Armagnac, id. de Flamarens.
— de Lombez, M. Davezac, id. de Puylauzic.
— de Lombez-Simorre, M. Lozes, id. d'Aguin.
— de Cologne, M. Arqui^, id. d'Ardizas.
— de risle-Jourdain, M. Peres, vicaire de Tlsle-Jourdain.
— de Samatan, M. Manabera, cure de Monblanc.
— de Mirande, M. Broca, id. de Marseillan.
— d'Aignan, M. L. Viad, id. de Lupiac.
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-.va-
pour le canton de Marciac, M. Collongues, id. de Ricourt.
— de Masseube, M. Lacoste, id. de Ponsan-Soubiran.
— de Mi61an, M. Danty, id. de Betplan.
— de Montesquieu, M. Ducuron, id. de risle-de-No6.
— de Piaisance, M. Rozes, id. de Tasque.
— de Riscle, M. Anolezio, id. de Viella.
MM. les eccl^siasliques dent les noms sent inscrits au tableau
ci-dessus trouvent lears attributions sommairement indiqu^es aux
articles vii, viii et ix de FOrdonnance Synodale.
MgrTArchev^que les prie sp6cialement de veiller k ce quil soit
retenu, et r^gulierement envoys k Sa Grandeur, procfes-verbal de
chaque solennite qui aura lieu dans les paroisses de leur canton,
k Toccasion de roeuvre de TAdoration Perp^tuelle du Tr^s Saint
Sacrement. Ces Messieurs voudront bien, pour obtenir plusd'exac-
titude dans le r6cit des details de la f^te, s'en entendre avec M. le
Doyen respectif et M. le cur6 de la paroisse sur laquelle ilsauront
k dresser procfes-verbal.
Nous r^servons pour la deuxifeme livraison du Bulletin la liste
des membres soit Titulaires soit Correspondants qui ont des droits
antirieurement reconnus a Fun ou k Tautre de ces deux titres; ou
m^oie des droits nouveUement acquis, aux conditions indiqu^es
parTarticle m de FOrdonnance Synodale.
Toutefois, qu'il nous soit permis, en attendant, d'exprimer
notre gratitude a tons ceux qui, de loin comme de prt^s, de vive
Yoix ou par 6crit, ont bien voulu nous donner des promesses de
collaboration active, des marques non Equivoques de leur vive
sympathie pour Foeuvre delicate que nous venons d'entreprendre.
D^k on s'est empress^, de divers points, de nous la rendre
plus facile par Fenvoi spontane de m^moires et de documents
in^dits, sur lesquels la Commission du Bulletin ne tardera pas de
porter son attention. Mais, d'avance, elle vote des remerclraents a
M. Louis Paris, directeur du « Cabinet historique (1); » k
(I) Revue mensuelle, spi^cialement consacr^c au d^pouillctnent des grandes col-
lections de manuscrits de la capitale el de nos provinces.
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— u —
MM. le comte de Podenas, le baron de Marignanet le baron d'Agos;
a MM. les abb^s Dupay, Debourthoumieu, L. Couture, Goussard
etLassalle;a MM.de Lavernie, de Moncade, Ducor, Couaraze de
Laa, L. Dubosc de Pesquidoux, Lesueurde Perfes; a MM. les
Cur^s de Bagneres-de-Bigorre, de Villefranche-de-Queyran, de
Montreal, de Monlezun, de Bajonnette, de La Roumieu, d*Au-
biet, de Sainte-Gemme, de Cazaubon, etc., etc.
De tous ces Messieurs et de divers autres dont le nom est
d^j^ inscrit, ou reviendra souvent au Bulletin, nous avons re^u
de pr6cieuses indications, des renseignements utiles, des docu-
ments historiques, des maouscrits plus ou moins importants, de .
curieux extraits d'archives de famille, des lettres in^dites de rois
et de reines de France, de princes, de comtes et autres person-
nages dont le nom est depuis longtemps class^ par Fhistoire a un
rang 61ev6, soit dans TEtat, soit dans TEglise, au point de vue de
la naissance, du savoir ou des services rendus k leur pays, dans
Texercice des hautes fonctions qui leur ^talent confines.
Ainsi done, nous sommes a peine au d6but de lamiseen oeuvre
de tous ces mat^riaux; et n^anmoins, sur divers points de no tre Pro-
vince, on s'empresse de les exhumer de la poussiere qui les retenait
dans Toubli. C'est que, de toute part, on a senti, dans ces demie-
res ann^es surtout, je ne sais quel besoin instinctif de s'expliquer
un present si voile de nuages. Et Ton s'est demand^ si le dernier
mot de r^nigme ne se retrouverait pas dans ces temoins muets
d'un pass6 trop longtemps m^connu.
Telle est la voie ou nous entrons. Mais, hdtons-nous de le dire
a nos frferes du Sacerdoce dioc^sain, amide Foeuvre en elle-mfime,
nous avions bien des motifs de n'accepter, dans sa poursuite, que
le dernier des r61es secondaires. S11 en est autrement, ce ne
sera jamais que par trfes grande d6Krence a une impulsion douce,
mais ferme et pers6v6rante : elleapournous un lout autre prestige
que celui de Fautorit^ qui s'impose.
Enfin, sur cette voie qui s'ouvre devant nous, le Bulletin de
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- 45 -
notre Comity rencontre, d^s Tabord, la « Revue d'Aquitaine; »
et il se sent trfes dispose a reconnaftre qu'elle a rendu et doit
rendre encore dlmporlants services.
Le public ne va pas se persuader, sans doute, qu'une lutte
se prepare sur un terrain ou des coeurs g^n^reux ne pourraient
s'ouvrir qu'a un noble sentiment d'^mulation. Car a une 6poque
aussi curieuse d'anciens monuments, de recherches retrospectives,
d'^tudes locales en tout genre, que Test incontestablement landtre;
dans un temps ou les ^v^nements devancent toute provision; ou
les inventions et les d^couvertes ^veillent de toute part, I'ambi-
tion de savoir, de connaitre par soi-m^me, ce n'esl pas trop d'une
double collaboration pour exploiter, avec quelque avantage, le
vaste chan^) qui reste ouvert a notre activity commune.
A ne consid^rer, en effet, pour le moment, que Tint^rfit qui se
rattache aux souvenirs du pass^, sans compter les riches tresors
que nousavons sous la main, dans les archives du d^partement du
Gers, de la mairie et du s^minaire d'Auch, nous savons tout le
prix du tr^sor dePau, des fondsde Tarbes, de Bayonne, de Fleu-
rance, de Vic-Fezensac et de Thospice de Lectoure, prfes desquels
nous sommes heureux d'avoir des correspondants pleins de zele et
d'intelligence. Nous connaissons aussi, autant qu'il est n^cessaire,
pour le moment, les ressources que pr^sentent, sur divers points de
notre Province, les archives de certaines communes, meme rurales,
et de quelques grandes families du pays, pour 6tre assure que les
mat^riauxin^ditsmanqueront beaucoup moins a nos coUaborateurs
actuels que le temps delesmettre enoeuvre. Mais si la moisson est
abondante, le cceur ne fera pas d^faut aux ouvriers. En presence
du plan que nous a trac^ une main habile, et qui ne manque pas
d'exp^rience dans la voie p^rilleuse de la pubUcit^, nous dirons
tous avec TApdlre : « A nous les fondements de T^difice; aTavenir
le soinde T^lever; que chacun vienne, a son tour, prendre sa part
de Toeuvre commune (1).«> F. CANfiTO, v. g. d^Auch.
(1) Epist. I ad Corinth., cap. iii, v. 10. — Fandamentam posni; alias aatem
sopersedificat. Unasgaisqoe autem videat qoombdo superaedificet.
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~ 46 —
LE PfiRE MONGAILLARD
ET SES HANUSCRITS.
Antoine Mongaiiiard naquit, vers Fan 1560, a Aubiet, canton
de Gimonl (Gers). C'est ce qu'il nous apprend lui-meme dansune
petite notice, qu'il a consacr^e a faire T^loge de la 'pi6t6 de ses
concitoyens : « De Pietate Albinetanorum civiam(l). » Les bons
exemples qu'il rencontra dans sa famille et au milieu de la popu-
lation qui Favait vu naitre lui inspirerent, des sa plus tendre en-
fance, Tauiour et la pratique des vertus chr^tiennes. Et quand le
moment fut venu de faire choix d un 6 tat de vie, il entra dans la
Compagnie de J6sus. Enfin il devint Recteup du college d'Auch,
qu'on avait confie aux J^suites, peu d'ann^es apres Fabjuration
d'Henri IV, et le retablissement de la paix en France (2).
C'est en dirigeant cet etablissement que le P. Mongaiiiard pr6-
para des mat^riaux nombreux et fort importants pour Fhistoire
de la Gascogne, qu'il se proposait de publier. CoUecteur infati-
gable, il mit en oeuvre, pendant plus de vingt ans, tons les
moyens de collaboration que ses nombreuses relations avec les
diocfeses de la Novempopulanie lui rendaient si faciles. II se loue,
en particulier, de Fextreme bienveillance avec laquelle les venera-
bles chanoines de F^glise m^tropolitaine avaient mis a sa dispo-
sition le tresor des archives capitulaires, alors tres considera-
ble: « ex quo rimati fueramushistoriam, quam deinde plane
p descriptam reperimusin thesauro ecclesiaj auscilanie, qui vene-
» rabilium DD. canonicorum libera volunlate apertus nobis est. »
Nous ne connaissons du P. Mongaiiiard que deux forts volumes
(1) Voir, secondc partie, Document no 1.
(2) Le 23 juin 1589 est la dale de leur installation au collt^ge- Peu d'ann^es apr^s,
les i^suites prirent aussi la direction du Seminaire, que Monseigneur Henri dc La-
mothe-Houdancour venait de faire construire, k la place qu'il occupe encore.
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— 47 -
in-4«, entiferement mis au net. Un troisi^me se pr^parait : plusieurs
cahiers ^taient mdme, a peu de chose pr^s, compl6(ement 61abo-
rfe, lorsque la mort vint surprendre ce v^n^rable religieux, et
fempScher de mettre la dernifere main a son ouvrage.
Les jeunes scolastiqaes dela Gompagnie travaUlaient k la trans-
cription de ses pages. EUes devaient dtre, en g^n^ral, tr^s sur-
charg^es dinterlignes et de ratures, s*il faat en juger par un
glanage fort confus qu'a retrouv6, dans ces derniers temps, noire
coliaborateur M. G. Niel, archiviste du d^partement du Gers.
« C'est ici, — dit mi des copistes qui travaillaient k la mise au
» net,— que vient de s'afrfiter le P. Mongaillard, k qui la mort n'a
» permis ni d'achever son ouvrage, ni mfime de faire transcrire ce
» qu'il avait 6bauch6 pour le livre IV sur le Courage des nobles
» Gascons; et pour le livre V, oil il voulait traiter de tout ce
> qu'il Gonnaissait en Gascogne Stre digne de passer k la post^-
» rit^. 11 voulait, en outre, faire la chronique de cette mdme Pro-
» vince. »
Ainsi que ces paroles Findiquent, fividemment ce dernier travail
n'a jamais existe. La Chronique de la Gascogne 6tait simplement
un projet, que le pieux et savant j^suite se promettait de r^aliser
un jour. Ce futdoncen vain que plus de centans aprfes M. Fabb^
Daigt\an, comme il nous le dit lui-meme, fit des efforts pers^v^-
rants pour retrouver ce pr^cieux manuscrit, puisqu'il n'avait pas
m compost.
line date de Fannie 1623 se trouve dans Fun des .cahiers dont
nous avons parl6 tout k llieure. EUe se rapporte a un fait contem-
po'rain; et nous croyons pouvoir affirmer que c'est la plus rap-
prochie de nous. C'est done vers cette ipoque que la plume serait
difinitivement tombie de la main du P. Mongaillard.
Le volume qu'il priparait alors 6tait destine k dtre le premier
dans Fordre des matiferes. Ltiistorien debute par une dMcace deson
ceuvre k la Tres Sainte Trinite; et c'est dans cette espfece de prifere,
d'une naiveti touchante, que nous lisons : « Dans ce nombre si
» considerable d'hommes d'un talent supirieur que vous avez
a
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— 48 -
» formes dans la Gascogne depuis le commeDcement du monde,
» Augusta Majesty, il ne s'en est pas trouv6 un seul qui ait voulu
» appliquer son intelligence k d^uvrir et k mettre en lumiireles
» tr^sors que vous avez entass^s dans cette Province, avec une
» si paternelle li|^6ralit6, afin de vous rendre, par la, les louanges
» infinies qui vous sont dues. »
11 serait done pennis de croire qae notre docte et pieux compila-
teur marchait sans autre guide que le zele courageux dont il nous
donne tant de preuves, dans le pr^cieux butin qu'il nous a laiss^
comme fruit de ses recberches. Sop livre, au contraire, a pu venir
en aide au petit nombre d'ecrivains qui ont voulu faire, a leur
tour, des 6tudes historiques sur quelques parties ou sur Fensemble
de notre Province.
Peut-^tre mdme a-t-il servi k Amaud (Hbenart de Maul6on, dont
la notice sur les deux Gascognes ne s'est imprim^e, pour la pre-
miere fois, qu'en 1 637 (1 ). Or, il y avait alors k peine treize ans
que Mongaillard n'^tait plus de ce monde. Mais ce laps de temps
dtait assez long pour que le chroniqueur basque ptit mettre a
profit les travaux qu'avait laiss^s notre savant j6suite. Disons
mSme, qu'ayant v6cu Fun et Fautre k la mdme ^poque, dans la
Novempopulanie, ces deux ^crivains auront pu facilement se mettre
en relation et se prater un mutuel secours, bien que le nouveau
venu en fdt encore presque au d6but de ses explorations.
Quoi qu'il en soit de ces conjectures, k propos de nos deux
savants devanciers, nous les reconnaissons Fun et Fautre pour nos
maitres, dans le dessein ou nous sommes de glaner a leur suite
sur le sol qu'ils ont si dignement exploite. Les travaux du P.
Mongaillard sont beaucoup plus considerables que ceux de son
^mule. Et comme, d'ailleurs, ils sont in^dits, ils rentrent plus
sp^cialement dans noire cadre, surtout pour la seconde parlie du
Bulletin. C'est a cette seconde pattie (Document n^ 1) que nous
venous de renvoyer le lecteur, k Foccasion des souvenirs d'enfance
(1) HsBC prima ediiio porfecla foit 15 die noucmbris 1637. -*•■ Page vii.
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^ <9 —
que DOtre bon religieox a consign^s dans ses Merits. Notre inten-
tion est aussi de reproduire, a la suite, le preambule dans lequel
il expose ses id^es g^n^raies sur la Province dont il voulait publier
Thistoire. :
Toufefois, nous ne citerons que la traduction que vient d'en faire
M. rabb6 Bougnferes, Tun des archivistes de notre Comity. Get
extrait n'est pas assez important pour qu'il nous semble utile de
placer, en outre, le texte en regard, comme nous aurons tres
souvent occasion de le faire, dans la suite, pour diffgrentes
oeuvres, in^dites ou rares.
Mais quil nous soit permis de faire autrement pour la dedicace
a la Sainte Trinity, afin de donner, de suite, une id6e,nonseule-
ment des sentiments pieux de notre ^crivain, mais encore de sa
mani^re et de son style, qui, g6n6ralement, est un peu trop du
premier jet.
M. I'abb^ L. Couture, si avantageusement connudes lecteursde
la « Revue d'Aquitaine, » a voulunous donner un gage de sa vi^e
sympathie pourle Comity qui vient de se former dans son Diocese.
II s'est empress^ de nous envoyer, de Naples, une traduction
libre, en vers de trfes bon goflt, de la dedicace de Mongaillard,
dont il connait les manuscrits depuis longtemps. Mais la Commis-
sion du Bulletin a juge plus convenable de garder, pour le frangais,
le caract^re de simplicity qui domine dans le texte. Et pour ce.
motif nous donnons la pref^ence a la traduction de M. rabb6
Bougnferes (1).
L'abb6 LARROQUE.
(Ij Voir, seconde partie, Document no 2.
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— 20 —
RECHERCHES HISTORIQUES
sur I'Art musical relicienz dans la ProTinee eecUsiastiqae
d'Auch.
« S'il est vrai que la musiqae, en g^n^ral, ait one origine
» celeste, — dit le docte chanoine de Valence, M. TabW Jouve, —
» 11 n'est pas moins vrai que la musique moderne, en particulier,
» a puis^, plus qu'aucun des autres arts liberaux, les ^l^ments de
» sa constitution au sanctuaire Chretien, foyer commun de toutes
» les nobles inspirations. » Bien qu'elle ait pris, comme ses soears,
Farchitecture et la sculpture, son point de depart dans Fart antique,
elle se prSta, mieux et plus vite qii'elles, a Fexpression mystique
du g^nie Chretien. C'est done justice que de r^server, dans ce
Bulletin,, une place honorable a Fart musical, etprincipalementa
Fart musical reUgieux, qui tient de si prto aux int^rets du culte
catholique.
L'^tude de lliistoire de la musique, consid6r6e au point de vue
Chretien et,dans fous les pays, a, aujourd'hui surtout, une impor-
tance incontestable. On commence k reconnaitre, ce que Fon pa-
raissait avoir oubli6, que Fart musical reUgieux, le chant eccl6-
siastique, est de quelque utility pour la gloire de Dieu, pour le
salut des dmes. Sans doute, le retour ^ ces id6es n'est pas encore
complet. Cependant, il est vrai de dire qu'un grand pas est fait,
qu'une heureuse reaction se manifesto de jour en jour. Si tons les
s^minaires n'ont pas encore embrass^ franchement comme une
chose obUgatoire F^tude de cet art, du moins cette 6tude rencon-
tre-t-elle aujourd'hui beaucoup plus de favour.
Le clergd s'applique, avec un zele bien louable, a relever les
ruines,iconserverl6s restes, a faire reprodaire les monuments de
Fart Chretien. Mais cet art ne se compose pas seulementde pierres,
de bois, de m6taux et de couleurs; il ne doit pas se bomer k etaler
les magnificences de Farchitecture, de la sculpture et de la peinture.
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— « —
il doit aossi aoimer toutes ces merveilles aa son harmonieux des
?oix et de rinstrament sacr6 par excellence; il doit toucher les
CQ0urs apres avoir 6tom6 le regard.
Pour Caire revivre la musiqne chr^tienne, il faut savoir, autant
que possible, .ce qn'elle a 616 dfes les premiers temps od elle s'est
form^e. Pour juger de Timportance d'une chose, il est bon de faire
retiyre le souvenir de ceox qui s'en sont occup^s. Et, comme
I'exemple suivi avec le plus d'attrait est celui qui nous est donn6
par les traditions locales, il ne sera pas hors de propos de recher-
cber ici ce qu'a 6t6 Tart musical reiigienx dans la Province eccl6-
siastique d'Auch, pendant les temps qui nous ont pr6c^d6. En nous
rappelant ce qu'il a 6i6 dans les dges ant^rieurs, nous compren-
drons mieux ce qu'il doit dire aujourdliui. En voyant comment les
premiers pasteurs de ce diocese ont eu k coeur, de tout temps, le
maintien de Tdtude et de la pratique du chant eccldsiastique, nous
comprendrons mieux pourquoi Fillustre Pontife, digne successeur
d'one longue suite de saints et doctes Pr^ats, dont il a toute la
sollicitude pour les dioses de Dieu, n'a point h6^t6 a prendre des
mesures sinenses, propres k amener la restauration de la liturgiov
et do chant ecclfeiastique parmi nous. Nous ne doutons pas que
I'exemple de Mgr FArchev^que d'Auch ne soit bientdt suivi ^ns
tons les dioceses voisins. Cette incessante solUcitude, qui ne craint
point de descendre aux details les plus minulieux, portera, dans le
clerge et au milieu des fidfeles, des fruits durables pour tdmoigner
hautement que dans la Religion il n'y a point de petites choses;
parce que, chez elle, tout se rapporte k un grand et immense objet,
la gloire de Dieu par Fddification et le salut des dmes.
A llustoire du chant ecclesiastique est insdparablement li4e
lliistmre d'une Institution qui, « avec des fortunes diverses, a
> foumi, non sans gloire, une carriere de plus de douze sifecles,
* et qui s'est montr6e singuli&rement feconde en hommes illustres
» et en oeuvres arlistiques (1).
(I) Journal la MaUrise^ U" ann6e, p. 1.
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— 82 —
» CesontlesMaitrises,— ajoute le savanlM.d'Ortigue, — qui pro-
> p^erent, dans toute l^Europe cbr^tienne, le chant eccysiastique,
» qui en constituerent Tenseignement avec F^tude des leltres ha-
» maines, etqui en r^pandirent le goikt. Leur nomestlesymbole d'un
» pass^ qui m^rite, de quiconque s'int^resse aux destinies de Fart
» musical, une tendre et respectueuse reconnaissance.*
Pour nous, qui avons eu le bonheur de passer nos premieres
ann^esdans une de ces Institutions privil^gi6es, ce nom est plus
qu'un symbole; il est le souvenir vivant de pr6cieux exemples que
nous avons appris a imiter, de saintes vertus et de nobles d^voue-
ments que nous avons appris a aimer; il sera toujours le mobile
de nos travaux, comme nostravaux seront toujours le temoignage
de notre sincere gratitude et de notre respeclueuse affection pour
les dignes et v6n6rables maitres qui ont donn^ tar.t d'ann^es pros-
peres a la Maitrise de Saint-Etienne de Toulouse. lis sont nombreux
les Aleves sortis, depuis quelques ann^es, de cette psallette; et tous,
dans les diverses positions ou la Providence les a places, chanoi-
nes, religieux, pr6dicateurs , artistes compositeurs, maitres da
chapelle, organistes, professeurs, tous, unis par les mfimes affec-
tions de famille, se rappellent avec joie les soins patemels dont ils
furent Vobjet; aussi tous n'ont-ils qu'une voix pour b6nir des noms
aim^s, graves ^jamais dans leur coeur.
A ce titre, nous avons, ce semble, quelque droit pour essayer
de faire I'histoire de la Maitrise de Sainte-Marie d'Auch, qui,
comme sa sceur de Toulouse, ne manque pas de souvenirs pr^cieux
et de noms qu'elle pent citer avec un legitime orgueiL
M. d'Ortigue, dans Tint^ressante publication qui a pris pour
«drapeauet pour abri» le nom des ^les de chant eccl^siastique,
a fait connaitre les illustres personnages sortis des diverses psallettes
d*Europe, depuis le vii« sifecle jusqu'a nos jours; et leurs noms
font assez autorile par eux-mSmes pour qu'il ne soit pas n6cessaire
de chercher a prouver I'importance de ces Institutions. Du
reste, la meilleure preuve, ne la trouvons-nous pas dans les ma-
gnifiques r^sultats d^ja obtenus par T^cole de musique religieuse de
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- 23 —
Paris^ que dirige avec tant de z^Ie et d'habilet^ un de nos grands
compositeurs, M. Niedermeyer ? Mais ce que n'a pu nous retracer
encore M. d'Ortigue, malgr^ Firr^sistible persistance de sa nature
artistique et profond^ment chr6tienne, ce sont les origines et Fopi^
ganisation des Maftrises particuli^res k chaque diocese de France.
Sans doute, les documents qui traitent de ces Institutions nesont
pas nombreux. Cependant, il nous semble qu'il serait possible, k
Faide des renseignements traditionnels encore vivants dans les Ca-
th6dr:.les, de r^tablir sous les yeux du clerge et des populations
Texistence et les travaux des ecoles de chant ecclSsiastique particu-
lieres k telle ou telle province. C'est, du inoins, ce que nous nous
proposons de faire nous-mfime pour le diocese d'Auch. Aussi
accueillerons-nous avec reconnaissance tous les documents, soit
(Buvres artistiquesy soit notices biographtques, qu'on voudra bien
nouscommuniquer. Nous comptons beaucoup sur ceux que pour-
ront nous foumir surtout, sur les demieres ann^es de la Mattrise
d'Auch, les anciens enfants de choeur, aujourd'hui dissimines dans
le diocese. lis nous aideront ainsi a retracer de la manifere la plus
fidele et la plus int^ressante, selon la mesure de nos forces, This-
toire d'nnede ces grandes Ecoles k qui, de nouveau, nous sommes
heureux derendre un sincere et legitime homm^e.
Aloys KUNC,
Maitre de chapelle de la Mitropole,
Aucb, fevrier 4860.
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— 24 —
MfiMOIRES
pour senrir k rHistoire de M. VAhbi Fenasse.
Ea commen(ant ses publicatioDS, le BtdleUn (fHtstoire ^
d'Arch^ologie s'empresse de placer ses travaux sous les auspices
d'uQ des noms les plus respectables et les plus v^n6r6s du Dioctee
et de la province eccl^siastique d*Auch, le nom de M. Tabbd
Fenasse. G'est pour lui rendre ud hommage, qui est dans le coeur
de tous, et perp^tuer son souvenir dans un Dioc&se qui ne doit
jamais Foublier, que nous entreprenons ces etudes. Puis^nt-elles
Stre dignes de leur sujet, et meriter la benediction que Dieu ne
refusa jamais aux cBuvres de ce saint Prfitre.
Rien de plus ais6, en apparence, que de tracer Thistoire d'un
homme dont la vie, simple et commune, mais remplie d'6vene-
ments nombreux et varies, semble se prdter aux miUe formes du
recit historique; mais, en r^alite, rien n*est plus difficile. Com-
ment saisir, en effet, avec leurs nuances diverses, pour les r6unir
en un faisceau, ces details nombreux qui se multiplient a rin0ni
sous Foeil de Thistorien? Au milieu de cette action incessante, de
ce mouvement continu, ou se placer pour trouver le foyer d'ou
s'echappent la lumi^re et la chaleur qui portent dans tout le corps
le mouvement et la vie? Si Ton n'a la main sflre et le coup d'ceil
exerce on court le danger de s'egarer dans un dedale de r^cits
interminables, de se perdre dansde vagues etfutiles declamations,
ou d'etouffer, sous de froides nomenclatures, le charme et' Finte-
ret de la narration. C'est la difficulte de Thistoire de M. labbe
Fenasse. Sa vie, sans presenter rien d*eclatant ni d'extraordi-
naire, se trouve meiee cependant a tons les grands evenements et
aux institutions importantes de son temps et de son pays :
place par la Providence comme intermediaire entre le xviip siecle
qui a tout renverse et le xix« qui a tout voulu restaurer, eprouv6
par la persecution, milri par les souffrances et les privations de
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— «8 —
Texil, U dtait destine k dtre tout a la fois et la preuve vivante des
vertus de Tancien clerg^ et le modele sur lequel allait se former
le nouveau. A son retour de Fexil, YEglise d'Auch, dont il avait
autrefois admir^ les splendeurs et la gloire, n'oilrait plus qu'un
triste spectacle de ruines et de malheurs. Les temples ^talent d&
truits ou profanes, les ordres religieux disperses, les s6miiiaires
confisqu^s; les institutions pieuses, les oeuvres de charity.... tout
^tait par terre; il fallait tout relever : c'dtait un vaste champ
ouvert a son ardeur et ason zMe; sa charity ne fait jamais d^faut;
il volt tout, il touche a tout, et il n'y a pas dans le dioc^ une
OBuvre importante, une institution utile a la base de laquelle on
ne rencontre sa main, son argent ou ses conseils. Longtemps au
premier plan, plus longtemps au second; qu'il ait Finitiative de
ses entreprises, ou qu'il regoive Fimpulsion d'un autre, on le
trouve partout a la fois, conduisant aupr6s des rois et des princes
des n^gociations difficiles, dirigeant les ^es , administrant un vas-
te diocese, bdtissant de grands Edifices, fondant des communaut6s,
et cela toujours avec un calme et une tranquillity qui ne se d^-
mentent jamais. Au milieu des affs^ires les plus difficiles et des
embarras les plus grands, on ne le vit pas une seule fois c^der k
Fimpatience ou a la preoccupation; il avait le secret de Dieu : il
savait attendre, et la Providence ne lui faisait pas d^faut.
Yoila ce qu'il nous paraft difficile, impossible mdme, du moins
encore, de faire passer dans un r^cit historique. Aussi n'est-ce pas
Thistoire deM. Tabb^ Fenasse que nous venons presenter a nos
lecteurs ; ces essais conserveront toujours le caract^re de leur
titre': ce sont des M^moires que nous voulons 6crire. Ce genre
d'^crit, plus conforme a nos goAts, nous paratt aussi conrenir
mieux que tout autre au but que nous nous sommes propos6 :
de recueillir et de rassembler dans un mSme lieu les documents
divers qui doivent servir a cette histoire.
Nous poss^dons d^ja des notes nombreuses et ^tendues qui
embrassent la vie de M. Fenasse depuis sa naissance jusqu'a
1 808. EUes ont 6te r^unies par un des pretres les plus distingn^a
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— 26 —
da diocese, qui a bien voalu noas les confier. 11 est k regretter que
ses nombreuses et importantes occupations ne lui aient pas per-
mis de les completer et de les mettre eu oeuvre : T^l^ve, Tami,
et longtemps le collaborateur de M. Tabb^ Fenasse, nul n'eflt 616
capable, comme lui, d'animer son recit de cette douce et vive impres-
sion que laissenl dans Tdme la fr^quentation et Tamiti^ d'un saint.
Mais tout n'est pas la. II existe encore ^pars dans la m^moire
des personnes qui Font connu, ou bien oublies dans les cartons
des fabriques, une foule de details instructifs, d'anecdotes int6-
ressantes, de communications importantes sans lesquelles Vbistoire
est impossible. Que nos freres dans le sacerdoce nous permettent
de (aire ici un appel a leur reconnaissance et a leur g^n^rosite;
nous esp6rons qu'il sera entendu de tout le monde,' et que tout
le monde s'empressera d*y r^pondre. L'oeuvre que nous entre-
prenons est une oeuvre sainle; chacun doit y contribuer pour sa
part; si petite qu'elle soit, elle aura son prix : le grain de sable
a son utility dans T^difice aussi bien que la pierre la mieux po*
lie Etainsi lliistoire de M.' Fenasse sera ce qu'elle doit Stre :
Toeuvre de tons.
Pour nous, heureux et Irop honor6 d'avoir 6t6 choisi pour
reunir et preparer les mat^riaux de cette oeuvre importante, nous
attendrons avec patience qu'une main plus habile et mieux exercde
vienne Clever au Restaurateur du Diocfese d'Auch et au Pfere du
Clerge le monument que lui doit notre reconnaissance et que sa
m^moire attend.
CHAPITRE PREMIER.
NAISSANCB, PREMIERES ANNIES ET fiTUDES GLASSIQUES DE
M. l'abb£ fenasse.
M. Tabb^ Fenasse naquit i Auch, le 17 octobre 1761 (1). II
refut pour patrons sur les fonts du baptdme St-Joseph et St-Do-
(1) On voit encore anjourd'hui dans la rae de Saint-Pierro (autrefois rae de I'Abrea-
voir) la maisoii dans laquoUe est n^ M. I'abbd Fenasse. EUe so troave a Tangle (or-
m6 par la me de Saint-Pierre et le passage qui conduit au pont. EUe porte le n^ 45.
G'est une coi|struclion du xv^' siocle, simple et modeste, sans caractere architectural.
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^ 27 —
flUDiqae, protectears et mod&les du sacerdoce pour lesquels il eut
toujours une devotion particuliere. Sa famille tenait un rang
honorable parmi cette bourgeoisie marchande, active, industrieuse
et rlcbe qui formait, au xyiip siecle, le fonds de la Soci6t6 dans
nos villes de province. EUe donna k di verses reprises des consuls
a la dte (1). Mais ce qui la distinguait surtout, c'^tait Famoor
de la religion et la pratique de la vertu. Le p6re et la mere de
M. Tabb^ Fenasse 6taienl, au rapport si eclair^ et si peu sus-
pect de leur fils, de pieux et fervents Chretiens. Un de ses on-
des, prSti^e respectable, lui donna jusqu'a une vieillesse avanc^e
reiemple de toutes les vertus sacerdotales (2). 11 avait deux
soBurs qa'il aima tendrement, et qui inoururent entre ses bras de
la mort des justes, apr^s avoir pass^ leur vie dans la pratique
des devoirs et des vertus des vierges chr^tiennes; de sorte qu'on
pent dire avec raison de cette famille b6nie du ciel ce qu'on dlsait
autrefois de la famille de St-Basile : qu'elle comptait autantde saints
que de membres.
La tradition ne nous a conserve que bien peu de chose snr les
premiferes ann^es de M. Fabb^ Fenasse. C'est a grand'peine si
nous avons pu recueillir quelques traits vagues et g^n^raux, k
travers lesquels nous voulons essayer de saisir Fensemble deson
caractere et de sa physionomie k cette premiere dpoque de sa
Tie.
Les souvenirs les plus recul^s nous le repr^ntent comme un
enfant plein d'amabilit^; sa figure fine et douce, son caractere vif
et enjou^ le faisaient rechercher et ch^rir de tout le monde;
OD prenait plaisir a s'engager avec lui dans de petits entretiens
ou Fon voyait delator d^ja ces piquantes saillies, ces petites ma-
lices de Fesprit dont il savait si bien, plus tard, assaisonner sa
conversation. Encore enfant, sa vivacity et son enjouement natu*
rels ^taient agr^ablement temp^r^s par quelque chose de cette
douce et bienveillante gravity qui - attirait k lui et qui inspirait
(1) En 1730, 1759 el 1760.
{I) II e«t mort car<^ de Saint-Pierre (Aucb), en 1818.
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toQt a la fois le respect et la coDfiaace. Ses camarades d'enfance,
qui Faimaieat beaocoup, cherchaient avec empressement a Tattirer
dans leur soci6t6; mais loi, naturellement modeste et presque
timide, se trouvait mal a Faise au milieu des jeux bruyants et
foldtres de la rue. II aimait mieux se tenir dans sa maison,
et la, retir6 avec quelques amis de choix, dans un apparlement
recul^, tout son plaisir 6tait d'^lever de petites chapelles et de
petits autels, de les d6corer avec des images et des flenrs, d'y
prier et d'y representor les c6r6monies de la messe. Une de ses
grandes jouissances, a cet dge d'innocence et de simplicity, c'^tait
d'entendre le son des cloches ou la voix de Torgue et de contem-
[der la pompe des c^r^moiues religieuses; sa jeune imagination
s'exaltait a ce pieux spectacle qui le faisait songer auxjoieset aux
pompes d'un monde meilleur : « j'aurais pass6 des journ^s en-
p tiferes a jouir de ces merveilles — disait-il plus tsffd lui-m6me; —
» je pensais que c'6tait la le bonheur du Ciel dont mes parents
» m'avaient souvent entretenu. » C'^taient des indications de la
Providence et des germes precieuxqui devaient se d6velopper
un jour.
Sa tendresse et son amour pour les pauvres ^taient remarqua-
bles pour un enfant de cet &ge : la pks grande jouissance qu'on
pdt lui procurer 6tait de lui donner quelque chose pour faire
Taumdne. On le vit plus d'une fois, a Tdge de six ou sept ans, se
d^pouiller avec plaisir des petites friandises qu'on lui avait den-
udes, et pleurer de compassion a la vue de malheureux qu'il ne
pouvait soulager.
Ces touchantes dispositions, ces sentiments admirables etaienl
le fruit de Fexcellente Education qu'il avait regue dans sa famille.
Ses parents, convaincus que le coeur et Fesprit de Feofance sont,
comme la cire molle, susceptibles de prendre toutes les impres-
sions, et qu'ils se fagonnent au bien ou au mal selon la forme
premifere qu'on leur donne, s'appliquerent religieusement a d6-
velopper dans leur flls les germes de vertus qu'ils remarquferent
avec bonheur dans son 4me; ils Fenvironnferent des soins les plus
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— 29 —
tendres, le tenant 61oign6 de toute compagnie mauvaise ou dan-
gereuse, surveiliant a toate heure ses d-marches, ses paroles et
presque ses pens6es. Trop souvent one Education molle , des
soins empresses et d^licats ^nervent I'homnie et le rendent inca-
pable de grandes choses et de grandes vertus. Celle de M. Fe-
nasse fut mile et s6v6re : on lui apprit de bonne heure k se
contenter de peu et a s'aJfranchir des exigences du bien-6tre; plus
d'une fois, malgr6 Tabondance qui r^gnait dans la maison, on
lui fit sentir la privation et la douleur.
Son p^re, quoique bon et affectueux pour ses enfants, ne se
d^partit jamais avec eux de ce ton dighe et grave qui commande
le respect en inspirant la crainte et le sentiment de Fautoritd.
C^tait autrefois la pratique dans nos families cbr^tiennes et patriar •
C2des. On oublie trop souvent aujourd'hui que c'est Tunique moyen
d'obtenir des enfants une affection s^rieuse et durable.
A ces sages precautions pour d^velopper le bien et pr^venir le
mal se joignaitune exacte fidelity k corrigerles fautes et a r^pri-
mer les d^fauts de caract6re d^s qu'ils se produisaient. I^ jeune
Fenasse 6tait vif et petulant de sa nature, et sa vivacity d^g^nS-
rait quelquefois en emportements et en violences; son p^re, qui
craignait pour Tavenir les consequences des fautes de ce genre,
Fen punissait toujours avec une grande s6verit6, ^et il fit si bien
que Fenfant devint bientdt calme et mod^r^ comme si la patience
et la douceur lui eussent 6t6 naturelles.
Nous n'avons pas b^soin de dire que les parents empruntaient
a la Religion les inspirations et les principes d'une education aussi
sage : ils savaient que la Religion seule, s'emparant du coeur, pent
le rendre vraiment et solidement vertueux.
Gependant Fenfant avait grandi; le moment etait venu de pren-
dre une determination a son egard. Le pere, qui fondait sur lui
de grandes esperances pour Favenir de sa famille, le mit au college
pour y suivre le cours des etudes classiques ou liberates, comme
on les appelait alors. Get etablissement, un des plus beaux de la
ville, fonde versle milieu du xvp sifecle, par la liberalite des Arche-
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— 30 —
vdques d'Aucb, et confie bientdt apr^s a Thabile (Hreclion des
Jesuites, venail de perdre ces vertueux et savants institateurs de
la jeunesse, qui y avaient enseigne avec tant d'eclat el de succes
pendant pr6s de deux cents ans. Mgr de Montillet avait appel^
pour tenir leur place et continuer leur oeuvre les eccl^siastiques
lesplus savants etles plus distingues de sondioc6se. Ce fut sous
leur direction que M. Fenasse commenca le cours de ses Etudes
qu'il continua jusqu'a la fin sans interruption. II devait avoir alorsde
neuf a dix ans. U^loignement des temps, la mort de tous ses con-
temporains et son humility profonde, qui lui faisait cacher avecsoin
tout ce qui pouvait tourner a sa louange, nous privent encore ici
de renseignements posilifs. Nous savons cependant qu'il se fit
bient6t remarquer par la penetration et la vivacity de son esprit.
Son intelligence saisissait promptement les choses les plus diffici-
les etson beureuse m6moire les retenait avec une egale facility.
Ces rares dispositions lui donn^rent en peu de temps une supe-
riority marquee sur tous ses condisciples; il obtenait toujours les
premieres places au concours de la semaine et les principaux prix
a la fin de Tannee. C'etait la recompense meritee de son applica-
tion et de son travail. Etses succes etaient accompagnes de tant de
modestie que, loin de provoquer la jalousie de ses camarades, ilslui
attir^rent constamment leur estime et leur affection. Sa piete n'etait
pas moindre que ses talents; ses petits triomphes scolaireS ne lui
firent jamais oublier Taccomplissement deses devoirs religieux.Aussi
estime de ses maitres, admire et cheri de ses condisciples, il etait
cite par tous comme le mod&le du college. Nous sommes beureux
de pouvoir apporter ici, k Fappui de ce que nous venons de dire,
le temoignage d un contemporain de M. Fenasse, d'un saint pretre
originaire d'Auch comme lui, M. Tabbe Ader, ancien cure de Mar-
seillan, que nous avons vu s'eteindre il y a peu d'annees, au milieu
de nous, a Tage de 97 ans, et dont nous avons pu admirer la sainte
et aimable vieillesse. « Je me souviens parfaitement de ce temps —
> dit-il — quoique dejk bien loin de nous. J'etais un peu plus &g6
» que M. Fenasse, et nous n'avions pas de grands rapports en-
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— 31 —
» semble; mais je me soaviens qu on nous le citait souvent au
» college comme un modele a suivre soitpour la pie|^, soitpour
» rapplication. Une chose me frappait en lai, c'etait son 6Ioigne-
» meat du monde et sa vie retiree au sein de sa familie; tout jeune
» encore il 6tait grave, s^rieux, et ne prenait aucune partaux
» amusements de son age. Les jeunes gens dissipes, n^glige^ts
» pour leurs Etudes, qui cherchaient k entrafner ieurs condisoi-
» pies, n'essayferent jamais de gagner M. Fenasse; du reste, il ne
» sortait de cbez lui que pour aller en classe ou dans la compa-
« gnie de ses parents. On pouvait dire de lui en toute v^rit^ qu'il
» ne connaissait que le chemin de TEglise et celui du college. Je
» me souviens qu'il obtint dans toutes ses classes les plus briUants
» succ^s; il remportait ordinairement k la fin des ann^es tons les
> premiers prix, qu'il devait k son talent et a sa constante appli-
» cation. J'ai encore pr6sente a la m^moire la mani^re distin-
» gu^e dont il soutint la th&se g^n^rale apr^s ses deux ans de
» philosophie.»
Llionneur de soutenir la these g^n^rale 6tait une grande dis-
tinction, k cause des talents et des connaissaiices qu'elle supposait
et de Teclat dont elie etait environn^e. Get honneur s'obtenait au
coDcours : apres les deux ann^es de philosophie, que tons les
deves^taient obliges de suivre, les jeunes gens les plus distinga^s
de la classe, d^sign^s par le principal, sur la presentation du pro-
fesseur, etaient invites a discuter entr'eux, en presence de leurs
maitres, sur un certain nombre de questions philosophiques indi-
qu^es et pr6par6es a Favance. C'6tait comme unelutte enchamp-
clos. Les Aleves qui avaient brill6 le plus dans cette argumenta-
tion priv^e et qui etaient demeur^s maitres du terrain, etaient
seuls admis a soutenir la discussion publique et a d6fendre la
these. Le college en fai^t comme une question d'honneur pour
lui. Au jour convenu, tout ce qu'il y avait d'hommes instruits en
ville, dans les rangs duclerg^, de la noblesse, de la magistrature
ou parmi les gens d'^p^e, se rendait, sur une invitation officielle,
dans la grande salle des exercices od les attendaient les candidats.
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— 32 —
La stance 6tait pr^sidSe d'ordinaire par un des grands dignitaires
de la ville, ^'Archevfique, rintendant ou le Juge-Mage da S6n6-
chal. La, des que la lice 6tait ouverte, la discussion s'engageait
successivement, avec vigueur, sur toutes les questions du pro-
graimme. Le candidal charg6 de les defendre et oblig6 de repondre
k tout se voyait forc6 de d^ployer toutes les ressources de la dia-
lectique, invoquant tour ^ tour Fhistoire, la physique et la philo-
Sophie; discutant, raisonnant, disputant pied k pied le terrain
jusqu'a ce que Tadversaire, d6busqu^ de ses sophismes, 6tait r^duit
^garder le silence. II est ais6 de voir tout ce'que cette joute in-
tellectuelle devait exiger de sagacity d'esprit, de vivacity d'imagi-
nation et de for(ie de jugement; on ne pouvait Faffronter sans une
grande facility d'^locution et un grand fond de connaissances solides.
Pour nous, s'il nous 6tait permis de formuler un voeu, nous expri-
merions volontiers celui de voir se r^tablir ces institutions utiles
que ne remplaceront jamais peut-6tre des 6preuves (fun autre
genre dont la m^moire fait trop souvent tous les frais au detriment
d'autres facult^s plus importantes.
M. Fenasse avail 17 ans lorsque, aprfes son cours de philoso-
phie, il fut choisi pour soutenir la these g^n^rale. II le fit d'une
mani^re distingu^e, ainsi que nous Tapprend M. Tabb^ Ader. Elle
6tait pr^sid^e cette ann^e (1778) par Mgr d'Apchon, alors arch^
vSque d'Auch, auquel on Favait d^di^e. L'argumentation vive et
serr^e du jeune laur^at fut plusieurs fois interrompue et couverle
d'applaudissements. Mgr Farchev^que complimenta publiquement
le college des succfes de son 61eve, et pressa affeclueusemenl sur
son coeur le jeune Fenasse qui vint se jeter dans ses bras. Le
pere, t6moin du triomphe de son fils, beureux el fler de voir se
r^aliser une partie de ses esp^rances, congut des ce moment la
pens^e de le faire enlre^ dans une carrifere liberale; mais Dieu
avail d'aulres desseins.
L'abbg FAUQUfi.
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— 33 -
LA PESTE A LAVARDENS
EN 1653.
Episode. — Testament reju par iin Prdtre.
En Fannie 1653, la peste s^vit bien cruellement. La province
de Gascogne, surtout, fat bien maitrait^e. Longtemps on garda le
souveDir des ravages qa'avait causes le fl^au. Mais nol ne songea a
conserver par 6crit les detail? des calamit^s qui affligferent si hi-
quemment notre malheureux pays (1 ); les scenes de desolation dont
nos pferes furent les victimes ou les t^moins; scenes emoiivantes
oil se produisaient des actes de noble d^vofiment, d'abnegation,
des traits de moears, des usages originaux, aujourd'hui perdus
oa ignores. Combien serait int^ressante une relation d^taill^e de
ces ^poques n6fasles!
Au moyen-age, et jusqu'au xviip siecle, les maladies conta-
gieuses, qu'on d^signait par le nom de pestSy ^taient p^riodiques
sur certains points de la Gascogne sans qu*on ait su au juste les
causes qui les provoquaient. L'histoire des pestes est a faire, cac,
en g^n^ral, les historiens se sent bom^s a consigner seulement
Tapparition de ces 6pid6mies.
La peste de 1653, la demiere qui affligea notre contr^e, nefut
pas la moins terrible. Un document ineditnous apprend d'unema-
niere malheureusement trop sommaire les calamit6s qui d^solferent,
entre autres localit^s, une petite ville de Gascogne, Lavardens.
Lavardens est un bourg, autrefois chef-lieu d'archiprStr^, sitae
i 1 5 kilometres nord-ouest d*Auch. On y compte aujourd'huimille
habitants, tandis qu*il devait tout au plus y en avoir cinq cents en
(1) Voy. notre HisUnre d'Auch^ tome 1^% pages 82, 154, 259.
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- 34 -
1 653. Eh bien ! pr^s de la moiti^ de la population p^rit; 21 7 est
le chiffre des victimes de la peste, a Lavardens, dans Tespace d'une
ann6e que dura la maladie. Mais laissons parler le chroniqueur :
« En cet an 1 653 y a heu grand peste i Lauardenx a tel point
> que tons les habitants ont quitt6, a part Lescloupe; lou M^ric
» mar^chal; le Violon sargeur; Jantet Cortade; Audrene Branet,
» cordonier; Lamothe de Sentetz; les sacrements ne sont peus
» estre administr^s despuis le mois de juin audit an, jusques en>
• viron la saint Jean de Tan 1 654. »
La voix publique accusait un chirurgien de Fendroit^ nomm^
Serres, d'avoir importe la peste a Lavardens. «FranQois Serres,
» chirurgien, dit le chroniqueur, pourta la peste a Lauardenx de
• Merenx(1 ) venant, et de la maison de Pierre Bessagnet marchand,
» la femme duquel mourust, k laquelle ledit Serres auoit soign^,
» et le dit Serres mourust le 29 juin 1 653.»
Depuis ce jour, la mortalite ne cessa point. Dans la cM et
dans «la iuridiction» de Lavardens, on compta dans une seule
journ^e jusqu'a six victimes. Lapanique devint telle que les exer-
cices du culte public furent en quelque sorte suspendus. Les trois
eccl^siastiques qui desservaient la paroisse, craignant sans doute
la contagion, ou c6dant aux apprehensions de la population, ces-
sferent de c^l^brer Toffice divin dans T^glise paroissiale : « Les
» messes se disaient a la barriere de Nabat par M. Carrere prestre;
» M. Gouzfene la disait dans le pred du clos du chasteau, et au-
» roient est6 dittes quelque temps au moulin a vent; M. Coustau
» prestre la disait a Sainte Marye dehors l^glise, et les dit quel-
» ques jours k la Bancha vers Endouhard. Les sacrements ne
» sont peu estre administr^s despuis le mois de juin audit an
» (1653) jusques environ la saint Jean de Fan 1654.i>
Enfin, les notairesdu lieu, apres avoir retenu «moult» testaments
de ceux des habitants qui craignaient ou croyaient ^estre blesses de
la maladie contagieuse,» les notaires, eux aussi, abandonnferent
(i) M6rens, commune limitrophe de Lavardens.
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— 36 —
et leur bouUque (1 ) et Lavardens, « sen estant absent^s pour euiter
> la rigueur de la maladie coDtagieuse.»
Et lepidemie s^vissait toujoors; le nombre des victimes aug-
mentait d'ane manifere effrayaote; la demoralisation etait dans tous
les esprits; le d^couragement dans tous les coeurs; le d^sordre
dans Vadministration civile et religieuse; le trouble et la confusion
partout.
Dans ces d^sastreuses conjonctures, il arriva qn'un habitant,
Amaud Espiau, dit Dul^, se croyant « bless^ de ladite maladie
» contagieuse et sachant qu'il ny a rien de pleus certain que la
» mortny dincertain que Iheure," Amaud Espiau pria Tabb^ Gou-
zene, vicaire, de «louyr» en confession. Cela fait, Espiau, en
Fabsence des notaires, demandaau prdtre s*il ne voudrait pas rece-
voir son testament. L'abb6 Gouzene n'h^site pas un instant a sa-
tisfaire auxd^sirsde son penitent; et, dans un acte en forme qui
aurait rendu jaloux leplus doctetabellionde T^poque, il ^rivit les
demiferes volont^s du testateur en promettant « de remettre sadite
» volonte entre les mains d'un notaire pour enfaire les expeditions
» n^cessaires k qui appartiendra.* Etc'est, en effet, dans les cedes
du notaire Debfeze que nous avons d^couvert ce document (2).
Get episode se passait le quatorzi&me jour de novembre 1 653
« pres les metb^ries Denbouhillot;» sans temoins; « pour n'y
» avoir que des femmes dans lesdites metheries Denbouhillot, et
> ceux du voisinage pour estre enfectes ou pestifer^s et dans les
cabanes (3).i)
Les craintes de Tinfortune Espiau n'etaient que trop fondles; il
succomba six jours apr^s « de la maladie contagieuse
Noussommesheureux de posseder Foriginal de ce testament. Nous
le reproduirons in extenso dans la deuxi^me partie de ceRecueil.
(1) A CCS ^poques, les notaires de nos contr6es appelaient boutique leur
^tude.
(2). Les minutes de Deb^ze se trouveut aujourd'hui cbezM* Daste, notaire k
, Auch.
(3) Aussit6t qu'un individu se sentait atleint de la peste, il allait 8'6tablir
dans une hutte ou cabane dans les champs. C'^lait Fusagc partout, dans qos
contr^es; et Ton sait qu'il se pratiqua gen^ralement au moyen-ftge.
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— 86-
Cependant le fl^u s'apaisa; la mortality allait toujoors en d6-
croissant; car dans le mois de mai 4654, il n'y eut que deux victi-
mes, et elles fuFent les demieres. Btentdt, les fuyards qui avaient
eu ft les moyens, et la puissance de quitter Lauerdenx, aux fins
» d'euiter la maladie contagieuse » rentr^rent dans le bourg, qui
ne pr^sentait plus que Taspect d'un desert. L'un des notaires,
qui ^tait au nombre de ceux qui avaient fui, Debfeze, eut le soin
de r^ger < le rolle des morts de contagion a Lavardenx en Fan
. i653.«
Nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier ce curieux
necrologe, ousont inscrit^les nomsdes victimes. Nous terminerons
en lui empruntant quelques citations assez originales par la forme.
La mortality dtail considerable surtout dans les hameaux, dans
lesm^tairies, lieux habitus par de pauvresgens qui dtaient dans
I'impossibilite Hiateridle de fuir. La premiere victime fut Fran^
gois Serres, chirurgien, celui4k mdme qu'on acousait d'ayoir im-
ports la peste k Lavardens. 11 mourut le 29 juin; et successiveinent
p^rirenty entr'autres:
« Marye Carrfere cwdonier, mort le i 6 juiUet i 653;
» Lou Bernat Courbeau, mortle 27 juillet au dit an;
» Annete Thore femme de Noilhan chirurgien morte ledit jour
» 30 juillet, et deux jours debant mourust une sieqne petite fiihe;
» Aux bordes d'Bnbonat-Lassus^ mortz : la mbve du Barrastin,
» la fenune du Parrote^et qoatre filhes;
» Au Poluiguet, Pierre Alemant bourdier et sa femme;
.; 4 Au Bouaquas, lou Matalin, sa femme; Lartygau sa femme et
» un enfant; et auBonneau unefilhe aLaynat;
. » Le second septembre mortz : l/apierrone et Domingue son
^ filz;
» Le 4 septembre en Bouhillot, mort un nomm^ Laliguat, filz
» dePeyFiss6;
D Le 5 septembre mortz; La Barryo; one autre filhedu Mandot;
» loit Rougot; Jean Fisse, sargeur; la femme de Jean Mesplot a
» Bouhebent;
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- 37 —
> Le 6 octobre, morte une filhe de Garde, nomm^e Anoon;
» Le septieme, morte Frangoyse Mispolet, veufve de Janot
» Carde;
» Le dix octobre, la gouje d'En Bonat;
» Le 1 7 dudU mois, morte la Gurgouyo dea Grao^ Jouan;
» Le 30 dudit mois mortz une filhe de Fralous sargeur, une
» filhe de Conquet, une filhe du Yidot, une filhe du Guilhiot et
» Frangoyse Fiss6 de Lagne;
» Le 6 novembre 1653, mortz : Peyrono Cortade, iemme de
» Janoutet Cortade, et le filz deu Dule den Bouhilhot;
» Le 1 1 novembre 1 653 mortz : deux enfants de Francois Cor-
» tade Durrey, la femne de Grand Jouan, et une filhe au Boscan-
» dau;
» Le 20 Janvier 1654 mort : un valet au Popilh, et despuis le
» dit jour mortz au Boscandau cinq enfans et leur mfere nomm6e
» Mychelle;
» Le 1 8 mars mortz lou Bourrousse et lou fils deu Jouan Dous
» d'en Boutan qui demeurait au Boscandau, et ledit Jouan Dous,
» mort le 21 dudit mois;
» Le 6 may 1 654, a la maison du Gamabas est mort de peste,
» h mere de Martin GoUet et douze jours auparavant y estait
» morte une petite fiUe niepce dudit Martin. »
Nous ne continuerons pas ces citations; nous finirons en repro-
duisant les dernieres lignes du necrologe :
« Pendant toute la maladie sont morls aux hordes d'En PeyreD
» quinze personnes de peste et parce que ceste horde est aux ex-
» tr^mit^s de la juridiction Ion na pen savoir les noms des mortz
» qui a cause de ce ne sont pas icy nomm6s.»
Tels furent les ravages causfe par la peste; a Lavardens, en 1 653
et1654.
P. Lafforgue.
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— 38 —
CARTE DE LA NOVEMPOPULANIE
BT
LES GRANDS SOUVENIRS QU'ELLE RETRACE.
Nous n'entendons pas faire ici une 6tude severe de g^ographie;
mais simplement mettre sous les yeux du lecteur une vue g^n6-
rale et d'ensemble de Tancienne Province qui doit 6tre le principal
theatre de nos recherches. Ce sera, peut-6tre, un moyen plus fa-
cile a tons d'y prendre part.
Nous disons atWitre principal; » car notre intention ne saurait
6tre d'exclure, par systfeme etd'une manifere absolue, tout souvenir
historique, monumental ou autre, qui aurait laisse quelques tra-
ces dans les provinces voisines de la n6tre. Ce serait mal entendre
la marche des 6v6nements dans les iges anterieurs. Les commu-
nications de province a province ^taient autrefois, il est vrai,
moins faciles qu'elles ne le sont de nos jours, m6me entre les na-
tions qui n'ont pas de limites communes. Nous voyons pourtant
que^ dans les grands faits historiques, tout se mSlait de peuple a
peuple, alors comme aujourd*hui. Abr^ger les distances pour
^blir des relations ne fut jamais qu'une question de temps.
Notre carte est imit^e, de confiance, du « Gallia Christiana, »
dont les travaux ont si bien m^rit^ des hommes a 6tudes fortes et
consciencieuses. Toutefois, oblige de r^duire I'^chelle de moitie,
afin de mieux adapter le plan g6n4ral au format du Bulletin, nous
avonsdil n^gliger certains petits details qu'un examen circonstanci^
nous foumira Toccasion de remettre successivement en relief.
A titre de compensation momentan^e, nous avons essay6 de re-
produire, approximativement du moins, le Irac^ des restes de voies
romaines de Fancienne Novempopulanie. Or, sur ce point, nous
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— 39 —
ne pouvioDS mieox faire, ce semble, qae de nous ^tablir le dis-
ciple docile d'un bomme de science, qui a voud sa vie entifere k
retrouver lui-mSme, dans le sol, la solution des divers problemes
soulev6s par cette question, si importante dans Tfetude du pass6.
Aprfes une longue carriere consacr^e a ces laborieuses recherches,
il exprime le regret de laisser k T^tat de simples manuscrits beau-
coup plus de travaux qu'il n'avait eu le temps d'en publier. Mais,
aureste, ajoute-t-il, «j'ai d^ja perdu tantd'ann^es aux poursuites
de I'^rudition que, a Fdge oil je suis arrive, il vaut mieux, peut-
6tre, songerk faire un meilleur emploi du peu de jours que la
Providence pent me rfoerver encore (1).» Cette sage precaution
6tait, sans doute, plus que de la prudence humaine; et on en re-
trouve, de nos jours, de grands exemples dans les rangs des vrais
erudits, des hommes de science profonde et solide. Toutefois, il
serait bien regrettable que le fruit de tant de courses el de veilles
fat, a jamais, mis en oubli et perdu pour le public.
I
Olim Vi» romaiMa.
L'origine des voies de communications internationales ou autres
se perd dans la nuit des temps; mais partout le nombre et la per-
fection de ces grandes arteres, qui sillonnent, en tous sens, la sur-
face du globe terreslre, ont suivi la marche progressive de la
civilisation.
On sait que les Remains se signalerent, entre tous les peuples,
par les soins qu ils donnerent a leurs chemins publics. Nous re-
chercherons, dans quelque autre circonstance, quels ^taient, en
general, Fimportance mat^rielle, le veritable caractere de grandeur
et de solidity de ces gigantesques constructions. Pour le moment,
contentons-nous de dire qu'on les etablit avant tout en Italie,
(1) Lc baron Walckenaer, membrc de I'lnslitul de France, Acad6mie des
Inscriptions et Belles Le tires. — 6^oprap/uc ancienne des Gaules, tome in,
page Lxiv de rinlroduclion i TAnalyse g^ographique des Itin6raires anciens.
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- 40 -
depuis le Rubicon, du c6l6 de Ja mer Adrialique, jusqu'a FArao.
Mais lorsque les conqu6tes du peuple-roi eurent agrandi le terri-
toire soumis a sa domination, les gouverneurs des provinces exte-
rieures durent s'occuper a 6tendre ces premieres routes au-dela
des frontieres. EUes furent mfime, assez souvent, entreprises dans
un but et comme moyen de plus facile envahissement. Les legions
y travaillaient sans relache, et ne discontinuaient pas n^anmoins
de combattre Fennemi quand il se pr^sentait.
Avant Auguste, on ne comptait que cinq voies romaines en de-
hors de ritalie. La premiere partait A' Emporium (1 ), entre TEbre
et les Pyr^n^es; et, longeant la c6te du Sinm gallicus^ a Test de
FAquitaine, par lUiberi et Narbo, elle unissait FEspagne au pas-
sage du Rh6ne.
Devenu paisible possesseur »de Fempire, Auguste en fit ouvrir
de nouvelies et en tres grand nombre, surtout dans la Gauie et
en Espagne. C'est principalement Marcus-Agrippa, son gendre,
qui seconda les vues de Fempereur, en cette importante matiere.
Par ses soins, Lyon devint, comme une autre Rome, le point de
depart de quatre grandes voies militaires et commerciales, dont la
premifere nous int^resse plus particuliferement : c'est ceile de Lug-
dunum a Burdigata^ trac6e en coupant les Cevennes, entre la
Loire et la Garonne, a travers les differentspeuples de cette partie
de la Celtique, que Fempereur venait d'ajouter a FAquitaine de
C6sar. Par ce moyen, le Rh6ne se trouva d^sormais reli6 a
F0c6an.
De Bordeaux, deux voies s'ouvrirent entre lamer Aquitanique
et la Garonne, pour metlre cette ville, d6ja fort importante, en
facile communication avec Toulouse et les Pyrenees; c'est-adire
pour relier cette partie de FOcean a la M^diterran^e et a FEspagne.
La premiere de ces deux nouvelies voies suivit le littoral, et,
traversant le pays des Boiens, se dirigea vers les TarbeUi^ dont la
capitale, aujourdliui Dax, 6taitconnue, depuis Cesar, sous lenom
(I) Aujourdliui Ampurias, ville du liUoral espagnol.
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— 44 —
A'AqucB'TarbeUicw. Nous ferons remarquer, en passant, que le
conqu^rant de la Gaule. inscrit les TarleUi en tfite des divers peu-
ples da sud de la Garonne, qui s'^taient livr^s a Crassus sur la foi
des trait^s et sans aucune rfeistance. L'auleur des CommerUaires
nous dit le nom de ces nouveaux sujets (1 ). En pla^anl les Tarbelli
au premier rang, il t^moigne a quel point il les avaiten estime; et
les descriptions des 6crivains post^rieurs r6pondent k Yidie qu'il
nous donne, par la, deleur ancienne importance.
A Dax, la voie du littoral se hifurque : au sud, elle se dirige
vers Pampelune, par Caris, Saint-J. -P. -de-Port et le sommet de
Castel-Pinon; et, au sud-est, vers jBeneamt^m, ou une vieille tour,
a Test de Maslac, marqua longtemps la direction de cette route.
A Benearnum se trouvent encore deux embrancbements : au
sud, vers Saragosse, par Oloron et le pont de Lesquit, dans la
valine d'Aspe; au sud-est, par Nai et Bagneres-de-Bigorre, en
passant non loin d'Ade; puis, de Bagnferes a Labarthe-de-Neste,
etde la a Lugdunum Convenarumy aiyourd'hui Saint-Bertrand de
Comminges; et enfin jusqu'a Toulouse, en suivant le cours de 1?
Garonne par sa rive occidentale.
La seconde route^ partie de Bordeaux en remontant le cours de
la Garonne, par la rive gauche, se detourne un peu au sud de
Temboucbure duC^ron, traverse le pays des Vacates et se bifurque
a la capitale de ce peuple, aujourd'hui Bazas.
L'embranchement oriental traverse la Garonne un peu a Touesl
de Fembouchure de la Bai'se, et se dirige vers Agen pour, de la,
se d^toumer au sud jusqu'a Lecloure. Ici, une voie prend la di-
rection des TolosaieSy tandis que la route principale se continue
de Lectoure vers les Ai^^cn (2), oil un embranchemenl tourne
encore a Test, jusqu'a Toulouse, tandis que la route directe se
(1) Les Tarbelli, les Bigerriones, les Preciani, les Vacates , les Tarusales^
les Elusates. les Gariies, les Ausci, les Garumniy les Sibutzates et les Cocossates.
— De Bello Gallico. Lib. iii, cp. 27.
(2) C'est le nom que dounc aux anciens habitants d'Auch une m^daille an-r
lique, avec Slrabon et Plol6m6e. Jules C^sar, Pomponius-M6laelPline disenl
Amci' Sidoine-Apollinaire les appelte Auscenses,
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— 49 —
poursuit vers les Pyrenees jusqu'a Lugdunum-Convenarum. Enfin,
si nous reprenons rembranchement qui de Bazas prend la direc-
tion du sud, il nous ramene, k travers les ElusateSj dans la capi-
tale des Ausci.
La position topographique de ce dernier peuple, mentionn^ par
C6sar entre les Garites et les Garumni, n'est done pas une simple
conjecture. II se trouvait juste a Fintersection de quatre grandes
routes, qui le mettaient en communication directe avec Toulouse,
Liigdunum-Convenarum^ Eauze et Agen. D'ailleurs, les mesu-
res des anciens Itineraires ne concourent pas moins, avec ITiis-
toire, a fixer avec une ^gale precision le point ou se trouvait alors
la capitale des Av^ci.
C^sar ne dit pas, k la v^rite, quel 6tait, de son temps, le nom
de cette ville; mais tons les anciens g^ographes, qui out ecrit apres
lui, suppl^ent a son silence.
Une Edition de la Table de Peutinger Fappelle Cltberre : hdtons-
nous de reconnaitre que Ton suppose cette version fautive, par
erreur du copiste, qui aurait chang6 FE en C. Aussi, Pomponius-
Mela la nomme-t-il Elimberris (1); et il la place, avec Treves et
Autun, au nombre des trois principales villes de la Gaule. Get
^crivain ajoute mSme que les Ausci ^taient, de son temps, les
plus illustres des Aquitains (2); ce qui suppose que, sous le regno
de Claude (3), notre antique cit6 etait regard^e comme la capitale
de FAquitaine, de m^me que les deux autres F^taient des Beiges
etdelaCeltique.
Notre Province 6tait alors ^galement connue sous le nom de
Novempopulanie, k raison des neuf principaux peuples qui ITiabi-
taient du temps de Jules C6sar. Agrandie, au nord, par son suc-
cesseur, jusqu'aux rives de la Loire (4), elle acquit de plus, vers
(1) Mela, lib. iii, cap. 2.
(3) Aquitanorum clarissimi sunt Kusci. — Ibid.
(3) P. M61a 6lait contemporain de cet empereur romain.
(4) a Augusle, — dil Straoon, k ce propos, — conserva k TAquilaine le nom
D sous IcqucI C6sRr ravail fait connatlre; mais il en recula les limites, en y
» ajoutanl les peuples situ^s entre la Loire et la Garonne. »— Strab., lib. iv.
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-is-
le sud-est, une certaine 6tendue de territoire, qu'une partie des
Consoranni et les Convence habitaient. Ces deux peuples, s6par6s
par Auguste de laGaule Narbonnaise, formerent, plas tard, les
dioceses de Cousserans et de Comminges.
Dans le premier sifecle de notre fere, la Belgique, la Geltique^
FAquitaine et la Gaule Narbonnaise ne compreaaient qu'une grande
province chacune. A une epoque plus rapprochSe de nous, mais
inconnue, on les subdivisa en plusieurs gouvemements. L'Aqui-
taine d'Auguste fut alors fractionn^e en trois parties, sous la deno-
mination de premifere Aquitaine, mStropole Bourges; deuxieme
Aquilaine, ra^tropole Bordeaux; et enfin troisieme Aquitaine ou
Novempopulanie, dontnous devons plus sp^cialement nous occuper
dans nos recherches. Auch, sans que Ton puisse en dire le vrai
motif, ne lui fut pas assignee pour m^tropole. Eauze eut, cette
fois, la preference; c'est-a-dire qu'elle acquit le premier rang dans
I'organisation hierarchique de notre administration provinciale.
Placee a peu prfesau centre dela Novempopulanie, et d'ailleurs
aiise en facile communication avec Toulouse et les deux mers, pat
la grande voie qui la traversait, cette ville semblait naturellement
designee pour le r61e important qu'on lui destinait, Bien plus, si
les Aicsci etaient reconnus, du temps de Claude, comme les plus
Ulustres des Aquitains, Elusa comptait au nombre des cites les plus
opulentes de la Gaule (1 ).
Quoi qu'il en soit des avantages de site ou de fortune qui valu-
rent a cette derniere ville une preeminence incontestee, mais dont
aucun monument ne precise Torigine, il est certain qu'elle ne fut
pas de treslongue duree. Get etat florissant, ce haut degre d'opu-
lence auquel la faveur des Cesars avait eieve les Elusates, fut la
premiere cause des desastres qui fondirent sur leur capitale, et pr6-
parerent, de loin, son entifere decheance. Durant les six mois de
troubles qu'avaitoccasionnes, dansTempire, lemeurtre d'Aureiien,
des nu6es de Barbares firent invasion sur diverses provinces de la
(I) P Mj5i,.i... UrbesqueopuleiUissim«... in Auscis Elusal)erris.'— (/W5ttpr4.
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— 44 —
Gaule, etroinereDt plusieurs villes des plus importoDtes. Acetilre>
Eauze offrail un trop riche butia pour ne pas exciter leur convoi-
tise. Elle^fat done envahie et d^vast^e; mais pourtant saDs perdre
encore son litre de M^tropole.
Cepeudant, le christianisme ^tait venu prendre sa place dans le
monde; et Borne 4tait d^ja le centre providentiel de son inilaence
r^paratrice. Les abus de la civilisation antique avaient sem6 au sjein
de tous les peuples dont les C^sars venaient de former leur vastd
empire je ne sais quel levain d^sorganisateur qui devait rendre si
facile I'ceuvre de complete destruction, m^dit^e^ de longue main
par la vengeance des Barbares.
Les salutaires enseignements de TEvangile furent le principe de
cette 6nergie vitale, qui, dans les desseins deDieu, devait preparer
une nouvelle soci6t6. Et quel autre levain aurait pu, de la double
combinaison du sang remain et germanique , que les Invasions allaient
m^er en Occident, faire naitre et d^velopper, a travers les 4ges,
les 616ments et le progres de nos grandes nationalit^s modemes?
« Qu'ils sent beaux — s*ecriait Isaie, dans son enthousiasme
» proph^tique, sept siecles avant Tere chr^tienne — qu'ils sont
» beaux les pieds de T Ap6tre qui, a travers les montagnes, va an-
» noncer la paix au monde, lui enseigner le bien et lui prScher la
» paix (1).» Et d^ja, sous N6ron, ie chef supreme de I'Eglise
naissante, Saint Pierre, envoie sur tous les points de Tunivers les
messagers de la bonne nouvelle.
Du forum romanum, ou brillait alors le milliarium aureum,
centre unique du vaste reseau qui enlagait la surface de Tempire,
partaient, en sens divers, les routes des trois mers et des Alpes.
Du pied de cette colonne, que couronnait une borne d'or, Rome
envoyait aux provinces le rescrit de leurs droits et de leurs obli-
gations, d^pfichait leurs proconsuls ou leurs pr6teurs; recevant en
^change, leurs m6taux et leurs pierres pr^cieuses; leurs lions et
(I) Is., cap. til, V. 7,
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- 45 -
leurs tigres; leurs gladiatears et leurs esclaves; leurs fruits, leurs
mets d^licats et leurs grains : pature instantan^ment d^vor^e par
cette turbulente multitude, que ne pouvaient rassasier le pain et
les jeux sanglants du cirque : panem et circenses.
Or, c'est du milliaire, erig^ par Auguste, que partirent aussi
les entoy^s du pficheur de Galilee, dirig^s dans leurs courses
apostoliques par les voies sans nombre que Rome paienne venait,
providentiellement, d'ouvrir a TEvangile. C(mqu6rants d'une espece
nouvelle, its all&rent en toute confiance, et avec les seules armes
de la priire, de Texemple et de la parole, preparer au Supplici^,
que le pr^teur romain avait iramoW sur le (^alvaire, un eniilire
dont r6tendue devait bient6t d^passer les homes de Fempire des
C^sars.
Les Gaules ne furent pas 6tranggres a cette vaste mission, orga-
nis^e par le Prince des Apdtres.
St-Paul nous apprend lui-m6me qu'il se proposait tf^vangiliser
I'Espagne (1 ). Et il nous est permis de croire que, devant partir de
Rome, ainsi que Fenseigne le texte sacre, il avait Fintention de se
rendre chez les Hispani, en suivant Fune des trois routes qui, k
travers la Novempopulanie, franchissaient dijk les Pyr^n^es.
St-Satumin vint a Toulouse iriger des autels au vrai Dieu, et
fonder F6piscopat dans cette ville. Mais, avant d'arroser de son
sang les degr^s du Capitole, il 6vang61isa les ConvencBy les Ausci
et les Elusates, et revint consommer son sacrifice sous les mors
mtoie du modeste oratoire ou Fattendaient ses n^opfaites de Tou-
louse, alors reunis pour la priere.
Nousn'ignoronspasquela mission de Fap6tre des Tohsates est
un Cait contro verse, en tant qu'elle remonterait au temps de St-*
Pierre. N^anmoins telle est Fantique tradition de notre ville, dont ia
premiftre ^glise aurait re^n de St-Saturnin le vocable de Saint-
Pierre, Fann6e m^me du martyre du Prince des Apfitres. Telle est
aussi la tradition des Conseranni^ des Convenes et des ElukcUes.
(1) Ad Rom., cap. xv, v. 24.
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— 46 —
Nousajouterons mSme que Bordeaux, Angoul^me, Cahors, Boui^es,
Aries et autres dioceses ont conserve, pendant une longue s6rie de
siecles, une tradition analogue. Evidenunent, ce n'est pas ici le
lieu de faire de cette croyance le sujet d*une nouvelle dissertation
historique. Nousajouterons seulement, avec un docte ecrivain(l),
qu'on ne saurait comprendre comment des populations si diverses
se seraient accord^es sur ce point, si la v^rit^ n'etait pas la base
d'une semblable tradition. Soupconnera-t-on les Eglises d'Aquitaine
d'avoir conspir6 en favour du mensonge? Croira-t-on qu'elles ont
adopts, sans examen, le r^ve creux d'un imposteur, au m^pris
des croyances g6nerales suivies jusqu'a la date precise de son in-
vention?
Quoi qu'il en soit de T^poque, assur^ment trfes reculee, oh
TEvangile fut annonc^ pour la premiere fois dans la Novempopu-
lanie , les Elusates firent un favorable accueil a la bonne nouvelle;
et c'est au milieu de ce peuple que fut etabli le premier siege me-
tropolitain de notre Province eccl6siastique. Du reste, cet insigne
privilege revenait de droit a Fantique Elusa. On sait, en effet, qu'a
Tavenement de Constantin (31 2), et sous les enfants de ce prince,
TEglise du Christ, devenue libre, s'organisa dans toutesles provinces
sur le modele de Tempire. Elle arrSta le plan de sa hiSrarchie sur
celui que les Cesars semblaient lui avoir prepare, dans le syst^me
d'administration universelle qui reliait k la ville de Rome toutes les
nations conquises.
Nous touchons ici a Torigine des dioceses qui, par les soins des
premiers EvSques d'Eauze, se partag&rent la troisieme Aquitaine.
De nos jours, elle en comprend quatre seulement. Au xviip siecle,
on en comptait onze, sur une 6tendue de sol a peu de chose pres
6gale a la Province d'Auch actuelle. Nous verrons prochaineroent
qu'ils avaient tons commence a une date fort ancienne; mais il serait
bien difficile de la pr^ciser, au moins pour le plus grand nombre,
avec la demifere exactitude.
F. CANfiTO, V. g. (TAttch.
(1) M. I'abb^ Arbellot, du diocese de Limoges : Aposlolaide Sl-MarUaL
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— 47 —
Naioscrits de M. d'Aigian do Sendat
VICAIRB G^iNiRAL DE LA M^TROPOLE d'aUCH
POUR SERVIR A L'HISTOIRE DU DIOCESE D AtCH.
Le xvui^" siecle fat f^od ea homines qui, aimant les lettres
pour les lettres, prireot part a cet eatratuement uaique de Tesprit
humain qui embrasa la France eutifere, sans que leur nom soU
sorti d'un certain milieu ou ils avaient v^cu, et qui contentait leur
ambition. M. d'Aignan, vicaire g^n^ral de trois archevdques d'Auch,
fut de ceux-la. Amateur 6clair^, sensible aux beaut^s de Tart, aux
charmes de Fesprit, aux enseignements de Thistoire, il semble
avoir 6t6 le pivot d*un veritable mouvement litt^raire dans la pro-
vince de Gascogoe. CollectioDu^ur, bibliophile, il rechercha ces
rieus qui formerent tant d'iiiustres cabinets. Une grande partie de
la bibliothfeque actuelle de la ville d'Auch fut 16gu^e par lui aux
J&uites. L'article de son testament qui concerne ce legs fait foi
de toutes ses bonnes intentions et du but qull se proposait en
eiigeant que cette bibliotheque filit mise a la disposition du pu-
bUc : « Je l^gue ma bibliothe(][Ue et mon cabinet de curiosit^s, etc.,
aux Fr^res J^suites, a la charge par eux de placer le tout dans une
salle de leur college, dans laqueUe les livres et m^dailles seront
mis sur des tablettes, et a la charge par eux d'ouvrir ladite bibUo-
theque le mardi et jeudi de chaque semaine, pourvu que ce ne
soit pas les jours de f^tes; ladite bibliotheque sera ouverte depuis
Yhexxre d'une faeure apres midi, jusques aprto quatre heures afin
que le pubUc puisse en profiter, auxquels effets les R. P. charge-
ront leurs biblioth^caires du soin de se tenir pendant le tempsqu'elle
restera ouverte et de remettre k tous ceux qui viendront les livres
qu'ils demanderont a lire. II sera plac^ au milieu de cette salle
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— 48 -^
deux graDdes tables avec ane douzaioe de chaises et d'^critoires
de marbre. » II l^gua, en outre, une soname de mille livres pour
Fjentretien et augmentation de ladite bibliotheque. Nous sommes
convaincu, k ce propos, que le conseil municipal de la ville d'Auch
n'est point si g6n6reux que le bon abb6, et que Tallocation desti-
D^e par lui aux achats de livres se reduit a une somme insuffi-
sante. G'est ainsi que les plus pr6cieux dep6ts d^p^rissent contre
le gr6 des bienfaiteurs.
Parmi les livres rares, les manuscrits curieux, qui composaient
la bibliotheque que 16guait M. d'Aignan, se trouvaient ses propres
manuscrits, tresor trop ignore que nous voulons divulguer aux
personnes disireuses d'6tudier Thistoire de la Gascogne. Nous
Doirt sommes toujours 6tonn6 que ce travail n'ait'pas encore et6
fait. Les arch^logues sont souvent aflfect^s d'uhe maladie coupa-
ble, qui les porte a laisser ensevelis des livres ou des do(Juments
qiii peuvent les honorer a peu de frais, et dans lesquels ils trouvent
dds Etudes faitesouin^dites. 11 est juste de rendre a M. d'Aignan
ce qui lui appartient, et, selon son desir, de vulgariser ses cons-
cJiencieuses recherches.
Ces manuscrits, qui forment environ une trentaine de volumes,
regardent en partie I'histoire du diocfese d*Auch; quelques-uns ren-
ferment des melanges dont nous nous occuperons sp6cialement
plus tard. Nous veulons commencer par les volumes qui concer-
nent Thistoire, et qui se trouvent a la bibhothfeque d'Auch. Nous
devons dire, dfei le dibut, qu'on ne fera jamais une histoire plus
complfete ni plus ex:acle de la Gascogne. Ce serait justice que de
pnWier int^gralement le travail de M. d'Aignan. On bepeutren-
ciWitrer un plan plus m^thodique, une exposition plus claire, une
aussi grande abondatice de preuves et de documents originaux.
Voici le Discours preUminaire qu'il place en t6te de son oeuvre :
, t La GascogDe est sans doute une des plus belles provinces de France
et peut-6tre une de celles qui a Hi la plus Keonde en evfeements, et la
plus belle des parties de cette province est sans doute le diocese d'Auch.
C^pendhnt, il n'6n est point dont Thistoire soit ensevelie dans de plus
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— 49 —
^paisses t^n^bfes. Lesiv^neroents poUtiques et les ^v^nements ecclesias-
tiques y sontpresque ^galement ignores. Od ne voit personne parmi les
ancieDS* auscitains qui ait transmis k la post^rit6 Thistoire de son temps
et de son pais. Gella ue pent venir sans doute que de la negligence d'es
lettres que personne ne se faisoit un m^rite de cuUiver (\). Cette igno-
rance n'^toit point un efifet de Tindolence ou de la l^chet^ de la nation :
on ne peut ignorer qu'eile feut dans tous les temps sa vivacity et sa bra-
voure; et quand les bistoriens anciens ne nous Tapprendroient point,
nous n'aurions qu'i jetter les yeuxsur les h^ros descendants des anciens
Gascons.
9 Quelle admiration n'a pas jett^ dans la France la vaillance et Tin-
fiitigable courage des Armagnacs, des Albrets^ des M onlucs, des Lava-
lette, des Termes, des Bellegardes. Mais autr.ftt que les anciens gascons
parotssent avoir coltiv^ les armes, autant paroissent-ils avoir nigXigi
r^tude des lettres. Trop occupes k devenir de grands guerriers, ils se
sont peu embarrasses de devenir de grands 6crivain5. Leor ignorance
semblait venir de leur z61e m6me pour I'etat.
» II n'est pas aussi facile de justifier le deflfaut d'bistoriens ecclesias-
tiques; il est surprenant que dans un clerg^ aussi c^l^bre que celluy de
ia m^tropole, il ne se soit trouv6 depuis tant de slides personne qui
ait prls la peine de tirer des ten^bres de roubli les ^y^nements qui poa*
raient int^resser I'Eglise d'Aucb et la province; ne chercbons point les
causes d'une telle n^Iigence, mais tachona de ne pas m^riter chez la
post6rit6 de semblables reproches.
• L'amour de la patrie, mon z^le pour messeigneurs les archev^ques,
la gloire de notre Eglise, le bien de tout le diocese m'ont mis la plume h
la main pour faire les collections que je pr^seote h mes amis. Voici la
premiere origine de cet ouvrage :
» Me trouvant h Paris en ^7^3 et 47^4, je fls imprimer k la sollicita-
tion deM. Desmarets, archev^que d'Aucb, une table historique des pr^lats
ses pr6d6cesseurs avec une carte giograpbique de son dioctee (2). Cette
simple ebaucbe ^toit en quelque sorte tout ce que je pouvais faired
Paris, ou il ne m'^toit pas possible de trouver tous les m^moires locaux
n6cessaires pour ex^cuter cette entreprise. Je revins en province avec le
dessdn de donner plus d'^tendue k mon petit ouvrage. Je vis aussitOt
combien je trouverois sur mes pas d'obstacles k vaincre et de difflcultte
a surmonter. Je n'avois d'abord personne qui pOt me servir de guide
(1) II 9n est encore on peu trop ainsi aujourd'hui.
(3) Nous avons rintention de publier, uo jour, dans le Bulletin, une reduction de
cette Carte de I'anciea dioc^e d'Aueh, devcnue tr^ rare. — F. G.
4
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— 50 —
dans la nouveile carri6re ou j'allois entrer. On gcait combien un chemin
d^jii fray6 6pargne des sueurs et des peines. Je me voiais oblig6 de faire
les premieres recherches toujours iafiniment plus p^nibles que tout le
travail d'un historien qui n'a qu'^ disposer dea mat^riaux que d'autres
ont pris le soin de cbercher.
9 Que de chartes antiques h d^brouiller, que de vieux actes a tirer de
la poussiere, que d'archives k visiter, sans compter les immenscs lec-
tures des historiens de nos provinces voisines que je ne pouvais me dis-
penser de faire mais je ne comptais pour rien tous les travaux insepa-
rables de tant de recherches autant qu'ils pouvoient 6tre compatibles
avec roes emplois. Je scai que pour faire bien des observations n^ces-
saires, il m*eut fallu entreprendre des voyages que mes occupations ne
me permettoient pas, y dbiployer un temps dont je ne pouvais pas dis-
poser : mais j'ay t&ch^ d'y supplier en m'adressant sur tous leslieuxdu
diocese k des amis el des porsonnes de conflance pour m'instruire de
tout.ce qui pouvait m^riter quelque place dans un ouvrage s^rieux. J'ay
eu de ce c6le-la toute la satisfaction que je pouvais dteirer. II n'esl point
d*archipr6tre, de cur6, de communaut6, de monastere dans le diocese
qui ne m'ait communique avec un zele qu'on ne saurait trop louer tout
ce qu*on a pu d6couvrir dans leurs archives ; la plus part m6me m'ont
envoys les chartes et les actes originaux pour s'^pargner la peine d'en
debrouiller les caracteres anciens et presque inconnus a tout le monde.
J'en ay tire les copies exactes, et je leur ay restitu^ les pr^cieux monu-
ments de nos antiquites.
» J'ay d'ailleurs puis6 dans d'autres sources bien estimables j*ay entre
les mains un extrait des actes conserves dan.c le thr^sor des chartes du
roy, qui regardent ce pais ou les provinces voisines. Ce recueil m'a 6te
donn6 par M. Fabb^ Froment chanoine de notrc m^tropole, et il le te-
noit de M. Dupont, gouverneur de Toulon, son oncle.
» Je fla transcrire pendant mon sdjour k Paris lout ce qu'on pouvait
trouver de curieux dans les bibliotheques royale, et dans les autres bi-
bliolheques de Paris.
» Les archives du chapitre de Ste-Marie d'Auch m'ont 6t6 ouvertes.
M. Lunet, archiviste habHe, que le chapitre occupe depuis quelques
ann6es k mettre en ordre ses archives m'a donn6 tous ses secours. J'ay
encore eu conaaissance de tous les actes qui reslent dans la tour de
Tarchev^che depuis I'incendie qui arriva sous M. de Suse, notre arche-
v6que. Les archives des diverses abbayes du diocese m'ont ^16 aussi
communiquees.
» Je ne feray point ici le detail de tous les morceaux manuscritsque
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— 54 —
bien des gens se sont empresses de me procurer. Les plus considerables
sont les ouvrages du p6re Montgaillard, j^suite, ouvrage digue de toute
sorte d'^loges et rempli des plus belles recherches. Mais je n*ay pas.6l6
assez heureux pour les avoir tous. Je n'ay jamais pu d^couvrir les
chroniques de Gascogne, ouvrage sans doute le plus int^ressant pour
tnon histoire civile (^) •
Ce prospectus n'est point mensonger, comme les prospectus
que Ton place souvent en t^tedes publications modernes; les pro-
messes sont pleinement justifi^es. Toutlecteur qui prendra la peine
de lire M. d'Aignan en sera convaincu. Aussi ne croyons-nous pas
inutile ni hors de propos, dans an momeift ou Ton vient d'instituer
one soci^t6 arch^ologique et historique, de donner une analyse de
son ouvrage, en prenant volume par volume. Nous publierons
^alement une table alphab6tique des documents qui servent de
preuves k son travail, et nous reconstituerons peut-6tre, grdce k
lui, les archives 6parses et perdues de la province de Gascogne.
L'ouvrage est divis6 en deux parties : bistoire civile et histoire
eccl6siastique. L'histoire civile comprend ITiistoire des divers gou-
\ernements qui se sont succ6d6 dans le pays : le gouvernement
des Remains, le gouvernement des Vandales, des Goths, des rois
de France, des rois d'Aquitaine, des premiers dues h^r^ditaires,
des dues amovibles; Thistoire des comt6s de Pardiac, des comt^s
d'Astarac, de Comminges; des vicomt^s de Fezensaguet, de Ma-
gnoac, de Gabardan, de Gaure. Cette premiere partie se termine
par an catalogue des hommes du diocfese qui se sont distingu^s dans
FEtat.
La seconde partie, concernant Fhistoire eccl^siastique, est en-
core plus compacle.Elle se subdivise elle-meme en dix livres pr6-
c^^s de deux discours pr^liminaires. Fun sur la Novempopulanie
eccl^siastique, Fautre sur F^poque de F^tablissement du christia-
nisme dans cette province. C'est, enfin, la reconstitution exacte et
minutieuse de Fancienne province eccl^siastique, Fhistorique des
(1) Voir, plus baut» page 17.
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— 52 —
chapitres coll^giaux, s^coliers, des abbayes commendataires, des
priear^s, des archipr6tr6s, des cures et des chapellenies, des di-
vers ordres de chevalerie, des commanderies 6tablies dans le dio-
cese, avec le nom de tous les chevaliers de Malte. Un livre eotier
est coDsacr^ aux diverses compagnies de penitents ^tablies dans
lavilled'Auch, auxbfipitaux, aux confr^ries. Uoeuvre du B6n6dictin
gascon est couronn^e par une loDgue 6tude sur rorigine et Tex-
tinctioD du calvinisme en Gascogne.
Cette rapide analyse doone une faible id6e du vaste trayail de
M. d'Aignan. Le cbercheur est effrayd du nombre de documents^
de preuves qu'il a transcf its a la fin de chacun de ses volumes. 11
r6pond a toutes les exigences du savant; il a 6vit6 Tennui d'inves-
tigations, de rechercbes p6nibles dans des archives poudreuses,
malclassees; il a sauve de Toubli, des revolutions, des t^moins ir-
recusables du pass(^. Nous ne craignons pas de ie dire, les manus-
critsde M. d'Aignan ont une plus grande valeur que la fameuse
collection Doat. Leur seul defaut est d'etre encore inconnus* Nous
esp^rons bien que domain ils ne le seront plus, et qu'il ne se fera
pas un travail sur Thistoire de Gascogne sans que le nom de
M. d'Aignan ne figure au bas de chaque page parmi les auteurs
cit^s a Vappui.
Mais nous n'avons envisage que le compilateur : passons a I'ecri-
vain. M. d'Aignan ne m^riterait, en effet, qu'une modeste mention
honorable s'il s'6tait born6 a reunir des titres, des documents, k
les coUiger, a les mettre dans un certain ordre. Uhistorien doit, en
outre, 6crire avec un but devantles yeux; il est necessaire qu'il
donne de la couleur a son recit, qu il se passionne pom* tel ou tel
ordre d'id6es, qu'il le fasse ressortir, afin que le lecteur puisse oa
partager ses opinions, ou se Cairo une opinion a lui sur la marche
des ^venements, sur leurs causes ou sur les r^sultats qu'ils ont
produits. Nous ne sommes pas de ceux qui preconisent outre me-
sure Timparlialite en histoire : la passion est necessaire a T^crivain
pour qu'il ne se perde pas dans un dedale de faits, de jugements,
de chroniques. Nous n'entendons point par passion cette fougue
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- 83 —
qui entraine aveugl^ment r^crivaiD dans le chemin de rinjustice,
qui obscurcit son intelligence outre mesure et qui lui enlfeve le
calme, la possession de soi-meme, indispensable a tout homme qui
veut se faire croire. L*6tude s^rieuse et approfondie de FhistQire
doit in6vitablement donner des vues g6nerales sur le cours des
choses. Tout peuple est parti d'un point pour arriver k un autre.
II y a tel ^16ment qui est plus vivace que Tautre et qui est comme
Fesprit de ce peuple. On pourrait en dire autant des provinces
fran^ises qui sont cooune de petits peuples. Jamais aussi grande
nation n'a 6t6 formee d'^l^ments aussi etrangers, de races aussi
diverses. II a fallu la fermete de la monarchie dans sa marche
eentralisatrice, et le concours du Code Ni4[)ol^on pour former
I'Empire qui 6tonne aujourd'hui le monde par Tunitd de ses institu-
tions et de son esprit. Mais constater ce r^sultat ne suffit pas. Les
monuments, les ^lises romanes, gothiques, qui varient a Finfini
et h mesure que nous passons d'une province k Tautre, sont ]k
pour nous crier qu'il n'enfut pas toujours ainsi. Lepo^te qui Scrivit
un jour qu' «on fit Thistoire sur la pierre» a 6mis unepens^e vraiej
mais 11 aurait dd ajouter que son imagination est n^cessaire
pour la comprendre. Tel qui d6chiffrera les cath^drales de Paris,
de Strasbourg, de Reims, ne verra dans les modestes ^glises de
Gascpgne que des monuments informes et sans couleur, une pierre
muette, si nous pouvons nous exprimer ainsi. II faut dtre d'un
pays ou aimer ce pays, ce qui revient au mdme, pour avoir quel-
que int^ret a rechercher son pass6, pour traduire ses monuments,
reconstituer, enfin, sa g6n6alogie politique.
En France, chaque province pflfre, a pen pres, quatre grands points
a ^tudier : TOrigine, le Ghristianisme, la Conqu^te, la F^odalile.
C'est ainsi que nous allons diviser le travail de M. Tabb^ d'Aignan.
Georges NIEL,
Archiviste du dOpartemont da Gers.
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— 8* —
t
L'ABBfi MONLEZUN
ET
SON HISTOIRE DE LA 6ASC06NE.
Nous voudrions faire connaftre aux abonn^s du Bulletin un
homme qui, dans ces demiers temps, a fait le plus grand honneur
au diocese d'Auch, unecrivain, recommandable a bien des egards,
dont les travaux historiques meritent une appreciation serieuse.
Nous avons inscrit en t^le de ces pages le nom du regrettable abbe
Monlezun, et nous sommes heureux que Toccasion nous ait ete
oflferte de rendre a sa m^moire un homraage pieux et fraternel.
Pr^cisons, avant tout, I'objet de cette 6tude, en dessinant le
cadre dans lequel nous pr6tendons la renfermer.
Nous ne ferons pas la Btographie du docte chanoine; elle
devrait se r6sumer, presque tout entiere, dans les dates de ses
diff6rentes publications. Les plus belles ann^es de sa vie furent,
en effet, absorb^es par les humbles fonctions du ministere eccl^-
siastique. Lorsque, plus tard, et d6ja confinant k la vieillesse, son
m^rite universellement reconnu le rendit Tobjet d'une distinction
flatteuse, il garda dans sa position nouvelle ses habitudes modestes
qu'il avait cCntract^es depuis longtemps, et desquelles il ne se
d^partit jamais.
Encore moins aurions nous Tintention de toucher aux qualit^s
exquises de son coeur, de rappeler sa bontfi inalterable, son d^vofl-
ment i toute epreuve, Taccueil toujoursbienveillantqu'il avait pour
ses amis, le zfele empress^ avec lequel il mettait au service de ses
freres dans le Sacerdoce son talent, son experience et son credit.
A quoi bon evoquer des souvenirs a la fois si tristes et si doux?
Qu'ils vivent 6ternellement dans la memoire de' ceux qui, comme
nous, ont eu le bonheur de connaftre et d'aimer Tabbe Monlezun.
D'autres seraient impuissants k en goiter tout le char me.
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— 55 —
Nous nous sommes propose uniquement d'appr^cier a sa juste
valeur I'bistorien de notre Gascogne. Quelles recherches a exigees
la composition de ce livre? Quelle est son impbrtance au point de
vue scientifique? Quels sont les merites et les d^fauts qu'une cri-
tique impartiale peut y signaler?... II nous a sembl6 que ces
questions 6taient de nature a interesser nos lecteurs, et voila
pourquoi nous avons essay^ de les traiter.
L'abb^ Monlezun n'^tait pas, sans doute, un de cesesprits tares
qui, d'apres un grand et protond observateur (1), apparaissent de
temps en temps sur la surface de la terre, et dont les quality
6minentes jettent un ^clat prodigieux. Cependant il poss^dait a un
bien haut degr6 tons les talents qui font Thomme sup^rieur, com-
prenant les choses sans eflfort, les poignant avec vivacit6, rencon-
trant presque toujours Texpression juste, simple et convenable;
imprimant enfin sur toutes ses productions litt^raires un cachet
particulier qui trahissait, sous une facility naturelle, une difficulty
acquise; combinaison pr^cieuse, dans laquelle se trouve, a-t-on
insinu^, la perfection de Fart (2).
De pr^coces instincts le port^rent, de bonne heure, vers les re-
cherches historiques, et nous ne craignons pas de dire qu'il se
trouvait heureusement dou6 pour y r^ussir. Sa m^moire ^tait
vaste, son jugement solide, son coup d'oeil sur. 11 avait le don de
saisir les vraies nuances qui distinguent une epoque, de calcuier
avec precision la portee d'un fait, de mettre en reUef les beaux
c6t^s d'un grand personnage. 11 savait grouper avec habiletd, dans
ses r^cits, des details merveilleusement propres k en relever Fen-
semble. Enfin, malgr6 les inconvtoients d'un style quetquefois un
peu prolixe, il 6tait parvenu k donner aux productions de son esprit
je ne sais quelle forme originale et piquante qui devait (chose rare
en un siecle ou tant de gens ecrivent) lui m^riter Tinsigne honneur
de ne pas 6tre confondu dans la foule de nos ecrivains.
;1) Labrutere. — Du Mi^riie personnfl.
(2) JouBBRT. — PenshSj etc., tome ii.
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— 56 —
Les tendances intelleetueUes de I'abb^ MonlezuB, son godt
poor les grands travaux d'6rudition, son habilet^ dans Fart de dd-
chi&er les ancienn^s charles et les vieux dipl6mes, le rendaient
surtout admirablemenl propre a 6crire Thistoire de notre Gasco-
gne, avant lui universellement, et, il faat bien le dire, presque
n6cessairement ignor^e.
En effet, les manuscrits da P. Mongaillard, et ceux du judi-
cieni abb6 d'Aignan, 6taient a peine connus de quelques rares
^rudits. LsiNolitia^rit^que Vdsconice d'O'ihenart, avocat aupar-
lement de Pau dans les premieres ann6es du xyw si^cle, et
YHistoire du jB^am, par Monseigneur Marca, se trouvaient sett-
lement dans un petit nombre de biblioth&ques. Enfin laChroniqoe
de dom Brugelles, publico en 1 748, presentait des lacanes con-
siderables et 6tait d6pourvue d'ailleurs de critique et d'unit^.
L'histoire de la Gascogne 6tait done encore a (aire, et Tentre-
prise en ^tait difficile. Elle exigeait une longue patience, une
incessante activite, de consciencieuses recherdies. L'abb6 Mon-
lezan s'y consacra tout en tier.
Dbs les premieres ann^es de son sacerdoce, et pendant les loisirs
que lui laissa Tadministration successive des paroisses de Castel*
nau-d'Arbieu et de Barran, il s'occupa k preparer les mat^riaux
de Toeuvre qu'il mMtait, et, si j'ose le dire, a lui creuser de soli-
des fondements.
Pour obtenir ce rdsultat, il dut se livrer k, de bien ptoibles
6tudes. Tout ce qui avait m ^crit avant lui sur la Gascogne
servit d'abord de matiere a ses investigations. II se mit done a
parcourir les histoires generales et particulieres, a feuilleter, jour
et nuit, ces immenses collections scientifiques, qui nous ont 6te
legumes par les deux derniers siecles, et dans lesquelles T^ruditioo
modeme asu d^couvrir de si riches tr^sors. La ViedesSaintSy des
Bollandistes, le Recueildes Concilesy par le pfere Labbe, le GaUia
chrislianay les Actes de Thomas Rymer, le Spicilegium, de dom
d'Achery, les Grands Officiers de la Couronne, du pere Anselme,
le Scriptores rerum gaUiarum et franeiarum, de dom Bouquet,
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— 67 -
YArt de ^y^rifier les Dates^ les M&moires relatifs k Thistoire de
France, ces corapilations gigantesques fournirent a notre infati-
gable compatriote la mati^re premiere de son travail; et d^s lors
il lui fut possible d*en tracer les grandes lignes.
II fallait cependant imprimer a cette dbauche une pbysionomie
originale, et frapper Toeuvre tout entifere au coin du progrfes.
Or, nons poss6dions dans les bibliothfeques de nos ^tablisse-
ments religieax, dans les archives des grandes cit6s de la pro-
vince, dans les collections g^n^alogiques de quelques-unes de nos
families nobUiaires, dans les cartulaires de nos anciennes abbayes,
des documents innombrables, dont quelques-uns avaient une haute
importance, et que personne, depuis M. d'Aignan, n'avait encore
interrog^s. lii, 6taient ensevelies quantity de pieces in6dites, char-
tes, dipl6mes, litres authentiques de donations, actes servant \
constater ou des privileges accord^s aux 6glises, on des libertds
octroy 6es aux communes : mines ^parses dans le champ du pass6
qui demandaient k 6tre recueillies par une main inteUigente. tl
6tait bon que ces echos endormis de notre moyen-4ge retrouvas-
sent leurs voix; et, pour ext)rimer notre pens^e sans figure, n'est-
il pas Evident que de Fanalyse approfondie de toutes ces pieces
il devait surgir des d^couvertes infiniment pr6cieuses pour la
science, qui Jetteraient une nouvelle lumifere sur des faits accep-
tes sans un contrdle suffisant, et r^v^leraient k un historien sa-
gace Texistence de traditions locales jusqu'^ ce jour a peu pres
ignor^es du publicl^?
L'abbe Monlezun entreprit cette seconde partie de sa tdche avec
le z61e et fesprit de suite qu'il avait d^ploy^s dans son premier
travail. Les villes importantes de Tancienne Gascogne le virent
successivement s'enfoncer dans leurs bibliotheques, et d^pouiller,
Fun apres I'autre, les titres originaux qu'elles poss^daient. De
toutes parts, on s'empressa de mettre k sa disposition les manus-
crits desquels il pourrait retirer quelque avantage; et son presby-
t^re de Barran devint, pendant quelque temps, un veritable arse-
nal de pi6ces diplomatiques. Nous Favons vu a Foauvre, et nou$
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— 58 -
pouvons rendre t^moignage de sa patienee quelquefois inquiete,
parce qu'elle 6tait mise a de rudes ^preuves, et de sa perseve-
rance que rien ne pouvait lasser. II se reodait compte de tous les
documents dont on Tavait constitu^ depositaire; et quaad il y ren-
contrait quelque chose d'interessant et de nouveau, il rattachait
imm^diatement a ses Etudes generates ces renseignements parti-
culiers, destines bien souvent a faire subir a ses anciennes redier-
ches de notables modifications.
GrAce a ce dernier resultat, Thistoire de la Gascogne put 6tre
compos^e dans des conditions favorables qui lui presageaient un
succfes legitime. II lui ^tait possible de rivaliser, sinon par la
grandeur des 6venements, du raoins par le choix, le nombre et
la valeur des mat^riaux, avec les Histoires du Languedoc et de te
Lorraine^ ces monuments imp^rissables du genie des B^n^dictiqs
que le g^nie de ce siecle n'a pas encore 6gales.
L'abb6 Monlezun avait done sous la main tous les ^16ments n^-
cessaires a ToeuYre qui avait 616 le reve de sa vie ; il tcavailla avec
ardeur a en poursuivre la realisation.
D^ja, quelques parties de ce Iravail etaient trait^es d'une ma-
niere assez complete, lorsque notre auteur, en proie a une de ces
preoccupations que ne connurent jamais les esprits m6diocres, et
craignant de ne pas se trouver a la hauteur d*une composition
historique, dans laquelle il entrevoyait des difficult^s immenses,
voulut sender Topinion de ses contemporains et pressentir en meme
temps celle de la posterity. II detacha done (juelques fragments
de son livre et les publia, sous le voile de Tanonyme, dans un des
journaux que la revolution de juillet avait fait 6clore parmi nous;
bien dispose a sacrifier le fruit de ses longues veilles, si r^preuve
ne r^ussissait pas. L'^preuve reussit au-dela de ses esp^rances :
les feuilletons historiques du journal furent gen6ralement remar-
qu6s. Unhomme de lettres de la capitale s'empara m^me de cette
conununication officieuse, en denatura Tesprit religieux et la fit
servir a la redaction d'une histoire de la Gascogne qui ne fut
jamais termin^e.
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— 59 -
Quoi qu'il en soit, Tabb^ Monlezun, encourage par ce premier
succes, continua son ouvrage avec plus de confiance. Dlx ann^es
*entieres furent employees a lui donner sa derniere forme. Le pre-
mier volume parut enfin en 1 846, sous le patronage auguste des
Mgr de La Croix d'Azolette et de Nosseigneurs les ev^ques dela Pro-
vince eccl^siastique d'Auch. A ces nomsv^n^rables vint sv'ajouter, en
1847, aveic la publication du troisifeme volume, le nom de Mgr de
Morlhon, Eveque du Puy, et ancien vicaire general du diocese
d'Auch, qui avait toujours honors Tabbe Monlezun de sa haute
protection etde son insigne amitie. Le cinquieme et dernier volume
de VHistoire de la Gascogne fut public en 1 850.
Quelle est la port^e historique *de cette oeuvre ? c'est ce que
nous chercherons a ^tablir dans notre prochain article.
F.-E. SABATlfi,
Cur6 doyen de Valence.
L'abbe Monlezun 6tait curede Barran, depuis quelques ann^es,
lorsque Mgr de La Croix d'Azolette, alors Archeveque d*Auch, le
nomma chanoine de sa calh6drale, afin de lui rendre plus faciles
les recherches qu'il avait encore k faire pour son histoire de la
Gascogne. Le docte chanoine s'attacha de toute son Sme aux
devoirs que lui imposait son nouveau tit re; mais jamais il ne
perdit le souvenir du troupeau qu'il venait de quitter. C'est ce qui
nous explique Tarticle suivant extrait deson « Testament olographe
fait a Auch, le 30 juin 1858 : Je desire et je demande a 6tre en-
terr6 a Barran; auquel cas je Ifegue, pour T^glise du lieu, mon
calice, mon ornement, mes deux stoles, mon rochet et mon camail.»
La mort suivit de pres cette derniere date : M. Monlezun ren-
dit, a Auch, son dme a Dieu, le 3 juin 1859. Quelques amis le
conduisirent a son ancienne paroisse, selon le d^sir qu'il en avait
manifeste. Sur ses restes ils deposerent une dalle de marbre,
surmontee d'une croix. L'un d'eux, M. le chanoine Mondin, y a
fait graver I'inscription suivante :
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— 60 —
t
HIC IN PACE
ANNOS LIX NATUS
J.-J. MONLEZUN P-R
QUI . .
PRiESENTIS ECCLESI^
PRIMUM PAROCUUS
DEIN AUXITANUS CANONICUS
DORMITIONIS INTER OVES
SIBI
ELEGIT LOCULUM
XPI ANNO MDCCCLIX.
HUNC
BENEMERENTI
HARMOREUH POSUEBE
TITULUM FLENTES
AMICI.
DIG
PATER NOSTER.
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— GI-
LES Edifices REUGmux
DE LA
ProTince eccl^siastique d'Auch.
CONSTRUCTIONS NOUVELLES, RESTAUHATIONS, ORNAMENTATION , ETC.
Nous sommes heureux de reconnaitre et <)e constater ici (pie
notre Province est une de celles oil, grdce k la pi6t6 des fideles,
au zele des conseils de fabrique et des conseils municipaux aid^s
du coDCOvrs de TEtat, on a vu, dans ces demiferes ann6es surtout,
s'^lever, s'agrandir ou se restaurer un plus grand nombre d'^difices
Chretiens. Disons mSme de suite que, g^n^ralement, on se donne
des solos tout k fait dignes d'^Ioge, afin d'imprimer a ces diverses
cBuvres un cachet special de sentiment religieux, dont naguere
encore on ^tait si loin d'avoir Tidee la plus el^mentake. Aussi
arrive-(-il souvent que des details pleins d'int^rSt, sous le rapport
de Fart, fiient Fattention de Tobservateur qui veut se rendre
compte du progr^s obtenu en cette mati^^e. Et, parfois, ils'^tonne
des grandes et belles proportions que, mSme de nos jours, on peut
donner a ces sortes d'entreprises, jusqu'au sein des populations
les moins favoris^es de la fortune.
La Commission du Bulletin se propose d'enregistrer a Favenir
toute nouvelle tentative dece genre; de faire connattre les travaux
accomplis; et m^me de publier des monographies, des descriptions
critiques de quelques-uns de ces Edifices de nouvelle cr^tion, en
donnant la pr^f^rence aux plus remarquables. Mais elle n'aura
garde d'oublier ceux que nous devons aux ^poques ant^rieures, et
qui servent encore de module a nos contemporains.
En attendant que nous ayons pu r6unir les mat6riaux que pr^-
parent^ en ce moment, nos correspondants, nousferonsconnaftre.
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— 62 —
soiiimairemeDt pour cette fois, et avec rintention d'y revenir avec
plus de detail, uu certaia nombre de ces oeuvres, termin^es ou en
cours d'ex^cutioQ, dans les quatre dioceses qui composent actuel-
lement la Province d'Auch.
1
DIOGlfeSE DE TARBES.
Dans le dioctee de Tarbes, on a construit les egUses de Mont-
gaillard et d'Argelles, d'apres les plans de M. Latour, architected
celle des Carmes, a Bagneres-de-Bigorre, squs la direction du
P. Hermann; celles d'Esbareich, d'Ornicle, et quelques-autres
moins iraportantes; enfin, la chapelle du petit seminaire de Saint-P6-
de-G^n^rez, que vient de faire bdtir Mgr TEveque de Tarbes, en
style du xi« siecle, d'apres les plans de MM. Hippolyte Durand
et Guichen6, architectes.
Pour n'6tre qu'un Edifice de dimensions assez restreintes, cette
chapelle n'en est pas moins une oeuvre remarquable, sous le double
rapport de la puret6 du style et de T^l^gance des details. La de-
coration int^rieure se complete, en ce moment, par des peintures
murales, dues k la bienveillance de M. le ministre d'Etat. L'exe-
cution en est confine au talent ^prouv^ de M. Anatole Dauvergne,
peintre d'histoire, qui vient de se signaler, en dernier lieu, par la
decoration polychrome de Saint-Paul d'Issoire, au departement de
Puy-de-D6me. Nous aurons occasion de reparler de I'oeuvre des
architectes et de celle du peintre, quand cette dernifere sera ler-
min^e.
Parmi les travaux de restauration, il faut citer, comme etant
des plus importants, dansle diocfese de Tarbes, ceuxqu'ont fait exe-
cuter a Ibos MM. Hippolyte Durand et Guichen6, a la grande satis-
faction de la commune. Six chapelles, reraises a neuf, ont regu des
autels en pierre, sculpt^s et peints par M. Jabouin, dans le style du
xv« sifecle. L'heureuse distribution et la division interieure des fe-
netres du sanctuaire ont permis a M. Goussard, de Condom, de
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- 63 —
composer et d'ex^cuter une serie de Titraux peints, repr^senlant
le Christ en Croix, avec la Ste Vierge et St Jean TEvang^liste; ainsi
que les douze Apdtres, occupant chacun un panneau distinct. Ces
vitraux, de haut syle, beaux de dessin, riches et harinonieux de
couleur, produisent un grand eflfet dans cette belle 6glise.
Celle de Saint- Jean de Tarbes, confine aux soins de M. Eugene
Durand, vient de subir une transformation considerable. On ne peut
que louerla g^n^rosit^ des sacrifices que la fabrique s'est imposes
dans le but d'am^liorer un Edifice qui, par lui-rafime, se prete
• assez m^diocrement an succes des oeuvres d'art Chretien. Le peintre
qui a om6 la voiite a pris pour module un choix des scenes de
FEvangile , trait^es d'aprfes Fr6d . 0 verbeck . Les modfeles ne pouvaient
gufere 6tre de meiUeur godt. Quant a Teffet d'ensemble, il serait
plus henreux si les encadrements avaient le earact^re de T^poque
ogivale; si surtout les Urns ^taient plus fermes et moins clairs. lis
nous paraissent contraster d'une facjon tout k fait defavorable avec
ies verri6res du chevet, dont les couleurs ont tant d'^clat.
II
DIOCESE DE BAYONNE.
La Commission du Bulletin ne poss^de, pour le moment, que
des renseignements incomplets sur les constructions religieuses
de ces demieres ann6es, entreprises dans le dtocfese de Bayonne.
Biles sont plus n<mbreuses que dans les autres psu^ties de la Pro-
vince d'Auch; et, d'un autre c0t6, ce diocfese est le plus eloign^
de la M^tropole. N^moins, nous pouvons citer les eglises de
Wndjacq et de Baudreix, d'aprfes les plans de M. Loupot, ar-
cbttecte; celle. d'Igen, en voie d'execution, sous la direction de
M. Latour; etla chapelle de Biarritz, graeieux souvenir de la belle
^poque de Tiart du xi« sifecle. Le lambris en bois de ce dernier
^flce avait d'abord suscitd un certain bldme dans le public, sur-
tout a raison de ses dispositions horizontales. Mais insensiblement
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— 64 -
TcbU s'est accoutum^ a ce genre de YO<lte, renooyel^ des plas
anciennes eglises; et Moge a fini par succ^der a la critique.
Nous diroDS aussi un mot deFeglise qui s'acheve dans la paroisse
de Saint- Andr6 de Bayonne. Beau type de rarchitecture ogivale du
xiip sifecle, cet Edifice est dO, en tr^s grande partie, a la munificence
de feu M. Lormand, le g6nereux bienfaiteur des deux dioceses d'Aire
et de Bayonne. U est, sans contredit, le plus vaste et le plus impor-
tant de tous ceux que notre epoque a vus s'^lever dans la Proyince
d'Auch. D6s qu'il sera ouvert au culte, le Bulletin en publiera une
description monographique, sans oublier les belles ver^eres que.
lui prepare M. Goussard. Ge sont MM. Hippdyte Durand et Gui-
chen6 qui ont foumi les dessins et dirigd Tex^cution de cette
4glise. lis sont aussi les architectes de la chapelle de Biarritz.
En fait de restaurations, ex^cut^es ou en cours d'ex6cution, dans
le diocese de Bayonne, le Bulletin ne saurait passer sous silence
la calb6drale, si dignement dot^e par feu M. Lormand* Mais la ma-
tiere est ici trop abondante pour trouver place daAs un rapide
aperfu. Nous ne manquerons pas d'y revenir plus tard.
Nous parlerons 6galement des belles restaurations accomplies
dans Tancienne cath^drale de Lescar, grace au zMe pers^v^rant de
M. le doyen Dassieu; des travaux importants qui s'ex6cutent dans
la grande et belle ^glise romane de Morlaas; et de ceux qui viennent
de remettre a neuf celle de Lespourcy. La pieuse munificence de
Madame veuve Charles de Salinis a fait de ce dernier petit 6difice
un oratoire des plus propres a favoriser le recueiliement et la
pri^re. La restauration est de M. Eugene Durand, et les vitraux
sont de M. Goussard.
Enfin, a Oloron, M. Tarchiprdtre «n'a pas eu de repos qu'il ne
fAt parvenu a executor, dans le sanctuaire de Sainte-Croix, toutes
les reparations et tous les embellissements dont il ^t susceptible.*
Sur ses instances, la fabrique avait confix cette oeuvre d'art k
M. Romain Cases, peintre d'histoire, et a M. Bernard, peintre A6-
corateur. Le succis a repondu aux esperances de M. Tabbd Men-
joolet; et d^sormais cette partie de son ^glise sera tout a fait a la
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— 65 —
hauteur des grandes p6riodes qu'il a si bien d6crites dans la Mono-
graphie qu'il en afaite, depuis quelques ann^es.
Et, du reste, qui pouvait, encore ici, mieux inspirer les deux
artistes, dans le choix de leurs sujets et la maniere de les rendre,
que le ministre m6me de Tautel et Torgane de ce magnifique
sanctuaire? Qui mieux que lui pouvait initier les fiddles dans
I'ordre et Tintelligence des sentiments de terreur ou de confiance
que le pinceau venait de traduire sur la pierre? Cest aussi ce
qa'a fait naguere M . Tarchiprfitre d'Oloron, en publiant la des-
cription detaill^e de ce beau travail, la grande scfene du Juge-
ment dernier. EUe se d^tache sur un fond ^bteuissant d'or, que
couronne la Croix, patronne speciale de cette ^glise. Neuf per-
sonnages occupent tout le pourtour de la coupole : sept d'entre
eux sont sur les degr^s d'un tribunal ; les deux autres sont plus
bas, sur une plate-bande qui porte des l^gendes latinos.
«Au centre parait, assis sur un tr6ne d'ivoire, J6sus-Christ, le
Juge des vivants et des morts: Jtuiex vivorum et mortuorvm. Sa
stature colossale indique YAncien des jours; on sent que nuUe
grandeur n est egale a la sienne, ni aux enfers, ni sur la terre, ni
dans le ciel. Son regard plonge dans rimmensit6. Son visage a toute
la majesty et en m^me temps toute la s^renit^ de la puissance
souveraine, sans la moindre expression de colore ni de faiblesse;
c'est un visage surnaturellement calme, comme ilconvient a THom-
me-Dieu. Sa main droite appelle, sa main gauche repousse; on
croit entendre les deux sentences suprfimes des portes de l*Eter-
nit6 : Venez,mes bien-aim^s! Retirez-vous, maudits! Fcntte, 6ene-
dicti. — Ite, makdicH. »
En donnant au projet toute Tex tension dont il est susceptible,
de nouvelles peintures murales doivent reproduire d'un c6te VAgo-
nie de J4sus^ ce premier pas du Sauveur vers la Croix et le
Calvaire; et de Tautre, la Resurrection^ ce premier triomphe du
divin Crucifie. Dans les sept arcades romanes du Consessw rayon-
neraient, autour de Tautel principal, les Saints du B^arn et de la
Soule, consider^s comme les premiers propagateurs du culte de
5
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— 66 —
la Croix dans le pays. Et c'est ainsi, continue M. Menjoulet, que
serait a peu pres complete dans notre sanctuaire, le touchant
POEME DE LA GROix, SOUS lo piuceau de M. R. Gazes.
On le voit, nous sommes oblige dialler vite dans cet apergu g6-
n^ral. Encore est-il beaucoup trop court pour {aire la part de
tout ce qui s'est execute ou se poursuit, dans Tint^rfit des Edifices
religieux des dioceses de Tarbes et de Bayonne,
Pour nous aider a supplier, un peu plus tard, a ce qui manque,
nous prions nos correspondants et le clerg6 de ces contr6es de
signaler a notre attention tout ce qui demande une mention hono-
rable, du moins a titre d'encouragement si bien m^ritg par les sacri-
fices qui se font dans un grand nombre de paroisses.
Toutefois, nous r^serverons la premiere place libre aux diocfeses
d'Aire et d'Auch, que nous sommes oblige de renvoyer a une de
nos prochaines livraisons.
En attendant, qu'il nous soit permis d'ajouter quelques lignes
sur les modifications que doit subir tres prochainement notre
6glise m^tropolitaine. Des travaux considerables sont commences,
depuis quatre ou cinq mois, sous la direction de M. Leopold Gentil,
architecte du d^partement du Gers, dans le but de preparer le d6-
gagement exterieur de I'^difice. Les prisons, etablies au sud, vers
le commencement de ce siecle, sont d^molies presque en totality,
de mSme que plusieurs maisons qui firent autrefois partie du cloitre
capitulaire. Les mat6riaux, que la demolition remet k la disposi-
tion des ouvriers constructeurs, sont transportes successivement k
Touest du Cours d'Etigny, sur le chantier du nouveau Palais de
Justice. Et dejk le public pent se rendre compte des heureux r^-
sultats qu'assure a ces deux parties de la ville la complete exe-
cution des plans de Varchitecte.
A Tinterieur de lacathedrale, toutes les dispositions sont prises
pour recevoir Tautel et les boiseries de TAvant-choeur. M. Leon
Geruzet a etabli le riche pave de marbre du nouveau sanctuaire.
Le bufi'et de Torgue d'accompagnement, les stalles, le tr6ne ponti-
fical et les autres parties du mobilier, que d'habiles artistes viennent
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— 67 —
d'executer a Paris, sur les dessins de M. Charles Laisnfi, archi-
tecteduGouvernement, sont Tobjet de radmiration publique, dans
le Palais de Tlndustrie frangaise. Tout ce beau travail, en style
flamboyant de la fin du xv« siecle, atteste le talent consciencieux
et ^clair^ des lambrisseurs, des huchiers et des imagiers contem-
porains. II t^moigne bien haut que les proc6d6s modernes, dans
Fart de d^couper le bois, nele cedent en rien a ceux de la Renais-
sance. Jamais, assure-t-on, il ne futpouss^ au ciseau et a la gouge
de plus fines moulures, dans les innombrables contours des ogives,
des trfefles, des quatre-feuiUes, des couvre-chefs et des pinacles.
Jamais la menuiserie sculptee du moyen-age ne se fit admirer par
des rinceaux plus delicats, des penetrations plus nettes et des
raccords plus parfaits.
Encore peu de semaines et les parties considerables de Torgue,
qui sont arrivees ces derniers jours, seront suivies de tons ces
riches produits de notre art chr^lien et national, que le zfele pers^-
verant de quelques hommes d'elite a si bien remis en honneur
dans ce demi-sifecle.
Mais dans le but de rendre d^sormais plus fructueuse la lecture
des details relatifs a nos vieilles ^glises, nous avons concu le projet
de publier ici, par articles successifs, un vogabulaire d'argh£o-
LOGIE GHR^TIENNE.
Ce travail pourrait devenir assez long. Et pourtant notre inten-
tion bien arretSe est de traiter avec precision tout ce qui ne
semblera presenter qu'un inters t secondaire, ou qui du moins
serait Stranger au cadre arr6t6 par le titre.
F. CANfiTO,
Vicaire g^n^ral d'Auch.
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— 68 —
INTRODUCTION
k FHistoire gdn^rale de TAquitaine jusqa'A la FiodaliM (4).
Le mouvement historique qui dure depuis tant6t un demi-
sifecle est loin d'etre termini. Nous Tavons vu se transformer, il
y a vingt ans. On est sorti du domaine 6puis6 des gen^ralites, on
a voulu vivre de Tancienne vie provinciale et feodale. Dans cette
jeune iumiere dela science, les fiefs dominants sont apparusavec
leurs caracteres propres, eclair^s sous leur aspect le plus vrai.
Le r61e de I'Eglise indigene et celui de la grande noblesse locale
peuvent main tenant etre compris et jug6s par la generation nouvelle,
qui a le droit de les regarder sans colere et sans regret (2). De
tous cdtSs conunence Texamen de cet immense proces dont il faut
chercher lestitres dans le monde romain, dans Thagiographie, dans
la numismatique, dans Tarchitecture, dans les vieilles chroniques
6piscopales, conventuelles, seigneuriales, dans les statuts provinciaux
plus ou moins impregn6s de Tel^ment germanique, dans les an-
(1) Reprodaction inlerdile.
(2) De prime abord, ces deux expressions, sans coUre et sans regrety ainsi aocol^es
I'nne a i'autre, ^voillent une certaine surprise. Et pourtant elles riisument, avec
une grande justesso, Timpression qui restc, do nos jours, aprds la lecture de beau-
coup de dipldmes qu'on avail trop longterops oubU(§s dans la poussidre des archives
communales.
A I'occasion de cette francbe allure avec laquelle nos jeunes generations p^ndtrent
dans le vif des questions les plus d^licates en dtudes d'hisloire locale, nous cilerons
une petite charte, dont nous devons la communication a M. le maire du Houga.
EUe reproduit une humble supplique que la commune adressait k Jean IV, comte
d'Armagnac, en 1418, dans le but d'obtenir exemption de certains droits, et I'au-
torisation de conslruire un petit moulin a eau. — Le ton de la demande est si humilid.
la d^tresse du Houga titait alors si ddplorable, que la lecture do ce document ne
peut dvidemment laisser aurun regret d'un 6tat social aussi peu conforme a nos habi-
tudes modernes.— D'autre part, la ref)onse du comte est T6d'ig6e avec tant do loyaut^
et de bienveillance paternelle qu'on ne saurail faire a I'h^ritier do Bernard VII, le
terrible Conn6table, un crime de la haute position qu'il tenait de sa naissance D'ail-
leurs, I'empressement qu'il met k condescendre aux ddsirs de cette malheureuse po-
pulation est bien loin de donner prise a la rancune, de laisser dans des coeurs droits
le moindre pr6lexte d la coUre, — F. C— (Voir, seconde partie. Document no 4.J
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— 69 —
nales des communes, et aussi dans les recherches int6ress6es des
tegistes royaux, dans les patientes investigations des B6n6dictins,
dans les 6crits contradictoires et passionn^s du dernier si6cle, et
les libres travaux de T^rudition et de la critique contemporaines.
Cette preoccupation des origines particulieres, au sein mdme
d*un ocean de confusion et de promiscuity, est un des signes de
notre temps. Tout ce qui s'est pass4, depuis la chute de Fancien
ordre de choses, n'est que le d^veloppement raonstrueux et sans
limites d*un fait inapergu d'abord et legitime a son heure, Fab-
sorption lente el progressive de Tindividu par Tfitre social. Les
consequences en sont aujourd'hui trop ^videntes et trop cruelles :
Tamoindrissement des volont^s, Tabaissement des caracteres, la
tyrannie collective de Topinion mise a la place de la raison et de
lautorite. Sans doute, la force accumulee des traditions, I'empire
instinctif des habitudes feront bien longtemps la force de cette
d^vorante Units qui poursuit son oeuvre fatale jusqu'a ce qu'elle
meure de ce qui fait encore sa vie. Je vois d6]k cependant la
reaction qui commence. N'allons pas en chercher la preuve dans
certains faits empruntes a Thistoire politique des quinze dernieres
annSes. II y aurait la une part trop large k faire aux hasards des
evSnements, aux calculs des passions et des interdts. Regardons
seulement le travail qui se fait autour du passS de chaque pro-
vince, de chaque ville. Ce n'est plus, comme il y a cent ans, la
demifere pensSe d*un aieul qui se recueille avant Tagonie pour
6voquer encore une fois, par le souvenir, les tristes et vaines
ombres des jours perdus. Je crois entendre plut6t les premiers
cris d'un enfant. — Cher petit. Ta mere en souriant te regarde;
elle songe a son pauvre mari qui est mort, et pourtant la voila
presque consolee. Voyez comme il ressemble a son pere. N'est-
ce pas lui qui me revient plus jeune et plus beau, riche d'avenir
et d'espSrance? Va, douce et frSle fleur de ma vie, grandis dans
cette vieille maison b^tie par les tiens, a Tombre des reraparts
ruin6s de ta petite ville; va tousles ans t'agenouiller au cimetiere
oil tes humbles ancStres reposent en Dieu jusqu'a la resurrection
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-* 70 —
des morts. Tu n'es pas n6 pour r^p^ter leur oeuvre, mais pour
r^lendre. Demande-Ieur poar toi le meilleur de leur heritage, la
force, la patience, la simplicity, qui foot la prudence courageuse
et la liberty vigilante.
Si peu remarqu^e qu'ait 6t6 cette tendance nouvelle de This-
toire, je n'y vois pas moins les signes d'une activity r6cente de
r^l^ment local qui se chercbe dans ses traditions, jusqu'a ce
quil se complete par sa virtualit6 propre et qu'il s accuse dans
les faits. L'esprit municipal ne meurt pas; il se transforrae plut6t
qu'il ne s*amoindrit, en attendant qu'il reprenne Tavantage sur le
principe contraire. Get anlagonisme qui fut la vie du passe sera
celle de Favenir, sous une forme qull a seul le pouvoir de reveler.
On a dit : L'histoire de France est tout entifere dans celle de la
royaut^. Cela n'est vrai qu'a demi. A c6te du pouvoir royal, il y
a les grandes existences ecclesiastiques et feodales qu'il rencontre
a chaque pas, qu'il absorbe pour partie et modifie pour le reste,
mais qui le p^netrent et le changent a leur tour. Quand Thistoire
des fiefs sera finie, celle de la royaute sera a refaire : la science,
en presence des faits nouveaux, changerases formulestrop etroi-
tes pour les expliquer et les contenir.
La primitive Aquitaine aura certainement sa large part dans
cette revolution ou la lumifere rayonnera cette fois de la circon-
f^rence au centre. Qu'est-ce a dire pourtant? Une histoire gene-
rale, systematique, complete de ce pays est-elle possible? Y trou-
vons-nous, des le x« siecle surtout, un de ces faits capitaux et
permanents qui se subordonnent tous les autres? Montrez-moi les
gestes d'un grand pouvoir religieux ou f^odal, en attendant le
developpement de la royaute cap6tienne dans le Midi. Le r6Ie
politique des archeveques d*Auch, suzerains religieux de la majeure
partie du territoire, est tout entier (l)dans la lutte qu'ils soutien-
(1) Cette affirmation, un peu trop exclusive, nous semble d^passer le buuL'auteur
estpeut-^tre ici sous rimpression quo lui a laiss^e lasinguliere lutte des Bdn^dictins
de Saint-Orens d'Auch contre nos Archevdques, a propos de I'^tablissement d'un
cimetidre sous les murs de la cathMrale (1040- 1121). Ce fut incontestablemeut la
plus envenim^e de nos querelles intestines, et nuHc autre ne la fit oublier depuis.
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— 74 —
nentcontre lesmoines et les seigneurs laiquesleurs voisins. A cdt6
de nous sont bien les comtes de Toulouse, dont Tinfluence a grand!
depuis les croisades; mais la maison de Saint-Gilles finit de bonne
heure, et tous nos barons ne la suivent pas d'ailleurs dans sa lutte
supreme contre les Frangais du Nord. La puissance des Plantage-
n&tSy comme dues d'Aquitaine, n'a pas 616 non plus ce qu'on
pourrait croire. Entre les rois de France et d'Angleterre, les
vassaux demeurent libres longtemps> changeant de maitre selon
Foccurrence, etpayantleur quasi-ind^pendance d'un concours dou-
teux et passager. Je vois dix a douze grands fiefs d'importance
inegale surgir presque en mSme temps sur notre sol. Les faibles
fimssent par dtre absorb^s, annexes tout au moins; les forts per-
N^anmoins, on aurait grand tort de supposer que les Archev^qnes d'A.uch de cetie
pdriode se laisserent absorber par un procds de moines, sur loquel Rome eat diverses
fois a se prononcer.
Voyez plutot noire grand St Austinde anx prises avec Raymond le Vieux. Co haut
et puissant seigneur, secondd par de nombreux complices, retenait dans sa main,
sous de vains pr^textes, \ors le milieu du xi« si^cle, plus de la moiti^ des dioceses
de la Novempopulanie. Bazas, Aire, Dax, Bayonne, Oloron el Lescar, avaient tous
leurs int^r^ts spirituels et temporels dgalemenl compromis, k I'avdncment du veritable
M^tropolitain au sieged' Auch. Austinde, franchissant deux fois lesAlpes, va retremper
son energie au tombeau des SS. Apdtres. Poursuividu sud au nord k travers nos pro-
vinces, par les detenteurs sacrileges des propri^t^s eccl^siastiques, il endure partout
avec courage les 6preuves d'un long exil. Enfin, Nicolas II, promu en 1059 an si^ge
de Pierre, par I'influence du cardinal Hildebrand, prend en main la cause de nos
Eglises. II d^pouille Raymond le Vieux de tous ses dioceses, a I'exception de celui
de Lescar; et il lui defend d'exercer, m^me sur ce si^ge, les fonctions ^piscopales.
. Desormais, le calme devint plus facile dans la Province. Mais Austinde ne reparut
dans son Eglise d'Auch qu'apres avoir lass6 par son beroique perseverance les op-
presscurs du faible, et les contempteurs audacieux des sainles iois de la hi^rarchie
sacerdotale.
Et voulez-vous savoir si ses successeurs laisserent. plus que St Austinde, s'user
aolour d'eux I'^nergie apostolique et militante dont ils ^taient tremp^s? Suivez-les
aa-dela des Pyrenees, volant au secours de leurs suffragants de la Haute-Navarre.
Loin de s'epanouir en toute liberie, comme en de^a des Monts, la civilisation chr^-
tienne etait de nouveau mise en pdril, dans ces petits Etats, sous I'dtreinte des Maures.
« Bernard de Sainte-Christie se montre — dit Oihenart a ce propos — moins pr^oc-
» cupd des intercuts de son diocdse que des dangers qui peuvenl menacer encore la
» Republique chrdtienne en gdn^ral.* II prend la Croix contre ces redoutables infid^-
les, avec Guy de Lolhou de Loz, noble Bdarnais, promu au si^gede Lescar vers 1115.
Suivis de Telile des paroisses en armes el bannieres deploydes, les deux prelats gra-
vissent la cime des Pyrdn^es; et, rdunissant leurs forces a celle d'AIphonse le Batail-
Icur, ils refoulent I'lslamisme vers les provinces du sud.
Guillaume d'Andozille, transfdrd du sidge de Lectoure a celui d'Aucb, en 1126,
vient a son tour, arme ses milices pour la guerre sainte, prend part a de nombreux
combats^ s'expose a mille dangers; et ie roi Ildefonsi», plusieurs fois vainqueur des
Maures, consacre,en mdme temps, par unc charlepublique, et le souvenir de sarecon-
naissance, el celui du puissant concours que lui ont apportc les Archev^ucs d'Auch,
dans rinldr^t de la civilisation etdel'inddpendanco do ses peuples. — F. C. — (Voir,
seconde parlie, Document no 5.)
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— 72 —
sistent, loujours distincts et separes, souvent rivaux et ennemis.
Depuis les derniers Carlovingiens, autant de comtes, autant d'his-
toires d'interfit et d'importance variables; au premier rang, celle
du pays d'Armagnac, symbole de la destin^e 6ternelleinent flottante
et tragique de FAquitaine.
Le passe de mon ^troite patrie ne m'^tait apparu que partielle-
raent, a travers Thistoire generale du xv« siecle, ou defigure par
des compilations incompletes et sans critique, lorsque le hasard
fit tomber entre mes mains, Tannee derniere, un recueil de do-
cuments originaux. Oe fut comnie une illumination soudaine; je
lus et relus d'arrache-pied. Quand je voulus m'arrfiter et revenir
sur mes pas, il etaittrop tard. Je compris que j'appartenais pour
toujours a ce monde pale des souvenirs, plus vivant et plus fier
que notre present. Bien souvent depuis, les ombres des morts
sont venues et m'ont parl6 des jours anciens; j'ai vu les 6veques
et les moines, j'ai vu ces braves artisans qui sont mes peres,
j'ai vu cette h^roique lignee de comtes dont la destinee fatale
egale en horreur ce que la legende thebaine raconte de lafamille
de Laius. Avant d'oser toucher a leur histoire, jesais (outcequ'il
me faudra de veilles et de recherches. Sans parler des documents
imprimis, il y a les manuscrits du P. Mongaillard et de Tabbd
d'Aignan, les archives des communes, celles de Rhodez, de Cha-
roUes et de Montauban, le fonds Doat a la bibliothfeque royale, le
tr^sor des charles, le d6p6t de la Tour de Londres dont tous les
actes sont loin d'etre reproduits dans la collection de Rymer. A
peine d'une oeuvre incomplete, il faut passer des annees en recher-
ches preparatoires (1). D*icili,d'autresprendront peut-etre lesde-
vants; jele souhaitede tout mon coenr, et je lesy aiderai, si je puis.
En attendant ce terme lointain de mes etudes, je dois deblayer
d'abord le chaos de nos origines provinciates jusqu'a la naissance
de la feodalite; et cette seule entreprise demande beaucoup de
^ (1) L'auleur prie tous c»'ux qui 8*occuponl d'hibluiro locale de vouloir bien lai
coinmuniquer ou lui signaler les documenls inedits sur les comles d'Armagnac
J.-F. Blade, a Lcctuure.
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— 73 -
temps pour 6tre conduite k bien. La succession des socieWs anW-
rieures au moyen-dge constitue le fonds sur lequel il s'est elabli.
Jamais on ne comprendra le caractftre propre, ToriginaliW de
I'histoire de chaque grand fief de notre pays, sans on vaste tableau
rfensemble qui conduise le lecteur jusqu'au milieu du x« sifecle.
Ici FAqoitaine se pr^sente dans toute la puissance de cette onit^
qui persiste encore plus tard au-dessus des dissidences locales. Le
g^nie de la race Ib^rienne, plus ou moins impregn^ plus tard de
r^lement gallique, ne s'absorbe qu'imparfaitemaat dans la civili*
satKH) romaine. Avec le christianisme il r^it: les hommes de
mdme sang se rallient dans le caHe des grands saints et des mar-
tyrs nationami. L'affermissement du dogme catboliqoe en Occident
pendant le,iv« sifecle et le d^veloppement du poiiYoir des 6v6(joes
seront plus tard la sauvegarde du midi de la Gaule centre les Bar-
bares. Les Visigoths ariens peuvent venir; la difference des croyaa-
ces religieuses est Ik, comme une muraille de fer, qui s'oppose
pendant cent ans k la fusion des races, et prepare Tinvasion lib6-
ratrice des Francs. A pen pres libre sous les M^rovingiens, TAqui-
taine, dans sa lutte centre les d'Heristall, prouve tout ce qu'elle
a de force et de vie, et ressaisit presqu'aussit6t son indipendance
sous les successeurs de Charlemagne. Apr^s les terribles incursions
des Normands, la Novempopulanie relache, sans le d6nouer tout a
fait, le lien qui la relie aux provinces septentrionales de la Guienne;
le chef germanique se cantonne dans son b^n^fice devenu h^r^ditaire,
la f^odalit^ commence avec des accidents locaux tout particuliers, et
dont les histoires sp6ciales peuvent seules tenir compte.
Voila Tesquisse du travail pr61iminaire que j'entreprends au-
jourtfhui. Cest la Genese de cette terre etrange et tourment^,
battue par les ondes humaines du Nord et du Midi, oil les nations
se sont heurt^es, et que les vaincus ont chargee de leurs haines
et accusSe de trahison pour excuser leur d^faite. — Non, brune
Yierge de TAquitaine, ceux qui vous ont insult^e ne vous ont point
connue. Toujours vous etes demeuree fidele a vous-mfime, toujours,
pendant comme apres la bataille, vous avez ^te la messag^re de
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- 74 —
Tamiti^. Vousavez vu bien des parjuresou vous n'avez point trem-
p6; lespeuples vous ont vol6 voire heritage et vous out tenue pri-
soDDiere bien des fois. Mais vous, noble et prudente captive, vous
n'avez jamais accepts vos cbaines, vous n'avez jamais chassd Fespe-
rance de votre cceur. Vous avez souri sous vos larmes, et vous avez
regard^ se lever b Torient le soleil des jours meilleurs. Alors, au
milieu des colferes expirantes, vous avez repris votre 6p6e et com-
battu pour la paix; les peuples vous ont fait Tarbitre de leurs que-
relies, et ils ont pos6 sur votre front la couronne de Tolivier reverdi.
Ge g6nie mobile et complexe de TAquitaine d^borde dans toutes
les pages de son histoire. II a fait son malheur, 11 a fait aussi sa
force. Entre les tendances ennemies, son rdle est celui d'un m6-
diateur contraint de s'oublier lui-mSme, emport6 tantdt au midi,
tant6t au nord, tombant souvent dans Texces, et rencontrant parfois
la juste mesure. Delace caractere contradictoire, ces reniements,
cette instability pleine de violence^ ces rares moments de s6r6nit6;
de la ces trahisons moins reelles qu'apparentes, ces aspirations tou-
jours avort^es el renaissantes vers Tind^pendance, ces maledictions
et ces represaiUes, et ces ^poques fortunees ou notre patrie domine
en souveraine au-dessus des passions et des coleres endormies.
Telle nous la voyons apparaitre au xvi« sifecle avec les Bour-
bons, telle je la vois encore et je voudrais la montrer tout entifere
dans ses origines, en attendant que je puisse la d^crire partielle-
ment dans une de ses plus puissantes manifestations f^odales.
Depuis que j'ai mis le pied dans ce domaine silencieux de This-
toire locale, il m'a sembl6 que j'^tais comme un homme qui re-
gagne sa patrie oubli^ apr^s de lointains voyages. Je me suis dit :
Voici maintenant la terre ou tu dois vivre et mourir. — Ce r6le de
spectateur, et peut-6tre de narrateur obscur d'un pass6 qui ne fut
pas sans gloire, sufGt a donner a mon dme contentement et repos.
Je garderai, jusqu'a ce qu'on m'y couche, les s^pulcres solitaires
des aieux. Assez d'autres s'agiteront dans les vanitfe du present,
ou chercheront a lire dans un avenir charg6 de tenfebres.
26 f^vrier i 860. J.-F. BLADfi.
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— 76 -
VOCABULAIRE
DBS TERMES LES PLUS 1]SIT£S DANS l'£TUDE DES MONUMENTS CHRETIENS.
L'Arch^ologie chr^tienne est fort a la mode, depuis quelques
annees. Les productions les plus 6ph6mferes de la litt^rature con-
temporaine ont voulu, elles-mfimes, porter rempreinle des etudes
qui lui sont propres. Assurement ce n'est pas le Clergy catholique
qui se plaindra de cette iuvasion inattendue dans son antique do-
raaine. Et quand m^me le grand nombre de ceux qui parlent ou
qui 6crivent sur TArch^ologie n*en possederaient que des notions
superficielles, nous verrions toujours dans oet entrafnement une
garsmtie de conservation pour nos chefs-d'oeuvre de Tart chr^tien.
Ce que, du reste, rexp6rience prouve deji d'une maniere 6vidente.
Peut-6tre que ce petit essai ne sera pas tout k fait inutile a favo-
riser, autour de nous, un 61an aussi digne d'eloges. Mais, hdtons-
nous de le dire, il ne s'adresse pas aux 6rudits. Le temps n'est
pas la seule chose qui nous manquerait, si nous avions la preten-
tion de Felever k leur niveau.
Et, d'ailleurs,a c6te des digtionnairbs raisonn£s d' Architecture
etdeMobilier fran^ais, entrepris, de nos jours, par M. Violet-le-Duc,
que pourraient tenter encore, dansle m6me ^enre, les contempo-
rains de ce maitre de la science? Violet-le-Duc est chef d'ecole; et
ses travaux ont pour objet de renouer les traditions de Fart Chre-
tien, qu'avait si violemment interrompues Tadmiration d6mesur6e
des produits de Tart antique, exhumes au xvi« sifecle. Son dessein
est de former, comme on disait au moyen-dge, devraismattresde
tcBuvre; de les guider dans Fart de construire, de meubler et
d'omementer les Edifices religieux, selon le goM, le sentiment et
le caractere particuliers qu'avait inspires la foi chr^tienne.
Notre but, bien autrement modeste, est de parler tout simple-
ment aux lecteurs les plus vulgaires; de mettre a la port^e du plus
grand nombre la languequi traite, avec le m^me int^rSt, des plus
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— 76 ~
pauvres chapelles rurales et des somptueux edifices que le Chris-
tianisme ouvre indistinctement a tous, depuis plus de quioze
siecles.
A, s. m. — La premiere lettre de Talphabet, dans nos deux
langues liturgiques, le grecet le latin, se rencontre assez souvent,
sculptee ou peinte, sur les monuments religieux de TantiquitS
chr^tienne. Si elle est isol6e, sa signification symbolique rappelle
la rfiponse de J^sus a cette question des Juifs : « Tu quis esy
qui 6tes-vous? Je suis le principe, moi-m6me qui vous parle,
P&INGIPIUM, qui et loquorvobis (1). »
Dans le cas ou cette lettre est mise en rapport avec I'li, elles
signifient ensemble, le peingipe et la fin, selon ces mots du
Christ dans FApocalypse : « Je suis Talpha et Tomega, le pre-
mier et le dernier, le conunencement et la fin, ego sum
A e^ a (2).
Souvent encore, c'est avec la lettre M que la premifere se
combine, qu'elles soient entrelac^es ou ,^„,,,, „
non; et, dans ce cas, elles se rapportent - -^-^ -<
a la Mere de Dieu', non pour rappeler
specialement la salutation de TArchange,
Ave Maria, mais bien a titre d'invocation
de la saintet^ de Marie, Ayea uap^ay Sainte
Marie.
Nous tfavons pas besoin d'ajouter qu'en t6te ou a la fin d'une
inscription lapidaire, AM doit se traduire anno millesimo.
ABAQUE, s. m., ou tailloir. C'est une espfece de tablettequi
couronne le chapiteau, ajoute a la saillie de ses formes et lui
donne une plus grande resistance, a la naissance des arcs. Pendant
lap6riode romane etla premiere moitie du xin* siecle, les abaques,
fortement prononc^s, ne font pas partie du chapiteau et sont pris
dans une autre assise de pierre. Bient6t ils perdent, pen a pen, de
(1) Jean. Cap. vni, v. 25.
(2) Apoc. Cap. I, V. 8-xxii, v. 13.
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— 77 —
leur importance; Us font partie du chapiteau, deviennent bas, msd-
gres, pen saiilantsau xiv« siecle. lis disparaissent presque enti^re-
ment pendant le xy«, mais pour reprendre dans le xvi«une impor-
tance nouvelle sous Tinfluence des modules antiques.
ABAT-SONS, s. m. On donne ce nom k un systeme de lames
paralleleS) iix^es ordinairement dans les clochers aux fen^tres des
beffrois. Ces lames sont inclin6es a Thorizon, de maniere a ren-
voyer le son des cloches vers le sol, et a garantir les charpentes
de la pluie. L'usage des abat-sons n'est pas ant^rieur au xiip siecle.
ABAT-VOIX, s. m. Esp^ce de ddme, de dais on de plafond plac^
au-dessus d'une chaire pour empficher la voix de Torateur de se
perdre dans les vofttes de Teglise. Toutes les chaires ne re^urent
pas, des le principe, ces sortes de couronnements. On en retrouve
n^anmoins dans les temps les plus recul^s. Et il est k remarquer
que le style ogival s'est attach^ a produire, en ce genre, de v6ri-
tables chefs-d'oeuvre.
ABSIDE, s. f. C'est la partie qui termine le chevet d'une 6glise
par un demi-cercle ou par des pans-coupes; et plus rarement par
un mar plat. Ce dernier mode de clore le chevet par deux angles
droits est surtout le propre des Edifices construits avec ^conomie
et sur de petites dimensions. Nous citerons T^glise de Peyrusse-
Grande, prieure ben^dictin du diocese d'Auch, desle xii® siecle;
ainsi que Tancienne abbatiale de Pessan, de la mfime p^riode. Mais
les anciennes absides de forme carr^e sont trfes rares dans notre
province. Plus g^n^ralement onlesconstruisit, a T^poque romane,
sur un plan semi-circulaire; ou bien polygonal aux ^poques sui-
vantes, et de maniere a 6tablir le pan-coupe terminal perpendiculai-
rement au grand axe. A Fourc^s, n^anmoins, par une exception
assez bizarre, le sommet de Taxe correspond juste a Tangle form6
par le concours des deux pans qui terminent T^glise, Edifice rural
du xvi*^ siecle.
ACCESSOIRES, s. m. On donne ce nom a toutce qui entre dans
la composition d'unouvraged'art, sansy 6tre absolument n^cessaire.
Les artistes les plus celebres de Tantiquite paienne ont souvent
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- 78 -
n^glig6 les accessoires, par systfeme, afio que Toeil do fftt ni d6-
toum6, ni distrait de la vue de Tobjet principal. Aussi ne faut-il
pas s'6tonner que ce caractfere se retrouve, parfois, au xvi« siecle,
mdme dans les monuments Chretiens, k Timitation des modeles
antiques remis en honneur a cette 6poque.
II est vrai que, depuis la Renaissance, les oeuvres d'art se
sont souvent fait remarquer par la patiente minutie avec laquelie
on a traits les plus petits details. Mais c'Stait pour des objets qui
ne devaient pas Schapper au regard de lliomme, et auxquels son
admiration Stait k jamais assur6e.
Or, il en est tout autrement des chefs-d'oeuvre qui se rapportent
a la grande p6riode ogivale. L'artiste, g6n6ralement Stranger au
vain mobile que nous appelons la gloire humaine, se prSoccupait
surtout de Foeil du grand RSmunSrateur, duquel seul il attendait
sa vSritable recompense.
Examinez, en efifet, un Sdifice important du vrai Moyen-&ge : k
partir des fonda^ions jusqu'aux sommets les plus SlancSs; dans les
angles les plus retires, dans les anfractuositSs les moins accessibles
au regard; depuis les chapiteaux infSrieurs jusqu'aux feuilles re-
courbSes qui grimpent le long des aretes de la fleche; depuis les
fines broderies des vStements du Christ, qui bSnit les fideles a la
porte du saint temple, jusqu'aux figurines d'anges qui encensent,
chantenl ou prient dans les habitacles a jour des clochetons : partout
les petits details sont travaillSs avec cette patience amie de la
perfection, avec cette recherche severe qui ne se pardonne pas
la moindre negligence.
ACCOUPLER. (coLONNES accouplSes.) Les colonnes qui por-
tent ce nom sont placSes deux a deux et de face, ordinairement
sur un mSme stylobate, et le plus pres possible I'une de I'autre,
sans que les bases et les chapiteaux se confondent ou s'engagent
les uns dans les autres. — Les colonnes doubl£es sont placees de
m6me, mais I'une devant I'autre; comme, par exemple, dans les
galeries des anciens cloitres monastiques, qui n'ont pas StS modi-
fiSes depuis la Renaissance.
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— 79 —
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR LINFLUENOE DU PROTESTANTISME
DANS LA PROVINCE D'AUCH
Peatfaat la 0«e«Bde iii^lH^ dy xrv al^le.
pROCfes-VERBAL de VEtat des Eglises du diocese d'Aire en verlu des
Lettres clauses de Charles IX ^ roy de France, en date du 5 octo^
bre 1571 (1).
L'an mil cinq cens soixante-douze et le dix huiti^me jour da
moi3 de Janvier, a nous Andr6 Bourgeois prieur du monastere
Sainte-QuiWrie du Mas d'Aire ordre de St-Benoit, et vicaire ge-
neral du Diocese d'Aire au siege Episcopal vacant des parts des
commis de M. Marcel Receveur general du clerg^ de France fu-
rent presentees les Lettres clauses du Roy notre sire adress^es k
Mgr Feveque d'Aire ou a ses vicaires dont la teneur s'ensuit.
De part Je Roy,
A notre am^ feal nous vous avons par nos lettres closes du
5 octobre du pass6 entre autres choses ecrit que vous eussiez a
nous mander de qu'el revenu sont les Benefices de vostre Diocese
et quelle charge iis payent et d'autant qu'ainsy que nous avons
sceu, cela a 6te interprets tout au contraire de Tinterieur de notre
intention qui a plustot etS pour regarder au soulagement des
Ecclesiastiques de nostre Royaume qu'a les surcharger de nouvelles
(1) Le manuscrit que nous ^ditons, sous ce titre, a 6X6 retrouv^ par M . I'abb^ de
Ladoue, vie. g^n. d'Auch, dans les actes de I'administration dioc^saine. Mgr de La
Croix d'Azolette le tenail de M. I'abb^ Ducruc, Cur6 Doyen de Cazaubon, qui venait
de le copier sur un exemplaire extrait de I'original, vidim^ et collationn^ de mains
de notaire, le 12 juin 1642. Get extrait, que nous avons vu, est encore en la posses-
sion de M. I'abb^ Ducruc. — F. G.
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- 80 —
impositions seloQ le droit que nous en avons toujours eu si la ne-
cessite de nos affaires ne nous en eut detournes : et aussy que d'un
autre cot6 il nous a 6t6 remontre que Finformation et perquisition
desdits revenus seroient des frais insuportables pour lesdits Eccle-
siastiques pariui les autres grandes charges qu'ils ont maintenant a
suporter; et outre cela d'une bien iongue execution. A cette cause
nous avons voulu de nouveau faire la presente par laqueile nous
vous deciarons que ce qui vous a ei6 cy devant ecrit n'a point ^te
pour surcharger lesdits Ecclesiastiques de nouvelles levies de de-
niers, ains plustot que nous ne desirous rien davantage que de les
soulager en tout ce qui nous sera possible, vous tenant pour ex-
cuses a faire faire Tinformation et perquisition du revenu desdits
benefisses de vostre Diocese, vous prions neamoins et mandons bien
expresement que vous ay6s seulement a nous adverlir de TEtat,
qualiteet noms de chaque Benefice d'iceluy vostre diocese; ensem-
ble de ceux qui les tiennent et comme le service divin sy fait et
celebre afin quetant par vous certifi6 nous puissions selont le zele
que nous avons a Thonneur de Dieu iceux pourvoir aux plaintes
qui nous sont journellement faites de ceux qui les occupent par
force et sans titre et empechent le retablissement du divin office.
Donn^ a Duret le 20 jour du mois novembre 1 571 . Ainsi sign6s
Charles et plus bas Brustond et audessus a Mgr Tevesque d'Aire
ou a ses vicaires generaux a Aaire.
LBTTRE DU CLERGfi DU 7 DfiCEMBRE 1 571 .
Et autres lettres des Messieurs les Sindics et deputes generaux
du clerge de France etabli a Paris le septieme decembre 1571
(j'ai pour ce travail commis de les inserer) par lesqu'elles mandent
de mettre incontinent en execution lesdtes lettres de Sa Majesty
qu'iis envoyent en ce faisant faire faire proces verbal de la quality
et de tons les Benefices et Beneficiers dudit diocese et du service
divin et aussi des ruines des Eglises et des ravissemens des joyaux
livres et cloches et biens des Ecclesiastiques et massacre d'yceux
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— 81 —
durant les troubles passes, lesquelles lettres nous avons regu avec
tout rhonneur et reverence du a icelles avons incontinent commu-
nique aux chanoines et chapitre de TEglise cathedrale d'Aire, le
siege episcopal vacant et suivant leur avis avons arrete d'assembler
les principaux du clerg6 dudit Diocese pour assister k Texecution
desdites lettres et avons mand6 a tons les abb^s doyens chapitres
et archipretres du Diocese se trouver en la ville d'Aire maison
episcopale dicelle le premier du mois de Janvier.
Avenant auquel jour en ladite maison episcopale seroient com-
paros les chanoines de ladite Eglise cathedralle les religieux des
monasteres du Mas les abbes doyens et chapitres des abbeyes
seculieres de Limbost Saint Girons Saint Louboye les abbes et
chapitres de Saint Sever ordre de Saint Benoit de Saint Jean de
la Castelle des Premontres, de Pontaut ordre de Cyteaux les archi-
pretres d'Urgons de Doazit du Mondemarsan les prieurs de Ro-
quefort et de Maul^on ou leurs deputes et vicaires auxquels avons
communique lesdites lettres de Sa Majesty et desdits deputes gene-
raux et apres mure deliberation tons ont declare etre obeissants a
Sa Mageste ce que chacun feroit son devoir de nous informer de la
verite de tout ce qui etoit requis par lesdites lettres pour inserer
audit proces-verbal en la presence de M. Andre Poysegu, procureur
du Seigneur en la Senechaussee des Lannes au siege de Saint Sever
lequel aurions prie et requis y assister pour mieux voir et evaluer
ce qui seroit fait et pour eviter plus grands frais et plus prompte-
ment proceder a ladite execution des Lettres dessus-dites aurions
depute six personnages notables en chaque archipretre avec Tar-
chipretre ou son vicaire pour vous informer du contenu aux dites
lettres et nous en faire fidel rapport (1).
ARCHIPRETRE DE TURSAN OU URGONS.
En Tarchipretre de Tursan Syve Urgons sent les benefices qui s'en-
suivent en premier lieu est reveche d'Aire qui est assis au pais de Tur-
(1) Le chaD. Monlezun s'^tait abstenu d'ins^rer ce proces-verbal dans son volume
des noles, a cause de sa longueur.
6
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— 82 —
san auqu'el a 6t6 parci devant et louglemps y a, unie Tabbeye el
raonastere du Mas d'Aire joignant la dite ville ordre de St Benott
duquel Evech6 avenant vacation est a la nomination du Roy suivant le
concordat (I) et 6tant aujourd'hui vacant depui8le44 de septembre -1570
par le desses de fen messire Christophe Foix deCandalle poisible pro-
cesseur qui deceda le dt jour en la ville de Bordeaux et par le chapitre
de la ditte ^lise nous aurions 6te cr^ Yicaire general pour exercer la
justice et autres actes suivant la disposition du Droit jusqu'a ce qu'il
soit pourveu d'Eveque et les fruits et revenus du dit Evech6 sont sous
la main du Roy deputes economes par sa Majesty M. Jean Corase et
Francois Barbier qui ont le maniemenl et regitre desdits fruits et reve-
nus et sommes avertis que Messire Francois de Fois de Gandalle fr^re
du dt feu Eveque a m nomm^ par notre St P^re le Pape suivant
le dit Concordat.
CHAPITRE d'aIBE.
Au chapitre de la dte Eglise Cathedralle d'Aire il y a dix chanoines,
sept prebandiers deux semi prebandiers quatre enfans de cceur un
mattre pour les enfans et une basse contre aussi en la dte ^lise il y a
deux archidiacres, le premier apell^ de Marsan et I'autre de Chalosse,
un sacristain et un ouvrier et un vicaire perpetuel, les chanoines sont
k la collation de TEveque en son mois et des chanoines ayant chacun
son mois. Les Prebandes sont a la collation des dts chanoines chacun
en son mois les archidiacres sacristie ouvrerie et vicarie perpetuelle
(1) On appeUe concordat certains actes solennels de transaction, passes entre
le Pape et les Gouvernements qui transigent avec le Saint-Si^ge. II est ici question de
celui qui fui convenu a Bologne entre L^on X et Frangois Ic, roi de France : « Donnd
» k Rome — dit le Pape — en publique session, c6l6br6e en la sacr^e-sainle Eglise
» de Lateran, Van de rincarnalion Dominique 1516, le quatorzieme jour des calondes
» de Janvier (19 d^cembre), et de nostre Pontifical I'an iv^. »
Cel accord des deux Puissances avail pour but de mettre un terme aux conleslations
qu'avait fait naltre la Pragmatique Sanction, en mati^re d'^lections dpiscopales etmo-
nastiques. II les abolissait, en d^ferantauRoila nomination et presentation du candidal
k la provision et a Tinslitution canonique du Souverain Pontife. « Dans Us annates de
» notre Eglise — dit M. Frayssinous — il est peu d'actes aussi mdmorables qui
> aicnl obtenu, apr6s d'aussi \iolentes contradictions, un triomphe aussi complet. »
L'opposition vint surtoul du Parlemenl, qui ne ceda qu'a i'injonction formelle du
monarque \ c Leue, publico et registree par I'ordonnance el du commandement du
Roy nostre Syre : r(Jiler6es par plusieurs fois en presence du seigneur delaTrimouille,
premier chabellanl du Roy nostre diet seigneur, et par luy spdcialement a ce envoys.
Paris en Parlemenl, le vingt-deuxi6me jours de mars, I'an de nostre Seigneur 1517. »
Quant a TUniversit^ de Paris, elle avail port^ l'opposition jusqu'a ddfendre aux
imprimeurs d'imprimor le Concordat. El n^anmoins, il fut«enfin publiquementmand6
» estroitement enjoincl eslre Rard6 et observe en sa forme et pl^niere fcrmel^. Et en
» tesmoing de ce — dit le Roi— avons faicl mettre nostre s^el a ces pr^sentes. Donn6
» a Paris le treizi6me jour du moys de mays : I'an de Nostre Seigneur 1517, el de
» nostre regne le troisi^me »— Ce Concordat s'observaildepuis plus de 50 ans.quand
survint la vacance du si^ge d'Aire, donl il est ici question. — F. C.
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- 83 —
sont a la collation de Teveque. Les chanoinies sont tenus et pross6d6es
aujourd'hui par maitre Bertrand de Cata, bachelier en Droit robert
Philip Antoine Be^s Bertrand docteur en th^ologie et th<ioIogal de la
dile Eglise, Bernard Vignali Iicenti6 en droit Antoine Ducasse Domini-
que Duvignau bachelller en droit noble Louis de Ste Marie et Jean
de Laval clerc lesquels resident sur le lieu horsmis le dit Ladouze qui
depuis peu a 6t6 pourveu et les dts prebandiers sont M" Bernard Des-
bons, Guillem Gasalets, Jean Sonsac et Jean Modilles Jean Peyron-
neau Bertrant Sourbets pr^tres Barthelemy Lagardere clerc et les
senoi Prebandiers sont M. Andre Lacroix et Jean Moine pretres et M tre
des enfans de coBur est M. Martain Gassaigne, et basse contre M. ber-
nard Gharles tons rfeidans. Les dts archidiacres nont jurisdiction
quelconque nul droit de visites mais seulement d'assister Teveque exer-
^nt pontiflcalement Les dt de Gata chanoine est le premier apell^ de
M arsant et quand Teveque y est, fait son devoir et Tassiste : L'archidiacre
de Ghalosse est depuis longtemps vacant il ni a personne qui sen
veuille charger parce qu'il ni a rien ou bien peu de revenu et est charge
des decimes et autres charges de la sacristie est pourveu le dt Domini-
que Duvignau chanoine qui y fait le service de I'ouvrerie est pourveu
le dit noble Louis de Ste Maire (sie) aussi chanoine qui y procure la
reparation de TEglise raais il ni a point de Fabrique.
YIGAIBE PEBP^TUEL d'aIBE.
De la vicairie perpetuelle d'Au-e est pourveu M. Arnaud fournier ba-
cbellier en droit qui ne resisde point les messes paroissiales sont dites et
les sacremeus administres tant en la dte ville d'Aire qu'a une annexe
nomm^e de super-hargus (sic) par un pretre que le dt vicaire perpetuel
y tient.
Le servisse divain y est fait en la dte Eglise cathedralle depuis la publi-
cation de la paix tout ainsi quoparavant ces troubles les heures cano-
niales, Matines, Primes, Tierces, Sexte, None,Vepres et Gomplies, etune
messe chant^c pour les trepac^s et la grande messe a diacre et soudia-
cre tous les jours non pas si honorablement qu'auparavant parce que
tous les livres ornemens et joyaux croix encencoirs, calisses et docu-
mens ont 6t6 ravis emportes et bris6s hormis deux calisses et quelque
ornemens et papiers qui ont 6t6s gardes les cloches rompues sinont
une petite, les autels fonds baptismaux reposoirs du St Sacremens sa-
cristie el cloitres orgues et choBurs brises rompus ou emportes et toute
r Eglise et chapelles decouvertes par ceux de la religion prelandue et de
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— 84 —
leurs mandemens conduits par le compte Montgomeri et aussi TEglise
de superhargues annexce a Hi bruise et pillte avec tous les ornemens
et aux troubles premiers les images avoient 6t6 bruises et les orgues
rompues par les capitenes nom^s Peyralongue BaileetToigouze et leur
suite de la religion pretandue.
Ont aussi pill^ les maisons des chanoines et prebandiers ravis leurs
fruits de leurs dimes tant en la juridiction d'Aire qu'aux environs meme
a la barte les grenages dix neuf pipes de vin, de Fan -1569 et tous les
grenages de ladite ann^e et aussi de Tann^e ^ 570 entre autres un nomme
Pierre de Sauboa de la religion pretandue les chanoines et chapitre ont
tant fait et travaill^ qu'ils ont fait recouvrir la dte Eglise cathedralle et
chapelle d'icelle mais avec grande dificult^ pour la pauvrett^ et autres
charges qu'il n'ont ni ayant point de fabrique ni rien k Touvre.
Les fruits de Teveque fiirent aussi ravis et emport^s en Tan -1 569
meme le grenage qu'il avait au Mondemarsan qui ^toit occupy par ceux
de la religion Pretandue et fut reprise d'assaut ou escalade par le sei-
gneur de Monluc Lieutenant g^n^ral de Sa Majesty (4) et par ses gens les
bite saccagte comme aussi les biens devast6s pour avoir 6t^ pris d'assaut.
M* Pierre Phresanschanoine de la dite Eglise cathedralle fut constitu6
prisonnier en la dte ville d'Aire au dt an -1 569 par Odet de Boarte
Laborde le June le petit Lion de Jeaune et ran^onn^ k mil frans horde-
loiset du depuisest dessed^apr^s beaucoup d'ennuis et.de mesaises.
Massacre 2. — M« Antoine Porta pr6tre et prebandier de la dte 6glise
feut aussi pris et massacre par les gens de la compagnie du capitenne
Capin et autres de la dte religion. Un autre pretre fut arcebus^ au bout
du Pont de la dite ville d'Aire par Ducornet et autres de la dte religion
Tayant pris sur le dit chemin.
(1) Les troupes huguenotes, qui d^fend&ient alors Moiit-de-Marsan, s'^taient r^fa-
gi^es dans le chMeau, au debut de I'attaque, avec le capitaine Fabas, leur comman-
dant, qui demandait k capituler. Pendant les n^gociations, I'arm^e catholique escalade
les murs, k Tinstigation de Monluc, et ^gorge dans les rues lout ce qui s'oppose a
son passage. C'est a peine s'il surv^cut une trentaine de soldats protestants, qui
s'^taient dances par les fenfires. Monluc nous apprend lui-m^me qu'il avait voulu,
dans cette horrible boucherie, venger la trahison dont les officiers de Terride, son
frdre d'armes, avaient ^t^ victimes, k la suite de la capitulation d'Orthez. A ccend ad
neeem, Jussu Joanna regina inhumanissimd tracti et crudeliiis trucidati, dit
Sponde, k Toccasion de ce massacre^ ex6cut^ au chateau de Pau, dans la nuit du
24 ao(lt 1569, et que Ion a d^sign^, dans I'histoire, sous le nom de la premiire
Saint-Barthdlemy. C'est en expiation de celle-ci que Charles IX aurait jur^, danssa
colore, d'en faire uneseconde : « bien d6termin^, dit Fa\in, en son Histoire de Na-
» varrey livre xiv, a faire une saignde, et d'oster par icelle toutes les humeurs cor-
» rompues de partie du corps de la France. » L'enqudte, ordonnde le 20 novembre
1571, c'est-a-dire neuf mois avant le terme fatal (24 aoAt 1572), n'aurait-elle pas 6t^,
pour ce malheureux prince, un des moyens de justifier a ses propres yeux une
resolution a jamais deplorable? — F. C.
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— 88
RGCHERCHES HISTORIOUES
SUR
LES fiPREUVES DE L'fiMIGRATION VERS L4 FIN DU XVTIIe SifiCLE.
Lettres inedites, M^moires et Souvenirs traditionnels.
Nous devons la communication des lettres suivantes a M. I'abbS
Abeilh^, vicaire general d'Auch, qui les a retrouvfies dans le
d^pouiUement de sespapiers de famille. EUessont autographes et^
portent en suscription :
A Monsieur de Casterany
Vicaire g4n^al de TarbeSj ete., ete.,
au college de S. Juan Batista ^
Zaragoza (Aragon.J
Ge v^n^rable eccl^siastique, oncle maternelde M. Fabbd Abeilhd,
elait aussi vicaire g6n6ral d'Auch, et, de plus, archiprStre de la
cath^drale de Tarbes, au moment ou commencferent pour lui les
^preuves de T^migration. Afin de pour voir plus facilement a son
BDtretien, et surtout dans le but de se procurer de plus abondantes
ressources pour les Emigres, qui gen^ralement manquaient de tout,
il avait accepts un emploi au college de S. Juan-Batista.
L'Evfique de Tarbes, dont il est souvent parle dans cette cor-
respondance, avait 6galement cherche un asile au-deli des monts.
II s'etait d'abord fix6 au Montserrat, avec Mgr Louis-Apollinaire
de Latour-Dupin-Montauban, Archevfique d'Auch, mais sur une
autre partie de la montagne.
La premifere piece de la collection, consid6r6e dans Fordre des
dates, est une r^ponse. Elle suppose que le v6n6rable archiprfitre
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— 86 —
de Tarbes avail 6crit de Saragosse a TArchev^que d'Auch, bient6t
apres son arriv6e dans cette ville; mais sa lettre nous manque, de
mfime que toutes celles qu'avait revues de lui Mgr de Latour-
Dupin. Ces precieux documents, restes dans les papiers de ce
saint Pr^lat, durent vraisemblablement le suivre a Troyes, dont il
fut nomm6 Ev6que, lors du concordat (1); et aprfes sa mort, ils
durent revenir a sa fanMe, ou on les retrouverait peut-Stre
encore.
Lettres inSditesde Mgr Louis- ApoUinaire de Latour-Dupin-Montauban,
Archev4que d!Auch^ daiees de Montserrat et de Plasencia, de ^ 792 d
4802.
Que vous files bon el aimable, men cher abbe I Que vous avez 616
bien inspire, etcombienje vous dois de remerciinentsi Depuis que je
vous seals en Espagneje voulais vous 6crire : mais jamais je n'eus
plus de lettres a^crire. J'avais pri6 r6v6que de Tarbes de vous dire que
je vous priais Ires-inslamment de ne pas cesser un instant de vous
regarder comme grand- vicaire d'Auch puisque vous I'^tiez, el de vous
rccommander lous mes dioc^sains : Vous av6s dijk commence a leur
rendre service, et je ne puis trop vous en remercier : Conlinufe je vous
en prie vos soins g6n6reux en leur faveur : II y en a parrai eux plu-
sieurs qui vous seconderont avec zele el droiture pour faire le discerne-
ment n^cessaire des besoins les plus pressans : M. Cenac curd de St-
Arroman, M. Tarchiprfilre de Sos, le cur6 de Marciac et autres.
Quel dommage que le cure de Marciac ait (5t6forc6 de quitter sa ville:
elle a6t6 admirable (2). Je pense que tout ce qui est a Saragosse ne
pourra pas y rester, et j'esp^re que ceux qui seront forces de le quitter
trouveront de bons aziles.
J'6value i plus de 3 mille prfitres ce qui est en Aragon en Catalogue
et dans le royaume de Valence: il faut compter sur la Providence; mais
elle veut qu'on la seconde; tous n'ont pas besoin pour le moment de
(1) Cdnvenlion entro le Gouvernement francais et Sa Sainlet6 Pie VI I, pass^e a
Paris le 26 messidor an ix (15 juillet 1801); ^chang^e ie23 fructidoran ix ;10 sep-
lembre 1801), ct promulguee le 18 germinal an x (8 avril 1802).
(2) M. Collongues, cur6 de Ricourl, el Correspondanl de la Conference de Marciac.
est prie de rechercber, dans les traditions locales, les precieux souvenirs des traits de
g6ndrosite qui ont inspire ce beau tcmoignage. — La meme invitation s'adresse a tous
nos Correspondanls, pour les diffdrents points du diocese, et m^mc de notro Province
ecciesiastique; c'est-4-dire partout oil se conservcraient de pareils souvenirs.
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— 87 -
secours; il sercit bien bon d'avoir un aper^u des besoiDS permanents.
Approuveriez-vous qu'on fit voyager partout quelqu'un de bien sur,
quand tout le monde seroit i peu prfes flx6, pour connoUre les n^cessitfe
el les ressources; et on aviseroit ensuite aux moyens d'y pourvoir? Nous
ne recevons aucune nouvelle de Paris. — On a d6cr6l6 la r^publique et
an&nli la royaut6 : On s'y attendoil : Le roi vivoit surement encor le
premier octobre : Sa mort seroit un de ces ^v^nements que nous devons
scavoir ici au boutde huit jours; nous sommes au H. Adieu, mon cher
abbi, recev^ Tassurance de mon inviolable attachement. etc.
MoDtserrat, ce^4 oct. n92. f L. Ap. arch. d'Auch.
P. S. Votre 6v6que crolt tons les jours en m^rite et en bonne 8ant6.
Je vous recommande M. Dufrtehou cur6 de Rosds et M. Ducor doyen
de Simorre; ce sont 2 bien bons eccl^siastiques.
Mille et mille remerciemenls, mon cher abb6 : Je vous donne bien
de la peine. Mon cur6 dc Ricourt (I) n'est a bien prendre qu'un
enfant : il n'a pas ^t^ m^chant ni pers^cuteur : II sent peu la conse-
quence de ce qu'il fait.
Permetl6s-moi mon cher abb^, de vous adresser un paquet que je
regrelte qui soit si gros : en le lisant vous verrfe ce dont il s'agit. Ce
M. Sens (2) qui n'avaitpas I'air d'un mauvais sujet s'est ennivrd desa
place de maire et d'61ecteur, et toujours riant, toujours content de lui-
mtoeme rendant des devoirs, 6coutant ce qu'on lui disoit, n'ayant pas
fait signe de m^chancet^, a il6 pleinement schismatique puis est venu
avec le m^me sens froid se m61er parmi les pr6tres catholiques :
Les choses ne peuvent pas se passer ainsi : Je ne veux pas le pons-
ser k bout, ni Taigrir, ni le d6sesp6rer : mais il faut qu'il r^pare, et je
doule qu'il ait r6par6. J'ai lieu de croire aussi qu'il est encore sous
la censure. Aurife-vous la bont6 d'examiner tout cela et de lui pres-
crire ce qu'il doit faire : On doute que nous puissions d61(5guer quel-
qu*un en Espagne pour exercer la faculty que le pape vous i donn6 :
Je puis absoudre mes dioc^sains partout, et les cur^s leurs parois-
sieos; mais voil^ tout : il faudrait done, s'il est effectivement sous la
censure, qu'il en fit un cxpos6 sincere, qui seroit envoys h Rome,
d'ou on enverroit a son confesseur la permission de le relever de la
censure. Je ferois passer le m^moire k Rome.
(1) Nous ne connaissons pas Ic nom de ce pr^tre. Son successeur k Ricourt pourrait
bien le retrouver, sans doule, ainsi que le moiif de cette Idgdre plainte.
(3} Rien ne nous fixe davantage sur laparoisse do M. Sens.
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— 88 -•
Le tout est que M. Sens consenle k laisser discuter et examiner sa
position, et a cesser do dire la raesse, s*il a besoin d'absolution. S'il s'y
refuse nous verrons ce que nous aurons a faire. Je lui marque a la fin de
ma lettre de s'adresser k vous k Saragosse : Si vous ne pouvife pas
vous en charger, vous pourri6s remettre la chose entre les mains de
M. C6nac cur6 de St-Arroman k qui vous feri6s part de votre avis.
Montserrat ce 20 nov. -1792. f L. Ap. arch. d'Auch.
Je n'ai pas pu r^pondre tout de suite, mon cher abb^ a votre lettre
du 20 novembre j'en ai el6 bien fach6 : il me tardait quele norabre de
mes dioc^sains diminuat k Saragosse, et j'aime bien mieux qu'ils se
soient disperses. Dieu veillera sur eux, et its trouveront plus de res-
sources en s'enfon^nt dans TEspagne : J*ai recu des leltres de plu-
sieurs; ils demandent des lettres de recommandation. C'est un travail
accablant que celui de ces r^ponses et de toutes ces lettres surtout quand
les visites s'y joignent et emportent tout le temps : depuis plus de trois
mois, je ne puis pas ouvrir un livre, je ne fais qu'6crire : il me tarde
qu'on soit flx6; on en sera mieux, on rdfl^chira davantage je I'espere,
et leur temps et le mien ne sera pas perdu; tous vos soins pour mes
dioc^sains me touchent vivement et c*est dans un temps ou voire sant6
est bien fatigute que vous pren^s tant de peines; receves en je vous
en prie tous mes remerciemens. Mais pourquoi parler de mes remer-
ciements dans une chose ou Dieu est votre guide et votre motif.
Votre 6v6que comme je vous Tai d^ji marqu6 crolt en vertu et en
sant6. II abuse dans ce moment de celle-ci pour se retirer dans un her-
mitage oil il est absolument impossible de faire autre chose que maigre :
il porte aussi la d^licatesse trop loin et sous pr^texte que ses amis fini-
ront par 6tre un jour comme lui dans Tembarras, il ne veut pas partager
avec eux ce qu'ils ont; il est rest6 sur notre montagne; nous sommes a
3|i d'heures de distance : nous nousvoyons souvent : j'espere que nous
le ramenerons parce que d'un cot6 ayant renvoy6 son domestique, de
Tautre nous 6lant r6duits, sa d^pensc ne sera guerres moindre que la
n6tre. Adieu mon cher abb6 receves tous mes remercimens et Tassurance
de moH inviolable attachement.
(^) Montserrat ce 29 nov. 4793. f L. Ap. arch. d'Auch.
(I) Nous ne connaissons aucun incident qui explique ceUe ann^o entiere de lacane
dans U correspondance. Nous ne savous s'Uy a erreur de dateou des lettres perdues.
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La lettre du cure de Ricourt, mon cher abb^, montre plus de craintes
humaiues, que d' esprit de penitence. Seroit-il possible qu'on eut assists
aux assemblies Electorates pour les Elections d'EvEq. et de curEs, et qu'on
n'eut pas prEtE un serment pur et simple. Je vais bien examiner cela :
j'ai enyoyE la lettre a M. Campardon et Courtade qui Etant sur leslieux
dans le temps out 6i6 mieux instruits que moi. Faites-y vos reflections
et faitesm'en part. Si vous pouviEs voir ce curE vous TinterrogeriEs; cela
a^anceroit d'avantage que les lettres. ^
Viy. de Tarbes ne s'est pas retirE du monde; 11 n'a point envoiE sa
demission au pape; il a voulu s'affranchir de la dEpense, se rendre indE-
pendant de beaucoup de choses, s'Eprouver, faire une retraite, ne rece-
voir ni don, ni emprunt. II est sur notre montagne, il vient nous voir et
diner quelquefois avec nous, nous allons Egalement diner avec Im*; dans
la position ou il Etoit, on ne pouvoit prendre un parti sans Etre sujet au
blftme. Nous avons cessE de recevoir les allans et venans. Notre dEpense
sera plus bornEe, et alors il pourra revenir avec nous. Nous I'espErons
parce qu'il y a du risque pour sa santE k faire toujours maigre : et quel-
que chose de singulier et de bizarre dans une telle resolution : Au reste
il y a mis toute la simplicitE; la douceur, la tranquillity qu'on pouvoit
dEsirer : il est content, ses amis ne le sont pas : Layrolles est dEsolE.
Adieu m. c. a. I'heure presse je vous quitte; EcrivEs i Layrolles; il vous
prEsenlera peut-Etre la chose sous un autre point de vue; recevEs Tas-
suranceetc... (^).
Montserrat ce 3 d6cembre -1793. f L. Ap. arch. d'Auch.
Je ne vous ai pas rEpondu tout de suite, mon cher abbE, parce que
j'attendois diverses choses et puis le temps m'a manqu6. Le cur6 de
Ricourt est venu ici; il m'a paru repentant et determine h tout; pour
plus grande suretE j'ai envoiE une suppUque k Rome pour qu'il put Etre
relev6 de la censure par son confesseur, et je Tai envoiE au sEminaire de
Guisonne ou il passera quelque temps. Dieu veuille conduire k bien
ceprEtreencorjeune mais plus lEger que mEchant,
Vous avez fort bien devinE sur votre 6v6que; il est d'une grande et
fort aimable piEtE; il est venu passer ^ 5 jours avec nous et il s'en retourne
ce soir, la montagne Tavait un pen EchauffE; il entremMera ses sEjours;
il se porte bien maintenant vous ne le reconnaitriEs pas. ^
(1) M. I'abb^ de Layrolles 6tait grand vicaire de I'ev^que de Tarbes ai son ami de
longue date. lis s'^taient promis Ton k I'autre, pendant leurs etudes au s^minaire de
Saint-Salpice, de ne jamais se s^parer^ quelle que dAt 6lre leur fortune, bonne ou
mauvaise.
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— 90 —
Notre sort est toiyours bien en Tair; il est vraisemblable qu'il nous
revient encore bien des chagrins avant de rentrer chez nous : Dieu nous
souliendra ainsi que nos bons catholiques. Adieu, mon cher abb6; rece-
vfe tons mes remercimens et Tassurance de tous mes sentiments. Ce 7
janv. -1794. — Nous avons fait une grande perte dans M. de Lary et
TEspagne une bien plus grande.
J'ai reou mon cher abb^, avec beaucoup de reconnaissance votre let-
tre du 9, Nous avions encor dans ce temps-I4 avec nous votre 6v., il
vient de partir cette semaine pour son hermitage. Mais il n'y sera cette
fois-ci que -1 5 jours et passera encor un mois avec nous : ensuite nous
verrons et j'esp^re qu'il finira par y renoncer; le mois qu'il a pass^ ici
luy a fait du bien, il en avoit besoin c'est un module d'application :
Nos lettres ne pourront pas 6tre imprimis; on y travaillait, mais la
rage s'^tant renouvell^e, et les visites domiciliaires devenant frequentes
et violentes on y a renonc6 : Je tacberai de vous en envoier une copie a
la main; mais c'est que les ports de lettres doivent 6tre m^agte dans
ce temps-ci, c'est une consideration k avoir pour des paquets.
Je ne vous parle pas de la vall6e d'Aran vous scav6s a pr&ent mieux
que nous ce qui en est: il n'y avoit que ^40 soldats pour la d^fendre; le
conseil de la valine s'^tait empar6 de Tautorit^ en sorle que le pauvre
gouverneur n'^tait plus ob^i : Ce conseil n'^tait plus d'avis qu'on se
dfifendit : on a fait passer pour traitres ceux qui parlaient de se d^fendre;
ceux qui avaient ordred'aller faire sentinelle au portillon n'y ont pas 6t6,
Malgr6 les bonnes nouvelles du Nord je n'ose rien esp^rer. 11 y a
loin de \k au r^tablissement de FEglise et de la paix. Enfln abandon-
nons-nous h la volont^ divine : c'est le meilleur moyen d'adoucir les
chagrins qui nous restent h essuyer; ils naissent d'eux-m^mes : voyez ce
qui arrive h Valence h nos pauvres pr6tres : vous avez bien raison de
croire qu'il ne faut qu'un 6chec pour nous en faire 6prouver beaucoup.
Adieu, mon tr6s cher abb6; recev^s Tassurance de mon inviolable
attachement.
Montserrat ce 26 fSvrier 4794. f L. Ap. arch. d*Auch.
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— 91
LETTRES D'ADHfiSION.
TibiraD, 7 Wvricr 18C0.
MoNsiEOR LE Grand Vicaire,
Vous me faites I'honneur de me demander ma collaboration pour le
Builetin de voire Comity. J'y souscris volontiers; car j'applaudissais
d^ja a la peosde que realise voire pieux et savant Archev^ue.
Je mets done k votre disposition le fruit de mes Etudes sur nos Ev^
ques de Saint-Bertrand et sur les Comtes de Comminges. Ce double
5i\|6t me semble rentrer assez naturellement dans votre plan, puisque
vous en ^tendez le cadre a toute Tandenue Province eccl^iastique
d'Auch.
D'ailleurs, nos quatre vall^ pass^rent dans la maison des comtes
d'Armagnac, par testament du dernier souverain du pays qu'elles com-
prennent. A cc tilre encore, certains details que je pourrai vous fournir
trouveront place dans le Bulletin; et je serais heureux si je pouvais ainsi
r^pondre i I'attention flatteuse qui vous a porte k me communiquer les
projets du Comity.
Veuillez agr6er, Monsieur le Grand Vicaire, etc.
Louis, Baron d'AGOS.
Paris, le 10 ttvrier I860.
Monsieur le Vicaire General,
Je m'empresse de vous remercier de renvoi que vous avez eu la
bont6 de m'adresser. Le Bulletin de votre Soci6t6 d'Histoire et d'Ar-
chtologie est une entreprise qui ne saurait 6tre assez lou^e et encoura*
g6e par tons ceux qu'int6resse le succ6s de la v6rit6. C'est parce que
Thistoire locale a 6ii trop neglig^ que notre pays attend encore une
histoire g6n6rale et qu*il n*y a m6me personne, en France, qui soit
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— 92 —
en mesure d'eatreprendre utilement de T^crire. Assur^ment les hom-
ines de talent ne manquent pas; et, en mati^re historique, notre iittera-
ture compte des terivains qui ne le cedent aux 6crivains d'aucun autre
pays, ni pour Taltrait du r^cit, ni pour rinlelligence des faits et la
couleur des ^v^nements, ni pour la hauteur des vues sur Tensemble.
Comment done se fait-il que la France n'ait pas encore eu son histo-
rien ? Gela tient h ce que la preparation des documents n'a pas ^16 faite
sufBsamment, a ce que les mat^riaux n'ont pas m amen^ k pied-
d'oBUvre, el, qu'au moment de commencer leur Edifice, les 6crivains se
sont trouv^s dans la position d'un architecte qui ne rencontrerait sur
les lieux oix il se propose de construire ni ateliers, ni pierres, ni ciment,
ni ouvriers.
Si grandes qu'elles soient, les forces d'un homme ne sufBront ja-
mais k remplir la ikche de tout le monde. II faut done, si Ton tient i
rapprocher le moment oil il sera possible d'ecrire une histoire g6n6rale,
que ceux qui veulent sinc^rement le progres des 6tudes historiques se
mettent modestement k faire I'ofBce de manoeuvres, a 6crire des mono-
graphics, a 6claircir des details, enfin, k se contenter du r61e d'auxiliai-
res^ parce que c'est encore le seul dans lequel on puisse efQcacement
servir la cause de la v6rit^.
C'est dans ce but que votre Soci6t6 d'Histoire et d*Arch6ologie a et6
fond^; un pareil exemple m6rite d'etre suivi par tons les d^partements
oil aucune institution semblablo n'existe encore. Cette imitation aura
lieu t6t ou tard, parce que la force des choses y conduira; mais il serait
bon de la provoquer, en 6tablissant des relations, k ce sujet, avec Tau-
torit^ eccl^iastique des dioceses voisins(^). Le pros6ly tisme est un devoir
pour toutes les bonnes choses, et il ne faut pas craindre d'(^tre indiscret
quand on a la conscience de bien faire.
Mon concours, auquel vous faites appel^ ne vous fera pas d(Sfaut. Si
d'autres occupations ne m'en avaient emp^ch6^ j'aurais mis la derni^re
main a un travail que j'ai commence, il y a di]k longtemps, sur les
Institutions f^odales et coutumidres de notre Province, et je vous aurais
pri^de lui donner asile dans votre premiere livraison. J'espere que d'ici
au mois de mai, ^poque k laquelle doit paraitre votre deuxieme num^ro,
je trouverai le temps qui m*a manqu6 pour achever cette 6tude.
Vous me demandez de vous dire mes id^es sur la mani^re dont votre
entreprise doit ^tre conduite; je n'aurais garde d'ob^ir k une invitation
(I) Les trois leUrcs de Nosseigaours hs Evfiques dc la Province d'Auch ne pou-
vaient pas dtre connues de noire honorable correspondant, k la date de son adhesion.
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- 93 -
de cette nature, parce que moo experience a tout k apprendre de la
y6iTe, et que vous n'avez rien k lui emprunter. Je vous demande seu-
lement la permission de vous soumettre une reflexion sur Tesprit dans
lequel il est dfeirable que Ics travaux de vos coilaborateurs soient con-
QUS.
Ceux qui s'occupent d'bistoire locale sont quelquefois trop portte k
isoler leur pays des 6venements g6n6raux el k presenter les provinces
d'une facon tellemenl exclusive qu'on les croirait des parties complSte-
roent d^tach^es de Tensemble. C'est 1^ une fausse tendance qui est pro-
pre k corrompre la verity historique; car, m^me k T^poque od la vie
provinciale 6tait le plus ^nergiquement prononcte, il y a toiigours eu
dans notre histoire une veritable unite : les grands evenements qui se
passaient au centre avaient leur retentissement aux extr^mites, et si
leur effet 6tait diversiQ6 par la physionomie particuli^re que pr6sen-
tait la vie provinciale, dans chaque Generality, les resultats principaux
etaient partout les memes; il ne faudrait done pas sacrifler les caracteres
generaux k la couleur locale. La centralisation n'est pas, comme on Ta
trop souvent r6pete, le produit de la Revolution et de TEmpire. Au point
de vue politique, elle etait consommee depuis Richelieu et Louis XIV;
meme au point de vue administratif, elle avail ete fort avancee par I'ac-
tion des Intendanis ou Commissaires d4partis^ ces puissants deiegues
dont chaque jour quelque nouvel edit augmentait les attributions.
M. de Tocqueville, dans son « Essai sur Tancien R6gime el la Revo-
lution, » a demontre, jusqu'i revidence, qu'en ^789 Toeuvre de la cen-
tralisation administrative etait presque terminee. Quelle que soil done
I'opinion que Ton professe sur ce grand fait, Fimpartiale histoire ne pent
pas s'empecher de conslater par quelle succession de circonstances
nous y sommes arrives, et de reconnattre que ce n'est pas un resultat
soudain, mais Teffet lent et gradue de plusieurs siedes.
Vous m'annoncez qu'une partie de chaque livraison sera consacree
a la publication de Charles, Coulumes et autres documents originaux.
C'estuneheureuse pensee k laquelle je ne puis qu'applaudir; et quel que
soil le merite des coilaborateurs qui ecriront la premiere partie, la se-
conde sera certainement la plus utile; car ceux qui eiudient conscien-
cieusement Thistoire eprouvenl toiuours le besoin de recourir aux
sources. Vous avez raison de publier le texte latin en meme temps
que la traduction; le latin corrompu dans lequel les chartes et cou-
tumes sont redigees ofifre souvent des phrases amphibologiques, et la
meilleure traduction ne satisfairait pas les lecleurs serieux comme le
texte lui-meme.
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— 94 -
L'ceuvre que vous entreprenez, Monsieur le Vicaire g6n6ral, est Irop
bien conc^oe pour qu*clle ne soit pas couronn^e d'un plein succ6s. Vous
avez autour de vous des coHaborateurs inteUigeuls et laborieui. Avec
de tels 6l6raents, et la perseverance que vous avez Thabitude d'apporter
a la realisation du bien, je ne doute pas que voire Soci6t6 ne prosp^re
et que votre Bulletin n'arrive a une place scientiflque distinguee.
Agrfez, Monsieur le Vicaire g^n^ral, Tassurance des sentiments di^
vou^s avec lesquels je suis toujours votre aiTectionne,
Anselme BATBIE,
Professeor k la facaltS de Droit de Paris.
Paris, 23 fdvrier 1860.
MoNsiEOR LE Vicaire General,
Le projet que vous voulez bien nie communiquer, et qui a rev^tu
la forme d'une Ordonnance synodale de Mgr Tarcheveque d'Auch, doit
honorer, aupr^s des Chretiens devours k TEglise et k la science, les
kmes pieuses et les nobles esprits qui Font con^u. Ressaisir et conti-
nuer les traditions d'une grande province eccl^siastique, et travailler en
m^me temps au profit de Thistoire locale et de Tarcheologie, insepara-
bles aujourd'hui de Thistoire gen^rale, c'est rendre egalement service
k la science et a TEglise. Je fais des voeux sinc^res pour le succ^s de
cette oeuvre metropolitaine, et je n'en doute pas. J'ai pu appr^cier
dej& duns la m^tropole d'une province voisine quclles ressources, en
hommeset en choses, contenaient noscontr^es meddionales. Dans TAca-
demie de legislation, que j'ai eu Thonneur de presider, nous connais-
sons tout leprix que Ton doit attacher aux traditions ecciesiastiques com-
me aux traditions nationales. L'Eglise, en France, fut la m^re des lettres
et Tasile des lois. Elle a tout sauve dans le passe, ellepeut tout sauver
ou proteger dans Tavenir. L'exemple que donne Monseigneur de Salinis
pent concourir a reconstituer dans les provinces ces foyers d'instruc-
tion, ces associations savantes qui nous ont valu en Languedoc, en Lor-
raine, en Bretagne, des tresors inappreciables de recherches et de docu-
ments. Je partage, monsieur le vicaire general, T opinion du professeur,
jeune encore mais tr^s edaire, qui insiste aupr^s de vous pour Tinser-
tion frequente dans le Bulletin du Comite de pieces originales et de do-
cuments bien choisis dans vos archives si riches et si variees d'Auch,
d'Aire, de Bayonneet de Pau. C'estune mine plus precieuse aujourd'hui
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- 95 —
que ceiles des Pyrenees, et dont Thistoire des races, du moyen-ftge, de
I'Eglise et du Droit peut tirer le plus grand parti. Notre Age qui a tant
de faiblesse dans certaines branches de la litt^rature, trouve, du moins,
de belles compensations dans la science historique; et c'est par les do-
cuments inMts que I'histoire se ravive et peut s'^clairer sur le pass^ au
profit du pr&ent et de Tavenir. Votre pays est peut-6tre le plus favora-
ble a Tabondance et a Toriginalit^ des rechcrches. Pendant mon s^our
a Toulouse, j'avais pris a coeur T^lude des coutumes pyr^n^ennes, et je
sens renaltre toute mon ardeur d'investigation en presence du Comity
d'Histoire etd'Arch^ologiede la Province eccl^siastique d'Auch, qui em-
brassepresque tons les peuples de la chalne des Pyr6n6es. Veuillez done
me regarder comme un compatriote z616 sinon de la Novetnpopulanie,
du moins de TAquitaine et de la Narbonnaise^ qui out v^cu du m^me
esprit et qui s'^clairent du m^me solell : je r^clamerais ce titre, surtout
k raison de ma vive sympathie pour le progrte des lettres dans le Midi,,
sympathie qui s'est accrue des souvenirs de ma r^idence dans une
grande cit^ voisine de votre m6tropole.
Veuillez agr^er, monsieur le vicaire g6n6ral, Tassurance de ma haute
consideration et de mon d^vouement.
F. LAFERRlfiRE, de Tlnstitut,
Inspecteur g^niral des faculUs de Droit.
Pau, le 2 mars 1860.
Monsieur,
L'id^e de Mgr de Salinis d'encourager T^tude trop longtemps n^i-
gte de nos antiquit^s religleuses est dignede sa haute intelligence. Une
entreprise archc^.ologique et litt^raire ainsi patronnto ne peut manquer
de r^ussir dans nos d^partements circonvoisins.
Souvent, le titre promet plus que Touvrage ne doit tenir. II me sem-
ble que, dans votre publication, le titre a led^fautcontraire: vous don-
nerez plus que vous ne semblez promettre. Vos investigations ne peu-
ventpasy au reste, avoir pour limite un seul diocese. Vos amis esp^rent
qu'elles s'6tendront au moins sur toute la Province eccUsiastique d'Auch.
Vous me demandez mon concours, et il vous est assure. Si je ne puis
fairepreuve de science, je tAcherai de faire preuve de bonne volenti.
J'aisouspresse, en ce moment, un ouvrage qui m'a coOt^de longues
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— 96 —
anntes de rechcrches ; il a pour litre : Histoire Religieuse et Monumen-
tale de la Bigorre. J'aarai pu vous offrir quelques extrails de mon ma-
nuscrit. Mais, croyez-moi, inaugurez votre publication nouvelle par les
meilleures pages de vos plus savants collaborateurs. J'aurai, de la
sorte, du temps k attendre avant que mon tour n'arrive.
Agr6ez, mon cher Monsieur, Tassurance de mes plus affectueux sen-
timents.
G. B. DE LAGRfiZE,
ConseiUer d la Cour impMale de Pau.
Marciac, le 2 mars 1860.
Monsieur le Vigaibe 6£n£hal,
En procMant, il y a quarante-cinq ans, k Tinventaire du mobilier du
ch&teau de Coraac, situ6, comme vous le savez, k peu de distance de
cette ville, on d^ouvritun antique et volumineux manuscrit renfermant,
6crite jour par jour, Thistoire des guerres de religion au xvi« sitele.
L'auteur de ces m^moires 6tait noble Jean d'Antras, sire de Cornac,
seigneur de Samazan, Tun des h^ros de cette sanglante lutte. II avait
consign^ dans son journal tons les ^v^nements de cette ^poque deplo-
rable, et il avait pu, lui aussi, dire comme le h6ros de Virgile:
« Quaeque ipse miserrima vidi. »
J'^tais bien jeune k T^poque de la d6couverte de ces pr^cieux docu-
ments; §i mes yeux ne s'arr6t6rent qu'avec une profonde indifference
8ur ces pages dont le temps avait rong6 les bords, et que les mites d6vo-
raient.
Depuis lors, avec quels regrets et avec quelle perseverance ne
m'etais-je pas mis k la recherche de ces memoires que mon ignorance
avait autrefois dedaignes 1 Mais aussi, quelles deceptions et quels me-
comptesl. .. Le manuscrit avait ete vu partout, et il ne se retrouvait nulle
part.
J'etais decourage lorsque, unjour, on vint m'annoncer qu'on
avait vu sur la table de cuisine d'un modeste presbyiere de village un
vieux registre dont on arrachait les feuillets, un k un, pour T usage de la
maison. J'y cours... jem'informeaupresdeM. le cure, vieillard octoge-
naire, aussi venerable par ses vertus que par son Age; il ouvre des yeux
grands d'etonnement; car il ne pouvait pas comprendre, le digne hom-
me» rinteret que j'attachais k la possession de quelquei vieux papes-
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— 97 —
swrds.... € Oui, oui, medit-il, c'est bien cela....une6criture apeu prcs
indtehiffrable desbatailles des huguenots.... Mais k quoi peu-
venl 6tre bonnes ces vieilleries ?... »
II parlait encore, et d^ji j'6tais k la cuisine. 0 profanation !. ... sur un
coin de la table, mon manuscrit; c'^tait bien lui I mon manuscrit ^tait
ouvert; il gisait 6lendu comme un vieillard a qui Ton vient d'amputer un
membre. La plupart des feuillets avaient et^ enlev6s, laissant ainsi voir
a nu les trois quarts de Tdpine dorsale, d'ou pendaient, comme autant
de nerfs d6charn6s, les cordes de la reliure. Cinq ou six pots remplis de
graisse, et rangfe en ordre sur la table, portaient, chacun, en forme de
coiffure, trois ou quatre feuilles du manuscrit, que les ciseaux de la cui-
siniSre avaient r^duites au perimetre de Torifice de.ces vases maudits.
Les feuillets, que j'ai sauv^s de ce honteux et d^goiltant naufrage,
sent au nombre de cent quarante. Les faits qui y sont relates commen-
cent a la lev^e du si^ge de Poitiers, et finissent apres le r^cit des faits
et gestes des armies catholique et huguenote dans notre pays. Marciac,
Mirande, Trie, Rabastens, Plaisance, Castelnau, etc., etc.,y figurent
comme le th6&tre de nombreux et int^ressants 6v6nements.
Vousavezeu la bont6, Monsieur le vicaire general, de m'engager, au
nom de notre saint et savant Archev^que, et aussi en votrenom, k coa-
courir k la reaction du Bulletin d'Histoire et d'Arch^ologie de la pro-
vince d'Auch. Ce serait Ik, je le sens bien, une t&che au-dessus de mes
forces, si je n'^tais encourage et soutenu par les profondes et respec-
tueuses sympathies que j'ai depuis longtemps vou^s k Monseigneur de
Saliuis, ainsi qu'a vous, Monsieur le grand vicaire.
J'apporterai done, puisque vous le voulez, mon petit grain de sable au
religieux et patriotique Edifice que vous vous proposez d'6lever; et, si
vouscroyez que ce qui reste des m^moires du sire de Comae puisse con-
venablement trouver place dans le Bulletin, je le^ enverrai par fragments
a la redaction. Dans cecas, la lettre que j'ai Thonneur de vous adresser
pourrait en pr^cdder la publication, comme un petit avant-propos.
Daignez agrter, je vous prie, Thommage du profond respect et du
sincere d6vouement avec lesquels j'ai Thonneur d'etre,
Monsieur le vicaire g6n6ral,
Voire tr6s humble et tres obeissant serviteur.
C. CLAUSADE.
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98 —
MELANGES ET NOUVELLES.
Quelques pr^tres, Strangers, pour la plupart, au diocese d'Auch inais
noninotre Province ecclesiaslique, demandent que le Bulletin s'occupe
de leurs 6glises. On nepourra le faire que successivement, et a propor-
tion qu'il nous vicndra des renseignements assez complets sur les monu-
ments que nous n'avons pas visit^s par nous-m^mc. Pour ces renseigne-
ments i prendre, on veut bieu nous donner des adresses de confre-
res qui peuvent les fournir. Nous prions les int^ressfe de les solliciter
eux-m^mes, pour nous simplifier la besogne; afln que nous puissions
mieux y suffire, et k la satisfaction d'un plus grand nombre
A M. le Our^ de Oallian (Gers).
Vous craignez peut-6tre encore que le petit monument fun^raire dont
vous m'avez parl6 ne trouve pas bon accueil dans notre MusfeE eccle-
siASTiQUE. C'est une erreur : nous Tattendons toujours.
A M. le general Dupleiz.
La piece d'or que vous avez soumise a notre appreciation m^rite
qu'on s'en occupc. Elle est pourtant assez moderne, puisqu'elle n'est pas
ant^rieure a Charles VI, sauf (5tudeplus complete, que vous retrouverez,
ur. peu plus tard, dans le Bulletin. En attendant, et pour votre satisfac-
tion, je vous dirai qu'elle porte en 16gende n^du c6t6 etautour de
r^cu de France : Carolus, Dei gratia, rex Francorum, inscrit en abr6g6;
20 du c6t6 et autour de la Croix, de m^me : Christus vincit^ Christus
regnaty Christus imperai. Ces deruiers mots furent le cri de rarm6e
frauQaise, dans une bataille contre les Sarrasins, sous le r^nede Phi-
lippe I; et c'est sous Louis VI qu'on a commence de les adopter comma
Idgende sur nos anciennes monnaies.
A M. le Cur^ de Puylausic (Gers),
COEllESP. TITCL. POUR LA CONFERENCE DE LOMBEZ.
Vous demandez d'etre fixe sur le travail que vous avez i faire. Le
Bulletin r6pond d'une maniere g6n(5rale a votre question, page ^2 et
suivantes de cette Livraison. Toutefois, dans vos contr^es surtout, un
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— 99 —
sujet semble se presenter de lui-m^me : Recherckes historiques sur
I'Origine, les Progrds ei VExtinciionde la petite eglise, dans ce demi-
si^te, Vous pourriez Ires utilemcnt vous entendre, dans I'inWrfit de ces
curiouses recherches, avec votre confrere, le Correspondanl du Comity
pour la Conference de Simon e.
A ce propos, Monsieur le Cur^, permettez que je vous indique, lant
pour ce travail que pour tout autre, destine a venir prendre place aux
Archives du Comite, les dimensions et la forme k donner aux copies.
Ce sera le moyen de favoriser le bon ordre dans les collections, et la
conservation des manuscrits qui doivent resler i notre disposition; et
qui m^me g^n^ralement sont destines a ^tre reli^, par groupes de
cahiers traitant des sigets semblables ou bien se r^f^rant les uns aux
autres.
Longueur de la feuille 0" 30
Largeur de id 0«n 22
L'^criture doit 6tre aussi lisible qu'il vous sera possible de la faire,
par vous-m^me ou par une main (5trangere.
Chaque page doit 6tre cncadrte de quatre marges, dont chacune
aura :
En baut, k gauche et a droite Om 03
Sur le has 0^ 04
Enfin, le cahier doit se clore par votre signature accompagn6e du
sceau de la fabrique; et m6me, si la chose est possible, par la signature
de M. le Maire avec le sceau de la commune, surtout lorsqu'il s'agit d'un
extrait conforme d'ancien manuscrit dont vous enverriez la copie.
A HI. le cur^ de Marseillan (Gers),
COKRESP. TITLL. POltt LA COjXFEKENCE DE MlRAr»iDE.
Le peu qui reste, dans vos contrtes, des souvenirs d'un empoisonne-
ment qui aurait 6t6 I'objet d'un monitoire, pendant la revolution de la
fin du xviii^ siecle, merite en effet d*6tre recueilli dans les traditions
locales. Quelle surprise de rencontrer a ce tyrannique itfoyen — comme
» disait Tecole philosophique -^ de pressurer les kaies timides et les
• coeurs faibles, t dans un temps ou Ton prodamait si haut la liberty de
conscience I
Sur cetle vague indication, nous venons de retrouver, a Auch, les
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— 400 —
kitres motMoriales clles-m^mes, que nous publioDS dans la secondf,
partie du Bulletin, document n^ 6. EUes sont relatives, en fort icauvaise
orthographe, aux fol. ^9 et 20 du registre de riv4ch4 du €tdpartement
du Gers, d Auch, dont la transcription fut commence, sur volume in-
folio, reli^eu parchemin, le ^9 avril ^93. Rien n'est plus authentique,
ce mo semble, que ce registre; chaque folio est sign^ et paraph4 P. B. B.
Ev6q.; cequi veutdire, Paul-Bewoit BARTHE, Evfique.
Vous n'aurez certainement pas oubli^, Monsieur le Gur^, que c'est le
nom du malheureux eccl^astique venu h Auch pour se faire installer
^v^que constitutionnel, le ^0 avril M9\. Je compte faire connattrea
nos lecteurs, un peu plus tard, cette singuiiere parodie dUnstallation
canonique, sur pieces parfaitement authentiques. Seulement il me pa-
ralt convenable de passer sous silence les notables et les membres de la
municipality, dont les noms furent accol^s, dans cette memorable dr-
constancc, k celui du citoyen Bartke, Cette denomination est, au reste,
celle quil se donna longtemps lui-m6me, et qu'on lui retrouve dans les
m^oires et aetes du conciliabule des r^unis, tenu a Paris en ^ 804 .
A M. le Doyen de Montreal (Gers),
GORRESPONDART HORORAIRE DU COMITE.
Ce ne sont pas vos iSnonnes sarcophages m^rovingiens que je re-
clame pour le Mus^E egglesustique. Je les trouve d*ailleurs tr^s bien a
la place que vous leur avez donn^e dans votre 6glise. Mais des fouilles
intelligentes et dirig^s par vous ameneraient, selon toute apparence,
h quelques d^couvertes moins volumineuses, dont vous pourriez nous
faire part.
Ce que je sollicite de vous surtout. Monsieur le Doyen, ce sont des
details Merits sur tout ce qui pent rester, autour de Montreal, de souve-
nirs plus ou moins conserve de T^poque gallo-romaine, des temps m^-
rovingiens et des deux p^riodes romanes.
A M. de La Vemie-d'Amblard.
Vos lettres incites du roi Henri IV ont re^u bon accueil, ainsi que
les autres extraits de vos archives de famille. Nous attendrons le moment
favorable de leur donner place dans le Bulletin. C'est aussi dans cette
publication que vous trouverez la suite des Etudes dont vous me parlez
par votre lettre du 5 mars.
F. C.
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— iM —
RECBBRCRKS HimUOOES
SUR LES AQUITAINS QUI SE SONT FAIT REMARQUER
DAHS LE9 DTONIT^S eCGtftSUSTrQVES.
DaK BERNARD DE SBDIRAO
Hi A LA SAUYBTAT
(Gers).
Noc» avons donnd, dans le premier mmi^ro de ce BtaHetin, une
courte notice sur le P. MongaHlard et ses manuscrits, avec FinteDtion
d'y revenir un peu plus tard (4). Parmi les biographies, trop ra-
pidement esqoiss^es, que Ton rencontre dans les p^es pr^cieuses
dont ii a ^td parl^, il en est nne qui nous a particuliferement in-
tere^, tout incomplete qu'elle soit par la regrettable dispari-
tion de quelques feuilles. Nous voudrions aiijourd'hui la falre
connattre aux lecteurs du Bulletin telle que nous Tavons comprise,
entour^e de documents nouveaux que Thistoire nous a foumis.
Le roi tfEspagne, St-Ferdinand, venait de mourir (1065). CJne
fausse politique^ fondle sur un sentimeni patemel, honorable
sans doute^ mais presque toujours funeste aux Etats, lui avait
fait partager son vaste royaume entre ses cinq enfants. Dom
Saocbe Talne eut pour lui la Castillo; L6on ^chut k dom Al-
phonse, et la Galice fut le lot de dom Garcias, le plus jeune des
troi» frferes. Les infantes dona Urraque et dona Blvire ne furent
pas oublKi^es dans le paftage; la premiere re^ut la yille de Zamora,
et la seeoAde la ville deToro pour apanage'. Les trots royaumes
qui, sous Thabile administration du monarque pr6eedent, avaient
(1) Voir, plus h^ot, page 16.
Tom. I. — 2« Liva.— Avril, mai, join 1860. 8
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— 402 —
pris Tassielte d'un gouvernement r^gulier et homogfene ne pou-
vaient pas demeurer longtemps ainsi divls^s. Sept ans s'^taient a
peine ecoul^s^ et le meurtre et la trahison r^aDirent sous un m6me
sceptre les Etats de St Ferdinand. Dom Sanche tomba poignarde
par un assassin (1 072) au moment oil il attaquait Zamora, et
dom Garcias, perfidement attir6 dans un pi^e, fut jet^, charge de
chaines, dans le ch4teau-fort de Luna, prfes de L6on, ou il de-
vait expirer, aprfes dix-huit ans d'infortunes, en maudissant son
bourreau (1090). Le m6me front ceignait done une seconde fois
les trois couronnes ^q L6on, de Castillo et de Galice. Tenant
dans ses mains le faisceau de taut de forces r^unies, Alphonse VI
devait naturellement se tourner contre les Mores, ses redoutables
voisins. Assise sur son rocher, entouree de trois cdt^s par les
eaux du Tage, Toledo, que les Mores poss^daient, semblait des-
tine a redevenir le boulevard de TEspagne catholique. AJphoose
Tattaque h la tete de ses Gastillans intr^pides, appuye par les
rois d'Aragon et de Navarre, et seconde par T^lite des chevaliers
dltalie, d'Allemagne, de France surtout, qui s'^taient enrdl^s a
Tenvi sous ses banni^res pour combattre dans cette guerre sainte.
Apr^ un long si^ge h^roiquement soutenu, impuissante a resistor
plus longtemps k une armee si formidable, la vieille capitale des
Wisigoths finit par se rendre, le 25 mai 1085, le jour memo ou
mourait presque captif, a Salerne, le grand pape St-Gr6goire VII,
en pronongant ces immortelles paroles : « J'ai aim6 la justice et
hai Viniquit6, et pour cela je meurs en exil. » II y avait trois
cent soixante-quatorze ans que rinfid^litd musulmane avait plants
son dr^^yeau sur le roc fameux de Gibraltar, et de la subjugud
la oatbolique E^agne.
A r^poque ou elle passa sous la domination du roi deCastiUe,
Toledo avait singuli&rement perdu de son antique splendour.
L'incurie des Mores av^t laiss^ tomber en mines ses plus beaux
monuments, et la noble ville n*^tait plus, comme Ta dit un historien,
que Tombre grossiere de ce qu'elle avait 6t6 aux temps de la
monarchie wisigothe. Alphonse ne n^gligea rien pour lui rendre
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— 403 -
son ancien lustre et sa premiere beaul^. Mais, avant tout, il eut
souci d'y restaurer la religion chr6tienne supplantee par la re-
ligion du Croissant, et pour cela de rendre a Tol&de son si^ge
archi^piscopal.
Un concile fut conyoqu6 par le roi dans la cit6 r^cemment
conquise (1). Les pr61ats etles grands du royaume s'y trouvferent
en nombre considerable. On rendit tout d'abord de solennelles
actions de graces a Dieu pour la soumission de Toledo, car on ne
doutait pas que ce ne fflt par sa puissante protection qu'une place
aussi importante eilt ^t^ prise aux Infid^les. On d61ib6ra ensuite
sur Mection d'un archevfique, et tous les suflfirages se porterent
sur un personnage de moeurs remarquablement douces et d'une
sagesse consomm^e, sur dom Bernard, abb^ de Sahagun on Saint-
Fagon. C'^tait un homme d'un m^rite distingue, d'une Erudition
profonde soutenue d'un g6nie 6galement vaste et 61ev6, habile i
manier heureusement les plus grandes et les plus difficiles affai-
res, d'une droiture d'&me et d'une fid^litfi a toute ^preuve. Tel
est le portrait que trace de dom Bernard ITiistorien espagnol
Mariana, et il ajoute que par ses rares qualit^s et sa vie exem-
plaire, I'abb^ de Sahagun, quoique stranger, et tout Frangais
qu'il etait, avait su se concilier I'aflfection de toute I'Espagne.
Or, c'est de ce premier archev6que de Tolfede arrach6e aux Mo-
res, Francais et Aquitain d'origine, que nous aliens essayer de
raconter I'histoire :
Sur la frontifere de la Gascogne, dit le P. Mongaillard, se
trouve un bourg pen connu, du nom de Salvitat ou Sauvetat. C'est
dans ce bourg qu'entre I'an 1040 et 1045, selon toute apparence,
naquit Bernard de S6dirac ou S^dilhac de la noble famille des
vicomtes de ce nom. Son pfere s'appelait Guillaume et sa mfere
Neymire. L'un et I'autre, plus tard, et quand leur fils eut 6t6
eievg aux dignit^s de I'Eglise, allferent, s'il faut en croire d'an-
(1) On appelait Conciles, en Espagne, les Assemblies oil se tronvaient les Pr^lats
et les grands da royaame. On n'y traitait pas seulement des affaires de la religion,
mais encore de celles de I'Etat.
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— 404 —
ciennes obroniqiies, satntemeBt fioir leurs jours^ en pratiquant
toutes les verlus chr^tieDoes, daos la soKtade d'un moDastere.
Encore enfant, Bernard s'appiiqua a Tetade des lettres et il y
fit de remarquables progrfes. II se destinait k la ci^ricature. Mais
quand la jeunesse, avec ses illusions, fat venue, il dit adieu a ces
nobles occupations de Yesprit et ne rSva pkis, oomme tous les
Gascons a la fleur de leur ige, que combats et poussi^re des
champs de bataille (1). Combien de tamps le fiitur arche?Sqae de
Tolede passa-t-il daas la carri^re des armes? nous ne s^uirions le
dire; ce qui est certain, c'est qu'il n'y resta pas longtemps.
Ce n'^tait pas la que le ciei^ en effet, voulait Bernard; il 6tait
r6ser\& k de meilleures et de plus calmes destin^^ La Provi-
dence visita done son serviteur qui s'^lgnait d'elie; une maladie
vint bient6t Tavertir qu'il devait chercher aiUeurs 1^ repos et le
bonheur. Touchy de Dieu, Bernard renonga g^n^reusement aux
ricbesses, aux honneurs, aux dignit^s du moode, k toutes les
vaines esp^rances du si^cle, et son susoie ardente ne soupira plus
d^rmais qu'apres le silence et la pak du doUre.
C6tait en 1 070. Le monastfere de Saint-Orens d'Auch 6tait alors
tfks florissant. Fondle vers Tan 956 par le comte d'Arma^nac, Ber-
nard le Loucbe, qui la donna aux mpines de TOrdre de St Benoit,
cette maison religieuse venait d'6changer tout rdcemment contra
celui de prieurd sod titre d'abbaye qu'elle poss^it depuis son ori-
gine. St Hugues, ahh6 de Cluny , entre les mains duquel Saint-Orens
s'^tait remis, avait plac6 a sa tdte pour premier prieur Guillaume
de Montaut, 61u bientdt apres arcbev^ue d'Auch, a la mort de
St Austinde. Sous Tinfluence de Cluny, le nouveau prieur^ alia
toujours prosp^rantdavantage; encore qiielques ann^es, etil devait
donner naissance a toute une g^n^ration d'hommes aussi recom-
mandables par T^tendue de leurs connaissances que par la saintete
deleur vie. Larenommito designait dono Saint-Orens a qqiconque
d^sirait alors, dans nos contr^es, embrasser la vie monastique.
(1) A. MoNGAiLLARD, lib. II, pars altera, fol. 1206,
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— \m —
Adssi, ce lot a 06 couveot d^a si c^lebre que Bernard de S^dirac
TOit demaader Thumble habit des B^n^diclins.
La vie da elcritre, qtiand e'est Dieu qui dous y appelle, est de
toutes les vies, sans conti*edit, la plus beUe et la plus glorieuse.
Quoi de plus beau, en effet, que de marcher sur les traces des saints
et servir Jesus*Christ dans le travail de la p^niteoce, dans les
veilles et dans les jeilines^ dans les pri^res et tes pieuses medita-
tions, en un mot, offrir au moode, sous tes infirmes livr^es de
rhomme, one image de la vie des anges ! Quoi de phis glorieux,
d'autrepart) que de triompher de soi-m6me, combattre ses d^sirs^
dompter ses convoitiBes, briser le joug de ses pas^ons, travailier
ainsi sans relSehe k son avancement spirituel ? Ce saint combat est
(hir a la nature, il est pesant, sans doute, mais il est court; aujour-
dliui, demain, et puis le repos ^temel et r^ternel bonheur.
Frfere Bernard (te S^dirac le savait bien. Aussi, a peine enr6l6
dans ta sainte milice, il fit de si rapides progres dans les voies du
salut que bientdt il 6gala par sa regularity, sa ferteur et par la
pratique constante de toutes les Tortus, les veterans du pieux asile
qui avait accueiUi sa jeunesse. Les etudes de son adolescence vin-
rent de nouveau soUiciter son esprit; mais elles ne lui firent jamais
perdre de vue la veritable science, cette science mysterieuse con*
nue seulement de quelques &mes priviiegiees : Faire la vokmte de
Dieu et renoncer k la sienne. Bernard de S^dirac etait aii^i Tome-
ment et la gloire de son monast&re, lorsque le second prieur de
Saint-Orens, Uciand, etantmort, 1078, illui fut donne poor s(^-
cesseur.
Tant de merite ne pouvait pas cependant rester longtemps dans
Tobscurite. La ceiebre abbaye de Guny avait alors, comme il a ete
dit fdus haot, St Hugues pour abbe. Le venerable successeur de
St OdUoU) informe du tresor precieux que possedait son Ordre,
manda Bernard h Gluny pour juger de pres cette haute intelU^
gence et cette eminente vertu dont la renommee lui av^ d6}k
raconte de si magnifiques cfaoses. L'epreuve tourna a Tavantage
du moine Aquitain, et tel fut Tedat de sa saintete et de sa science
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— 406 —
que St Hugues ne voulut pas se s^parer d'un aossi acfanirable dis-
cfple. II le retint done prte de lui, et gardaqoeiqae temps encore
dans i'ombre de h vie c^nobitique cet 6clatant flambeau, jusqu'a
ce qu'ii pldt auP^re de faniille dene plus le laisser sous le boisseau,
et de le placer sur le chandelier pour eclairer de ses purs
rayons les fiddles de son Eglise.
[^ moment ne deyait par larder a venir.
A la fin du xi« siecle, la discipline s'^tait bien rel&c)iee de sa
premiere s^verit^ dans les monasteres. Parmi les hdtes qui venaient
vivre a I'ombre austere des couvents, il en etait plusieurs que des
motifs profanes avaient attires. Aussi, les cloitres n'^taient plus
seulement, comme autrefois, Tasile de Tetude et de la priere; ils
s'^tonnaient de ne guere plus entendre que les hennissements des
chevaux, les aboiements des chiens de meute et le sifilet des dres-
seurs de faucons. La cause decette decadence, c'6taient, engrande
partie, les richesses dont le x« siecle avaitcombl^ TEglise, et qui
dtaient deyenuesTobjet de la convoitise universelle. €es d^plorables
abus, qui se trouvaient ou ils n'auraient jamais d6 se trouver, re*
gnaient en general dans les monasteres d'Espagne comme dans
quelques-unes des grandes maisons religieuses de France et d'Al-
lemagne. Alphonse de Castillo voulut les extirper des couvents de
son royaume, y remettre en honneur les saines traditions de la vie
c6nobitique, et faire de Tabbaye de Saint-Fagon le Cluny de TEs-
pagne. II s'adresse done a St Hugues et lui demande un moine
capable de remplir la grande mission qui lui 6tait destine. L'abbe
de Cluny avait sous la main Tbomme que la Providence semblait lui
avoir tout exprfes m6nag6. Bernard de S6dirac partit pour TEspa-
gne, et le roi le mit a la tfite de Saint-Fagon (1 080-81 ).
Dom Bernard ddploya une haute sagesse sur ce th6&tre, nouveau
pour lui, ou Fob^issance Tavait envoys. Vaincus par son ascendant,
ses freres, tout accoutumes qu*ils ^taient aux douceurs d'une vie
peu severe, consentirent avouloir m^riter le ciel par un change-
ment radical dans leurs habitudes. Bien plus, Tabb^ de Saint-Fagon
fit aimer a ses religieux la discipline qu'il avait su doucement leur
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- <07 —
imposer. Pour arriver a cet heureux r^soltat, dom Bernard com-
mencait par faire le premier ce qu'il avait present. Jamais il ne
donnait de pr^pte qu'il ne le confirm&t par i'exemple, et il se
moDtrait toujours tel qu'il d^sirait voir ses freres. C'est aiusi qu'en
pen de temps, Tabbaye de Saint-Fagou devint, en Espagne, un rare
module de r^ularitd.
Dom Bernard 6tait la, au milieu de ses religieux, travaillant a
son oeuvre, b^ni de Dieu et des hoimnes, lorsque TolMe, tomb6e
sous les armes chr^tiennes, le vit bientdt arriver pour archeveque.
Sa vaste intelligence et sa haute saintet6 Tavaient appel6 a cette
dignity ^minente. Alphonse VI, qui d^sirait rendre a Tol&de son
ancien 6clat et sa premiere importance, dota magnifiquement son
Eglise. Les revenus des terres donndes par le roi devaient fournir
a Tentretien lM)m)dte des pr^tres, des diacres et autres ministres
destines au service de Tautel, dans la catti^rale. Puis, pour as-
surer sa nouvelle conqu^te et la mettre a convert de toutes sur-
prises, Alphonse fit construire une forteresse qui pAt tenir en
respect les Infid^les. Ges mesures prises, le monarque partit pour
le royaume de l.eon, laissant a Tol^ dom Bernard et la reine
son Spouse. Dans sa prudence, 11 leur avait soigneusement reeom-
mandS de traiter avec bont6 les Mores qui, sur sa parole, ^taient
rest^s dans la ville, et auxquels il avait promis respect pour leurs
propridt^s et liberty de leur religion. Lagrande mosqu^e leur avait
6t^ conserv6e pour Texercice de leur culte.
L'eglise cath^drale, od le service divin venait d'etre restaur^,
^tait bien pauvre si on la comparait k la mosqu^e des Infid^les.
Les Chretiens de Toledo faisaient, malgr^ eux, cette comparaison,
et ils se sentaient humilies d'etre au-dessous de ceux que leurs
armes avaient vaincus. Ces p^nibles sentiments, qui agitaient Tdme
d^ Espagnols, TarchevSque et la reine les dprouvferent aussi.
Ck)nstance, c'^tait le^nom de la reine, francaised'origine etde la mai-
son de Bourgogne, ne put voir sans une douleur profonde la Croix
c6der le pas au Croissant dans la ville conquise. De concert avec
dom Bernard, dont Mariana trouve le zele un pen Irop vif et trop
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— 108 —
imp^taeuK en cetle circonsUiM^, eUe forma le projet de ravir aox
Mores le moimment que la cl^mence d'Alpbonse YI lear avait
laiss^. Uoe nuit done, k la favaur des t^D^res» les portes de la
r^^osquae sont enfoDc6es; daii3 le temple purifi^ oadresse un autel
a la hAte, et quand le soleil ramena ie joor, une cloche, plac^e au
haut de la tour principale, langa dans les airs ^tonn^, poar la
premifere fois depuisdes ^^eies, ses joyeuses voltes. Les chr^iens
de Tolede accoururent triomphants a la c^Mbration des Saints Mys-
t^res.
Mais ce triompbe faiUit coiUer ixan cher.
Une rameur terrible, eneffet, 6clata daos la vilLe; de toates parts
loeteQtissaient d^s cris de vengieaAee; en moins de rien, le souleve-
meat devint gdneral^ « Les trait^s n'oot done plus rien de sacr^,
s'^criaient les Mores, indignes de la violence doat ils ^taient vie-
tknes. On nous a promis respect pour notre reUgion, etvoilaqu'on
Tinsulte... Et c'est la reinei c'est rajrehevSque qui donneTeiemple
du miipris!.^. Nous nous ferons justice nous-vi^njies si oh nous la
refuse^ et nous reprendrons par la force la mosqu^e a ceux qui
nous Tout eolevee par la perfidie... p Les Chretiens, impuissants
a conjurer Forage qui grondait aur leur (^te, iis^mt tremblants.
Q^'&iit oppose leur petit nonibra si les Infideles, dane leur premiere
lureur, i^ssent 4X)urtt wx armas?... Mais Dieq, qui prot^geait
h chr^tientS ranaissante de TolMe, detouma d'alle le malhaur
qui la menagait. Les Mores» au moment oil Ton ne devait pas s'y
attendre, impos^ant silence, da moins pour qn tamps, a leur
colere, aspirant d'Alphanse YI una autbentique et solennelle re-
paration. Une ambassade partit Tiofonner de ce qui venait de se
passer.
Alpbonsa YI etait dans le royaume de L^on quaod M arriva la
premiere nouveUe du drame r^cemment accompli d£ms Tolede. il
en fat profond^ent aSliga. Le traits dtait iojustement viol^; on
avait abuse da son aatorite, compromis Sa Majesty royale... Une
imprudante indiscretion pouvait lui faire perdre sa precieuse
conquete. Les Mores ne tenteraient-ils pas, dans leur exasperation,
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— ID9 —
de secoiier le joug qa'ils n'avaient accepts qu'en fr^missant! —
Sous rampire de C68 pe^s^es, le roi se imt en route, k grandes
joore^, versTolede. I16tait ^riv^ a«i monastere de SaiolFagon
quaod se pr^aeotereot de^nt lai les d^putds scores reelamant veil-
geance de Tiojure saDglante qui leivr avait 6t6 faite, AJpiumse
accueiUit favoraUdoient leur demaode, et se mootraresolu k brdler
saus pitie et la reine, son Spouse, et rarehev£qae< Si nous eu croyons
uD historien (1 ), il jura mdme, dans sa colere, de n'accorder point
de pardon, et de ne se laisser fl^hir par aucune priere.
Cependant, on apprend k Toledo la prochaine arrive du roi et
ses mena^antes diapositions. Pour d6sarmer son ressentiment, Jes
priocipaux Chretiens de la ville, en habits de deuil, le clerg^, par6
des ifisignes de sa dignity, et les religieox, ailment prooessionnel-
lement a la reocontre du mooarque. Au milieu d'eux s'avanoait,
vdtue d'un cilice, la tdte couyerte de eendres, la jeune [Hiocesse
Urraque, que son piire aimait teodrement. La reine Constance
Fenvoyait k son epoux couitouc6 pour implorer sa cl^mence, him
convaincue que si rien aa moade pouvait briser cette ime inflexiMe,
c'iitait la vua de sa fiile bien-aimde. Mais Alphonse, iQforme du
long cortege qui approche^ se prepare a soutenir Tassaut qu'on va
lui Myrar; et qoand il apercoit son enfant se dinger vers lui en
supj^nte* il fait serment de ne rien accorder de ce que lui de-
mandora la princesse, et de faire bien plut6t Plater ses rigueurs
surlafillecomme surlam6re. Urraque, alors,elle connaissaitsans
doute la terrible promesse de son pere, vient se jeter aux pieds d'Al-
pbonse, et, preoant la parole : « Par lamour dont vous m'avez tou-
» jours environn^e — dit-elle — par ce doux nom depfere que je vous
» donnai, 6 roi, je vous en conjure, accordez une seule chose a votre
» fiUe. Je vous en prie, seigneur, mon roi; la reine etTarcheveque,
» qui n'ont pas obeik vos ordres, et se sont montr^s fiddles au Roi
» des cieux, faites-les mourir aussit6t. » A ce pieux stratageme,
Alphonse, saisi d*admiration, demeura stup^fait; la vengeance ^tait
(1) RoikSAiG Ae ToMae.
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-^ HO —
bris^e dans ses mains; il avait promis par serment de m rien faire
de ce que sa fille Urraque pourrait lai demander. Ses perplexity
cepeodact ^taient encore bien vives. S'il ne pouvait, sans forfaire a
sa royale parole, chatier dom Bernard et Constance, comme il
Tavait r^solu, pouvaitil, sans dtre infidfele k sa premifere pro-
messe, ne pas panir s^v^rement Tinsulte faite aux Mores? Quel
parti allait prendre le roi de CastiUe?
€omme il ^tait ainsi en balance, voici qu'une seconde ambas-
sade, compos^e desplus considerables d'entre les Mores, vient se
presenter devant Alpbonse les yeux baiss6s, le visage triste et
abattu. A leur vue, le prince se sentit vivement 6mu, et croyant
qa'ils 6taient la pour lai demander justice : « Ce n'est pas a
» vous, mais amoi que Tinjure a 6t6 faite; il y va de mon int^r^tet
» de ma gloire de ne laisser pas impun^ment violer mes promesses.»
Les deputes alors de tomber k genoux, conjurant le roi de les en-
tendre. Alpbonse arrete son cheval, et le chef de Fambassade prend
la parole : « Nous savons, 6 roi, dit-il, que l'archev6que est le
» prince de votre Loi; si done nous sommesla cause, m6me inno-
» cente, de sa mort, les chr6tiens, un jour, nous en paniront par
» zele pour leur foi. Que si, d'un autre c6t6, la reine p6rit a cause
» de nous, nous serous un objet de haine pour toute sa posterit6>
» et, t6t ou tard, aprfes votre rfegne, cette haine ^clatera infaillible-
» ment sur nos t^tes. C'est pourquoi nous vous prions, 6 roi, de
» leur pardonner, et nous vous tenons libre de la foi du serment.
» Si vous refusez d'acquiescer a notre demande, qu'il nous soit
» permis d'aller chercher, dans des terres 61oign4es, un asiie ou
» s'6coulera notre vie a convert des orages qui nous menaceraient
» dans notre patrie. »
A ces paroles, Alpbonse, triste et sombre jusqu'a ce moment,
reprit son calme et sa premiere s^r^nit^, et bient6t son ressen-
timent fit place a des transports d'allegresse. « Vous avez sauve
»de la mort aujourd'hui, repondit-il aux Mores, Tarchevfique, ma
» fille et mon Spouse; je ne perdrai jamais le souvenir de ce jour
» fortune; ma royale protection vous est d^sormais assur6e; » et,
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— H4 —
coDgediant les d^put^s, il poursuivit son chemin vers Toledo.
Qoelques beores ^res, Alpbonse YI entrait dans la viUe et
se dirigeait vers la mosqu^e ravie aux infideles. Sur la porte se
tenaient debout lareine ConstaDce, enbabits dedeuil, et Farcbevd-
que dom Bernard, revetu de ses ornementspontificaux. Alpbonse,
dont la colore 6tait d^sarm^e, baisa respectueusement la main du
saint, pr^lat, embrassa avec Motion son Spouse, rendit gr^s a
Dieu dans son nouveau temple de rbeureux d6noaement du drame
qui venait de se passer, et gagna sa royale demeure. Etc'est ainsi,
dit Mariana, que ce jour, qui devait dtre un jour de ktrmes,
devint un jour d'all^gresse. G'etaiten 1087, quelque temp^ aprte
rinstallatipn de Bernard de S^dirac.
Le zele de Tarcbev^que ne s'endormit pas apres ce premier
p^ril et ce premier succes; il ne fit que redoubler. Les Mores
qu'il avait la, sous les yeux, assis dans les t^n^bres de Fislamisme,
le saint pr^lat fit tous ses efforts pour les faire passer a la pure
lumifere de TEvangile. Dieu b^nit le d^voi^ment de son apdtre. En
peu d'ann^es, gr&ce a sa pers6v6ranta et patemelle soUicitude, le
nombre des cbr^tiens, a Toledo, Temporta de beaucoup sur celui
des Infideles*
Mais ce n'dtait pas assez, pour notre pieux et ardent compa-
triote, de travailler en m^me temps au salut des brebis confides a
sa houlette, et a la conversion de cette seconde familie dont les
fevers dtaient si procbe de ses foyers. Bernard de S^irac ne ren-
ferma plus bient6t sa cbarit6 dans d'aussi dtroites liraites, et, lui
donnant un plus vaste tbddtre, il s'occupa des intdrdts spirituels
de TEspagne cbrdtienne tout enti&re. Yoici a quelle occasion :
Quelques anndes auparavant, en 1 076, a la priere du roi Al-
pbonse YI, le pape St Grdgoire YII, de si glorieuse memoire,
avait envoys en Espagne, pour y faire refleurir la discipline eccle-
siastique tombde en decadence depuis la domination des Mores, le
cardinal Ricbard, abb6 de Saint-Yictor de Marseille, en qualite de
Idgat. La mission que ce legat avait a remplirdtait belle, maiselle
n'etait pas sans avoir ses difficultes. II en coAte tant de rompre
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- Hf -
av6c nos vieilles habitudes, surtout qoand edles favorisent les in-
clinations ddr^l^s de notre coBur. Les ob^acles qoe Tabb^ de
Saint- Victor devait iiatureHement rencontrer ^taient cependant bien
peu de chose, compares k eeux qn'il devait faire naitre loi-mdme.
Si lest^crivains espagnols mentent ici toute confiance, Richard 6tait
Thomme damonde iBrmoins propre a r^liser les vues du roi de
CastiHe el <da Souterain Pontife. Esprit inquiet, remnant, agissant
avec hauteur, il brouillait, renversait tont, n'^ntant pas toujours
la voix de la raison et de T^qnite. Pr^occup^ d'abord de ses inte-
tMm particuUers, il songeait phis, dit Thistorien d^k plusieurs fois
citd, au profit qui lui devait revenir qu'a Tfaonneur de la religion,
aux droits de FEghse d'Espagne et au bien des penples. Loin de
faire re^)ecter Fautorit^ du grand Pape qu'il repr^sentait, le car-
dinal l^gat, par sa condamnable conduite, ne s'attirat que le mi-
pr» et la haine, et cette hame et ce m^pris retombaient josqoe sur
la personne auguste de celui qui Tavait envoys. Le spectacle de
ces misferes inspira une douleurprofonde a Farchevfiquede Tolfede.
Mais comment les faire cesser? En avertissant le l^gat? II n'^tait
pas d'humeur k ^uter les avis. En informant* Rome? Mais des
lettres, des envoys meme pourraient-ils suffisamment faire con*
naftre au Vieaire de J^sus-Chrtst les d^sordres dont FEspagne dtait
sans cesse le thMtre, les causes de ces d^sordres, les remMes qu'it
faudrait employer pour y mettre un terme ? Dans cette incei'titude,
Bernard r^solut d'aller lui-mdme a Rome pour Tint^r^t de la
religion.
II n'y avait presque pas de chr^tien alors, comme Ta dil un il-
lustre terivain, qui consentfta monrir sans avoir pos6 ses levres
sur le seuil des bienheureux ap6tres, Pierre et Paul. Le pauvre
lui-m6me venait, k pied, visiter leurs lointaines reliques et rece-
voir, au moins une fois, sur ses dpaules joyeuses, la benediction du
vieaire de J.-C. Quand Bernard de Sddiracarriva a Rome (1088),
StGrdgoireVII n'^tait plus; Victor II, qui lui avait succed^, venait, a
son tour, de descendre danslatombe; et un Pape, fran^ais d'origine,
Urbain II, occupait le trOne pontifical. Sa Saintet^, a qui deja
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— 443 —
Alphonse YI avait aDnonc6 le voyage de Fauguste p^leriQ(l), le
regat avec la bienveiUance et Testime qui ^taient dues k son rare
m^rite et a son eminenle vertu. L'archevSque exposa le but de son
voyage, dit la couduite <bi cardipal l^gat en Espagne, et representa
Forgente n^ssit^ de le rappeler k Rome pour faire cesser tons les
d^sordres. E^ mdme temps, il supplia le souverain Pontife d'ap-
prottver et confirmer son Election au si^e archidpiecopal de To*
lede, et lui fit la dem^e du paUiom. Urbain II entendh avec
bont6 les plaintes de D. Bernard de S^rac, et, accedant a ses
d^irs, il lui conf^ra Tinsigne de sa nouvelle dignity (2), Taocom^
pagnant d'un privilege special qui r^tablisaait Primat de touteTBEh
pagne. Yoici, en substance, les termes dans lesquels ce privili^e
est exprim^ : « Nous reodons a Dien de grandes actions de gr&ees
> de ce que I'Eglise de ToliMe, dontla dignity est si ancienne et dont
» Tautorit^ a ^te si grande, vient d'Slr^ delivr^ de Teppression des
» Sarrasins. C'estpourqooi, taut par le respect de cette Egkse qu'k
» lapriere du roi Alphonse^ nous vous donnons le Pallium, c'est^-
i» dire la plenitude de kdignitg sacerdotale, et nous voub ^blisdons
> Primat dans tousles royaumes des Bspagnes, comme il est certain
» que Font 6te anciennement les eveques de Tolfede. . . Tons les 6ve-
» ques des Espagoes vous regarderont comme leur primat, et, s'il
» s'^l^ve entre eux quelque qpestion qui le m^rite, ils vous en feront
> le rapport, sauf, toutefois , les privil^es de cbaque m^tropo-
» litain (3).»
Cette bulle estdu 15« d'octobre 1088. L'archevfique de Tolfede
n'^tait plus k Rome. Aprfes s'dtre agenouilld une demifere fois au
gloripux tombeau qui gouverne le monde, apres avoir re(}u d'Ur-
bain 11 la benediction apostoUqoe, il avait repass^ les Alpes, diri-
(1) Lettreda pape Urbain II a Alphonse. Labbb, tome x.
(2} Cost one*bande d'^toffe de lain^ blanabe, large de 5 ceniun. eoviroo, qui so
met par dessos les v^iements pontificaux, entoure les epaules, et pend par devant et
par derridre a la longneDr d'un palme (Sd4 millim.) 11^ est. oni^ de icroix noires,
one sur lapoitrine, une sur le dos, une sur chaque ^paulu.— Le Pallium elail, m^me
dansces temps recul^, Tinsifne obJigd de )a dignity m^lropolitaine eicomroe one sorte
de dipldme patent par lequel clle ^tait conf(^r6e.
(3) Baropcn. Annul, eccks. — PA«f» anno 1096.
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geant, a travers la France m^ridionale, sa patrie, son retoor vers
I'Espagne. Chemin faisant, il vint dire adieu a Thumble village qui
Favait vu naftre, et recevoir VhospitaliW de Tarcheveque d'Auch,
GuiUaume h^ de Montaut, qui continuait le grand oeuvre com-
mence par son pr6decesseur St Austinde, la reconstruction de la
<iath6drale. De la, poursuivant sa route, Bernard de S6dirac se
rendit a Toulouse. C'^tait le moment (mai 1089) oil se c^Wbrait
dans cette ville un concile compost de tous les m^tropolitains et
de tous Ies6v6ques de Fancienne Gaule gothique, etconvoqu6 par
le Souverain Pontife lui-m6me. Mariana se trompe done quand il
dit que c'est dom Bernard qui assemblace concile, et il n'est pas
moins dans I'erreur lorsqu'il avance que Tarchevfeque persuada
aux 6v6ques presents de le reconnaltre pour leur sup6rieur et leur
Primat, et de se rendre, sur son invitation, aux conciles de Tolede.
Assur6ment, Fillustre Aquitain 6tait doue d'un esprit remarquable-
ment habile, et les Fran^ais etaient bons et faciles k gagner,
comme le fait observer lliistorien espagnol; mais rien ne nous
parle, dans les collections g^n^rales des conciles, de cette tenta-
tive du nouveau mitropolitain de Tolede a etendre d6mesur6ment
son autorite primatiale.
De Toulouse, D. Bernard, franchissant les Pyr6n6es, regagna
sa ville archi^piscopale, veuve de lui depuis plusieurs mois.
Quelques jours apres son arriv^e, 25 octobre, un grand nombre
de pr61ats se trouvaient r6unis a Tolede. Une splendide et augusle
c6r6monie allait s'accomplir. La grande mosqu6e, enlev^e aux
Mores, comme nous Favons racont^ plus haut, fut consacr^e avec
les priferes et les rites ordinaires. La nouvelle 6glise fut d^di^e a
la vierge Marie, aux glorieux ap6tres St Pierre et St Paul, a
Sainte-Croix, a St Etienne, premier martyr. L'archev^que enrichit
le maitre-autel de sa cathedrale de pr^cieuses reliques qu'il avait
apport^es de Rome, et de celles que le roiet la reine avaient pui-
snes dans le tr6sor de leurs ancfitres.
La consecration de la cathedrale de Tolfede fut suivie d'un evg-
nement bien important dans Fhistoire des Eglises d'Espagne, la
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— 445 —
substitution da rite gregorieo a Taucien rite gothique ou moza-
rabe.
Quelle fut la forme de la plus ancienne liturgie introdoite en
Eqpagne?Cest ce qu'il n'est pas facile de connaitre. Quoiqu'il en
soit de cette liturgie primitive, nous savons qu'elle disparut au com-
mencement du v*" siecle, ou que, da moins, elle fat sensiblement
modifi^e par les Visigoths devenus maitres de la P^ninsale ib^rique.
Vers la fin du vi« siecle, quand les conqu^rants ariens se furent
convertis au catholicisme, la liturgie espagnole subit un nouveau
changement, et le quatrieme concile de Toledo (632), pr6sid6 par
St-Isidore, de Seville, introduisit une psalmodie uniforme dans toal
le royaume. Elle se maintint jasqu'a Tarriv^e des Mores, et m^me
apres leur invasion. La liturgie, en effet, ne fit que prendre
une autre denomination au vui« sihcle. Appelto gothique pr^ce-
demment, elle regut alors, tant6t le nom de mostarabique, tant6t
de muzarabique, mozarabique ou mixtarabique, de Fappellation
donnee aux Chretiens qui s'etaient volontairement condamn^s a
vivre sous la domination more, achetant, par un tribut annuel, la
pennission de conserver leurs lois et lears coutumes ecclesiasti-
ques (1). Parmi les Espagnols rest^s libres dans leurs ^pres mon-
tagnes, la liturgie garda son premier nom. Ce fat seulement vers
le milieu du xv siecle qu'elle fut troubl^e dans sa paisible domi*
nation par la liturgie gr^gorienne. Le l^gat du pape Alexs^idre 11,
Hugues le Blanc, ^tablit cette demiere dans le royaume d'Aragon
(1068), et douze ansplus tard (1080), Alphonse de Castille, sur
la demande de St Gr^goire VII, faisait prendre TOrdre remain dans
les 6glises de ses Etats. Mais lorsque en 1 090, dans Toledo recon-
quise sur les Mores et rede venue si6ge primatial, il fut question
aussi de substituer le rite grdgorien au rite mozarabe, un veritable
soul6vement, si nous en croyons les bistoriens espagnols, 6clata
panni le peuple. Alphonse VI, la reine Constance surtout, Tarche-
vfique dom Bernard, et le Wgat, Richard de Samt-Victor, non encore
ra{q[)ele par le Saint-Siege, voulaient k tout prix faire accepter la refor-
mation des ceremonies du culte. Leur desir devait Temporler. Les
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— 446 -
mozarabes, tontefois, ne se rendirent qu'avec peine, etil fallut re-
courir aux singuli6res ^preuves du duel et du feu, fort usit^s a cette
6poque. Au jour marqud, le roi cboisit un chevalier pour soutenir la
cause de I'office romain, et le peuple un autre pour d^fendre TofSce
gothique. Le signal est donn^; les deux champtons descendent en
champ clos sous les yeux d'une foule immense accourue comme a
un spectacle; mais le combat est bient6t termini. Le tenant du
rite romain est renvers^ mort de son chevad, et Juan Ruiz, repr^-
sentant de Tancien rite, triomphe. Alphonse cependant ne se re-
connatt pas encore vaincu; ii veut qu'on tente T^preuve du feu.
On jedne done pendant trois jours; le quatrifeme, un grand bAcher
est allumd sur la place publique de Tolc^de. En presence de la
cour, du l^at, de Farchefgque, du clerge et des fid&les, un exem-
plaire de chaqne liturgie est jet6 dans les flammes. Le br^viaire
romain rebondit aussitftt bors du bAcher, repouss6 par la pile de
bois entassd; il 6tait l^^ement endommagd. Le mozarabe, au
contraire, resta dans le brasier, et ne fut point consume. Inconti-
nent, le people de crier victoire. Mais le roi, qui devait 6tre I'ar-
bitredu diff^rend: aPuisqueles deux liturgies— dit-il — ont6chapp6
aux atteintes du feu, elles sent TmF^e et lautre agr^ables k Dieu, et
elles doivent continuer k dtre toldrdes toutes les deux dans les
^glises de mon royaume.»Leur existence simultan6e ne fut pas,
toutefois, de longue dur6e. Tol^r^e k Toledo, et dans quelqnes
^lises seulement, la liturgie mozarabe ne tarda pas a c^der la
place au rite gregorien, et elle ne fut bientfttplus qu'un souvenir.
Le cardinal Xim^nes devait, en i 500, sans Fapprobation du Sou-
verain Pontife, il est vrai, la remettre en honneur dans sa ville
primatiale.
Et non-seulement les mozarabes perdirent leur liturgie, on alia
mSme jusqu'a leur d^fendre de se servir desormafe, dans les actes
publics, de leurs anciens caract^res gothiques que T^vdque Utphi-
(1) Mixti arabes tb quod mixti arabibas convivebaDt qui in hispauiis servituti
barbaric«e,roancipatielcgerumdegere sublributo....(RoD^Ric de Tolede^Rer. hisp.,
lib. iT».capu 3.)
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las avait donors a leurs aocdtres. L'^criture, alors usit^e dans les
Gaules, devait seule Stre employee. Telle fut la decision port^e
par le concile deL6oa, assemble en 1091 par dom Bernard^ etoii
se troava le cardinal Reigoier, noaveau l^at da pape en Espagne.
Dans oe m6me concile^ rarchev^e de Tolede n'oublia pas Tobjet
de ses {dos constantes scdlicitodes, la T^orme des moeurs ecd^
siastiques, rextirpation des aJbus qui, par suite de leur commerce
avec les Mores, s'^taient glissds parmi les Chretiens, le r^tabtiss<e-
meat de Fanciemie discipline. Le vertueox pr^t n'avait rien taat
a coBur que de (aire reflearir ia religion en £spagne, et sesefforis
Q6 fwant pas toujours sansdtre couron^^s de succds.
Trois ans.apr^ ce qoe nous Tenousde racoater, on voyait s'ac-
complir un 6v^nement sans exemple dans les aanales du monde«
A la vok d'un humble ermite, sans Aom, sans lettr«s, sam autre
force ^pie c^ qui lui venait d'En Haul, TEurope, oubUaut ses
cruelles divisions et ses^joerelles sanglantes, s'axrachait d^ ses
fondements et se prdoipitait sur TAsie pour sauver la foi et la ci-
liilisation chr^tieiuai^s manacees.par Fislamisme. On saU rentbou*
siasme qui partaut Aetata dans ce momeot a jamais laodaux, et
cQHUuent au cri mille fois rep6t6 de « Dieu le veut ! » d'innombrables
soldats et de vailXauts c^^itainea, dont plusiaurs immortalises par
la po^^e, se mirrat en route pour aller conqu^rir le Saint-S6pulcre
sor Iqs InfidMea. L'Esipagne ne prit poiot part k la premiere croi-
sade; elle avait sa croisade cbez eUe. Mais toiut occup^e qu'eUe
6tait k recouvrer son propre territoire sur les Mores, I'Esp^e
cependant voulut envoyer aux lieux sanctifies par la presence du
divin R6dempteur un de ses plus illustres repr^sentants. Bernard
de Sedirac seutit dans son cceur les elans de cette ardeur gene-
reuse qui faisait des merveilles dans la France, sa patrie; Ufit voeu
de se croiaer. U regla done les affaires de son diocese, etablit dans
son eglise cathedrale trente chanoines el un egal nombre de pre-
bendiers pour la desservir, et il partit pour la Terre-Sainte. Aus-
sit6t Tauguste preiat embarque, de graves desordres eclatferent a
TolMe. Ces memos chanoines^cesmemesprebendiers que dom Ber-
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— 4^8 —
nard venait de nommer en fureni les instigateurs. Poussfc par une
haine injuste et une basse jalousie, ils se tournferent centre cet
stranger qui avail le tort, impardpnnable a leurs yeux, de les 6cra-
ser du poids de son intelligence et de sa vertu. Esp6rant bien que
le primat perirait dans son voyage, les voila qui proclament tumul-
tuairement un nouvel archevftque dans un simulacre d'assemblee.
En vain, les gens de bien font opposition; les plus rautins, comme
toujours, remportent, et quiconque n'est pas de leur parti se voit
sanspitie expuls6 de la ville. Cependant, dom Bernard est instruit
des scandales qui se passent a Toledo. Aussitfit, il revient sur ses
pas; les indignes perturbateurs sont d6pouill6s de leurs pr^bendes
et de leur dignite, et des moines de Fabbaye de Sahagun viennent
prendre leur place.
Le cabne et la paix r^tablis dans son ^glise, Tintr^pide pr61at
se remet en chemin, determine a r^aliser cette fois son pfelerinage
au tombeau du Christ. Mais la Providence ne voulait pas lui
donner la consolation de visiter la terre c^lfebre foul6e par les pas
de raomme-Dieu. Quand il fut arriv6 k Rome ou Famenait le d^sir
de s'incliner, une fois encore avant son saint voyage, sous la bene-
diction apostolique, le pape Urbain II lui montra la guerre contre
le croissant aUum^e en Espagne comme aux plages lointaines de
rOrient, et Toledo, recemment prise a I'lnlfidele, reclamant la pre-
sence de son Pontife pour extirper les abus subsistants encore,
dom Bernard de Sedirac se rendit a la voix du vicaire de J.-C, et,
absousde son voeu de Terre-Sainte, il retouma en Espagne.
Comme dans son premier voyage k la ville eternelle, il passa
par la France meridionale, et il amena avec lui une petite colonie
dliommes distingu^s qui, a une piete bien reconnue, joignaient
une profonde erudition. Son but etait de les garder toujours prfes
de lui en les revfitant des premieres dignites de son Eglise. Mais,
dans la suite, leur remarquable vertu et leur merite incontestable
les fit monter plus haut. Qu'il nous suffise de dire que Gerard de
^Moissac devint archevfique de Brague, Bernard d'Agen, archeveque
de Compostelle, Pierre d*Agen, evfique de Segovie. Quant a Jerome
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— H9 — .
de P^rigufeux et k Pierre de Bourges, le premier fut charge de
diriger TEglise de Valence lorsque la vaillante 6p6e du Cid Cam-
p^ador eut conquis cette viUe sur les Mores; le second fut appel6
k Yis&chi d'Osma, que devait illustrer cent ans plus tard dom
Di^go de AzdvSdo, le pr6curseur, et, si je Fose dire, Tinitiateur
de St Dominique. Nous passons sous silence le nom de Bourdin
de Bourges, autre compagnon de dom Bernard, d'abord archidiacre
de Tolfede, puis ^v6que de Coimbre, archevdque de Brague, et,
enfih, anti-pape sous le noln de 6r6goire VIII.
Cependant, Targent qu'il avait mis en reserve pour subvenir aux
frais de la guerre sainte, rarchevSque de Tolfede devait Temployer
k rebdtir la ville et F^glise de Tarragone. TeUe 6tait la volenti du
pape Urbain II. En peu de temps, cette place, nagu6re reprise aux
Mores, qui n'^tait qu'un triste amas de mis^rables chaumiferes,
recouvra, grdce aux soins du v6n6rable pr^lat, quelque chose de sa
premiere magnificence. Ce n'est pas tout : elle eut un archev£ch^;
et rSvfique de Vich, en Catalogne, fut transf6r6 k ce siege. Le
nourel ^lu se fit distinguer par son insigne ingratitude envers son
bienfaiteur; il lui contesta la suprSmatie des Espagnes qu'il reven-
diquait pour lui-indme. Mais Tambitleux pr^lat fut impuissant a faire
reviyre des privileges depuis longtemps abolis pour son Eglise,
et que le Souverain Pontife Urbain II, tout r^cemment encore,
venait de transferer au si6ge de Tolfede.
Ici, le silence se fait, dans Fhistoire, sur dom Bernard de S^dirac.
Quelles furent les occupations des demiferes ann^es de son ^pis-
copat? On ne pourrait pr^cis^ment le dire; mais il est permis de
croire que le g^n^reux Aquitain poursuivit toujours avec le mSme
zfele Toeuvre capitale de sa vie tout entifere. La religion chrStienne
n'^tait pas en efiiet, il s'en faut, en Espagne, partout 6galement flo-
rissante; d'enormes abus subsistaient encore; Tambition n'dtait pas
entiferement ^teinte dans le coBur de certains hauts dignitaires
eccl^siastiques; la licence des moeurs n'avait pas totalement disparu
des rangs du clerg^, etreligieux et religieuses, comme I'attesteun
bref de Pascal II, vivaient, du moins en certains monast^res, au
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— 420 —
grand scandale des vrais fiddles, abrit^s sous le in6me tOft. Mais ce
n'etait })oiDt 1^, saos contredit, le seul sojici qui attrist&t la vieillesse
du saint archevSque; il avait aussi a pleurer sur les ddsastres et les
blessures de sa patrie adoptive. Aux debuts briliants du r^goe
d'Alphonse YI succed^ent de solennelles disgraces. Les Arabesde
la premiere conqudte, incaps^les de r^sister auxarmescbretieunesi
appelftrent a leur secours les Mores d*Afrique. Les Aloi(M*avides,
(xmuoe un torrent imp^tueux, se rufereot sur la P6oinsule, •et leur
chef loussouf promena partout le ravage et la desolation. Son suc-
cesseur> Ali-ben-Ioussouf, fit essujrer^ aux environs de la forteresse
' d'Ud^s, dans la nouvelle Castille^ une sanglaate d^te aiix troupes
espagnoles conunand^es par le comte dom Garcias d^Cabra (1 i 08).
Le fils unique du roi, Tinfant dom Sancbe, tout jeune encore, resta *
sur le cbamp de bataille, emportant dans la tombe les magnifiquas
esp6rances qu'il avait d6]k Cait coiicevoir. Alpbouse, attrist^ par
ces tragiques 6v6nements» et maudissant la viaiUesse qui ne lui
permettait pas de s'^lancer, comme autre£Di3, au combat conitre les
Infid^es, s'^teignit enfin d'une ma^adie de langueur, le i^ juil^et
de Tan i 1 09, apres quarant^uatre ann^^ de r^oe. Dom Bernard,
avec la plupajrt des grax^ds du royaume, eut la douleur de conduire
les fun^raiUes du monarque son aaii. Dans la suite, le jeune suc-
cesseur d'Alphonse YI, ayant conquis sur les Mores Ck)ria, dans
I'Estramadure, Farchevdque de Tolfede, que le prince ch^nssait et
respectait comme son pere, eut mission d'y r^taliUr la religion
chr^tienne. C'est le dernier acte que llustoire ait enregistre de
Tauguste m^ropolitain. Enfin, le 3 avril 1 1 22, charge d'ans et de
m^rites, dom Bernard de Sedirac s'endormit paisiblement dans le
Seigneur. Son corps fut inhume dans la cath^drale de Tolede, et
sur sa tombe on grava une inscription qui commengait de cette
manifere : Ci-git Bernard /•% primat venerable. Pendant les qua-
rante anuses qu'il gouverna son vaste diocese, il fut, comme le dit
Mariana, Tomement de I'Espagne, Tappui de I'Eglise et le fleau des
m^hants.
Telle estUbiograidue de Bernard de Sedirac, d'abordprieurde
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Saint-Orens d'Auch^ puis abbe de Sahagun, enfio archevdquade
TolMe et primal des Espagnes. Puisse le r^cit qu'on vient de lire
inspirer k quelqoes-uns de mes fr^res dans le sacerdoce la pens^e
de ramener au grand jour les figures trop oubli6es des temps qui
ne sont plus. Ce travail, si humble et si modeste soit-il, n'est pas
cependant inutile. Les mat^riaux d'une histoire complete de notre
pays ramass^, viendra un esprit vigoureux qui mettra ces mate-
riaux en oeuvre, et en ferauntoutharmonieux. Et puis, pourquoi
ne pas le dire? Quand les temps oii Ton vit sont difficiles, quand
le present est orageux, Favenir incertain, il y a bien quelque
channe a s'enfoDcer dans le pass6 pour voir de pr&s ce que vod-
lurent et ce que firent des bommes morts depuis plusieurs siecles.
L'abbe P. LARROQUE.
»«
IIAiAiV .A^m^W^i ia.^k ill.. ilk...
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— 422 —
RECHfiRCHES ilSTOilQlJES
SUR
LES EPREUVES DE L'fiMIGRATION VERS LA FIN DU XVIlIe SIECLE.
Lettres in^dites, M^moires et SouTenirs traditionnels.
Leltres de Mgr Louis-ApoUinaire de iMtaur-Dupin^MotUambun^
Archev4que d'Auch, de il92 d ^ 802.
(Suite).
Nous avons vu, par la dernifere lettre de Mgr de Latour-Dupin-
MoDtauban, que la correspondance ne pouvait gufere se contiouer
sans rencontrer des entraves de plus d'une espece* En Espagne,
les missives circulaient, par les voies ordiuaires, de province k
province; ou bien encore par les occasions dont on pouvait quel-
quefois disposer. Mais depuis plusieurs mois, les circonstances
n'etaient plus aussi favorables, surtout au nord de la P^ninsule.
La France n'avait eu jusque-lk que trois ennemis d^clar^
a combattre, le Pigment, TAutriche et la Prusse. En Russie,
Catherine, qui s'^tait enfin prononc^e par mode et par politique,
se contentait encore de poursuivre la revolution dans les cours,
par ses agents diplomatiques. Les petits Etats dltalie n'osaient
pas attaquer la Convention; et la HoUande laissait i peine aperce-
voir un sourd m^contentement. Aussi n'avait-il pas 61& difficile
au comte d'Aranda de contenir TEsps^ne dans ce qu'il appelait
une prudente neutrality.
Mais la mort de Finfortunfi Louis XVI 6tait venue changer la
face des aSiaires : une terreur profonde, r^pandue dans toutes
nos provinces, les agitait sourdement; la Vendue se levait en masse;
dans toute TEurope, c'elait un melange sinislre d'6tonnement et
d'indignation : la guerre allait devenir g6n6rale.
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- 4i3 -
Charles lY (1 ), croyant que le moment de se declarer 6tait
enfin veou» exila le comte d'Aranda comme perfide, le remplaca
dans ses conseils par don Manuel Godoy et donna Fordre, en juin
1 793, au general Ricardos d'attaquer s6rieusement le RoussiUon,
avec 24 mile hommes; tandis qu'un autre corps d'arm^e se por-
terait sur le Guipuscoa, la Biscaye et la Haute-Navarre. La Conven-
tion r6pondit a ce double mouyement par des agressions qui furent
toutes repouss^es. Cette premiere campagne lui coAta mdme plu-
sieurs i^aces fortes, et fit concevoir aux Espagnols Fespoir d'un
rapide succ^s.
L'aon^ suivante, la victoire itaii passto ^us d'autres dra-
peaux; le gouvernement fran^ reprenait insensiblement les
avantages qu'il ayait perdus, et ces revers inattendus donnferrat
a don Manuel de sdrieuses inquietudes. Nul doute qu'il n'edt
engage la lutte dans le but de favoriser les mouvements contre-
rdvolutionnaires des provinces do sud et de Touest de la France.
Mais des chances si contraires ftiirent par tenir en eveil le coa-
seiller de Charles IV^ mdme a I'egard des emigres. lis devenaient
par temps Tobjet d'une surveillance plus active, qui, sans dtre
jamais hostile, ne laissait pas que de peser sur nos EvSques, et
de prendre le caractere d'une gfine r6elle. D'ailleurs, les res-
sources dont ils disposaient pour entretenir les correspondances
m6me indispensables, qui tenaient le derge si etroitement uni sur
la terre etrang&re, etaient toujours plus restreintes. Ce qui £aisait
dire a TArchev^que d'Auch, au 26 f^vrier 1794, ales ports de
lettres doivent dtre manages dans ce temps-ci; c'est une conside-
ration a avoir pour les paquets. »
Correspondre avec la France 6tait encore, on le comprend,
beaucoupplus difficile. Des circulaires d'administration dioc^saine
avaient et6 combin6es entre les deux Pr^lats et leurs grands
vicaires, dans le but de neutraliser, autant que possible, les facheux
inconvenients d'une absence prolong6e d^ja depuis prfes de trois
(1) Charlos IV, fils dc Charles III, qui fat d'abord ror des Deox-Siciles. II ^Uil
a peine couronnd roi d'Espagne lorsquo la revolution frangaise dclata,
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— I«4 —
aD$. Us dsp6rai6Dt que, sans quitter ta tenre d'exit, o& poirrait
encouragec les id^les a persdv^rer dans la bonne voie, ea atteft-
daM des tenps meilleufs. Oq voalait mdme (him iiiiprii»er te
instvoekims qui pouraient leur dtre pkts n^cessaires, dans le
desseifi de les fairs ainsi parvenir a un {das grand Qombre de
paroisses.
Mais les Boa^Iles arrive d^au^ileyiides monts firentabandonner
06 projet comme on travaillait a TimpresskMi : « La rage s'dtait
renoaveUe; le& vi^tes domicitiaires! devenaient phis fp^qnentes el
violentes; on avail dii y renoncer.»
€e»tristes dMaols veaaienl d'Aneh ei de T^ffbes par h voie de
oertaines comoiissionst secretes, offganisi^es eotue lesr deux Ereqaes
r^fogi^s k MMteerrat, et qaelques personnes d^voudes qoi tesir
daient dans les ?)llesde leurs sidges^ occapesTun et Tautce pair des
intiw. Les commissioDiiaires dtaientdeux ou trois pauvres fiUesv
le plus souventddgois^es en men(&ante&, ^i poisaieBtLdans la wm-
tamce et F^nergie de leur fot religieuse ub^ courage a toute ^remre,
et quif, g^neralement, se montra bien sup^rieur a tout ce qofoa
devail attendre de leur sexe.
Nous savoBS que Tune d'eUes apparteuaub aui dioc^ d'Aucb,
saas (pi'il nous soit possible de determiner exactement le lieu de sa
naissance. Nous avons> seulement quelque raison de cvoire qu'elle
6t2ttt originaire du Haut-Anttagnac. G'est une ia^catioabien vague
sans doute; mais nous la livrons a ms correspondants avec la con-
fiance que, gr^U^ k leurs r^herches, ce point de notre Episode
sera bient6t un peu plus eclairci : elle s'appelait Rose Lagard^re.
La seconde commissionnaire est venue finir sea jours a Audi,
a V&ge de 80 ans* Noos avons eu tres souvent, nous^mdme, Toc-
casion de la voir et de I'interroger, avant 1842, 6poque de sa
mort; elle avaitnoon Rose Duthu. Elle 6tait de beUe taille, forte de
complexioa, femme simple, a id^ justes et droites, mais assez
peu etendues.
Ro^ 6tail n6e dans le diocese de Tarbes, a Bizous-de-Nesle
(Hautes-Pyr6nees), de Jean-Frangois Duthuelde Madeleine M...,
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— 445 —
son ^peusev Ses parente, tr6s bons chrdtiens, ^taimt tpop pea
f»T«ris^ dea biens de la fortuoe ponv lai doaaer de rddncation.
lis pnrent euiHQdMWun trte grandi soiii de sa preni^ enfaace,
%b Kaxsrotemt d&i bMm hevroiaax pfoiUes trayaox da let campa^
gBB. Bttwiait poortant par appMsdre ^ bra et ^ iorire passable*
meat.
Datfn GfBUfiRime^ son temmj « vieiUaiNl respeotafcle, aajoordliui
ag^ de* 80 ans^ boiaiDe da boaoa foi et chrMen exeiaplairav'» de-
clare,, dans ine note reydtna d» sa sigDatora at que noos avans
soas hs jmix (i), qfoHi n a jamais rie» mtoida^dkre'de d^Tora-
bfei soF le GOflBfUade oatta* fiUe; que^ ai^Bift il a toaiaurs coiipris
(fm sa.oonittite avaat aoDatimmeiit Hi ddiflanta^ saos* toos. les
rapports^ sort awit, soit SBptbd Fanb fidostairai dont elle anit
affiwDtd kai ^)Faaves pouF soidagii, m Bspagna^ lea admstreaide
la religkm.
GmUaune ravailws amift 17^^ a Bisms^ nMe, atbiebte au
s&mtm d^o&ipr^d cpu dsssaryait oelte parasst, maia qua^la t04r-
m6Dte;r6¥Q]aliQiuiaiie.oblieia9 coume taat d'autresy daifiramhw les
Pynindes< poiw deaufflder k la terse dtmngfere >ud asile k sa» mm
jours,, at lb siearitt.i)ae lai refaaait dteoraiai8[ sa pateie;
BiMa^.iQ^Metesur le sort de sm vdndrabla maMnay m patiO^*
sistoff laagtenipsr au dimr^ daf la swwo^. at dn bn cMliauaiVi au
pdnl de^ sa vie, IftSi solas cpia> r^clamaifiQt .lea infirmil^ da wn
^uaiige^SoBipiaaidasseiii, qu'elle n'^vvait pountant cooumttque
qtti'i sa famHle^ ae^ tarda pasJi si6bcaitei daasle ^ttllaga i lea an*
namia dut curt lai aaireat uqi oriue atdamfu^di^rdnt aHvartcMsnt
qjm Rasa iUi rotamia, de.god oa da forces Le oluh lai pratlama
cUease (d^cembpe t793); etA ordaanaqtfa ea titre elle? ffct ph/^e^
sur Faatel de la.Raison, daosJaa grands joaira ds f6tas patrjot^nas^
II n'en fallait pas autant pour alarmer la pudeur de notpo b^
roiae. Sob frtee atad s'^tait ^tabU, def uis quelque Umf^ k Bal-
bastrO) daos h royauiue d-AragoQ) poor let oommaree du beiwrai.
(i). Cette note nou6/a M tranMniw pihlA. C^ttbcurs,. cof^ aolBnl da
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— 426 —
EUe irad'abord ltd demaDder asile. Sans plus.de reflexion, elle
profite des t^nebres de la nuit pour dchapper aox avanies qa'on
lui prepare, se fait accompagoer de sod autre (rbre et d'un Yoisin,
ami de sa famiUe; et, par des sentiers ddtDorDds, ils se dir^ent
ensemble, a travers moots et vaox^ vers la cba&ie ceotrale des
Pyr6n6es.
*Ohl comment vous donner une id^e, disait Rose dans ses
» vieux jours, de tout ce que j'ai soufiert dans ces profonds ra-
» vins, a tracers ces pics abruptes ou la neige avait convert les
» fares sentiers qui auraamt pu nous dinger dans cette'p^nible
» fuite! Le froid, la lassitude, les cbutes fr^quentes, et surtoutfe
» manque de nourriture, eurent bientdt ^uis6 mes forces. A tel
» point que, pour m'arraober au danger d'une mort cataine, mes
» deux con^)agDons de voyage furent oblige de me ceindre d'une
» corde, au moyen de laquelle ils me conduisaient ou pfait6t me
» trainaient a leur suite. Nousfnimes n6anmoins par atteindre le
» port, ou mon frbte aind, qu'on avait {M'^venu de notre depart,
» s'^tait empress^ de venir nous attendre. Cost a peine si je me
» poss6dais encore assez pour le reconnattre. On frictionna mes
» membres engourdis, on m'enveloppa immddiatement de couver-
» tures de laine bien chaudes; mais ce ne fut qu'apr&s^ quelques
« jours desoins et de repos que jepus enfin me remettre en route,
» et arriver au terme de ma course , avec Taide de mes deux
» flares. Je n'ai jamais dout6 que cette ^preuve cruelle ne soit la
» premidre cause des douleurs rhumatiamales et autres infirmitis
» qui vinrent, de bonne heure, me preparer une pdnible vieittesse.»
Balbastro devait Stre le premier th^&tre de ses oeuvres de cha-
rity chr6tienne. Rose s'y livra tout entifere, avec ce zfele ardent et
d^vou^ doM elle devait donner d^sormais des preuves si ton-
chantes.
Cependant, le cur6 de Bizous conQut le d^sir de visiter son
tronpeau, qu'il g^missait d'avoir laiss6 sans pasteur. II franchit de
nouveau les Pyr6n6es, essaya de se livrer, en secret, aux travaux
du ministbre paroissial, dans Bizous et ses environs. Mais apres
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- 197 — ^
un temps bien court, il futcontmnt de quitter encore saparoisse,
et de retoumer en Espagne ou il ne tarda pas de mourir.
RoseDutbu, d^sormais plus libre, etendit son pieux ddvoMent
a tons les anciens du sanctuaire qui avaient autour d'elle le plus a
soufirir des privations de Texil. Plus tard, ceux qui eurent le
bonheur de rentrer en France parltoent bien baut de ses vertus.
Plusieurs iui donnbrent des preuves manifestos de leur recon-
naissance. M. Fabbi de Cadignan voulut mfime Iui assurer one
rente annuelle. Nous savons que Rose ne profita de ces petites
ressources que dans TintdrSt des pauvres> des malades surtout,
qu'elle aimait tant k visiter, jusqu'4 T^poque od, prte de deux ans
avant sa mort, elle eat le malfaeur de perdre la vue*
Mais, revenons k Balbastro, d'ou la reputation de cette fille
n'avait pas tard6 de s'6tendre dans le petit royaume d'Aragon, et
meme en Catalogue. ,De Montserrat, r^vdque de Tarbes voulut
donner a sa diocdsaine des t^moignages personnels de son estime.
Son grand vicaire la vit a Toeuvre k Saragosse; et bient6t Tun et
Fautre la jug&rent digne de la baute confiance dont elle fut
investie.
D4ja Rose Dutbu avaitfait un voyage en France, avec sa com-
pagne du diocese d'Aucb, quand Mgr L. Ap. de Latour-Dupin
icrivit la lettre suivante au v6n6rable arcbiprfitre de Tarbes.
A Monsieur de Casteran,
Vicaire g4n&ral de Tarbes et £Auchy
au coU4ge de S. Juan Bautista^
Zaragoza (Aragon.)
Vous ^tes bien bon et bien aimable mon trts-cher abb6, personne de
nous n'est malade nousavons ^t^ fort occupte, et votre 6v^ue emploie
si bien son temps qu'il n'y a rien k Iui demander de plus : II a pass^ les
20 premiers jours de Kvrier avec nous; il est remont6 sur sa montagne
d'ou nous rattendons dans la semaine prochaine. je voudrais qu'il n'y
relourn^t plus : en voild assez : il aura plus de temps libre ici, et lanourri-
ture y sera plus saine. je crains a la tongue un grand (icbauffemeat.
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— 42a —
maiail u» sera pa»rtaai: pa^ «b6 date dfeUer : je vondraia qu'il j^ssftt
ici au moios la plua gcandepartie de son temp^, el qu'il ne fut dans son
ermitage que huit jours de loin en loin. Ce que vous nous marquto de
voire sant6 nous a fort attrist^, et nous esp^rons que le printems vous
rendra la liberty de votre jambe.
NousavoBS reou prolongation el arrapllatftm de pouvbirs : on parait
noMi annQoeerqutt' le pa^ s'^xpliqisra sur le^emeHlde 1*6^1116' ot de
la;Utm^. l4 C9kl baniiiici) est fori i^umi ^*il y ait sqr ce a^csaevt
d^ux opioioos parmi les Eccles|astiques; il esp^re bien qu'il n'y en a pas
deux dans le corps ^j^iscopal. nous avons ^crit en commun une lettre
par laqoelle nous interdisons toutes les Eglises occupies par les intrus
elites jureurs : nousy parlonsen conscience, etnous pronon^ons qu'on
ne peot pas pr^iet le sefment nouveau. je ne scais eneorin eeUe lettre
sera arrive k be* ptrt^ . et si. on aura yu rimpciner et la r^ndreu die
eat ua feu trop toqeie pour vous. I'eny^ei:, aieen'esi l^rsqu^on en aura
dfiB exeroplaires imprim^. II y on a une. sur le mariage, qui a pr4-
c6dj6 : (2) Adieu mon tr6s-cher abbi recevez Tassurance de mon invio-
lable attachement.
Montserrat, 00-14 mars 4794. f L. Ap. Arch. d'Auch.
Un bomme du pais,' mon intime ami^ et d'un tr^s-grand bon sens me
dit bier en grande confidence ce qui suit o il y a deux commissionnaires
» franoaises qui vont do Franoe k Montaerrat el de Montserrat en
« Vnmo^. ^iei ocit dUi pubUqueiQent qp!dles alloient et venoieot facile-
» ment. Mr* iefi ^y^^ueaQt «AUrea ne. soat pas aojubcono^s d'eniretenir
» des communications pr^judiciables. Gependant on ne voit pas cela
» sans ombrage. En coRSiiquwc^ evputar une personne k celui qui me
» parloit, on se propose d'arr^ter ces deux commissionnaires k la pre-
» mi^re occasion, on scait les maisons oik elles couchent dans leur
» voyage, on les fait gutter, on veut tirer au claircequi en est.i
(1) Francois- Joachim de Pierres, cardinal de Bernis et archevdque d'Alby depnis
1764. Nomm^ ambassadeur de France 4 Rome, en 1T70, il n'avait plas qnitt^ cette
vUI&». oil, bk revolution frai^caise 6tait venue interromi^jie le cpurs , de ses prosj^^rU^s.
Ddpouill^de ses b^n^fices etde son arcbev^ch^, pour refus de serment, il fit g^n^-
reaseoiem te saerifice< d« 400,000 lines de rente : oe foine Temp^ciiia pas de reoeroii
cbjsz lui les tastes 4e Louis xvu avec la plus touchanie hospitality. Frotecteur, en
titro, des Eglises de France, I'illUstre cardinal poursuivit de tout son inter^t le Clerg^
d6 i'(Mnigration, et Tencoiaragea, sans rel&che. a en supporter les privations avec peiv
s^v^rance. On comprend quo sa manidre de voir fit autoril^ dans les questions da
jour. Ilmourut^Rome le 2^ novembre 1794, c'est-^-dtre environ huit mois apres
la>,daM de cette lettre.
(^) Nous prions nos correspondants do vouloir bien se donner des soins pour re-
trouvdf ^elque exempUire de €08 lettres.
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- I«9 —
VoJii I'avis qu'ofi m'a donn^ poor eo faire Tasage oonvenaMe. ^
m'emprease de tous le &ire passer, pour ^iler aa telal qoi s«roit Ion-
jours niiisibleetdtegr^able, qnokpi'il n'yaiten soi rien de nai. ilest
toujours vrai que toute esp^ce de coromuoioation qaeUe quelle soil etA
pr obiMe par le priace i qoi >1 font toigours ob^. On a fkit tous ces
raiaonnemeQts. Je vous remeroiede tos soins pour me frire passer Tar*
geutque j'ai k BarcelODBe, on me le coitqplera ki. ie vous^crirai una
autre fois awt les olgets de -votre dfflni^ lettre. je n'ai v^ le lamps
a^)ourd'iluL
Montserral, ce 12 mal 4794. + L. Ap. Ardi. d'Auch.
L'avertissement der«homme du pafe» 6tait venu fort ipropos.
Mais on n'avait pas eu le temps de le mettre k profit. Le deraier
voyage des deux commissionnaires avait, en efifet^ et^ suneiU^ avec
le plus grand soiu, Peut-Stre mdme ayaieot-elle^ ^t^ ohligtos de^se
s^parw et de ne rentrer en Espagne q(]ef)ar des voies cKfiSranted.
. Ladioc^ine de Mgr de Latour^Dupio, Rose Lagard^re, s'^tait crae
forc6e de demander un passeport; precaution qui devait la rendre
encore plus suspecte et occasionner son arrestation en chemin:
Rendue pourtant a la libertiS, elle jugea plus prudent de ()uitter la
route qui devait la conduire au Monteerrat, et^iJbrigea vers Sara-
gosse, ob Rose Duthu, sa oompagne, ^tait plus ordinairement
chargSe de porter au grand vicaire de Tart)es les lettres et envois
divers qull recevait de sa famille. L'Archevfique d'Auch, inform^,
sans retard, de ce nouvel incident, r^pondit la leUre suivante.:
Je compreads, roan cher abb^, tdut ce que voire bon corar, irotre K^le
pour rEglise, votre foy, votre compassion naturelle^ ont du vous faire
^rouver au rfeit de cette courageuse personne, et en pensant aux ris-
ques qu'elle a courus et qu'elle veut eaoor courir. Je suis bien fadi^
qu'elle ne soit pas venu tout droit fci. une femme n'a gufirres besoin de
passeport, et si elle n'en eut pas ^rnand^, personoe u'auroit «ong6 k
rarrfiter en chemin. mais enfln le plus sur est le paieux. elle est oon-
tente. Vous en avet la certitude puisqu'dle voiis a parW : void mes r6-
poases : Vous choisir^ entre les deux, tei vous retraacherez tout le
papier inutfle. Comme vous d^iri^sune prompte r^ponse, je n'ai pas eu
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le temps d'envoier le billet k M. La borde (4) et d'attendre sa r^ponse : si
la fiUe veut partir sans Tattendre, j'ai fait un 3« petit billet qui est x>our
la personoe qui ^crit k M. La borde : si elle veut attendre ce sera I'af-
faire de deux ou trois couriers auplus.
Vousdir^ k cette fiileque M. Goortade doyen de Garaison est mort
le 26 avril laissant dans le lieu ou 11 est mort uae grande r^utation de
^Dtet^. M. Gampardon et Duprat et La grange (2) se portent bieo.
L*abb^ Darret (3) qui est k St S^bastien est k menreille aussi. le cur6 de
Ste Marie M. Despiau est&Londresavec Alexandre son vicaire.Alexandre
a pris une Mucation, ce qui sgoute k son aisance (4). le cur^ de Ste Marie
d'Auch en a refuse une, et a pr^f(6r^ de n'avoir que les 45 ou 46 fr. par
mois que donne le gouTemement aux pr^tres fran^is, afin d'^re tout
entier k Dieu dont il est uniquement occupy : Sa pi^t6 est au plus haut
degr6.
M. r6v. de Tarbes et k tout hasard M. T^v. de Lavaur donnent tons
pouvoirs cbez eux sans aucune r^rve aux sujets en question. Le grand
yicaire de Gomminges donne tout ce qu*il pent donner. On pourra leur
dire v^balement qu'lls n'ont pas besoin de pouYoirs, que n^cessit^ n'a
point de loi, qu'ils ne doivent 6tre arr^tfe par rien, qu'ils peuvent tout
exjcept^ d'ordonner et de conflrmer : il est plus simple et plus sur de se
passer de pierres consacr^es que d'en transporter avec de grands ris-
ques, mais s'ils en veulent ils peuvent les consacrer,
Les fiddles peuvent se marier sans pr^tres en presence de deux ou
3 t^moins catholiques, aprte quo! ils se pr6senteront devant la munici-
pality d^s qu'ils se sont pris pour mari et femme.
II est f&cheux qu*on ait scu aussi publiquement que les 2 fliles sont
venues en Espagne et surtout que M. Dayrenx et Ducasse travaillaient
(1) Da clerg^ d'Auch.
h) Aas3i du clergd d'Auch.
(3) Yicaire g^n^ral d'Auch.
(4) L'expression n'est pas bien juste. Nos prdtres de I'exilne vouiaient pas trop con-
trister lecoeurde leur saint archevdquej et, pour ce motif, ils lui laissaient ignorer
bien souvent tout ce qn'ils avaient k souffrir. M. I'abb^ Alexandre, ne trouvant pas
dans les le^ns qu'il donnait k Londres les ressoaroes indispensables k son honndte
existence, passait une partie de>son temps k fabriquer des lanternes v^nitiennes, que
ks Anglais de cette ^poque recberchaient avec un certain empressement. Le produit
de la vente venait supplier k ce qui manquait d'ailleurs k ce vdn^rable eccl^siastique.
Nous tenons ces petits details de son neven, dont Thdtel est si avantageusementconnu
des voyageurs qpi s^journent dans notre yille.
On sait aussi, dans le diocdse d'Aucb, que le v^n^rable M. de Belloc, morti Aucb,
le 30 oetobre 1857, grand vicaire de Monseigneur de Salinis, se vit oblige, pendant
son eiil en Espagne, k faire des cages pour les vendre. De plus, ii toumait la roeule
k un de nos prdtres, ISibb^ Tr^moulet, qui s'^taitmis k fabriquer des couteaux pour
foumir a leur commun entretien. Ce digne eccl^siastique eut aussi la consolation de
rentrer en France, od il est mort, le 7 mai 1836, cur^ de Mont^t-Gures, a T^e de
75 ans.
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— 131 —
dans Auch au salat dee ^mes : tous les pr^tres I'ont d^ja mand<i partout.
D^j& cette Douvelle me vient de pluaiemrsendroits, et m'a procure cinq
ou 6 lettres de plus qu'^ Tordinaire. Je dis que c'est flicheux parce que
tout se scait d'Espagne en France, soit par des traltres, soit plut6t par
les prisonniers et par les d^serteurs. Les prisonniers s'^changent et ra-
content bien des choses : Des prisonniers espagnols sont venus quelque-
fois sur leur parole en JBspagne pendant un mois ou deux, lis entendent
bien des choses et k leur retour le r^etent sans croire nuire k personne.
Les patriotes qui les questionnent profitent de tout. II est certain qu'on
scavoit cet hyver k Toulouse des choses tr^s-particuli^res, de petits
faits, et des conversations particuli^res, qui avaient eu lieu en Espagne :
on ne sauroit^tre trop sur ses gardes.
Adieu, mon cher abb^> milleremerciemens; lemalheur a vouluqu'au*
jourd'huy je n'aye presque pas un moment pour ^rire. le voiis recom-
mande Agut qui est malade k Sarragosse. Si les 2 flUes ont quelque
besoin d'argent donn^-leur je vous en prie ce qui leur sera n^oessaire,
je vous le ferai passer par le moyen que vous m'indiquer6s. Adieu, mon
tr^s-cher abb^,— 6v6que el abb^s vous disent mille choses : recevfe etc.
Montserrat ce 22 mai 1794. f L. Ap. arch. d'Auch
Je n'ai pas mis de datte k mes billets, la flUe se ressouviendra bien de
Ste Quitterie : Souhait^s lui touts esp^ce de bonheur de ma part, faites-
lui tous mes romerciemenls. j'aurois bien voulu la voir et causer d* Auch
avec elle. J'aurai la r^ponse de M. La borde pcut-^tre lundi et surement
pour jeudi^ je i'enverrai sur le champ en cas que la fille ne soit pas
partie. Dites encor k la fille qu'elle disc k ces M^ que quand ilscroiront
ma presence n^cessaire dans le pays, soit dans un lieu soit dans un au-
tre, ils m'avertissent et me fournissent un guide sur. J'espfere qu'avecla
grftce de Dieu, je ferois ce que les drconstances exigeroient de moy et
que le danger ne m'arreteroit pas. Adieu mon cher abb&
Demand^ k cette fille des nouvelles de M*"'' Magnier qui demeuroit
rue de didier Taubergiste. *
Des nouvelles aussi de tous mes anciens domestiques si elle les con-
noit (1), des nouvelles de M*» de Vicde M. Gramont de M. Boubfe re-
ceveur du clergy, de M. d'Arcamon etc.
J'ai ajout^ une 3« r^nse ^cor plus courte que les autres et quidit
(1) Celte commissionnaire 6lait Rose Lagard^re, du diocese d'Auch, ainsi que
nous FaYODS dit plus baut; mats elle ^tait ^trangere A notre ville.
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— 432 -
It mteie cbose. La flAe presdra celie qu'elle wnert mieui oupkilftt
que V0U6 hii aor^ ehoiai, et qu'M loi sera phis fkcile deoaeher.
Ces paroles de la letire qu'on vient de lire « raais s'ils en veu-
lenty ils peavent les coDsacrer » ne domnt pas 6tre prises pour
uue siiople autorisation ^maa6e du pouvoir Episcopal propramfiBt
dit La coDsfoi^OD des fierres est, saas nul doute, ddfolue &
retttque tfaprts le droit commun. Mais de lui-mAme, 11 ne pent
pas la d^lSguer k un simple prStre. Si done, dans le cas actueli
Mgr L. Ap. de Latour-Dupin dit formellement que « s'ils en veu-
lent ils peuvent les consacrer, » ce ne peat 6tre qu'en verta d'un
indoU sfntoial da Souverain Pontife. Et en effet nous voyoos qu!aa
14 mars 4794, (^st^t^ettoox inois envuronaTant oette letta*e»
il se f^ejte d'avoir regu du Pape « prolongation et ampliation de
pouvoirs;» c'est-i-dire 6videmment de ces sortes de pouvoirs qui
n'^taient pas inh^rents k son caractere d'EvSque en conununion
avecle Saint Siige.
D'aotre part, il est certain qu'a Auch M. i'abb6 Ducasse, dont il
parle, coosacrait, a cette dpoque, des pienres pour le saint sacrifice
dan& la maisoa qa'habJIait la famille de La Claverie, ^ dawlaqaeUe
il receyait, en secret, unebien cordiale hospitality (1 ).€'6tait comme
un d6p6t oh Ton venait se pourvoir pour c616brer la messe en
chambre^ comme on disait alors, tant que dura la persecution.
Ces sortes d'autels portatifs ^ent g6n6ralement fort Mgers et Ca-
ciles a cacher. Ik consistaient m^e parfois en de aimples ardoi-
ses d^poorvuesde Fdpaisseur Tooiuepour y creuser le tMibeaa to
reliques. Cesl que, par des temps aussi difficiles, on ^taitforc^ de
d^roger k la rfegle commune qui defend aux Evdques de consacrer
des autels, sans y fixer des reliques. Dureste, a aucune ^poque on
ne les a r^^gard^es comme rigoureu^ment n^cessaires pour la vsdi-
dite de ces sortes de cons^rations; ce qoi explique, daos les plus
anciens saoramentaires, eette rubrique ^oeptionnelle : « Si Tautel
(1) Cost la plus YoUint de la porte m^ridionale de Sainte-Marie. Cette maison est
' anjonrdliui la propri^t^ de M. SalDt-Oeiman.
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— 433 —
n'a pas de reliques, le celebrant doit omettre, apres la confession
faite aa bas des degr6s, la partie de Toraison qui les mentionne :
Nous vous prionSy Seigneur, par ks mirites de vos SaintSy dont
les reliques sont ici (1).
II est bien Evident qu'il n'eflt jamais ete n^cessaire de formuler
celte observation, si les reliques ^taient invariablement indispen-
sables a la consecration des pierres du sacrifice.
Mais Farchev^que d'Auch n'a-t-il pas transmis, en m^me temps,
la facuU6 de dire la messe sans pierre sacr^e, dans les circons-
tances oii Ton se trouvait ordinairement en France, a la date de
sa lettre? 11 faudrait bien se garder de le conclure de son texte,
vu que Ton ne connaltpas — dit Ferraris — de dispense 6man6e de
Rome, qui, en aucun temps, se soit 6tendue jusque-lk (2). II a
done pu vouloir dire seulement qu'il 6tait plus simple et plus sCir
de se passer de dire la messd, (ante de pierre sacr6e, quand on
ne ponvait en transporter sans courir de grands risques; a moins
qu'on ne pr6f6rfit user, dans ce cas, du pouvoir accord^ par le
Saint-Si^ge d'en consacrer une a son propre usage.
Aprfes tout, si des pouvoirs plus etendus en cette matifere de-
vaient jamais s'accorder, ce serait incontestablement dans le cas ou
le Saint-Si6^ les formule pour des prStres envoy^s en mission au
milieu des peuplades infideles. Or, voici ce que nous lisons k Tar-
ticle 2 d'une piece autheniique d61ivr6e k Pondich^ry par le
Vicaire Apostolique de cette mission, a un de nos jeunes pr^tres du
diocfese d'Auch, le 25 octobre 1849. Cest la lettre des pouvoirs
« LittercB facultatum » de M. Tabb^ Louis- Joseph Monge, originaire
de Nougaroulet, mort aux missions 6trangeres de THindoustan, i
Y&ge de27 ans environ.
« En vertu des pouvoirs k nous accord6s par le Saint-Si^ge,
» nous vous communiquons et vous concedons la faculte
» 2<> De c^lebrer le Saint-Sacrifice, dans tous les cas de necessity,
(1) Oramus te, Domine, per merita Sanctorum tnoram, quonim reliquiae hie sunt.
(2) Praeceplum celebrandi (missam) cum sacris vestibus et in altari consecrato
ade6 rigoros^ acceptum est ab Ecclesia^ ut in nullo casu dispensasse sciatur. —
F. Lucii Ferraris de Altari,
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— 134 —
» depQis deux heures apr^s minuit jusqu'i une heure aprfes midi,
» sans servant de messe, a ciel ouvert ou sous terre, mats en lieu
» convenable, quand mfime la pierre sacr6e seralt fractur^e ou sans
» reliques; mfime en presence des h6r6tiques, des schismatiques,
» des infid^les et des excommuni^s, si vous ne pouvez c6Uhver
» autrement(l). »
La pierre du Saint-Sacrifice peut done 6tre fracturie ou sans
reliques : la defense ordinaire de s'en servir dans Tun et Tautre de
ces deux cas est lev6e. Mais cette autorisation ne s'^tend pas jus-
qu'au pouvoir de dire la messe sans pierre sacrie.
Vpici, mon cher abM, la r^ponse de M . La Borde au petit billet qui
^tait pour luy. La courageuse pelerine scaura bien k qui le remettre :
Les lettres initiales du noro sent indiqu^es au bas du billet et peut-^tre
m^me faudra-t-il les eflacer, comme iuutiles d'une part et dangereuses
de Tautre. Peut-^lr e est-il bon que la fllle lise le billet pour scavoir s'il
luy convient de s'en charger. Si par hazard elle craignalt d'etre com-
promise dans le cas ou on le trouverait sur elle; ne pourrait-on pas le
couper dans sa largeur; il n'aurait plus de sens k la v^rit^ mais par \k 11
compromettroit moins il n'auroit Fair que d'un petit chiffon et d*un reste
de papier et il serviroit au moins k montrer de T^criture de M. La Borde
k la personne qui attend de ses nouvelles, et qui supplteroit k ce qui
seroit coup6.
Jepense que vous aur^s fait k cette fille toutes les questions qui peu-
vent nous int^resscr. Jugfe-vous par tout ce qu'elle vous a dit que quel-
quesprfitres de plus, mais en tr6s-petit nombre fussent n^cessaires aux
fiddles et eussent Tesp^rance d'dchapcr aux recherches en emploiant la
prudence convenable. On comprend bien que si le peu de pr^tres qui
est rest^ en France a pu s'y conserver c'est pr6cisement k cause de son
petit nombre, et qu'ainsi le moment n'est pas venu de les multiplier :
maisil y a sans doute des contr^es ou il n'y en a pasdutout; il est vrai
que ces filles ne peuvent pas donner de grandes connaissances \k dessus,
et peut-6tre vaut-il mieux attendre le raport de ceux qui vont fuir dans
(1) 2o « Celebrandi missam quoti^s aliqua necessitas aderit, ab hor^ secnndft post
» mediam noctcm ad unam horam post meridien, sine ministro, sub dio et sub terrft,
» in loco tamen dccenU» etiamsi altare sit fractum, vel sine reliquiis Sanctorum, et
» prsesentibas baereticis, schismaticis, iniidelibus et eicominunicalis, si alitor cele-
» brari non possit. »
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— 435 —
ce Diois-ci de la France : il n'est pas possible qu'il n'y en ait pas un
certain nombre : Si les nouvelles qu'on d^bite du Nord sont vraies, et si
les 6venemens dont elles font mention ont quelque suite, la vigilance
sera moins grande sur nos fronti^res, et il doit s'^chaper plus de monde.
La confiance et la s^curit^ ont reparu ici : nous passerons vraisem-
ilablement notre 6i6 dans ces alternatives d'inqui^tudes et de calme :
L'essentiel est que nous profitions de cette ^preuve; ^tes-vous content k
cet ^ard des dispositions que montrent les pr^tres franQois ? Ge n'est
pas par les propos qu'il faut les juger, mais par les ceuvres. Nous nous
sommes fait un jargon de r&ignation, de confiance en Dieu qui ne va
peut-^tre pas plus loin que nos l^vres. Mais si nous sommes recueillis,
retirfe, appliques k T^lude et h la priSre, ^loign^s de la dispute et d'une
eicessW curiosity : C'est alors que noijg pouvons croire que nous
avoDS fait quelque profit ou que nous avous envie d'en faire. Adieu
mon cher abb6, recev^s Tassurance de mon inviolable attachement etc.
Montserrat ce 30mai 4794. f L. Ap. arch. d'Auch.
Ma lettre 6tait pWequand j'ai re^u la votre du 27. Je vous renouvelle
tous mes remerciments pour le soin avec lequel vous av^ bien voulu
donner k mon intr^pidedioc^saine toutes les explications n^cessaires : Je
regrette vivement de ne Tavoir pas vu et je suis bien inquiet de voir
qu'elle va s'exposer de nouveau : Peut-^tre feroit-elle bien de difKrer
un peu, car voili un moment de crise; il est inutile que je vous derive
tout ce dont elle pent ^tre charg^e de vive voix pour les missionnaires;
Vous scaur^s mieux que moi endoctriner la sage messag^re^ on auroit
de quoi parler et de quoi 6crire pendant 8 jours; mais tout se r^duit i
ce qu'ils sachent bien qu'ils sont comme au -!«' instant de la fondation
de TEglise, et que tout ce qu'ils feront sans s'^carter de la foi catho-
lique sera bien fait, qu'il n'y a pas lieu ici aux scrupules, et qu'il faut
abandonner roille choses h la mis^ricorde de Dieu. Je vous remercie
bien, mon cher abb6, de votre aimable int^rfit pour M. Agut et Cante-
loup. Voili un nouveau malheur arriv6 a Tarmfe de Roussillon : elle
n'y possfede plus que Bdlegarde. Ceci rend incertaine la position de ceux
qui sont en Cdalogne. Que faire? ou aller? Voila bien le cas de se
confleri la Providence et d' accepter tout ce qui peut arriver de facheux
dans ce moment-ci comme une penitence n^ssaire. Quelle est votre
position personnelle, mon cher abb^, av^-vous encore des ressources
pour quelque temps, recevriez-voua des messes si le cas arrivoit, en
av^vous dans le pays ou vous ^tes. L'^v. de Tarbes qui croit en fer-
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veur et en aplication vous dit mille tendres choses, ainsi que Tab. de
Layrolles. Adieu, moa cher abb6, je souhaite k ma courageuse dioc^-
saine et & sa compagne toute sorte de prospdrit^s : les missionnalres re-
fuseroQt vraiseiDblablemenl mes services; mats s'ils avaient besoin de
quelques pr^tres ils pourroient peut-6tre le faire dire et indiquer oil il
faudroit aboutir :
J'^oute ici UQ dernier petit billet pour M^ d'Ayrenx : mais il n'est pas
bien essentiel, et pour peu qu'il embarrasse, il vaut mieux le suprlmer.
Ge 3^.
Je vous serai bien oblige de questionner la voyageuse sur les religieu-
ses d'Auch, sur celles du chemin droit, de Gamarade, sur les Carme-
lites, notamment sur la m^re Adelaide c'est la ni^ce dc I'abbi d' Arret;
sur la sup^rieure du chemin droit et sur une petite angloise qui \ivoit
dans ce convent, puis sur lA™* d'Agasson qui u'est pas une religieuse,
sur la S' Th6r6se, sup^rieure de rhOpilal.
Mille et mille remerciments, mon cher abb6, des questions que vous
av^s bien voulu faire a la voyageuse et de la peine que vous av6s prise
de me marquer ses r^ponses. Je lui en ferai encor une, c'est sur le sort
de IMP'* d'Esterviele, et de M°^^ de Montesquiou sa cousine fille de
M^« de Marsan.
Je joins ici une notte que m'a fait passer un homme d'esprit et d'uae
grande prudence : elle n'est point k d^daigner parce que ce qui en foit
le si^jet lui a ^t^ dit par un Espagnol. Vous series 6tonn6 de ce qu'un si
petit ^v^nement que celui de Tarriv^e de ces filles produit tant d'effet
Voili I'inconvtoient d'avoir 6t6 tant c61ebr6 par un millier de lettres de
pr^tres fran^ois, qui ont retenti dans toute TEspagne. Get avis me vient
d'une grande ville de Catalogue qui n'est point Barcelone. Vous voyte
qu'a force de parler de ces fliles on a tout d^flgur^ et qu'on se les re-
pr^sente venant k Montserrat, retournant en France ej multipliant ces
voyages-l&. On fait direaussiaux pauvres filles ce qu'elles n'ont jamais
pens6 k dire; elles feront done bien de ne pas parler de depart, et d'y
renoncer m6me d*ici a quelque temps; les petits brimborions dc papier
qu'ellespeuvent avoir pourraient^tre mal interpret^s ou au moins sus-
pectfe.
Je mefaisois sans cesse Tobjection que ces filles retournant en France
seroient arr^t^es par le gouvernement espagnol, k qui T^migration en
France doit 6tre aussi suspecte que celle en Espagne doit 6tre suspecte
aux Francois : Je ne trouvais pas de r^ponse k cette objection; mais je
pensois qu'unefemme attirant moins Fattention passeroit plus aisement,
et j'avoisde la peine k concilier la publicitii du retour de ces voyageuses
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— 137 —
avec la n^cessit^ de Tobscurit^ : Vous ^tes prudent et sage, vous pour-
r^ leur donner les avis conveoables.
Je suis charme, mon cher abb^,' que vous puissies alter encore quelque
temps : nous sooimes dans ce moment non pas pr^cis^meut dans Tin-
quietude mais fort afflig^s de Tentr^e des Frangals dans Vipoil le 10 de
ce mois. On dil qu'ils ont saccag6 tous les lieux voisins. Quel tnalheur
pour une province d'etre le theatre de la guerre; quel fl6au que la
guerre surtout quand elle se fail aussi cruellement. Vipoil est h vingt
heures d'ici. Les pluies ont empeche une expedition qu'on vouloit faire
dans le Cerdagne et qui auroit peut-6tre empeche cette entree des Fran-
cois. La volonte de Dicu soit faitc. Recev^s mon cher abb6 Tassurance
de mon inviolable attachement.
Montserrat ce 1 5 juin 1 794 .
Les vivos apprehensions qu'inspiraient a Mgr de Latour-Dupin
les perils que voulaient absolument braver encore les deux com-
missionnaires ne tard^rent pas a se justifier. Tout ce qu'on avait
dit oa ecrit de toute part, en exagerant le c6te pretendu heroique
de leurs aventures, finit par donner des soupcons a la police espa-
gnole : Tune d'elles, Rose Duthu, fut arrfitee a Saragosse, etmise
en prison dans les premiers jours de juin, c'est-a-direavantle jour
fixe pour leur retour en France. L'archipretre de Tarbes, informd
de ce fdcheux incident, s'empressa d'en ecrire a TArchevfique
d'Aacb, et de lui demander ce qu'il y aurait de niieux a faire, dans
Finteret de cette fille, dont les rapports avec les emigres n'etaient
pas encore bien connus de ceux qui Favaient mise au secret. La
prudence commandait une grande reserve : ne devait-il pas y avoir
de graves inconvenients a se declarer en favour d'une personnequi,
dans ces temps de guerre permanente avec la France, etait accusee
d'entretenir des intelligences prejudiciables a rEspagne?Mais, d'un
autre c6te, comment abandonner une pauvre femme qui, par de-
voflment religieux, d'autant plus admirable qu'il etait d'ailleurs
complfetement desinteresse, avait voulu, malgre tous les conseils de
la prudence humaine, s'exposer de nouveau a toutes sortes de dan-
gers? Tandis qu'une ouverture franche et nette, de la part de ceux
qu'elle avait tant de fois obliges, devait peut-etre la sauver des longs
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— 438 -
ennuis d'une p6nible detention, qu'elle 6tait si loin d'avoir m^ritSe.
Apres quelques jours de rndres reflexions, Mgr de Latour-Dupin
r^pondit la lettre suivante :
Je suis bien embarrass^, mon cber abb^, pour vous dire le parti qui
me parait le plus prudent car je vois des inconv6nients h parler et a se
taire. Cependant ce qui me frape le plus, e'est que cette malheureuse
pourroit rcster longtemps en prison si personne ne parte pour elle :
Ainsi quand vous aur6s bien pens^ h ce qu'on peut dire pour elle, et a la
mani^re dont il le faut dire, je crois qu'il faudra le risquer; vous ^tes
bien a m6me de consulter cela avec M^* de La marque : on a des soup-
cons; il est juste de les6claircir et de les dissiper. Ces soupQons retom-
beroient sur tout le monde; il vaut mieux qu'il ne reste aucun nuage.
Peut-6tre exigera-t-on que cette fllle renonce k retoumer en France :
elle y renoncera et il se trouvera d'autres raoyens de consoler ceux qui
attendaient de son retour tant de consolations. Dieu est ass^s puissant
pour leur donner celles dont lis ont besoin.
L'avi» qu'on m'avoit donn6 ftoit bon corame vous voyfe ; plut k
Dieu que cette pauvre fllle en eut cru M^^ de La Marque 1 enfin ce qui
est fait est fait : Personne ici n'est coupable : Dieu n*est point offense;
el qui scait si Tarrestation de cette fllle ne sauve pas sa vie qu'elle au-
roit perdu en France, et fait perdre k plusieurs. Peut-6tre vous permet-
tra-t-on de voir cette pauvre fllle, et de la consoler. Si on luy rcfusoil
cette douceur, vous pourrfe par le moyen du 8up6rieur ou des religieu-
ses luy manager quelques consolations. Le premier moment pass^ on
sera plus dispose k Tindulgence.
Est-ce M^^*' de Montesquiou la chanoinesse qui est morte? Je pense
qu'on a confondu la m6re avec la fllle. La mfere est morte il y a pres de
3 ans. La fllle vivait encore il y a 4 5 mois.
Je n'ai pas vu la preface dont T^v. de Tarbes a enricbi la leltre pas-
torale de M. r^v. de Boulogne, mais je m*en raporte bien k luy pour
dire des choses trte-pieuses et trfes-^diflantes; je penae que vous n'en-
voi^ pas une copie k cbaque groupe de vos dioc^sains, mais que vous
pri^s un groupe de faire une copie pour le groupe voisin et de luy faire
passer. II sera bon que cette lettre de M . r6v. de Boulogne soit connue
dans Zarragoze et dans les villes voisines par les pr^tres fran^ois.
On m'a effectivement fait part du projet d'acle de recours au sacr6
coeur de J&us et on s*en promettail de grands effets : il n*est pas dou-
leux que si tons les pr^tres recourent avec une veritable ferveur, et
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avec humility el compoDCtion, au sacr6 coBur de J^us, Dieu n'en soft
honor^ et plus dispos6 h se laisserfl^chir : mais c'est cette ferveur, cette
humiliW, cette coraponction,etc., qu'il s'agit de procurer, et Tabus est
de croire qu'on I'opferera par le moyen de telle ou telle devotion : telle
ou telle devotion est indiff^rente en sol; ce n'est que Tesprit de pi6t6
avec lequel on les fait qui les rend utiles et agrtebles k Dieu. C'est ce
que j'ai dit aux pieux auteurs de carecours qui supposent dans tons les
coeurs, le m^me goiCit, le mftme attrait, la mtoe ferveur qu'ils 6prou-
vent. La devotion au sacr6 cceur est autoris^e par les souverains Pon-
tifes, adoptee par les 6v6q. de France, pratiqu6e par un grand nombre
de fiddles fervents : elle est done bonne, et j'ai dit au St Pr^tre qui a
concu cetfe id^e, que je Fautorisois k dire que je Taprouvols : Mais
j'ai* tach^ de luy faire b\en entendre que ce n'^tait qu'une devotion,
par consequent une chose libre, qui a de Tattrait pour Tun, et n'ena pas
pour Tautre, qu'on ne pent pas exiger, ni prescrire, mais conseiller, ou
plut6t que dans ce genre-la Texemple fait tout, ct que pareilles devo-
tions ne se propagent que par Texemple et point par le raisonnement.
Le principe de ces bons pr^tres est bien vrai. Si nous recourrons tons
avec ferveur au sacr^ cceur de J^sus, nous pourrons tout en attendre. lis
ont ralson^ et on pent en dire autant de la devotion k la Ste Vierge, k
J.-C. dans le St Sacrement, k St- Joseph, etc. Le tout est d'exciter cette
ferveur, et la meilleure devotion sera celle qui en excitera davantage.
On a toujours raison en pr^chant la penitence, la necessity de la priere,
deThumilite^ etc., mais on pent se trop flatter et se faire illusion en pr^-
chant telle ou telle devotion.
Mais en voil^ beaucoup trop, je ne vous aprends rien et ce sent des
paroles inutiles, recev^s, mon cher abbe, tou^ mes remerciements et
Tassurance de tous les sentiments, etc.
Montserrat ce 3 juillet -1794. f L. A. Ap. arch. d*Auch.
U est bien manifeste qu'a la date de cette lettre refl&roi s'etait
repanda dans les rangs des emigres. Le sacc^s toujours croissant
de Tarmee des Pyrenees les iaissait sans esperance du c6te de la
terre; et ils se concertaient de toute part, cherchant a decouvrir
le meilleur moyen de flechir la colere du Ciel.
Nos v6nerables correspondants habitaient deux provinces voi-
sines, la Catalogue et TAragon. Ils s'etaient ainsi arretes presqu^a
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— uo —
la frontiere, dans Tesperance que bient6t ils pourraient la traverser
de nouveau, et rentrer dans leurs dioceses respectifs.
Cette illusion, du reste, avail d'abord 6t6 la m6me chez tons les
eoiigr^s et dans leurs families : a tel point qu'un grand nombre de
prdtres n'avaient pris avec eux que les objets de premiere neces-
sity, tels que le volume du br^viaire, par exemple, qui correspon-
dait a la saison danslaquelle ils ^talent partis de France. Quelques-
uns meme avaient repass^ les monts, depuis plusieurs mois, afin de
s'installer dans le Roussillon, a la suite de Tarm^e qui Tavait enlev6
aux patriotes, en tres grande par tie du moins, pendant la pre*
mi^re campagne.
Nous avons d^ja dit plus haut que celle de 1 794 s'^tait ouverte
sous des auspices beaucoup plus favorables aux projets de la
Convention. Ricardos 6tait mort; et le commandement des troupes
espagnoles ^tait pass6 a un de ses lieutenants, le comte de La
Union, excellent soldat, mais chef mediocre. Le vainqueur de
Toulon, le brave Dugommier, n'eut pas de peine a debusquer le
nouveau g^n^ral de son camp du Boulou, a reprendre la ligne
entiere du Tech, et a ^tablir ses campements au sud de Textr^mit^
orientale des Pyr6n6es.
Cen 6tait done fait du Roussillon, et la Catalogue se voyait
serree de pres. Don Manuel Godoy avait pourtant conserve Tespoir
de la d6fendre encore; car au 31 juillet, Mgr de Latour-Dupin
ecrit a son grand vicaire : « On vient de placer en Catalogue tout
ce qui a fui du Roussillon. »
Les Frangais toulefois s*6taient port^s en avant, sans rencon-
trer beaucoup de resistance, puisque nous aliens voir, dans la
lettre suivante, qu'au mois de juin les refugife de Vique et de
Ripoll avaienfrd6ja recu Tordre de se distribuer a Tint^rieur, vers
le sud de la Catalogue.
Ce dernier incident nous explique les vivos alarmes qui s'Staient
r^pandues en Aragon. L'archipr^tre de Tarbes veut savoir la verile
sur tons ces bruits de fuite ou de deplacement forc6. Que s'est-
il pass^ en Roussillon? Que fera-t-on en Catalogne, s'il est vrai que
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— 444 -
les prttres n'y soient plus en sftreW? Et Farcheydque d'Auchle met
aa courant du projet que Ton aurait form6 de traverser FEspagne
eatiere, afin d'aller chercher le calme jusqu'au fondde FAndalousie,
aussi loin que possible du nouveau th6&tre de la guerre. II ajoute
pourtaat que cette mesure a 6t6 prise en toute liberty; rien ne
Fautori^it a crdre que le conseil de Charles IV eftt prescrit d*6va-
cuer la Biscaye, la Navarre, FAragon, pas mdme la Catalogue.
Quoi qu'il en soit de Favenir qui se prepare, on voit que les
embarras du moment retiennent FArcheveque et le grand vicaire
dans la plus penible inquietude. Le sort d'un tares grand nombre
de personnes, si dignes d'int^rSt, va dependre de la d^terminatioa
qu'ils auront cm devoir prendre commeia plus sage, m^e avant
toute initiative de la part du gouvemement espagnol. Et, cepen-
dant, des interets aussi complexes ne peuvent leur faire oublier
un instant la prisonniere de Saragosse. II est touchant, en effet,
I de voir avec quelle sollicitude ils reviennent sans cesse, Fun et
Fautre, sur ce qu'il y aurait de mieux a faire pour soulager une
pauvre fille, qui se tourmente des ennuis de sa longue detention,
JQsqu'au danger d'en perdre la t^te.
J'ai/ait part h V6v. de Tarbes, mon char abb^, de la lettre du cwt6
de Chartres, qui Fa fort int^ess^. II y a des details que promet ce brave
eecl&lastique qui seront pr^eux. Nous esp^rons qu'il vous les donnera,
reeev^ en attendant tous mes remercimens.
Je conQois vos embarras et votre peine au si^jet de cette pauvre d6-
teoue; II n'y a pas moyen de lui rendre de grands servfces; le temps
seul peut luy en rendre. Ce qui presse le plus, c'est de remettre cette
pauvre t^te, et je crois bien que la liberty y contribueroit plus que tout.
Ceux qui la retiennent devroient faire attention qu'en prolongeant la
detention de cette malheureuse fille, elle sera tout-a-fait k leur charge,
ii faudra bien qu*on la garde quand sa t^te sera tout-a-fait d^rang^e, et
il n'y aura pas moyen alors de la mettre en liberty et de la renvoyer.
Vous ddsir^s, mon cher abb^, s^avoir la v^rit^ sur les bruits qui cou-
rent par rapport a nous : il est tres-vrai que dans le mois de mai plu-
sieurs de la soci6t6 crurent qu'il n'y avoit pas surety <3n Catalogue, et
qu'il ^toit n^cessairedes'^loigner d'une province, qui devenoit le theatre
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— 442 —
de la guerre. On se proposait d'aller du cot6 de Grenade, Seville, etc.
On avail d^j^ pris de certaines precautions, les alarmes dlminu^rent, ce
voiage effrayoit; on dit qu'il falloit 6tre stir de I'endroit ou on abouti-
roit, et ne pas errer h Tavanture; on 6crivit a M. l*arch. de Seville en
lui indiquant la retraite qu'on d^iroit et qu'on croioit pratiquable. Nous
n'avons pas encor ^e r6ponse. Nous s^avons seulement qu'il s'est occupe
de notre demande. Que fera-t-dn aujourd'hui, la r^ponse arrivant ? Je
rignore, j'avois annonc6 dfts le premier moment que je pourrois bien
faire Tarri^re-garde, il me semblait qu'il y avoit de grands inconv^niens
pour tons nos convois dans cette Evacuation totale : je croiois que le
depart des uns n'auroit pas les mdmes consequences, si les autres res-
toient, et qu'ainsi il falloit partager la chose par la moiti6, afin qu*il y
etkt des exemples pour et contre pour ceux qui veulent se conduire par
les exemples. Voil^ ou en sont les choses. C'est un si grand parti que
celui de s'en aller d'ici^ et d'aller chercber un asile lointain, qu*il faudra
vraisemblablement des raisons bien fortes pour qu*on s'y determine.
Je ne crois point du tout h cet ordre du gouvernement d'6vacuer
TAragon, la Catalogue, la Navarre, et la Biscaye. II est trfes-vrai ce-
pendant qu'on a fait sortir de St-SEbastien, mais cela se borne li, encor
Tordre n'est-il pas sans exception. On vicnt de placer en Catalogue tout
ce qui a fui du Roussillon, et d'y distribuer ceux qui Etoient k Vique
et a Ripoll qui dans le mois de juin fut envahi par les patriotes.
II y a i Mallorque un oncle ou parent de M<*« Tapie d'Auch qui vou^
droit bien que les deux voiageuses pussent lui en donner des nouvelles;
Voyes comme la nouvelle de TarrivEe de ces fllles a couru. Dites i la
d^tenue que je suis bien affligE qu'ayant montrE taut de courage dans
des occasions plus diiBciles, elle en manque aiigourd'hui, ou elle est bien
sure qu'on ne veut pas lui faire de mal.Si elle continue h se d^esp^rer,
je ne veux jamais la voir. Adieu, mon cber abb6, recevfe Tassurance de
mon inviolable attacbement, etc.
Montse^rat, ce 3^ juillet 4794. f I^- Ap. Arcb. d'Aucb.
Cependant FEvfique de Tarbes n'avait pas era devair atten-
dre una c^dule imperative du cabinet d'Aranjuez. Toujours
plus effraye de rapproche de Tarraee francaise, il avail quitte le
Montserrat, apres la prise de Ripoll, oil les vainqueurs avaient
commis d'affreux desordres. Et dans la persuasion que bienlol ils
se porleraienl vers rinterieur de la Catdogne, il s'etail embarque
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— 443 -
a Barcelone pour Tltalie. Ce saint pr61at 6tait d'ailleurs a bout de
ressoarces. Dans Tesp^rance que le Souverain Pontife pourrait
venir a son secours, il se dirigeait vers les Etats de FEglise, lais-
sant a Tarchipretre de Tarbes le soin de veiller de plus pres aux
int6r6ts du diocese, sous la prudente et sage direction du m^tropo-
litain.
Mgr de Latour-Dupin avait re^u desnouvelles de ce long voyage.
II s'empresse de les coramuniquer a son correspondant, et se montre
toujours fort 6mu de ce qu'il apprend des souffrances de Rose.
Ce qu*on vous a dit, mon cher abb^, de Theureuse arriv^e de votre
6\^. est Ires-vrai. Sa Iravers^e n'a ^16 que do trois jours; il a 6\A ma-
lade et a vomi; Layrolles en a ^t^ quilte pour des naus^s ; ils ^taient
bien contents a Pise ou Layrolles a pris les eaux et les bains qui lui fai-
saient dijk du bien, et il ^tait beaucoup mieux que quand il est purli de
Barcelone. Ils se proposent d'aller du cot6 de Bologne, et c'est Ik ou
on pent leur 6crire poste restante.
Je suis charm6 du succ^s de la lettre de votre ^v^q. et n'en suis pas
surprls; je ne Tai lue qu'aprSs son depart; il se borna a me dire qu'il
avoit ^crit a ses dioc^sains. Cette lettre luy faithonneur : elle peint bien
son ame, son bon coeur, et est digne de sa pi6t6. Je serois fortaise d'en
avoir un exemplaire.
Que pourrai-je faire pour consoler cette pauvre recluse? Croy^s-vous
que je puisse tent^ d'obtenir sa liberty, et que cette tentative au Ueu
de r^ussir ne prolongera pas sa detention, comme il arrive souvent lors-
qne certaines personnes paroissent dans une affaire; on est bien aise de
faire un exemple et de pouvoir citer les reflis qu'on a fait. Peut-6tre
qu'un m^moire court et clair envois par vous h quelque pr^tre un peu
A6U6 rfeidant k Madrid pdurroit le mettre k port^e de solliciter la liberty
de cette pauvre malheureuse : on r^ussit mieux souvent par des secre-
taires et des commis qu'en s'adressant aux grands et aux gens en place.
Ce qu'il y a de sur c'est que je ferai ce que vous jurer^ n^cessaire.
La c6dule ne d6placera, k ce que j'esp6re, aucun pr6tre : elle paratt
surtout dirig^e centre les marchands et commer(?ans : M^ le caal de
de Tol^de sera I'arbitre du sort des pr^tres, et n*a surement pas envie
de les attirer tous en Castille; la position de votre ville dans le cas du
si6ge de Pampelune seroit diff^rente de beaucoup d'autres. Je vous vws
r^ignii k tout et c'est ce qu'il y a de mieux : la providence nous con-
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— 144 -r-
duira mieux que nous-m^mes. L'exemple que donneat les prfitres
firauciois qui se retraachent tout ce qui ne leur est pas absolument ne-
cessaire pour en soulager de plus indigeuts qu'eux est admirable. Les
voil^ daas la bonne route et sur le chemin d'une grande perfection et
d'une veritable Edification; on m'a envois aussi de quoi faire une petite
distribution.
Adieu, mon cher abb6, recevEs Tassurance, etc.
. Montserrat, ce 3 nov. n94. + L. Ap. Arch. d*Auch.
A cette derniere date, la Convention avait obtenu d'importants
succ6s aux deux* extr6mit^s de la llgne qui mesure, de Test a
Fouest, la chatne des Pyr6n6es. Mais la saison ^tait avanc^e; et
tout portait a croire que la campagne de 1 794 se terminerait la,
sans qu'il fiit possible de poupsuivre, jusqu'i rouverture du pria-
temps, le cours de toutes ces conqufites.
Du reste, la c6dule royale ne semblait guere « dirig6e que
centre les marchands et comnaercants frangois.^ L'hiver, au moins,
se passerait sans autre d^placement pour nos prdtres. L'Aragon,
tout au plus, pourrait 6tre menace dans le cas du si^ge de Pam-
pelune; et Saragosse ne serait guere alors une ville ou Ton piit
se tenlr tranquille.
Aiosi raisonuait le pieux archevSque d'Aucb, bien resign^, s^rbs
tout, a laisser la ProYidence conduire les affaires beaucoup mieux,
— disait-il — qu'on ne saurait le prevoir ayec tons ces bruits de
batailles incessantes. Sa lettre partait le 3 novembre; et d6ja, i
1 8 jours de la, il ne fallait plus compter ni sur la rigueur de la
saison, ni sur la moindre resistance des troupes espagnoles.
A TextrSmite orientale des Pyrenees, Dugonunier, quittant les
hauteurs, s'^tait avanc^ vers le sud, en presence de la ligne que
le g^nfiral La Union avait retranch^e. Emport^ par un boulet de
canon, le g^n^ral frangais avait laiss6 le commandement k P^ri-
gnon, qui, le 20 novembre, remportait, en vue de Figuiferes, mie
victoire complete. Etles porles de cette forteresse. Tune des pre-
mieres de TEurope, n'avaient pas tard6 de s'ouvrir devant le nou-
veau commaudant de Tarmee frangaise.
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— 445 —
Ceo ^tait done fait aussi de la Catalogoe.
Qaant aux Pyr^ndes occideDtales, Fonlarabie, Saint-Sdbastien,
Tolosa mfime, avaient c^d^. Avec cette dernifere ville, les vain-
queurs se voyaient maitres de la province entiere de Guipuscoa.
Moncey, qui remplagait le g^n^ral MuUer, s'^tait port6, a la t^te
dd ses troupes, jusqu'aux portes de Pampelune, bien dispose a
s'emparer de cette place, et a p^n^rer dans les deux Gastilles, au
retour de la belle saison.
n n'y avait done plus k balancer : les plans de fuite a travers
I'Espagne, arrSt^sau moisdejuillet, en cas d'^v^nement impr^vu,
devaient forc^ment s'ex^cuter* Le elerg^ de F^migration se mit en
mesure de prendre, par diverses voies, le cbemio de I'int^rieir,
dans Fesp^rance de trouver enfin un peu de ealme, Uen loin des
provinces qui bordent nos frontiferes. L'archiprfitre de Tarbes,
qui nourrissait toujours le vif d^sir de rentrer en France, se
laissa facilement retenir a Saragosse par ses nombreux amis. Mais
son M^tropolitain se dirigea vers Plasencia, ou il eut enfin le
bonheur d'arriver sain et sauf, aprfes divers s^jours, vers le milieu
de fevrier 1795.
G'est le jour m^me, mon cher abb^, de mon arrive h Plasencia que
je vous ^ris. Je suis logi cb^s M. T^v^que avec Tab. Dauphin et Tab.
Dupuy. M. de Canelaux est ^tabli chfe M. le Lectoral : voil& le sort de
la premiere bande, le sort de la seconde 6tait encore ind^cis quand
je suis parti : M. Eyrard donnoit encore la retraite & 4 80 pr^tres k
Ascala et M. le Caal qui d'abord avait d^ir^ que Ton attendit la fin
des exercices s'est tellement frap^ k luy tout seul des inconv^nients
qu'il y auroit pour moi de voiager en car^me et d'etre dans des posadas
oil on ne trouveroit pas de quoi manger qu'il a arrange mon voiage tr^s
promptement : j'ai rest^ 4 5 jours k Madrid et je n'y ai rien vu du tout :
Je n'en connais que les rues et la maison de M. le Caal : Les pr^tres
franQois ont en luy un admirable protecteur et Dieu paroit Tavoir sus-
cit6 lout exprte pour Textraordinaire circonslance oil il se trouve; c'est
de la vraie charite, car il se prive, et ce n'est pas seulement de son su-
perflu qu'il donne, c'est de ce que nous jugerions tons ^Ire de son simple
D^cessaire.
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— U6 —
J'ai reQu en arrivant ict une lettre de Rose; je ne lui r^ponds pas pour
manager sa bour^, mais faites-moi le plaisir de luy dire que je ne i'ai
point oubli^ : mon premier soin a et6 de mettre son affaire entre les
mains de M . le due d'Havr^ qui m'a bien promis de ne rlen n^gliger; il
ne doute pas qu'il ne r^ussisse, il craint seulement les lenteurs : si la
cour eut iH a Madrid, j'en aurois parl6 h M. le due d'Alcusia : M. d'Ha-
yr4 luy a envois la requette de Rose avec ma lettre, etune lettre de luy :
11 est parti peu de jours apris, et il est h pr^ent k Arapjuez a la cour,
h port^e de suivre cela, si la chose tardoit, vous ou quelque autre eccl6-
siastique de Sarragoza pourroit luy ^crire un mot, de mon cot6 je ne
le lui laisserai pas oublier.
J'ai eu indirectement des nouvelles de Viy, de Tarbes, des -I «" jours
de Janvier, qui se portoit bien.
n y a ici un de vos dioc^ins le cur6 de Moix. Adieu, mon cher abb£,
faites je vous en prie une visite pour moi a d& Joachina, et k don An-
tonio. Je n'oublierai jamais Thospitalit^ qu'ils ont exerc^ envers moi :
mille cboses k M. votre president et k tons les pr^tres fran^ois de votre
college ainsi qu*i Tab. de Malafosse, etc. Recev6s, mon cher abb^,
Tassurance, etc.
Plasencia, le -17 tevrier 479K. f L. Ap. Arch. d'Auch.
Voili, mon cher abb^, la lettre qu'Artus demande. En v^nt^ il faut
avoir bien envie de me faire ^crire des lettres pour croire qu'une des
miennes k M. Tintend. que je connois k peine puisse op^rer queique
effet : mais d'Artus a bonne opinion du credit de son ^v6q. tout exil6
qu'il est : i la bonne heure. Je desire bien r6ussir; mais je ne TespSre
pas beaucoup. D'Artus avoit de meilleurs moyens a emploier, et je
pense qu'il y aura eu recours M^« la W^ de Lasans, les St Fflix, etc-
En arrivant ici j'at effectivement apris que le pays 6tait sujet k las
tercianas; mais en mfime temps on m' assure qu'avec quelques precau-
tions il est ais^ de s'en preserver, nous verrons ce qui en sera. Ce qu'il y
a de sur c'est q\x*k 1' exception de deux, tons les prStres fran. ont eu las
tercianas o quartanas, et quelques-uns les ont encor. M. Eyrard a &i6
envois k Badsyos, qui est k 28 lieues d'ici tout contre la fronti^re du
Portugal, il est k Badajos dans le convent de St Gabriel.
M' le due d*Havr6 ne m'a encore rien annonc6 an sujet de Rose. Je
vais luy 6crire.
Mille et mille choses k toute votre soci^t^ et k la famille Martinis.
Ne m'oublife pas je vous en prie aupr^s des religieuses de Ste-Cathe-
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— U7 —
line. Auri^-vous la bont^ de faire dire h d" Aybar que je n'ai pas pu
voir le gto^al des franciscains. J'avais envois cb^s lui, en attendant
que je pusse y aHer moirm^me. Lejour m^me je le rencontrai ch&
M. le Gaal prenant cong^ de luy pour aller le lendemain h Tol^e : il y
£tait encor quand j'ai quitti Madrid. Je vous demanderai aussi quelques
amitife pour Tenfant de d^ Aybar qui 6tait si aimable pour moi; j'espire
que le p^re et la m6re -se portent bien.
Mn Dauphin, Dupuy et Canelaux vous disent mille cboses. Adieu,
mon cber abb^^ recevfe Fassurance, etc.
Plasencia, ce U mars ^79b. f L. Ap. Arcb. d'Aucb.
V«ici, mon cber abb6, un petit billet de T^v^q. de Tarbes qu'il m'en-
voie pour vous : je ne s^is s*il vous mande qu'enfin M. de Fayale est
tr^s bien plac^ dans le s^minaire de Bologne et d'une mani^retr^
avantageuse.
Je ne re^ois pas de reponse de M^ le due d'Havr^ au sujet de Rose :
Que pourrait-on faire ? Si cette pauvre malbeureuse ne succombe pas
k sa maladie, et qu'il y ait aparence dc gu^rison je tenterai la cbose du
c6t^ du gouverneur du conseil de Castille; mais tant qu'elle ne pourra
pas sortir de TbOpital c'est inutile. Le malheur de cette pauvre fillc luy
aura 6i6 bien utile, s'il Fa rendue soumise et r^sign^e k la volenti de
Dieu.
J'ai recu la lettre de i^ Antonio k Madrid. Je voulois luy r^crire encor;
mais j'ai eu tant de r^ponses a faire que cela m'auroit ii6 bien difQclle :
mille choses je vous prie k toute la famille, aux bommes et aux femmes,
aux m^res et aux enfants. Si vous avcz occasion de voir d^ Louis Orai,
parles-lui de moi aussi, ou bien d" Anlonio voudra bien s'en charger.
Je me rappelle aussi au souvenir de toute la soci^l^. Nous sommes dans
Tattente de la confirmation du d^cret dont on parle sur le culte et de
la mani^re dont il est ex6cut^. Le mois prochain doit nous donner des
lumiires sur T^tat de la France et sur la possibility qu'auront quelques-
ons d'y rentrer et d'aller y sonder le terrain.
Yous n'attend^ pas des nouvelles du pays que j^habite, il n'en pro-
duit d'aucune esp^ce : Je vais done vous souhaiter le bon jour, et vous
prier de recevou* Fassurance^ etc.
Plasencia ce U avril n95. f L. Ap. Arch. d'Auch.
M^s Canelaux Dauphin et Dupuy vous font mille reroerdments et
vous disent mille choses; ne m'oubli^ pas aupr^s de toute votre soci^t^
et de vos bons chanoines, Lasala, Hasta, Coutanda et Dean.
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— U8 —
L'ab. de Malafosse vous aura fait part, mon cher abb^, du nouveau
moyen que j'emploie pour tacher do faire sorlir Rose de la MisMoorde.
Si celui-l& ne r^ussit pas, je verrai si M^ le gouverneur du conseil oe
sera pas plus facile. M^ d'Havr^ no tarde k r^pondre sans doute que
parce qu'il croit chaque jour qu'il va finir, ou blen qu'il n'a pas re^u les
lettres. Je crois que si j'^tais k present k Samgosse je ne d^tournerois
pas Rose de prendre le parti de se cacber; il seroit possible qu'elie les
mit tous fort k son aise par \k. On feroit peut-^tresemblant de la cher-
cher une demi-joum^e ct si le surlendemain on la rencontroit, on ne
lui diroit rien; tout le monde y gagneroit; il faut souvent servir les gens
a leur gr6, et ordinairement ceux qui n'aiment pas k se decider sont
bien aise qu'on prenne son parti et qu'on leur ^pargne la peine d'une
dto'sion. Si vous 6ti6s embarrass^ de lui donner ce conseil, vous trou-
verife quelqu'un qui le lui donneroit sans vous compromeltre. SI cela
ne se pent pas ro6nag&-1ui la protection de quelque dame charitable qui
a i^k commence k s'int^resser k son sort.
M. Tintendant m'a ^rit de Pampelune une lettre tr^s honn^te dans
laquelle 11 me promet qu*k son retour d'Artus sera plac^ : j'al laiss^
passer quelque temps pour le laisser revenir k Sarragosse et lui faire
mes remerciments; d'Artus a eu plus d'esprit que moi : je le confcsse. •
Vous av6s ralson, la lettre du ch. est tranchante reste k scavoir si
elle est vrais, vos reflexions sont bien justes, il paroit que nous tou-
chons k quelque grande crise. Dieu vcuilie ^pargner une plus longue
effusion de sang, et nous permettre d'aller reprendre nos postes tout
doucemeut et sans bruit puisque c'est la condition qu'on y met.
Mille et mille choses k la casa de Martinis et k toutes .ses d^-
pendances. J'aurois ^crit de nouveau k d^ Antonio, mais je n'ose pas
m'hasarder k ^crire en castillan, et il est peut-^tre ridicule d'6crire en
fran^ois depuis tant de temps que je suis en Espagne.
La lettre du ch. de Vergfe n'a pas 6prouve le moindre retard malgr6
son passage k Zaragoza. Je Tai re^ue le 3 qui dtait le plus t6t possible.
Adieu, mon cher abb^, mille choses k votre soci^t^. Recev^s Tassu-
rance de tous les sentiments, etc.
Ce 2 mai ^795 k Piasencia. + L. Ap. Arch. d'Auch.
L'ab. de Malafosse n'aura pas re<?u ma lettre, mon cher abb6, il y a
une fatality pour les lettres que je luy 4cris; elles sont toujours bien
longtemps en chemin. Quoi qu'il en soit j'attends ler6sultat de ma lettre
k M. de Courtin. Pauvre Rose elle a ^t^ bien maladroiteou bien malheu-
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— U9 —
reuse, lout etait fini, mais Dieu ne I'a pas voulu, il faut qu'elle continue
de prendre patience.
Vous m'embarrassiSs beaucoup pour Artus : Mr I'inlendant a ^t^ si
honn^te qu'assur^ment je ne Youdrols pas le tromper et I'int^resser
pour UQ homme qui ne se conduit pas bien. Vous seroit-il possible de
parler k Artas et de iui dire que je scais ce qu'on dit, et ce qu'on a
droit de dire de luy d'apres Text^rieur, que s'il n'y met pas ordre,
j'^rirai k M. I'intendant de s'informer de nouveau de sa conduite avant
tf effectuer les promesses qu'il m'a faites, parce que je ne veux pas qu'il
se repente d'avoir oblig6 un fran^ois k ma consideration.
Avant qu'on pari&t du d^cret de rapel, je ne voiais pas d'inconv6-
nient que quelques pr^tres en petit nombre, et bien prudents essayas-
sent de rentref en France. Pour le tr^s grand nombre, il me paraissoit
qu'il devoit se tenir tranquille, parce qua sa prfoence ne feroit*que ral-
lumer le feu mal ^teint de la persecution.
Aujourd'hui on parte d*un d^cret de rapel; je n'ose y croire. S'il
existe reellerafint, je ne vois pas de raison pour emp^cber tons les pr6tres
incapables de porter les armes de rentrer en France, (vous voyfe pour-
quoi je fais cette difference) Je ne m'y opposerai done pas; mais vrai-
■ semblablement le gouvernement s'y opposera; on refusera des passe-
ports; comment se tirer de i^. Je n'en s(?ais rien; chacun fera comme
il pourra; il tfy a pas de conseils k donner; Dieu aplanira tout quand
son moment sera venu.
Des millions de choses k la Casa-Martines, Aybar et Feiix, ainsi qa'k
votre socieie. Je ferai mes remerciments un de ces jours au comman-
'deur. ^dieu, mon cher abbe.
Ce ^9 mai -1795 Plasencia. + L. Ap. Arcb. d'Auch.
11
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- 460 -
ESQUISSE
d'unb
HISTOIRE LITTJ^RAHUB DE la OASOOOlfE
JUSQU'AU X1V« SlECLfi.
VftgUanfl loDgo tlvdio e'l gmide amore.
DiiTTi, Inf. I, 83.
I. Iniroduciion. — 11. Les origines. Les Ib^res. III. Les Galls; Druidisme.
— IV. P^moDE LATiME. CiviHsalion romaine en Novempopulanie. V. Arborlus,
Staphylius, Axius Paulus. VI. Les^eux Ausones. tlutrope. VII. Rufio et sainte
Silvie. Vlll. Le Chrisiianisme. L'h6r6lique Vigilance. IX.- S. Orens. X. Les Vi-
sigoths. Anianus et le « Breviarium alaricianum. » XI. Epigraphie laline. —
XII. Periods barbare. Ev6ques, conciles, monast6res, chartes. Xlll. Litt6ra-
lure l^gendaire. L^gendes de S. Orens, de S. Geny, etc... XIV. Les ^coles.
Le Diacre Odon.— XV. Periode romane. S. Austinde, Suavius, couiumes com-
munales. XVI. Les Croisades. Philippe de Navarre. XVll. Prose latine. Amat,
Vital, Garsias du Benquet. XVIII. Po6sie latine. Bernard de Morlaas. XIX. Le
nouvcl idiome. Dialecte gascon, langue lill6raire. XX. Troubadours gascons
du xiie si6cle : Marcabrus, Arnaut de Marsan, etc. XXI. Cycle ^piquc carolin-
gien. Chant d'Altabicar. XXII. L'Eglise au xiiie si^cle. Fr^res mineurs. Ber-
trand de Bayonne. XXIII. Dominieains : Pierre de Valelica, Arnaud du Prat,
etc. XXIV. Troubadours gascons du xni« si^cle: G6raut de Caienson, Gaubert
Amiel, etc... Guillaume de Tudelle. XXV. Carlulaires, l^gendes etchroniques
lalines de la periode romane. '
I. L'histoireeccl^siastique, civile et politique de notre province,
si elle n'a pas eu jusqu'ici son moDumoDt complet et d^finitif, a ete
pr^paree par une foule dTiommes studieux qui en out d6brouill61e
chaos informe et popularise, dans une certaine mesure, les faits et
les noms les plus remarquables. Quant a notre histoire litt^raire,
elle n'a pas m^me 6t6 effleur^e. La plupartdes provinces de France
ont au moins des travaux preparatoires a cette partie de leurs an-
nales ; la n6tre, rien que je sacbe. Cest une lacune que je songe
a combler depuis dix ans bient6t. J'y ai travaill^ fort timidement,
presque toujours en Fabsence des moyens d'information les plus
indispensables, et a travers des occupations ^trangeres qui me
laissaient bien peu de loisir. Pourtant, sur une invitation trop
flatteuse, je me decide a inventorier rapidement les materiaux d^ja
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— Hi —
recaeillis, tout incomplets qu'ils sont. Peut-^tre verra-t-on se des-
siner deja, dans cette courte esquisse, les traits du caract^re gas*
con, notre double instinct de concentration et d'expansion, la part
que nous avons prise a la formation du g^nie fran^ais ; par dessus
tout, cet esprit net et pratique qui marque si glorieusement la place
d'Henri lY dans la p^riode modeme et qui est commun k tons les
notres : les deux Monluc, d'Ossat, Marca et mdme du Bartas.
Je demande gr&ce pour les inexactitudes de detail qui se glis-
seront dans un resum6 plein de noms et de dates, ^rit sur des
notes confuses, loin de mes livres et de mon pays. Je n'ai pas voulu
renoncer, malgr^ ces chances d'erreur, a presenter tout de suite
un tableau de mes recherches. C'est tme occasion d'indiquer dans
Fhistoire de notre province bien Aes desiderata^ dont plus d'un sans ^
doute sera remplipar lesr^dacteurs du Bulletin. J'esp^re montrer
(a et Ik des veines curieuses a suivre ; et je me fdliciterai d'dtre de-
vancd par de plus habiles, m^me sur les points que je compte ex-
plorer un jour, avec un appareil moins imparfait d'informations,
dans un travail beaucoup plus vaste.
Lliistoire litt^raire d'une province ne doit pas dtre une s^rie de
notices biographiquesetbibliographiques,mais le r^citaussi continu
que possible des faits qui marquent T^tat de la culture intellec-
tuelle da pays aux diverses ^poques, des institutions qui la d^velop-
pent, des hommes qui la personnifient, des monuments Merits qui
Fattestent encore. Les races, les langues, la religion sont le point
de depart.
Les Origines. '
II. 11 me semble que Tethnog^nie novempopulanienne a besoin
d'etre encore ^tudiee. Les r^sultats g^n^raux auxquels s'en tient
la science contemporaine, sans se modifier profond^ment peut-Stre,
acquerraient au moins des preuves plus nombreuses, et se d^-
fendraient avec plus d'avantage centre les contradictions qui s'el6-
vent encore de temps en temps. II paraft prouv^, n^anmoins,
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— 452 —
que la race ib^rienne domiDait dans notre province avant la con-
quSte, et Ton ne coDoait rien d'ant^rieur.
Les Ib^res, ddtach6s avant les quatre grandes branches indo-euro-
p6ennes, Pelasges, Celtes, Germains et Slaves, du tronc jap^tique,
avaient la fiert^ et Fobstination des races primitives; ane civilisa-
tion rudimentaire qui se d6veloppa diversement, selon la position
de chaque peuplade; une religion simple, jointe a des moBurs pures
et s^^res; une langue polysynth6tique, encombr^ d'^lements
difficil^s a saisir et a manier. Leurs lois en vers, qu'ils disaient
vieilles de six mille ans au temps de Strabon, ne sont plus qu'un
souvenir, sauf peut-dtre quelques coutumes conserv6es dans les
fueros basques. Mais cette race po6tique a toujours chants. Et
parmi ses debris lyriques recueillis bien tard, il y en a un sur la
lutte des Cantabres et des Remains, que M. de Humbold a regard^
comme authentique. Dans ses montagnes et dans quelques can-
tons voisins, le Basque a toujours conserve son caract^re et sa
langue. Partout ailleurs, il s'estassoupli sous les influences gau-
loises, romaines, chretiennes. Et pourtant, dans toute la province,
les noms les plus anciens de nos rivieres et de nos cit^s portent
encore Fempreinte ineffaQable du vieil escuara. La numismatique
ib^rienne, si heureusement ^tudi^e par M. Boudard (de B^ziers),
pr^sente d'autres monuments non moins curieux, non moins in-
contestables deFancienne 6tendue de la civilisation basque.
Ill . Uinfluence gauloise modifia profondement la race aquitaine,
d6s la plus haute antiquity. Nul doute mSme que beaucoup de
points de notre province n'aient 6te occup^s par des peuplades ou
des colonies celtiques. Le Condomois presque entier, par exem-
pie, est purement gaulois ; et il doit peut-6tre a cette origine, non
moins qu'a d'autres circonstances, le caract^re plus 61^gant, mdns
6nei^ique, moins rude, que nous observerons dans ses ecrivains.
La mobility d'esprit, le d6sir de briller, la curiosity d'apprendre, le
souci de bien dire, sont les traits sous lesquels Fantiquit^ nous point
le g^nie gaulois.
Le druidisme fut la religion de FAquitaine, comme du reste de
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— 453 —
la Gaale ; les l^gendes de nos saints et quelques rares monuments
' encore debout le temoignent. Je n'ose parler de YAguiUoune dont
{'antiquity parmi nous n'est pas d6montr6e et que Ton a essay6 de
d^tourner de sa signification g^n^ralement admise de « chant du
gui. » Ce qu'il importe de remarquer, c'est que Tinspiration druidi-
(]|ue s'est epuis6e sans retour danslalutte du vieux culte avec FEglise,
et que le christianisme seul a 6t6 Finspirateur du mouvement
merveiiieux que pr6sente notre histoire nationale 6tudi6e dans
son ensemble ou dans chacune de ses portions.
Simplicity, fiert6, sobri^t^ ib^rienne, unies a Tesprit sympa-
thique, curieux, expansif, ^minemment perfectible des Gaulois :
tel est le point de depart de la culture intellectuelle enGascogne.
D'aiUeurs, on retrouve Tempreinte du sol sur la physionomie phy-
sique et morale des habitants; et Abs Torigine sans doute, on
pouvaitconstater, commel'afait le P. Bajole au xvii« si^cle, 1*4-
prete des montagnards, la vanity des riverains de la Garonne et de
rOc^an, la douceur des habitants des plames; mais chez tous, une
grande facility a prendre les habitudes d'une civilisation sup^rieure
a la leur.
P^riode laliDO. (!•' sificle avant — vi* aprds J.-C.)
IV. La conquete romaine le prouva. En trois sifecles, la civili-
sation de Rome triompha completement, aumoinsdans les villes.
Les debris d'art antique qu'op rencontre encore tons les jours en
fouillant notre sol attestent- cette transformation de la vieille race
Aquitaine. Les^coles, d6]k florissantes a Toulouse, durentse multi-
plier bien vite chez nous. Toutefois, pendant plus de trois cents ans,
pas un fait, pas un nom litt6rah*es ne se pr^sentent dans nos an-
nales. On a dit qu' Antonius^Gniphmy qui donna des lemons de
rh^torique a C^sar et a Ciceron, ^tait ne aux pieds de nos Pyre-
nees; mais je ne trouve aucune preuve de cette origine, et je soup-
Qonne la-dessous une illusion patriotique, semblable a celle des
Auscitains du xvi« siecle, qui montraient dansleurs murs la mai-
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— 464 -
son de la mfere de Cic^ron. Antonius Primus appartient a Tou-
louse; la patrie de Fronton est inconnue. Mais voici trois rWteurs *
qui nous appartiennent sans contestation.
y. Emilius Magnus Arborius naquit chez les Tarbelles d'un
Gaulois venu d'Autun, qui tirait des horoscopes, et d'une pauTre
fille noble du pays. II professa tres jeune F^loquence k Toulouse^
ou il devint lA confident des trois freres de Constantin, qui s'y
trouvaient dans une esp6ce d'exil. Ce fut sans doute Torigine de sa
fortune. Apr^s avoir plaid6 avec ^clat dans TAquitaine, le Nar-
bonnaise et FEspagne, it fut appeld par TEmpereur a Constantino-
ple, oil il mourut k la fleur de Tdge, combid dlionneurs et.de ri-
chesses, vers Tan 335. Constantin fit rapporter son corps a sa fa-
mille et a son pays. De son talent de rb6teuc et d'avocat, nous ne
pouvonsjuger que par les dlogesd*Ausone son neveu. Maisil ^tait
poete aussi ; et nous avons sous son nom une 6pitre l^g&re d'une
rare ^16gance.
C'est peu ; mais il nous reste bien moins, rien que quelques sou-
venirs, de deux professeursnovempopulaniens de lamfimeepoque.
Staphylius, rh^teur etcitoyenauscitain, donna des lemons a Au-
sone qui fait un pompeux ^loge de ses talents et de sa vaste Eru-
dition. — Axius Paulus, natifduBigorre, professa chez les San-
tones, et composa, outre des poesies de tout genre, des comedies
a jamais perdues ; on ne sail que le titre d'une seule : THomme en
dilire « Delirus .»
VI. Une soeur du rh^teur Arborius, Epousa Jules Ausone (287-
377), le premier m6decin de son temps. Celui-ci 6tait originaire de
Cossio (Bazas), chef-lieu d'un des neuf peuples. Ses6crits sur son
art sont perdus, mais cit^s avec 6lQge par plusieurs anciens, en
particulier par Marcel TEmpirique, m^decin du v« sifecle, qui en a
beaucoup profits dans son ouvrage,' ou des superstitions chr6tien-
nes se mdlent k de vieilles formules druidiques.
Le fils de Jules Ausone fut le cEl^bre pofete bordelais qui passa
une partie de sa jeunesse aDax et a Auch, et recut les logons de
Stapbylius et de son oncle Arborius. Laissons pourtant a Bordeaux
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— 455 —
la possession du brillant versificateur, dont les oavrages soDt le
miroir fidele de toute cette litt^rature de conveDtion, qui passa bien
vite parce qu'elle n'avait pas ses racines daiis les entrailies du
people.
Les Vasates donnerent encore un auteur c^lebre a la litt^rature
latine de ce temps. Eutrope, dans son «Breviariam rerumromana-
ram, » est le module des abrdviateurs : chronologiste exact, narra-
teur d'une extreme lucidity, il voas conduit, en dix livres fort
courts, de Janus a Jovien, sans ennui et sans embarras, abr^geant
tout parce qu'il voit tout. Paien, il occupa des charges considera-
bles sous Julien I'Apostat, et les garda sous Yalens. U fut Tami
d'Ausone et de Symmaque, et une lettre de ce dernier nous ap-
prend qu'il avait des terres non loin d'Auch.
Vn. On pent penser que Bazas participait k Factivit^ littiraire
de son illustre voisine. Mais tout porte k croire que F^tude des
lettres n'^tait gufere moins florissante dans les cit^s novempopula-
niennes. Nous en avons vu la preuve plus haut pour Aire et Dax.
La mitropole, Elusa, devait oflrir encore plus de ressources pour
r^ducation. C'est de \k que partit Rufin (m. en 395), Tillustre
parvenu, qui dut ses succ6s non-seulement k la souplesse de son
esprit et de son caract^re, mais encorQ k son Eloquence brillante
et facile. II fut correspondant de Sjrmmaque et d'autres ecrivains
fameux. Mais il ne nous reste aucun monument de son talent litt^
raire, si ce n'est peut-dtre la curieuse po^^e polym^trique sur
Pasiphae, souvent ddit^e a la suite de P^trone.
Sa soeur Silvia m6rite une place dans ce tableau, comme une
des femmes les plus vers^es de son temps dans les lettres grec-
ques, le module de ces Romaines qui se vou^rent, sous la direc-
tion de saint J^me, a T^tude des livres saints. EUe est morte
vers 400 a Brescia, on son nom est encore honors, tandis que son
pays natal a perdu sa mdmoire.
VIII. A cette 6poque, toutes nos villes 6taienl depuis longtemps
chr^tiennes. La liturgie locale a conserve les noms de quelque&-
uns des fondateurs et des martyrs de notre 6glise naissante;
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— 456 -
mais lear histoire et I'^poque mSme de T^tablissement du chris-
tianisme ea Novempopolanie soot resides obscures; ces bienfaiteurs
de notre race enseignferent par la parole et mieux encore par
Texemple; ils surent vivre et mourir, mais ils n'eurent pas souci
d'ecrire. La cooperation de Mamertin, m6tropolitain d'Elusa, aux
actes du premier conciledes Gaules (314), marque le commence-
ment d'uuo pdriode plus littdraire dans Tdglise d'Aquitaine. Les
deux dcrivains les plus purs de la littdrature eccl6siastique, S»
Paulin et Sulpice S6vere, naquirenl tout prfes de nos frontieres.
S. Pbdbade, evdque d*Agen, se fit un nom glorieux dans la lutte
de Torthodoxie catholique contre la redoutable bdresie d'Arius.
Cest le temps et Voubli qui ne nous permettent gufere d'ajouter
a ces noms illustres des noms vraiment novempopulaniens. Nous
n'en trouvons que deux dans la littdrature chrdtienne du cinquieme
siecle, et le premier appartient k un hdrdsiarque. Ge furent deux
pretres commingeois, Ripaire et Didier, qui d6noncerent a S. J6-
r6me, vers 406, les erreurs deleur compatriole Vigilance; sans
les vigoureux ecrits du saint docteur, la posterite aurait oublid
sans doute le systeme religieux du prdtre gascon, protestantis-
me anticipd, triste produit d'un esprit froid et dtroitement pra-
tique.
IX. Le second rappelle au contraire le plus illustre de nos
saints 6vdques. Telle est Fobscurite de nos annales : ce n'estqu'a-
pr^s bien des discussions qu'on apu replacer Saint Qrens a sa ve-
ritable dpoque, dans la premiere moitid du cinquifeme sitele, et
lui restituer le « Commonitorium, » ce beau po^me didactique et
el^que, ou la morale evang61ique parle si dloquemment au mi-
lieu des ruines entassdes par les Barbares. Les autres fragments
po6tiques d'Orientius, quoique d'une moindre importance, mdritent
aussi d'etre Studies : ils font voir que le saint qui fl6chit Adtius et
chassa Apollon-Belen de la campagne auscitaine, fit tous ses efforts
pour consacrer la langue latine expirante, en lui confiant les ac-
cents de la priere et les graves enseignements de la symbolique
cbretienne.
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— 457 —
X. Du reste, les malheurs de rinvasioB ^taient loin d'avoir
brise la tradition des lettreset deia civilisation latines. L'occopa-
tiondes Visigoths, les plus civilises des Germains, n'aurait ^t^ que
salutaire a ce point de vue, sai^ FWr^sie. Euric (466-484) fut un
pers^cuteur atroce. L'herbe poussa sur le seuil des basiliques rui-
nees, la succession pastorale fut presqne partout interrompue, et
les 6coles episcopales, qui avaient succM6 aux ^coles municipales
g^n^ralement abolies depuis pres d'un si^cle, durent se former.
Heureusement le concile d'Agde, odas^t^rent presque tons nos
dveques, vint r6tablir les regies de la discipline ecclesiastique. Les
t^nps barbares commen^ent; les conciles furent le salut de la ci*
vilisation dans cettep^riode, et ils en restent les principaux monu-
ments intellectuels.
Et pourtant ilserait injuste de ne pas rappeler ce que firent les
Visigotiis eux-mdmes pour la civilisation. La cour de leurs rois, a
Toulouse ou a Aire, fut brillante et dclair^e. Les lois « Th^odoriden-
nes, » redigees par Leon de Narbonne, descendant du rh6teur Fron-
ton, consacrerent Theureuse persistance du droit remain sous Toe-
cupation germanique. Mais un monument 16gislatif qui merite une
large place dans notre histoire provinciale, le « Breviarium Alari-
cianum), publi6 a Aire en 506 par Anianus, conseiller d'AlaricII,
ofte encore plus d'int^rdt par la presence de F^l^ment chrdtien qui
modifie Tesprit du droit imperial : il a ^t6 du reste 6tudi6 avec suc-
ces a ce point de vue, principalement par notre savant compatriote
M. A . Batbie.
N'impoite, la race visigothe n'avait pas pris racine dans notre
sol. La bataille de Yougl^ la fit disparattre sans secousse pro-
fonde. EUe emporta quelques brillants lambeaux de civilisation
romaine; mais I'id^e arienne disparut h la fois : bienfait immense!
Avec Farianisme, les nationalit^s nouvelles, la France surtout, ne
seraient point n^es, et les peuples, comrae M. Buchez Fa ^rit
avec un sens profond, « ne seraient pas sortis de cet abaissement
qui signalala decadence des mcBurs et des croyances dans Fempire
romain.» Enlrons done sans repugnance^ mSme comma litterateur^
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- 458 -
dans le chaos des temps barbares, ou s'agitent coDfus^ment, pen-
dant des siecles, les 6i6fflents de la civilisation chi^tienne.
XI. Un mot encore cependant de la cultare latine classiqae,
cpii finit a F^poque m6rovingienne. Le pea qui nous reste des rfa^
tears et des ^crivains eccl^siastiqaes de FAquitaine ne r^pond
guere au d^veloppement Iitt6raire quemiUe t^moignages nous d6-
montrent encore pour ces siecles iointains. Parmi les etudes ac-
cessoires qui suppl^ent an peu ^ la perte des livres, Thistoire
litt^raire a des droits incontestables sur F^pigraphie. Les inscrip-
tions antiques de notre province sont pleines de revelations cu-
rieuses. Celles de Lectoure nous montrent les pratiques sanglantes
du paganisme, qui se sentd6ja vaincu peut^etre par anculte noa
veau, riche de purifications plus efficaces. Celles des cit6s pyre-
n^ennes nous initient a une mythologie locale fort curieuse, dont
les denominations etranges ont 6t6 naguere expliqu6es avec le se-
cours de Fidiome basque (C£nac-Moncaut, Revue arch^ologique,
8* livraison, i 859.) D'autres, enfin, sont de pr6cieux debris littA-
raires; telle F^pitaphe 6nigmatique : <^ Non fui, fui...,» trouv6e a
Lectoure; et la belle inscription tumulaire en douze distiques, pour
Nymfius de Lugdunum Convenarumj interpret^e, dfes 1806, par
M. du Mige.
P6riode barbare (500-1000).
XIL La p6riode merovingienne ne pr^sente rien de plus im-
portant pour Fbistoire intellectuelle de nos peres que la lutte de
FEglise ccmtre la barbarie par les Conciles. Cost la Gaole tout en-
ti^re que les ^vdques faf onnent d^s lors avec une parfaite unite de
direction. Nos Pr^lats aquitains, en particulier, courent k Paris,
a M&con, a Orleans, pour sanctionner les regies de la morale chre-
tienne et de la discipline eccl^siastique, si souvent m^nnues par
les grossieres natures de ces epoques troubl6es. En mSme temps,
Finfluence politique de FEglise s'6tablit d'elle-mdme, et, gr4ce a
elle, Fidee nationale congue a Tolbiac, formulae, a Vougle, c'est-a-
dire la France meme, la France guerriere et catholique, acquiert
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- 459 —
son unite orgaoique et profonde, que la f^odalit^ morcellera pen-
dant plusieurs siecles sans parvenir a la detruire.
Les Sv^ques ne suffisaient pas pour sauver la tradition des let-
tres. Des asiles sacr6s s'ouvrirent partout a la pri^re et au travail.
Le nom le plus glorieux peut-^tre de Tbistoire monastique au
vii« siecle est ceki de saint Filibert, fils de Filibaud, comte, et
depuis 6v^qae d'Aire. N6 a Eauze, 61ev6 a la cour des M^rovin-
giens, il alia ^tudier en Italie les traditions des enfants de St Benoit,
fonda en Normandie Tabbaye de Jumi^ges, Tun des plus c^l^bres
etablissements monastiques du monde, et mourut dans ceUe de
Noirmoutier, en G84. Dans le mSme temps, une fiUe des Basques,
RiGTRUDE, devenue le centre d'une famille de saints, consacra son
Youvage k fonder aux confins de la Belgique le monastere de
Marchienne.
Les origines de nos plus anciennes abbayes, Simorre, Pessan,
Saint-Savin, Sere, Faget, Condom, sont rest^es obscures; ant^-
rieures aux invasions normandes, elles n'ont conserve que depuis
lors leurs titres authentiques. A partir de la d^faite des pirates du
Nord, les fondations se multiplient au grand jour de Thistoire. Les.
chartes des^ses et des couvents sont presque les seuls monuments
Merits del'espritgasconacette ^poque.Quelques-unes, Facte de fonda-
tion de Saint-Sever par leduc Sanche, par exemple, sont de belles
pages d'histoire, d'autant plus int^ressantes pour nous que notre
province n'a pas eu dliistorien dans les slides de Fr6d6gaire^
d'Eginbard et de Raoul Glaber.
XIII. Pourlant une branche de la litterature chr6tienne com-
men^a a fleurir dans cette p^riode; je veux parler de la legende.
L'imagination q'y a pas tout d'abord tant de part qu'on pourrait
croire. Les origines chretiennes sont obscurcies par le temps; mais
Tincertitude des r^dacteurs clercs ou moines sur ces points difficiles
se revile par Tabsence de dates et de details pr^is. La simplicite
du recit et Fonction du style t^moignent de leur bonne foi. Les
grossiers anachronismes, les fables monstrueuses, n'arrivent gu^re
avantle x« siecle.'
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— 160 —
La premiere -Vie de Saint Orens, » publi^e par Labbe et les Bol-
landistes, et traduite par M. CoUombet, est un morceau d'un ca-
ractere historique peu contestable, el d'un style assez correct pour
que D. Rivet en rapporte la redaction a Fan 650 environ. Ante-
rieurement a cette 6poque, la Passion de Sainte Foi d'Agen avait
et6 r6digee avec un soin pieux, conjointement peut-etre aux « Vies
des Martyrs aqui tains » (saint Luper en particulier), dout Scaliger
vante Tel^gance, mais qui n'ont pas et6 retrouv6es. — La Vie de
Saint Genes de Tarbes, cit6e par Gr^goire de Tours, est 6gale-
ment perdue.
La l^ende de Saint Geny nous ofifre le d^veloppement d'une
imagination ascetique charmante sur un fond historique assez
mince; mais la simplicity abondante et onctueuse du style de ce
morceau n'aide guere a lui fixer une date; les Bdnddictins ont
Msite entre le w et le xi« siecle. — lis placent au milieu du x« la
redaction de la Vie de Saint Savin, espece de centon religieux sans
importance historique ni litt^raire, et de celle de Saint Justin de
Bigorre (ouvrage d'un ^crivain du pays, mais tres malhabile in-
venteur de fictions. » — La l^gende de Sainte Quitterie, reprise et
remani^ depuis avec force variantes pour Sainte Aurence, Sainte
Dode, Sainte Livrade, n'a paru aux Bollandistes qu'une fiction ro-
manesque sans gotlt ni vraisemblance; mais il faut ajouter qa'elle
est tres probablement d'origine espagnole.
La Vie de Saint Lizier, 6veque de Ctouserans, quoique ecrite
sans aucune grace de r^cit, est au moins plus grave et plus histo-
rique.
XIV. Hors de cette litt^rature, d'origine fort difficile k assignor,
il n'y a rien, pendant cinq siecles, de lliistoire lilt^raire de la
Gascogne. On ne pent m6me pas citer avec certitude les sources
d'instruction ou nos peres puis^rent dans cette p^riode. Les ^cples
Episcopates disparurent k peu prfes dans les premieres annees
du VHP siecle que Ton pent regarder comme le plus tenebreux de
tons. Mais la Renaissance, suscitee par Charlemagne, les rouvril et
fit meme refleurir les lettres chr^tiennes. Malbeureusement, ce
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— 464 —
mouveraent Kcond cessa presque a la mort du grand empereur,
et la nuit da x^ si&cle ne le c^da guere a celle du viii®.
Nous avons une lettre d'OooN, diacre auscitain, k Garsias I,
son archevfique. Dans cet ecrit de Fan 983 environ, on reconnait
le bas degr^ de la culture contemporaine non-seulement a la bar-
barie du style, mais encore aJ'incertitude des notions historiques
sur notre si6ge m^tropolitain.
P6riode romane (1000-1300).
XV. Le xio si&cle pr6sente une grande et durable renaissance
dont Torigine est tout enti^re dans I'Eglise; le mouvement commu-
nal, qui semble dominer tout, est doming lui-mSme par les r^-
formes monastiques et par la lutte de TEglise centre I'Empire.
Grggoire YII et Alexandre III sent les vrais p^res des communes
italiennes, les premieres de VEurope.
Saint AusTiNDE est chez nous la glorieuse personnification de
cette lutte feconde. II reorganise TEglise dans toute sa province.
II relive sa catb^drale. 11 fonde Nogaro, et ^crit lui-mdme, dans
la cbarte de fondation, une page de son histoire militante.
La vie monastique semble doubler d'intensit^ : Saint-Frix, Saint-
Geny, Montaut, Saint-Mont, Madiran, etc., s'ouvrent aux enfants
de StBenoit. La r^forme de Cluny p^n&tre en Gascogne avec
toute la fervour de son zele pour la discipline claustral^, pour
r^ducation, pour le chant gr6gorien. Une autre r^forme ben6dic-
tine, celle de Saint Gerald, abb^ de la Sauve-Majeure, pres de
Bordeaux, s'^tablit a Gabarret, dans le monast^re du Saint S^-
pulcre. Avec ce nom, I'id^e des croisades se dresse devant Fesprit.
A leur Sipproche, les afiranchissements se multiplient. Mais,
chez nous du moins, le mouvement communal est ant^rieur. Les
coutumes concM^es par des abb^s semblent lui tracer la voie.
II n'y a rierl de plus pr^cieux en ce genre que les usages de Saint-
Sever accord6s, vers 1 092, par Fabb^ Suavids. Nous avons aussi
de ce moine une lettre a Pascal II pour les interSts de sa maison.
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— 462 -
La grande abbaye de St-P6 de G^n^rez est fondle vers 1 030
par le due Sanche, avec un acte que Bajole appelle « une des belles
pieces qu'on puisse voir en cette matiere; » et des le commence-
ment du siecle suivant, Gh^oire d'Aster, abbd de St-P6, r^dige
les « Coutumes de Bigorre,^ de concert avec Goillaume I, ^v6que
de Tarbes. Les « Coutumes de la valine de Lavedan,» par Pierre I,
abb6 de St-Savin, sont de la m6me ^poque.
On rapporte a Tan 1 088 le premier 6tablissement des « fors de
B^m,» code politique et civil de tout un ^tat qui donnait a la
France les premiers exemples de liberty populaire. Les franchises
de Morlaas et d'Oloron, sous la forme oix foous les avons encore,
sont de 1140. La commune de Montpellier n'est guere que de
1113;celle de Toulouse, de 1133; cejle de B6ziers, de 1134.
Nimes, Narbonne, Castres, qui precedent de beaucoup les villes
du Nord, sont post6rieures aux deux communes b^amaises.
XVI. Les croisades, il ne faut point le nier, favoriserentcenoou-
vement. La part prise par les seigneurs du Midi a ces expeditions
lointaines dut Stre plus considerable que les chroniqueurs du Nord
ne le laissent voir. Du raoins, c'est un Frangais natif de noire pro-
vince, Philippe de Navarre, qui contribua le plus a donner au
royaume nouveau une legislation complete, les < Assises de Jeru-
salem.* Au reste, sa vie est parfaitement inconnue; et il ne reste
qu'une mention fugitive des chansons qu'il avait ecrites sur ses
propres aventures, et de son po^me sur « les quatre tems d'age
d'ome » entrepris a plus de soixante-dix ans.
XYII. La langue latine, abandonnant a eux-mSmes les idiomes
nouveaux qu'elle avait produits, et restant propre au clerge,
s'ecrivit peu a pen avec plus de naturel et de purete. Amat, evfique
d'Oloron, depuis archevfique de Bordeaux, qui eut tanf d'influence
dans toute notre province comme legat de Gregoire VII, a ecrit
plusieurs lettres qui subsistent encore; mais il faut lui enlever di-
vers poemes et une histoire des Normands qu'on lui*a donnes a
tort, etqui appartiennent a un moine du Mont-Tassin, originaire
de Saleme.
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— 463 -
PiBRRB DE LiBRANA, gascon de naissance, nomm^ evSque da
Ssuragosse par Alphonse I, qu'il accompagna daDS ses expeditions
coDtre les Maures, a racont6, dans une lettre interessante, la prise
de sa villa par les Musulmans. Un autre gascon, Bernard de S£-
RiLLAG, abb6 de StrOrens, et depuis archevfiqoe de Tolede, fut un
champion non moins intrepide de la civilisation chr^tienne au-delk
des Pyrenees; mais les Merits asc^tiques qu'on a quelquefois re-
vdtus de son nom ne paraissent pas authentiques.
Vital, notaire apostolique, originaire de notre province, 6crivit
lliistoire de Saint-Bertrand, ^v^que de Comminges, a la priere de
Guillaume d'Andozille, archevgque d'Auch, et neveu de ce saint,
le m^me qui publia la tr^ve de Dieu au concile de Nog^u^o, en
11 50. Gette histoire, qui se distingue des l^gendes ordinaires par
son etendue et ses garanties d'autbentidt^, est fort interessante,
malgrd le style pr^tentieux et encbevetr^ du r^dacteur. Les nou-
veaux BoUandistes Font publiee avec beaucoup de soin.
Vers le mSme temps, Garsias du Benquet, chanoine et depuis
dveque de Bazas, ecrivit une chronique de son ^glise en deux
livres, sous le titre de « Baptista Salvatoris.» Ges mots prouvent
qu'il d^butait par la l^gende de la pieuse bazadaise qui, du vivanl
de J6sus-Ghrist, porta de Jerusalem a Bazas le chef de Saint Jean-
Bapliste : tradition qui se trouve d^ja dans Gregoirede Tours. Mais
je ne connais pas autrement Touvrage de Garsias du Benquel,
quoiqu'il ait 6t6 imprim^ a Bordeaux, en 1530, par les soins de
Jean Dibarrole, chanoine de Bazas.
XVIII. La poesie latine elle-m^me essayait de renaitre. Les 6pl-
taphes en vers latins, presque toujours l^onins, qui se multiplient
de plus en plus a partir du xii^- si^cle, ne sont pas quelquefois d^-
pourvues d'une certaine adresse d'agencement. Les huit vers que
Roger I, 6v6que d'Oloron, fit graver sur un ciboire valent, au
jugement de D. Rivet, « un long poeme entier, tant par le m^rite
de la versificAion que par ce qui en fait I'objet et la matifere.»
Enfin, un moine du xii« ou du xin<' siecle, dont la vie est incon-
nue, Bernard de Morlaas, futun poete remarquable. Ilapouss6
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»
plas loin que personoe Tartifice des cadences el des rimes dans
Fhexamfetre latin, et il n'y a rien de plus curieux sous ce rapport
que ses trois livres «De contemptu niundi,» dont le fond, d'ail-
leurs, est loin d'etre m6prisable. II y a de la solidite et de Fonction,
mais trop peu de.m^tbode, dans ses deux trait6s en prose sur
r «Econome infidMe» et sur V ainstruction du prdtre.» II serait bien
k d^sirer qu'on lit une Edition de ces trois Merits d^ja publics, en
y joignant les deux po^mes in6dits «De' Mundo» et. «De Incarna-
tione,» s'ils existent encore, ainsi que lalongue prose, sipieose et
si cbantante, «Omni die, Die Maride,» que les B6n6dictinsontcru
pouYoir lui attribuer.
XIX. Gette po^ie savante ne suffisait pas k une soci6t6 d^jk
trto librement d^velopp^e et qui, arm^e d'une langue nouvelle, re-
cevait avec F^motion d'une ame juvenile les impressions d'une
^poque si agit^e. On sait que la langue yulgaire ou romane s'affirma
officiellement dfesle ix* sifecle. EUe ne tarda pas k se d^velopper,
avec des caract^res divers, au Nord etau Midi (langue d'oiel, langue
d'oc), eta se divisermSme, danschacune de ces deux fractions, en
dialectes secondaires. Le dialecte gascon est d^ja constitue au on- .
zi^me siecle. Le b^arnais, sous-dialecte du m£me idiome, est ^rit
dans les Fors de B^m avec une r6gularit6 tr6s remarquable.
Le gascon est presque partout rude, 6nergique, vif et rapide. II
a toutes les diphtbongues ouvertes (aou^ eou^ urn), toutes les desi-
nences sonores des autres dialectes m6ridionaux; mais il se dis-
tingue par la rudesse de Faspiration, Fabsence du v et de Ff, et la
frequence des lettres fortes (le t, IV) a la fin et dans le courant
m€me des mots. C'est le lien entre la langue d'oc et Feqpagnol,
comme le proven^al proprement ttt est le trait d'union entre la
langue d'oc et Fitalien. Dans le B6am, il se rapproche par plu-
sieurs details du galicien, qui devint, en 1 11 2, une langue natio-
nale, par la glorieuse fondation du royaume de Portugal. Le
languedocienoumoundtdifiere du gascon par un carabt^re marqud
de flexibility et de moUesse. Au-delk de la Garonne, le dialecte de
la Guienne porte encore le nom de gascon; mais il a perdu presque
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— 165 —
loute sa richesse et sa puret^. Vers l^oitiers, ce n'est plus qa'w
jai^on, oil les mots de la langae d'oil se rev^tent maladroitemeDt
des d^inenoes de la lai^ue d'oc. Le temps a d6velopp6 ces divers
caracteres; mais ik se rdvUent d^ dans les {das anci^mes cbartes,
et ils y seraieDt Inen plus frappants sans la teodance de la plapart
des eq^istes a imiter I'orthographe la^ne ou k se rafqprocher de la
iangae d'oc cffieielle et litt^raire.
II knporte, eo effet, de le remarquer : de mdme que la cour de
Fr6d6ric de Sicile vit aattre un vdgare nobUe distinct de tous les
dialectes locaux de Tltalie, et qui est encore fidiome litt^raire da
peaple italien, la cour des dues d'Aquitaine produisit un idiome
savant, cpjte tous les pontes de la langue d'oc adopt^ent, sans ^ard
pour leur patois natal. Gette langue officielle M cukiy^, s^s
diffgreoDoee Men sensibles, a Barcel(»ine, a Toakmse, k Avignon,
m italie.
XX. Ce n'est done pas le dialecte gascon qu'i faut ohercher
dans les oeuwes de nos Iroubadours; ils pcurlent la mdme langue
que leurs confr^es, mais il est permis de noter dans plosieurs
d'entre eux un esprit positif, pratique, qui volonliers se raille des
galanteries offidelles. Nous ne pouvons pas designer non plus «i
centre gascon de po6^e chevaleresqoe; nous n'avons que des
noms et des oeuvres tcbs remarquables, mais a pen pr6s d^pourvus
de lien commun. Une seule fois, une «coar d'amour» est citto,
avec une d^dsion des dames de Gascogne; mais ou si^geait-eHe?
Notre premier troubaderur (commenc^nent da ku* siecle) paraft
afvoir iHA un gentibomme sans €ef , a la fois po6te et jongleinr. On
le nomma Gekg^mons, parce qu'il avait comru le monde « cerquet
tot lo mon ,» pour chercher aventore. Les dnq pieces qu'il nous a
lais86es respirent la galanterie laptusraffin^e. Maisileut un ilb^e
qui lui ressembla peu.
MABGAKms (c'est son nom), fait descendre la po6sie k la pkis
tmte, quelqoefois a la pips cynique >r^alit^. Gradeux let tendre
dans un petit nombre de chansons ^narratives ou^^giaques, ilpr4-
fer^d^oyer Tironie la phis amere dans ses sirventois vindents.
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_ 466 —
Ses vers attirerent sur sa t^te des haines implacables; des seigneurs
de Guienne le firent p6rir, et les troubadours de T&ge suivant,
presque tous infeneurs a ce rude satirique, lui rendireot peu de
justice. Mais, une cinquantaine de pieces qui nous restent de lui
suffisent pour faire appr^cier la vigueur de son talent.
Pierre de Yalieres, son contemporain et son compatriote, ne
s'est surv^cu que dans trois morceaux peu importants; bien diflte-
rent de Marcabrus, il n'a encouru d'aulre reproche, de la part des
vieux compilateurs, que celui de chanter trop unifonn6ment «de
feuilles, defleurs, de chants et d'oiseaux.x>
Rien de plus attachant et de plus curieux, au contraire, qa'un
po6me didactique d'ARNADD-GuiixACME de Marsak, qui Stait le
seigneur du troubadour pr^c^dent. Cestun aensenhamen^ adress^
k un jeune chevalier. Les loisde lliospitalit^ et de I'honneur che-
valeresque y sont d6velopp^es avec les details les plus varies et la
simplicity la plus s^duisante.
Citons encore deux strophes m^lancoUques, od Diaz, chitelaine
de Muret, paraft se plaindre de son mari, Bernard III de Comoiin-
ges, etnousaurons ^num^r^ tous les troubadours gasconsque Ton
pent rapporter avec certitude au xii® sifecle. Nous reprendrons tout
a Theure la suite de la po^sie romane au si^le suivant.
XXL Mais, a c6t6 de la po^ie lyrique et satirique des Ux)u-
veres et des troubadours, le onzieme et le douzifeme sifecle firent
^clore, on le sait, de grandes 6pop6es nationales. C'est I'^poque
du cycle caroUngien, que Ton aurait tort de regarder comme un
produit privil^gid du Nord de la France; il se d^veloppa parallMe-
ment, dans le Midi, en plusieurs po^mes proven^aux. La plupart,
il est vrai, sont perdus; et parmi les cinq ou six qui subsistent, il
n'y en a aucun qu'on puisse attribuer surement> la Gascogne.
Toutefois, notre province doit revendiquer une bonne part dans la
formation de la l^gende chevaleresque de Charlemagne et de ses
Pairs. Cest dans nos montagnes qu'on a toujours montr^ la brfeche
gigantesque ouverte par Tep^ede Roland. On conservaitson oUfant
a Belin, dans nos Landes. On honorait son tombeau a Auvillars,
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— 167 ~
en Condomois. Les Gascons elaient les plus empresses des Meri-
dionaux a visiter le sanctuaire de Rocamadour, en Quercy, qui
possede toujours la Durandal elle-mdme. Enfin, les «Douze Pairs »
sont Tobjet d'un drame curieux, repr6sent6 encore en B6arn en
1 833, et qui portait M. Fauriel k attribuer a ce pays la premifere
origine des traditions meneilleuses que Th^roulde et le faux Turpin
ont mises en oBuvre.
J'oubliais que la race basque se vante d'avoir aussi sa« chanson
de Roncevaux,» le « chant d'Altabicar. » Mais c'est la contre-partie
des hymnes de louange en ITionneur de Charlemagne et de son
Paladin, qui ont retenti dans toute I'Europe; contre-partie oh Fac-
cent de Tind^pendance et de la fierte ibferes r^sonne avec une ad-
mirable puissance : et cependant, faut-il compter beaucoup sur
Tauthenticit^ de cette chanson pyr6n6enne qui n'a 6t6 r6v6We que
bien tard a la R6publique des lettres?
XXII. Les iddes n'allaient pas sivite au moyen-ige que de nos
jours. U faut arriver au treizi^me sifecle pour voir le plein develop-
pement de la vie communale dans les moindres bastides de notre
province, ainsi que Tentifere floraison de lapo^sie vulgaire. L'archi-
tecture seule avait d6jk fourni une p^riode complete; mais elle en
accomplit une autre, sous des formes bien plus ind^pendantes de la
tradition antique et plus merveilleusement deciles a Tinspiration
spirituaUste de la foi chr^tienne : le g6nie catholique n'a jamais
plus heureusement qu'au si^cle de St Louis <^ b&ti des po^mes
avec des pierres. »
Au demeurant, TEglise de Gascogne a trop a faire alors pour
foumir beaucoup de noms k ITiistoire litt6raire. C'est I'activit^ ext$-
rieure qui domine dans la vie de nos pr^lats comme dans les canons
de nos conciles (SaintSever 1208, Nogaro 1290). La croisade
continue sans interruption centres les Maures d'Espagne et centre
les Albigeoisde France. Nos seigneurs et nos archevfiques passent
plus d'une fois les Pyrdn^es, et FOrdre chevaleresque de Saint-
Jacques s'organise au miUeu de nous pour la d6fense de la Foi.
Les institutions monastiques qui s'^taient multiplides au sifecle
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— 468 —
pr^c^dent (Bouillas, Berdoues, Gimont, la Case-Dieu...) semblent,
quoique florissantes, perdre leur ttcondit^.. Au peupte qui venait
de naitre k la vie publique, il fallait des religieux qd lui ressem-
blassent : les abbfis ressemblaient tant aux seigneurs! Heureuse-
ment, StFrangois et St Dominique 6taient venus.
Les Frferes Mineurs, chevaliers de la sainte PactnTe*6, s'ftaWis-
sent a Nogaro et a Auch vers le milieu du xm^sSfecle, else r^n-
dent bientfit datis la province; mais il tfest pas facite de marquer
leurs 6tapes, et d'ailleurs ils ne nous foarrriroirt encore cle long-
temps aucun worn d'fecrivain. Pfoublions pourtanlpas deciterfrfere
Bertrand, le bigle de Bayonne, qui lutta virtorieosement i Borne
contre Guillaume de Saint-Amour, le fougueux adversaire des
Ordres mendiants.
Xin. II faul nous arrfiter plus longteraps snr TOrdre de Saint-
Dominique, n6 tout prfes de nous, et totrjours plein de z61e pour ies
lettres dirttieniies. Les Frferes PrAcheurs, partis -de Tonloiee, sont
k Bayomie dfes <221 , a Or*ez 6n 1250, k Ooodom en 1261 , a
Moriaas en 1268, Si Saint-Sever en 1280, a Lecloure ^\ 128S-
Panm les prierars, dont les noms el les WMrtatiQns sont soigneose-
ment not^s dans 4es m^moires de Goidonis, en f^rtie pubfi^s par
D. Martene, en partie fnaniiscnts k la BiUiotbfeque imperii, il y
aphis d'unecrivain.
Pierre de Vawetica, fr^re Prficheur de Bayonne, phisiewsfois
provmcid, et qui refosa F^vedi^ de Lesoar, avait^crtt^Oictamiiia
et Carmina, » et de plus un « Traits sur les degr6s de la cMtem-
plaltion. » On vante T^toquenoe de ce frere « petit de taitte, grand
en "vertu , flambeau des ttonts de Gascogne , •> qiri mourut eo i 277 .
GmLLAUME DE ToNWEOfs, qui fijrt priear dX)rtlieE en 1 257 6t
mourort a Marseille, acquit une grande replication cciinme prMica-
tem^, et cof]^)osa, dit-on, des commentaines sur toute FEcritiire
sainte, mais il n'en reste aucuiie trace.
IteRNARD DE Juzfc, 96 OR Bazadais et onzi^emaitm dei'Ordre,
ecrivit en cette quiAite deux lettres encycbques, publi^es par D.
Martfene.
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- 469 —
Arnaup du Prat, n6 k Condom, entra dans FOrdre vers 1 255,
et mourut k Cadillac en 1306. II avait compos6 un « Office en
i'honneur de Saint Louis » que le roi Philippe-le-Bel, a qui il 6tait
dedi6, fit recevoir par les 6glises de France; celle de Paris s'en
servit jusqu'au xvii* siicle. Arnaud du Prat eut des persecutions a
subir pour des « cantilenes » dirig^es contre ceux qu'il accusait de
la deposition de Murrion, septieme general de TOrdre, son intime
ami. Ces chansons etaient peut-Stre 'des rhythmes latins, plus ou
moins semblables a sa prose « Lodovicus, decus regnantium; > mais
j'aime mieux croire, d'^qprfes les expressions des chroniqueurs domi-
nicains, qu'il s'agit de sirventois en langue proveuQale, et que le
frere condomois etait troubadour en mSme temps quetheologien.
XXI Y. S'ilen est ainsi, les ^mules en rime romane ne lui au-
ront pas manque. Le bataillon des troubadours de Gascogne, du
xiir sifecleest command^ par un vrai pofete, GiRAm) deTalenson,
dont on place la mort vers Fan 1225. II cultiva surtout le «des-
cort,» strophes en ?er$ in^gaux, peignant les tortures d'un amour
malheureux. Presque toutes ses pieces sont remarquables par la
verite du sentiment, la richesse de style et la variete des combi-
naisons metriques. L'une d'elles, «Fadetjoglar,» est tout unpoeme
didactique, d'une importance capitale pour Thistoire de la po^sie et
de la musique au temps des troubadours et des jongleurs.
La funeste alliance de la pofeie romane avec Theresie albigeoise
delate dans un sirventois energique de Bernard de la Barte,
dont on a fait, a tort heureusement, un archev^que d'Auch. Mais
les recueils des troubadours renferment une chanson d'un Evi^que
DE Bazas anonyme, qui ne convient pas beaucoup mieux a un Pre-
lat, quoiqu'elle ne franchisse pas les hmites d'une galanterie respec-
tueuse.
Le ton est plus que libre, au contraire, dans le fragment qui
nous reste de Pierre de Gavaret, probablement de lafamille des
seigneurs deGabardan. Nos gentilshommess'adonnaient frequem-
ment a la poesie. Arnaud de Comminges a laisse un sirventois oil
respiieTirritation de la petite noblesse contre les communes. Ber-
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— no —
nard-Arnaud d'Armagnac (vers 1219), adressa quelques vers k
la dame Lombarda de Toulouse, qu'il quittait brusquement pour
ne pas perdre ses beaux chateaux menaces. Roger-Bernard III,
comte de Foix, prisonnier du roi de France aprfes le siege du Sem-
puy (1272), a laiss6 plusieurs strophes d'une belle mspiration
patriotique. II nous reste de TficuYER de l'Isle, dont le nom est
inconnu, nne chanson centre Fingratitude d'une dame.
Gaurert Amiel «de Gascoingna, paubres cavalliers e cortes e
bons d'armas,» fut un troubadour de profession; on vantait Texacte
cadence de ses vers, et la seule piece qui nous reste de lui ne de-
ment pas cet ^loge.
Les chansons de tous ces poetes contribuerent a ^chauffer la
verve des trouveres du Nord. Le plus c^lfebre de ceux-ci, Thibaut
de Champagne, qui nous appartient un pen, comme roi de Navarre,
semble attester cette influence :
Au repairier (retour) que je fis de Provence,
S'esmut moD cuer un petit de chanter.
Et pourtant la po6sie meridionals se mourait, moins par les ri-
gueurs de la croisade albigeoise que par le froidtoujours croissant
de sa galanterie conventionnelle. Le dernier troubadour gascon,
avant la tentative de renaissance que nous rencontrerons au sifecle
suivant, est Guillaume de Tddelle (en Armagnac); mais c'est
sous le froc monastique el dans un cloitre de Provence qu'il 6crit
sa chronique rim6e de la lutte du Nord et du Midi au xiip siecle.
La « Cansosde la crozada centrals eretgesd' A lbegez» publiSe par
M. Fauriel est, avant tout, un prScieux travail historique; mais,
dans les recits et les discours relates par le moine rimeur, il y a
souvent de FSmotion, de I'filoquence et de la pofisie.
XXV. Dans toute cette p6riode, ITiistoire ne s'Scrivit guere
parmi nous que dans les actes officiels, qui en restent toujours les
sources authentiques. Chaque chapitre, chaque convent a son
«cartulaire,» dont rimi)ortance est capilale pour Thistoire des
id^es autant que pour celle de la vie civile. On ne saurait trop re-
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- 471 —
commander Ik conservation et F^tude de celles de ces chroniques
impersonnelles qui subsistent encore : les carlulaires de Berdoues
et de Gimont au s^minaire d'Auch, celui de Bayonne au tresor de
Pan, c6ux deComminges et de Saint-P6 iTarbes, celui de Saint-
Mont chez M. de Corneillan, etc.
Les moines et les dercs continuaient a ecrire des legendes. La
vie de St Clair, ap6tre de Lectoure, qui paralt remonter au
xir siecle, est un travail considerable dont le second livre, qui
aurait et6 le plus int^ressant pour Thistoire, ne s'est pas retrouv^.
La l^gende de St Luper, ^rite probablement dans le prieur^
d'Eauze, et conserv^e dans un «Yitde sanctorum* de Berdoues, est
un amas de merveiiles inacceptables, r^dig^es sans aucun gotkl. On
ne pent gufere juger plus favorablement celles de Saint-C6rat, de
SS. Sever et Girons, de St L6z^ (Licetus), dans les raanuscrits de
Tabb^ Daignan, etc. La seconde Iggende de St Orens a, du moins,
recueilli des traditions popukires bonnes a conserver; la troisi&me
est gdt^e par des fictions d'origine espagnole.
Quelquefois aussi, les moines tichaient de r^diger les souvenirs
et les archives deleur convent. La «chronique de Berdoues,» dont
la demifere date est de 1285, a 6t6 pubWe par D. Vaissette.
D. d'Ach^ry a 6dite la tres curieuse «Historia abbatiaa condo-
miensis;» mais, comme il y a fait des retranchements, il est bon
d'avoir recours a la copie conserv^e a la bibliotheque imp^riale. Le
mfime ben^dictin a public un acte pr^cieux du xiii« sifecle, par
lequel un abbe de Couserans acquit plusieurs livres de th^ologie
pour Fabbaye de Condom. Les 6tudes eccl^siastiques s'am^lio-
raient : nous les verrons prendre un grand d6veloppement au
xiv siecle, a Faurore de la premiere renaissance classique.
LiONCE COUTURE.
DigitizecTby VjOOQ IC
— 472 -
RECHERCHES HISTORIQUES
sua LINFLUENCE DU PaOTESTANTISHE
DANS LA PROVINCE D'ADGH
PeaidMit la ••eaadle Miiltt^ da zrr Allele.
pROCfes-VERBAL de PEtat de$ Eglises du diocese d'Aire, en vertu des
LetPres etauses de Charles IX^ toy de France, en date du & odo-
bre 1871.
(Suite.)
MONASTERE DU MAS.
Le mofaastere du Mas^ d'Aire ordre de St Benoit uni conraie dit est
k r^vech^ d'Aire, il y a dix places monaqaalles.
Les offices de prieur, sacristain, dtaoibner, aumonier, oimier ct
vieaireperp^tuel, leequelles places monacbales sont coDfSr^ par T^v^que
d'Aire et par les religieur et le cbapitre, et les offices et vicairerie per-
p^tuelle par ledit 6v^que. II n'iaaujourd'huique quatre religieux prfitres
profes et un novisse, savoir est nous Andrt Bourgeois qui sommes prieur,
fr^re Guillotne Argagnon sacristain, fr6re Pierre de Bargues chambrier
et frere Antoine de Bordes aumonier et pr6dicatettf du Saint EvangiUe,
et le nomm^ Arnaud Vergues. Les autres places sont vacantes pour la
pauvret6 qui y est.
Le vicaire perp^tuel est M® Jean Sonsac prfitre qui dit les messes par-
roissiales et administre les Saints Sacremens.
Les divaius offices y sont fails par les religieux, lesheures canonialles,
matines, prime, tierce, sextc, none, vfepres et complies, et aussi deux
messes, une grande et une autre pour les tr^pacfe et la grande messe,
ainsi queloit accoutum^ mais non pas si bonorablement tant pour la
povret6 et petit nombre que pour avoir et6 toute T^glise, monastere,
brul6 et enti^rement ruin^s par les gens du comte de Mongomery. Les
omemens, livres joyaux et clocbes aussi brulc^es et emporttes telement
qu'ils sont contrains de faire le servisse entre les mines des nnirailles
sous la voute de deux chapelles qui nc sont pas tomb^es et que les reli-
gieux out fail couvrir, ct habitentpanni laville; et encore furent brulees
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deui maisoDs des habitants de la dite ville, le feu s^tant pris au monast^re
tous leurs biens fureat ravis et eaiportte et aussi dixmes qu'ils preoaient
tanteo la juridiction du Mas d'Airequ'ii Bachen, 6s aDDees4569 et
mo.
Moisaere 2. — Fr6ce Pierre Marceille et Jean Caron religieux du
dit monastaire furent lufe et massacres le dit Caron en la dite vilie
d'Aire par lesgens du comte deMongom^ri, et le dit Marceille ayant ^t^
pris en la dite ville par le dit Laborde et Hyon, fut massacre k une lieu
pres de li.
PRIEUR DU MIS APOSTAT ET MARIE DE MJ^ME 4 ADTRE8 MOINES MARIES.
Et avant les seconds troubles ftr^re Bernard de Moncamp pr6tre et
jadis pricur du dil monast^re avoit apostafii^ et s'est depuis mari^ en la
dite irilie du Mas ou il demeure ave^ sa bmf, eobnts au grand escan-
dalle de tout le monJe; et semblablement fr^re Bernard du Gace et
Amaud Darjusao, Jean Gastelnau et Etienne Dangoumau quidu depuis
sent d^cM^s sauf le dit Gastelnau qui se tient au pels de Bearu voiain; et
on a opinion que le dit Moncamp a moyennQ de faire brCder le dit mo-
nastere et Tdglise comme il set jact&
LATRILLE OU BUROS.
Au dit prieur^ claustral est unie T^Nse de Bureaux prte la ville du
Bits ou noud faisons le divin servisse, messe paroissialle administrons
Ik sacremens, mais I'^glise a i^A ruin^ et les ornements ont^tfe pillte
par )es gens du dit Mongom^ri.
Le dit chapitre du Mas coneourrait en T^ection 0)avec le diai^tre
de la dite ^iise cath^drale d'Aire lorsqu'il y avait lieu de I'^leetion.
ST-CRIC, GAILLl^RB, ST-m£dARD ET CACHEN.
A la presentation da dit chapitre d'Aire sont les ^lises pajrroiasialles
etvicaireries perp^tuelles de St-Cric. Gaill^res, de St-M6dard deBeaune,
etde Cachen, I'institution k I'^veque d'Aire; esquelles il y a cure d'ames.
De St Cric en rarchipretre du Plan est cur^ noble Gabriel Lomincans
pr^tre qui y reside sur le chceur et fait le divin servisse ainsi que de
lous terns; et les sacremens administr^s et paroissiens bien instruits par
(1) C'esl I'^lection de TEvSqae d'Airo, selon toulo appareacc, avant le concordat
tie 1516.— Voir, plus haut, la note do la page 8a.
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- 474 —
le dit curt et son vicaire M« Jean Fontannier qui fut grandement blesse
et jusque k la mort par les gens du capitaine Soli6de la dite religion.
GlILL^B.
De r^lise parroissiale de Gaill^reen Tarchipretrt de Marsant est cur6
ou vicaire perp6tuel Jean de Porquier, prfitre, qui y r&ide et administre
les sacrements, mais non si honorablement qu'auparavant parce que la
dite ^lise a ^t^ bruise ou une par tie d'icelle, et les livres omemens et
joyaux et cloches pill^ et emport^ par ceux de la religion pr^tandue
conduits par le capitenne Soli6 de la dite religion.
• ST-M^DARD DB BEAUSSE.
DeT^ise parroissialle St Medard de Beausse l^s-le Mondemarsan est
cur^ ou \icaire perp^tuel M* Jean Yignalli pretre qui y reside et fait le
divin servisse mais non si honorablement qu'auparavant, la dite Eglise
ayant iik bruise et les omemens cloches et livres emport^s par ceux de
laT religion etant au mondemarsant (4).
CiCHEN, GINS ET ST ETIBNNE.
L'eglise parroissialle de Cachen et ses annecces des Gins et St
Etienne, en Tarchipretr^ de Roquefort; est cur6 ou vicaire perpetuel
M* Jean Chary qui ni reside point et n'y a jamais rien fait : mais le
divin servisse est fait par M* Jean Dutruile pretre; mais non si bono-
rablemet parce que Teglise du dit Cachen et maisons a elle apparte-
nante a ^t^ brulee par les gens de guerre du capitaine Thoras de la dite
religion pretandue Ian ^569; ainsi tons les ornemens joyaux cloches et
livres de la dite Eglise et annexes et un calisse d'argent fut pris par un
nomm^ Barthelemy L'andrieu de St Justain de la maison du margullier,
et Jean Dagos et Jean Dasponteuil dit Pretanderont de Roquefort, au
nom du capitaine Barthelemi Roux catholique; prirent par force i 6 me-
sures meture appartenante k la dite annexe; et M* Remon Labarchede
catholique de Roquefort en a emport^ les cloches de St Etienne.
l'abbatb db st jean db la castblle.
En rarchipretr6 de Tursan d'Urgons est Fabbaye de la grace de Dieu,
autrement de St Jean de la Castelle ordre des Premontr6s, a la nomioa-
(1) Voir, plus haut, page 86.
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— 175 —
tioa du Roy suivant le concordat, en laquelle se fait le divin servisse
nuit et jour par les religieux suivant leur regie.
De la dite abbaye ou monastaire est abb^ frere Jean de Capdequi
Docteurde Paris en la faculty de teologie et religieux prof^s paisible pos-
sessur d'icelle 42 ans y a ou environ residant a jcelle, vacant a la pre-
dication du St Evangille depuis le dit terns sincerement et catholique-
ment selon la determination de Stc Eglise Gatholique et Romaine.
En la dite abbaye navoir nombre determine r^e religieux; commune-
mentyen avoir eu18 ou 20 qui etoient nouris par le dit abb^; etpeut
avoir ^ 2 ou 1 3 ans que le dit abb6 accorde avec les religieux de la dite
abbaye qu'il leur laisseroit certains biens de table abbecialle pour se
nourir et entretenir et doivent etre toi^jours -16 religieux pretres et 4
novices seculiers ou reguliers. Appresant n'y a que 6 religieux pretres
et un enfant pour assister et chanter les messes et un soldat estropi^
que le Roy y a mis; les divins servisses y est fait et celebre; comme
matines, tierce, sexte, none, vepros et complies tout ainsi qu'aupara-
vant, mais ne le pouvant faire si commodement dotant que la dite ab-
baye monastaire et maisons de Tabb^ un beau chateau et toutes les
meteries et granges ont iii bruises par les gens du comte Mongomeri
en Ian ^569 : orgues, choeur, Images, retables, chapelles bris6es joyaux
et ornements de grand pris et les linges brul^ et emportte, de sorte qu'il
n'y est rien demurs que la couverture de Teglise et d'une autre maison;
demurant les dits Religieux bien pauvrement logte en un galatas et le dit
abb^au lieu duDuhort pres la dite abbaye.
Les bleds vains et autres fruits furent pris la dite ann6e et aussi Tan-
nee 1570 jusques a la publication de la Paix, par ceux de la garnison
de St Sever de la dite Religion; et depuis en ladite annte a la solicitation
du seigneur de Roussi iVI« des requites de L'hotel du roy qui a donn^ a
entandre a sa majesty que la dite abbaye vaquoit par le deces de mes-
sire Christophe de Foix de Candalle Eveque daire et que le susdit abb^
lui avoit resign^.
Le dit seigneur a mis sous sa main la dite abbaye, et depute 6co-
nome inessire Pierre de Mermes s' de Ravignan cousin jermain du dit
s' de Roussi; a I'occasion de quoi le pauvre abb6 (/. de Capdequi) ne
peut bonnement jouir quoiqu'il naye jamais resign^ ladite abbaye en
faveur du dit fu de Foix, et par ainsi ne put bonnement vivre ni faire
les reparations n^cessaires en la dite abbaye ni continuer celles qu'il
avoit r'^ja commence comme le chapitre, refectoir; et feut en ses vieux
ans ag6 de 72 ans.
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— 476 —
BORDEEES, PRIAM.
Depuis Tan 4553 M' de Rahan Louis pour quelque aceord fait entre
feu Hanry de Navarre (4) oncle dudit Louis et le dit abM prend la dime
dc Borderes Priam et de Renun qui est une bonne partie de la dite
abbaye.
De ladite abbaye dependent les benefices reguliers nomm^s granges
simples, a la piaine collation de Fabb^ et cures ou vicaires perp^tuelle,
a la presentation du dit abb6 et Tinstitution des Eveques aux dioceses
desquels ils sont situ^s.
Au diocese d'Aire sont les granges, cures ou vicairies perp^uelles de
Borderes avec ses annexces de Priam en Tarchipretr^ du Plan, en la
presentation du dit abb^ et institution de TEveque d'Aire; en est posses-
seur aujourdhui frere Mattieu Pargade pretre religieux de la dite ab-
baye qui y fait le servisse, mais non si bonorablement parceque la diie
eglise de Borderes et annexce de Priam dont a ii& bruises par les gens
du comte Mongomeri et la maison du cur^ bru16e et tous les ornemenis
et livres pillfe.
DUHORT.
L'eglise parroissiale ou vicairie perpettielle de Duhort en Varchipretre
d'Urgons est alapresentatioa du dit abb^ ayant charge d'amea, possed^
par frere Arnaud de Sous pretre religieux de la dite abbaye qui y fait le
service ainsi qu'etoit accoutum^, mais non si bonorablement parce que
Teglise a ii6 anti^rement brul6e et encore ny a rien de repar6, lesorne-
mens livres clodies et joyaux pill^ et bruits et aussi la maison du cure
par les gens du comte Mongomeri.
GAZBRES.
Leglise parroissiale de Gaz^res ou vicairie perp^tuelle en Tarchipretr^
du Plan ou a cure d'ames, est a la presentation du dit abb^ et institu-
tion dudit eveque d'Aire. En est cur6 ou vicaire perp^tuel fr^re Arnaud
de Lamarque pretre religieux de la dite abbaye qui y fait les divins ser-
visses et administre les sacremens comme avant les troubles, mais non
si honorablen)ent dautant que Teglise a ^t^ ruin^e les autels et chapelles
rqmpues les ornements livres joyaux et cloches bruises et pilltes par
les gens du comte Mongomeri, et aussi la maison du dit curd et tous
meubles pris.
(1) Aieui de Henri lY,
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— 177 —
LACQDI.
La grange ou Teglise parroissialle de Lacqui ou Vicairie perpetuelle
en Tarchipretr^ de Mauleon est a la preseatation^du dit abb6 et institu-
tion de Teveque d'Aire; le sieur de Capdequi en est tilulaire, [ex dispensa-
Hone apostolica) et y fait'faire le divin service et y va precher parfois; la
moitie de I'eglise a 6t6 bruise et les calices ornemens joyeaux, livres et
une cloche pill6s, et aussi la maison, et tons les biens qui y ^toient par
les gens du dit Mongomeri.
MAILLERES ST REMT ET CA»RO.
La grange ou Teglise parroissialle et Vicarle perpetuelle de Mailleres
est a rarchipretr6 de Roquefort avec ses annexces de St Remi et Carro
depend de la dite abbaye.
JCLUC ST JCLLIEl^ CBEON.
La grange ou FEglise parroissialle et Vlcarie perpetuelle de Juliac et
ses annexces de St Julien et Creon en Tarchipretr^ de Roquefort est a
la presentation du dit abb6 et institution de Teveque d'Airc; a charge
d'ames, en est titulaire et possesseur frer^ Marie de la Saubaigne pretre
reiigieux de la dite abbaye qui y reside et fait le dlvin service, et admi-
nistre les sacrements avec un vicaire comme etoit accoutum^, mais non
si honorablement parce que Teglise de St Julien a^t^ brulee et les au-
ires mioses et les livres, calices et ornements pris et emport^s par les
gens du capitaine Thoras et du capitaine Baudignant de la religion
pr^tandue; et tous les biens, ornemens, et meubles du dit grange pillfe
et emport<is par des gens qui se disaient les uns huguenots et les autres
catholiques, qui ne faisaient que piller qui plus pouvoit.
LA GRANGE DE PITIE.
La grange de piti^ les-le Mondemarsant est ^ la collation du dit abb^
et n'y a cure d'ames; en est titulaire Martin de Supersantis Ecolier k
Bordeaux et s^culier; laquelle a ^t^ pill^e el ruin^e par ceux qui etoicnt
au Mondemarsant.
Massacre. — Deux reiigieux de la dite abbaye (de la Casielle), ont ^tte
massacrte dont le premier fut Pierre Tastet, grange de Bord^res qui fut
tu^d'un coup depistoUet par le capitaine Colonges au mois d'aoOt \ 569,
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— 178 —
et frere Elias d'Aubin fut tu^ et brul^ par les gens du dit Mongomeri
au mois de septembre en suivant.
PIMBO, CHAPITRE.
En r^glise coUegiale seculi^re de Pimbo, y a un abb6 ou doyen et 7
chanoines, et un chantre; n'ont aucune jurisdiction, ni correction : ainsi
ie dit abb^ ou doyen et chanoines sont sous la correction et jurisdiction
de I'eveque d'Aire, et avenant vacation de la dte abbaye oa doyonn^ la
nomination et Telection en SLpwriieni pleno jure aux chanoines et scm-
blablement les dt chanoines chacun un mois; et y a charge en la dt
Eglise de chanter six fois matines Tannte seulement qui est aux fttes
annuelles^ et si dit aussi tous les jours une messe haute et une autre
pour les tr^passes; en certains jours de la semaine s'en dit trois; et
tous les jours vepres et complies.
L'abb6 ou doyen est cure, Bertrand de Serpesac pretre bachelier en
droit qui y r&ide et y fait le service par fois. Les chanoines sont M"**
Jean Sensac protonotaire, St Jean de Thaux, Bernard VignailU licentie
en droit, Fortip Lacoste M« arts pretre, Fortis Picon soudiacre, Jean de
Moncade clerc ecolier h Bordeaux et JeanDemauries clerc, lesquels resi-
dent sauf le dt Moncade; le divin service est fait commeaccoutum^, mais
non si honorablement parce que I'eglise a 6t6 ruinfe et une partie bruise,
et aussi le choeur, les autels brisks, les livres, ornements, joy aux et clo-
ches pris et pilles par les gens du dit capitaine Thoras et un nomm6 Pictis
bayle de Geaune. La custode et quelques reliquaires furent pris par le
capitaine Ladou ministre, Jean de Bernede et les Parraberals de Geune;
et une croix d'argent par Pierre de Lairac, Jean de Lyon, et Antoine
de Momas, et un beau calice d'argent par Ramounet de la Soubieil les
tous de la religion pretandue; aussi la maison abbatialle a i\i ruinto et
bruise par les gens du dt Thoras et tous les meubles pill^ et les mai-
sons des chanoines saccag^es, et emporterent des fruits de la dte ano^
•1569 et 70, ou en partie.
Et un nomm6 le capitaine Brasselan de Beam les a pris et prand
aussi les fruits de la dixme de Pechevin en Beam joignant le dt
Pimbo; de quoi ont baill6 requete de la Reine de Navarre pour leur faire
rendre, et les laisser jouir ainsi que ceux de Beam jouissent de ceux qui
sont es terres du roy; mais n'ont rien peu obtenir; cinq chanoines ont 6i6
prisonniers le dt de Gensac deux fois, la premiere fois par Jean Dupin
(le Samadet; lejeuneLuzan de Cazeres et autres voisins le ranconnerent
six.vingt ^cus; et I'autre fois par le vieux Luzau autrement Gabasbrielle,
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— 179 —
le petit farimont de Geaune et autres, et ranconn^a cinqcensteus^ aussi
M« Pierre Phesant et Arnaud Guillem De Laur aussi chanoine furent
pris et rencoan^s, Phesant k mille fraDCS et de Laur & 600 par Lucmaude
Buanes, Magdelon et Dupin, lesquels Phesant et Duiaur sont du depuis
deced^s;ledt Picon auroit aussi &ii prisonnier mais depuis 6chapa.
Massacre S. — Out Hi tues trois pretres de la dte paroisse qui
faisoient le service en icelle.
MIREMOIST ET MAURIES,
Massacre 4. — L'eglise parroissialle de Miremon et son annexe de
Mauries est a la presentation du dit ahhi et chanoines, oix a cure
d'ames et di celle est cur^ le dt Vignali qui y fait faire le service et ad-
ministre les sacrements comme auparavant par un vicaire^ car lui ne
r^de point; mais I'^gllse du dt Miremont et Mauries out ^t^ pill^ les
ornemens joyaux livres et cloches emport^es par le dt de la dt religion,
et la dte Eglise de Memiremon brul^. M* Ramond de Castets pretre
du dt lieu fut tu^ et massacr^ par les gens du & de Montemar.
LAUBET.
Massacre ^ . — En Teglise collegialle susdte et Teglise parroissialle de
Pimbo et de son annexe de Lauret a cure d'ames et est de la collation
de TEv^ue d'Aire. M« Berna^ de Barros pretre est cur^d'icelle et fait
faire le divin service et administre les sacrements par un vicaire comme
auparavant avoit accoutum^; car lui n'y reside que par fois; la dte
EgUse de Lauret annexce fut pill^e et dicelle le vicaire qui ^tait M^' Ar-
naud de Pemude fut tue par le capitaine Golonge.
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— <80 —
A LA M^OIRE D'ANTOmE DE HAUTESERRE.
Giographie de rAqaitaine (1).
L'Aquitaine primitive se pr6sente sous la forme d'uD triangle
irr^golier, circonscrit par le cours de la Garomie, TOc^ et la
chaine des Pyr^ndes. Vers le milieu de cette chaioe, et sur la
masse granitique du moot Cylindre, viennent s'appuyer les mon-
tagnes de Bigorre, contre-fort gigautesque qui s'^l^ve en droite
ligne vers le nord, se prolonge dans les hautes coUines de TAr-
magnac pendant quarante lieues, toume ensuite vers le nord-ouest
pour suivre k une distance variable les ondulations de la Garonne,
et vient mourir a Textrdmit^ de la Pointe-de-MMoc. Au-dessus
de N6rac, un rameau se ddtache et se dirige en ligne courbe vers
Bayonne. Ce vaste territoire se trouve ainsi partag^ en trois regions.
La region fertile de la Garonne, longue come d'abondance dont
la pointe est a Bordeaux et la bouche au plateau de Lannemezan,
d*oii partent en ^ventail, du sud au nord, la Baise, le Gers, TAr-
rax, laGimone et la Save. La pauvre et triste region des Landes,
comprise entre les collines du Bordelais, les dunes de TOc^an et
les coteaux de la rive droite de TAdour, pays de grands ^tangs
salfe, de bruyferes et de pins, od le ruisseau de la Leyre conduit
lentement au bassin d*Arcacbon les eaux stagnantes et fievreuses.
La region du B^am, ou la Douze, le Midou, TAdour et les Gaves,
marcbant en arcs de cercle de Test a Touest, toument leurs con-
cavit^s vers la montagne, et confondent enfin leurs cours qui vient
encore grossir devant Bayonne la rivifere de la Nive. Voilk Tantique
patrimoinede la race ib^rienne dans les Gaules, terre excentrique
etde transition quin'estni le nordnilemidi,s^par^edel'Espagne
mauresque par une muraille haute de quinze cents toises,moins ro-
maine que le Languedoc par les traditions et les souvenirs, et dont
(1) Reprodaction interdite.
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— 181 —
le sort ne devint traiment celui de la France que lorsque Henri IV
^ntra dans Paris k h tete des cadets aventareux de ia Gascogne.
S(m climat est comme son histoire. Ici rinterminable lotte des
nationS) la la gaerre ^temelle des 616ments. Les orages comraen-
cent en avril et souvent pkis tdt, mais c'est en 6t6 sortoat qu'ils
sont terribles. U est midi, le soleil est roi, la chaleur aigre, Tair
immobile. La-bas vers la montagne, quelques taches sombres ou
d'un blaoc sinistre se distinguent a peine sor Tazur ardent du ciel.
Vous n'y prenez pas garde. Patience. En deux heures, les petite
noages ont fait du cbemin; les voila qui cement d6}k rborizoa d'un
cr^scule mena^ant, tout a coup illuming des zig-zags rapides de la
foudre; sur la portede ratable, lepaysan regarde d'un air imfuiet; il
dcoiUe le bniit du toitaux premieres gouttesde ploie. C'estlecrisec
defi grel#ns tombaat sur les tuiles; la terre blanchit ea an moment. —
Adieu vendauge etmoisson. Comment feroos*nouspour passer llii-
ver? L'usurier ne veut plus attendre, I'huissier est la avec ses recors.
Chose efl&x)yable que la gr^le (1), surtout quaod le ¥ent d'au-
tan vient apres. Qu'il souffle une journ^e seulpment, le sol durcit,
les plantes qui relevaient la tSte se dessfechent comme si le feu y
6tait pass6. Mais Tautaa. ne s'en va pas pour si peu. Ce torreni
d'air aride et d^vorant qui $e rue des d&erts d'Afrique sur les
contrees diu Midi en a SQuvent pour one semaine. Les pr^s ont
soif, la terre se ride de crevasses, lavigne serre ses pampres sur
la grappe^fletrie, le mais tord seslongues feuilles en spirale, les
oiseaox secachent, l^s bceufs aveugl^s par des tourbiUoos de pous-
siere labourent impatients, le bouvier se sent las etm^con tent dee
la premiere heure. Enfin^ le ciel se couvre vers la r^on plu-
vieuse du M^doc, la montagae eat claire et sereine. Bjen s^, il
pleuYra (2). Le vent humide de la mer, le cyrch^ violent et salu-
(1) C'est en Aqaitaine qae les compagniea d'assurance contre la gr^Ie font lenrs
plus gros ei leurs plus clairs b6n6fices.
(2) Mountagno claro
Bourdcou escu
Ploujo s^gu.
Prov. gasc.
La moyenne des jours de pluie. qui est de 150 a Bordeaux, n'est que de 118 a
Touloiise.
13
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— 482 —
bre, dont les vieux Gaulois firent un Dieu (<)> d^vore sans obsta-
cle la vaste plaine des Landes, brisant la cime des pins et secouant
terriblement les cabanes des r4stniers. II s'engoufire en rugissant
dans la valine longue et sinueuse da fleuve, chassant devant lui
des troupeaux de nuages gris qui s'abattent en i^uie serr6e et
continue. Ceux qui T^coutent hurler la noit dans leurs insomnies
songent tristement aux pauvres marins surpris par la tempete sur
la c6te inhospitali^re de la Gascogne. Malheur au navire qui touche
sur ce fond de sable et de vase. Capitaine et matelots n'ont qu'a
se signer et attendre la mort les bras crois^. La lame, comme
un b^lier, brisera les ais du navire, et vomira demain au pied
des dunes les cadavres et les debris.
La pluie tombe, tombe toujours, les ruisseaux sortent de leur
lit, les rivieres d^bordent et couvrent les prairies endigutos. La
Garonne, grossie peut-dtre par une fonte de neige des Pyrenees,
route par dessus ses bords son flot rougi par les eaux ferrugineu-
ses du Lot et du Tarn. D6ja, les habitants de la plaine ont hisse
leurs meubles dans les combles et ferm^ les portes de leurs mai-
sons. Les femmes et les enfants partent les premiers, chassant
leurs bStes devant eux, et cherchent un refuge sur les hauteurs.
Le metayer reste en afriere; il s'^loigne a pas lents et le front
soucieux. Parfois, il se retourne et regarde longtemps ses champs
submerges. L'inondation grandit a vue d'oeil, le fleuve dechaine
roule d'6tranges 6paves, cadavres de bestiaux, arbres ddracines,
pitees de bois, meules de paille et barques sans bateliers. Repas-
sez par Ik trois mois apr^s. Les moissons ondulent en vagues
jaunes, la vigne joyeuse monte au prunier dont les rameaux
ploient sous le fardeau bleu4tre du fruit mdr, le chanvre se dresse
haut de six pieds, le tabac dtale ses larges feuilles compt^es par
(1) Infestat... Galliam circius (Cers) : cui sedificia qnassanti iocolse lamen gratias
agunt, tanquam salubritatem coeli sui debeantei. Divas certe Augustus templam illi,
cum in Gallia moraretur el vovit et fecit. Senec. Quoest. nat. Lib. iii, cap. 11.—
Sur plusieurs points de ia cdte de Gascogne, particuli^rement 4 Ar^s, la violence de
ce vent est quelquefois telle que les ^gliscs sont bftties sans clocher et les maisons
sans premier ^tage.
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— 483 —
la r^gie, les boeufs gigantesques au pelage pdle tirent, alleles par
le front, la charrue sans foaes du Midi.
D'Agen a Aiguillon, c'est presque Fllalie. A deux pas de
Bayonne, sous Tombre de la montagne, c'est le froid climat nor-
mand. Lagrappe n'y muritpas; le cidre remplace levin. Li-haut,
sur les croupes, montent le noyer fort et patient, le cMtaignier
qni vit de pea, le sapin, Tarbre septentrional par excellence.
A DOS pieds, en tirant vers le nord, s'^tendent la terre du Juran-
gon fumeux, les coteaux vineux du Gers, FArmagnac et la Cha-
losse, patrie de Fardent pique-^outy pere des rixes et des procfes;
plus loin le sol malgre et caillouteux du M6doc, ou la vigne, qui
brave le chaud et le froid (1), donne la gait6 sans ivresse, le vin
sage et circonspect des diners d'affaires et des repaspolitiques, qui
r^jouit le coeur sans troubler Fesprit ni d^lier la langue.
Les races sont corame le climat, contradictoires et presqu'en-
nemies. Vous les rencontrerez toutes, ou peu s'en faut, k Agen,
lors des foires du Gravier. Ici le Garonnais, haut et fleilri, a c6t6
du metayer trapu de la valine du Gers, v6tu de drogue t bleu,
nourri de garbures et de mais. La le paysan querelleur d'Eauze et
de Gabarret, ou le naaigre habitant des Landes, petit homme a
Foeil de satyre, mangeur de sardines et de lard. Les rudes mon-
tagnards de la Bigorre apportent sur leurs antiques chariots gau-
lois les planches de sapin et les armoires au bois de h^tre; le mar-
chand de toiles du B6am, courtois et beau parleur (2), s'installe
aupres du colporteur de Saint-Gaudens, humble trafiquant qui
double en toute conscience sur les marchandises qu'il voiture sur
son ^chine large et puissante. Voici le maquignon de Dax on de
Saint-Sever qui ment chaque fois qu'il ouvre la bouche, le com-
mis-voyageur de Bordeaux, enj61eur fashionnable, et peut-^tre
<1) Bimrica (vitis) a regione nomen sortita est, tnrbkies ct pluvias, et calores for-
tissime sostinens, nee in terra macra deficiens. Isid. Sev. Orig. Lib. xvii, c. 2.
(^} Bearnes
Faous e courtes
Bigourdan
Piri que can.
Prov. gasc.
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— 484 -
aussi rhomme agUe des provinces basques, avec sa veste velours,
en quete de quelque mule d^daigoee par les Aragonais ou les Ca-
talans aux dernieres foires de la St-Martin.
Si curieux que soit ce spectacle, il ne vaut pas une proineDade
rapic(e a travers ceite Aquita^ne si diverse par tant d'aspects, si
fiddle pourtant k son g6nie propre, loi^squ'on a ^u en pen^trer le
secret. Nous sommes, si voub voulez, aux sources sulfureuses de
Luchon, yille de guides, d'aubergistes et de logeqrs, qui raoQon-
neat Tetranger quatre mois durant pour vivre I^b reste de Tann^e.
Montons, en tirant vers TEspagne, au bruit des cascades et des
Gaves verts, les gra(}ins sup6rieprs de cet escalier prodigieux (1 )
qui conduit en huit marches de la region basse de l^Qaronne aux
glaciers dternels du pic de Nethou. Le paysage devient severe.
Les dernieres cabanes s'accrochent aux flancs du rocber conune
des nids de martinets; Qa et la, a des hauteurs vertigineuses, le
montagnard gauche les talus rapides de sa prairie, ou beche son
champ de pommes de terre etdB haricots; les femmes remontent
peniblement sur la t^ leur fardeau de terre entrain^e par les
fQntes de neige. du printemps. Sous la feuj^^e mobile des hdtres
et sur les croupes pierreuses, le berger, drap6 dans le grossier
manteau de laine de ses aieux (2), garde, avec son bourdon ferre,
ses troupeaux de brebis ou de petites vaches de I^ourdes, paissant
Fherbe rude, la clochette au cou, sous I'oeil de ces grands chiens
a longs poils qui se rienl des loups et font t^e k Tours. Yoici les
sapins et le^ m^lfezes, parents des nun^raux, grands arbres g^o-
m^triquesau fruit am^^r et r^sineux, au tronc cylindrique et droit
surniont^ d'une pyramide de branches, serr^s en epais balaillons
contre les temp6tes et les orages. t.a grande v6g6tation disparaft,
la njaigre pelouse se tapisse d'ceillets pales, de violettes jaunes,
de rhododendrons aux vivos couleurs, ou se posent de grands pa-
pillons 6trangement diaprds. Devant nous un hemicycle de mon-
(1) Gette bande se compose de sept a huit rangs de hauteur gradueliement d^crois-
sante. — Ramond, Observ. f^tes dans les Pyrenees.
(2) Bigerricam vestem brevematque hispidam. — Sulp. Sev., Dial, ii, cap. 1.
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- i85 —
tagnes desol^s, ou ies corbeaux toarbillonnent en cercles noirs,
c'est le port de V^nasque, doming par Ies sommets chauves et
menacants de la Picade et de la Pique. Arrivons jusqu'i cette*
croix de fer qui separe Ies deux royaumes, au-dessus d'un 6troit
passage toujours balay^ par le vent. Une masse noire, gigante^-
que, disolee, dresse d'un bond sa triple tfite couronn6e d'eternels
frimats : c'est la Maladetta.
Reposonsruous un instant devant cette masse ^norme de granit
fig^, d'ouj'ai vn sed^rouler a mes piedslesplaines duLanguedoc
et Ies valines de TAragon, pendant que Ies montagnes in£6rieures
s'^chappaimt vers Bayonne et vers Perpignan, comme une l(H)gue
mer p^trifi^e tout a coup pendant la temp6te. U fut un temps ob
le vaste Oc^an primitif couvrait tout de ses flots brdlants* Avee
Ies si^cles, Ies eaux se refroidirent et se peuplerent de monstrueux
animaux; le lit des mers fut soulev^^ des continents surgirent et
s'abimferent. La catastrophe qui fit naitre le plateau central de la
France poussa vers le ciel, du mSme jet, Ies montagnes duB^rn,
de la Bigorre, de la Garonne, du pays de Foix et du Roussillon,
dominies par Ies trois pics de la Maladetta. Une autre revolution,
peut-^tre le soulevement des Amdriques, d^laoa la masse des
«aux. Les Pyrdn^es furent submerg^es, le flot accumula sur leurs
flancs dlmmenses ddbris d'animaux marins, la mer cr^tac^ dSposa
ses sMiments sur les hautes cimes. Le grand soulevement qui
donna naissance a I'Europe d6couvrit une secoode fois la monta-
gne; une coulee nouvelle de granit porta les sommets pnmitifs k
dix miUe pieds. Alors naquirent aussi le Yignemale, le Mont-
Perdu, Troumousse et la montagne de Gedres (1). Les vagues
couvraient encore la pointe nord de la Novempopulanie, depuis la
ligne de Dax jusqu'lt la pointe de M^doc. Enfin, le plateau des Lan-
des 6mergea. Cette vaste couche d'aliosj couverte de sables q)por-
t^s par le courant nord-ouest de TAtlantique, se tacha de maigres
bruyferes et de rares bouquets de pins; notre pays fut constitu6.
(1) v. les admirabltis carles gdologiques d'Elie de Beaumont etOufresnoy.
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— 486 —
Descendons mainteDant les pentes de la Pena-Blanca jusqa'au
fond de cette valine hantee par les aigles et les vautours, oil les
ours ont lears repaires, od les loops rfegnent en mailres pendant
la saison des neiges. Les troupeaux d'isards, d^im^s tons les
jours par la carabine du chasseur, bondissent au-dessus de nos
t^tesjusqu'icescimes inaccessibles, dernier refuge du bouc sau-
vage(1). L'in^puisable glacier de la montagne maudite fillre a
seize mille pieds de hauteur les premieres eaux de la Garonne.
Elles s'engouflfrent en rugissant au trou du Taureau, et poursuivent
leur course souterraine jusqu'a cette 6troite valine d'Aran que la
nature cr^a fran(;aise et que la politique a faite espagnole. Voici
Viella, Bossost, Lez avec ses debris de thermes romains (2), le Pont-
du-Roi. Adieu la terre 6trangere. Nous sommes a Saint-Beat, la viUe
des marbres, derniere 6tape des mules de la Gascogne et du Poitou
qui s'en vont par dela les monts. Le petit fleuve, grossi de la Pi-
que, s'6chappe ktravers laplaine, laisse a gauche Saint-Bertrand,
la curieuse capilale des comtes de Comminges, Montr^jeau, ville
de lainages, magnifique observatoire d'ou Toeil remonte le cours
dela Garonne et de la Neste qui charrient, jusqu'i Toulouse, les
trains de bois des Pyr^n^es. Toumez a droite, c'est la vicomte de
N^bouzan, Saint-Gaudens et ses vieilles maisons noires de torchis
et de pise. L'iglise romane du xi* siecle est remarquable (3),
mais les habitants contemplent surtout avec amour deux Edifices
modemes, la halle et le palais de justice. Proces et commerce,
temp^ramment batailleur et envahissant, tel est ce Comminges
gascon ou Tesprit r^publicain brida de bonne heure la puissance
des seigneurs (4). Ces colporteurs doucereux, ces paysans mo-
destement v^tus de drap coideur de laUte^ mettent sur les dents
les deux chambres du tribunal. Partages in terminables, reglements
d'eaux, servitudes forestieres surtout. Si cette terre est le paradis
(1) Voyage aux PyrMeSy par le capitaine Arbanere.
(2) V. I'intdressante Notice sur les eaus thermales de Lex, pabli^e par M. Edw.
Barry dans la Revue d'Aquitaine.
(3) V. le dessin dans le Voyage dans le Comminges. du laboricux C^nac-Moncaul.
(4) Charles de St-Gaudcns et d'Aspel. V. aussi Castillon, Hist, des pop. dupays
de Nihouian et du Comminges*
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- 487 —
de ravooe, c'est Teofer du pauvre garcte. Les procfes-verbaux ont
beau pleavoir, le sanvage habitant de la Barousse n'en poarsait
pas moins sod (BQTre. L'hiver est rude, le bois manque a la mai-
son, le forestier dort peut-6tre. — En avant, par les nuits sans
lune une hache vaut un fusil, et les arbres ne parleront pas. —
Vienne une ^poquede troubles, une i*6volation, Forage ^late, tout
le pays se leve, des bandes d'hommes masqute courent la contr^e,
il faut les soldats de Toulouse pour les mettre k la raison (1 ).
Ce metier p^rilleux de voleurdeforfits nerapporte pourtantpas
grand chose. II vaut mieux courir le monde et chercher fortane.
Autrefois on s'en allait piller les Maures d'Espagne avec les cheva-
liers de Calatrava (2), on faisait en mdme temps son salut et sa
fortune. 11 y avait aussi les comtes de Toulouse qui payaient bien,
quoique ce fdt avec Fargent des moines. Ces gens du Comminges,
sobres et patients, ont fait parfois d'excellents lieutenants, hom-
mes de bon usage et de bon conseil, travaillant sans bruit et pr6-
cieux dans les seconds rangs (3). Aujourdliui les temps sont durs.
Le rude terrassier da pays de Foix^ou du Conserans chausse ses
soohers ferr^s et s'en va, la houe sur T^paule, s'end)aucher dans
un chantier de cheminde fer. Le paysan d'Aspetou de Montr^jeau
pr^fere le commerce ou la peine est moindre et le |H:ofit fdus
grand. A douze ans, voas le trouvez k cent lieues de chez lui criant
son papier k lettre dans les foires, ou coarant les m^tairies avec
son rouleau d'images enlumin^es de Saint-Gaudens. Plus tard, il
^change centre des laines brutes et des chiffons ses aigaUles, ses
tricots, ses ceintures rouges et ses ^cheveaux de coton bleu; trafi-
quant nomade qui gagne du m^me coap sur la vente et sur Fachat,
exempt de droit d'^talage et de patente. Un autre se fait ^tatneur,
et court apres la pratique chassant devant lui son petit &ne gris
(1) Exempld les troubles de la Barousse en 1848, et, bien avant, la fameuse in-
sarreclion des Demoiselles.
(2) Saint Rdmond, fondateur de I'ordre de Calatrava, est n^ a St Gaudens.
(3) Comme plusieurs comtes de Comminges au xivo el xv<^ si6cles, et sous le pre-
mier empire,^e g^n^ral Pelleport (de Montr^jeau), figure prudenteet sens^e, plus de
r^gle que de fougue, toujours dgal aux circonstances. V. les M^moires de cet honndte
homme, publics par M. Pelleport fils, et rapprocher sa couduite {mutaHs mutan-
dis) dc ccUe du Bearnais Bernadotte.
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courW sous le poids du ba;ga^> nourri de Therbe poudreuse des
cheffiias. Les lettres tentmt Timpos^ble poar 6ofaapper a la cods-
criptioD; ils devieanent scribes, secretaires, professeurs. Soyez
tranquiUe, ils feront leor chemiD. De bonne heure, ces genshabi-
les ont appris k manier les hommes, leur g^ie souple se place vite
au niveau de tons les 6iats. Chez eux la circonspection pr6coce
tempere la fougue m^ridiooale : rh^teurs brillants, l^gistes di-
serts et ferliles en expedients, Us m^neront les partis comme Mar-
rast ou ies affaires comme Troplong (1 ).
ReprenoQS notre route a travers Timmense plaine qui s'eteod
depuis Martresjusqu'au pied desmonlagnes du Quercy. La culture
change avec le paysage.Ge nesont que vignes et que miiriers, que
hauteschenevieres, quemoissonsa perte de vue. D'dpaisses voltes
de pigeons fuyards tourbillonnent autour des vieux colombiers A
pied (2) ^es pays de franc-aleu roturier, les brebis a croupe large
cherchent . leur vie dans les champs d^pouiUes sous Toeii de la
vieille paysannequi file assise au bord du chemin. Les nombreu-
ses tuileries de ce pays oii la pierre manque poussent lentemrat
vers le ciel leurs blanches fumeea, les villages dressent k Thorizon
leur clocher rouge et pointu^ les cigales chantent leur chanson strir
dente;sous Tardent soleil da Languedoe. Certes, les Romains de
repoque imperiale durent autrefois se trouver aTaise dans cette
Italie gauloise, parmi cette vegetation puissante et egoiste du Midi.
Ils ont a jamais marque ce pays a Fempreinte de leur genie fort
et pratique* Ici pas de petits proprietaires, pas de degres entre
lehaut etle has; rien que la chamniere et le chdtaau (3). Le
mattre-valet trayaille a prix fixe^ tout en nature et tout en ecus
avec un petit cheptel de betes a laine. Pendant Thiver, les femmes
peUe-versent a moitie fruits quelques sillons de mais ou de haricots.
Aussi le linge est-il rare dans le coffre. Quant on a peine tout le
(1) Tousdenx de Sainl-Gaudens.
[9) Le droit de colombier plein n'apparlient qu'au seigneur ayant fief et censive.
V. Cazeneuve, Traits du Franc-aim roturier en Languedoe.
(3) La division do la grandc propri^tc, peu sensible encore, no remonte pas h plas
de hiiit on dii ans.
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— 189 —
jour on se coucfae avec le soleil ; la main fatiga66 par la houe ne'
vaut rien pour teoir le faseau durant les longaes vet(16es. Le soaf*
fle inj^toieiix de la Provence qui s'est reposfi sur les idlles n'est
po»( arrive jus(pi'ici; le christianisme a failii s'y changer dfes les
premiers siteles, a la voix de Vigilance (1), en une sorte de reli-
gion int6rieure et^ctoraestique d6g2^6e da culte des saints, et proba-
blement ausd p^ Tabolition du c^libat des prfitres, d'un corps sa-
cerdotal distinct, du reslede PEglise.
La cample riche et monotone s'all6nge toujours vers le nord.
A gauche, c'est le Comminges-Languedocien, pays de dissimulation
^ deruse qui fournit & la justice plus de faussaires que d'assassins.
(8)Sixlieues vers Touest, vous trouveriez la capitale assise au bord
de la Save, Lombez, gros bourg fi^vreux et sans caract^re, illus-
fre par le s6}our de P^trarqae (3). Nous passons Carbonne, Miiret
odh fortune duMidi tonaba sur un champ de bataille. Garde bien
les OS d^ nos pferes, plaine lugubre, et dis-leur qu'aprfes six siecles
DOS coeurs n'ont point encore quitt^ le deuil.
Une masse iSnorme se d^tache en rouge sombre sur le ciel, c'est
Toulouse, la cit6 de briques, capitale toujours acceptiSe des con-
trees soos-pyr6n6ettnes. Peu dlndustrie, commerce d'entrep6t,
grands hdtels de magistrature et de noble^e dans les rues de
Nanureth et d'Astorg, poptilation flottante de soldats, de pretres et
(f^tndtants. Le pav^ cailloutenx tremUe sous le trot de Tartillerie,
tescariilons babilient dans les clochers, les hujuets (4) sortentdu
cours et traversent la place du Capitole les Institutes sous le bras,
lusqu'k midi ce grand carr6 d^couvert sort de march6. L'aubergine
violitre, la tomate rouge, le concombre et le piment verts atten-
(leot Tacheteur k c6t6 des pyramides de fruits savoureux, melons
(1) De Caz^res et non de Marlres. V. les notes ajout^es a VHist. du Languedoc,
par le vdn^rablc M. do Mege. T. I. (Toulouse 1840). Je reviendrai, eo sonleiups, sur
le caract^re propre de cet hdr6siarque dans lequel les Albigeois et les r^formateurs du
X¥i« si^cle onl voulu voir un pr^curseur. V. Hi6ron. In Vigil, et Epist. ad Ripar. Le
Cicrc, Biblioth. univ., et Basnage, 6ist. EccL, T. II.
(2) Statistiques du minist^re de la justice.
(3) V. I'cxcellenle ^ctude Petrarque a Lombex, publiee par man ami L^nce
Coutare, dans la Revue d'Aquitaine.
(4) iinsi nomm^s parce qu'ilsrenlrent a Toulouse aux upproches do la Sl-LfUC.
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— 490 —
odorants, raiains dor^s, peches jaones et pesantes, figaes d'ou le
jus SQcr^ suinte en larme cristallis6e. Les m^ns^eres arrivent le
paoier aubras, vetdes de robes de couleurs sombres, les cheveux
caches sous leurs grandes coiffes de toile blanche. Gdndralemeot
le peuple est maigre et de taiUe mediocre ; je reeonnais les he-
ritiers des Ligures sor I'aDtique territoire des Valkes-Tectosa-
ges (1). Les tStes poiQtuesfuienten arri^re, les visages r^veleot a
rordioaire des pens^es sombres et tacitumes. Mais qu'oD soaffle
passe dansTair, vous voyez la passion m^ridionale se peindre toat
k coup sur ces physionomies mobiles. lis aiment les splendeurs da
catboUcisme, ils aiment la procession des corps saints qui partent
de la vieille basilique de Saint-^min pour courir les rues dans
leurs vieilles chasses sur le$ dpaules des prStres, ils aiment a
chanter en chcBur dans les rues pendant les nuits sereines d*^te,
ils applaudissent aux bouffonneries de la sc^ne avec un enthou-
siasme inconnu des hommes du Nord. Nul parterre n'est plus
bruyant et plus extreme que celui de Toulouse, nul n'agite Tame
du com6dien de plus de joies et de terreur (2). D6fiez-vous pour-
tant de ce peuple si prompt a rire ou a s'apitoyer : il a souvent des
rancunes profondes el cachees (3). Ce Languedoc a vu des proces
atroces, des meurtriers froids et calculateurs, des assassins virtue-
ses et consciencieux, des empoisonneurs (4), des empoisonneu-
ses surtout. Mais tout ne parait pas au soleil. Le procureur da
roi a beau faire, les gendarmes et les chimistes ne lui apprendront
jamais la moiti6 de ce que le pr6tre entend derri&re la grille da
confessionnal. Parfois aussi, ^quand les lois sommeiUent, la populace
abreuv^e des vins terribles de FAude ou du Lauragais, bridge de
soleil et de colere, se rue violente et dtohainde. Lliabile honmie
(1) Totff 07'xota siffi uuvi^To/^tvoe, xati ^toi thjv wvtyji yvfAva^ia* ciftovoi.
DioD. Sic, I. iv.
(2) Toulouse esl peut-^lre la villc qui fournit le plus de chanteurs ou de comd-
diens. Y. la collection de TAlmaoach dramatique.
(3)Latrones (Ligures) insidiosi, mendaces, fallaccs.— Calo ap. Servium ad lib. xi
(Eoeid.
(4; Tout le monde conualt les details de I'assassinal dc Fualdcs. Le scandale re-
cent de quelques grands proems criinincls dans le Midi a fait oublier Ic passf^. V. dans
les anciens rccueils Tepouvantable affaire des meurtriers dc la marquise dc Ganges
en 1667.
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— 491 —
qui tient les fils rit derriere la toile. On traiae dans les rues le ca-
davre de Jean Corras (1 592) oa du vertueux Duranty (1 589) ; les
verdets de 1 81 5 donnent le branle a la farandole des 6gorgeurs de
Ramel.
Toulouse, bdtie sur deux rives, est le point de contact de deux
regions, la limite de deux climats. A Touest, I'Aquitaine humide;
a Test, la plaine aride et poudreuse travers^e par le canal de Paul
Riquet. Cest la que les huiles de la Provence, les trois-^ de Bd-
ziers, les oranges des iles d'Hiferes, les vins epais et noirsdeLunel
et de Montpellier, se croisent avec les marchandises du Nord et
de I'Amerique, qui s'en vont de Bordeaux a la M6dilerran^e.
Toutes les races du Midi y ont marqu6 leur passage par une alt^
ration sp^ciale de Tel^ment languedoclen. De la, ce caract^re par-
ticuli^rement orageux et violent qui se r^vfele dans le g^nie local,
dans les institutions et dans les lois. La ville conserve sous ses
comtes Torganisation r6publicaine des municipes romains. Tous
les pouvoirs s'yconcentrentaux mains de viogt-quatre capitouls(l)
61us par les habitants. Si la creation du parlement (1 302), et les
progres du pouvoir royal (ddit de 1 31 0 et Tordonnance de Mou«
lins 1566) viennent r^duire les prerogatives et le nombre des
membres de ce college, la nouvelle cour souveraine hdrite de ses
habitudes et de son esprit. La dticouverte d'un manuscrit des pan*
dectes (Pise 1 130), venait de porter a la feodalitfi ce coup terrible
dont elle mourut aprfes une agonie de quatre si6cles. Tout ce qui
n'^tait pas noble en Europe se rua, par la grande voie du droit
roniain, vers ce but encore vague et indficis, qui devait 6tre un
jour r^galite civile et politique. Les rois applaudirentlt ces th6o-
(1) On les trouve nomm6s pour la premidre fois dans des actes de 1188, mais .
lear origins remonle plus haul. — En Tann^e 1205, I'Evesque de Tolose, nommd
Pnlquo, n'ayant de quoi s'entretenir en icelle, a cause qu'on luy usurpoit son
Evesch^, il estoit appeld en iugement par ses cr^anciers devant les Gapilonls de
Tolose.—Cayron, Style duParl. de Toulouse — Les Capitouls estoient en grande auc-
lorit^ en icelle, tant pour le faict de la instice et de la police, que pour la manuten-
tion de I'estat et charges du pays, conduitedes ban et arridre-ban a la guerre. (Les
Capitouls ont trait6 directeuient avec les rois.) Et avoient plein pouvoir de pourvoir
aex offices et charges main-forte, garde et fortification de la ville ct Arsenac,
qa'a radministration de la iustice civile, politique et criminelle par concurrence avec
le Viguier. Id. Ibid.— Sous Henri IV, les Capitouls, d^j^ r^duits k huit, n'avaient
conserve que la j addiction inf^rieure et de police. V. Cayron.
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— <92 —
ries profltaWes, et mirent en catapagne une atm^e de ligistes
rouges et noirs. Un homme de Montpellier, Placentinns, partit
pour Bologne. A son retour (1166), le Languedoc commeoca
de Jeter la, pour le nouveau recueil, le code incomplet et mutil^
de Th6odose, et le br^viaire d'Alaric (1); le parlement pril le
haut bout de cette revolution et gagna rapidementdu terrain. Avec
lui, le Midi rcynain se distingue de la France germanique; sop-
posez alors un grand chef militaire^ on ne sait vraiment ce qui se-
raitadvenu. Cesgens de robe, dpres au gain, fils de hobereaux,
de bourgeois et de marchands, firent aux nobles une guerre de
ruse et de patience; les juges les ruinferent par les condamnations,
et les procureurs par les frais. — L'Aquitaineetle Languedoc sont
terres libres et de franoaleu (2). Dans le nord, la pr^somption
est en favour dela conqu^; ici, elle est pour la liberty. Ailleurs,
nulle terre sans seigneur; ici, nul seigneur sans terre. Que tu re-
clames cens ou hoinmage, commence par prouver ta demande et
montre ton titre, ou tu perds ton procfes, et c'est a toi de payer les
procureurs. — Ce n'estpas seulementaux barons qu'ils ont affaire.
Les rancunes albigeoises convent encore au fond de ces imes cent
ans apres Innocent III. Devant Boniface VIII, k c0t6 de Sciarrt
Colonna, je vols un l^giste du Lauragais, Thomme de Philippe le
BeU Guillaume de Nogaret. — Rome, tant est grande ta forfaiture
(1) Les compilations de Joslinien n'^taient pourtant pas absolament iDconnaes
dans la (raule avant le retour de Placentinns. Haubold Inst, Jur. Rom. litt prt-
tend que vers le milieu du x*^ siecle Guillaume Lanfranc, depuis archev^gue de
KantorWry, avail profess«5 Ife droit remain k I'abbaye de Bee en Normandie. Sa-
vigny. Hist, du Dr. Rom. au moyen-dge^ a v^rifie cette conjecture en s'^tayantd'un
manuscrit de la bibliotheque royale de la seconde moitid du xi« si6cle Petri excep-
tion's (excerptiones) legum romanarum.) L'auteur, quit suppose dire de Valence-
en-DaupUind, a mis 4 contribution presque tout le recueil de Justinicn et suivi
VEpitome Juliani. V. aussi Mackldey, Hist, des sources du droit ramain^ trad, de
M. Poncelet.
(2) y. U Coutume de Bordeaux el les dissertations a la suite, Cazeneuve, TnM
du Fr. al. en Languedoc el i'admirable livre de Furgole sur le mSme svyet. — Suivre
aussi dans Boutaric, Traits des Droits seigneuriaux^ les details de cetie lutte inces-
sanle du Droit romain contra la f^dalild du Midi. Les rentes sont qu^rables; les
droits de p6age» colombier* four banal, pressoir, mouture, corvde, etc , doivent, en
g^n^ral, ^tre prouv^s par litre On y dchappe par la prescription. La reconnaissance
du tenancier, valablo pour I'dglise et le roi, ne suifit plus des qu'il s'agit du seigneur.
Les lods des ventes .«ont r^duits pa^r certains statuts locanx jusqu'au qnaranlidmc de
la valeur de Tobjct alien<§; les droits de capte et d'arri^re-capte ne sont dus qu'ea
verlu d'uno stipulation formelle. De mdme pour les fiefs. Le droit de justice doit
6tre exprossemont prouv^. On le perd par des prescriptions forl4M)urtes, etc., etc.
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- 193 -
qae ta meprises Dieu et ses saints; taot ton r^goe est mauvais,
Rome fausse et trompeuse ! C'est pourquoi eu toi s'abaisse et se
confond la tromperie de ce monde, taptest graode Tinjustice que
tu faiset contradictions au com te Raymond (1).— Etranges revire-
ments ! Deux sifecles plus tard, ces fougueux parlementaires met-
tent leurs arrets au service de la Uguci; soii;ante ans apresi, et
presque en m^me temps, ils faront brOler juridiq4ea»ent Yaninj
sur la place du Salin et permettront d'imprix][i^r l^s Merits de B^yle^
en execution de son testament. Ce n'est pas seulepaent en ddmo-
lisseurs de la noblesse qu'ils travaiUent au compte du roi« Si peo
qu*ils sentent en eux le g^nie souple et rentregent des races gas-
connes, ils n^gocieront comme Pibrac (2), et fraieront, eirtre deux
quatrains p^dantesques, le tr6ne de Pojk^ne a HenjQ lU- Poor tanfe
de loyaux services, le bien des ^eigoeurs ruin^sne suffit pas. II
faut que ces pl^b^iens se fassent nobles a leur tour : pr6$ide9ts,
conseillers et capitouls se bla^pnnent comme ils peuvent. Les
ambitieux font peindre sur leurs ecus neufs les towelles de leurst
manoirs conquis dans la poudre des greffes, les mg^oieux piettent
leurs noms en r^bus. D'autres^ moins avisos ou plus modestes,
adoptent la croix multiforme, le lion et le b^lier 6galement inofien-
sifs, ou m^me les humbles instruments de la boutique pater-*
nelle (3).
Je ne traverserai point cette cour du Capitole, ou la tdle de
Montmorency tomha, sur une parole de Richelieu, sans monter
jusqu'a cette salle du Pantheon toulousain, ou les bustes des rois
wisigoths commencent Tinterminable procession des ancetres.de
lacit^. Dans cette necropole de brands bommes de hasard et de
gloires usurp^es, je vois des tetes rayonnantes d'une imp^rissable
aurtole, entre toutes celle de Jacques Cujas. Qu'irais-je faire
maintenant parmi les heritiers officieis de G6mence-Isaure, dans
(1) Guillaame de Pigueras» sirv^ ^. danft 1& ooUeotion des TroiAadotirs de Hay-
nouard. Je ne cite, bien enlendu^ qu'au point de vne ^e respritdo temps.
(2) La faiDille des du Faur de Pibrac ^tait originaire d'Auch. Un de ses aieax avait
6t6 chancelier de Jean Y, dernier comte d'Armagnac. Vie de Pibrac^ par Ch. Pasoal.
(8) Armorial manuscrit dn Languedoc A la biblioth. du roi, et les arrets de main-
tenu imprimes k Toulouse sous Louis XIV.
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— 194 —
cette salle voisine ou I'on decerne, au mois de mai, le souci d ar-
gent et r^glantine d'or aprfes la scmonce et la resumption ? Grands
mots vides, ombres pSIes et gaachement archaiqnes de choses
d^funtes depuis longtemps. L'ing^nieuse poesie proveneale, la bril-
lante fleur da gay-saber ^ fihit avec Find^pendance du Languedoc.
Sachez-le bien, professeurs, juges et bourgeois qui voulez faire
les troubadours. Vos ancfitres, je les connais; ils s'appellent Cam-
pistron, le tragique secretaire du due de Venddme, ou Maynard,
poete entre deux audiences, fabricant de sentences et de sonnets.
Quand la libre muse du Midi s'^veille, vos tristes pr^ches lui font
peur; elle s'^chappe pour aller rire dans les comedies dePalaprat,
ou gazouiller dans les charmants operas de Dalayrac. J'oubliais
le pofetetoulouwun par excellence, Taimable etKcondGoudouli.
La peinture indigfene ressemble trop a cette poesie patentee qui
monte cueillir ses palmes au Capitole. Je n'en veux pour preuve
que les toiles de Rivalz. La sculpture, avec Bachelier, 6chappe
par une exception ^clatante k la tristesse et a la pauvret^ de la
rfegle. Tout le sentiment artistique s'est concentre dans Tarchitec- .
ture (1)et surtout dans Tarchitecturereligieuse. Si nombreuxque
soient encore les 6glises et les couvents, cela n'est rien au prix
d'autrefois. Prfitres et r^guliers vivaient au large dans cet heu-
reux pays que Simon de Montfort avait arrach^ toot expres pour
eux des griffes des seigneurs albigeois. Plus tard, dans les proces-
sions de la Ligue, vous auriez vu s'allonger par les rues des files de
moines de toutes couleurs : capucins, carmes, augustins, r^collets,
cordeliers de la grand'manche et de la petite, tiers-ordre de saint
Francois, frferes pr^cheurs de saint Dominique, religieux de saint
Orens, de la Merci, de la Trinity, bons-hommes de saint Roch,
coU^giale de saint Semin, chapitre et pr6bend6s de saint Etienne,
le clerge des paroisses, et les confr^ries innombrables des gensde
metier, chaque corporation sous sa bannifere(2).
(1) V. la cour du Capitole, la salle du consistoire, la jolie petite cour Renaissance
et le clottre do mus^e, et deux ou trois hi^lels du xvi^ siecle.
(2) Cayron. Ordre tenu aux honneurs fundbres d'Henri IV.
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— 495 —
Par son temp^rameDt et sa tradition, Toulouse semble faite pour
regarder vers le pass^. La r&gle pourtant n'a rien d'absolu. Sans
revenir sur Cujas, g^nie vaste et iilipersonnel comme la loi, che-
valier errant du droit, vivant a Ticart des discordes civiles et reli-
gieoses de son temps (nihil ad edictum prcetoris pertinet), on peut
encore citer Duranty, son contemporain, jurisconsulte, hagiogra-
pbe, theologien, gallican surtout, et plus tard Cazeneuve et Fur*
gole, gardiens de la frailchise des fonds roturiers centre les enva-
hissementsde laroyaut^ absolue. Avec la liberty modeme, et a pr6s
de quarante ans de distance, de Taurore de la revolution aux der-
niferes ann6es de Louis XVIII, fiace a face avec f Assemblde natio-
nale etla chaiid)te ardente, je vois Bertrand de MolleTille et M.
de YiUUe. Tous deux, souples et adroits, rompus par de longs voya-
ges a la pratique des hommes, tent^rent vainement d*un arbitrage
enU^e les parties. Lap^x ne vient qu'aprfes la bataUle; leurs voix
se perdurent dans la tempSte qui emporta du mdme coup les mat-
tres et les serviteurs.
U ne sera pas ditque j'aurai repris ma route sans monter jusqu^li
la coltine ou tantde braves sent njorts aux jours ndfastes de notre
histoire, en disputant ^ TAnglais la terrede la patrie. L^-bas, vers
la riviere duLers, Timprudent et h^roique Taupin tomba broyi
dans an combat de douze heures centre toute Tarmde conf^d^r^e.
Nosperes, encore presqu'enfants, collaient Foreille centre terre pour
^couter les roulements lointains de la canbnnade. Plusieurs dd-
croch^rent secretement quelque vieux fusil rouilld et partirent de
noitpour joindre Farm^e francaise^Au soleil levant, ihrencontrfe-
reot les avants-gardes ennemies. Les soldats de Wellington ve.
naient tenir garnison dans le& viUes avoisinantes.
Retournons au bord du fleuve, a deux pas de Tantique et bruyant
mouhn du Basacle, et passons sur la rive gasconne du faubourg St-
Cyprira. La Garonne, gonfl^ de TAri^ge depttsPortet, poursuit sa
course vers le nordouest k travers les vastes plaines de mais et de
froment sem^es de villages rouges et de yertes luzernieres. Par
sa g^ographie, comme par son histoire, tout ce pays gravite fatale-
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- 496 —
QiaDt^tour de Toulouse et r^^cbit la traditioa de la m^tropole.
Voyez plutdt la jolie petite vUle de Greaade qui donne aux dtats-
g^D^raux Cazal^s, Torateur royaliste, et le msur^chal de P^riguoD,
diplomate et guerrier, serviteur loyal et d^vouS de Napolton jus-
qu'a 1B14, plub ftdele encore k la dyuastie restaur^, et orgaui-
sant pour elle, au retour de Tile d'Elbe, la defense du Midi. L'ex-
tr&me limite de TactioQ permanente da Laaguedoc oe ddpasse pas
Grisolles ou YerduD. A Bourret, nous soaimes a la hauteur da
Gimois et du f ezeusaguet; nous touchoos tout a Tbeure a cette
vicomte de Lomagoe toujours h^sitante entre la maison de Saint-
GiUes et les comtes d'Arfiu^nae. Sur la rive opposde, les affluents
de FAveyron el du Tarn, avec la Bargu-Lonne^et laS^une, s'6-
chappeni^ <Jtu nord au sjod des montagnes prochaines du Bas-Quercy .
Lati:i^te e^d^serte capitale de ces r^ons, c'est Montauban, ri-
vale d^ longtemps effac^e de Toulouse, mal relev^e de sa d^-
ch^ance par un d^cret de Napoleon (1808). La ov^tim duTarn-
et-Garonne, aux d^pens des d^partements voiaiiis (1), rapprocbe
officiellemeAt trois ou quatre ^liiments het^rogenes qui cherchent
d'euxip^mes ieur centre ailleurs. Montauban, la ville dessaules
{Mont-Aouba ou Mon$'Aibus?)j tire desseulescirconstances tonte
son importance historique. Erig6e coatre les moioes eta leurs
d^pens pf^r les comtes de Toulouse, elle suit ses fondateurs tdte
baiss6e dans la guerre des Albigeois. Toulouse redavient c^rtboli-
que, mais sa voisine, replace de force sous la main des abbds de
Saint-Th^odard, couve ses rancunes s^oulaires et gaette Vinstant
favorable sops le patronage des rois^ de France* YiennenI les doc-
tpnes calYinistes, et la voila tout naturelleraent la capitsde da
protestantisme dans le Midi. Le mouvement gagne da proche en
proche.. N^grepelisse^ Bioule, Mirabel, Bruniquel, Saint^AntDnin,
Mauvezin suivant le torrent; Castelsarrasin garde une neutrality
s,uq)ecte, mais Moiavac,. la ville abbatiale, se prooonce poor la
ligue. L'an^antissement de la r^forme comme parti politique, par
1) Haute- GaroDne, Lot-el-Garonne, Gers el Aveyron, c'esl-a-dire une portion de
rAtg^ais, de la Lomagne et dii Uaut-Laiifuedoc.
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— 197 —
Richelieu, et la prise de Montauban par Louis Xtll (1631),
marqueDt h premiere 6tape de cette d^cadeoce du BaM}u6roy (1).
L'iDcertitode de sa destin^e laborieose et beurtto semble passer
a Iravers les sleoles dans r^me de ses ^rivsuns et de ses artistes.
Je parle da lyrique et biblique PompigoaD, et dlngres, le grand
pdatre contemporain, loBgtempd iod^cis entre la momque et la
palette, et demt la faaiille est je crois d'iiiH)laDtatioQ r^cente sur
le sol Montalbsffiais.
RetouTDops sur la rive gauche, de la' Garrane et smroos le orars'
de Fdaa, le kmgdes graades oseraies, k Tombre de ces hauls peu-
pliers que le paysan de Saiot^Nkolas ou d'Auvillars plaute kh
uaissanoe de sa fiUe, et qu'il coupe tiugt ausplus tard pour hd-
faare uud dot quaudil la mariev Nous e6t(^0ns ce pays ou je
.revieodrai plus tard eficore> la LomagDe, terre dAjk tude et moa*
tueuse ou le sentiment podtujue de la Gascogne> autrement libre:
et puissant que cehii du Languedoo des iyi« et xYir siecles, s'est
incamd dans ses deux expressions les plus hautes, Laissons Ut'
Fermat, math^maticien hell^niste et Teulousain d'adoption; je ne
yeux voir que Sallu^ da Bartsls (2) et I'abb^ d'Astros. Dans ce,
xyi« siede, si vivant et si agit^, il n'y a peut^dti^ pas dix existences -
plus rmnphes que celte de Taateur des deux Semames. Pofete,
soldat, Ak^logien, n^gociateur (en Angl8terre,^n Ecosse eten^
DanemfflTck)) aocabl^ de tutelles et de pi*oc6s, cribl6 de blessures^
il meurt a quar ante^six ans:(1 590), laissant denize hii une ceuvre'
6nonne trente foisr^imprim^een six ans^ traduite en grec, en ktinv
et dans toutes les laikgues de FEuropoi Je n'ai pas le pati«>tisine du
clocher^ et je proteste avec Go&tbe centre Farrdtinjuste delalitt^^ \
ratuce de Louis XIV. Presez la grande Mifion de Simon Gdu-i
lard (1 6H), laassez pOurce qu'eUes valent ces allures buguoM^,
tss^ ces 6traDges.ioQutioDS renoitvel^ d^s Grecs, cette physic] w
\is6B deLuerooet, dePJioeouid-Slieieuy ^uisont la bute du tra&ps; i
(1) Hist, du Quercy, par Gatbala-Gouture, et Hist, de Montauban, par Henri
LeBreL - . • . i . ■ n .j .■-.-.■•!•' i\
(2) Le chateao du Bart^t entre Cologne et MonUorl,; marqaei oa pea s'ea fant,
les limites de la Lomagne, do Gimois et du Fezeoaaguet-
U
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— 498 —
R^te debout un vrai po^te, plein de verve, d'imaginatioD et de
feu, moiDS lyriqae que Ronsard, mais d'un souffle plus puissant,
plus coDtinu, plus^pique, tout impr^gnd du naturalisme de la
Renaissance. Yous pourrez choisir entre cent table^Cux rayonnants
de force calme et grandiose, on parfomds des souvenirs natals; les
mignards oiselets chaatent sous les verts halliers de la Gimone
et du Sarrampion, la vive alouette de la Lomagne monte a tire d'aile
vers le ciel, les boeufs patients retournent la terre, les champs de lia
ondttlent en vagues d'azor sous Fhaleine matinale du vent de mai.
Dastros arrive au sibde suivant; sous le rude parler de sa patrie
(gascotm oouroou;, sous la forme procMuri^re si ch6re k ce pays de
l^tes et de plaideurs (1 ), je retrouve la littdrature de Louis XIII
et de la Fronde dans sa verdeur et sa liberty. Get homme d'6glise
CcaperanJ^ qui touche ^ la fin de la Renaissance, nourri de lati- •
nit6, sorti selon toute apparence de pauvres gentiU&tres chai^6s
de famille, a dd vivre en commensal dans les chateaux, et presque
r^al de ses parois^ens. De Ik ces descriptions si naturelles et si
vraies des successions des travaux et des mois (Playtajat de las
quouate Sasowjy ou, sous un [dan vaguement imit^ d'H^siode
et de Yirgile, on retrouve le lecteur assidu de certaines odes
d'Horace et des pr^ceptes sobres et managers de Gaton I'Ancien.
Ghaque fois que je reviens a ces scenes d'une r^alite si toergique
et si puissante (Fhiver k la maison, etc.), je retrouve, toujours
vivants sous la nouveautd des formes, les h^ritiers des vieux la-
boureurs gallo-romains. Demandez plut6t a ces metayers sobres,
a^aresi acharm^s dans leur lutte centre le sol, vdritables ptUer-
fatnUiaSy rois absolus de la terre, de la table et du foyer, qui met
tent la main sur le p6cule des fils etles marient dans la maison
pour ne lien leur donner et toucher la dot des brus. Dans le reste
du livre (Playt^at dous qiwuate ElemensJ, on croit entendre par
fois les dchos affaiblis et lointams de la grande voix de Lucr&ce.
(1) Lou tiimfe de la langao gaseouo aons Piayt^jats de las quouate Sasotis e
deoQs <iaoaale Elemens. Reifnpr. de 1700.— V. la substantielle notice de L. Couture,
sur Guilbem Dastros, dans la Reme 4*AquiU»ine.
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- 499 —
Le monde paratt davantage sans que lliomme soit effacd; c'e^
toujours la puissante nature fa^onn^e par le travail, m6re f^conde
et servante docile.
Ce naiuralisme ne s'arrfite point k la Lomagne; il descend, par
la yaU^e de la Garonne, jusqu'aux heureuses et riantes plaines de
I'Ag^nois. Par tout ce qu'il y a de personnel et d'original, Jasmin,
merveilleux ouvrier dans une langue qu'il a reCaite, se rattache k
do Bartas et Dastros dans cette unitd de sentiment que je retrouve
encore dans les rustiques figulines de Palissy, et, plus tard, sous
les formes nettes et positives de Thistoire naturelle, dansLac^p^e
et dans Bory-Saint-Yincent. Pouvaitril d'ailleurs en 6tre autremeot
parmi F^glogue immortelle de cette terre od la vie d^borde de
tons c6tte (1). J'ai traverse, le bdton k la main et le sac au dos^
•laTouraine et la Limagne d'Auvergne, je n'ai rien vu de pareil k
la rive droite de ce beau fleuve depuis Agen jusqu'a Marmande*
Quand nous passons par. 1^, nous autres les flls besogneux de la
Gascogne oude la Lande, Teau nous vient k labouche devant ces
campagnes plantureuses od Thomme, sdr du lendemain, s'assied
aux tables abondantes, et s'endort aprfes le travail sans souci pour
Im ni pour les siens. Quiconque possMe ici huit k dix hectares de
terre pent vivre en seigneur les mains dans les pocl^s, et cou-
rir foires et marches sans crainte de manquer de rien. Tout
grandit et v^gete d'une heure a Tautre, les bids hauts comme
des lances (grqssagnejy Toignon du Port-Sainte-Marie, le prunier
de Clairac on d'AiguiUon, le tabac de Tonneins, le melon parfumd,
le chanvre, la courge jaune et pansue, Tail salubre et rdparatenr,
les raves dnorntes, le colza, le tr^e de la HoUande et les plan-
tes maratchferes. La brebis se fait rare sur ce sol sans jach&res et
sans fridies, Eaais le pore, tachd de blanc et de noir, engraisse et
(1) lasmiB, si iremarquable comme d^lamatear et com^dien^ procdde, en dehors
de sa virtualitd propre, de certaines traditions littdraires du xviii« si^cle, de TEmpire
et de la RestauratlOn. II est facile de retronver dans Moui Souh^nis le lectenr det
Confessions de Ronsseau, et dans Marto I'InnoueentOt on VAbuglo de CasUl-
CuilU.celui de Marmontei, de Florian, de Gessner, deDucray-Dam^niiet d'Aoguste
Lafontaine. Ce qui est snrtout i lui, c'est le style et la scbre et gracieufe simplicity
do sentiment.
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— 400 —
^ndit jusqu'attcarnaval, la volaille foiirmiUe autour (tesmaisons,
. les oies grlses et les canards barbottent le long des mares et des
ruisseaux, les boeufs au pelage p41e, gorges de nourriture, altei-
gnent des proportions giganlesques. Les collines, tronqu^es par des
lignes di^oiteS, comme dans les tableaux du Poussin, se cachent
sous tear ferte robe de pampres; les longues files de peujdiers
inctment au vent teurs tdtes mobiles oti la pie vient bdtir son nid,
te rossignol, aini des marecages, chante sa plainti?e chansoa ^us
la verdure tei^ne des saules.
Agen, place humiife et malsaine, souv^ vtsit6e par les eaux,
sfannonce comme une grande tille : beaux dehors, magnifiques
p't'omienadeB plant^s d'ormes B^ulaire^. Les barques de la Pro-
vence et du Languedoc desoendent vers Bordeaux, et flottent a
quaratifte metres au-dessus du fieuve sur on immense pmt^canal
dont la kmrde et massive architecture s'harmonise avec la campa-
gne, et fait songer aux grands paysages romains. Ui-haut, sur la
mfontagne, des <^rmes espagnols viennent de bitir une eglise a
cKH^ 4e Tantique ermitage de Saint-Caprais UiM presqu'en entier
dans jie roe. Entrez maintenant dans la viUe, ce ne sout que rues
ditoites et tortueuses, bordiies de maiscms ssms caract^re, que
boutiques envahies par les pauvret^s pr^tentieuses de. T^talage de
pirovince. Plus loin, voijis trouverez une place irr6guli^re,bord^
d^artades en ogives ^cra^es (cormeres); c'est la patrie duvrai
trafic agenais, commerce de demi-gros, qui rayonne dai^ les pe*
tites ¥iUes k huit ou dix lieues de distance. La plupart des fortu-
nes de kt viUe^ et il y en a d'assez rondes,^ se sont fondles ici
tout'doueieiDent eta petit bruit. Gens d^ robe, de n^oce, oude
metier, iioila le fond de la population. Presque pas d*h6tds nobi-
Uauresv at, de grandes families moins encore. Un ou deui urais
que Ton retrouve dans les chroniques locales et les Commentaires
de M()nt}uc, le double peut-6tre de braves bourgeois remontant au
plus haut k Louis XIY, et savonneSi pour leur argent. Le veri-
table sieigneur, c'est le fonctionnaire public digne et circonspect,
rhomme de loi solennellement habill^ de noir et cravats de blanc.
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— «(M -
Le8 livres d'or de la cit6 sont les regi^tres des parois^es et sur-
toat Ids rdles des confr^ries de pdniteDts.. Agen, yIUb d'artisaos
6t de meDu peuple, oe poavait raster etraDg^^ au sioguUer moqr
tement de la fin du xvi^" siecle, qjii propagea si rapidea^enjt, dai^js
le Laoguedoc et les proviqces voisines, ces coyrporaticms ou resprit
des vieilles juraiides et des umnicipalit^s viot se^confopdrQ, fkfi%
one ailiaoce bizarre » avec celaide laLigoe (1). Chaqo^ Q^ar^j^i
diaqse corps d'etat Giioisit {a nuaoce de sod capucboo; y^^e^^
noirs, penitents blanea et p^oiteots gris, p^tiaqts rouges et p^-
nitmts bleus, autant de oooleurs que rarceq-del. Ici troisicoor
gr^gations au moius se sont implaot^es, et deux ont ^ par avoip;
chapelle k e6t^ de T^glise de Saint-Hilaire et de la G()ll^^e» e^
partie romaue, de Saint-Caprais, qui remplace loaiDteDa^^ PQU9
antique eatb^drale de Saiut-EtieDae dont j'jai vu tout eafaot disr
perser les demi6res pierres (2). ,
Si j'insiste sur Agen, c'esjt (pie son nom revijaot k chaque pa^
dans llkistoire religieuse de mon pays. Au iii'^ si^le, j^, vpis Ije^;
martyrs : Q^^rais, Foi la Vierge et Vinc^enlle Placxe. 3oixa,nte ans
plus tard, T^v^que Phoebade gardera oontre les Ariens l[int^grxt^
du dogme catholique; quand viendra, lors des Wisigoths, la perse-
cution d'Euric, Maurin at Vincent de Liaroles raffer^iront la td
religieuse et nationale de la Novempopulanie. .D^s U^|K;)que f6o-
dale, la Yille, possM^e tour a tour par les comtes de Pdrigord^
les dues de Gascogne et ceux d'Aquitaine, vit dans la main de ses
(1) Pour la noblesse da Midi, la rdforrae fui surlout le moj%a de rendre one foroe
artificielle et'temporaire a son ioQuence defiDitivemeDt compromise depuis Louis XI.
Presque tooles les Tillosoii le tiers doroinait se jeUrent iosUnclivemeDt daas U ligue.
Agensuivit le mouvement, le peuple et les consuls remportdrent sur Jules Scaliger,
et son entourage de genlilshommes'et de lettr^s (Bui^anan et Ajnand 0uperrQfi«
de Bordeaux, Muret. le j^suite Tevins, et peut-^tre BandelloK Aprds le mariage
d'Henri de Navarre et de Marguerite de Valoi^, rAgdnois, apati^ti de lureine, se
rattacbe a la cause du calvioisme, et lac^pitale deviept, le si^ge d'une chambre mi-
partie C'esta cette ^poque, pendant le s^jour da Diable-d-quatre, qu'il ftfut repdi^
terles tristeshistoi res d' Anne de Cambefort, de Catherine du Luc, et quoiques autres
grotesques ct scandaleuses aventures. V. Dreux du Bradier, Anecdoteg des Hemes,
Agrippa d'Aubign^, Bar. de Fceneste, le Divorce salyrique et ItiConfession de Sancy.
Je les ai r^sum^cs tous dans an article de la Revuo d'Aquitnine : le Testamerit de
Salbeuf.
(2) Esquis. hist, sur St Etienne, par Brdcy, fll VHist. monument, du Diotite
d'Agen, par I'abb^ Barrere.
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— 209 -
dvdqaes, hauts et puissants seigneurs qui battent monnaie (mo-
neta amaldina) et prennent parfois la tSte du ban et de Tarriere-
ban (1). Cepouvoir, compromis et recouvre dans les guwres
albigeoises, recoit ensuite de terribles coops par le mouyement
communal, Tirection du si6ge de Condom par Jean XXII — one
partie du diocese d'Agen fut d^tach^e -— et les d6velq)pements du
pouYoir royal. Quand vient le protestantisme, quelques villes des
environs se jettent dans la r^forme sous FinlSuence de la noblesse,
on par esprit de rivalitd centre les cit6s voisines. Agen reste g^
n^ralement catholique, et ne suit plus tard que par n6cessit6 les
destinies politiques des rois de Navarre. Voil^, je crois, tout le
passd significatif et caract^ristique de ce pays, aujourd'hui plus
absorb^ que tout autre dansja grande uniformity modeme. Centre
d'un grand commerce intermittent, la ville devient, trois ou quatre
fois Fan, le si^ge de foires renomm^es; la foire du chanvre et
des pruneaux, celle des salaisons durant la semaine sainte, et sur-
tout lapopuleuse et bruyante foire duGravier, ou les demoiselles
k marier prominent le soir, en tenue de combat, devant les ba-
raques de saltimbanques et les ^talages tentateurs de Tindustfie
parisienne. Alors la fi&vre du jeu, toujours si puissante sur les
bords de la Garonne (2), devient une rage, Tel qui venait
pour vendre ou pour acheter, voit filer son argent sur le tapis
vert, et comparatt le lendemain devant sa femme, la tete basse
et les mains danis ses pocbes vides.
Avant de descendre vers Bordeaux, suivez-moi de Fautre c6t6
de Feau dans une course de trente lieues. Vers la plaine de Layrac
ou les coteaux de Fancienne abbaye de Moirax, c'est la vicomt6
de Brulhois, petit pays de vingt-quatre villages, autrefois le si^ge
du bailliage de La Plume, possed^ tour k tour par les maisons
de B6am (1062) et d'Armagnac (1290), Pothon de Saintrailles
(1) Par exemple, en 1138, contre I'^Tdqae de Bazas pour nne limite de dioctees. Les
barons de Boville, de Montpezat, de Lastrac et de Bajamont relevaient de T^v^que
d'Agen. V. Samazbuilh, Hist, de VAgenais.
{%) Un arrdt^ pr^fectoral prohibe les cartes dans les cabarets et les caf^s du d^par-
t^ment de Lot-et-Garonne.)
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(1451), les Yieomtes de Roehechooart (1470), et-enfin par les
d'Albret (1 51 8). Je ne ferais point ^tape sar cette maigre et pau-
Yre terre sans le vieux chateau d'Estillac, indissolablement 116 aa
souvenir de Montlac. Paavre cadet d'ane noble et prolificpie fa-
miUe da Sempuy (pr&s Ste-6emme), M<Mitesqaioa par sa m^re,
torn* a tour page du due de Lorraine, soldat et capitaine som
Bayard, Lautrec et Francois I«, Montloc grandit k CerisoUes, k
Sienne, k Calais et k Thionville. Regardez (1 ) ee petit homme sec et
bilieux, reeil firoid et dur comme la lame d'une dpto, sans parler
de la m&choire borribl^nent fracass^e d'une arcpiebosade, ddtail
adoud par Feuph^ousme du peintre. Yainqueurs et vaincus, roya-
listes et r^form^s, tarembtont devant cet impassible soudard, yrai
type da chef d'avant-garde, cr66 et mis aumonde tout expres pour
les combats d'escarmouches, les surprises, les coups de main noc-
turnes et les guerres quotidiennes du xyi« sifede. Espagnol par
temperament, Gascon par la vantardise, il n'a jamais compris que
deux choses : ob^ir et commander. ColI6 sur laselle de sonche-
val, la rapifere an poing et le fatalisme dans le coeur, la main
lib^rale et Festomac sobre, il chassera le huguenot au profit du
roi, toujours fidMe k sa devise : Deo dtice, ferro comite.
Marcbons toujours au couchant jusqu'k la rivi&re de la Raise.
Voici N^rac aux belles eaux (Nerw aqucB, Neracum)^ longtemps
boulevard du calvinisme dans le Midi, qui maintei^mt s'est faite
meuni^e et regarde toumer la roue de ses moulins tout en blut*
tant ces belles et blanches farines de Gascogne qui s'en vont jus-
qu'en Am^rique* Au midi, c*est Condom, la viUe aUntiale, si
longtemps en lutte par ses consuls avecles moinesde Saint-Pierre et
les 6v^ues install^s plus tard par le pape cahorsin Jean XXII (2)
(1317). Comme beaucoup d'autres seigneuries ecd^siastiques.
Condom, plac^e d'suUeurs sous rinfluence prochaine de la cour de
(1) An liiosde de Versailles et dans les portraits da temps.
(3) Dupleix, qui reporle k 721 la fondation de Condom, fait venir ce nom de Con-
domium on Condominium, ia ville de plasieors seigneurs. Les dvdques n'ont jamais
accepts cette ^tymologie sabversive de leurs pretentions. Sur les d^m^l^s des abb^
de Saint-Pierre et des pr^lats avec les consols. V.dans \^RevuB d'i4gut^atne les articles
de M. Andrtoli, la Puissance consulaire a Condom. On sait que Bossnet, d'abord
Utulaire de V^kiM de Condom, ne le goavema que de loin. Joum. de Vabh^ Le
Vieu.
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— 204 —
Navarre, doima dans la Rtfonae. Aux deox demters si^des, I'es-
prit calviDiste se transforme; la yiUe devient an des centres les
plus adife du jansdnisme dam nos oontr^es. Aujoardlim, la viUe
de Scipion Dupleix, assise aa bond de aa riviere eanaUfeee) demeure
encore Tentrepftt des eaux-de-vie de TArmagnac et la r^dence
de la noblesse locale. En tirant vers le nord-ouesi, nous troavoiis
M&un et ses plantations de suriers, tristes arbres toujours verts
dont le bouchonnier emporte F^corce et laisse k d^coovert le tronc
roiige&tre; A gauche, c'est le comtd de Gavardan qui se prot^e
oomme il pent avec les Moncade centre \e$ pretentions rivalesdes
maisons d'Armagnac, de Bi^am et de Foix, jusqu'i la sentence de
PhiUppe de Navarre qui Tadjuge definitivement k cette demi^
(1329). G^logiquement, ce comt^ n'est qu'une ddpendance de
rAnnagnac, terre maigre et tachSe de Undes Mriss^es d'ajoncs
gpineux (<t<te), plant^e ^Aepiqne^nt dont le vin ne vaut que poor
Falambic, et visit^e des malades qui vont noyer leuiis rhumatismes
dans les bones noires et sulfureuses de Barbotan. Encore vingt kilo-
m^tres^ Fouest, et vers le» sources da Midou, parmi les landes etles
for^ts de pins (pinadasj qnicommencent au nord de Fancien terri-
toire du Marsan, vous trouvez un boiirg de mille Ames : c'est
Labrit, le pays des lievt^es fLeporeltmi, Lebretj Albrei), berceau de
catte maieon d'Albret qui r^gna sur la Navarre avant d'apporter en
dot a la FraiDce la majeure partie de la primitive Aquitaine. La
destin6e de ces seigneurs de la brande et de la bruyire est un mi-
racle de bonheor et d*esprit de suite. Grands chasseurs de li^vres
etcoureur^ d'hdriti^es, ils vivent k Faffiit des partis, et ne regar-
dent pas irop a Fige et k la figure de la demoiselle ou de la veuve,
pourvn qu'elle ait au soleil de bons quarters de terre et de grasses
barranies. Une foisdans cette maisou, le bien n'en sort guere. Les
fillesse maritot riches de leur jeunesse et de leur beautd; tout
au plus, dans les cas extremes, un peu d'argent ou qudque fief
lointain et de garde difficile, grev6 du droit de retour (4). Meme
(1) Les d'Albret s'engageaient par sermenl « a ne point souffrir quo los lilies sue-
cc^dasscQt a Tbdritage de Icurs pdrc ot mere, proc^dant de la sei^enrie d'i.lbrot| taat
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- SOS ^
cobdaite dans tout le reste, toujoors recevoir et jamads donner.
Sortis on ne sait d'oti^ nous les trouvons au commencement
du x^ si6cle (1) assistant k la donation de la viUe de N^rac par
Arcius tfOlbion en feveur de ces btoSdictins de Saint-Pierre de
Cdndom. L'abbd, craignant pour sa possession nooyelle) appelle
Amatriejfl d'Atbret — justement son firfere — et le fait son avoyer
avecle tiers du moulin de la ville, le^ droits deballage et te p^^
du pont de Barbasle. Pour mieux garder le bien des moines, les
d'Albret bdtissbnt un chiteau sur la rive gauche de la Bai'se, et
m^nent si bien leur r6l6 de protecteur qu'ils se trouvent enfin
les uniques seigneurs et maltres de N6rac (1306). Le second
Amameu, flls de Favoyer, part pour la croisade (1096), maisil
n'y fait pas fortune. Ddcid6ment, il Taut mieuK rester en France;
le Bazadais, <iui est Ik tout prte, vaut bien une douteuse et loin-
taine principaut^ de Terre-Sainte. Justement ces Landais ont d^i
leurs hommes dans la contrde, Etienne de Lebret est archicUacre
de Bazas (1 1 24); mais I'^vSque et les chanoines ne sont pas gens
a l&eher pied. Aprfes deux ans de guerre, les d'Albretdemandent la
paix et cberchent k s'introduire par longueur de temps. Au sitele
suivant (1250), Gaston, vicomte de Bdarn et de Gavardan, regoit
levar hommage comoae seigneurs des YiUes de Cazeneute et de
Baz^, auxquelles ils joindront plus tard, k tort ou a ratson, la ti-
comf6 de Tartas, et la seigneurie de Meilban ^premier hommage
connu de 1301). A F^poque du Prince Noir, ils peuvent, sans
d^garnir leurs chat^ux, suivre TAnglais avec mille lancet (dnq
OHlle hommes), ils tiennent Gasteijaloux et Lavazan, et, sans
qn'on puisse trop savoir comment, I'abbaye de Sauve*Majour (2).
Sous Charles V, le petit-fils d'Amanieu VII, B^rard de Sainte-
quHl y aaraii des m&Ies descendanCs de in&Ies.»-- Hist, g4n> des ftiou. de France^
du P. An^lme.
(It OiHiNAKT, NotU, utriusq. Vaseon., les rittache sans preutes aox rois de Na-
varre. Dans la let; re d'^rection de leur duchd-palrie (1556), les d'Albret fireni metlre
que leur « raarson avalt pris sa premiere source el origme des roys r6gnants au pays
de Gascogne, du temps du feu roy Charlemagne,*
(2) Sur les droits des d'Albret comme seigneurs de la Sauve, voir la discussion de
leurs litres dans VHistoire de lAgenais^ de Samazeuilh, qui m'a fourni plus d'un
atUe reQseignemeot.
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— 806 —
Bazeille, regoit, du roi, Sauveterre et Monsigar (1370). Quand
TAnglais se seat le maitre et serre les cordons de sa bourse,
les d'Albret passent k Feimemi. Charles met les flears de Ijs
dans ses armes, et tient pour le roi de France r^p6e de oooDdta-
ble dans le Midi josqa'k la triste bataille d'Azincoort (1 41 5). Sons
Charles YIII, Alain fait un coop magnifique : il dponse, quoiqoe
fort laid, Fran^oise de Br^agne, fiUe de Guillaume d'Avaugoor,
niece et unique h^ritifere de Jean de Blois (connu sous le nom de
comte de Penthievre), comte de P6rigord et vicomte de Limoges
(1460). Son fils Jean II, encore mieux inspire, prend pour femme
Catherine de Navarre. S'il perd ses possessions au-dela des Pyri-
n6es centre Ferdinand le Catholique, il conserve du moins le comtS
de Foix auquel viendra, plus tard, s'ajouter celui d'Astarac (1 521 ).
Henri I fait souche de rois. D^ja maitre du Brulhois, par un
Change avec les Roch^houart (1 51 8), Marguerite de Yalois lui
porte en dot FArm^nac, le Fezensac, la Lomagde, la vicomte
d'Auvillars, toute la d^pouille des d'Armagnac qu'elle tenait de
Charles d'Alencon, son premier mari. Avec Jeanne de Navarre,
femme du due de Vend6me (Antoine de Bourbon), cette prodi-
gieuse quantity de fiefs (1 ) s'absorbe dans un vaste duch6-pairie»
Maitresse de toute la Gascogne et d'une partie de la Guienne,
cette maison de princes de montagne chercbe alors dans la Rdforme
un point d'appui politique et national; N^rac devient le siege de la
petite cour hoguenote, et regoit Calvin et Thtodore de B&ze. Mais
les Valois ont Tceil ouvert, Charles IX et Henri HI font gstfder a
vue leur beau-frfere jusqu'a la fuitede Saint-Maur. Apr^ le coiq) de
couteau de Jacques C16ment, Falliance du parti calviniste avec
Fesprit de reaction des races du Midi centre celles du Nord, et
surtout la volenti de la France rassur^e par Fabjuration.d'Henri lY
(Henri II de Bourbon), accoleront it jamais les chaines k double
orle du blason de la Navarre k F6cusson fleurdelis6 de la France,
realisant ainsi cette prophetique et myst^rieuse devise du ch&teau
de Coaraze : Lo qiie ha de ser no puede faU(ir.
(1) v. dans les lettres d'erection de 1556 rinterminable catalogue des sei^euries
qui formdreot le duchd d'Albret.
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— 207 —
J'ai peut-dtre un peu trop appuy6 sur ces d'Albret que j'aime
poor la foiaveugle et opiDidtre qu'ils ODt eue dans leur fortune,
et paroe qu'ilssont Texpression triomphante et couroon^e, sur le
seuil de ]'dge moderDe, de ce mdme gSnie local que la montagne
tenta de noyer deux sidles plus tard dans le sangdes6irondins(1).
Avec tantde glorieux anodtres, je ne puis eroire que mon pays ait
renig son histoire et abdiqu6 pour toujours, que les hommes de
men tempS) curieux des servitudes nouvelles de Tuniformit^, lais-
sent dormir dans la poudre les souvenirs d'autrefois. Moi je me
souviens et je regarde en arrifere, car j'ai mis dans la solitude et
dans la mort mon indestructible esp6rance.
Retoumons k Agen, et descendons la Garonne jusqu'k Bordeaux.
D^slemois de juin les eaux commencent a devenir maigres, le
bateau a vapeur touche parfois, en cherchant les passes, sur les
bancs mobiles de sable et de gravier. Le loi% des berges plongent
et remontent tour h tour, au grd du courant, oes engins de pdcbe
qui marchent tout seuls; sur les graves, les mariniers ram^nent
prisonnieres, dans leurs grandes seines, les aloses et les lam*
proies qui remontent de la mer. Plus bas, vers le Port-Sainte*
Marie, au-dessus des cavemes du fleuve signal^es par des rmwus
profonds, vous , vernez captifs, dans les maiUes de F^pervier,
ces esturgeons 6normes fcr^acj^ dont la chair huileuse et lourde
k nos digestions passait, comme une viande blanche, k traversles
chauds et terribles estomacs gaseous de Fipoque f6odale (2). Toute
cette rive droite, si belle et si riche, a rempli la bourse de bien
des maitres, les comtes de Toulouse, les soldats de Simon de
Montfort, les Anglais pillards r^guliers et systematiques (3), les
(1) Je crois possible desaisir, sous la difference des formes, la vari^tddes circons-
tances, et roalgr^ le melange des ^Idmentsh^terog^nes, la tradition de TAquitaine dans
la marche g^n^rale du parti gironJin et les discours de ses orateurs. V. aussi dans
les JfMotresxie Fleury le r^cit de la reaction a Bordeaux, a I'epoque de Lacombe,
lors du procds deMartignac pdre.
(2) La redevance d'un creac se trouve souvent stipul^e dans les actes d'hommage
el de soumission de noire pays.— Tres porcos et unum creatum, — Homm. de Bern.
Ill c. d'Arm. dSte-Marie d'Auch dans le vi* vol. de Monlezun.
Le crainl-foudre coulac et le vant6 crdac,
&u Bartas.
(3) Les barons anglais qui no se senlirenl jamais a leur aise en France s'empres-
saient d'envoyerde i'autre c6i6 du d^troit (home) les produits do leurs rapines. G'est
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— «08 —
hobereaox caNoistes ou ligoenrs de I'^poque des Valois et d'Henri
IV. A gauche, les terres plates et sans caractfere de la Gascogoe
mi excit6 moins de convoitises. La bande de terre fertile qui
longe ce c6t^ du fleuve ne d^passe pas Casteljaloox, Boaglas et
Bazas. Le vrai repr^ntant du g^nie loeal, c'est Thdophile de
Vian (deBoussferes), ageo^ par ses aspirations natdralistes, bor-
delais et parent d'/Vosone par Fesprit et la faoilite ing^nieuse,
kndais par teinpSrament, et partant pks volonliers enclin a
Fattifiisine 6picurien des liberies de Louis XIII (1). Apres Aigoil-
Ion Yoici Tonneins, ville molle et sensuelle, riche du produit de
ses chanvres et de ses tabacs, calviniste en haine de Marmaode
sa rivale, et patrie de cette aioiable Sophie Ristaud (Mine Gottin)
qui, sous les couleurs convenue^ de F^poque des croisades, a d6-
peint les moeurs et la soci^d du premier empire.
Descendons toujours^ A gauche, c'est le Mas et sa basiliqoe
romane, et, bientdt apr&s, sur la rive oppos6e, Maimande
ayec ses remparts de briques tant de fois assi^g6s, le long des-
quels le paisible cordier marche a reculons et tourne Sd roue. Si
riche que soit ici le bourgeois, ne croyez pas qu'il mange funds et
trefonds, ou donne*quelque chose k sa bouche comme ses voisins
de Tonneins (2). Son bonheur est dans F^rgne, et plus d'une
nofisqwayoBs pay^ ces vastes «hiteanx, aajoard'hui croalants et deserts, dela grande
noblesse anglo-normande des xiv« et xv* si^cles. Cette observalion g^n^rale est pour-
tantmoios rigeureusement exactequaod il s'agit de U Normandie, de la Gaieooe et de
la Gascogne. Dans ces deux derni^res provinces, outre plusieurs ^glises marquees au
cachet de leur loii^e architecture (Y. lee dessins dpars de L6o Droayn et ceux de la
Guienne inonumentale de Ducourneau), ils ont encore ^lev6 plusieurs bastilles encore
assez communes en P^rigord et en Ag6nois, et dont le type est Sainte-Foy-Ia-Longoe.
Eilessecomposentordinairement de huit rues secou pant en angle droit, avecuntj place
au centre gamie de portiques grilles qui se fermaient on cas de trouble. L'esprit d'd-
tablissement des nouvoaux mattres se manifesto encore par les nombreux privileges
(p'ils accordent ou confirment aux seigneurs et aux communes d'JLquitaine, particu-
lidrement a Bordeaux V. aux A.rch. municip. de Bord. le livre des privileges et celui
des Bouillons. Dans la redaction des coulumes, ils s'attachent aussi i sdparer le
Midi du Nord par des dissidences profilables.V. notamment \esCoutumes de Guienne
et les dissert. 4 la suite. 2 vol. Bordeaux 1768.
(1) V. dans la Revue des deux Mondes I'art. de Philarftte Chasles sur les victimes
de Boilean, el dans la Revue d'Aquitaine rexcellente 6lude sur Theophile, de mon
ami Faug^re-Dubourg.
(2) Un vieux proverbe Marmandis aou sac, etc.,) a consacr^ d6s longlemps cette
duretd interess^e de I'ancien caractcre marmandais. N'oublions pas. d'ailleurs, que
nous no sommes pas fort loin de Cahors ou les Lombards apporterent des habitudes
usuraires que Dante a fletries dans sa Divine Comidie, et qui, apr^s avoir gaga^
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— 809 -
mauvaise tangue de sotxante ans t^moigoe encore cpie les lois
rdglementaires de Tint^rdt^e Targent soulev6rent, chez qnelques
vienx pr^teurs, plus d'homeur que de scrupules.
Le fleuve sem6 d'il6ts plant^s de saules, va toujours s*61argis-
saat eutre Marmande et La R^le, ville tant de fois dispute,
au XIV* si^cle, entre I' Anglais et les roisde France. A Langonla
martoest d6j4 sensible. Metbms pied a terre poor quelques heu-
res, etmarchons, en tirant vers le sad, a travers les vignes opu-
le&tes et les champs de mais et de hautes plantes a bakus (mil-
loquej. Deux lieues au couchant, ce sont les coteaux de Soternes,
patrie de ces joyeux vins blancs que I'Allemagne pr^ffere aux crd^
verts et piles des bordis du Rbin . D6s Branens ou Maz6res> quelqties
sapins commencenta semontrer avec Ie8bruy6res,lagriisseet|^lan-
tareose nature de la Garonne fait d^ji place k la viesobreetstehe
dela lisi^edes landes. Le tanreau nourri desberbes savoureus^
qui croissent lentement sur cette terre ou le sable domine n'a ni
latailleni la chair de ces grands boeufs d'Aiguillon qu'il surpasse
parla beauts nerveuse desesformes (1 ). TaillemMocre, fecemaigre
et soavent fidvreuse, Ifevres minces et rushes, osil capricieux et
singolier comme celui des boucs, voila le type da paysan de Bazas
et du bourg de Yillandraud oil naquit ce Bertrand de Goth (Cle-
ment V), sur lequel je venx revenir plus tard. Ce pays, a jamais
h6 aa souvenir de la famille d'Ausone (2), occup6 plus tard par
les Alains et les Wisigoths, tombe aPepoque f^ale sous la seigneo-
rie ^scopale et capitulaire de Bazas jusqu'a rarrivte des d'Al-
bret. Avec la royaut6 cap^tienne et la guerre de Cent ans, la ville
poss^d^ d'abord par VAnglais finit par passer entre les mains da
roi de France, et devient le point de ralliement des aventuriers
da terraiD dans les cootr^os vQisinef, oni dUparo leotement et pon sans ^fUeult^.
Dans ce travail qui m'a co^t^ plus d*6tudes et de rechefches qu'on ne peD^e, je oe
▼eiuoiDeUre a^cun trait caract^ristique; ,etje suis d'atilant pla^ a I'aisetqt^e tout ce
quipourrait sembler irrilant, mdme dans sa gen^ralit^, s'appliquesurtout a un pass^
ebaque jour plus lointain.
( 1} Principal caract^re de la race Bazadaise.
(2) Par Ausone le pere et par Saint Pauliu, petitrfils du po^lOi qui poss^dait aussi
one villa k Langon. — Post hsec portum Aliogonis tam piger calcas... Sidoa. Lib.
Vin Bp. ad Tr6get.
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— 240 -
b^aroais et gascons contre les riches caDopagoes de Bordeaux et de
la GuieDne. A la paix FiDflueDce de Bazas decline rapidement. Ao-
jourd'hui^ laville, qui cobipte a peine ciuq mille dmes, vit du com-
merce de sesbestiaux et de ses grains. Dans les forSts voisines le
bficheron fagonne les pins r^sineux et tendres ou les chines dors
et noueux, les femmes cueillent, k Tautomne, les ceps savoureux
6tparfum6s, le braconnier tend silencieusement ses filets aux pa-
lombes et aux grimes de la lande.
Reprenons le cours du IQeuve entre les coteaux couyerts de
pampres de Fancien comt6 de B^nauges, et les vignobles renommte
de Preignac et46 Barsac qui, dans une dtroile lai^eur, se d^roa-
lentlelong des sables et des bruyferes, sur les plaines de la rive
gauche* A la hauteur de Cambes ou de Saint-M^zard, sur le sol
caillouteux et maigre, commencent les vins de Grave;, plus a
Test, dans rEntre-deux-mers(l), sur les coUines de Targonetde
Cr^on, le cep blanc (imrajaJt) et plante en treilles (jouaks) donne
les vins de troisieme cdte qui ne valent que pour les coupages et
Talambic. Le paysan long et d^gingand^, et dont le patois gascoa
s'alt^re d^j^ par le melange du frangais, ne pent guere, malgr^ les
grosses joum^es, faireune concurrence s^rieuse, pour Tachatdes
terres, au n^ociant bordelais qui met la main sur tout ce qu'il
trouve i saport^e dansle voisinage du fleuve ou de la voie ferr6e.
Aussi, moins avare que gourmand, le campagnard des enviroDsde
Bordeaux ne hait-il point le caf^ au lait sucr6 de cassonnade, et lais-
se-t-il une bonne portion de ses profite sur le comptoir duboucher.
Les m6tayers sont rares : quelques valets de charrue dont les pe-
tits enfants gardent les vaches laitiferes dans les prairies, le long de
la tratne ou du chenal; le reste des prixfaUeurs faQonnant la vigne
a tant le journal (2), plus une quantity fixe de piquets et de bl6,
avec la jouissance d'une maisonnette et d'un jardin.
Le fleuve s'61argit toujours, les bateaux caboteurs nagent
(1) Le territoire compris entre la Dordogne et la Garonne.
(S) Le jonrnal, dontlacontenance est si varial)Ie selon les pays, est do tiers de
I'hectare aux environs de Bordeam.
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— 2H —
maintenant k False sur cette vaste nappe d'eau jaun&tre od le p6-
cheur tend ses lignes de fond aux mules et aux anguiUes. Nous
passons Quinsac, Camblanes et Bfegles. Sur la rive gauche j'aper-
gois d^ja les hauls Edifices d'une grande ville, et bient6l, par des-
SQS la Ugne du pont gigantesque, la forSt de mats des navires.
J. F. BLADfi.
Ges gens de robe... firent aux nobles une guerre de ruse et de
patience, etc., etc. — Voir page <92.
Avec le temps cet esprit d'anfagonisme flnit par se g^n^raliser, du
midi au nord, dans les traditions de famille. Vers la Gn du regne de
Louis XtY, Madame de Maintenon cut souvent roccasion de s'en
plaindrjB, surlout au milieu des diflicultfe qu*elle rencontrait dans la
direction des couvents de fondation royale. Comme Spouse du roi, elle
exergait sur ces maisons tous les droits qui appartenaient aux reines de
France. Et ces droits impllquaient des devoirs dont I'accomplissement
rencontrait de p^nibles obstacles dans ces rivalit^s de noms et de race.
C'est ce qui falsait dire k cette femme c^Iebre, le 2^ avril '1 7^ 5, dans
une lettre k M. Languet de Gergy, cnri de Saint-Sulpice: « J'ai jetecn
> passant quelques mots au roi de la division que vous craignez dans
» le Val-de-Grftce, quand on fera T^lection [de la supMeure)^ afln de
» le preparer a vous secourir si vous en aviez besoin. Je crois que ces
» fllIes-1^ auraient une grande peine k voir une de nos demoiselles {de
» Saint'Cyr) leur sup^rieure; car les filles de la robe sont hien accou-
» tum^es d mipriser la noblesse, Mais il n'y a pas moyen d*y penser,
» puisqu'elles n'ont pas T&ge n^cessaire. >
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— «8 —
Cognac, le 2 avril 1860.
Monsieur le Grand Vicaire,
J'ai rcQU hier la premiere livraison de votre Bulletin. Je fiilicite vos
professeurs du travail auquel ils se livrent. Je vous remercie d'avoir
song^ k faire appel k mon concours, et je vous prie de croire qu'il voas
est acquis dans la faible mesure de mes ressources. Aussit6t que je
pourrai disposer de mon temps, je ne manquerai pas de m'oecuper de
VStude histon'que que vous me faites l^honneur de m6 demander.
Votre publication, comme je le vois par la lecture du specimen, est
destin^e a retirer de Toubli quelques vieux manuscrits qui dormaient en
paix dans la poussifere de vos bibliothSques, k faire un pen de jour
autour de quelques c^l^brites locales, a preparer des documents pour
quiconque voudra plus tard entreprendre I'histoire de notre pays; et
c'est avec une vraie satisfaction que je vois travailler k cetle oeuvre,
d'une part des intelligences qui d^butent, de Tautre des plumes exercees
dont les Merits, d'un caract^re sage et tranquillc, iront donnerdes lemons
d'art aux petits enfants en leur apprenant k appeler par leur nom cha-
cune des pierres dont se compose I'^glise de leur village.
Mais il y a assur^ment dans votre pens^e et dans la pens^ de ceux
dont vous avez 6crit les noms v6n6rfe en tete du Bulletin un but plus
i\eyi. Vous avez voulu entretenir et ddvelopper autour de vous I'esprit
d*6tude. Quoique vous ayez admis r^l6ment laique dans votre soci^t6,
il est certain que voire oeuvre s'adresse principalemeut au clerg6; et si
en I'organisant vous avez 6t6 mu par ce poble sentiment qui s'appelle
Tamour de son pays, vous Tavez 6ii k un plus haut degr^ par un autre
sentiment, a la fois noble et saint : Tamour de FEglise.
J'ai entendu TArchev^que de Paris nous dire, au s^minaire de Saint- •
Sulpice : a Cultivez en m^me temps. Messieurs, la vertu et la science,
» et plus encore la science que la vertu, parce que ce dernier terrain,
i n'ayant jamais ii^ abandonnd par nous, est en meilleur ^tat que
» Tautre. Nous avons ^t^ distraits de nos Etudes par des 6v£nements
i inouis. Quand, apr^s la temp^te, nous avons pu reparaltre sur un
» sol raffermi, nous avons iH entour^ de ceux qui avaient longtemps
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— 213 —
6 pieure notre absence : dous avons dti les consoler, les instruire, les
» b6nir. Comment, au milieu des occupations les plus pressautes de la
» charge pastorale, aurions-nous pu songer a nous renfermer dans
» notre cabinet? Aiyourd'hui les circonstances sont chang^es, et c'est
i pourquoi vos devoirs ont plus d'^tendue que les nOlres. o
Ces paroles, d*un illustre pr^lat sont rest^es dans ma m^moire. Je
me souviens de Timpression qu'elles firent sur mes jcunes condisciples.
Nous 6tions tous k un Age oil r&me, neuve encore, s'ouvre facilement
a Tesp^rance et m^me a I'illusion. En nous promenant sous les cloltres^
nous nous disions les uns aux autres ce qui avait ^t^ tent^ dans nos
dioceses respectifs pour relever de leur abaissement les Etudes s^rieuses.
Nous parl&mes surtout de ce dioc^e de Paris ou la vie intellectuelle
^tant plus d^veloppte qu'ailleurs, on avait vu se produire tant d'essais
infructueux, tant de projets avorlfe.
Dans le travail de restauration qui s'op^, 11 y a constamment eu,
en effet, deuxsystemes en presence : Tun, tendant k concentrer dans la
capitale les meilleurs esprits de la province, a 6chou6, malgr6 le pa-
tronage des Archev^ques de Paris, contre cette opinion g^n^ralement
r^pandue parmi les autres ^v^ques que consentir k se s^parer pour qoel-
que temps de leurs sujets d'^Ute, c'^tait s'exposer a les perdre pour
toujours. A I'autre, se rattacheat les efforts faits en divers lieux^ coimne
a Poitiers, avee les seules ressources d'un dioc^. Moins brillant que
le premier, ce systeme a cependant plus de chances de sucees, parce
qu'cn I'appliquant un Evdque pent se passer du concours de ses coU^
gues. 11 -ne faut pas, du reste, trop craindre que I'lsolement soil ici an
gage de faiblesse, puisque les grands monuments de la science eccl^-
siastique appartiennent k une ^poque oix Ton n'avail point Fid^e d'une
centralisation intellectuelle qui appauvrit tout un pays au profit d'une
seule ville. ^
Je me h^te d'ajouter, Monsieur le Grand Vicaire, que ces con-
clusions seront bientot conflrm(5es par Texp^rience que vous tentez en
organisant une society d' Etudes qui ne nalt pas pr^cis^ment, mais qui
entre dans une nouvelle phase de son existence. D^ja, sous Tadminis-
tratioQ qui vous a pr6c^d6, on s'^tait occup6 de cette grave question.
Le digne pr61at, qui a emport6 dans sa rctraite les respects et Tamour
de son ancien clerg6, avait su embrasser dans T^tenduede son z6le tous
les besolns de son diocese. Les plus minces details de ses fonctions
pastorales ne Tavaient pas distrait de Iapens4e d'imprimer aux Etudes une
forte direction. II avait fonde, dans ce but, les Conferences gSnSrales
doot vous ^tiez Tun des membres distinguds. J'ai quelquefois eu Tocca^*
46
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sion d'assisler a la lecture des rapports qui y 6taient faits. II n'y man-
quait ui le talent, ni les recherches conscieucieuses; raais on regrettait,
au sorlir de la stance, que la grande majority edt Ad rester ^trangere
aux questions par Ic d^faut d*un texte ecrit qu'on e(d pu emporter avec
soi et parcourir k loisir.
Mgr de Salinis, en reprenant Toeuvre de son pr^d^cesseur, ne devait
pas 6tre retenu par cette timidity si commune aux ^rivains de province,
et qui les emp^che de livrerleurs productions au grand jour de la publi-
city. Nourri, des sa premiere jeunesse, dans les luttes de la controverse
catholique, votre nouvel Archev^que ne pouvait pas fermer aux autres
la voie qu'il avait suivie lui-m^me pour se rendre utile a TEglise; et il
6tait naturel que, lorsque Dieu lui aurait donne un troupeau a conduire,
ii apportat dans Texercice de ses fonctions quelque chose des habitudes
de sa vie.
De 1^, Monsieur le Grand Vicaire, le caract^re nouveau de votre
soci^t6 d'^tudes. De l^ aussi, pour elle, une garantie d'avenir; car, quand
on ^crit pour le public, on est port6 a surveiller sa plume un peu plus
que lorsqu'on ^crit seulement pour un cercle d'amis. Je sais que vos
collaborateurs actuels, ceux que je connais du moins, n'ont pas besoin
de ce stimulant. lis ont assez de leur conscience, assez de leur amour des
lettres, assez de leur d^sir d'etre utiles k la religion et au pays. Avce de
telles dispositions, ils ont droit de compter sur la benediction d'en haut.
C'est pourquoi ma conviction Wen fcrme est que leur entreprise mar-
chera, et qu'il plaira a Dieu de la couronner d'un plein succ^s.
Veuillez agr^er, Monsieur le Grand Vicaire, Tassurance de raes sen-
timents tr^s respectueux.
L'Abbe Lafourcade.
St-Ooen, par DocS (Indre-et-Loire), ce ^ avril 1860.
A MONSIEUR E. FALlfiRES,
Editenr du Bulletin d'Histoire et d'Arch^oIogie de la Province eccl^siastique d'Auch.
Monsieur,
Difrerentes circonstances m'ayant amen^ k faire des etudes histori-
ques sur Tune des families les plus illustres de la province d'Auch, j*ai
rocueilli des documents assez pr^cieux sur le Fezensac, les barons de
Montesquiou et la fameuse abbaye de Berdou«s. Je posside m^me le
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— 245 —
manuscrit in^dit d'une l^gende qui, je crois, ne serail pas d6plac6e dans
voire Bulletin pSriodique, et qui est inlituI6e : Fleur de Lys de Hon-
tesquiou. Je la destinais au public, sous la forme d'un . petit volume,
comme une^tude des moeurs du pays d'Auch, aumoyen-^ge. Mais si elle
pouvait vous convenir, je serais heureux de vous la donner ; vous auriez
de la copie pour cinq k six livraisons.
En attendant, je vous envoie un petit echantillon des documents que
je possMe surSainte-Marie d'Auch; ils sont r^unisavec beaucoup d'au-
tres, qui tons regardent votre province eccl^siastique, dans un gros
volume dont je ne puis me dessaisir, mais dans lequel je prendrai tout
ce qui sera utile k votre int^ressante publication. Dans ce recueil de
pieces, il y en a de presque toutes les 6poques du moyen-ftge : la pre-
miere est de 926 et la derni^re de 4782. Je copierai et mettrai en ordre
successivement, de telle sorte qu'il vous est permis de compter sur une
s^rie d'articles, venantdes compilations du cur6 de Saint-Ouen. Je vous
expMierai par le cbemin de fer la l^gende dont je vous ai parl^, ainsi
que la continuation du present article. Mon manuscrit est en lecture, et
il faut que je fasse le voyage de Tours pour remettre la main dessus.
Veuillez agrfer, Monsieur, etc.
Althomse CORDIER (de Tours),
Cur^ de St-Onen.
Paris, l«rmai.
MONSIETIR l'AbBJI,
J'ai fait un extrait de nos titres les plus importants que je vous ferai
voir lorsque j'irai en Gascogne, et d'apris lequel vous jugerez vous-
m^me de ce qui pourrait vous 6tre utile. J'ai pris aussi avec moi la no-
tice sur notre famille, riCigie par Tabb^ de Verges, de 4768 k 4770, si
je ne me trompe, et dans laquelle sont cit^s quelques documents histo-
riques que nous n'avons pas en notre possession. lis m'ont paru pre-
senter quelque intirfit au point de vue local sur T^poque des guerres
de religion. Cette notice pent aussi, par les indications qu'elle donne,
aider k retrouver des pieces curieuses. Elle porte pour titre ; « M6moi-
rcs g6n6alogiques de la maison de Podenas, dresses el fails tant sur
lesgrossesoriginalesdes actesque minutes el expeditions d'actes,etc.B
D'apres cela, je crois que rautbenticil6 des pieces cities par Fabbe de
Vergfc ne peut etre douteuse.
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— 2<6 —
Quant aux lettres dont je \ous ai parli k Auch, j'ai retrouv^ celle de
Caumont. Elle est ecrite ^ 9 jours apres la mort d'Henri IV aux jurats
et consuls de Castelnau. Et quoique signte de Caumont, en v6riflant
recriture, elle m*a paru 6ire de la main de SainlPic, son secretaire,
par qui elle est contresignte. Comme elle offre cependant de Tint^rtt
sur r^tat d'agitation du pays et sur les troubles qui avaient suivi la
mort d'Henri IV, je vous en envoie la copie.
J'ai trouv6 6galemeut transcription l^galis^e^n ^666 d' one autre lettre
de Caumont que je joins a la premiere, parce qu'elle lui sert de cocsta-
talion en ordonnant aux habitants de Castelnau d'ob^ir k leur gouver-
neur, Bernard de Podenas. Eniin, comme pieces justificatives de toules
ces agitations locales de Castelnau, je vous adresse trois autres docu-
ments: ^^]me lettre de commission de Catherine, aceur d'Heori IV,
sign^e d'elle, dont j'ai I'original; 2^ une lettre ^e Marie de M^pi3 a
M. de Roquelaure; 3o une lettre du roi Louis XIII k Jean de Podenas.
Ces deux dernieres pieces sont cities in exlenso dans le m^moire
dress6 par Tabb^de Verges sur notre Amille. Elles out rapport, comme
vous le verrez, aux troubles du comt^ de Riscle, racont^ dans un^
requite des habitants au roi, dat6e de ^644. Vous trouverez tons ces
petits details, qui peuvent avoir, ce semble, quelque int^rfit d'histoire
locale, d^ns la copie\ de o^ou ^crifure que j'ai extraite de I'abb^ de
Verges.
Comme je sais que vous cherchez ce qui a rapport aux eglises, j'ai
copie aussi une ordonnance de sepulture dans T^glise de Riscle, rendue
k la requite de ce u^me Jean de Podenas.
J'ai apporte avec moi k Paris plusieurs des parcheknins origi-
naux que nous possedons et qui sont seulement indiqu^s par Tabb^ de
Verges, sans qu'il en ait ^o^QQe l^s textes. Comme je n^ pouvais les life,
je les ai remis ici a M. Borel d'Hauterriv^ qui les a copies ou fait
copier k I'Ecoledes Chartes. Je ne saisi si vousy trouverez d^s details
de quelque inter^t pour vous. II y a un testament concernaat I'^glise de
Marambat ; deux pieces sur Guillaume de Podenas, abb6 d'ldra^c, dont
une lettre de 4375, de I'archev^qu^ d'Arles, camerier de Clement VII;
enfin, un vidimus de Charles VII, moiti^ en* fran^ais, moiti6 en latin.
Quelques mots manquent dans le parchemin. M. Borel d'Hauterive ne
les a pas tons retablis. Vous jugerez ses observations k cet 6gard.
Dans la copie de la lettre de Caumont, il a suppose qi^e le nom d^-
chir6 au haut de la page 6tait Louis; mais il doit s'6lre tromp6. U y a
ces jours-ci a Paris ane vente curieuse d'autographes, de JI. Lucas
de Montjgny, et j'ai v^rifi^, en confrontant la signature do Caumoat,
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qne son nom de bapt^medoit Hre Jacques. Si jepuis me procurer quel-
qucs pieces k cette venle, je vous les communiquerai.
Recevez, Monsieur Vahbi, etc., etc.
ComteDEPODENAS.
Lyow, 22 mai 1860.
Monsieur le Grand Yicaire,
La sant^ de Mgr Tarebev^que ne lui permettant pas de rtpondre au
dfeir qu'fl avait de vous ^crire, Sa Grandeur me charge de vous remer-
der de renvoi que vous avez bien voulu lui faire de votre premier num6ro
du Bulletin. Je regrette que Monseigneur ne puisse vous t^moigner lui-
m^me direetement ses sentiments. II difTi^rait de jour en jour, esp^rant
que le lendemain il aurait un peu plus de forces, ou qu'il ne serait pas
oblige de se tenir sur son lit. Tromp^ dans son attente, il ne veut pas
difKrer plus longtemps de vous transmettre Texpression de sa gratitude.
Monseigneur vous souhaite bon courage et plein succte dans cette nou-
velle ceuvre que Sa Grandeur consid6re comme trfts utile k divers points
de vue.
Pour mon compte, Monsieur le grand vicaire^ j'ai lu avec le plus
grand int^r^t cette premiere livraison. Et, k ce propos, me permettrez-
vous de vous faire part d'un souvenir qu*a r6veill^ en moi la lecture
de I'article sur le P. A. Mongaillard. Get article ne parle que de df^ic vo-
lumes et de quelques cahiers laiss^s par le c616bre historien. Je crois
pourtant ne pas me tromper en affirmant que, de mon temps, il y
avait, a la bibliotheque du s6minaire, deux volumes in-4o du P. Mon-
gaillard : Fun ^crit en megeure partie par un copiste, Tautre en ma-
jeure partie par le P. Mongaillard lui-m^me. J'y ai vu de plus un certain
Dombre de cahiers d^tach^s.
En outre, il y a i la bibliotheque de Toulouse un autre volume in-4o,
da m^me auteur, ind^pendamment d'un quatri^me que Ton a cru, dans
le temps, se troiiver k Munich, mAis dont on a perdu la trace. Mgr de
la Croix m'envoya k Toulouse pour entamer avec M. Cabanis, alors
maire de cette ville, une o^gociation ayant pour objet, non la cession,
mais la faculty de prendre copie du volume d6pos6 k la bibliolheque
poblique. Mgrde la Croix prenait tous les frais k sa charge personnelle;
mais M. Cabanis, avec une extreme g6n^rosit6, proposa k Monsei-
gneur de lui faire faire cette copie d^sir^e. Et, en efTet, Monseigneur
recut de Toulouse un certain nombre de cahiers.
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— 248 —
Quelque temps apr^s, M. Cabanis, n'ayant plus k sa disposition le8
m^mes facility qu'auparavant, envoyait h Auch cahiers par cahiers
d^tachfe du volume le manuscrit original, dont une double copie 6tait
faite ou i Tarchev^ch^ ou au s6minaire. Le manuscrit 6tait ensuite
religieusement renvoy6 i M. le maire de Toulouse.
Survint la mort de M. Cabanis, je le crois du moins, et alors nous
cess&mes d'avoir des portions successives et d^tach6es du manuscrit.
Or, ces copies inachev6es existent h Tarchev^ch^, oil elles n'ont ja-
mais ii6 tenement caches qu'il soit n^cessaire de faire de grandes re-
cherche^ pour les retrouver. D'autres cahiers, en double, sont aux archi-
ves du s^minaire. Ne serait-ce pas le cas, monsieur le grand vicaire, de
reprendre ce travail de copie, afln de pouvoir joindre aux deux volumes
du s^minaire celui de la biblioth^ue de Toulouse ?
Quoi qu*il en soit, il m'a paru utile de vous faire part de ce souvenir,
afln que Tauteur, M. Tabb^ Larroque, puisse faire un travail plus com-
plet sur le P. Mongaillard.
Dans le temps, j'6crivis moi-m6me h Munich pour demander des ren-
seignements. La r^ponse ftit qu'on n'avait rien du P. Mongaillard. Mal-
gr6 cela, j'ai toujours cru qu'il serait peut-6lre k propos de faire de
nouvelles demandes.
Sa Grandeur me charge. Monsieur le grand vicaire, de vous offrir
tons ses sentiments aifectueux, avec la nouvelle expression de ses re-
merclments.
Veuillez aussi agr6er, etc., etc.
G. Sektis, jw^^rc.
La commission du Bulletin remercie M. Fabbd Sentis des utiles
renseignements qu'il vcut bien nous transmettre sur la partie des
manuscrits du P. A. Mongaillard qu'elle n'a pas a sa disposition.
On s'est d6jk pr6occup6 des moyens k prendre pour completer
la copie du volume de Toulouse. De nouvelles instances seront
faites k Munich, ainsi que toutes les recherches possibles, afinde
rfiunir k Auch tout ce qui serait encore conservd d*un 6crivain qui
a travaill6 plus de vingtans, dans notre ville, a preparer Thistoire
de la Gascogne.
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- 849 —
A MONSIEUR DE LADOUE,
Vic. G^n. d'Aach.
Monsieur et tr£s honors Confrere,
Votre adresse au clerg^ du diocese d'Auch, que nous avons lue dans
le premier num^ro du BulletiUj aura trouv^ bon accueil dans toute la
province ecd^siastique: I'adh^ion deNosseigneursIes Ev^ues auprojet
d'^udes historiques de notre v^n^rable et savant M^tropolitain vous en
est un str garant.
Aussi me parait-il hors de doute que les hommes d'iutelligence et
d'^odition^ si nombreux dans nos d^partements sous-pyr^ndens, se
fiSliciteroni de trouver dans 1* organisation de votre comity un centre
d'action toujours pr6t h rendre profitables au public les r^ultats utiles
des recherches locales et individuelles. D^j^ un petit nombre de docu-
ments retires de Foubli disent assez ce que nous sommes en droit d'at-
tendre encore. Et pour ne parler ici que des lettres in^dites de Mgr de
Latour-Dupin, elles ont pour nous d'autant plus de prix qu'elles r^v^-
lent la haute estimeet FafTection toute paternelle de votre ancien Arche-
v^que pour Mgr de Gain-Montagnac, alors ^v^que de Tarbes et compa-
gnon d'exil de son m^tropolitain.
Mais, k cette occasion, je m'empresse de vous dire que Mgr de Gain
a laiss^, lui aussi, de bien touchdnts souvenirs d'une ^poque si f^nde
en examples de vertus h^roiques. Sans parler de la correspondance que
M. Tabb^ Abeilh^ a Atn vous faire connaltre, nous poss6dons k Tarbes
un grand nombre de pieces parfaitementauthentiques, et dans lesquelles
se refl^tent la physionomie et les caract^res si divers des grands 6v6ne-
ments dont il fut le t^moin, et qui trouv^rent successivement dans son
&me de Pontife un fonds in^puisable de patience, de d^sint^ressement
personnel et de resignation k toute 6preuve.
Je veux parler des actes d'administration dioc^ine qui signalerent
son ^piscopat dans la longue et difficile p^riode qu'il eut k traverser, de
n90 a 4802, et pendant laquelle il ne cessa jamais de donner aux fiddles
de son diocese, de loin«)mme de pr^s, des t^moignages de sa paternelle
soUicitude. ^
Ces pr^cieux documents ferment deux forts volumes grand in-8o,
tents, en tr6s grande partie, de la main de Tabb^ de Layrolles, cetami
fiddle au malheur, que les privations, les souffrances et les tortures
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— 230 -
morales d'un long et si p^nible exil n*ont jamais pu s6parer de son
^v^que. Mgr Laurence^ qui doit ce recueil k la famille m^me de son
auteur, me charge de le mettre k la disposition de votre comity histo-
rique. Et, pour que ces Messieurs puissent le juger d'avance et recon-
nallre le parti qu'il est possible d'en tirer, vous me permettrez, Mon-
sieur le grand vicaire, de vous donner une indication sommaire des
pieces qui composent les deux volumes.
M. rabb6 de LayroUes les a distributes en six classes diverses, sui-
vant lamaiche des 6v6nements qui se partagent ce qu'il appelle les six
^poques tourment^es de T^piscopat de Mgr de Gain, dont vous savez
qu'il elait grand vicaire. Je copie, ainsi qu'il Vet 6crite, selon I'ordre chro-
nologique, une sorte de table des mati^res.
PRBUI^RE EPOQUE.
(Du 12 novembre 1790 au A d^cembre de la m^mc ann^e.)
I. Le d6partement et le directoire demandent, par un d^cret, 4
M. r^v^que de Tarbes d'exteuter quelques dispositions de la constitu-
tion civile du clerg^.
II. Discours de M. T^v^que de Tarbes a son chapitre.
III. Declaration deM. Francois de Gain, 6v6que de Tarbes, adresste
aux administrateurs du d^partement des Hautes-Pyr6n6es, en r6ponse a
leur arrets du ^0 novembre eta celui du 26 octobre n90, pr^c^de
d'un avertissement.
IV. Extrait de la deliberation du chapitre de Tarbes, du ^7 novembre
n9o.
V. Extrait du procfes- verbal des stances de I'assembiee administrative
du departement des Hautes-Pyren6es, du ^8 novembre 4 790.
DEDXIKME ifePOQUE.
(Du 4 d6cembre 1790 au 13 mars 1791.)
VI. Lettre-circulaire de M. rev6que de Tarbes k MM. les cur^s de
son diocese. — Tarbes, le 4 d6cembre 1790.
VII. Lettre pastorale de M. I'ev^que de Tarbes au clerge et aux
fideies de sod diocese, en leur auressant i'ipstruction pastorale de
M. revfique de Boulogne sur Tautorite spirituelle. — Saint-S6bastien,
les fevrierl791.
VIII. Lettre de M. I'eveque de Tarbes a MM. les eiecteurs du de-
partement des Haute8-Pyren6es. — Saint-Sebastien, le 26 fevrier 4791.
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troisiIbie ^poque.
(Du 13 mars 1791 au 8 mai de la mfime ann^e.)
IX. Dlscours proQODC^ par M. T^v^que de Tarbes, dans soa ^glise
cath^rale, le lendemain de son retour dans son diocese, -13 mars -1 794.
X. Lettre de M . T^v^que de Tarbes k I'asseraiblte ^lectorale du de-
parteraent des Haules-Pyr^n^es. —Tarbes, le i9 mars 179-1.
XI. Lettre de M. I'6v^que de Tarbes k M. Guillaume Molinier,
doctrinaire, recteur du colldge de Tarbes, 61u 6v^que intrus de Tarbes.
— 27 mars 4794.
XII. Lettre de Mgr I'dv^que de Tarbes aux reUgieusesde son diocese.
— Tarbes, 8 mai 4794.
XIII. Ordonnance de M. I'dv^que de Tarbes portant diverses dispo-
sitions relatives au scbisme qui menace son diocese et TEglise de France.
— Tarbes, le 9 mai 479^.
QUATRIEME EPOQUE.
.(Du 8 mai 1791 au 30 d6cembre 1797.)
XIV. Mandement d'acceptation du bref du 43 avril 4791, par
M. I'ev^que de Tarbes, donnd a Lds, valine d'Aran, en Espagne, le 23
juin 4794.
XV. Seconde lettre de M. I'dv6que de Tarbes aux religieuses de
son diocese. — A Montserrat, en Espagne, jce 29 octobre 4 791 .
XVI. Lettre de M. Tdv^que de Tarbes a M. La Peyre, curd d'Arta-
gnan . — Montserrat, 4 2 ddcembre 4 794 .
XVII. Lettre pastorale da M. Tdv^que de Tarbes au clerg6 et aux
fiddles catboligues de son diocese. — Montserrat, 5 Janvier 4792.
XVIII. Lettre de M. I'dvdque de Tarbes aux fideles de la ville de
Tarbes, et principaiement au people de cette ville, qui m'a donnd tant
et de si touchantes marques de sa foi et de son attachement. — Mont-
serrat, ce 29 Janvier 4 792.
XIX. Lettre de M. Tdvdque de Tarbes k M. le curd de Betpouey. —
6 fdvrier4792.
XX. Adhesion de Messeigneurs Tarchevfique d'Auch et des evdques
de Lavaur et de Tarbes aux nouvelles lettres du pape Pie VIdu 49 mars
1792. — Montserrat, le 4er mai 4792.
XII. Lettre de M- rdveque de Tarbes a M. Guillaume Molinier,
dvdque intrus du dd{)artement des Hautes-Pyrcn^ea, en lui adfessant
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— z98 —
un exemplaire du bref de Sa Saintet^ du -19 mars ^792. — Montscrral,
ce^«'mai'l792.
XXII. Lellre de M. F6v^ue de Tarbes k Messieurs du chapitre de
r6gli3e cath^drale de Tarbes. — Montserrat, ^0 maH792.
XXIII. Lettre de M. T^v^que de Tarbes k M. La Gleise, vicaire
d'OssuD, 28 mai^792.
XXIV. Lettre de M. F^v^ue de Tarbes a M. P..., avocat. — Mont-
serrat, le 24 octobre4792.
XXV. Lettre de Messeigneurs Tarchev^que d'Auch et les 6v6ques de
Lavaur et de Tarbes aux flddes des dioceses d*Auch, de Lavaur, Tar-
bes, Bazas et Oloron. — Montserrat, jauvier -1793.
XXVI. Lettre de Messeigneurs d'Auch, Lavaur et Tarbes aux fiddles
de leurs dioc6ses et k ceux de Bazas et d'Oloron. — Montserrat, ce n
f6vriem93.
XXVII. Lettre de M. P6v6que de Tarbes au clerg6 expatri6 de son
dioc6se. — Montserrat, le ^'^ juin 4794.
XXVIII. Lettre de M. T^v^ue de Tarbes au clerg6 de son diocfese
Titugii en Espagne, en I'informant de son depart pour I'ltalie. — Mont-
serrat, le 4*^ septembre 4794.
XXIX. Ordonnance de M. I'^v^que de Tarbes aux eccl&iastiques
de son diocfese qui se proposent de retourner en France pour y exercer
le saint minist^re. — Lugo, en Italic, ce 20 mai 95.
XXX. Mandement de M. T^vfique de Tarbes qui ordonne des prie-
res pour le roi Louis XVIII. — 4« ao<it 4795.
XXXI. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux eccl^astiques de son
diocese qui sont dans la communion. — Lugo, 47 aoCit 4795.
XXXII. Mandement de M. T^v^que de Tarbes, en supplement a
celuidu 4«' aoM4795.
XXXIII. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux prfttres fideles qui
exercent les fonctions de missionnaires dans son diocese et qui out
souffert pour la foi. — De Tabbaye de la Cava, au royaume de Naples,
44 juin4797.
XXXIV. Lettre de M. I'^v^que de Tarbes k ses dioc^sains. —A Tab-
baye de la Cava, le 27 juin 4797.
XXXV. Lettre de Mgr r6v6que de Tarbes aux eccl^siastiques s^cu-
liers et r^guliers de son diocese qui ont pr^t^ le serment du 29 novero-
bre 4 790. — Au monast6re de la Cava, 8 juiilet 4 797.
XXXVI. Ordonnance de M. T^vftque de Tarbes relative a quelques
extensions ou restrictions de pouvoir spirituel. — Au monast^re de la
Cava, ce 8 juiilet 4797.
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— 283 —
XXXVII. Lettre de M. I'6v^ue de Tarbes aux religieuses de son
diocese. — Monaslfere de la Cava, le U juillet -1797.
XXXVm. Instruction et ordonnance de M. T^vftque de Tarbes k
I'occasion du nouveau serroent d^cr^t^ au mois de septembre -1797. —
Monast^re deia Cava, le 2i d6cembre^797.
XXXIX. Lettre pastorale de M. T^v^que de Tarbes au clerg^ Soulier
et r^gulier et k tons les fiddles de son diocese sur le schisme de France,
el r^onse au d^cret de pacification du conciliabule de Paris. — 80 d^-
cenibre'1797.
CINQUIEME iPOQUE.
(Du 30 d^cembre 1797 au 15 aotlt 1801.)
XL. Lettre de M. T^v^que de Tarbes au pape Pie VII sur son av6-
nement au souverain pontiflcat. — Lisbonne, 20 avril 1800.
Bref du pape en r6ponse h cette lettre. — 17 novembre 1 800.
XLI. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux fiddles de son dioc^
sur son arrivie en Portugal. — Lisbonne, le 25 juillet 1800.
XLII. Lettre de M. I'^vfique de Tarbes k M . *" — Lisbonne, 28
juillet ^800.
XLin. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux pr^tres catboliques,
missionnaires dans son diocese. — Lisbonne, ^6 novembre 1800.
XLIV. Lettre de M. I'^v^que de Tarbes aux pr^tres et aux fldeles
de son diocese. — Lisbonne, le 14 d^cembre 1800.
XLV. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux prfitres et aux fiddles
de son diocese, r^fractaires k ses defenses et k ses ordonnances. —
Usbonne, 5 Janvier 1 801 .
XLVL Lettre pastorale de M. Wv^que de Tarbes k ses dioc&ains
pour le car^me de Tan de grftce 1 801 . — Lisbonne, le 1 2 tevrier 1 801 .
SlXl^tfE ET DEUfilERE ^POQVE.
(Du 12 f^vrier 1801 au 27 mai 1803.)
XLVIL Lettre de M. r6v6que de Tarbes a M. Tabb^ ***, vicaire
g^n^ral de **', sur sa demission du si^ge Episcopal, faite aux instances
du pape.
XLVin. Lettre de M. T^vfique de Tarbes au pape, en r^ponse au
bref du 1 5 aott 1 801 . — Lisbonne, le 6 novembre 1 801 .
Bref du pape l*ie VII, en r^ponse a cette lettre.
XLIX. Lettre de M. T^v^que de Tarbes aux eccl&iastiques steuliers
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-- M4 —
el rtguliers de son diocese, sipar^s de la communion, pour ies exborter
de nouveau h rentrer dans le sein de TEglise. •— Lisbonne, -15 octobre
L. Letlre de M. T^v^que de Tarbes an clerg^ s^uKcr el r^alier de
son diocese, qui est dans sa communion, pour hii annoncer sa demis-
sion et lui annoncer la paix de FEgiise. — Lisbonne, 4 d^embre 4 80-1 .
LI. Lettre de M. T^v^qae de Tarbes h ses dioc^ains pour leur
annoncer sa demission, leur faire ses adieux, etc., etc. — Lisbonne, 26
d^cembre ^80^.
LII. Lettre de I'ancien 6v6quede Tarbes k N. T. S. P. ie pape Pie VII.
— Lisbonne, 26 aoiit 4802.
La table indique trois autres pieces; mais elles manquent k la collec-
tion qui, du reste, s'est consid^rablement enricbie par la d^couverte des
436 lettrcs autographes que M. I'abb^ Abeilhe a bien voulu donner en
communication k Mgr Laurence. Nous en avons tenu copie avec un
tr6s grand soin; et vous aurez vous-m^me I'occasion de reconnaltre
que cette pr^cieuse correspondaoce m^rite bien d'etre conserv6e, sur-
tout dans notre diocfesc de Tarbes. Ces lettres portent la m^me adresse
que celles de Mgr de Latour-Dupin-Montauban^ dijk publi6es dans Ie
Bulletin; avec cette seule difference que Ies derni6res n'ont en suscription
aucune indication de litre eccl(^.siastique.
Je vais transcrire ici Ies deux pages qui terminent ce monument de
noire histoire dioc^aine ; plein de confiance que si de nouvelles d^cou-
vertes venaient k se faire autour de vous, ces iMessieurs voudraieQt
aussi nous permettre de continuer, pour nos archives dioc^saines, uae
s^rie de documents qui sont pour nous d'un si grand prix.
A Monsieur
Monsieur VabM de Castdran
A Tarbes — D^partement des Hautes-Py rinses.
G'est k Taurore d'un plus beau jour que ceux que nous avons pass6
depuis neuf mois, que je vous ^cris, mon cher Thomas. Je vous al
mand6 ily a a pen pres7 k 8 mois, dans uner^ponse quejefesoisivotre
derni^re lettre qui 6toit de Ires peu de temps ant6rieure, que nous res-
tions mon compagnon et moi sous Toragc ; nous y sommes rest^ effec-
tivement tout le temps. II a 6t<5 epouvantable, excepts dans la eapitale,
ou Ton en a ^t^ quitte pour beaucoup d' argent et beaucoup de pour.
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— 825 —
Grftces k Dieu la temp^te ne nous a ai frapp^, ni bless^. Seulement
quelques branches denotre arbredevieont^t^ brisks; depuislongtemps
\\ ne porte plus de fruil, mais nous esp6rons qu a la seve prochaine il
rapportera quelque chose. — Quant aux details de I'orage, vous les
apprendr^s de reste. Le bpn ct honn^te M. Ducas, m^decin de Tarmee,
qui est de Bayonne, et qui se charge de vous remettre cette lettre, vous
cooteratouteschoses. Je me borne comraede raison^vous donner de nos
nouvelies, pensant bien que dans les circonstances prteentes votreinter^t
pour nous ne seroit pas sans inquietude. Nous sommes dope toi\jours
ici dans la meme situation, nos sant^s sont aussi bonnes qu'eUes peuvent
dtre avec des infirmites assez graves^ mais nous respirons au moins ac-
tuellement sous un ciel calme, Dieu veuille nous conserver cette s^r^-
nite. La craintede la famine s' est dissip^e, car nous avons ^t^ au mo-
ment de r^prouver, et absolue. Lorsque les portes de ce pais ci avec la
France seront ouvertes, ne manqu^ pas de me donner de vos nouvelies,
je Yousdonerois aussi des miennes, mes hommages a la sain te et excellente
Henriette, votre seeur; rapell^ moi dans le souvenir de tons ceux qui o^e
conservent int6r^t, et principaleraent dans celui de lous nos boos pr6tres.
Je vous ai mand6 que j' avals trouv^ ici plusieurs enfants du diocese de
Tarbes, je ne pouvois m'emp^cher de les regarder encore comme mes
propres enfants et mes brebis ch6ris. Tout ce qui tient a ce pais 14, a et
aura toujours de grands droits a tons les sentiments de mon coeur. Adieu,
mon ancien ami, je me recommande k nos prieres, mon compagnon
vous embrasse, et nH>i j'en fais auiant et vous aime de tout mon coeur.
Si vous^riv^s k ma filleule, faites lui savoir que je suis ici bien portant
et que je fais des voeux pour son bonheur. Adieu, adieu, etc., etc.
Lisbonne, le 8 septembre ^808.
Recevez, Monsieur le grand vicaire, etc.
Tarbes, le28mai]860.
P. LAURENCE,
Vic. g6n. de Tarbes.
A MONSIEITR L'ABBfi MONBET,
Archiviste du Comity d'Hisioire eld'Archdologiede la Province eccl^siastique d'Aucb.
Bagn^res, le 2 juin 1860.
Le temps s'^coule vite, mon cher ami; et cependant je trouve assez
ioagues Iqs quelques seno^aines que j'ai passives loin de vous et de nos
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- S«6 -
affaires communes. Les voyages de distraction que Ton fait pour res*
taurer sa sant6 sont rarement profltables aux Eludes s^rieuses. Celui-d
n^nmoins, que la Faculty avait present, ne sera pas tout a fait perdu:
J'ai pu me convaincre, en divers lieux, que la premiere livraison de
notre Bulletin a ^veill6 jusqu'au fond des valines pyr^ntennesun verita-
ble zMe de recherches historiques, m^me dans les &mes qui, nago^
encore, vivaient fort ^trang^res k de pareils soucis.
Entre autres documents qui sont venus k ma connaissance, je veux
vous signaler d'abord un manuscrit original, petit in-foliode ^22 pages,
dont le titre va vous causer une agr&ble surprise, Monsieur le con-
servateur de nos archives diocisaines. Mais avant de vous le transcrire
ici, que je vous dise ou s'est retrouv^, je nesais quand, ce vieux bouquin
de chiffe : chez de tris pauvres gens de ces vall^, qui, je pense,
n'avaient gu^re d'autre papier k leur usage, sous leur toit de chaume.
Aussi venaient-ils, parfois, arracher quelques feuillets, toujours dans
le m^me ordre, k partir de la fin du malheureux cahier. Heureusement
que, de nos jours, il 6tait tomb6 en bonnes mains!... Vous devinez faci-
lement avec quel d^plaisir je Tai vu ainsi mutli^; surtout apr^ avoir
d^ifiM sur le parchemin ext^rieur, roussi par la fum^ de la modeste
cuisine qui lui avait longtemps donn^ asile :
4642
BIGORRE.
imubrtaibe gbnal des papiebs et documents
DU pais de bigoeee.
Le premier folio est arrach6, mais non perdu. Bien qu'en fort mau-
vais dtat, il pent se lire encore, et c'est pourquoi je vous en donne ici
copie.
BIGOBBE
Inuentaire general des tiltres documents priuilleges cayers des comp-
tes randus par les receveurs dud pays et Cont^ de Bigorre et de touts
autres papiers trouu^s aux archifz et dans le cofre qui est en la cham-
bre cont^ de la maison commune de la ville de Tarbe remis par ordre
alphabeticque dans diuers sacz en chacun desquelz sont les papiers cy
apres deduits par leur ordre et tons autres actes qui ont est^ cy deuant
remis par les sdndicz precedents et du temps de Mtres Guilhaume Mau-
ran et Charles Lucca scindicz et pr^sentement par Me Vital Venessac
scindic general dud pays qui se trouueront inuentories auquel inuen-
taire il a est^ exactement trauaill^ en la presence de lUustrissime et
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- 227 —
R^u^endissime pere en Dieu Monseigneur Saluat di Harze (4) conseil-
ler du Roi en ses conseils par misericorde diuine Euesque de Tarbe
president en Tassembl^e des estatz dud pays par led sieur Venessac
sdndic general dud pays Mtres Mathieu Forcade docteur et aduocat
premier consul de la ville de Tarbe et Daniel de Nogues aussy docteur
et ad«t secretaire du pays a ces fins deputes par la deliberation des
gens des trois ordres du vincgt deuxieme feurier mil six cent quarante
un conuoques par monsieur 1e Marquis de Benac senal et gouverneur
pour le Roy en Bigorre
Pour sommaire intelligence dud Inuent. sera represente que a
raison des guerres ciuilles du Royaulme et des grands d^ordres sur-
uenus dans lad Cont^e de Bigorre durant lesd guerres la plus grande
et meilheure partie des documents dud pays out est^ esgares brusles
perdeus et emportes a diners temps et en diuerses prinses et reprinses
bruslements mine totalle dud pays de Bigorre ezt^mps et passaige du
comte Mongomery prinse de ladite ville par le capitaine Lizier Monta-
mat et auec gens de guerre do sorte que a peine et auec grand soein on
a peu conseruer et recouurer une partie des papiers et documents quy
ont rest^ comme sera deduict par la suicte dud Inuentaire et pour le
Dombre des sacz dans lesquelz lesds papiers ont este remis par led ordre
alphabetique.
Yous n'allez pas oublier ces demiers mots, vous homme de pratique
et si expert en ces sortes de classifications. lis vous r^v^lent le syst^me
adopts dans le nouvel arrangement de ces « archifz » au xvii* si^cle;
c'est-k-dire la mise en ordre des pieces et documents, et ce qu'on peut
appeler leurs estampilles au moyen des lettres de I'alphabet, avant de
les entasser dans leurs sacs respectib.
Et, en efifet, je remarque, k partir du folio 22«, oil s'ouvre I'linJEKTAiiiE
des pieces, que les sacs premier, second, troisiesme et quatriesme sont
coDsacrSs^ lasSrie A, B, C, etc., etc., des documents.
Du folio 28«, oil elle se termine, au 33«, c'est la s6rie AA, BB, CC,
etc., etc., comprise dans les sacs cinquiesme, siociesme^ sepiiesme et hui-
tiesme.
Du folio 33«au ^S*, lasSrie AAA, BBB, CCC, etc., etc., en partie
dans le sac huitiesme^ jusqu'aux documents HHH, exclusivement; et
pais dans le sac neuviesme, jusqu'a MMM exclusivement; enfin dans le
(1) Dans le catalogue dioc^sain, on lit « Salvat II d'Hyarse, » qui occupa le si^ge
Episcopal de Tarbes de J602 a 1649.*
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— M8 —
sac dixiesme, dlt le violet; et puis dans les onzfesmcj doutziesme et
treiiziesme,
Du folio 55« au 61°, c'est la s^rie AAAAA, BBBBB, CCCCC, etc.,
dans le sac treiiziesme jusqu'aux documents estampilles QQQQQ in-
clusivement, et flnissant avec le verso du folio 64®.
Au folio 62«, recto, se continuait la m^me s^rie, i partir des docu-
ments RRRRR, compris dans le quatorziesme sac. Mais 1^ commence
le dSfieit des folios perdus, dont le nombre est pourtant assez restreint^
s'il estpermis d'en juger par I'^tat actuel du vieux cahier, et par la dis-
position du parchemin qui le recouvre.
Je vous ait fait observer que riNUEMTArnE des pit^ces ne commence
qu'au 22« folio. Ceux qui pr^c^deot sont cousacr^s :
i^ k Tarticle pr^liminaire, transcrit ci-dessos, et qui comprend deux
pages et demie, sous le titre Bigores;
2o A uoe courte description du pays de Bigorre, eaviroo deux pages
et demie;
30 Au « Roollcdes gens des trois ordres appelles aux assemble,*
savoir : c La Gleize, los Baros, los Geotilhomes, las Villes, las Valz,
los Locz; » environ quaire pages;
4'' i Aux < Regiemenlfl des trois ordres faieto en Tassemblee des estats
tenus et conuoques au mois de mars de Tannic mil six cent trente dnq
en la ville de Tarbe, » trcize pages;
$0 c Au a RooUe des feux surlequel ae faict la Ltefue de la taille, sans
pottooir pD^taodre de plus grands gaiges que les ordinaires quy sont
cinq oent liures pour toute sorte de reeepte en quoy quelle pukse mon-
ter. » Ge qui compresid dix^sept pages.
Tel est, en r^sum^,moncher ami,finventairemamiscritde6 Arcbtves
du P«qfS de Biforre. Je compile qu'ii nous sera periais de pevenir, tm
pen plus tard, sur les inMressants details qu'it renferme, et d'en donner
plus ample communication aux lecteurs du Bulletin. En attendant, re-
cevez Tassurance de mee sentiments bien affeetueux.
F. CANfiTO, V. g.
Monsieur le Yicaire G£n]6ral,
Notre saint et v6n6rable m^tropolitain, Mgr de Salinis, vientder6ali-
serTcBuvre que tons les modestesetinfatigablescbercbeursde documents
historiques relatifs a nos contr^es appeiaieat de leurs voeux. Aucb aurt
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Tinsigne honneur de devenir, dans notre Province, le centre et le foyer
des etudes historiques et arch^ologiques. Cette haute pens^e de votre
pieux archev^que va ranimer Tardeur et le zfele de tons ceux qui, pion-
niers obscure de recherches locales, n'esp^raient travailler que pour
une autre ^poque. Me permettriez-vous, Monsieur le grand vicaire, de
prendre rang parmi ces travailleure de Thistoire de notre pays, et d'offrir
comme specimen, k votre Comity, une Notice Historique sur Tantique
abbaye de saint-jean de la gastelle, ou de la gaage-diev.
Si vous jugez ce travail digne d'attention, ne pourriez-vous pas lui
donner place dans les colonnes du Bulletin ? Et dans ce cas, j'oserais
vous soumettre d*autres documents in^dits, qui, peut-6tre, ne seront pas
sans int^r^t pour les amis de notre vieille histoire locale.
Vcuillez agr^er, Monsieur le grand vicaire, I'expression de ma haute
estime et ds ma consideration la plus distingu^e.
[A Monsieur Tabb^ de Ladoue. ]
D' L. SORBETS.
Aire (Landes), 10 juin 1860.
Assur^ment la notice historique de M. le docteur L. Sorbets trouvera sa
place dans les colonnes du Bulletin; et nous devons en dire autant des ri-
cbesses que nous avons revues de divers points, comme de celles que nous
annoncent encore les MM. A. Gordier, comte de Podenas el P. Laurence,
vicaire g^n^ral de Tarbes. — Bien que nous venions d'accorder une large
place k la correspondance, il ne nous a pas M possible de faire mention
de tous les t^moignages de sympathie qui oous sont venus, sans que nous
ayons pu m6me y r^pondre par des leltres particuli^res. Qu'on veuille bien
nous permettre de confier k ces quelques lignes Texpression de notre grati-
tude pour les offres nouvelles de concours empress^, de documents in^-
dits, d'6todes monograpbiques, etc., etc, que le Comity a revues de MM. de
Moncade fils, Luzat, Malpi6ce, baron d*01ce, Dauvergne, Roujon, Laporte,
Durand, baron de Glaye, Lacomme, Abadie, Taillefer, Bartbe, Roux, Dessans,
Jabouin, J. Troyes, G. de Pages de Ghaulnes, etc., etc.
Une Revue d*6tudes locales n'est pas astreinle, il est vrai,& de tr^ss^v^res
conditions d'ordre el de classification dans les mati^res qu*elle public. N6an-
moins, tous ces travaux doivent attendre et la place et le tour que leur assigne
rimp^rieuse n^cessit^ de ne pas mettre une trop grande confusion dans les
series k ^tablir au moyen des sujets trto divers que Ton nous propose. Nos
correspondants voudront bien nous permettre de compter sur leur indulgence.
46
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— 230 —
BDBlilOQRAPHlE.
FLAVIEN.
Etude, par M . Dubosc de Pesquidouz.
Le Bulletin se propose, autantquele cadre de ses matieresle
permeltra, de rendre compte des ouvrages divers qui se publieront
sur le pays ou par des ecrivains du pays : Nous sommes heureux
de commencer aujourd'hui cette revue par le livre de M. Dubosc
de Pesquidoux.
M. de Pesquidoux, d6ja si avantageusement connu dans le monde
artistique ou son nom et ses Perils font autorite, est une de ces
rares intelligences de jeunes gens qui, rompant avec les traditions
d^letferes dela litt^rature de notre epoque, se vouent courageuse-
ment a la defense des principes qui sont la base et la force des
societ6s; il a compris, ce que du reste il dit si bien lui-meme, que
dans un temps comme le n6tre ou toutes les questions vitales se
hatent vers une solution definitive, il n'y a pas de r61e plus beau
ni de plus noble devoir que de combattre pour la mine du mal
et le triomphe de la v6rit6. C'est la pens6e et le but de son livre.
Qu'il en receive ici nos sinceres felicitations : son entreprise lui
m^riterales sympathies de tous les coeurs genereux.
Flavien n'estpas seulement un beau livre; c'est une bonne ac-
tion. — C'est la dissection a nu et dans le vif d'une des plaies les
plus profondes et les plus d6sesp6r6es de notre epoque : Foubli de
Dieu et le mepris des croyances religieuses. Homme du monde,
artiste, litterateur et chr6tien avant tout, M. de Pesquidoux ^tait
plus a m6me que tout autre peut-6tre de saisir le mal dans sa ra-
cine, d'en sender la profondeur, de le suivre dans ses eflfets et de
pr^ciser le remede qui lui convient. II le fait avec une force de
pensee et une vigueur de style qui accusent une connaissance pro-
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— 934 -
fonde du sajet et une grande vivacitd de sentiment. On dirait qu'il a
ressenti lui-mdme ce qu'ilpeint tant ily a d'^clat dans la couleur et
d'accent dansle ton. — « Le mal, dit-il d'abord en r^sumant son livre
et sa pens^e, le mal, c'est le vide ! L'effet da mal, c'est la mort!
Le remade au mal, c'est Dieu ! »
Dans la premiere partie de son travail, 11 recherche la natore
et la cause du mal qu'il yient de signaler dans la soci6t6. II les
trouve dans le doute et ses produits naturels : Tennui et le marasme
moral qui tuent T^e. U en trace un portrait vif et anim6 pour
en faire comme le cadre vivant dans lequel il va placer tout k Theure
son h6ros : Nous ne pouvons qu'applaudir a la vigueur de son pin-
ceaueta la v6rit6 de ses couleurs. Le doute en eflfet, avec ses hesi-
tations perp^tuelles et ses ameres deceptions, le vide de Tesprit et
le yide du coeur : voila bien certainement le mal qui ronge notre
epoque. Depuis trois cents ans que le protestantisme, en renver-
sant les barrieres de Tautorite, a livr^ Tintelligence a la bruyante
invasion de toutes les erreurs et de toutes les extravagances hu-
maines, on a tout contests, tout attaqu^, tout fletri, toutdetruit; il
ne reste plus rien debout de Fheritage sacr6 de nos p&res. Le
doute seul rfegne en souverain dans le monde. De 1^ cette cohue
de syst^mes qui se choquent, se renversent, se d^truisent les uns
les autres du soir au matm; de la, ces essais avort^s de morale, ces
promesses d6cevanles de plaisir et de bonheur, qui n'en font bril-
ler un instant Timage a nos yeux que pour creuser plus profondfi-
mentdans Time Tabime qu'elles nepourront jamais combler. Ce-
pendant lliomme ades desirs immenses, des besoins infinis; avi-
de, haletant, il tend sa coupe k toutes les choses qui passent, et
la coupe demeurant toujours vide, il tombe de d^couragement et
de lassitude, il s'abandonne a la tristesse et au d^sespoir, il blas-
pheme Dieu, il maudit la soci6t6. . . il se donne iSchement la mort! . . .
Oui ! Ren6, Obermann, Manfred et Werther ne sont pas malheu-
reusement des Stres imaginaires et fantastiques; ils ne sont que la
triste personnification des douleurs trop r^elles et des lamentables
defaillances de notre si^cle !
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— 232 —
Ce mal du reste D'estpasDOuveau;on levoitapparatbre, comme
UD signe de ruines et de malheurs, aux 6poques d'abaissement et
de degradation morale qui pr^cMent les siecles de decadence. Les
RoaiaiDS d^cr^pits de TEmpire le connurenl, a la veille deTiDvasion
des barbares. Cestce qu'ils appelaient le toBdium viUe. — Mais y
a-t-il un remMe a ce mal ? G'est la question qui importe par dessus
tout. Les auteurs des reveries que nous venons de rappeler le
nientous'efforcent deled^truire; et dans leur fureur satanique ils
condamnent Thomme a rouler eternellement, sans espoir et sans
consolation, dans un cercle d^vorant plus afifreux mille fois que les
cercles de feu qu'entrevoyait le Dante dans ses conceptions gigan-
tesques. — Mais la nature proteste; sa voix plus forte que la voix
deFerreur et rexp^riencederhonmie, dans ses joies comme dans
ses tristesses, proclament d'un bout du monde a Tautre que les as-
pirations de r&me ne sont pas une d^ision ou une cbimere, et
qu'elle pent, m^me ici-bas, trouver le repos et Tapaisement k ses
d^sirs en sortant « du vide qui la tue et en revenant a Dieu qui la
» remplit et la fortifie. »
Dieu ! voila done le mot qui resume tout, le baume souverain a
toutes nos douleurs. II a fait le cceur de Thomme si vaste et si
profond que lui seul pent le remplir etlesatisfaire. Et il demeure
ddmontre, une fois de plus, que la necessity de son existence se
prouve et se fait sentir bien plus vivement encore par le vide im-
mense que son absence, creuse dans notre dme que par les 6blouis-
santes clart^s dont il inonde le monde.
Cest a retracer le double tableau des d^solantes mis^res de
lliomme, loin de Dieu, et de ses joies iueflables dans son union
avec lui, que M. de Pesquidoux consacre sa plume et son talent.
On le voit, Flavien n'est pas un h^ros de roman, mais bien un
type, la personnification et la triste victime du mal qui d^vore les
intelligences de notre temps; c'est un jeune homme malheureux
qui raconte lui-meme, avec des dechirementsdecoeur, les tortures
de son dme et les p^rip^ties effrayantes de son malheur. Aussi
qu'on ne vienne pas chercher dans ce livre de ces confidences
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— «33 —
(M*gueilleuses qui ^talent complaisamiDeDt leurs scandales (kns des
pages corraptrkes; on n'y trouvera rien de ces coofessioDs haa-
taines ou Ton se gloriSe de ses erreurs et de ses fautes : tout y
est simple, humble et touehant comme la v^rit^. Cest Thistoire
d'uue ime qu'on 6coute en silence avec crainte et respect.
Parti jeune encore de la maison paternelle, il arrive a seize ans
a Paris, avec « sa foi moile, sa raison incertaine, une imagination
brdlante; » sans regie et sans direction, il a vite dissipd le modeste
bagage de ses croyances religieuses; et le voila voguant a pleines
Toiles sur la mer trop facile des plaisirs, k la remorque de quel-
ques ergoteurs 6hont^, qui n'ont pas eu de peine a lui prouver que
ses principes religieux ne souffirent pasm^me la discussion... Quel-
ques jours, tout est joie, tout est enchantement du coBur. Mais,
bient6t le vide se fait et le bonheur s'en va... II se livre a des
courses folles, a des chasses bruyantes; il essaie un moment des
plaisirs ais^ de nos villes de province; il d^mse, on Tapplaudit; il
plaide, il est admir^. Mais le bonheur ne vient pas; la tristesse le
d^vore et Tennui le ronge. — II toume de nouveau ses regards
vers Paris, ou Tappellent ses penchants et ses go(lts. Une fortune
considerable, des talents, de la jeunesse, de la distinction et de la
beaute : il a tout. Le monde s'ouvre devant lui; il voit les hommes
les plus vant^s, il entre avec honneur dans les soci^t^s les plus
brillantes et les plus envi^es. Port6 par le vent de la fortune, tout
le flatte, tout lui sourit; il n'a que des chances heureuses : s'il 6crit,
ses livres sont admires; il a de la reputation, son nom vole de
bouche en bouche, on le recherche partout. — Gependant Tablme
se creuse toujours plus vaste et plus profond dans son dme. Ce
n'est plus une tristesse vague, une aspiration incertaine versun ideal
inconnu, c est Fennui de la vie, maisun ennui profond, universel; le
degoilt de toutes choses; rien ne le touche, rien ne Tinteresse : en
vain il entasse dans son imagination beautes sur beautes, merveiUes
sur merveilles; en vain il se « place hardimentau faite de toutes les
splendeurs et de tons les bonheurs humains. » Rien ne les^duit,
rien ne I'attire; tout est froid, tout est mort; il n'aime rien. II sent
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— 234 —
des laves brAlantes passer sur son ^e et la dess^her jusque dans
sa racine. La vie lui apparait comme one <" lande nue, deserte,
V a travers laquelie souffle iDcessamment on vent qui dess&che. Je
» Gheminais p^niblement, dit-il; j'allais tantdt a droite, tantdt a
» gauche, n'apercevant jamais une ombre, une oasis. Souvent, ne
» pouvant aller plus loin, jem'arr^tais ext^nu6; je cherchais avec
» angoisse; j'interrogeais autourde moi, demandant un repos, un
» abri? el je ne d^uvrais rien, rien que les m^mes plaines ra-
» vag6es, les mdmes perspectives d^sol^es, les m^es horizons im-
» placables.
» Et si je voulais me reposer ;
« Marche ! marche ! » me criait le Destin qui m'avait jet6 la,
» marche encore ! marche toujours ! »
Alors il se pr^cipite avec la fureur du d^sespoir. II aime les arts
et les lettres; il se livre a T^tude; il travaille le jour, il travaille la
nuit. Un instant ses nerfs surexcit^s lui donnent un elan d'enthou-
siasme; il se croit heureux. Tout a coup le d^senchantement sur-
vient, Fabattement Taccable, et le ver rongeur brise encore one
Gbre de son cceur.
Mille pens^es, mille d6sirs vont et viennent, se croisent et se
confondent dans son esprit comme les rfives creux d'un cerveau
malade : il ira par dela les mors jusqu'aux regions glac^es du P61e
explorer des mondes inconnus; il s'6chauffe au bruit du canon, il
vole sur les champs de bataille, il se couvre de gloire... Lesourire
d'un ami renverse ces projets, dissipe ces fant6mes, et il retombe
sur lui-mdme plus trisle et plusabattu... Ilappelle a son secours
toutes les jouissances de la terre : le jeu, les plaisirs, les distinc-
tions, la gloire, la c616brit6,-. Rien n'y fait; c'estunsuppUced'enfer!
En vain il excite toutes les forces de son &me et les puissantes
Energies de son caractere : il rfive le bonheur aux lieux oil il n'est
pas, il y court; il n'y est d^ja plus : la terre se d^robe sous ses
pieds, tout craque sous sa main; il est comme un fantdmequi flotte
suspendu dans le vide.
C'est affreux! II n'y tient plus. II saura bien en finir ayec ses
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— a36 —
tortures. U saiae la mort cooime sa libdratrice et son saaveur; il
-en fait pompensement les pr^paratifs; mais qoand le moment est
venn, il recule 6pouvant^ devant les terreurs de Tinconnu. Et le
voilk clou6 malgr6 lui a la vie qu'il abhorre, se d^battant entre
deox abimes : ravenir qui Teffraie et le present qui le consume et le
d^Yore. . . Sa fureur et sa col&re s'exhalent alors en blasphemes hor*
ribles; il s'en prend aDieu de son malheur, ilmaudit leshommes. Le
bonheur qu'ils goAtent Tirrite et allume la rage dans son coeur. 11 de-
sire des bouleversements, des revolutions, des catastrophes 6pou-
vantables pour goAter des Amotions nouvelles, savourer h son aise
les dcres jouissances du mal et du d^sordre, et se voir enfin d61ivr6
de la vue importune de la prosperity desautres...
Pauvre 4me ! Et quand on pense que ce ne sont point des mal-
heurs et des crimes imaginaires ! II n'est pas besoin de dire ce que
sont devenues les croyances religieuses dans cet esprit si horrible-
ment tourmentd. 11 n'y a pas de religion positive. Sa raison de
vingt ans a trouv^ des arguments assez forts puur renverser le su-
perbe edifice Chretien qui repose sur les patriarches et les pro-
phetes, que le sang des martyrs et la veneration de soixante sie-
cles ont rendu inebranlable dans le coeur de trois cent millions de
Chretiens. Tout cela est par terre; mais, en tombant, Fedifice a
tout entraine dans sa chute, ne laissant apr^s lui que la desolation
et la mort. Toutefois, un jour, en fouillant ces ruines, Flavien
trouvera dans les restes du bitiment renverse Timage ineffaoable
de Tarchitecte quiTavait eleve, Fimpression vivante de Dieu, que ses
crimes ni ses malheurs n'ont pu detruire dans son &me. C'est de
la que lui viendra le salut et le bonheur.
Cependant, son infortune et sa mis^re amenent a Flavien les
conseils et les consolations de ses amis. M. de Pesquidoux montre
en action, dans un tableau plein de force et de verite, Timpuis-
sance du monde a connaitre et a guerir les maladies de Time.
Chaque ami apporte son remfede : les plus jeunes parlent de voya-
ges, de jeu, de chevaux et de plaisirs; les plus ^es, et, partant,
les plus sages, eieves k Fecole du poete de Tibur, vantent la mode-
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— 236 -
ration dans les joies et dans les peines comme la maiime soprdme
de la vie. Un medecin, et des plus c61&bres, vient a son tour. li ne
croit pas aux maladies morales; il ne connait que le physique, la
cause et leprincipe de tout. Pourlui, le nerf et le sang sont lesdeiu
p61es de la vie; toute la science du m^ecin comme la sagessedes
hommes se borne a maintenir F^quilibre entre ces deux principes.
Si Flavien souffre, c'est que le nerf domine le sang; I'dquilibre est
HHnpu^ il faut le r^tablir. Le jeune homme sourit de pitid a toutes
ces pauvret^s. Cependant, le mal est toujours la pks opiniiUre et
plus cruel; il poursuit lentement sa marche et son oeuvre corro-
sive; et a chaque pas> comme les crocs de fer de ces roues qui
d^hirent la terre, il emporte un lambeau sanglant de son cceur^
Ses forces Fabandonnent, sa jeunesse 6puis^e se fldtrit, sa tete
s'incline, sa poitrine s'enfonce; il marche a grands pas vers k
tombe; il le sent, et il n'a pas le courage de s'en plaindre. C'estle
moment du salut. Dieu lui envoie un ami sincere et veritaUe.
Or, cet ami, perspicace autant que ddvou6, a vu d'un coup
d'oeil toute Fondue du mal qui consume son ami malheureux.
II a r^lu de le gu6rir; il s'insinue doucement dans son coeur,
il lui dit des choses qui le charment, il lui fait entendre des pan^
qull n'a jamais plus entendues : « Dieu nous a cr6ds pour dtre
» heureux, luidisait-il; mais le bonheur n'est pas hors de noos; il
» n'est pas dans Tart, il n'est pas dans le travail, nl dans la for-
» tune, ni dans Torgueil, pas plus que dans les plaisirs ou dans la
» volupt^; le bonheur est en nous, daus la conscience, dans k
» cahne de sotm^me, dans la tranquillity de Tordre, comma dit
» St Augustiu; le bonheur est en Dieu.» Et un jour qu'il le trouva
plus triste et plus abattu que d'ordinaire : «Yous 6tes bien mal-
» heureux, lui dit-il! Youlez-vous gu6rir? allez vous confesser.^
Flavien ne r^pondit que par le sourire du d^dain et des paroles de
piti6. Gependant, le coup avait port6 juste : quelques jours aprte,
il alia trouver un pretre en secret et s'entretint longtemps avec
lui. II se sentit soulage; il y revint, et il se confessa. II n'etait
pas enti^rement gu^ri; mais, a mesure qu'il se rapprochait de
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— 237 —
Diea, I's^paiBement se faisait dans son &me et le ealme r^aissait
dans son coenr. Si Dieu lui envoyait encore des ^preuves, s'il
I'abandonnaitparfois au marasme qui Tavait si longtemps tourment^,
il ne maadissait plus, il priait et ii 6tait fort; il sentait qu'une puis'
sance sariuimaine dtaitavec lui; qu'ii s'^purait et qu'il se retrem-
pait dans la tentation et dans T^preuve. II haissait ies hommes
qoand il ^tait dloign6 de IMeu; maintenant, il Ies aime comme
des freres. L'amour et le respect ont pris dans son &me la
place de r^goisme et de Timpi^t^. La lumi^re se fait 4 ses yeux; il
voit des choses qu'il n'avait jamais soupQonn^es : Ies objections se
dissipent, Ies difficult^s s'^vanouissent, et il s'dtonne de s'dtre si
longtemps arrStd It ces pauvret^ qui lui barraient le chemin du
bonbenr et de la vertu. La Tie se dore pour lui des rayons Ies plus
pors; sa sant6 rajeunit; son intelligence s'^pure et s'dl6ve a la con-
templation de Dieu. II aime Ies beaux spectacles de Funivers et Ies
joies simples de la nature. Son coeur r^ve au bonheur de la famiUe
M aux douceurs de ramiti^; le travail lui sourit, Tamourde Tart
se reveille, F^tude Fenivre de joies inconnues; son c(Bur est une
f^te continueUe. II n'a plus maintenant qu'une ambition et qu'un
d^r : faire aimer Dieu et s'attacher a lui.
VoUs^y sauf la couleur du style et la richesse des d^velo{^-
ments, le livre tout entier de M. Dubosc de Pesquidoux. Nous
avons pens6 qu'il valait mieux en presenter ainsi a nos lecteurs
me analyse d^taill^e que de venir, k son occasion, 6taler k leurs
yeox, sur le m6me th^me, une science inutile de lieux communs
et de g^n^ralitds. Nous espererons n'avoir pas mal fait si nous
avons pu le faire aimer en le faisant connaitre et inspirer le
d^ir de le lire.
Aprds cela, nous croyons inutile d'en faire F^loge; nous ne
F'essaierons mdme pas : Ies douces et fortes Amotions que sa lec-
ture nous a donn^es, si nous avons &u Ies faire passer dans notre
analyse, diront mieux que toutes nos paroles Festime que nous en
faisons et le sentiment qu'il nous inspire. Ge n'est pas a dire pour-
tant que tout y soit parfait. Non, il a des defauts. Le premier,
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- 238 —
SOD d^faut capital, c'est d'etre trop coart : I'auteur y sonde vigoa-
reusemeDt one des plaies de notre siecle, il indique la cause
geo^rale du mal qui nous tourmente; mais peut-etre nVt-il pas
assez p6n6tr6 josqu'au food pour y demdler les causes partica-
lieres, secretes et caches qui concourent a former la cause gen^
rale ou qui en sout la consequence; peut-Stre n'a-t-il pas assez
nettement precise la naissance, le d^veloppement, les progres et
les suites fatales du mal dont Flavien est la victime. — II y a
quelquefois embarras et confusion dans la marche de son ricii;
on voit une &me qui roule sur elle-mdme et qui se consume dans
le desespoir; mais on ne sent pas qu'elle fasse un pas en avant.
C'est, si je ne me trompe, la faute du plan adopts par M. de Pes-
quidoux : s'il avait placd son h^ros dans des situations diyerses,
habilement m^nag^es pour exciter Tint^rdt et pr6cipiter le mooye-
ment dramatique, il eAt ^t^, je crois, plus a son aise pour d^ve-
lopper les caracteres et mettre en sc^ne, d'une manifere plus vive
et plus saisissante, les incidents et les personnages divers qui con-
courent a Taction. La v6rit6 historique y eM perdu quelque chose
peut-£tre; mais rintSrSt y eut gagne. Nous sommes ainsi faits :
les joies et les malheurs des autares ne nous int^ressent qu'autant
qu'ils se manifestent au grand jour de la vie et qu'ils touchent Thu-
manite tout entiere. Un homme qui soufire et qui blaspheme au
fond de son dme pourra exciter un instant le m^pris ou la pitie;
il ne fixera pas longtemps les regards indiff^rents de ses sem-
blables. Le malheur de Flavien nous parattrait bien plus tou-
chant si nous le trouvions en contact avec la society, a c6te
d'une soBur, d'une m&re ou d'une Spouse qui souffrent de ses em-
portements et de son impi6t6, et qui s'efforcent par leur affection et
leur amour d'apporter le calme et la joie dans cette &me d^lee.
Que M. de Pesquidoux nous pardonne ces observations, qui
n'enlevent rien au m^rite r6el et serieux de son ouvrage. Du
reste, nous devons le dire, nous nous sommes plac6 pour les
faire a un point de vue qui n'est pas tout a fait le sien : il a
voulu ecrire une histoire et noter des impressions telles qu'il les
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— 239 —
regat de la confidence d'an ami; et c'est a une oeavre d'art, avec
une forme lilWraire determin^e, que paraissent s'adresser nos re-
flexions; elles sont done beaucoup moins une critique que de sim-
pies d^sirs dont nous nous permettons delui soumettre Texpression.
Quelques lecteurs pourront lui reprocher d'avoir donn^ une
6tendue trop grande au caractfere qu'il trace, d'avoir presents
comme un type g^n^ral de notre 6poque ce qui n'est qu'une ex-
ception dans la soci^t^. II y a, en efifet, bien des degr6s et des
nuances diverses depuis Tapathique indifference de Thomme qui
vit sans Dieu, trainant nonchalamment sa coupable existence sans
inquietude et sans souci, jusqu'au paroxisme de la fi^vre d^lirante
qui ddvore Flavien. Mais le mal qui le consume est un mal reel et
profond dans une classe nombreuse de la society ; et la cause qui
le produit, pour ^tre moins active ou moins accus^e dans les in-
quietudes secrfetes qui agitent souvent les caractferes les plus in-
sensibles et les plus indiff^rents, n'en est pas moins la cause r^elle
du malaise social. Elle agitavec plus ou moins dlntensite, mais on
la trouve au fond de toutes les surexcitalions morales de notre
epoque; et nous savons a M. de Pesquidoux un gr^ infini de Tavoir
signaiee avec une decision de caractfere et une vigueur de style qu'on
ne rencontre plus dans les oeuvres mSme chretiennes de ce temps.
Nous arrivons enfin a la conclusion de Fouvrage. Elle est simple
el facile. L'auteur la tire longuement, en.faisant un appel chaleu-
reux i tons les jeunes gens qui, tromp^s comme Flavien par les
miserables systfemes de la science orgueilleuse de notre sifecle,
ont ressenti comme lui les tourments et les angoisses du doute.
11 les invite a venir grossir les rangs des vrais croyants en Dieu, et
a se d6vouer a la defense des seuls principes qui peuvent leur
rendre la paix et Thonneur perdus. Le temps presse d'ailleurs; la
society menac^e tons les jours, battue en brfeche par la revolution
qui Tenvahit de toutes parts, pousse partout le cri d'alarme : ce
n'est que des intelligences fermes et des coeurs g6nereux que lui
viendrale salut et la vie. — II y a beaucoup de verve et d'entrain
dans ces pages.
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— 240 —
II est une consequence que ne tire pas M. de Pesquidoiu, mais
qui d^cottle si naturellement de son livre et qui nous parait si
importante qu'il nous permettra bien de la tirer a sa place : c'est
lebienfait inappreciable d'une Education chr^tienne. Flavienaete
61eve « sous I'aile matemelle d'abord, a I'ombre du clocher de son
village* et puis par des maitres Chretiens et d^voues. Les germes
pr^cieux d(^poses dans son ime ont sommeill^ durant la tempdte,
mais n'ont jamais 616 entierement d^racinSs. Souvent, dans ses
heures d'angoisse et de tristesse, quand il se tordait dans le vide et
le d^sespoir^ son enfance, avec ses po^tiques images^ se levait
riante et gracieuse devant ses yeux et venait le caresser de ses
doux souvenirs. II ^tait heureux alors parce qu'il croyait; il est
malheureux maintenant parce quil ne croit plus! Uluttait en vain
contre ces pens^es et ces souvenirs; ils revenaient toujours plus
vifs et plus pressants, comme unreproche et un remords. «Ah!
la foi! la foi! s'6criait-il alors! Si j'avais la foi, la foi de mon
enfance ! Je le vois maintenant, c'est le doute, c'est le vide, c'est
la negation qui me rongent et qui me tuent!» Mais c'^tait trop
tard, la foi dtait morte dans son coeur dess^che; il le sentait,
et le sourire de rimpi^l^ revenait sur ses Ifevres. Quelquefois
cependant, sentant toute T^tendue de son malheur, il s'en prenait
aux philosophes, aux romanciers et aux pontes qui avaient Mtn
i son dme dans sa fleur et dans sa jeunesse, et il les maudissait:
I « Yous fttes malheureux et maudits pendant la vie, disait-il avec
I un accent terrible de legitime fureur! Soyez encore mauditsapres
lamort! Puissiezvous entendre ce blaspheme et cette mal^c-
I tion de Tun de vos enfants !»
Qu'est-ce que tout cela, sinon les impressions et les princlpes de
I r^ucation premiere luttant contre le mensonge et Timpi^t^ ?
I Pour completer notre travail, nous aurions k parler du style
vif et nerveux, mais toujours correct, de M. dePesquidoux; nous
' n'en dirons rien cependant; nous aimons mieux donner k nos
lecteurs le plaisir de le juger par eux-mSmes, en mettant sous leurs
yeux la derniere page de sa conclusion :
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— 24< -
« Ud mot pour montrer le spectacle que le si^cle nous donae.
» Que d'idoles, que de dieux nouveaux il a successiveraent de-
» couverts, acclames, renvers^s !
» Oil sont les enthousiasrnes, ou sont les esperances radieuses
» de DOS pferes? ou sont leurs fetiches ! fetiches religieux, philo-
i» sophiques, litt^raires? Saint-Simonisme? Fourierisme? Roman-
» tisme? Utopies, gloires, folies de toutes sortes, qu'6tes-vous
9 devenues? oti sont vos paroles? oil sont vos prophfetes? oii sont
» mdme vos croyants?
» Yous qui deviez inaugurer un nouvel ordre et r^g^n^rer le
» monde, docteurs, doctrines, oeuvres, monuments, je vous vois
» tons par terre ! Philosophes qui vouliez remplacer la religion par
» la philosophie, comme autrefois Julien; r^v^lateurs qui vouliez
» remplacer la religion par la science, vous 6tes tons tomb^s comme
» vos devanciers ! vous 6tes tons tomb6s sous le ridicule et la piti6,
• et vos enfants savent a peine votre nom !
» Au milieu et par dessus cette debScle g6n6rale, je vois tou-
» jours la Croix !
» La Croix toujours debout !
» EUe a vingt siecles de dur^e ! Toute generation Ta acclam^e
» et Ta maudite.
» Rien n'a pu T^branler.
» Elle a vingt fois sauv6 le monde. EUe pent encore le sauver,
» et le monde est plus malade que jamais ! Elle le sauvera certai-
» nement, k la condition que nous tous, qui voulons le salut de ce
» monde, nous nous attacherons a la Croix; k la condition que nous
» Taffermirons, que nous la soutiendrons de toutes les forces de
» DOtre &me, de notre coeur, de notre corps; a la condition mSme
» que nous lui ferons, s'il le faut, des remparts ou des appuis de nos
» cadavres!
» Car^ entendez-le une derniere fois, si elle tombe, elle ne s'abat-
» tra que sur nos mines ! »
C'est Failure, Fampleur et T^loquence des grands ^crivains.
L'abb6 FAUQUfi.
L
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- 242 —
NOUYELLES ET MfiLANGES.
Travaiiz d'lnMrieur k U Cathidrale d'AuolL
Les travaux dont nous avons d^ji parl^, pour I'int^rieur de la cath^
drale d'Auch H), tendentileur fin. Lenouvel autel, en pierre deNlmes,
bien qu'il ne soit pas enti^rement achev^, attire tous les regards par la ri-
chesse, la vari^t^ et la finesse de ses sculptures.
La porte du tabernacle et les niches du gradin sont destinto, en
outre, h recevoir une ornementation sp^ciale repr^entant le Christ
avec ses douze ap6tres. Cette composition, dispos^e dans Tordre du
Canon qui se lit k la Messe, est due au pince^u d'un artiste habile, que
les Auscitains n'ont pas oubli6. M . Adrlen F^rt, frere aln^ de notre
ancien pr^fet de ce nom, avait laiss^ dans nos murs de nombreux amis.
lis se f6licitent de ce qu'il a pu nous apporter lui-m6me ses ravissantes
peintures, sur lesquelles le Bulletin ne manquera pas de revenir un peu
plus tard.
Les boiseries de ravant-choeur, rctenues bien longtemps au Palais
de rindustrie nationale, pour donner ample satisfaction k la curiosity
des Parisiens, sont en train de se poser depuis le 28 mai. Nous som-
mes heureux et fiers que Son Excellence Monsieur le Ministre des
Cultes ait cru devoir confier une partie tr^s importante de ce travail
k un enfant de notre Gascogne : M. Auguste Qudnard^ maltre me-
nuisier de Paris, est n^&Mauvezin, chef-lieu de canton du d^partement
du Gers. Lorsque, novice encore et ouvrier de ^8 ans, ilquittait son pays
pour aller au loin se fortifier dans Tart de manier le rabot, le ciseau et
la gouge, il voulut, nous assure-t-on, voir en passant, dans notre ca-
th6drale, comment s'y menuisait le bois dans la premiere moiti^ du
xvi« siicle. L'inspiration assur6ment ne pouvait gu6re 6tre puis^ h
meilloure source. Et pourtant, le jeune Qu^nard ^tait alors bien loin de
s'attendre k nous revenir, vingt ans plus tard, avec des boiseries de ses
ateliers qui scraient jug^es dignes de figurer avantageusement a c6t£
des stalles de son habile devancier^ A. Picquepoidre.
(I) Voir, plus haul, page 67.
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— 243 —
Dans Tentreprise g^n^rale^ la part de notre compatriote comprend,
pour la menuiserie, tout ce qui doit tenir la place de Fancien jub^ et
former le spleudide rev^tement de la cloture occidentale du choeur. Le
buffet de Torgue d'accompagnemeDt et le calvaire qui le couronne soot
aussi de M. A. Qu^uard. Mais la sculpture est de MM. Thi^baud et
Corbel.
Les stalles, les bancs, les tambours et les portes iat^rales, etc., soot
des ateliers de M. Alfred Ronsin, maltre menuisier de Paris. Toute la
sculpture qui s'y rattache est TcFuvre de MM. Li^nard et Gorbon; sauf
celle des bancs qui est de M. Villeminot.
On espere que le mois de juin ne finira pas avant qu'on ait ^tabli h
leur place definitive toutes les parlies de ce riche mobilier.
Quant h la brillante mosaique qui prend la place des dalles du choeur,
elle ne pourra pas 6tre termini a la m6me ^poque. Car El signor Cristofoli
Urbano ne s'est mis, avec ses mosaistes v6nitiens, k pr6parer cette oeuvre
de patience que le premier jour de mai; et il faut bien du temps avant
qu'ilsaient reconvert deleurs petits cubes d'un centimetre de face les 85
metres carr^s que comprend I'aire du choeur. Aussi ne parlerons-nous
avec quelques details, dans cette Livraison, que de la marbrerie, dont la
pose s'achfeve.
Ce dernier travail etait k peine a son d6but, et d6j4 notre public se
montrait fort empress^ de connaitre et Ic nom et la provenance des
divers marbres qui, dans le choix, ont obtenu la preference sur presque
toutes les especes qu'on voyait depuis longtemps Jans cette 6glise. Car
il est ici de tradition que Mgr de La Molhe-Houdancourt, voulant com-
pleter, selon les id^es et le goOt de la fin du xvii^' si^cle, les travaux
d'ornementation qu'il avail commences dans sa cath^drale, crut ne de-
voir mettre i contribution que les marbres de Sicile, d'ltalie, du Lan-
guedoc et de la Belgique. Les carri6res ouvertes dans sa province
ecciesiastique etaienl, de son temps, k pen prSs sans reputation. A
peine s'ii etait question, dans quelques rares circonstances, de celies de
Saint-Beat, de Sarrancolin, et meme de Campan; bien que Louis XIV
etit demande k nos Pyrenees de belles colonnes monolithes, et qu'elies
eussent trouve rang d'honneur dans les magniAqnes constructions que
le grand-roi avait entreprises, ou bien qu'il encourageait de ses fa-
vours, surtout k Paris et a Versailles (^).
(1) Od retrouve, a la Grande Galerie de VersaiHes, le marbre de Sarrancolin,
valine d'Aore, dans les corniches et dans quelques bases des piddestaax. Les
colonnes de nos marbri^res ne sont pas moins reconnaissables au Petit Trianon.
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JO
O
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C0
Q>
a etf
5;
St
C/3 H
CO H
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— 245 —
Mais h&toDs-DOus de reconnaitre que les temps son! Men changes :
une veritable revolution s'est op6r6e, de nos jours, dans la marbrerie
pyr6nfenne. Plusde soixantecarriires, jusque-liinconnues, ont6l6ou-
vertes dans ces trente derni^res ann^es. Les nouvelles esp^ces se sont
mulliplites. Des legions d'ouvriers et d* artistes les exploitent avec une
activity prodigieuse; et grftce h Tinfluence d'un homme d'initiative (^),
dont la perseverance a vaincu tous les obstacles, les produits d'une riche
et vaste Industrie sont recherch6s de TEurope enti^re, ct transport's bien
au-del^ des mers qui entourent notre. continent.
Les blocs d'importation ne sont pas exclus, sans doute, des nom-
breux ateliers qui, dans nos regions, s'aliinentent gen'ralement autour
de ce premier centre d' exploitation intelligente. Mais nos marbres pyr6-
n6ens n'ont plus ii«redouter la concurrence de ceux qui nous viennent
du dehors, au moins pour I'abondance et la variety. Et des lors rien ne
s'oppose h ce qu'on les associe aux especes etrang^res, dans les ceuvres
surtout ou les elements de diverses provenances doivent concourir a un
r'sultat plus satisfaisant.
N^anmoins, les choix que Ton a faits a Bagn^res-de-Bigorre, chez
M. L6on G'ruzet (2), pour les travaux de Tavant-choBur, sont exclusivement
de la commune de Sost, valine de la Barousse dans les Hautes-Pyr6n6es.
Deux socles de forte 'paisseur, laillfe a m^me le marbre, sont destines h
Sever de 0" 33^ au-dessus du sol exterieur la base des sialics qui cI6tu-
rent Tenceinte au nord et au sud, sur une longueur A T, B S de 8" 56<>.
Un troisi^me, pos' k Touest, forme la marche de la grille, en fer
battu, qui doit servir d'appui de communion (3) : sa longueur S T est de
9™ 78c, avec 4" 22© en ret our de chaque c6te; sa largeur est de 0" 45^,
et sa hauteur de 0™ 4 7c.
Ces trois lignes de marbre A T S B sont en Ros6-Vif.
Le pav6 qu'elles encadrent est compost de carreaux de 0™ 20© de c6t6
sur 0" 03C d'6paisseur, dont les plus fonc6s sont en Vert-de-MouUns^
et les autres en Rosi-Pdle, Ces derniers sont d61icatement incrustfe de
Griotie de Sost, d^coup^e sur trois types r^guliers et uniformes, qui
alternent sym'triquement sur toute la partie visible du sol de Tavant-
chceur.
Ces divers marbres sont, par leur nature, riches de couleur. Mais la
preparation k la pierre-ponce, qui a simplement adouci leur surface ex-
(1) M. Aim^ G^nizet, ufficier de la L^gion-d'Honnenr.
(2) Fils et successeur de M. Aim^ G^ruzet.
(3) Cette grille n'est pas encore pos^e. Son dessln reproduit les formes Elegantes
du style flamboyant, comme tout le mobUier de ravant-choeur. Elle est des ateliers
de M. J. Everaert de Paris, fabricant de ferronnerie du Moyen-ftge.
17
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1
— 246 —
t^rieure. ne soffit jamais pour leur communiquer en eatier Tedat que
Ton semblerail d'abord regretter ici, et qui pourrait ais^ment donner am
nuances toute la valeur qu'elles comportent. Pour les faire ressortirde
mani^re a satisfaire pleinement Toeil le plus exerc^, il faudrait recourir,
dans Tatelier ou m^me sur place, h une seconde operation qui seule
peat imprimer k la surface tout le lustre dont elleest susceptible : c'est
le polissage au plomb et k T^meri, qui s'acheve ensuite a la pot^ rouge.
Mais nous ferons observer d'abord que ce complement de travail
ajoute, comme main-d'oeuvre, au prix de revient, selon les circonstances,
de 3 a 5 fr. de plus par m^tre carr6.
En outre, Tentretien d'une surface aussi brillante exige un tr^ grand
soin de propret^. Et la n'est pas encore le plus grand inconvenient
qu'elle pr^sente, surtout lorsqu'il s'agit d*un pav^ sur Icquel un grand
nombre de personnes passent et repassent tr^s souvent; sans compter
le mouvement inevitable d'un certain mobilier k disposer dans les jours
de plus grandes solennites religieuses. Sur un sol aussi glissant, la mar-
che est d'ailleurs fort p^nible, sujette m^me parfois &des accidents gra-
ves; la gla^jure du marbre se raye en divers sens; les corps gras en alte-
rent le reflet; les frottements irr^guliers usent le lustre des parties qu'ils
atteignent; et bientOt, si du moins on veut le retablir, il faut recom-
mencer, k grands frais, la seconde operation du polissage sur place. II
est done facile de comprendre que pour ces divers motifs on se contente
gen^ralement de la premiere.
C'est aussi ce que Tarchitecte a sagement present dans la pose des
marbres choisis pour Tinterieur du choeur. Ici un degre eiSve le sol
du sanctuaire de 0™ A 8^ au-dessus du niveau maintenu entre les deox
rangs des basses-stalles, dans la direction de la ligne C D. La marche
qui mesure cette petite elevation, sur une longueur de 5"^ 03, est en
marbre Blanc- Veini de Carrare, en Italic. Sa largeur est de 0™ 45®.
On a cru devoir lui donner la preference sur celui de Saint-Beat, ou
meme sur celui de Louvie-Soubiron, parco que notre marbre des Pyre-
nees a le grain de cristallisation beaucoup moins fin, et que d'ailleurs
sa teinte est loin d'etre aussi uniforme sur de telles dimensions.
A partir de la ligne E F^ quatre larges marches, de meme provenance
que le premier degre, conduisent au tombeau de Tautel (\y. Et id, le
(1} Longueur, des deux lr«s 9^ 60^.
Id. 3e. 8m 44c.
Id. 4«, 7" IQc.
Largeur anifomie, Cm 42c.
Hauteur uniforme, On 17c.
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— 247 —
fond du mnrchepied, avec les retours h Hgne bris^e qui Tencadrent au
nord etau sud, est ^galement en marbre Blanc-Veind d'llalie.
Mais de plus, ce fond est incrust^ de cinq couleurs tranch^es, dont
les nuances, sym^lriquement dispos^es sur une 6tendue de 5 m. 80 du
sud au nord, se m^lent barmonieusement sans se confondre.
Les trois pieces qui dominent Tensemble par leurs dimensions sont
en Bleu-Turquin d'Ossen, pr6s de Lourdes. Sur celle du centre se
d^tacbent les deux lettres A M en Blanc d'ltalie, vein^ d'incrustations
a la gorome-iaque, en forme de nielles. Ces lettres rappellent le voca-
ble de Marie : nous en avons donnd la signiflcatiun hi^ratique k la page
76 de la premiere Livraison. — Un pen plus bas est une 6toile entre
deux petites roses ^ quatre feuilles (4).
Quatredisques et deux pelits carrfe, en Griotie de Cannes, sont semfe
en divers sens, mais a ^gale distance du Bleu-Turquin. Des pieces de
5«rranco/tn encadrent la Griotte sur tons les points, avec accompa-
gnement de Vert-de-Mer d'ltalie pour les deux premiers disques; et enfln
deux ^chantillons triangulaires en Briche-Violette, de Vielle-Louron, en
Barousse, se correspondent a droite et h gaucbe, dans la direction du
parement de Tautel.
II est ais6 de reconnaitre dans ce systSrae de marqueterie qui orne
le marchepied, a I'int^rieur du choeur, des nuances plus vivement sen-
ties que sur le sol de Tavant-choBur. Et cependant le polissage s'est
arr6t6 au m6me degr6 dans les deux cas, c'est-i-dire k la pierre-ponce.
Seulemenl, le marchepied a re^u, sur place, quelques gouttes Iso-
ldes d*un encaustique compost de cire jaune, dissoute k froid dans
Tessence de th6r6bentine. On a S(5ch6, k Taide d'un tampon et par un
frottement actif, ces gouttes ainsi r^pandues de proche en procbe, sur
toute la surface. Et ce traitement sufQt toi\jours pour augmenter dans
le marbre la transparence des couleurs, sans s'exposer aux inconv6-
nients qu'entralnerait, pour les pav6s, le second degr6 de polissage.
Dans les prochaines Livraisons, 11 sera fait une ^tude sp^iale des nou-
velles boiserles, ainsi que de la mosaique k dessins riches de couleurs
qui prend la place des dalles du sanctuaire, et qui doit s'^tendre, ainsi
que nous Tavons dit plus haut, k tout le sol du choeur.
F. CANfiTO,
Vicaire g6n6ral.
(1) Stella matutina... Rosa mystical invocations des Litanies de la Ste Yierge.
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— 248 —
II s'est gliss^ une erreur de nom k la page 64 de la premiere Livrai-
8on, a propos de T^glise de Lespourcy, diocese de Bayonne. Les
MM. RaynoD et Sotta, peintres sur verre k CoDdom, out ^rit que les
vitraux sont de leur fabrique. Comme la lettre de ces Messieurs, de
tout point fort convenable, ne d6c61e aucune iDtention de r^ame,
nous nous empressons d'ins^rer cette rectlQcation.
Nous aurons, 11 est vrai, Toccasion de revenir, avec quelques details,
sur les diverses restaurations qui vicnnent de s'acbever dans ce cbar-
mant petit Edifice, dont Torlgine remonte k la seconde p^riode romane.
Mais serait-il juste de laisser subsister en attendant Terreur qu'on
nous signale ? D'aiileurs le bon accueil fait k la lettre de MM. Raynon
et Sotta sera comme un encouragement pour toute personne qui
aurait k nous pr^venir de quelque inexactitude dans les conmiunica-
tionsqui nous sont faites. II nous serait biendlfQcile de tout verifier par
nous-m^mes, et plus encore de suppler k ce qu'on ne nous dlt pas.
M. Victor A. faisait observer, le 20 avril dernier, dans le Memorial
des Pyr^ndes^ que le nom de la famille Berg6 n'avait pas 6t^ mis, par le
Bulletin, k c6t6 de ceux de M. Lormand et de Madame Ch. de Salinis,
k propos des pieuses lib^rallt^s faites, de nos jours, k certaines ^llses du
diocese de Bayonne. Nous remercions bien sinc6rement M. Victor A.
d'avoir compl^t^, sur ce point, les renseignements qu'on nous avait
fournis sur les belles restaurations qui viennent de se faire dans Tan-
cienne cath^drale de Lescar.
Nous savions, au reste, qu'elles m6ritent d'6lre d^crites avec I'int^rfit
qui se rattache k Tun des Edifices les plus remarquables de notre pro-
vince, pourT^poque romane. Mais nous avons cru devoir nous abstenir
encore, et attendre les riches verrieres dont le projet est en Aude. D'ail-
leurs on nous avait pr^venu que deux ^crivains pr^parent un travail
monograpbique sur cette (iglise; et nous pensons que les meilleures
descriptions qu'on pourra faire de nos monuments historiques seront
toujours celles des hommes capabies du pays m^me ou ces monuments
se trouvent.
Bien que cette deuxi^me Livraison soit sensiblement plus ^tendue que la
premiere, nous avons cru pouvoir renvoyer k la troisi^me la fin du Document
n9 7, qui vient k la suite sur une 6tendue de 32 pages. II est ais^ de compren-
dre que la pagination distincte, adoptee pour la seconde partie des Livraisons,
permet de le scinder, sans le moindre inconvenient pour la formation du
premier volume.
(«juin«S60.)
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- 249 —
LES COUTUMES DU FEZENSAC.
Origine 6t Garact^res diplomatiques de la Charte qui nous
lea fait connaltre.
On est convenu d'appeler Coutdmes les usages de la vie domes-
tiqae et civile qu'une habitude imm^moriale a pour ainsi dire
identifies avec les moeursd'un peuple, et notamment ceux de ces
usages qui coDcement le droit et les relations judiciaires.
Uorigine des Coutumes, en g6n6ral, a 6t6 Tobjet d'hypothfe-
ses trfes diverses. Mais la solution veritable de cet important
problfeme nous senrible Cacile a trouver, pour peu que Ton tienne
compte des donn^es fournies par Thistoire universelle. Tout
peuple, en effet, a eu sa tradition, ^man6e d'un enseignement
primitif, qui fut Tunique fondementde sa vie religieuseet morale,
le mobile de ses actes civils et politiques. Ces traditions ofirent, il
est vrai, de nombreuses divergences chez les anciens peuples de
Fere payenne. Mais toujours est-il qu'elles gardent, a travers les
plus gtranges alterations, Teropreinte des antiques revelations, au
moyen desquelles Dieu fit Teducation du genre humain, et doiit la
Bible nous a conserve Thistoire.
Or, ce furent ces memos traditions qui formul^rent la r^gle des
m(Burs et les loisprimordiales des peuples; et les Coutumes ou habi-
tudes socialesdecoulerent ainsi d'une sorte d'enseignement public,
dont Torigne fut partout attribuee a la plus haute autorite possible^
celle dela Divinite elle-meme.
Comme cet enseignement ne se transmettait, en general, que
d*Qne maniere orale, pour temoigner de son existence dans les
cas douteux, on invoquait la Coutume, qui en etait Texpression la
plus authentiqne. Aussiadvint-il, parle laps du temps, que le fait
universellement reconnu devint, chez les anciens peuples, lapreuve
Tom. I. — 3« LivR. — JuUlet, aoi^t, septembre 1860. 48
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— 250 —
du droit. Et les traditions primitives s'alt^rant peu a peu dans les
masses, la Goutume des anc6tres put seule faire loi pour les
generations nouveUes.
Le m^me ph^nom^ne s'est reproduit, mais en sens inverse,
au milieu des nations modernes. L'^criture avait dik fixer un ensei-
gnement dont la tradition orale ne suffisait plus a sauvegarder le
dep6t. L'Orient et TOccident eurent done tres anciennement
leurs codes de lois v6ritables, gravees sur la pierre ou Tairain,
ou reellement Sorites sur la toile, sur le papyrus, le parche-
min ou le papier. Or, par un concours d'6venements d^sorgani-
sateurs dont Thistoire se rend compte, ceslois ^crites sont pass^es,
a leur tour, b T^tat de simples Goutumes. Mais ajoutons bien vite
qu'une seconde tradition les a modifi^es et comme transfigur^es
au sein des nationalites de nouvelle formation, en leur conununi-
quant, avec Tei^ment chr^tien, le principe d'une vie tout a fait
inconnue des dges ant^rieurs.
Toutefois, il est juste de reconnaitre que si le plus grand nom-
bre des Goutumes d'un peuple ^manent de lois ou de traditions
positives, il n'en est pas ainsi de toutes. Quelques-unes r^sultent
du d^veloppement logique des principes poses a Torigine, de leur
application a des cas d'abord impr^vus, enfio des diverses modi-
fications qu'elles subissent, sous Finfluence des grands ev^nements
qui cbangent la face des soci^t^s. Et c*est ainsi qu'a travers les
tdtonnements et les fluctuations de la jurisprudence, le droit pu-
blic se constitue, la tradition des temps modernes se confond avec
celle des iges primitifs; et bient6t le m6me respect entom*e Tune
et Fautre Goutume, quelque diSerente que soit leur origine.
Ges considerations g^nerales que nous retrouvons bien autre-
ment developpees dans Tensemble des ecrivains modernes de
recole catholique, caracterisent surtout la marche progressive de
notre droit public. Gar on voit, dans ITiistoire de ses d6veloppements
successifs, que les Goutumes, 6crites ou trarlitionnelles, n'eurent
chez aucun autre peuple Timportance qu'elles acquirent en France.
UAquitaine ne devait pas, sur ce point important de la vie
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— 254 -
sociale, diif(6rer des autres provinces, sp^ialement de celles du
Midi. L'iQtroduction des moeurs et de la civilisation romaines,
q)r6S la conquSte; le droit de cit^ accord^ a tons les hommes
libres de TEmpire par T^dit de Caracalla, dans les premieres
anoees du iii« siecle; et, par suite, Tapplication de la loi du vain-
queur a toutes les nationalit^s de la Gaule, devaient contribuer k
affaiblir insensiblement Tautorit^ des anciennes Coutumes indige-
nes, en leur substituant le droit remain.
D'aiUeurs les institutions gauloises ^taient, de temps immemorial,
empreintes des croyancespayennes. La dififusion du christianisme
en Aquitaine devait done, a son tour, modifier profond^ment les
habitudes sociales de nos p^res. Et ces diverses causes nous ex-
pliquent comment il ne resta de leur ancien droit public que de
bien faibles traces dans les nouvelles Coutumes qui r^gl^rent leurs
relations civiles ou domestiques.
(]es us ET COUTUMES, aiusi melanges de croyances primordiales et
de souvenirs payens, d'^l^ments remains et barbares, et d'ensei-
gnements Chretiens, n'6taient-ils encore consacr^s, sous le regne
de Saint-Louis, que par Fautorit^ de la tradition orale? Ou bien nos
comtes her^ditaires avaient-ils d^ja un droit ^crit et local pour le
gouvernement de leurs baronnies? C'est une question dont Tint^rgt
ne saurait etre indifferent a Thistoire de notre Province. Mais nous
ne connaissons aucun document qui aide a la r^soudre. Et notre
charte garde, sur ce point, le plus complet silence.
Quoi qu'il en soit des si^cles anterieurs, nous avons pens^ que
nos lecteurs seraient bien aises de retrouver dans le Bulletin ce
souvenir monumental d'une ^poque d^ja fort eioign^e de nous,
mais moins encore par le temps que par les habitudes de la vie
civile et domestique (1 ).
Le titre original est du 6 avril 1286. Or, a cette date, et m^me
avant le xiu« siecle, il est toujours facile de distinguer, dans la re-
daction de ces sortes de pieces, un certain nombre de formules,
dont quelques-unes se reproduisent ici.
(1) Voir, seconde partie, le Document n© 7.
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— 252 —
La premiere est appel^e invocation. EUe a pour but de placer
I'acte important que Ton commence sous la sauvegarde de la Divi-
nity. Cette pratique se retrouve j usque dans les temps les plus
recul^s du Paganisme. Les premiers sifecles Chretiens Tadopterent;
et bien qu'elle fut g^n^ralement suivie au Moyen-age, le notaire
Bardin Tomet dans les Coutumes du Fezensac.
I. II debute par la formule de publicite, qui pourtant fut, des le
principe, plus sp6cialement en usage dans les actes religieux :
Noverint universi, etc.
IL Cette premifere phrase de Tacte se termine par ce qu'on appelle
la suscRiPTiON. Dans le langage ordinaire, ce mot d6signe Tadresse
d'une lettre. En diplomatique, c'est la partie d'une charte qui con-
tient le nom et les titres de la personne qui joue le r61e principal.
Or, cette personne est ici un puissant seigneur de noble race, no-
bilis vir, le seigneur Bernard, de la famille d'Armagnac; et la date
de Facte nous fait reconnaitre qu'il s'agit de Bernard VL Encore fort
jeune, il succ6da k son pfere, en 1285, dans les comtes d'Arma-
gnac et de Fezensac, sous la tutelle de Gaston VII, vicomte de
B6am et aieul matemelde Bernard.
Ce dernier est d6clar6 comte par la grSce deDieu, Deigratid
comes J etc., etc., formule alors g^n^ralement en usage pour ex-
primer ce qu'on appelle le droit divin^ mais entendu a la facjon de
rap6tre St Paul et de tout le Moyen-4ge. C'etait reconnaitre sim-
plement que le pouvoir vient du Ciel, et que le droit de Texercer
a son principe veritable, non dans la force des armes, mais en
Dieu seul (1). II faut descendre jusqu'au x\« sifecle pourrencon-
trer de ces susceptibilit^s jalouses qui ne veulent interpreter que
dans le sens de Tind^pendance absolue de tout pouvoir humain
ces expressions Deigratid, per Dei gratiam, Dei dono, Dei nutu.
etc.,. etc. (2) EUes furent diversement employees dans la redaction
(1) Rom. cap. xiii, v. 1. Non est enim potestas nisi a Deo.
(2) Charles VII crut devoir inierdire I'usage de ces formules a Jean IV, comte
d'Armagnac, en 1442. Sept ans plus lard, il obligea Ic due do Bourgognea d^larer
qu'elles ne portcraient aucun prejudice aux droits de la couronne dc France. Louis
XI e.ssaya inutilement d'enip6cb«r le due de Brelagnc de s'en sorvir, etc., etc. Depuis
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— 253 —
des diplomes; mais toujours dans Fanique but d'exprimer une
verite de foi chrttienne, un sentiment profond de subordination k
Tautorit^ divine. Cette intention, du reste, n'est nuUe part aussi
explicite que dans la legende qui se lit au pourtour de certaines
monnaies du Beam, oil les vicomtes s'appliquaient a eux-m6mes
les paroles de rap6tre : « Gratia autem Dei suraws id quod su-
mus (1).
Sur la tete de Bernard VI reposaient les deux couronnes corn-
tales d'Armagnac et de Fezensac, parce que cette derniere etait
d^finitivement entree dans sa famille vers 1140 (2), sousG6raud
III, comte d'Armagnac, par la mort d'Adalmur, comtesse de Fe-
zensac, fille unique et h^ritiere d'Astanove II.
III. La troisieme formule commence a ces mots : conspiciens^ ut
asseruit, etc., etc.; c'est Fexposition dd sujet : <* Am^liorer F^tat
de son comte de Fezensac, tant de son propre mouvement qu'en
execution des promesses faites par le comte son pere,» telle est
TcBuvre importante dont Bernard VI va prendre I'engagement. D6ja
le XI* siecle avait vu se produire, non loin de nous, le premier
etablissement des fors du B^arn et la charte des Usages, conc6dee
par I'abb^ de Saint-Sever-Cap a la ville de ce nom, nouvellement
construite. Au xir sifecle, Tabbe de Saint-P6-de-Gen6rez (3), de
concert avec F^veque de Tarbes, avait r6dig6 les Coutumes de
Bigorre. Les Franchises du Lavedan, deMorlaas, tfOloron et autres
lieux avaient suivi de pr6s; et ce mouvement de liberty populaires,
dont les croisades favorisaient si merveilleusement Fexpansion dans
notreMidi, s'^tait ^tendu, nagufere, en Aquitaine, jusqu'k certaines
bastides detres mediocre importance (4). line faut done pas s'eton-
ce temps, les sonverains en firent le privilege exclusif de leur courooDe. Toutefois,
les dv^ques conserv6rcnl la formulo Dei gratia^ dans leurs acles publics d'adminis-
tration dioc^saine, avec Taddition et apostolica sedis, qui paratt dater de la fin du
xiiie siecle seulement.
(1) I cor., cap. XV, v. 10.
(2) Art de viri^ff les dates, in-8o, tome ix, p. 299.
(3) Ainsi appel^ du confluent du Gdn^rez et du Gave, pr^s duquel (^tait bMi le
inonast6re, sous le vocable de Saint-Pierre.
(4) Coalunies de Sainte-Gemme; elles sont de 1275.
Id. de Bairan, do 1279, etc , etc.
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— !254 —
Bar de le voir se g^D^raliser a tout le Fezensac, vers la fin de
cette glorieuse periode.
C'est un sentiment de reconnaissance qui avail inspire a Geraud
d'Armagnac ce g^n^reux projet de r6forme; et c'est aussi sous la
meme inspiration que le fils et yritier de Geraud va Tex^cuter
sans plus de retard, « propter subsidia et honores quae et quos
subditi sui tarn ipsi quam Geraldo de Arraaniaco, bonae me-
morise genitori suo, quondam liberaliter impenderunt.»
Mais quel est ce Geraud de bonne m^moire, et quelle est sa
veritable lign^e dans la famille d'Armagnac?
Cest Geraud, issu, comme nous le dirons plus bas, de la mai-
son d'Arraagnac, I*' du nom d'abord, en sa quality de vicomte de
Fezensaguet, et puis devenu comte d'Armagnac et de Fezensac,
sous le nom de Geraud V, en vertu de son droit d'h6r6dite en
ligne collat^rale.
Dans une charte romane, r6dig^e a Auch en juin 1259 (1),
Giraud nous apprend qu'il est fils de Roger d'Armagnac, ce meme
Roger que les savants auteurs de YArt de verifier ks dates placent
a la tdte des vicomtes de Fezensaguet, vers le commencement du
xiii« sifecle. Or, le vicomte Roger 6tait le quatrieme fils de Bernard
IV, comte d'Armagnac et de Fezensac, d'apres les raemes ecri-
vains (2). De telle sorte que sa descendance doit s'elablir comme
il suit dans les series g6n6alogiqties de Tillustre et tres ancienne
niaison d'Armagnac.
(1) Cette cbarto estconservcu a la bibliutbeque de la ville d'Aucb. Nous Tavoos
6dil6e et traduite dans noire Essai de Diplomatique, in-8n, 1855.
(2) D'autres auUurs, inline entre les moderoes, font natlre Roger de Gdraad III;
pere de Bernard IV. Mais cette opinion, que nous avions cru d'abord pouvoir suivrc
de confiance, dans notre Essai de Diplomatique, nous a paru, depuis eiamen pins
attentif, tout a fait insoutenable.
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— 255
a
5 g^
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— 256 —
A Bernard IV succ6da Geraud, son fils ain^, IV« du nom; taodis
que Roger, le quatrieme des enfants de Bernard, demeura apa-
nage da vicomt^ de Fezensaguet.
A Geraud IV succ6da Bernard V, son fils, qui mourut jeune et
sans post^rit^.
Les deux oncles de Bernard V, Arnaud-Bernard et Pierre-G^-
raud etanl (Jgalement morts sans enfants, Mascarose, Fainee des
deux sceurs de Bernard V, se pr^senta pour faire valoir ses droits
a la succession ducomte son frere. Et son epoux, Arnaud-Othon,
vicomte de Lomagne, se mit en mesure de soutenir, avec vigueur,
des pretentions aussi avantageuses a sa famille.
En m6me temps, G6raud, devenu vicomte de Fezensaguet, vers
Tan 1 240, par la mort de Roger son pfere, invoqua la loi salique
en sa faveur. 11 se porta comme unique h^ritier naturel, en ligne
masculine, en vertu des droits que la mort de ses deux oncles et
de son cousin Bernard V avait conKr^s k Roger son pere quand
, vivait, et par la-m6me k sa descendance.
Arnaud-Othon, qu'on appelle aussi Arnaud-Bernard dans quel-
ques actes, et Geraud, son cousin par alliance, armerent done,
chacun de leur c6t6, etmirent sur pied de guerre toutes les forces
dont ils pouvaient disposer dans la Lomagne et le Fezensaguet.
La cause du premier fut soutenue par le comte de Bigorre,
Eskivat de Chabannais, auquel Arnaud-Othon avait donn6 en ma-
riage Mascarose II, sa fille unique. Et mSme, afin de se manager
Tappui de Henri III, roi d'Angleterre, Mascarose II fit hommage a
ce prince des deux comtes dont la succession 6tait en litige (1).
Le vicomte de Fezensaguet avait done affaire a forte partie.
Plein de confiance dans son droit, il mit tout en ceuvre pour le
defendre. II fit alliance avec Gaston VII, vicomte de Beam, dont il
devait ^pouser la fille un peu plus tard. II crut surtout ne devoir
rien negliger pour se rendre- favorable le^ gcands vassaux d'Arma-
tl) Mascarose I ^tailmorte en 1249. Aussi, a partir de ce«e date, Mascarose II,
doDt le p^re Anselme ne parle pas, s' intitule- t-ellc, dans ccrl.nins actes publics, com-
tesse d'Armaguac et de Fezensac.
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— 257 -
gnacet de.Fezensac, en leur donnant Tassurance qu'une foisrecoonu,
sans plnsde contradiction, pour leur veritable suzerain, il s'occu-
perait de preparer d'utiles r^formes dans Fint^rfit des deux comt^s,
a Texemple du B^arn, du Lavedan et du Bigorre.
D'aprfes le pr^ambule de notre charte et Yexposition du sujet,
il nous est pennis de croire que le Fezensac du moins rfipondit
gen^reusement a Tappel de Geraud : hommages publics, hommes
et subsides, lout fut mis a sa disposition; et cet elan nous explique
comment les promesses du vicorate de Fezensaguet furent regar-
dees aprfes sa mort„par le comte Bernard VI, comme une veritable
dette de famille, ad hoc ex debito se teneri, etc., etc.
Cependant la querelle fut longue et anim^e; la fortune se mon-
tra mSme d'abord peu favorable au vicomte Geraud. Car nous
lisons dans les Aonales du Chapitre m^tropolitain que son comp^-
titeur fut admis, en 1245, a faire hommage des deux comt^ a
Sainte-Marie d*Auch; et que le vicomte Arnaud-Bemard prfita,
sous le nom de comte d'Armagnac et de Fezensac, avec Masca-
rose I, son Spouse, le serment de chanoine laique de Sainte-Marie
d'Auch, en presence de Tarcheveque Hispan de Massas et de son
clerge.
Geraud, n^anmoins, se releva de ses premiers 6checs et finit
par regagner le terrain qu'il avait perdu. Et quand Tissue de cette
lutte ne fut plus douteuse, des amis communs s'interposferent pour
arr^ter Teffusion du sang et preparer une paix solide. Toutefois,
les conditions n'en furent definitivement r6gl6es qu'en 1255, c'est-
a-dire un an a peine avant la mort d*Arnaud-Othon, arriv^e dans
le courant de 1256.
Mascarose 11 elant egalement d^c^^e, sans enfants, vers cette
epoque, le vicomte de Fezensaguet se vit d^sormais en paisible
jouissance du fruit de ses conquetes.
Le roi d'Angleterre lui-m6me embrassa definitivement son parti;
car nous voyons le nouveau comte lui faire hommage des deux
comtes, bient6t apres qu'il en fut mis en possession. De son c6te,
Henri III, dans Tesperance d'attacher sans retour Geraud V aux
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— 258 —
iDt^rdts de sa couronne, lui assura par acte public une rente an-
Duelle de cent marcs d'argent, afin de I'aider a r^rer les d^
sastres qae la guerre de Succession avait occasional dws ses
domaines. Mais on Toit xm peu plus tard que cette rente ne fut pas
toujours exactetnent payf^e, puisque une charte du 7 avril 1 280
nous apprewd que Bernard VI crut devoir Iransiger avec Edouard I,
fib et Buccesseur de Henri HI, pour les arr^rages, qui s'eleYaient
alors a une somme considerable (1).
dependant G^raud Y jouissait paisiblement depuis ciuq ans des
avantages qui lui avaient coUt^ pres de vingt ans de luttes, lors-
qu'il c616bra son mariage avec Marthe de B^arn, fille cadette du
vicomte Gaston Vfl (2). El c'est cette m6me ann^e 1260 qu'U se
pr6senta avec son Spouse k la porte du choeur de Sainte-Marie
d'Auch, en quality de chanoine laique, pour y faire, a son tour,
hommage des deux comtfc, prater au chapitre le serment d'usage,
et se faire installer avec la jeune comtesse k la stalle de la couron-
ne, en quality de chanoine laique.
Le moment 6tait venu, ce semMe, de tenir les engagements con-
tractus a regard de tos tassaux; et pouriant la charte des Coutumes
du Fezensac se fit encore attendre un quart de si&cle. Dans ce long
intervalle, G^raud eut de son Spouse Bernard qui lui succ^da,
Gaston qu'il apanagea du Fezensaguet, Roger, depuis archevfique
d'Auch, etdeux fiUes. Beaucoap plus jeune que son epoux, Marthe
lui survecut et prolongea ses jours jusqu'en 1318, au moins (3),
sans que Ton sache au juste F^poque de sa mort.
(1) Art de Verifier les Dates, tome ix, in-So, page 308. — 11 ful convenu, pour
I'aveDir, ajoute ici de Brequigni dans ses M^oireSf que la rente annueHe du comte
IM^Mrd YI serait seulement de cisot livres morlt^, a prendre suries rovenns
qu'Edouard pereevait a Bordeaux.
(4) Gaston VH n'avait eu que Irois fiUes : Marguerite qui ful marine a Roger-
Bernard, comte de Foix; Marthe dont il est ici question; etGuiUemine qui ^pousa
Sanche le Grand, roi de Caslille ol de L^on. En vertu du testament de son p6re.
mort en avril 1290, Marguerite porta dans la maison de Foix le vicomtd de B^arn
qne Louis le Ddbonnaire avait donnd, en 819, k Gentulle I, en le d<^membrant du
dnchd de Gascogne.
(3) Le ISjuillet 1318, lePape Jean XXII dcrivit^ Gaston I, ?icomtcde Fezensaguet,
pour I'engager a disposer sa mdre Marthe k faire la paix avec le comte de Foix.
Hoger- Bernard son beau-fr6re. — Voir le Trhor general des Charles ^ tome i, page
247. — Ubc nouvelle guerre do Succession s'elail allumt^e a la mort de Gaston Vll.
et cette fois enlie Bernard VI et Roger-Bernard, apropos du vicomte de Beam :
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J
— 259 —
Quant k G^raud Y, tiDe ancienne dironique des Bernardins de
Berdouesle fait mourir en 1280. Dom L.-Cl. de Brugelles, au
contraire, le suppose encore en vie en 1 31 6. Mais il est bien ma-
nifeste que cette date est une erreor de phs ajout^ k tant d'autres
que ITiistoire reprochea notre Wn^ctin de SimoiTe;car, en 1 286,
la cbarte des Goutumes dit de lui : quondam comitis, comte quand
virait, sans compter les autres formules employees a son sujet et
qui ne sont en usage que pour les d^funts.
Mais revenons a l'6tude des promesses qu'il avait faites de son
vivant, et dont Tacte qui nous occupe fait connaitre la nature et
r^tendue pourle comt^de Fezensac.
IV. Vexposition du sujet est imm^atement suivie de ce qu'on
appelle, en diplomatique, la mention des paeties gontragtan-
TES.
Nous voyons, d'wnc part, le comte Bernard VI, qui accorde
les Goutumes en question, irr^vocablement et en toute liberty,
tant en son nom qu'au nom de ses successeurs au comtd du Fe-
zensac.
D'autre part, c'est la communaut6 universitas des barons, des
chevaliers, des damoiseaux et habitants quelconques dudit comt^
qui accepte les Goutumes octroyees par le comte, avec les charges
et les b6n6fices que la charte 6numere. Tons s'engagent collective-
ment, el chacun en particulier, tant pour eux-memes que pour
leurs successeurs dans toute T^tendue dudit comte.
Toutefois, tous les membres de la coramunaut6 ne devaient pas
elre presents en personne a la redaction de lacte par lequel ils
allaient se her. Election avait done ete faite de quatre-raandataires,
constilu6s syndics et repr^sentants du Fezensac, avec Procuration
speciale et par acte public de trailer au nom de tons et de chacun
sans exception. Ges mandataires sont Odon de Pardailhan, damoi-
seau, Gaillard de BezoUes, Bertrand de Polaslron et Barlhelemy
Marthe suatenail, avec son fUs uliie,(|ue le leslamenl de CJasUm VU Ptail suppose. La
Imte fm longtte et animee. On sail qu elle tinil a I'avantage de la Maison de FoU.
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— 260 —
de Caillavet, que le texte de la Procuration d^signe corarae tels,
avec leurs noms etqualiles, a la page ux. Et comme ample pou-
voir 6tait donn6 indistinctement a celui ou a ceux qui seraieDt
porteurs de la Procuration, deux seulement se pr^sentferent a la
redaction des Coutumes, par devant le com te Bernard VI et le no-
taire Bardin : a savoir, le seigneur Barthelemy de Caillavet,
chevalier, et Odon de Pardailhan, damoiseau, qui produisirent
ensemble, pour faire foi de leur mandat, Facte public de la Pro-
curation, declarant et certifiant qu'elle 6tait veritable et au-
thentique(l).
V. Le DfivELOPPEMENT DD SUJET suit imm^diatemont la fPention
des parties contractantes^ et il comprend une s6rie d'articles dont la
discussion seraitici du plushaut int^ret, au point de vue de notre
ancien droit public meridional. Mais notre dessein ne saurait etre de
faire nous-mfimes pour les lecteurs du Bulletin une etude de ce
caractere. Le soin enestd^volu a une plume bien autrement excr-
ete que la n6tre a ce genre de recherches. Etnous avons tout lieu
de croire que cet interessant travail ne se fera pas trop longteraps
attendre.
Les nombreuses concessions que le comte fait a ses vassaiix
de Fezensac sont d6velopp6es en 49 articles, dont le dernier traite
de la haute justice et juridiction de toute sorte de la baronnie de
Pardaillan. Puis viennent les formules finales, comprises dans
ce qu'on appelle la conclusion de l'acte.
VL La premiere de ces formules est le serment, que les deux
parties contractantes pretent sur les quatre Saints Evangiles.
VII . La deuxierae est connue sous le nom d'iMPRfiCATiONs. II n'^tait
pas rare, au Moyen-age, d^entendre les deux parties se vouer reci-
proquement a toutes les vengeances de Tenfer, pour le cas de
contravention ou d'infidelite au serment qui venait de les lier. —
Ici, le comte et les mandataires declarent simplement qu'ils se
soumettent a toutes les rigueurs de la justice souveraine qu'exer-
(1) On voil a Tarticle 3° des coulumes, page xxxi, la reconnaissance dcce maudal-
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— 261 —
cerail, au nom du roi de France, la cour de la sen^chaussee et
viguerie de Toulouse, a regard de tout contrevenant aux condi-
tions stipul6es dans Facte.
Enfin, c'est la cl6ture de la charte par la date et la mention
DES t£moins.
VIII. La DATE doit comprendre le lieu et Yepoqtiey Yann4e et le
jour de la passation du contrat.
Le lieu c'est Mauvezin, alors capilale du Fezensaguet, aujour-
dliui chef-lieu de canton du d^partement du Gers et du diocese
d'Auch. Au XIII* si^cle, cette ville 6tait comprise dans le diocese de
Toulouse, dont la limite, a Touest, 6tait encore fix6e a la Gimone.
Mauvezin d^pendait, en outre, du senichal de Toulouse, sous la
sauvegarde duquel 6tait plac6e Tentifere execution des engage-
ments contractus. Enfin, cette ville etait le s^jour ordinaire de
la cour de Fezensaguet; et le jeune Gaston, frere du comte, y
residait, depuis un an, sous la tutelle de Martbe, leur mere com-
mune.— C'est une ordonnance de Louis XI qui a prescrit, 176 ans
plus tard, Tindication du lieu comme condition de validity dans
les actes. Maisd^ja depuis longtemps cette formality 6tait en usage;
on en portait m^me parfois la precision jusqu'a la minutie, en
dteignant le palais, la salle et la partie sp6ciale de Tappartement
oa se passait le contrat (1 ).
V^oque se diiterminait encore parfois au xii« sifecle par ces
mots : regnante ou imperante Christo, selon une ancienne pratique
dont on retrouve la trace jusqu'aux dipldmes qui remontent au
temps de Clovis. Mais il faut convenir que, dans quelques actes,
elle suppose un interregne. Quoi qu'ii en soit, sous le regno de
St Louis on ne voyait d6ja plus cette formule par trop vague, et
fipoque s'indiquait par le regno du monarque et Fadministration
spirituelle de T^v^que dont le lieu du contrat d^pendait. Dans le
cas actuel, les conventions sont arr6t6es, Hugues 6tant 6v6que de
(1) Factum est hoc apiid castrum Blesiutn, intra curiam retr6 palatium. propd
tnirem, patnlo inter caminatas quidem palatii sito Cbarle d'Evrard, comte de
Chartres, dal^e de Tan 1076.
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— *^62 —
Toulouse et sous Philippe III, dit le Hardi, devenu roi de France
depuis que Louis IX 6tait mort devaut Tunis, le 25 aoOt 1 270.
Souveot on ajoutait le nom du Souverain Pontife qui gouivernatt
TEglise universelle; mais Bardin Uomet ici.
Vannee s'indiquait par Tan du Seigneur, anno Domini;, et ces
deux mots rappeilent I'ere cbretienne. Introdoit m Italie aa vi«
siecle, Tusage de cette ere se r^pandit ea France vers le milieu du
\mp. Pour les 4ges subs^quents oo la trouve sp6cifi6e dans
les actes publics au moyeu des formules suivantes : Tan de Gr4c6,
da ITncaruatioa, de la Nativity, de la Circoncision, de la Trab6a-
tion ou mise eu Croix, de la resurrection, etc., etc. Bardin dit
seulement anno Domini^ sws rattacher sa date k aucun des grands
mysteres de la vie du R^dempteur; et cet usage pr^valut dans la
suite. Cdtait done. Tao du Seigneur 1 286, et de plus, le samedi
d'avant les Palmes r c'est-a-dire le 6 dumois d'avril pour cette ann^e.
Mais, a propos de la date du joury i\ est bon de rappeler que,
dans les cinq ou six premiers si6cles de notre ere, elle s'exprimait
toojours, en Occident, par les Calendes, les Ides et les Noaes,
selon Tanciea usage des Romains. Du vu« au xii« sifecle, quelques
buUes pr^sentent le quanti^me du mois, conform^ment a nos
usages modemes. Plus g^neralement, dans leur designation sp6-
ciale, les jours rappelaient encore, sur semaine, leur antique
consecration au soleil, a la lune, a Mars, a Mercure, a Jupiter, a
Venus et a Saturne. C6tait plus qu'une anomalie, dans les nou-
velles nationalites occidentales, dont la constitution etait esseo-
tiellement cbretienne : les neophites surtout pouvaient aisement
tDOaver un piege quotidien, un vcai scandale dans des sou^enins
exclusivemenJ,paiens. Aussi voyons nous,, au v« siecle, par exem-
pt, le pape St Leon le Grand g^mir de ce qu'il reucontrait, h
Biome mSme, un grossier melange de profane et de sacre dans
les jeAnesqui^. sous le voile des pratiqaes.chretiennes, se faisaieot
aux premiers jours de la semaine, en Tbonneur du soleil, de la
lune, etc. (1) De nouvelles denominations furenidonc jugeesin-
(1) Voir la vie de ce Pape, en l6le de ses (Euvres.
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— 263 —
dispeas^les^ et I'Eglise les ixitroduisit insensibleiBeQt mdme en
dehors du langage liturgique. Le premier jour de la semaioe fut
appel6 jour du Seigneur ou premiere Krie, feria prima; le deuxife-
me, feria secunda; ainsi des autres, jusqu'au septifeme, qui coa-
serva le uom h^braique de SabbaU ou bieu fut appel^ iudiflf^rem-
ment feria septima : « die Sabbath! aotbe ram4^ palmarum.^
IX. La mention des tEmoins en d^si^e huit : un chevalier, le
sen^chal des deux comt^s d'Armagnac etde Fezensac, deux juris-
coQSultes^ un clerc, un damoeseau et deux bourgeois de Mawezin.
La qualification de damoiseau revient encore ici pour la troi-
si^me fois; et le notaire Tattribue a Tun des temoins. S'il faut
Tentendre dans le s^s de Y&ge que devait avoir Odon de Maven-
quis, il pouvait n'gtre qu'un tres jeune enfant; et samission n'6taot
pas aussi importante que celle du seigneur de Pardailhao, ^lu
mandataire bien qu'il fAt simple damoiseau, nous y verrions
moins de difficulte. Car on avait soin quelquefois d'admettre des
t^moins tr^s jeunes, afin qu'ils pu&sent attestor plus longtemps ce
qui s'^tait pass6 sousleurs yeux. De plus, dans le but d*dveiller
leur attention et de fortifier leur m^moire, on leur donnait de
petites pieces d'argent ou d'autres objets de peu de valeur. Souvent
au lieu de leur faire ces distributions, on leur donnait des soufQets;
ce qui revenait au m^me, sans toutefois leur 6tre aussi agr^able;
oa bien on leur tirait les oreilles, commeil sepratiquait aussi quel-
quefois pour les t^moins plus &g^ (1 ). Cost que les nombreux d^-
sastres occasionn^s, de toutes parts dans nos provinces, par les
(1) «Et unicuique de parvulis alapas donet et torqueat auriculas. » — Loi des
RipuaireS) lx, 1 . — Et pour les t^moins, en gdn^ral, on lit dans phisieurs cbartes :
« Teste etiam quam plurimi per aures tracti.» — Quant aux soufflets, il est assezcu-
rieux de voir dans quelques actes a quel point I'^trange prescription des Francs Ri-
puaires s'ubservait a la lettre. Ainsi, dans une charte latine de donation, d' environ
1034 de notre ^re, apr^s le detail des g^n^rosit^s faites k I'abbaye de Saint-Pierre de
Pr^aux, diocese de Lizieux, on lit : A ce furent presents Hunfroid, constructeur
de ce lieu, avec ses fils Roger, Robert, ei aussi Guillaume qui recut en souvenir un
soofflet de la main de son p^e. Un soufflet fut ^galement donnd k Richard de Lille-
bonne, r^hanson du comte Robert. Et comme il demandait au constructeur pour
quel motif il lui avait ass^nd un aussi grand soufflet : c'est que tu es plus jeun« que
inoi, reprit Hunfroid; tu vivras longtemps sans doute, et k I'occasion tu pourras t^
moigner de ce qui se passe aujourd'hui en ta prteence. Eofin^ un troisidme soufflet fat
doDn6 k Hugues, fils du comte Waleran. — Gallu Christ., t. xi, col. 201, instm-
meolorum.
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— 264 —
Invasions avaient prouv^ outre-mesure que les ecrits pouvaient se
perdre. Et dans ce cas, on avail recoars a la m^moire des contem-
porains, s'il en existait encore, tant pour r^tablir les litres qae
pour supplier a leur d6faut.
II est a remarquer que le notaire de Facte, t^moin principal,
est celui du sceau du s^nechal et du viguier de Toulouse.
Philippe III r6gnait en France, avons-nous dit, et Amanieu ad-
ministrait le diocese d'Auch. Le texte ne dit pas ici simplement,
comme pour Hugues de Toulouse, episcopoj mais bien archiepU-
copo auscitano, par la raison que la ville d'Auch 6tait metropole
eccl^siastique, depuis le ix« siecle (1); tandis que Toulouse n'^tail
encore qu'un si^ge Episcopal, sous la d6pendance de Narbonne,
alors chef-lieu de province eccl6siastique. C'est le Pape Jean XXH
qui 6rigea Toulouse en metropole. 11 nomma pour premier arche-
v6que Jehan Raymond de Gomminges, qui fut intronis6 au mois
de juin 1317.
Pour toute signature, la charte ne prison te que celle du notaire
Bardin, sans description du sceau ordinaire qui pourtant accompa-
gnait Toriginal dont nous n'avons sous les yeux qu'une copie no-
tarise, coUationnSe et certifiSe conforme.
L'usage voulait que les iSmoins signassent aussi, de mSme que
les parties contractantes, avec ou sans accompagnement de leurs
cachets personnels. On trouve mfime d'anciens actes signSs par
des enfants, pour les motifs que nous venous de dire. Toutefois,
les sceaux ni les signatures n'6taient, en aucune facon, des con-
ditions indispensables a la validity du contrat. La mention des noms
et qualitSs Stait nScessaire, mais elle suffisait depuis le xir siecle.
A cette derniere 6poque les notaires se bornent a 6num6rer les
temoins en faisant pr6c6der le nom de chacun du mot signum.
Mais bient6t ils en viennent i retrancher ce mot et a ne donner
qu'une simple liste; et cette pratique s'observe encore au com-
mencement du xv« siecle. II ne faut done pas nous 6tonner d'en
trouver un exemple sous la plume de Bardin, en 1286.
(1) AUa$ monographique de Sainte-Marie d'Auch, in-fol., page 19.
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— 265 —
Nous avoDS d^j^ vu qti'xm acte pr^Iiminaire avail pr^c^d^ celui
des Coutumes : c'est la Procuration donn^e aux quatre mandatai-
res. Elle nous apprend qu'ils avaient k trailer en presence d'une
sorte de conseil de tutelle et de r6gence du comte, etque par con-
s^ent Bernard YI 6tait encore mineur. Les savants auteurs de
YArtdeverifier ks dates trouvent d'ailleurs une preuve desa minority
dans le titre de damoiseau que lui donne un autre acte, posterieur
de 7 mois a celui des Coutumes (1). Mais Tinduction nous sem-
blerait au moins douteuse. Odon de Pardaillan est qualifi^ de
lamdme manlfere dans la Procuration et dans lacharteprincipale;
il est, de plus, le premier nomm6 des quatre mandataires; et il se
pr^soDle seul avec Barthelemy de Caillavet pour remplir, aMau-
vezin, le mandat quileur est commun. Comment admettre qu'une
mission de cette importance eAt ^t^ confine k un enfant encore en
tutello, c'est-Ji-dire &%6 de moins de 14 ans (2) ? Car cet enfant
aurait dA discuter, en conseil de r^gence, les nombreux articles
d'un veritable contrat social, et promettre, sous la foi du serment,
de remplir toutes les conditions d'un engagement dont, a cet
age, il ne devait pas plus appr^cier la haute port^e qu'il n'en
pouvait calculer les consequences.
Quoi qu'il en soit de cette observation, les deux mandataires
jur^rent, en effet, la main pos^e sur les quatre Saints Evangiles,
tant en leur propre et priv6 nom que pour tons ceux qu'ils ve-
naient reprdsenter k Mauvezin. lis jurferent, ainsi que Bernard VI,
aide de son conseil, venait de le faire en usant de la m6me for-
mule de serment; c'est-a-dire que, de part et d'autre, on prit Dieu
a temoin de la sincerity des promesses par lesquelles et le comte
et les vassaux se liaient r^ciproquement et pour toujours.
•c II n'est point de lien plus fort que le serment — dit Cic^ron :
» — temoin la loi des douze Tables; t^moin les saintes formules
(1) Cet acte est celni par lequel Bernard VI fit hommage de ses deux comt^ k
Edooard T, fils de Henri III et son successeur depuis le 20 novembre 1272. II est
dat6 du 3 novembre 1286.
(2) Une cbarte du 8 Janvier 1295 prouve que Gaston, fr6re putnd de Bernard VI,
fot aiors d^clar^ majeur, en tant que pub^re el h%€ de 14 ans. — THsot giniral des
Charles, t. i, p. 245. — C'^tait done I'^e auquel Ton pouvait 6tre reconnu majeur.
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— 266 —
» que nous suivons pour engager notre foi; t^moin nos alliances,
» ou le serment nous oblige envers nos ennemis eux-ni6mes;
p t^moin les recherches des censeurs, s6vferes surtout en ce qui
» toucbe la sinc6rit^ du serment. »
Cestainsi que Tentendait Tere paienne; et le christianisme fit
du serment, tout aussi bien que la philosophie antique, un acta
de religion qui oblige la conscience.
Entendu de toute autre facon, il n'est qu'un engagement fictif,
ou, si Ton veut, une simple affirmation plus ou moins sincere,
mais dont la loyaute 6chappe a toute sanction. Un tel serment ne
prend pas, en r6alit6, Dieu i t6moin. Aussi, comprenons-nous
que dans Tancienne Rome on ait jur6 par le salut et la yie des
empereurs; ou bien, plus prfes de nous, a Texemple des Lom-
bards, par la vie du souverain et celle de ses fils (1).
Bien que TAncien Testament presente des traces de cette espece
de serment (2), Charlemagne crut devoir en abolir Tusage dans
toute r^tendue de son empire; et apr6s lui on jurait, en Occident,-
la main levie vers le ciel, par les reliques des Saints, par la
croix du R6dempteur, par le Te igitur ou Canon de la messe,
enfinpar les quatre Saints Evangiles (3). Entre autres formes de
serment, alors fort multipli^es, on jurait m£me sur son Sme « ju-
randi de calumnii sen de veritate dicendd in animas suas, et
subeundi cujuslibet alterius generis juramenti : » paroles expresses
que nous lisons dans Tacte de.la Procuration donn^e a Justian. On
jurait en outre par sa foi « per fldem meam » disait Roger III,
comte de Foix, dans deux actes de fid^lite r^dig^s en 1130.- Et,
chose plus etrange encore, les capitouls de Toulouse jurferent, en
1229, sur Mme de laville, d'observer fidelement les cuticles du
traits de paix qui venait de se conclure a Paris, le 1 2 avril, entre
leur comte Raymond VII et le roi de France, Louis IX. Trois ans
(1) Lex Longobard. Lib. iii, lit. 24.
(2) Lib. sec. Regum, cap. xi. — c Per sftlulem tuam, et per saluCem animse tuc,
non faciam rem banc, * — dit Urie an roi David.
(3) La formule sacramentelle ^tait ainsi concue : Sic me Dous adjuvet et ist« sanctie
reliquse, hccc Sancta Crux, hsec sancta Dei Verba, hsBc Sancta quatuor Efangolia.
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— 267 —
plus tard cesont les pr6v6ts du chapitre de Saint-Etienne de Bour-
ges qui jttrent aussi sur V&me du chapitre y «in animam capital! »
de respecter les intentions de leur archevfique, Simon de Sully.
Nous avouons qu'il nous est difficile de comprendre ce que Ton
entendait, dans ces temps recul^s, par Tdme d'une Tille, d'un
chapitre, etc., etc., soit dans le Berry, soit dans le Languedoc.
Cest sur son dme propre « in animas suas > que, dans le Fezen-
sac, on se r^servait le droit de prater serment et de le d^f^rer.
On y jurait aussi par sa foi, par lacroix surtout; et, de nos jours,
un abus digne de bl&me y maintient encore la pratique de ces
formules sacramentelles^ jusque dans les habitudes du langage
vulgaire.
Vers le milieu du xm* sifecle, Fusage de lever la main disparait
gdn^ralement. Cest la main pos^e sur la croix, sur les reU-
ques, sur le Te igitur ou sur les quatre Saints Evangiles, corpo-
rellement touches, — disent les chartes, — que se prfite le ser-
ment. Maislliabitudeen d3vintsifr^quente,elle fut, surtout dans
la deuxifeme Aquitaine, Toccasion de tant de parjures que le concile
tenu a Bordeaux en 1255dutessayerd'ymettreun frein. II d^fendit
de prater serment depuis la Septuag^sime jusqu'apr^s le dimanche
de Quasimodo; depuis Fouverture de TAvent jusqu'aprfes TEpipha-
nie; et, en tout temps, les jours de dunanche ou de grandes lita-
nies (1).
Cette sage mesure venait fort k propos sans doute; mais elle
^tait purement discipUnaire; et en tant que locale elle n'^tait pas
obligatoire dans les provinces voisines. Aussi, voyons-nous le
comte Bernard VI prfiter le serment des Coutumes, ainsi qu'il se
pratiquait alors, c'est-i-dire la main pos4e sur les quatre Saints
Erangiles, vers la fin du carSme, mSme en presence de son m6-
tropolitain.
Ce dernier, en efifet, se trouvait alors^ d'apr^s la chartOi k la
cour du Fezensaguet, avec les autres conseillers du jeune comte;
(1) Artie. VII. Cette defense fait one exception en favenr des serments qui se pr6-
uient ponr maintenir ou ^tablir la paix.
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- 268 —
et tous agissaient de concert en quality d'ex^cuteurs testamentaires
desordres donnas par le seigneur Geraud, quand vivait, atutoribus
ejusdem et executoribus ordinis et testament! nobilis viri domini
GeraldiDei gratii quondam comitjs, etc., etc.» De ces conseillers,
trois sont d^sign^spar leurs noms et qualit^s : Amanieu (<), oncle
paternel de Bernard VI, alors archevfique d'Auch, depuis environ
vingt-quatre ans; Marthe de B6arn, mfere du jeune comte; Bernard
de Saint-Loup, juge d'appel dans TAgenais, pour Edouard I, roi
d'Angleterre (2). Toutefois Talin^a suivant autorise a croire que
Bernard VI, Tarchev^que son oncle, et samere, etaientseuls con-
sid6r6s par la communaut6 des barons et autres seigneurs comma
personnellement responsables pour toutes demandes, instances ou
reclamations intent^es ou a intenter en cette grande afifaire.
La cl6ture de la Procuration nous apprend qu'elle se donne a
Justian, dans le Fezensac, et prfes deT^glise paroissiale. Cette der-
niere circonstance pourrait sembler strange, si un grand nombre
d'actes publics ne la reproduisaient dans les m^mes termies.
M. Gu6rard, membre de Tlnstitut de France, en cite de nombreux
exemples dans son Edition du Cartulaire de Notre-Dame de Paris,
tant pour le xiii» siecle que pour les ^poques pr^cedentes (3). C'est
m^me dans les ^glises que se tenaientbien souvent, au Moyen-age,
les reunions qui avaient pour objet de traitor des int^rSts publics,
causas agitarey statuta, parlamenta facere. Ainsi, pour notre Pro-
vince, par exemple, G6raud V d'Armagnac, pere de Bernard VI,
dit dans sa.charte romane de 1259, dont nous avons parl^ pins
haut (4) :
(1) Lisez ici, dans le texte latin, c Amanevio » a la place d*Amanerio, errear typo-
graphiqae.
(2) II n'y a pas lieu d'etre 6ioiin6 de voir le roi d'Angleterre repr^sente dans ce
conseil de r^gence, en vertu du testament de Geraud V, puisque ce dernier avait fait
hommage de ses terres a Henri III apr^s la guerre de Succession. (Voir plus haut,
page 357.)
Mais Gaston VII n'y figure pas nomm^ment; et n^anmoins', les savants auleurs
de VArt de vMiier les dates (torn, ix, pag. 308) discnt formellement que le jeune
comte ^tait en reality sous la tutelle de son aieul roatemel. Peut-dtre G6raud Vne
jugea-t-il pas convenable, dans Taffaire des Coutumes, de mettre le monarque anglais
en rapport direct avec Gaston. qu'Edouard avait vu tant de fois se montrer infidde
d ses serments. (Ibid., torn, ix, page 260.)
(3) Tom. I, page xxiii, xxiv, xxv et xxvi de la Preface.
(4) Page 254.
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— 269 —
Aizo fo asetiad e jurad e au- Ceci fut assart et jur^ et auto-
trejad per nostre saget que nau, ris6 par noire sceau neuf, devant
deuant Tautar de mo Seior sent Vautel de Monseigneur St-Bar-
Bartolomieu. th^lemy.
Sipoartant le temps 6tait serein, on pr^f^rait, dans le voisinage
do Saint Temple, tant6t les abords d'une croix plant^e en plein
air, tant6t la yoie publique ou le cimetifere. Mais quand le porche
offirait un espace bien convenable, on aimait encore mieux s'y
rdanir pour trailer d'affaires et y dresser le tribunal de cette
espfece de parlement transitoire. Et alors Facte portait non-seu-
lement « apud ecclesiam N., "^ niais encore « inter leones, » par
allusion aux deux colonnes principales dont la base reposait assez
souvent, a droite et ^ gauche, sur des lions accroupis, a Tentr^e
du porche, ou bien a celle de F^glise.
Get usage, quoique fort respectable par les graves motifs qui
loi avaient donn6 naissance, finit par 6tre une source de v^ritables
desordres; et les Saints Canons furent obliges de Fabolir insensi-
blement. Nous Yoyons, par exemple, dans notre Province, Guilhau-
me de Flavacourt, archev^que d'Auch, prononcer, dans les termes
suivants, une defense formelle a ce sujet, au Concile de Marciac de
Tano^e 1 326 : « Comme Feglise de Dieu est la maison de la priere,
» et nullement un lieu de reunions profanes, nous d^fendons de
» discuter, a Favenir, des inter^ts en litige dans le Saint Temple,
> ni m^me dans le cimetiere, d'y prononcer des arrdts, d'y tenir
» desassemblees d'affaires publiques, etc., etc. (1) »
La Procuration de la noblesse du Fezensac est plus ancienne
que cette sentence, d'environ quarante-un ans. On pouvait done
encore en arrSter la teneur en face des autels, en 1285; et c'est
pourquoi nous voyonsFassemblee des barons se tenir devant T^glise
de Justian. Au reste, c'6tait g6n6ralement, dans ces temps de foi,
la seule veritable maison commune k tons dans les paroisses;
(1) Cum ecclesia Dei Domus oralionis esse debeal, non alterius negocialionis...pro,
iubemus... de coetcro causas in ecclesiis vcl cosrootcriis audeant agitare, statuta,
parlamenla facero* — ■ Cap. xlvi.
L
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— 270 —
c'^tait d'aiUeurs un terrain neutre; c'^tait enfin la MaisoD deDien,
en presence et au nom duquel, in nomine Dominij amen^ on
aimait a debattre les affaires de quelque importance. Et le lieu
de la reunion 6tait une garantie de plus, une raison puissante de
croire au serment par lequel les parties contractantes se liaient
devant la communautS des fiddles.
Quant k la date de la Procuration, on comprend qu'eUe soil
antdrieure k celle de la charte des Goutumes : et elle Test de deux
mois et quelques jours. Mais on aura remarqu^ la manibre, assez pea
commune danslalangue desdipldmes, de prdciser, k Tassembleede
Justian, le jour du mois di ellese tint. C'^tait en Janvier et le sep-
tibme jour de la fin « septima die in interitu mensis januarii. >
Pour se rendre compte de cette toumure exceptionnelle, il faat
rappeler qn'k partir de Tan uiille, Fobservation attentive des
dates apprend que, par temps, on consid^rait le mois comme
divisd en deux parties a peu pr6s 6gales : savoir du 1« aa 1 5, et
du15kla fin.
/ La premiere partie, appelde introitus mensis, se comptait dans
Tordre progressif des quanti&mes, depuis un jusqu'a quinze, aina
qu'il se pratique de nos jours; et Ton disait : 1*, 2*, 3*, etc., etc.,
die introitils mensis. La seconde, au contraire, se prenait aurebour;
et partant du dernier jour du mois quelconque, on disait : 1^, 2^,
3*, etc., etc., die eaxitils ou interitHts mensis (1). D'oCi il suit
que le septifeme jour de la fin de Janvier ddsigne rSellement le 25
decemtoie mois, en Tan du Seigneur 1285 (2).
On dira peut-dtre que cette forme de date s'explique tout sim-
(1) Du Cangb, ad verbnm bxitus mensis, cite denx exemples de cette mani^re
de fixer la date du jour : Tun est de 1283, et I'autre de 1308. lis soot doDC tons les
deux de la p^riode k laquelle appartient notre titre de Procuration.
(2) La charte des Contumes prouve, au reste, qu'on ^tait libre, dans notre Province,
de pr^ciser autrement la date du jour. Et, d'ailleurs, le Supplement du Glostaire dit
formellement, au mot mbnsis, que, dans certains iieux, sahem quUnudam in loeist la
division, dumoins lorsqu'elle se faisait par le commencement et lafindu mois, n'^tait
pas toujours entendue de mani^re a le parlager en deux portions a peuprds ^gales. On
pouvait s'en tenir k des limites plus restreintes, c'est-a-dire k quelques jours senle-
inent du mois entrant ou du mois sortant. Mais, cette exception ne saurait nous ins-
pirer aucun doute sur Toxactitude du chiffre inscrit ci-dessus; car lo 25« de Janvier est
pris dans une s^rie d'un bien petit nombre de jours, de ce mois finissant.
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— 271 —
pi^nent par Fosage habituel des calendes que l^Eglise avait em-
pruntees au calendrier romain; et que, par voie de suite « le 7«
jour de Janvier finissant » n'est autre chose que le vn« des
calendes.
Cette conclusion serait trfes juste si la serie des jours compt^s a
partir des calendes d'un mois quelconque ne commencait pas le
1« de ce mois, pour reprendre a reculons les demiers jours du
mois qui prtofede. Or, c'est ainsi que Ton procede dans le calendrier
romain; et par consequent, ce que Lamolere appelle < le 7« jour
de Janvier finissant, » se comptant a partir du 1 <^ f^vrier, serait,
dans le langage de ce mdme calendrier, le vnp des calendes de
fevrier, et nullement le vn« de ces mSmes calendes.
U est manifeste assur^ment que cette manifere de fixer le jour
dans les dates, a partir de la p^riode romane, fut imitto de
Tusage bien ant^rieur des calendes. Mais, entre ces deux methodes,
ondoitinvariablement trouver la difference d'un jour : c'est-a-dire
que dans le cas dont nous parlous le vii'' des calendes correspon-
drait au 26 Janvier, tandis que, d'aprfes la m^thode adoptee depuis
Fan 1000, « le 7* jour de Janvier finissant » ne pouvait 6tre que
le 25 de ce mdme mois.
Ce dernier jour est done r^ellement celui ou la Procuration fut
definitivement formulae et scellee par Lamolere. Et puisque la
charte des Coutumes fut octroy^e le 6 avril de Tann^e suivante,
il duts'6couler au plus deux mois et douze jours entre Teiection
des mandataires nomm^s a Tassembl^e de Justian, et Texdcution de
tear mandat dans la capitale du Fezensaguet.
Du Gauge, en effet, affirme d'une maniere absolue que le premier
jour de Tan a toujours 616 fixe, dans TAquitaine, au 25 mars, c'est-
i-dire a la fete de YAnnonctation ou de [Incarnation du Verbe.
Par consequent, dans leur formule « anno Domini, » les deux
Dotaires sous-entendent Incamationis; expression qui se retrouve,
a la lettre, dans la date d'un grand nombre d'actes publics de nos
contrees, anterieurs au xvi* sifecle : anno Incamationis Domini.
IVou il suit que Lamolere instrumentait a Justian deux mois avant
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— «72 —
la fin de Tan 1285; et Bardin, dans la oour du Fezensaguet, le
douzieme jour de Fannee suivante i 286.
Au reste, cet ancien usage, d'origine chretienne, de fixer le pre-
mier jour de Tan au 25 mars n'6tait pas suivi seulemeot en Aqui-
taine: on en retrouve ailleurs de frequents exemples. Msus de tres
nombreuses variantes s'observent, en cette malifere, soit en France,
soit dans les Etats voisins; car, ind^pendamment du jour de Tln-
camation, dans certaines provinces c'est k la Noel que commen^it
Tannic; pour d'autres a la Circoncision; pour d'autres enfin a la
Mort ou a la Resurrection de J6sus-Christ. Mais, sous Charles IX,
une ordonnance royale de 1 563 vint heureusemeut mettre fin, pour
la France du moins, a cette Strange confusion, en prescrivant que
Tann^e civile commencerait d^sormais, dans toutes nos proviaces,
au premier Janvier, conform^ment au calendrier de Jules Cfear.
Comme acte public, la Procuration devait avoir, tout aussi bien
que la charte des Goutumes, un certain nombre de t^moins dont les
noms fussent mentionn^s dans sa redaction, k d^faut de sceaux ou de
signatures. Or, trois sont d6sign6s par leurs noms et quality, savoir
deux consuls de Yic-Fezensac et un bourgeois de cette mtoie viUe.
Enfin, le notaire est aussi de Yic-Fezensac : il ^rit de sa main
et confirme de son cachet ordinaire la teneur dudit acte, qu'il signe
GuiLLAUME DE LamolI^re, notatve public de Vic-Fezensac.
A propos de cette demiire qualification nous ferons remarquer
que Guillaume de Lamolfere, d'apr6s le texte latin, pouvait bien
n'6tre pas originaire de Vic, mais qu'il 6tait le notaire public de
cette ville. Et pour que certains lecteurs soient moins ^tonn^ de
cette observation, on voudra bien nous permettre quelques 4clair-
cissements sur ces series de fonctionnaires.
Leur origine remonte, en Occident du moins, aux temps de la
r^publique romaine. Mais, dans les Sges suivants, leurs titres
n'ont pas moins vari^que les attributions qui leur ^tdient d^volues.
Vers la fin du xiii« si^cle, des scribes publics, que les papes et les
empereurs d'Occident n'avaient d'abord ^tablis que pour les villes
dltalie et pour toutes celles de leur d^pendance, se r^pandirent pres-
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— 873 —
qaepartout. lis instrumenterent librement en Angleterre^etm^me
en France, jusqu'en 1340pour le premier royaume,et 1490 pour
le second. C'est h cette demifere dale seulement que Charles VIII
defendit a tous laiques de passer ou recevoir leurs contrats, en
mati^re temporelle, par les notaires apostoliques ou impdriaux,
« sar peine de n'estre foy adjout^e aux dits instruments, lesquels
» dor^navant seraient r^put^s nuls et de nuUe force et vertu. »
Ces scribes strangers ^taient d'ailleurs d'autant moins n^cessaires
que, du xii« au xiv« sifecle, les notaires locaux s'6taient multiplies
dans nos provinces, parce que les 6vSques, les seigneurs, les
baiUis, et mdme les magistrats municipaux usaient du droit, alors
incontestd, d'en cr6er de toute part. « A Auch, — dit Tarticle 1 6
» desGoutumes de cette demifere ville — est coutume que les consuls
» dliront notaires publics; et iceux 61us seront pr^sent^s aux sei-
• gneurs de la ville (1), lesquels doivent confirmer et recevoir. »
Mais le mSme article ajoute qu*on n'entend nuUement « oster puis-
» sance aux seigneurs de cr^r eux-mdmes iceux notaires de leur
» propre puissance et autoritd, » ainsi qu'ils Tavaient anciennement
pratique.
La redaction des Coutumes d'Auch est des premieres ann^es
du xiv*' siecle; et dans cet article elles reconnaissent plut6t qu'elles
n'etablissent qu'il « est coutume que les consuls eiiront notaires
» publics, etc., elc.» En efifet, la charte romane de Geraud V, dont
nousavons parie plushaut, fut redigce, en 1259, par un notaire
d'Auch, qui ne s'y estexprime en latin qu'a Toccasion de sa propre
signature :
Ego Raymundus Sancij Molier Moi, Raymond Sanc^j Molier,
not. Auxit. quihanc cartam scripsi notaire d'Auch^ qui ai ecrit cette
propria manu. charte de ma propre main.
Ce droit qu'avaient a Auch les consuls de la cite de se donner
des notaires ptiblics J ceux de Vic-Fezensac Texergaient done aussi
(1) C'est-ii'dire a I'archevdque ct au couite d'Armagaac, co-seigneurs en pareago.
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I
- 874 —
vers la mdme ^poque, puisque Gaillaume de Lamol^re se qualifie
notaire public.
Le texte de la Procuration ajoute qu'il la signs et la scelle de
son cachet ordinaire. Ge n'^tait pourtant pas afin de remplir one
condition de validity; car les savants aateurs da Nouveau Traitede
Diplomatique nous font observer que « la plupart des notaires du
» xm« sifecle, surtout dans la France meridionale, passaient les
» actes publics sans les signer. »
Enfin un troisi^me notaire figure en outre apr^s la cloture de
notre document: c'est Y. Bacaguie, notaire royal a Toulouse. Mais
les mots, en 6criture diffdrente, qui pr^c^dent sa signature, sans
indication de date, expliquent le caractere de son intervention.
Une fois notre dessein bien arr6t^ de faire connaitre aux lee-
teurs du Bulletin la charte des Goutumes du Fezensac, nous
avons dd choisir entre cinq ou six exemplaires manuscrits, qui
tous pr^sentent un petit nombre de variantes. Un examen trte
attentif, fait avec M. Tarcbiviste du d^partement, nous a conduits
a donner la pr6f6rence a celui que nous 6ditons au n« 7 des Do-
cuments. G'est une expMition collationn^e et certifi^e conforme a
Tinstrument primitif d6pos6 a Toulouse. Or, cette expedition fat
exhib^e par le notaireV. Bagaguie a la partie qui Tavait reqnise,
et qui la retira en signant elle-m6me : Dutaur.
F. CANfiTO, vie. g6n.
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— t76 —
CoiMit s'est fiito la R«ee»Uoi. Eitrte ei YiWt
BT INSTALLATION
DE RfiVfiREND PfiRE EN DIEU, JACQUES DESMARETZ,
CT-DKf AIT tVtan DB RI£Z,
ET POURTBV l'AN 1713 DU SliGE PRIMATIAL D'AUGH (1).
En^e partit da Sendat le qoinze mars 1714 vers les dix heures
da matin pour Auch. Piasieurspersonnes des plos distinga^es daos
le clergd et dans la Robe qui s'6toient d6ja rendues le matin a son
leaer pour lui ofifrir leur respect eurent aussi i'honnear d'etre de
sa saite. Tous les habitants de la ville furent tous de concert k ti-
moigner k leur nouveau pr^lat tous les sentiments de respect de
joye et de confiance qui leur feut possible.
La bourgeoisie et la jeunesse de la ville d'Auch montferent k che-
ual aaec les consuls, tous en ordre et rengez sous des difif^rents
drapeaux pour Taller attendreaux limites de la jurisdiction d'Auch.
Environ k moiti^ chemin du Sendat k la ville Monsieur Dufrene
capitaine de dragons du regiment de Quailus qui auait eu son
quartier dliiuer k Auch, se pr^senta k la tdte de sa compagnie
qui se mit en bataille aux approches du carrosse d'En^e. En6e fit
arr^ter son carrosse 61oigne d'enuiron cent pas et apres 6tre des-
cenda il marcha a pied dans le mdme lieu ou il 6tait descendu, et
(1) Cette notice est extraite d'an journal de voyage, de Paris k Aucb, dans lequel
M. Daignan du Sendat, cbanoine et archidiacre de Magnoac, d^signe Mgr Jacques
Desmaretz par le pseudonyme d'En^e, et prend lai-mdme celai d'Acate.
Apr^s avoir sdjoom^ a Toaloase, ou le chapitre d'Auch avait d^put^ quatre de ses
membres aupr^s du nouvel archev^que, Mgr Desmaretz se rendlt, dans la soiree du
13 mars, au Sendat, maison de campagne de la famille Daignan, pour y attendre le
jour de son installation, fix^e au 15 du m6me mois.
Mgr Jacques Desmaretz etait frdre de Nicolas Desmaretz, alors contrdleur g^n^ral
des finances depuis 1708, et neveu de Jean-Baptiste Colbert qui Tavait forme a son
^le. C'est de Nicolas que parlait Mme de Maintenon dans une lettro adress^e, le 34
octobre 1714. k M. Languet, cur6 de Saint-Sulpice : « Je crains, Monsieur, que vous
ne trooviez pea de ressources a la Cour pour vo9 pauvres. On y jelle Targent pour son
plaisir et on y crie misdre. II n'y a que M. Desmaretz qui peat vous donner du bled.>
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— 276 —
apres qu'il fat remont^ en carrosse, le capitaine suini de quelqaes
uns des dragons fat a son tour sans pourtant descendre de cheual,
faire un court compliment k En^e. Ensuite sa compagnie de dra-
gons se partaga ; six d'eux march^rent deuant le carrosse le sabre
a la main et le reste marcha derri^re dans le m^me ordre.
En^e ne marcha pas longtemps sans apercevoir la bourgeoisie
et la jeunesse d'Auch bien mont^e et lestement v6tue auec des
cocardes uniformes, laqu'elle estoit en si grand nombre qu'Enee
disoit a Acate dans son carrosse qu'il ne croyait pas qu'Aix, toute
ville capitalede Prouence qu'elle 6toit, peut former une plus belle
troupe.
En^e^tant arriu6 aiu limites de la jurisdiction d'Auch, les con-
suls de Ja ville se pr^sentferent a la tHe de cette bourgeoisie a
laquelle Tancienne Rome n'auoit pas dedaign^ autrefois de Fasso-
cier ala sienne. La bourgeoisie d'Auch jouissait de ce privilege da
temps de Strabon mdme qui le raporte, lequel viuoit du temps de
Jfeus-Christ.
Les consuls sepresentferent a la porti5re du carrosse d'En^e pour
luy porter de la part de tons les habitants les assurances de leur
soumission et de leur respect. Mais En^e ne voulut point permet-
ttre que le consul qui ^tait charge de la parole commancat a par-
ler qu'il ne fat descendu de son carrosse ; et ce ne fut qu'a ceprix
qu'il voulut r^couter.
Tant de g^n^rosite fut un heureux pr6sage de la bont^ et de la
g6n6rosit6 de cet iUustre prelat, qui r^pondit d'une maniere si
praise, si polie et si gracieuse a tout ce que le consul luy dit
qu'on aurait cru, a ne point connaitre le g^nie d*En6e, qu'il sgauoit
toutce qu'on deuoit lui dire.
La harangue finie, En^e remonta en carrosse, et les consuls
reu^tus du chaperon et de leur robe consulaire remonterent k
cheual se tenant prfes du carrosse d'En^e ; une compagnie d'en-
uu'on cent cinqu^nte bourgeois k cheual, tous T^p^e k la main
pr6c6dferent le carrosse ; et de la a la ville, c'est-a-dke enuiron un
quart de lieue, tout le chemin etait bord^ de peuple qui condui-
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JUSTUM DEDUXIT DOMINUS
PER VUS REGTAS.
BBNBDIGTUS QUI VENIT
IN NOMINE DOMINI.
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- 277 —
sit Enee jusqaes a Tentr^e do faux bourg auec des acclamations
d'une joye bieo sincfere. Les artizans de la viUe au nombre de
cinq cents rangdz par compagnies en haye commenc^rent k border
les chemins et les rues depuis Tentrie du faux bourg jusques k la
porte de I'Eglise primatiale.
On auait orne la porte de la Treille oil il entra, en arc de
triomphe auec les armes de ce Pr^lat (1 ). Les rues de la ville etaient
bord^es d'artizans de meme que la place de la Treille. II monta
le Pouy en carrosse et trauersa de m6me le chemin droit (2) et la
grande place deuant TEglise m^tropolitaine au son des trompet-
tes, des tambours et des acclamations de joye.
On ne sgaurait parler plus fidelement de ce qui se fit ensuite
qu'en raportant une copie de Toriginal du verbal de reception de
cet illustre prfilat. La voyci en y remarquant toutes fois que Mes-
sieurs Dumas, Depetit chanoine et archidiacre de Pardeillan, de
No6, Lasserre, Belloc, Daignan du Sendat, chanoine et archidia-
cre de Magnoac ne s'etant peu trouver que dans Fex^cusion
du d^lib^re, signferent cependant comme d^lib^rans, parce qu'ils
auaient llionneur d'estre au Sendat auec Monseigneur TArcheue-
que.
« L'an mil sept cents quatorze et le quatorzi^me jour du mois de
mars a dix heures du matin dans la salle capitulaire du v^n^rable
chapitre de TEglise m^opolitaine Sainte Marie d'Auch, ont estez
(1) II poruit ^cartel^ : au l«r et 2* d'azur, a un dextrocMre d'argent tenant trois
lit dejardin de mSme; qui est de Desmarelz : aux 2® et 3© d*or a une couleuvre
d'azur pdk^e en pal, qui est de Colbert. Le noavel archevdque ^tait n6 de Jean
Besmaretz, intendant de justice a Soissons, et de Marie Colbert, soeur du ciUhre
coDtr61eur g^n^ral des finances de Louis XIY. — Nous devons k M. Labadie^ curd de
Montaut (canton d'Aucb-nord^ , le vieux bois qui nous a conserve les armes de Mgr
Jacques Desmaretz.
(2) La rue par laquelle nos archevSques faisaient autrefois ieur entree en ville, pour
la prise de possession du si^ge primatial, avait deux noms difT^renls dans son par-
cours. On appellait le Pouy, du latin Podium, ^l^vation^ la partie^ en pen^e rapide,
qui conduisait de Tancienne place de la Treille au mur d'enceinte int^rieure. hi
s'ouvrait une porte fortifi^e, k i'est de F^glise actuelle de Saint-Orens. £t a partir
de celte porte jusqu'a la place de la catb^drale, la rue, malgr^ ses sinuosit^s, prenait
le nom de Cbemin Droit, parce que son plan g^n^ral ^tait k peu pr6s horizontal, via
recta, C'est \k que tous les corps de la cit^, banni^res en t^te, accneillaient, k son entree
au echir de ville comme on disait alors, le pr^lat nouveau venu, au chant triomphal
deces paroles symboliques : « Juslum deduxit Dominusper vias rectas Benedictus
qui veott in nomine Domini. »
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— 278 —
capitulairement assembles au son de la cloche, aux formes ordi-
naires, y^n^rables personnes Messieurs de Laffont Precenteur,
Daigoan th^ologal et Archidiacre de Saban^s, Domas, Depetit
Archidiacre, Beaupay Archidiacre, Symon Archidiacre, Darma-
gnac, Daignan Junior, Daspe Archidiacre, Le Maistre, de No6,
Lasserre, Demon, Belloc, Soupets de la Clauerie Sindic, Daste,
Monbrun, Daspe Junior Archidiacre, Daignan du Sendat Archi-
diacre, Depetit Junior, tons chanoines de la dite Eglise.
» Aux quels ainsi assembles Monsieur Daignan th^ologal a dit que
Monseigneur TiUustrissime et r^uerendissime p^re en Dieu Mes-
sire Jacques Desmaretz conseiller du Roy en ses conseils et c;
deuant Eufique de Riez et pr^sentement pourueu de TArcheuech^
de cette viUe d'Auch, accompagnd des quatre sieurs d^put^s, que
Je chapitre luy a envoy^s a Toulouze, est arriu6 hier treizieme du
mois, a la maison du Sendat, distante de cette ville d*une lieue et
demie ou environ, oil le dit sieur Daignan th^ologal, et plusieurs
autres Messieurs du chapitre ont eu ce matin llionneur de lui
rendre leurs tres humbles deuoirs; que mon dit Seigneur TAr-
cheueque doit partir de la dite maison du Sendat, sur les neuf
heures pour se rendre en cette ville, et prendre possession per-
sonnelle de son archeuech^, a Feffet de quoy, mon dit seigneur
TArcheueque auroit remis au dit sieur Daignan thtologalles bulles
qu'il a obtenues de nostre Saint pfere le Pape, pour estre par luy
remises et communiqu^es au chapitre, ce que le dit sieur Daignan
thtologal ayant fait elles se sont trouu6es denudes k Rome a apud
» sanctam Mariam majorem, anno incamationis Dominica^ mille-
»simo septingentesimo decimo tertio, quarto calendas Martij, pen-
» tificatus sanctissimi Domini nostri B. Qementis Papse undecimi
» anno quarto decimo. » Et le dit sieur de Soupets sindic en ayant
fait la lecture, il a ensuitte requis la compagnie de d61ib^rer sur
ce qui conuenoit faire pour la reception de mon dit seigneur
TArcheueque.
> Sur quoy il a 6t6 unanimement d6Ub^r^ que le chapitre se ren-
dra en corps k la grande porte de TEglise pour receuoir mon dit
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— 279 —
seigneur TArcheueque, auec rhonneur et le respect qui sont diis;
qu'on donoera ordre aux sonneurs de sooner toutes les cloches a
voli6e,des qu'on verra paroistre lecarrossede mon dit seigneur
TArcheueque, que Torganistese tiendra a i'orguepourenjouerau
monienl qu'il entrera; et qu'on preparers toutes les autres choses
necessaires pour cette cer6monie.
» Monseigneur FArcheueque ^tant ensuitte arriue, vers les ooze
heures et demie accompagn^ des maire et consuls et d'un tres
grand nombre des principaux bourgeois et habitants de cette ville
qui estoient all6s a sa rencontre, pour le recevoir, et 6tant entr^
par la porte de la Treille, et venu descendre a la porte de TEglise
m^tropolitaine, ou le chapilre en corps s'estoit rendu procession-
nellement; etla mon dit seigneur TArcheoeque s'6tant reuestu de
ses habits pontificaux qui luy auaient estes prepares sur un autel
dress^ a cet efifet, a cost6 droit du vestibule de la dite Eglise, il
s'est ensuitte auenc6 deuant un autre autel qu'on auoit prepare au
milieu dudit vestibule, etsur lequel on auoit mis une croix auec des
reliques des deux cost6s; et leliure juratoire luy a 6t6 pr6seot6
par Messieurs Laffont et Daignan th6ologal, les deux anciens cha-
noines; et mon dit sieur TArcheueque ayant quitti sa mittre et se
tenant de bout a lu a haute, et intelligible voix les quatre dvao-
giles qui sont au commencement du dit Uure juratoire, et ensuitte
jure les articles suivants des statuts du chapitre ayant la main sur
les saints euengiles.
Ego Jacobus Desmaretz permis-
sione dinioa et sauctsB sedis apes-
tolicse gratia Archiepiscopus aus-
censisy Nouempopulanise regoique
Nauarrae primas promilto et jure
concordiam et transactionem super
canonicatibus et portionibus caco-
nialibus dictse EccIpsI^r uacautibus
alternis oicibus conferendis, inter
booae memorise Doroinum Joannem
de Armaniaco quoodam auscitao.
Moi, Jacques Desmaretz. par la
permission de Dieu et la grace du
Saint-Si^e Apostolique Arcbev6-
qup d'Auch, Primat de la Novem-
populanie et du royaume de Na-
varre, je promets et je jure de
conser?er inviolable et sans aucuo
cbangement Taccord et la transac-
tion relatifs k la collation alterna-
tive des canonicats et pr^bendes
canoniales vacants dans ladite
20
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- 280 -
Archiep. et capitulum suum factam
et inilam et per sanctam fidem
apostolicam conGrmatam inuiola-
biliter tenere et obseruare et non
contrauenire; sic Deus me adiuuet
et haec sancta quatuor Dei euan-
gelia.
Item promitlo ct juro dignitates,
archidiaconatus, personatus, et of-
flcia dictae Ecclesia) per canonicos
ejusdem Ecclesiae regiet gubernari
solita, solis canonicis dictae Eccle-
sise origiDariis et non aliis juxta
priuilegium Eugenii Papae dicto Ca-
pitulo, et canonicis eiusdem con-
cessum, conferre, dare et assignare
et eosdem canonicos in dictis bene-
flciis instituere; sic Deus me adiuuet
et hsec sancta quatuor Dei euan-
gelia.
Item promitto et juro non augere
numerum canonicorum Ecclesia et
Capituli Aucitani, quamvis fructus
mensae capitularis possent suppe-
terc ad supportationem plurium
canonicorum quam numeri uigenti
ordinati et instituti in fondatione
dictae Ecclesiae et per sanctam se-
dem Apostolicam confirmati; qua-
propter nolo nee intendo supra
dictum numerum quoquo modo
augere, sed in eodem statu et nu-
mero permanere; sic me Deus
adiuuet et haec sancta quatuor Dei
euangelia.
Item promitto et juro dum et
quando aut toties quoties uisitabo
Eglise, qui ont 6t6 conclusentre le
seigneur Jean d'Armagnac, depr6-
cieux souvenir, autrefois Arche-
v6que d*Auch et son chapitre, ac-
cord et transaction qui ont re?u la
sanction de Tautorit^ apostolique.
Ainsi Dieu me soit en aide et ces
quatre Saints Evangiles.
De m^me, je promeis et je jure
de conKrer, donner et assigner les
dignit^s, archidiaconats, personals
et offices dc I'eglise d'Auch, qui,
suivant Tusage, sont r6gis et exer-
c^s par les chanoines de cette
Eglise, aux seuls chanoines origi-
naires de cette m^me Eglise, et non
a d'autres, conform(?ment au privi-
lege conf6r6 par le Pape Eugene au
dit chapitre, et d'instituer les cha-
noines ainsi nomm6s dans les dits
benefices. Ainsi Dieu me soit en
aide
De mtoe, je promets et je jure
de ne pas augmenter le nombrc
des chanoines de TEglise et du cha-
pitre d*Auch, quand bien meme
les revenus de la mense capitu-
laire pourraient servir k entretenir
un nombre de chanoines plus con-
siderable que celui de vingt qui a
et6 determine et fixe dans la fon-
dation de ladite Eglise, avec Tap-
probation du Saint-Siege Aposto-
lique; je ne chercherai par aucun
moyen h augmenter ce nombre,
mais je le conserverai tel qu'il a
ete etabli. Alnsl Dieu me soit en
aide.....
De m6me, je promets et je jure,
lorsque je visitcrai TEglise d'Aucb,
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— 281 —
£clesiain auscitanam sponsam
meam, pro uisitatione dictae Ecle-
sia; nullam, ncc in pecunia nee in
pastu procurationem exigere nee
recipere in Edesift el Capilulo aus-
citano, quamuis de jure pro uisita-
tione Ecclesiae debeatur proeuratio
uisitandi, et ex eo quod dicta Eele-
sia immemoratis temporibus, de
cujus memoria hominem in con-
trarium non existit, fuit per archie-
piscopos auscitanos in h^clibertate
non soluendse procurationis mauu
tenta licet eamdem Eclesiam uisi-
tarent et ego eamdem Eclesiam in
e^dem in e^dem libertate uidelisset
procurationis non soluendffi re-
linquo, et in futuram preseruabo;
sic me Deus adiuuet et hsec saneta
quatuor Dei euangelia.
Item promitto et juro omnia alia
jura , priuilegia , eonsuetudines ,
usus; obseruantias et statuta ae
bonos mores dictae Eclesiae ausci-
tana? et persbnatumj dignitatum
ejusdem EclesiaB pro posse meo
tueri ac deffendere, tenere et ob-
seruare; sic Deus me adiuuet et
hsec saneta quatuor Dei euangelia.
mon Epouse, et toutes les fois que
queje feraicette visite, den'exiger
ni de reeevoir, dans FEglise et le
chapitre d'Auch, pour la visite de
ladite Eglise, aucune redevance ni
en argent, ni en objets de eonsom-
mation, quoique, d'aprte le droit,
on doive une redevance k tout vi-
siteur. Comme, de temps imme-
morial, sans qu'aucun homme
puisse citer un exemple du eon-
traire, Teglise d'Auch a ii& main-
tenue par ses Arehevfiques sucees-
sifs dans le privilege de ne pas leur
payer de redevance, lorsqu'ils en
faisaient la visite, je veux moi-
m^me conserver ee privilege et je
le conserverai k Tavenir. Ainsi
Dieu mesoit en aide
De m(ime, je promets et je jure
de prot^ger et de d6fendre, de res-
pecter et d'observer autant qu'il
d^pendra de moi tons les autres
droits, privileges, coutumes, usa-
ges, observances, statuts et loua-
bles habitudes de ladite Eglise,
ainsi que eeux des personals et
dignit^s de la m^me Eglise. Ainsi
Dieu me soit en aide
El apres auoir presto ce serment, mon dit seigneur TArcheueque
s'estant mis a genoux, a bais6 la sainte croix, qui luy a 616 pr6-
sentte par le dit sieur Laffont, ancien chanoine qui estoit reuestu
d'un pluuial et mon dit seigneur TArcheueque s*etant leu^, et ayant
repris sa mittre le dit sieur Laflfont luy a presente la nauette pour
benir Tencens; apr^s quoy le dit sieur Laffont Tayant encens^ de
trois eoups d'encensoir, il la harangue aunom du obapitre, et mon
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— 282 —
dit seigneur FArcheueque luy a repondu auec toute Thonestete el
la dignity quon en pouuoit attendre; et s'eslant mis ensuilte sous
le dais, qui estoit port6 par quatre chanoines des derniers venus,
il est entr6 dans TEglise, et a este conduit processionnellement a
la chapelle du Saint Sacrement ayant a ses cost6s les deux plus
anciens chanoines^ et la musique chantant les antiennes, et les
prieres accoutumees comme dans Je pontifical.
Monseigneur TArcheueque apres auoir fait sa priere deuant le
saint sacrement, a este conduit de la meme manifere au chceur, oil
il est entr6 par la porle principalle; et s'estant mis a genoux sur
un carreau deuant le grand autel, le dit sieur Laffont a dit Forai-
son marquee a ce sujet, apres quoy le choeur ayant chants Fan-
tienne de la sainte Vierge patronne de FEglise, Monseigneur
FArcheueque est mont^ a Fautel, et apres Favoir bais6, il s'est mis
du cost6 de Fepitre, oil il a chants a haute voix Foraison : Concede
nos famulos tuos, etc.
Apres quoy mon dit seigneur FArcheueque estant descendu de
Fautel, il a ^t^ conduit touiours de la m€me maniere a son siege
archiepiscopal au fond du choeur ou s'estant assis, et ayant la rait-
tre sur la tele, il a regu le serment que le dit sieur Soupets sindic
luy a presto au nom du chapilre et des dils sieurs chanoines en la
forme suivante :
Ego Joannes Franciscus Laclauerie de Soupets canonicus et sin-
dicus capituli promitto et juro nomine capituli et canonicorura, ab
hac hora in antea, portare et dare honnorem reuerentiam et obe-
dientiam reuerendissimo in christo patri et Domino Jacobo Des-
maretz archiepiscopo auscensi et successoribus ejusdem canonici
intrantibus; sic Deus me adiuuet et haec sancta quatuor Dei euan-
gelia.
Ensuite de quoy tous les dils sieurs chanoines ont est^s baiser
Fanneau pastoral, par rang de reception, en faisant une profonde
inclination i mon dit seigneur FArcheueque; et apres les dils sieurs
chanoines, les prebandiers chorisles, et autres ecclesiastiques et
enfans de choeur de la dite EgUse ont est6s de m^me baiser Fan-
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I
- 283 —
neau pastoral^ en faisant une genuflexion a mon dit seigneur TAr-
cheueque.
Cette c^remonie ainsi achevee mon dit seigneur TArcheueque est
relourne a Tautel, ou il a donn6 la benediction pontificale; et le
dit sieurLaffont apubli^les indulgences en tel cas accoutum^es de
Tordre, et de Fauthorit^ de mon dit seigneur TArcheueque. Apres
quoy mon dit seigneur FArcheueque estant alle quitter ses habits
pontificaux dans la sacristie des chanoines, il est reuenu en rochet
et camail violet au choeur, touiours accompagne de tons les dits
sieurs chanoines, et a entendu la sainte messe, qui a est6 c^lebree
au maistre autel, par Monsieur Daignan chanoine, la musique
ayant chante diuers psaumes, et motels, pendant qu'elle a et6
c61ebr6e, et estant finie, Messieurs les chanoines pr6c6d6s par les
prebandiers ont accompagn6 et conduit mon dit seigneur FArche-
ueque dans son palais Archiepiscopal.
Le tout s'estant pass6 en presence de Monsieur M« Jean Fran-
cois Mariol, lieutenant principal au S6n6chal d'Auch, de Monsieur
M« Paul Daignan con«"^ du roy et son avocat audit Senechal, de
Monsieur Jean-Baptiste Verdun juge temporel de TArcheuech^
d'Auch, de Monsieur M« Pierre Lacroix procureur temporel du
dit Archeueche, de Monsieur M* Jean Solirene lieutenant dans la
temporalite, sign6s avec le dit seigneur A rcheueque, Messieurs les
chanoines delib^rants et moy secretaire soussign^;
Jacques Desmaretz Archeu. d'Auch.
Laffont, doyen precenteur, Daignan Ih^ologal archidiacre de
Saban^s, Dumas chanoine, Depetit chanoine et archidiacre de
Pardeillan, Beaupuy, Daignan chanoine, Symon chanoine archidia-
cre, Darraagnac, Daspe chanoine el archidiacre, le Maistre cha-
noine, Lasserre chanoine, de Noe chanoine, Demont chanoine,
Belloc chanoine, Soupels de la Clauerie chanoine et sindic,
Daste, de Mombrun chanoine, Depetit chanoine, Daspe chanoine
et archidiacre de Soz, Daignan du Sendat chanoine et archidiacre
de Magnoac, Mariol lieutenant principal present, Daignan avocat
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— 284 —
da roy present, de Verdun juge temporel present, Solirene avocal
lieutenant de la temporality present, Lacroix procureur temporel,
present.
Daignan du Sendat, chan.,
Arcliidiacre de Magnoac.
Les formules de serment, telles que Thistoire les a conserves dans les
archives de nos diff^rents dioceses, ne sont plus aujourd'hui que des
documents arch^ologiques. Qui pourrait mfime nous donner, k Auch, le
moindre detail sur le codex sacramentel et sur le Uvre special des quatre
Evangiles que le chapitre pr6sentait au pr61at nouveau-venu, en lui ou-
vrant pour la premiere fois les portes de sa cath6drale? A peine si Ton
relrouve quelques rares proces-verbaux d'installation. Et lorsqu'on les
compare entre eux, on est tout 6tonn6 d'y rencontrer des variantes con-
siderables, surtout quant k T^tendue et aux conditions de la formule du
serment. II arrive m6me, 4 partir du milieu du xvi« sifecle, que nos arche-
v6ques font quelque difflcult6 de se soumettre k ce c6r(5monial tradi-
tionnel. En -1662, Mgr de La Mothe Houdancour s'y refuse neltementet
persiste dans son refus, malgr6 toutes les instances du chapitre, jusqu'i
formelle injonction intim^e par arr^t du Parlement de Toulouse, qui
flnit par ordonner, le -13 mai ^667, a aud. de La Mothe Houdancour
de se faire recevoir aud. chapitre en la forme et maniere de ses pr6-
d^c^sseurs. o
Nousaurons occasion de revenir sur Thistoire de ces sortes de d^bats,
dont le cardinal de Tournon nous semblerait avoir donn6 le premier
exempleen ^517. Pour le moment, contentonsnous de faire connailre
la plus ancienne formule juratoire dont les annales de notre cathi^drale
nousaient conserve la teneur. C*6tait dans le premier tiers du xiv^siecle;
Mgr Guillaume de Flavacourt venait de faire son entree dans notre ville.
Le syndic capitulaire en consigna le souvenir, dans les termes suivants,
au penulti^me chaj)itre du cartulaire :
Savoir faisons k tous que le Pateat universisqu6d die Dorai-
premier dimanche aprfes la f6te des nica proximo post festum Aposto-
Ap6lres Philippe et Jacques, en lorum Philippi etJacobi, sub anno
Tan du Seigneur ^324, R^F^rend Domini mcccxxiv, R. in XPO Pa-
perc en J6sus-Christ, le seigneur ter D. Guillelmus, divina perrais-
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— 285 —
Guillaume par faveur divine arche- sione Archiepiscopus Auxitanus (^ )
v^que d'Auch, faisant son enlr6e insuoingressuanteportamecclesiffi
dans son 6glise cath^drale en pr6- Cathedrali8(2), inpraesentiaegregio'
sence d'honorables horames ie rum \irorum Dominorum Bernard!
seigneur Bernard, par la grftce de Dei gratia Comilis Astariacensi8(3),
Dieu comte d'Aslarac, et Jehan de et Johannis de Tria militis, senes-
Trie, chevalier, s6n6chal de Tou- calli Tolosffi etAlbien.(4), actotius
(1) Nous ferons observer que divind permissione est laformule employee dans la
charte des cootumes de Fezensac, 38 ans avani la date ci-dessus, al'occasion d'Ama-
nieu-d'Armagnac, alors archevdque d'Auch. Ces mots se prenaient dans le m6me sens
que Dei gratid. — [Voir, plus haul, pages 252, 253 et lix.]
(2) Celte ^glise n'^tait qu'ua Edifice provisoire. Amanieu d'Arroagnac, dont
nous v^nons de parler, avait fait, sous Philippe le Bel, d'inutiies tentatives pour
reconstruiro la cathedrale romane que le comle Bernard IV avait ruin6e vers la
fin du xiie sidcle. Nous avons retrouvd \3Lpremidre pierre qu'il b6nit et posa de
sa main dans les fondations. L'inscription qu''elle porte fait connattre Tannde et le
nom da pr^lal: Amanieu d'Armagnac ARCuiivfiQUK d'Aucb m'a pos^e ici l'an
1288. Au-dessous de l'inscription lapidaire est une grande croii grecque cantonnde,
a droite sous la traverse horizontale, de la crosse archi^piscopale, et a gauche, du
lion raoapant que sa famille tenait des comtesde Fezensac.
F«c Simile de rinscription ci-dessus.
+ AMANEVVS : DE i A
RMANIACO : ARCHIE
P"S : A U X I T A N U S : H I
C : ME : POSUIT :+A«:
: M« i C" C : i L« X X X
V«III •
Place
Le
de
La
lion.
la
croix.
crosse.
(3) Bernard, ve du nom, fut comte d'Astarac, de 1300 a 1326.
(4) Jean de Trie, chevalier, 6tail en effet s^ndchal de Toulouse et de I'Albygeois
en 132i. C'est en cotte quality qu'il regut du roi Charles IV la mission de faire a
Toulouse loutes les provisions de bouche, de bois, de cire, etc., etc., dont il avait
besoin pour Ic sejour qu'il devait faire dans cetle ville. Ce prince y fit son entree,
vers la fin du raois de Janvier 1324, accompagn^ de la reine son 6pouse, de son
beau-fr6re, du comle Charles de Valois, son oncle, et de Sanche, roi de Majorque. La
Cour, ayant quitt^ Toulouse vers la mi-car6mo, Jean de Trio fut libre de so trouver
a Auch dans les premiers jours du mois de mai.
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— 286 -
louse et de TAlbygeois, tout le cha-
pitre d'Auch 6tant ^galement pre-
sent, ainsi que grand nombre d'au-
Ires personnes, ledit pr^lat a et6
requis par ledit chapitre, devant la
porte de la cath^rale, de prater
sennent audit chapitre et k ladite
Eglise : cc qu'il a faitde la mani^re
et en la forme qui suiveut :
Nous Gdllaume, par provision
du si^ge apostolique archev^ue
d'Auch, jurons sur les Saints Evan-
giles de Dieu, corporellemenl tou-
ches de nos mains, de d^fendre
et prot^ger, selon notre pouvoir,
les droits et liberies de notre dite
Eglise d'Auch, de m^me que ceux
des personnats et dignitfe capitu-
laires, comme aussi de pratiquer et
d'observer inviolablement les loua-
bles Goutumes et bonnes traditions
de notre susdite Eglise, autant qu'il
nous sera possible.
En foi de ce le susdit Guillaume
et le chapitre ont trouv6 bon d'ap-
poser a la pr^sente charte leurs
sceaux pendants.
Donn6 a Auch, aux an, jour et
lieu que dessus.
capituli auscitani, et plurimonim
aliorum, requisitus per dictum ca-
pitulum praestitit Capitulo el Ec-
clesiae praediclis juramentum sub
modo et forma quae sequuntur :
« Nos Guillelmus, provisione se-
dis Apostolicae Archiepiscopus
auxitanus, ad Sancta Dei Evange-
lia, nostris manibus corporaliter
facta, juramus jura et libertates
dicta nostra; ecclesiae auxitanaj ac
personatuum et dignitatum ejus
pro posse noslro defendere et tueri,
necnon laudabiles consuetudines
et mores bonos praedictae Ecclesiae,
in quantum nobis erit possibiie,
inviolabiliter exercere et observare.
In cujus rei testimonium prae-
dictus reverendus Pater ac capi-
tulum sigilla sua prasenti duxerunl
apponenda in pendenti (4).
Datum anno, die et loco quibus
supr^.
(1) In pendenti. On distingue deux especes de sceaux, quant a leur apposition au\
anciennes chartes :
Les uns ^taicnt plaques sur la substance mSme du parchemin qui avail recuVccri-
lure, de maniere k y fixer, au moyen de la cire, une empreinte permanente;
Les autres ^taient appliques sur des cordelelles do soie raltacbdes a de pelites inci-
sions que i'on praliquait a la marge inferieure, sur le rcpli du parchemin. Les liens
de 8016, tresses sur place en cordon plat, se divisaienl en quatre petites mailles, deax
jaanes et deux rouges le plus souvent; et leurs fits, reunis et contenus, pr^paraient
une quadruple queue a I'empreinte de cire, de plomb et m^me quelquefois d'or, qu'ils
devaient suspendre aubas de la charte, in pendenti.
Celle du serment de Guillaume de Flavacourt n'exisie plus depuis longtemps saDs
duute. Mais cllc avait 6ii transcrile dans le cartulaire do notre Chapitre mctropolitaio.
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— 287 —
A L4 MfilOIRE D'iNTOINE DE H411TESERIE.
G^ograpkie de rAqaitaui6(^ ).
(Suite. J
Tout le long de la berge basse et mar^cageuse de la Gas-
cogoe, la grande citd bordelaise arrondit en demi-cercle la ligne
de ses qaais. Voici le quartier des Doaze-Portes encombre par
les chantiers de construction des navires; partout le bruit de la
hache et de la scie, h saine odeur du goudron, les rouges 6clats
de la forge et le vacarme des raarleaux. Plus loin, les boutiques
moins bruyantes des voiliers, des marchands de cordages, de bis-
cuit et de provisions de mer. A la porle des Saliniferes commence,
en tirant vers Touest, la large voie des Fosses, envahis par les de-
tails du commun trafic, et sur lesquels vient d^boucher la riche et
puante rue de la Rousselle, bord^e d'antiques et noirs magasins
regorgeant de morues, de fromages, de salaisons et de produits
coloniaux. Jusqu'a la construction de ce pont de dix-sept arches,
ou le hardi Deschamps imagina de reduire, par des vodtes int6-
rieures, le poids ecrasant du tablier, tons ces quartiers ont 6t6 le
centre du grand commerce bordelais. Maintenant, c'est a peine si
quelques rares caboteurs ou les barques du Haul-Pays (2) station-
nent le long des berges en talus, k la place des navires arretes for-
c6ment a la naissance du quai de Bourgogne. Ici, nous sortons d6jk
da vieux Bordeaux, nous sommes dans la ville du marshal de
Richelieu, de Tintendant de Tourny et de larchitecte Louis. Pas-
sons dfevant les facades monumentales de la Douane et de la
Bourse, suivons la belle et large rue du Chapeau-Rouge jusqu'a la
\X) Reproduction inlerdile.— Voir, plus haut, p. 180.
(2) On appelle ainsi lous les burds de la Garonne siluds en amont do Bordeaux.
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— 288 —
hauteur de ce magnifique th6dtre, ou le ballet et la musique bour-
geoise des operas- vaudevilles (1 ) out dfes longtemps pris le pas sar
les chefs-d'oeuvre dramatiques et lyriques de notre scene. Nous
pourrionsaller, par Tlntendance, jusqu'k la place Dauphine, mais
il vaut mieux prendre par les allies de Tourny, ou le n6gociant
vient encore, en se promenant, tenter quelque bon coup apres
la Bourse. Sous Tuniformit^ des costumes, vous trouvez, ici, des
hommes de tons pays : des Anglais orgueilleux et rouges, des
Am^ricains de TUnion, gens de profit et d'aventure, des Espagnols
silencieux et raaigres, des Juifs cosraopoUtes (2), des AUemands,
des Su^dois, des muldtres, des quarterons et des griffes venus
des Antilles ou de FAm^rique espagnole. La belle promenade des
Quinconces, plantee sur Templacement du Chdteau-Trompetle,
nous ramene au bord du fleuve, devant les facades raodernes des
Chartrons, timbrees pour la plupart aux armes des consulats. Ces
hdtels somptueux aux lourdes portes garnies de brillants mar-
teaux de cuivre, ces vestibules en mosaique reluisants d'une pro-
pret6 hoUandaise, ce confor table int^rieur rappellent k la fois cer-
taines villes neuves de FAllemagne, et les habitations anglaises de
Douvres ou de Brighton. Le maitre du logis n'a rien de Fdpret^
defiante du vieux marchand de la Rousselle qui fait lever ses com-
mis de table apres le bouilli, et verrouille sa porte pass6 dix heures
du soir. Vous entrez dans un comptoir bien eclair^, oi le patron
vous accueille d'un air ouvert m61e d'une certaine reserve protec-
trice. Tout est limpide conune le cristal. Voici les prix courants :
tant pour les frais g^n^raux, tant pour les b6n6fices, pas un cen-
(1) Bordeaux, la ville de ladanse et la patrie dc Troenitz, a donn^ aussi Garat et
Lais, les chau tears effdminds du Directoire et les promoteurs de ce genre crMe que
les muscadins adopl6rent, par reaction conlro la brutality soi-dlsant grecque et ro-
maine des jacobins et des sans-culottes. Plus de sensuality ^16ganle que de verve et
de culture littdraire, plus d'appetits que de naturalisme et d'esth^tique, tel est ici
surtout le temperament de rhomme de comptoir, qui ne voit dans le spectacle qu'un
objet de deiassement et de plaisir. De la la rage des ballets, des operas comiques et
du th^lltre de Scribe.
.(2j Les Juifs, loujours nombreux a Bordeaux, y furentpou riant moins qu'alUenrs
sympathiques aux habitants. D^s le milieu du ix<: si^cle (848), nous les voyons ac-
cuses d' avoir livr6 la ville aux Normands. — Normanni Burdegalam Aquilanise, Ju-
daeis tradentibus captam depopulatamque incendunt. — De gest. Norm., dans la
Coll. de Duchesne.— v. aussi la Chron. Bordeloise^ et Dom Devienne, passim.
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— 289 —
time a rabattre. En vingt minutes le lour est fait : Facheteur em-
paume sort ravi de tant de poiitesse et de franchise. L'on ne traite
ici qu'en grand et par masse. Si Ton gagne gros, on depense a
Tavenant; nombreux domestique, mobilier somptueux, rage de
toilettes, budget occulte et patent, villa sur le fleuve ou le bassin
d'Arcachon, ffites splendides, grasse cuisine et cave pleine, une
existence de noble marchand de Venise. Tous ces profits se bras-
sent le long du quai vertical, p^niblement 61eve sur pilotis dans ce
fond de vase et de boue, et qui maintenant permet aux navires
d'accoster a haute et basse marde. Les grues tournent sur leur
axe, le pav6 r^sonne sous les camions; sur les navires pavois^s
de toutes couleurs, les matelots chantanl en cadence descendentou
hissent les lourds colis sous Toeil defiant du douanier. Dans les rues
voisines, jusqu'au cours St-Louis qui touche aux prairies mar^ca-
geuses du Bouscat, ce ne sont que vastes entrep6ts de m6taux, de
sucres et de produits coloniaux, que chais immenses ou s'entassent
les eaux-de-vie de TArmagnac et de la Saintonge, et les vins char-
mants de la Garonne et du M6doc.
C'esi surtout aux Chartrons que vous pouvez voir en oeuvre le
double mouvement du commerce bordelais, si puissant encore
malgre I'importance toujours croissante du Hdvre, et qui touche a
TAmerique par TOcean et a TOrient par le canal de Paul Riquet,
en attendant que le percement de Suez lui ouvre les routes de
rinde et de la Chine. Par la Garonne et ses affluents remontent,
jusqulaux valines sous-pyreneennes et aux plaines du Languedoc,
les produits du Nouveau-Monde, les houilles et les fers d'Angle-
terre, les m6taux et les bois r^sineux du Nord. A leur tour des-
cendent, au gr6 du courant, les draps de la Montagne-Noire, les
huilesde la Provence, les farines de N6rac, toutes les richesses
des champs et des vignobles de la Gascogne. Entre tous les com-
merces, celui des vins tient le premier rang. Vins epais et noirs
de la pdue, vins rouges des graves des environs de Bordeaux,
vins moelleux du M6doc, vins de Saint-Emilion, de Blaye et des
Cutes-de-Bourg, vins blancs de Barsac, de Solernes et de Blan-
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— 290 —
quefort (1 ). Tous les cr6s sent inventories et classes. Heritiers de
traditions s6culaires et rompus a ieur rattier des Fenfance, le vi-
gneron et le maitre-de-chai n'ont rien a apprendre sar le choix
des c6pages, la taille, la cueillette, la fermentation et les nom-
breux soutirages. Ici le proprietaire riche en avances, 6chala8S6
ses pampres avec les jeunes tiges du pin des landes, et vend sar6-
colte log^e dans de bonnes futailles a double barre, cercI6es de fer
feuillard ou de ch4taignier de FEntre-deux-Mers.
Si gourmandes que soient FAngleterre et la Russie des r^ltes
du Medoc, vous en trouvez encore sur la place, contre de boos
6cus, et sur la table hospitaliere et fastueuse du gros negociant.
Cest que Bordeaux est surtout la ville de la gueule. AUez voir
plutdtau marche : la truffe noire du P^rigord, le saumon de la Dor-
dogne, les homards et la mar6e du bassin d'Arcachon, la crevette
et la sardine de Royan, le gibier et le cep de la lande, les volailles
de laSaintonge et de la Gascogne, les huitres de Marennes et de La
Tremblade, la boucherie delicate des pr6s sal6s, les 16gumes sa-
voureux des terres sabionneuses, les petits pois des marais de
Blanquefort, la charcuterie de Bayonne et d'Agen, les fruits ju-
teux et succulents, toute cette profusion vari^e de victuailles pousse
rhomme vers les tristesplaisirsdu ventre(2).Gourmandiseraffin6e,
bien differente des crevaiiies de la Flandre et des lippees rabelai-
siennes de la Touraine, epicureisme discret form6 d'^goisme com-
mercial, de bon sens et de septicisme p^rigourdins, de vanity
gasconne, avec une pointe de gailiardise landaise accol6e a Fespril
biblique et calculateur de la Saintonge, tel est le fonds du carac-
tere bordelais, que FAngleterre ancienne et moderne ont encore
(1) Sur I'oBnologie bordelaise, voir I'ouvrage rtcenl : Les Vins de Bordeaux, avoc
une cane, et le travail plus ancien (1828), mais toujours exact, de Pagnierrb, Clas-
sification des vins de Bordeaux.
(2) On retrouve la profusion et gourraande hospitality bordelaises jusque dans A.U-
sone;
Oslrea Bajanis certantia, quae Medulorum
Dulcibus in stagnis rcflui maris sestus opimat.
Ep. ad Theon.
Vinum cum bijugo parabo plaustro,
Primo tempore Santonos vehcndum.
Ep. ad Paul.
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marque deleur empreinte indel^bile. De Ikcette soif da luxe, des
Wtes etdes spectacles, cette fifevre de toilette, depuis la femme de
Tarmateur jusqu'a la grisette en foulard jaune, ces pique-niques
oil la gait6 se rfegle par dividende. — A Bordeaux^ chacun son
icot. — Pas un artiste, pas un poete, pas un inspire. Remontez
jusqu'aux origines, vous ne Irouverez pas mieux qu'Ausone, tem-
perament moyen, baguenaudeur sceptique et parfois obscfene, in-
g^nieux aligneur de mots, et rh6teurj usque dans son foyer. — Les
Parentaks. — Avec Montaigne, bordelais d'adoption, la morale,
sans empire sur la conduite, se fait curieuse et expectante. Plus
on cherche, et moins on trouve, tout est probable, et rien n'est
certain. L'idial de la doctrine, c'est de tout voir et de ne rien
choisir, de s'attendre a tout, d'etre bien avec tout le monde, de
vivre k la campagne, dans un petit chateau, avec une bonne bi-
bliotb^ue et deux ou trois amis lettr^s et sceptiques. La society
bourgeoise et mercantile rencontre, trois sifecles plus tard, son
expression dans Berquin, moraliste sans chaleur, dont les ^Ifeves
raides et gourm^s cachent, dans un coeur de seize ans, T^goisme
m^thodisle sous un vernis de sensiblerie allemande (1). Pour
trouver la manifestation veritable de la Gironde dans ses Wgistes et
ses orateurs, il faut marcher j usque sur le seuil de Fepoque con-
temporaine, en jetant un coup d'ceil rapide sur les faits g^n^ra-
teurs qui s'agitent dans le crepuscule du pass6.
Bordeaux, d'abord station phenicienne {Burg di Kdy ville du
port), sur un territoire iberien (2) devenu gaulois, accepte sans
(1) Suitout dans Strafford et Merton, el le Petit Grandisson. On sail que VAmi
des Enfants n'est qu'une imitation de Weisse. dont le recueii bebdomadaire ^tait
d^ja populaire en Ailemagne vers le milieu du sidcle dernier.
i2 Bituriges, Bitur, aturj dur, eau, riirage, riges, mallres, possesseurs. La de-
nomination euscarienne de ce pays survccut a I'arrivde des Galls qui I'occup^rent en-
ti^rement, ainsi que quelques autres points du territoire aquitain, par exemple la
panic du territoire nitiobrige qui correspond k peu pr6s a I'ancien Gondomois. —
Movov yoLO ori to twv psrouptyiov tovtojv e&vot sv xoit Azoueravottj aXXovXov
i^purai, xfltt ov uvvTS/et a-jTotT, Strab. lib. IV. — Cette difference de race, ex-
ploit^e par la politique romaine, explique la qoalite d'amis du peuple romain con-
feree aux rois nitiobrlgcs qui fournirent passage a P. Crassus, et la soumission vu-
loDtaire des Bituriges-Vivisques. Sur I'etym. iberienne des Bituriges, V. I'admirable
livre de M. W. de Humboldt, malheureusemont intraduit : Prufung der unter'
shungen uber die urbewohner Hispanienst vermittest der Waskischen spracke*
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sans resistance la dominatiop romaine. De grands palais, des am-
phiih^&tres s'elevent; un r6seaa d'aqueducs assainit le sol humide
et mar6c;ageux (1). Etrangere aux insurrections nation ales repri-
m6es par Agrippa (37 av. J.-C), et par Messala (17 ap. J.-C),
la ville ne se dessine avec son caractere propre qu'a T^poque de
Tdtricus (268) (2), le chef du mouvement occidental centre la
domination deRome. Protestantisme politique, double de velleites
separatistes, voila ce que vous retrouverez desormais partout, de-
puis la camaraderie provinciate et litt^raire d'Ausone jusqu'aux
grands 6venements politiques dont le souvenir est a jamais associ6
aunom moderne de laGironde. Dfes Tepoque de Waifer et des deux
Hunald, Bordeaux devient le centre de la resistance des provinces
nord(3) de TAquitaine centre Pepin et Charlemagne. Aprfes la reu-
nion du duche de Gascogne a celui de Guienne (1070), et surlout
apres le divorce de Louis VII et d'Eldonore, la cite gagne en impor-
tance chaquejour; elle devient le port de VAngleterre dans TOuest
et dans le Midi, et regoit des Plantagenets ses premieres franchises
municipales. La ville se partage en douze quartiers. Tons les ans, la
veille de saint Jacques et de saint Christoly, chaque circonscripUon
nomme sou jurat pour la formation du conseil communal qui
s'adjoint, dans les grandes occasions, trente notables ou pro-
d'hommes. Au-dessus du corps de jurade sont le maire, le sous-
maire et le prev6t, magistrats annuels aussi qui m^nent les affai-
res et rendent la justice a deux degrfc, sauf Tappel au senechal(4).
(1) Sur les Ant. Rom. de Bordeaux (Palais-Gallien, etc.) V. les Antiq. monu-
mentaki de M. de Caumont, et sur le syst^me d'aqueducs la Statistique de Ui Gi-
ronde de Jouannkt.
(2) Tetricus senator, qui Aquitaniam honore praesidis administrans, absens a 01111-
tibus imperator electus est, et apud Rurdigalam purpuram sumpsit Eutrop. lib x.
(3) Les dues aquitains de I'^poqae carolingienne ne furent presque jamais acceptds
par la Vasconie, qui v^cut a Tordinaire sous ses chefs particuliers, et qui prolongea
la resistance contre les Franks, apres la soumission de la premiere et de la seconde
Aquitaine. Cette confusion de nationalit^s, presque toujours distinctes et souvent
ennemies, source de tant d'erreurs historiqucs, a son oiigine dans un fau\, la cbarte
d'Alaon, document fabriqud dans un int^r^t politique, accepts par la vanil6 nobi-
liaire, et dont I'autoril^, suspect^e par Furgole el ^branlee par Gu^rard, vient de
succomber d^finitivement sous la critique aigue et spirituelle de M. RABAms : Les
Mdrovingiens d' Aquitaine,
(4) Goutumes de Bordeaux et le livre des Bouillons C'est sous la domination
angiaise qu'ont ^t^ commence ou acbev^s plusieurs Edifices civils et religieux, no-
tamment la catb^drale do Saint-Andr^ (avec Saint-Georges, le saint protecleur el
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J
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Aq xit« siecle, Bordeaux semble un instant toucher au but qu'elle
ne cessera de poursuivre; elle devient le si^ge d'un 6tat semi-
distinct, la capitale de la principaute erigee par Edouard III en
faveur du prince de Galles. La voila a la tete d'une confederation
communale (1 379) oil entrent les villes de Blaye, de Libourne, de
Bourg, de St-Emilion, de St-Macaire,de Cadillac et de Rions; c'est
elle qui soutient le roi d'Angleterre au lieu d'en 6tre soutenue. A
cette ligae, les rois de France rispostent par les routiers de du
Guesclin et les aventuriers gascons du comte d'Armagnac. On
bnile et on pille de part et d'autre; c'est le paysan qui porte tout.
Aprfes la bataiUe d'Azincourt, la Guienne se relfeve par une paix
de trente-sixans; FAnglais retire ses garnisons, et s'endort si bien
dans sa confiance qu'un jour les Frangais tombent sur Bordeaux et
s'en emparent. Des ce moment, la capitale de la Gjiienne se trouve
plus que jamais engag^e dans cette voie de resistance plus ou
moins directe a Tautorite centrale que je retrouve a toutes les ^po-
ques de son histoire, et qui constitue le fonds de son originality.
Reprise par Talbot pour le compte des Anglais (1452), elle re-
tombe bientfit sous la main des rois de France, et paie sa defection
de la privation prolong^e de ses privileges. Sous Henri II, laville
s'insurge pour une question de gabelles, le gouvemeur Moneins
est massacre. Les represailles suivent de pres. Le connetable de
Montmorency (1), ce grand rabroueur depersonnes, arrive escorte
de soldats et de bourreaux, et entre par la breche comme dans
une viUe prise d'assaut. Bordeaux perd ses franchises encore une
fois. Partout le hart, la roue, le couperet et le bucher; il faut que
les habitants creusent le sol avec leurs ongles pour deterrer le
corps de Moneins (2). Un jeune homme a Tdme spartiate et repu-
blicaine vit tout cela, et il ecrivit le discours de la Servitude vo-
lontaire. — Ainsi le tyran asservit ses subiects les uns par le
pref^re des Anglo-Normands), termin^e vers la fin du xiiK siecle. Dans les ^glises
anglo-normandes, le clocher est quelquefois s^par^ de T^glise, comme a Bordeaux
iestoors de Saint-Michel et de Pey-Berland.
(1) II etait parent do Moneins. Hist, de France^ d'ANouExa, al'ann^e 1518.
(2) Thoan. Hist,, lib. v, cap. 13, et ia Chronique Bourdelaise,
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moyen des autres, et est garde par ceux desquels, s*ils valoient
rien, il se devrait garder (1).
Bordeaux releve la tete pendant les troubles de la minorite de
Louis XIV. La ville a sa grande Fronde compos^e de nobles, de
raagislrats et de notables, et sa petite formee de minces bourgeois
et Partisans (2), avec le prince de Conti pour chef ostensible, mais
en r^alit6 dans les mains d'un conseil de meneurs, Villars, Phi-
lippe, Gay, Trancars et Bkru, domines par un ancien boucher,
Qomme DuretSte, qui s'^tait fait solliciteur de proces, parlait haut
aux plus grands, et disait a Conti : Allons, Monsieur, montez a
cheval. Get esprit frondeur ne perit pas avec Mazarin; il persiste
sous Louis XIV, et, contre la ville suspecte, le roi ordonne a
Vauban de relever le Chdteau-Trompette (1660).
Vers le milieji du xviip siecle, un physiocrate de T^cole de
Quesnay et de I'abb^ Beaudeau, un homme plus pratique et aussi
bien tremp6 que Turgot, Tintendant de Toumy, vient inaprimer
une heureuse et remarquable impulsion a Tactivite locale. Voila
les gros marchands saisis tout k coup de la rage de la truelle :
c'est comme une 6pid6mie. La ville nouvelle s'^lfeve avec une ra-
pidite prodigieuse, les boulevards, la place Dauphine, la Porte
St-Germain, le Chapeau-Rouge (1743), la fagade uniforme et la
Porte de la Monnaie (1 754), tous ces quartiers d'il y a cent ans qui
se prolongent dans les modernes et confortables h6tels du Cours da
XXX Juillet et des Chartrons, b4tis avec cette pierre tendre de
FEntre-deux-Mers qui durcit k Tair.
Mais c'est a la Revolution que la Guienne trouve surtout Tex-
pression falale et contradictoire de son g6nie. Ivresse d'un mo-
(1) LaBoetie, ^dit. L. Peug^re. — La servitude volontaire... escrit... a I'bonoear
de la liberie contre les tyrans. II court pieca es maius des gens d'entendement, non
sans £rande el merite recommandation. Montaigne, Ess. i, 27.
(2) La petite fronde se nommait aussi VOrmSe a cause d'une plate-forme plants
d'ormes entre Ste-Eulalie et le fort du H4, oil les affiii^s se reunissaient. V0rm6e se
composait de 500 personnes avec conseil des notables et une chambre d'exclusion
charg^e d'expulser ceux qui refusaient de se soumettre aux statuts. Le scoau de la
petite fronde ^(ait un ormeau gard^ par un serpent entourd de coeurs enflamm^s avec
I'exergue : Vox populi, vox Dei. (V. les YatiiUs Bordelaises de I'abbd Baurbih ^t
Dom Devienne.
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ment, corame les fum6es des vins du Medoc, Eloquence brillante
et artificiellement passionnee, dont Vergniaud sera toujours Tinimi-
tablemodele, exuberance de sentiment et d^faut radical d'esprit de
suite et de volonl^, tels furent ces Girondins, melange d'atticisme,
de faiblesse et de chevalerie^ qui d^sert^rent la lutte par d^gofit,
et ne surent que mourir. Pour un homme de mon pays, je ne sais
pas dans Fhistoire de plus haute et de plus sombre trag6die que
ce duel k mort entre Fimpuissance savante, le scepticisme 616-
gant et honn^te de la Gironde et le temperament picard per-
sonnifie dans Faudace sanguine de Danton et la cruaute bilieuse
de Tavocat d'Arras. II faut que le destin soit ob^i, il faut que la
Guienne se renie jusque dans son coeur, il faut qu'elle reste maette
devant les massacres de septembre, il faut qu'avec la conscience
de sa propre iniquity, elle prononce, par la bouche de Vergniaud,
Farrfit de mort de Louis XVI qu'un autre Bordelais defendit du
moins, en nlUustrant que son courage. Puis viennent les remords
tardifs, les adresses menagantes port^es par Guadet jusqu'a la tri-
bune de la Convention, le fed^ralisme, les proscriptions et les
6chafauds. Deux fois Bordeaux chasse les commissaires de la Mon-
tague; il faut prendre la ville par la famine. On coupe en aval le
commerce de la Gironde et de la Dordogne pendant que Farmee
de Brune, form6e de deux mille pay sans et des brigands d mous-
taches, campee devant La R^ole, bar re le cours de la Garonne aux
barques du Haut-Pays. Le blocus pouvait durer longtemps si le
maire Saige, pour ^viter Fefifusion du sang, n'efit dissous le club
des Jeunes gens et livr6 la ville a la section Franklin qui ouvrit
les portes aux montagnards. Ce que Bordeaux vit alors, nos gene-
rations contemporaines, emportees par la brMante veiocite du
present, en out deja perdu la m^moire. II me faut chercher dans
des histoires presque oubli^es^ dans mes souvenirs de coUegien,
alors qu'un vieux Girondin, echappe par miracle a la guillotine,
traque par les sans-culottes dans les pinadas de la lande et les
bourgades de la Gascogne, evoquait devant moi le fant6me
sanglant de sa patrie humiliee. Par lui j'ai vu Fint^gre Saige
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et les derniers amis de Vergniaad train6s a Fechafaad de la
place Dauphine, j'ai vu la guerre au n^gociantisme et a laristo-
cratie mercantile. J'ai vu Tapoth^ose de Marat, j'ai va Lacorabe,
un ex-maitre d'6cole, im repris de justice, dictant ses arrets de
mort du haut de son tribunal; j'ai vu le nom dela Gironde aboli(l),
j'ai vu Peyren-d'Herval, le moine renegat, Tespion de la Conven-
tion, dont le seul nom fit avorter d'horreur une femme enceinte. J'ai
vu,souille du sang de Potion, qu'il avait appele son pere, ce Tallien
dont la cruaut6 ne fl6chit que par la luxure, -^ Mme de Fontenay
qui ler6pudia en 1804 — Tallien, Fapologiste de Quiberon, quine
frappa Robespierre que pour sauver sa propre tete, et qui finit
dans Texil nourri des aumfines de ses ennemis (2).
Bordeaux, jetee surtout par opposition dans le parti royalisle,
releve la t6te aprfes le 9 thermidor. Le club des Jeunes gens et
YInstitiU (3), organises et dirig^s par des duellistes intrepides,
donnent la main aux Compagnies du Sokily si nombreuses dans
le Midi. Sous Tempire, commerce nul, quelques corsaires. L'lnsti-
tut surveill6 se retranche dans une guerre de combats singuliers
et d'^pigrammes (4). En 1814, la ville, qui pendant tout le regne
de Napoleon avait caress^ Tid^e de devenir un port franc, arbore
la premiere le drapeau blanc. Le maire Lynch et surtout Flnstitut
la livrent aux Anglais; le g6n6ral Decaen reste neutre (5). Lors
du d^barquement de Cannes, Bordeaux tente de resistor. Des ba-
taillons de volontaires royaux s'organisent; Laine, Romain Deseze,
(1) Le nom du ddparlement ful remplac^ par celui du Bec-d'Ambex.
(2) Lorsque Tallien mourut k Barcelonne, en 1820, les journaux du temps impri-
m6rent qu'il recevail des secours d'wne auguste munificence. Ce fait, que je sache,
n'a pas ^te dementi.
(3) VInstitut a fourni a la Restauration plus d'un ministre dont la notoridtd ne
remonte pas plus haut que la chute de Robespierre.
(4) Quand Napoleon vint ix Bordeaux, on fit jouer au thd^tre Euphrosine ou le
Tyran corrigi.
(5) Uy a 4 Bordeaux un parti considerable en favour de la malson de Bourbon.
Corresp. diplom. etmilit. de Wellington, Londres, 1832. — Le 12 mars..., a peu de
distance de la ville, je trouvai le mairo el les autres aut^rit^s civiles. Le maire lut no
petit discours... ou il disail que les Bordelais voyaieni notre arriv^e avec une vive
satisfaction... II avait I'^charpe (ricolore et la l^gion-d'honneur... Sa harangue fat
plusieurs fois interrompue par les cris : A bas les Aigles ! vivent les Bourbons! —
Rapport du marichal Beresford au due de Wellington.
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Marlignac (1), le colonel de Pontac et le general Decaen, faible-
ment appuyes par la majorite de la garde nationale, cherchent
vainement a disputer la ville au raarechal Clausel qui s'en empare
sans coup f6rir.
Je ne sais si j'ai r^ussi a caract^riser la permanence du carac-
tere bordelaisqui, depuis les graramairiens et les panegyrisles du
Tv« siecle, a toujours reve Taction et s'est arr6t6 a la rh6lorique
et a la faconde. Faut-il encore en chercher les preuves dans
Lam6, Torateur chaleureux et parfois emphatique, le ministre
royalisle et liberal, sceptique et d^vou^, dont la foi politique lient
tout entifere dans ces quatre mots pleins de tristesse et d'amer-
tome : les rois s'en vont. Parlerai-je de Decazes et de Martignac,
bordelais d'adoption, gens habiles, honn^tes, hommes de nuance
et de transition, dont la vie r6fl6chit aussi, sous les proportions
reduites d'une 6poque plus pacifique, Fesprit et le temperament
des vieux Girondins ?
Mais qu'est-ce done que cette galerie de bustes de famille
au prix de la haute et royale statue de Montesquieu? Si Bor.
deaux Ta fait sien, je le revendique au nom de TAquilaine
tout entiere comme Texpression la plus puissante et la plus com-
plete de mon pays. Parti de bordelais, de landais et de gascon(2),
6tez-lui son genie, reste un gentilhomme devenu robin, et fa^onn^
(1) Voir la Relation de Marlignac sur les 6v6nemenl3 de 1815. — A cet apercu ra-
pide de I'hisloire de Bordeaux, el comme preuve de la persistance du sentiment Ud6-
raliste, on pent invoquer encore plus d'un fait contemporaio. Apr^s 1848, la resis-
tance de la province, arrdt^e dans le congr^s des journalistes de province r^unis k
Tours, eut pour organe principal le Courrier de la Gironde, oil M. E. Crugy plalda
centre Paris la cause des d^partemenls avec une Constance et une verve dont le sou-
venir dure encore. Sous cette guerre de presse se cachaient de plus s^rieux projets
qui ne loraberent que devant T election du 10 dtJuembre, el qui occup^rent sirieu-
sement I'atlention du general Cavaignac. Un temoin honorable, et dont je pourrais me
r^clamer au besoin, m'a cerlifi6 6treall6 lui-mdme en P^iigord proposer k un mard-
chal, fort en credit sous la monarchie de Juillet, de prendre la t^te du mouvement,
et en avoir regu des assurances formelies. G'est aussi du fameux diseours de Bor-
deaux que date le grand mouvement provincial qui mit I'empire u la place de la prd-
sidence decennale. Encore un mot. J'espere n'avoir pas i revenir souvent sur les
ev6nements contemporains. Si je m'y trouve force, je n'y veux chercher el voir, en
dehors d'une arri6re-pens^e quelconque de politique militante, que la continuitd et
I'identite de manifestation du gdnie local d^j4 r^y^U par des fails anciens et acquis
inconleslablemtnt a I'histoire.
(2) La Brede marque a peu pr^s les limiles du Bordelais, de la Lande et de la
grande Gascogne. Ne pas oublier qu'une partie de la jeunesse de Montesquieu se
paasa dans la Gascogne propre, a I'abbaye de Simorre en Astarac.
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par la society elegante et curieuse du xviir sifecle. Tous les ins-
tincts, tons les app^tits, toutes les incertitudes, toute la circons-
pection progressive et savante de notre race, je les retrouve en
lui, vivifiees par une raison sup6rieure et par une Erudition pro-
digieuse, parfois amoindries dans leur forme par les habitudes et
les exigences d'une socidte qui 6moussait tous les angles. 11 a
pay6 tribut, dans le Temple de Guide, autant a la gaillardise Ian-
daise qu'a la corruption morale de son temps. Dans les Lettres
Persanes, c'est le bon sens railleur et Tironie incisive de la
Gascogne, accol^s au paradoxe et a Fesprit surabondant d'un
sifecle de decadence. Ou Montesquieu parait tout enlier, c'est dans
ses oeuvres politiques. Ce n'est ni comme Machiavel, un dimons-
trateur implacable, marchant droit au but sans souci de la mo-
rale, ni comme Platon, Campanella, Morus et Bodin, un refor-
mateur id^liste qui r6gle d priori les conditions d'une Soci^td.
Le fait ne lui suffit pas, mais il ne croit gufere au droit absolu, a
ce droit 6goiste et brutal, monarchique avec les Du Puy et les
Marca, aristocratique et f^odal avec le comte de Boulainvilliers,
et qui va bientdt trouver dans le Contrat Social et dans Mably sa
forme r^publicaine et communiste. Avec lui tout est possible, tous
les moyens se valent, et, de toutes les formes de gouvernement, il
ne repousse que la tyrannie. Cest un m^canicien qui prevoit, plut6t
qu'il ne regie, les combinaisons et le jeu des forces sociales, d'aprfes
les revelations de I'histoire etles inspirations de son g6nie. Frondeor
danssa jeunesse, il devient, comme tant d'autres, conservateur par
experience et par raison; il finit par se decider en pratique pour
les temperaments et les moyens termes. De toutes les forces
vivos de la society. Tabus de I'etude et de la comparaison, encore
plus que rincredulite de son temps, lui ont cache la plus en^-
gique et la plus puissante, le sentiment religieux, dans lequel
Tauteur de I'Esprit des Lois n'a gufere vu qu'un moyen de gou-
vernement. Republicain dans les Troglodytes, absolutiste dans
Arsace et Ismenie, le spectacle des grandeurs et de la decadence
des empires ont eieve par degres son ame jusqu'k cette ataraxie di-
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l
I
— 299 —
vine qui fait les grands historiens et les grands juges. Contempteur
des ambitions vulgaires et des volontds mesquines, — le dialogue
de Syila el d'Eucrate, — il promfene partout, dans son indifference
snblime, son regard vaste et pergant, tout charge da Tamertume
dedaigneuse et de Fironie hautaine de Tacite, comme ces grands
oiseaux de mer qui planent dans Fazur ^ternel au-dessus des
tempStes et des orages.
Adieu Bordeaux, il faut maintenant descendre le cours du
fleuYe jusqu'a Royan. Les ddmes etles fleches aigues s'abaissent a
Thorizon, le bateau file rapidement entre les rives basses et loin-
taines bord^es, comme au temps d'Ausone, de saules bleu4lres et
de pampres verts (1).Sur les eaux largeset profondes que le moin-
dre souffle soulfeve, na vires blancs et noirs, barques bretonnes aux
voiles rouges, steamers couronnes d'un long panache de fum6e,
gpelettes aux mdts crdnement inclines en arri^re, se dressent au
sommet des vagues, comme des hirondelles marines few/ hlanc)^
pour s'abimer et reparaitre tour a tour. Quand ils passent tout
pres de nous dans leur course oblique, j'eutends le sifflet aigu du
contre-maitre, je vois le pilote assis k la barre, etles matelots en
vareuses rouges et bleues qui regardent la terre dans Fattitude
du cootentement et de la s6curit6. Parmi la brume lumineuse et
transparente qui baigne toutle paysage, les peupliers estompent
leur silhouette svelte et gracieuse; c^ ^t la le pin maritime dresse
sat6te d'un vert sombre sur Tazur argentin du ciel. A la hauteur
de Blanquefort ou de Ludon, c'est d^ja le Bas-M6doc, une petite
HoUande coupee de jaUes et de chenals. Les longues treilles ou
les ceps 6chalass6s plantes tant plein que vide (2), couronnent le
sommet des talus dont les pentes insensibles se couvrent d'arbres
fruitiers, d*artichauds et de legumes de toute espece.Dans les prai-
ries humides et basses, les vaches laitieres du M6doc tach^es de
blanc et de noir, aux comes aigues et courtes, ruminent paisi-
(1) Sic mea flaventem pingunt vineta Garomnam.
AusoN. In MoseL
(2) Sans intervalle saffisant pour le passage de la cbarrne. Ces vignes se travail-
lent a la bdcbe.
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— 300 -
blemenl a Tombre des saules, sous la garde d'un enfant. Souvent
aussi Therbage se fait marais. C'est dans ces fonds de fange el de
tourbe que la sangsue s'enfonce des raatomne, pour ne sortir
qu'au printemps sucer a blanc les maigres chevaux qui paissenl
tristement sur la terre ferme en attendant T^quarrisseur, ou filer
leurs cocons soyeux parmi les plantes aquatiques (1). Trois ans
apres T^closion, ces animaux gorges de sang ont atteint la gran-
deur Youlue bien avant le terme ordinaire. On les pfiche alors par
millierspour les mettre dans d'autres bassins, ouilsjefinent sept a
buit mois en attendant le bocal du pharmacien.
Suivons toujours notre route en regardant vers Macau, Labard,
Cantenac ou Margaux, la terre de ces grands vins que i'Anglais
achate au poids de For. Ici pour les riches families maitresses des
vignobles fameux et des chdteaux renonun^s, la vie est une f^te
de tous les jours; splendides villas, table orgueiUeusement hospi-
talifere, cavalcades, bals et promenades en boat jusqu'a J'embou-
chure de la Gironde. Le vigneron fait comme ses maitres. Tout ce
qu'il gagne il le d6pense sans souci de maladie ni de vieillesse.
Vous ne trouvez d6ja plus ici les grandes coiflfes, les jupons de
serge rouge et de droguet bleu d'Aiguillon ou de Marmande. Le
paysan se met en artisan et sa femme marche en grisette. On
court de trois lieues a la ronde danser aux f^tes patronales. Cha-
que village asa bastringue: je neconnais guere que le boucher et
r^picierqui fassent fortune. De toulecette gait6 sensuelle et mer-
cantile, il n'est pourtant jamais rien sorti, je ne dis pas de grand,
maisde vivant et de gracieux. Point d*art ni d'originalit6, pas
de poesie populaire dans ce patois qui disparait chaque jour au
contact incessant de notre langage raoderne.
Le spectacle d'un pareil bonheur n'a rien qui m'enchaine.
L'homme vaut moins que le paysage; j'aime mieux regardervers
le fleuve tach^ d'iles verdoyantes, lorsque, grosside la Dordogne,
(I) C'est h un paysan noramd Bechadequo Ic M^doc est redevabic de Tc^lablisse-
menl des premiers marais a sangsues. Cetle branche d'induslrie, uulle il y a vinf(
ans, est aujourd'hui pour Ic pays uuc source considerable de rcvcnus.
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il s'^chappe entre la zone vineuse de I'ancien comte de Bordeaux
et les collines de Bourg. Voici Blaye et le fort Medoc, la cl6 de la
Saintonge el de FAquilaine (1 ). A gauche c'est Pauillac {Paxdiacum)
TaDtique villa de Paulin. La Gironde devient une mer, la rive
gasconne s'abaisse et se rase au niveau du flot. Vers le nord-ouest
s'^chappent les pauvres collines de la Saintonge, et j'aperoois deja
sur la plage les blanches maisons de Royan.
Je ne veux que mettre le pied dans cette ville de baigneurs,
dont Thistoire n'a rien a voir avec celle de mon pays, el qui vit
en satellite de La Rochelle, la rivale protestante de Bordeaux, jus-
qu'a la venue de Louis XIII et de Richelieu, en attendant qu'entre
le port huguenot et le port raarchand Louis XIV marque la place
de Rocheforl, le port du roi. Partons, le chasse-mar^e largue
d^ja sa double voile triangulaire et bondit sur la mer hou-
leuse, ou se jouent les nombreux troupeaux de marsouins qui
plongent et montrent tour a tour leurs museaux noirdtres. Le
goeland, voyageur 6ternel, passe au-dessus de nos tdtes, oiseau
triste et indifferent comme les vagues grises de TOc^an qui le nour-
rit. Sa patrie, c'est partout ou souffle le vent; proie vivante ou
charogne lui sent loutun. Port^ sur son aile rapide, il quitte les
falaises de la Normandie et les greves de la Bretagne pour les
sables de laGascogne; aujourd'hui en Espagne, demain enAm^-
rique. Regardez adroite. Parmi les lagunes et les crassats sous-
marins que la mer entasse chaque jour a I'embouchure de la Gi-
ronde, vous voyez surgir un rocher doming par un phare, dont la
flamme intermittente s'allume pendant la nuit, et marque aux navi-
gateurs les passes et les bas-fonds dangereux. C'est Cordouan,
autrefois prison d'Etat batie par Henri IV au milieu des flots,
maintenant extreme limite des pilotes lamaneurs, qui s*61ancent
sur leur chaloupe au-devant de tout navire entrant en riviere, et
(1) Blaye Ta loujours dl(5. — Praefeclus militum Carronensium Blabia. Natit,
imp,
Aut iteratarum qua glarea trita viaram
Fert mililarem ad Blaviam.
AusoN., Ep. 10.
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— 302 —
detrdnent le capitaine jusqu'a Tarriv^e dans le port. Nous tou-
chons a la Poiole-de-Grave, couronn6e par un petit fort; meltons
pied a terre et marchons tout droit au midi. Voici Le VerdoD,
poste de douaniers, bonne rade, ou les vaisseaux partis de Bor-
deaux attendent souvent un yent favorable. Plus loin, parmi les
marais salants, c'est Soulac, dont Teglise antique, jadis v6ner^
des marins et maintenant envahie par les sables, sort encore
de point de repere aux navigateurs (1). Par.dela cette longoe
chaine des collines du Bordelais que nous laissons au levant,
nous Irouverions Saint-Vivien, village au milieu des palus, et
plds bas Lesparre, gros bourg de mille dmes, autrefois capitale
du M6doc que nous venous de quitter. Devant vous, la rase
lande s'allonge a perte devue : vaste desert de bruyfere, tachede
sables jaunes et st^riles, et de rares oasis ou veg^tent, comme ils
peuvent, quelques carr6s de 16gumes, d'avoine, de seigle et de
mais. Avec les pluies de Thiver, ces plaines immenses, ou Fim-
pen^trable alios n'est qu'a six pouces du sol, se couvrent de ma-
r6cages ; les eaux se ruent du versant occidental du M^doc et des
plateaux des grandes landes vers les grands etangs bleuitres qui
s'allongent au pied des dunes. Triste saison, ou le parent (2) se
barricade avec ses bStes dans sa maison basse et bumide, et se
cbauffe a son feu de tourbe (3), tandis que la lande blanchit au
loin sous la neige, et que le marais durcit sous Thaleine glaciale du
vent marin. Aux premiers beaux jours, le voili qui lie ses petites
vaches maigres et se fait roulier. Vous le rencontrez marchant,
I'aiguillon sur T^paule, devant sa charrette charg6e de bois ou de
minerai de fer. Parfois, il s'arrSte pour manger un peu de pain
(1) DoRGAN, de Ste-Bazeillo, Hist, des Landes.
(2) On appelle ainsi le paysan des Landes do Bordeaux. Les autres (ribus landai*
ses sont les Couziots (Cocosates) a Touest de Bazas; les Borgesj habitants du Born;
les Mauresins ou Marensim de la cdte de Gascogne, et les lanusquets ou Lande-
scots des Crandes-Landes. V. Jouannet, Stat, de la Gironde, el VHist. des
Landes, par Dorgan.
(3) « Les principalis tourbi^res sont situ^es dans les communes de St-Paul-les-Dai,
M^cs, Riviere, Saubusse, Gastet, Lit, Ponteux, Farentis-en-Born et Ychoux. Bans
les quatre premieres localit^s, la tourbe sert au chaoffage de la classe peu aisde. >
Dorgan.
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— 303 —
noir et massif de mai's ou de seigle et une sardine de la Galice.
Les b^tes ont aussi leur tour. II ieor plonge dans la gorge des
morceaux de tourteaux de lin et des pelotes de tiges s^ches de
panis, et les envoie quSter leur vie k travers les bruyferes, pendant
qu'il dort une heure ou deux sur la terre nue avantde reprendre
sa route. Si triste que soit ce metier, cela vaut mieux pourtant
que de ne rien faire. Les bergers sont partis k la conduite de leurs
troupeaux ; la besogne ne donne gufere jusqu'k la coupe des sei-
gles. x\utant vaut pour le metayer courir les chemins avec le b^tail
d'autrui, et grapiller quelques 6cus dont son maitre ne verra pas
la couleur.
Voici r^te. Le soleil darde ses rayons brftlants sur ce vaste
Ocean de sables sans arbres et sans verdure. Les marais sont
deja sees, Fair tremble au loin sur Fardente et silencieuse cam-
pagne. Dans ces mornes solitudes, un immense ennui s'abat
sur votre 4me. Vous marchez des heures entieres sans voir
fumer une cabane, cherchant de Toeil quelques bouquets de pins
rabougris, ou quelque chSne solitaire et difforme dont T^trange
silhouette se d^coupe a ITiorizon. Parfois, se dressent aussi sur
leurs pattes gr6les, des espfeces de grants bizarres qui s'avancent
a longues enjamb6es parmi les ajoncs ^pineux et les flaques d'eau
croupissante, et cbassent devanteux leurs troupeaux debrebis Cli-
ques. Ce sont les bergers de la lande dans leur froc de peaux de
mouton. lis marcbent le tricot a la main ou la quenouiUe de
laine au c6te, perches sur des echasses fxcanquesj de six pieds,
et s'arrStant par intervalles, camp6s sur leurs longs b&tons, pour
compter leurs b^tes ou siffler leurs chiens.
Maintenant regardez a Fouest, au pied de cette longue chaine
de dunes qui se prolonge sur une largeur de deux lieues, depuis
la Pointe de Grave jusqu'a Fembouchure de FAdoqr (1). Ici s'ar-
r6tent, barrees dans leur course vers la mer, les eaux de la haute
(1) € Lapartiela plus haute de la chatne occupe a peu^pres ie milieu sur une
distance de 50 kiloindtres environ, ct r^pond aux latitudes de Mont-de-Marsan et de
(Japtieux. > Tuorb. Promenades sur le golfe de Gascogne,
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- 304 —
lande qui s'accumulent en quantit6s 6normes, et formeat ces vas-
tes 6tangs, la plupart relics entr'eux par des fosses et des ca-
naux (crastes). C'est d'abord F^tang de Hourtins et de Careans,
vaste nappe d'eau de quinze kilometres de longueur, qui s'6tend,
sur une superficie de trois mille six cents hectares, entre les dunes
de la mer (1 )et les fondrieres et les marais converts de roseaux de
la rive orientale. Hour tin decharge ses eaux dans T^tang de Laca-
nau, dont il n'est s6par6 que par six kilometres de pinadas^ et qui
diverse lui-mftme le trop-plein de ses eaux par les petits 6tangs
du Porge, dans le bassin d'Arcachon. Par dela ce bassin, les
6tangs recommencent, Cazaux, Biscarosse, Aureilhan, StJulien,
Leon, Soustons, Tosse, Orx, et dans les dunes, Moisan (2), Le
Boucau, et les flaques marecageuses qui marquent Tancien lit de
VAdour. Le barbeau, la tanche, le brocbet, Fanguille surtout,
qu'on p^che en quantity enormes et qu'on sale comme la sardioe,
fr6tillent parmi les eaux que le martin-p6cheur va rasant de ses
ailes bleues. Des bandes de canards sauvages et de sarcelles (3)
se Ifevent au bruit des rames et vont se perdre dans les vapeurs
qui tremblent au-dessus des lacs. Sur la rive molle et fangeuse,
la tortue chasse aux limaces, le heron immobile, le cou rephe,
la tete en arriere, guette au passage le fretin, ou la grenouille
qui coasse dans les grands nenuphars blancs et les herbes aqua-
tiques. Des bandes de vanneaux foUtres tourbillonnent en criaot
au-dessus des prairies humides, ou les petits chevaux des Landes,
aux jambes seches et nerveuses, galopent en liberty (4). Mais le
(1) « Un chenal I'unissait autrefois a la mer, et c'est par la, dil-on, que s'expor-
taient les r^ines du pays. On ajoute mdme qu'a I'^poque de I'invasion des sables,
quelques barques hollandaises, surprises dans le chenal, ne purent en sorlir et fa-
rent d^pec(^.es. Dohgan. »
(2) Son nom lui vient du capitaine Moisan qui, prdvenu par les n^gocianls bayon
nais que i'Adour, k la suite d'un grand mouvement de sables, avail repris son ancien
cours, n'ecouta pas les conseils qu'on lui donnait du gagner la haute mer et laissa
dchouer son navire V. Thorb. Promenades sur le golfe de Gascogne.
(3) Ces oiseaux sont, Tbiver surtout, I'objct d'un commerce considerable sar le
marcbe de Bordeaux.
(4) II est ^lonnani qu'on ne se soit pas plus occupy de ram^Horation de la race
des cbcvaux, si estim6e, mais qui a presquc totalement disparu. On ne songe m^me
pas a arrfiter cette degradation. De tres jeunes poulains et des ^talons vicieux soot
abandonncs avcc les juments dans les p^turages communs. Dorgan. — Pouriantsi
nos p6res recueillirent quelquefois bonneiir ct profit, le mdrite enreviontpour leur part
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— 305 —
jour baisse deji, rortolan jelte au vent du soir ses notes m61an-
coliques; la b6casse, amie du cr6puscule, quitte les taillis de
jeunes chines et va picorer le long des ruisseaux k deux pas des
filets du braconnier. Cest Theure ou le chevreuil d^busque du
bois voisin, ou la laie, suivie de ses marcassins, grogne dans les
champs de mais et sous les arbousiers aux fruits rouges, ou le
loup sort des fourr^s et r6de autour des troupeaux qui dorment
sous la garde des chiens. Dans les forges dont le feu brille la-bas,
conarae une 6toile 6carlate, sur Fhorizon peureux de la nuit, Ton
n'entend plus les coups sourds et r^guliers du martinet et du
bocambre. Ilfaut coucher dans quelque village de p^cheurs, An-
demos, Audenge ou Lanton, et dormir au bruit du vent de la
mer, berce par la plainte monotone des vagues de la baie d'Ar-
cachoD.
Voici le jour. La brise de FOc^an m^le ses parfums salins i
I'odeur 4pre et resineuse des pinadas. Les pScheurs sont dejJi sur
leurs chaloupes. Ceux-ci cinglent vers la haute mer et rapporteront
les sardines, les merlus, les mules et les turbots; ceux-ci restent
dans le golfe a draguer avec de longs rateaux les petites huitres
gravettesy ou ramenent dans leurs longues seines les soles et les
rougets. Vie terrible et aleatoire, ouceshommes, quand ils endos-
sent leur d^lmatique de lalne brune et coififent leur berret contre
les brouillards du matin, ne savent pas s'ils reverront le scir, dans
leurs cabanes d'algues marines, leurs femmes et leurs enfants, dont
ils vonl parfois chercher le pain a dix lieues au large, uneplanche
a ces sobres et infatigables b#tos qui port^renl les aventuriers gascons dans les pro-
vinces du nord, en Alieroagne, en Pologne, on Espagne et en Italie. Dopuis les ban-
des pillardcs qui suivirent les d'Armagnacs a Paris, jusqu'aux cadets de I'^poque
d'Henri IV, les Gascons, avec leurs agiles montures dont le choc terrible, les
voltes rapides et la subito retraile frappait de stupeur les hommes du Nord
perches sur leurs hauts destriers, cette audace gaillarde el sens^e de Thomme el de
Tanimal firenl la force de toutes les cavaleries 16g6res du moyen-4ge. — Vasconia et
Arvernia potentes ei transmittebant, vel adducebant equos, qui nominibus propriis
vulgo sunt nobililati, feroces el in orbem agi doclos. De Gest. Guillem. R. Angler.—
Et en outre estaienl venus au mandement du due d'Orl^ans en cette armee grand'
quantity de Lombards el Gascons, Icsquels avoient leurs cbevaux terribles et ac-
coostumez de virer en courant; que ce point n'avoient accoustuai6 les Francois,
Picars, Flamans, Brabangons de voir, et pour ce leur sembloit estre grande mer-
Veillo. MONSTRELET, cU. 61.
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— 306 —
SOUS les pieds. Partons avec les prehears, et prenons terre au
cap Ferret. Ces croupes arroodies, tant6t couvertes de pios,
tant6t jaunes et st^riles, que ie voyageur laisse a droite, du
M6doc a la c6le du Mimizan, ce sont les dunes. Tout le sable que
la mer a vomi depuis qu'elle s'est retiree de rimmeuse plateau
triangulaire qui s*6tend entre les collioes du Bazadais, de TArma-
gnac el de I'Adour (1), vous Favez la devant vous, qui s'allonge du
nord au sud en vastes plateaux ou en Eminences solitaires. Souvent
aussi ce sont de nombrenx troupeaux de collines s6par^es par des
vallons 6troits (letes)^ ou les infiltrations marines s'accumulent, en
flaquesdangereuses, sousune mince couche de sable qui se derobe
sous les pieds du voyageur. Montez sur la plus haute cime, cou-
chez-vous a Fombre d'un pin, laissant errer vos regards tant6t sur
la rase lande et sur les hauteurs steriles, tant6t sur les vagues
vertes et sombres de TOc^an atlantique. Parmi ces etranges soli-
tudes, oil Ton n'entend que le trottinement du lapin, la plainte du
courlieu et le bennissement du cheval sauvage qui broute au fond
(1) La retraite des eaux da plateau des landes, post^riourement a la formation
da continent europ^en, est maintenant un fait acquis a la g^ologio, grice aox obser-
vations do There et de Bory de Saint- Vincent verifianl en cela la throne de Patrin
et les remarqaes de Palasson sur I'extension des. continents du c6td de I'ouest.
Dans le Gavarret etdans les landes, les signes de Toccupation g^n^rale des mers sont
a peu pres les m^mes que partout ailleurs, roais il en est aussi de sp^ciaux qui t^
nioignent du s^jour prolong^ de TOc^an a une ^poque relativement plus r^nte.
Exomple, les eaux saumMres des ^tangs, comme ceux de Gabarret et de PinMres,
les nombreusesfontainesjaiilissantes qui subissent, a des distances dnormes. Taction
du flux et du reflux : indices certains de communications anciennement ^tablies et
conserv^es de nos jours entre rOc6an el le sol qu'il occupait autrefois. Faut-il parler
des plantes marines qui fleurissent abondamment parmi les landes de Lubbon, de
Losse, de Bousses, prds de Roquefort, et de Captieux? L'absence d'habitations an-
ciennes dans le plateau central des landes est encore un fait significatif, et j'ai cons-
tats moi-mdme, par-deU le Mas-d'A.genais, la trace de Taction des vagues sur les
rochers des collines qui se prolongent jusque dans Tancien comtS de Bordeaux. Dans
ce mouvement de recul, les plateaux de TEstampon, de Lerm, de Lubbon, de Ro-
quefort ont dt surgir les premiers comme des lies. Plus tard, le sable s'amassa par
tlots innombrables, dont les ddp6ts post^rieurs de la mer combl^rent les interstices.
D'aprSs les calculs de There, en estimant la hauteur du plateau de Roquefort a cent
metres, et a 1" 33 par si^cle la retraite des eaux,* on obtient jusqu'a nos jours un
total de huit mille ans. Voir 14-dessus les observations de Bort-St- Vincent,
TuoRE, Promen. sur le Golfe de Gasc. Lefebvre, Notice gioL sur les landes el
les dunes, r^sumSes par Dorgan dans son Histoire des Landes^ ou j'ai trouvS, pour
la partie physique seulement, des details assez exacts, et des observations person-
nel les bonnes k consulter.
* BaBioimBi, Jowm. da »ant4 et d'kitl. nat.
relets par la mer depais la pointe de M6doc josno'
»,»i,0!(4,0»4 m^U^es cubes.
(1797), €Taioe k 10m, 649 par t m. conraolt les sables
lasqo'iii Temboachuce de TAdoar. S
. Soft, eu 4S18 ans.
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— 307 -
des letes les plantes marines et les immortelles jaunes, vous sentez
voire dme ployer sous ie poids d'ane morne et 6clatante tris-
tesse. — Pourqaoi vivre et pourquoi lutter? A quoi bon rouler
jusqu'a la mort le rocher qui retombe toujours au fond? — L'esprit
s'envole par le souvenir vers les plaines arides de la Thebaide et
de la Nitrie, vers le pays des ascetes, qui v6curent, Toeil tourne
vers Tinfini, entre les vagues de la mer Rouge et Timmensit^ du
disert lybique, servis par les lions, nourris par les aigles et les
corbeaux.
Le vent de la mer se leve et pleure dans la cime des pins, le sable
tourbillonne et retombe apres la rafale. Partout ou les semis d'arbres
r^sineux ne I'ont point fix^e, la dune, fille de TOc^an, capricieuse
et mobile comme lui, gagne chaque jour quelques pieds et s'avance
dans la plaine, refoulant les 6tangs, abimant les villages et les
forets, dont les hautes branches s'^levent parfois au-dessus du sol
comme dejeunes taillis (1). Lesderniers bateaux de pficheurs cin-
glent a toute voile vers la passe ^troite de la baie; les navires
gagnent la haute mer et fuientcette cdte perfide et ondoyante dont
les habitants allumaient autrefois des feux trompeurs pendant la
tempete pour recueillir ensuite sur la plage les epaves et les
debris.
Si pauvre et si affreuse que soit cette longue chaine des dunes
de la Gascogne, elle a pourtant ses habitants, r6siniers, charbon-
niers, pficheurs, laboureurs mtoe partout ou le sable se couvre
d'un peu de terre fertile. C'esl la qu'ils vivent parmi les miasmes
funestes qui s'exhalent des marais et des ^tangs aux jours de la
canicule, mines par la pdagrcy ladyssenterie, les fife vres malignes,
intermittentes, putrides, et le cholera sporadique (2). A vingtans,
(1) On estime ivingt-quatre metres par an la marche des sables non fixes, lorsque
lear moavement n'est point conirari^ par le vent d'est. Sans la d^couverte de Bt6-
montier, qui flxa les premieres dunes par d3s semis de sapins, Messange, Azur, le
Vieux-Boucau, Tosse et Souston seraient maintenant engloutis. comme le fut autre-
fois Noviomaguus, et plus r^cemment plusieurs villages des landes de Bordeaux, du
Born et du Marensin, dont le mouvement progressif des sables a d^couvertles debris.
Aojourd'hui, la plupart des monticules sont consolides, et la vive impulsion impri-
m^e a I'agriculture landaise par le gouvemeroent, les chemins de fer et les compa-
gnies industrielles font espdrer que ce magnifique travail sera bientdt termini.
(2) JouANNBT, Stat, de la Gironde,
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~ 308 —
le landaisse marie; a quarante, il est deja vieux. Presque toujoars
abreuv^s d'eau saumatre couple d'un peu de vinaigre, nourris
d'escauton et de pain de panis ou de seigle dont ils relevent le gout
fade par le poivre, le lard ranee et le poisson sal6, log6s dans de
mechantes cahuttes 6clair6es le soir par une chandelle de resine
CpousoueroJ ou une branche de pin, passant brusquement du froid
au chaud, du jeflne et du travail excessif a la ripaille, ces petits
hommes maigres et nerveux, 6puis6s de bonne heure, ne passent
gu^re la soixantaine.
Remontons sur notre barque et filons vers Arcachon, faubourg
elegant de Bordeaux, a quatorze lieues de distance. II y a vingt
ans, cette plage unie et sablonneuse, si propice aux baigneurs,
bord^e de grands h6tels, de chateaux et de villas qui regardent sur
la baie, comptait a peine quelques maisons. L'hiver la ville est
d^serte. Des le mois de mai, T^tranger arrive. Le negociant bor-
delais vient installer sa famille et prend un abonnement de saison
avec le chemin de fer. Les pianos des demoiselles melent leurs
notes suspectes au bruit de la mer et a la voix grave de la forfit,
les amazones aux voiles verts et les courtauds de boutique pas-
sent au galop sans danger sur le sable des chemins, les dames,
en robes claires, ouvrent sur la plage leurs ombrelles blanches et
roses. Cependant, le patron, parti sur les huit heures, est d6ja
dans son comptoir, surveillant ses commis, passant ses ecritures
et haranguant la pratique. Apres la Bourse, il remonte en wagon
et repart pour Arcachon jusqu'au lendemain.
Toute cette vie fausse et artificielle ne m'est rien. J'aime mieux
la Teste, ch^tive capitale des captals (1) de Buch dans lesquels je
retrouve, apres les tfAlbret, la personnificalion la plus complete
de la f6odalit6 landaise. Venu du pays de Gex (2) avec Eleonore et
'1) Le titre de captal fcapitalisjj aulrefois commun parmi les chef aquitaios,
fmit par tomber en d^sudtude i. I'^poque des Gaulois on ne connaissait plus que
le caplal de Buch el celui de Trente. V. du Cange, vo Capitalis
(2) En 1120, je trouve dans le pays de Gex G^raud, seigneur de Grailly, et suc-
cessivemenl Jean (1150), Jean II (1194), el Pierre, p^re de Jean, sdn6chal de
Guienne et vicomte de B^nauges. Leurs armcs sont d'or, a la croix de sable charg^e
de cinq eoqnilles d'argent. V. rarmorial de Pascbe, el Guichenon, Hist, de la
maison de Savoie. Les atn^s, par le manage d'Archambaud avec Isabella, heriti^re
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— 309 —
Edouard !•% Jean deGrailly, leur souche dansnoscontr^es, suit son
maitre en Palestine, cautionne la plupart de ses engagements, se
constitue son factotum, et se fait donner la vicomte de Benauges, la
ville de Natz et le salin de Bordeaux. Le titre de captal et la seigneu-
rie de la Teste ne sont probablement enlr^s dans la famille qu'avec
PieiTe, son petit-fils, partisan declare des rois d'Angleterre et
frere du fameux captal de Buch, si funeste a la France, qui per-
dit la bataille de Cocherel contre Du Guesclin (1364), et mourut
prisonnier de Charles V, en l^guant ses fiefs a son oncle Ar-
chambaud, comme il en avait herite lui-m^me de Gaston, son frere
aine. Tant que les Anglais ont un pied chez nous, les Grailly
leur donnent la main. Sur le champ de bataille de Castillon
(1453), a c6t6 du corps de Talbot, je vois un captal de Buch
captif. Louis XI les rattache a la France; ils poursuivent, sous
ses successeurs, leur fortune commencee avec les Planlagenets.
Archambaud, par son manage avec Isabelle, porte dans la fa-
mille les comtes de Foix et de B6am (1 479;. Dona L6onor, infante
tf Aragon, marine a Gaston III, lui donne la couronne de Navarre
usurp6e sur dona Blancha, sa soeur. Avec Gaston IV, les Grailly
s'entent sur la branche ain^e des Valois. Le premier roi de leur
race (1 ) Spouse Madeleine, fille de Charles VII, mere de Frangois-
Phoebus et de Catherine qui doit porter dans la maison d'Albret
les biens immenses de la branche ainee des Grailly (1501).
Me voila revenu aux d'Albret, et la logique de Fhistoire m'y
a conduit encore plus que ma volont^. Depuis le xii« sifecle,
Albret et Grailly, chacun travaille de son c6te, bataillant pour
avoir des fiefs et cherchant les riches alliances. C'est par eux
que doit finir Tisolement de la Gascogne, et le divorce de la
de Foil, doDnerent oaissance k la seconde maison comlaie de ce pays, h^rit^rent par
Francois-Phoebus du royaume de Navarre (1468), el se fondirenl dans la maison
d' Albret parle manage de Catherine de Foix avec Jean d' Albret (1501). La branche
descaplais de Bucb, issue de Gaston cadet de Grailly, captal do Buch et comte de
Benauges, a donne naissanco a la branche de Candale. Y. I Hist. gen4al. des
mow. de France du P. Ansblme.
(1) La plupart des historiens no complent pas Gaston IV parmi les rois de Navarre,
parte que Gaston-Pboebus II(appeld anssi Fraucois), qui ne sc maria point, succcda
directement a dona L^onor son aJieule.
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— 310 —
France et de la Navarre (1) qui remonte a la niece de Charles le
Bel (Jeanne II, 1 328). Sans les Grailly, qu'eassent 6ie les tf Albret,
et sans les d'Albret, qa'eussent 6te les Bourbons ? Us ont gerin6
et grandi obscur^ment parmi les orages et les tourmentes de F^po-
que feodale, et cela devait etre ainsi. II fallait qu'une vie plus
grande et plus g6nerale sortit de leur mort, et que le r61e ecla-
tant de TAquitaine d'Henri lY se pr^pardt dans les hasards de la
destin6e de ces families qui s'^panouirent, comme deux fleurs
sauvages, sur la pauvre terre des Landes.
J.-F. BLADfi.
\
26juillet i860.
(La suite au prochain numiro).
(1) Jeanne, fille unique de Henri I, roi de Navarre, et de Blanche, comtesse palatine
de Champagne et de Brie, snccdde k son pere, en 1274, sons la tutelle de sa mere.
En 1284, Jeanne I spouse Philippe le Bel roi de France *, et meurt a Paris, le
4 avril 1805, laissant la couronne de Navarre a Louis, son fils a!n^.
Trois ans aprds, Philippe le Bel envoie ce jeune prince^ dcpuis dit le Hutin, pren-
dre possession de son petit royaume, dont il recoit la couronne a Paropelune, le
ler octobre 1308.
En 1316, Philippe le Long succ^de k son frdre Louis le Hutin en quality de roi de
France et de Navarre.
A ce double tilre, Charles le Bel, troisieme fils de Philippe le Bel, succMe a Phi>
lippe le Long, et meurt, comme ses deux fr^res, sans lign^e masculine, le 31 f^vrier
1328.
G'est dans le courant de cette m^me ann^e que Philippe-d'Evreux Spouse Jeanne,
illle de Louis le Hutin et de Marguerite, sa premiere femme; et sous le nom de
Jeanne II, cette princesse porte le royaume de Navarre en dot k son ^poux.
A partir de 1328, la branche des Valois monte sur le trdne de France, avee
Charles V, petit-fils de St-Louis par Philippe le Hardi; et la s^rie distinctedes rois
de Navarre se renouo pour se continuer pendant plus de 260 ans. A ce dernier terme,
un arri^re-petit-fils de St-Louis, par Robert de Bourbon, natt de Jeanne d'Albret,
reine de Navarre, et d'Antoine de Bourbon. 11 voit s'^teindre, en 1589, la branche
des Valois, avec Henri III, et r^unit sur sa tdte, sous le nom de Henri IT, la doable
couronne de France et de Navarre.
* Voir, duif la seconde ptrtie, le document no iO.
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— 3n —
RECHERCHES HISTORIQUES
SUR LINFLUENCE DU PROTESTANTISME
DANS LA PROVHSCE D'AUCH
pROCfes-VERBAL de l*Etat des Eglises du diocese d'Aire, en vertu des
Lettres clauses de Charles IX, roy de France, en date du 5 octo-
bre 1571.
(Suite.) (1)
L*ABBAYE DE ST lOUBOUEB.
En TEglise Collegialle seculiere de St Loubouer en laquelle y a un
Abbe ou Doyen huit chanoines et un sacristain ou toutes les heures Ca-
nonialles se disant six mols de Tann^e et les autres six mois aussi souf
matines et chaque joui- une messe haute et aussi une pour les trepass^s.
Le d* abb6 ou Doyen et chanoines n'ont ny jurisdiction ni correction
ains sont sous la jurisdiction et correction de TEveque d'Aire et arri-
vant vacation de la d'« Abbaye ou Doyennd la nomination election et
collation en appartient pleno jure aux d^ chanoines et sibhi. Mais sont
mansionnaires ayant Tabb^ ou doyen quatremois et chacundes d^* cha-
noines un mois pour conferer advenant vacation.
L'abbe ou Doyen de la d^ Eglise est M**"® Bernard Gamard^s pretre
bachelier en droit, qui a ei6 pourvu par les chanoines ayant vaque au
mois de mai dernier par le desses de M« Pierre Ducasse et le seigneur
de Ruisse ou un sien cousin aurait donn^ h entendre au Roy etait h sa
nomination suivant le concordat ce que non, et on a et6 depuler un
nomm6 Castets duMondemarsan.
Les chanoines sont M« Arnaud Guillem Izaux Pierre c^e la Serre Jean
Lamagnere Jean Dugarri Barthelemy de Lafitle et Jean de Serres pre-
tres Jean de Lafitte et Jean Vignali Clercs qui y resident souf le dit
Vignali qui est eludiant a Paris. Le sacristain est vaquant.
Le divin service y est fait tout ainsi qu'(5tait accoutum^, mais avec
grande difficult^ ct incommodit(5 en une pauvre maison d'autant que la
d*« iglise cloitre et maison abbatialle ont 6t6 enlierement ruin^es et les
(1) Voir, plus haul, p. 79 ct 172.
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— 312 —
murailles jusques au fondenient abalues et demolies sans qu'il y soil
resl6 aucune forme ni aparance et cela a fait faire un nomm^ Sancet
d'Aire disant avoir commission de Messieurs les Princes et ceux qui
abatirent lad'^^glise elaient M* Martin Christophe Armagnac Thomas
de Cazaux et Pierre Labarri^re masons commandes par ledit Sancet, et
la maison abbatialie a M bruise et aussi tons les ornemens et joyaux
livres cloches documens pris et emport6s par le regiment du capitaioe
Senegar de la d^* religion, et les fruits decimaux aussi ravis en Tann^e
^569 par Jean Ducasse, Bernard et Jean Cazeaux, Pierre de la Guires-
miose et Jean Duluc dit Patro et par le S' de Romogarde en Fan ^570.
Les fruits decimaux on t6t6 pris par Bernard de Coutures S^ de Quartan
etdepuis la demolition de la d^ ^glise a el6 prise la pierre d*icelle par
plusieurs du d^ lieu, et encore depuis la publication de la paix. De la d**
Eglise de St Loubouer est cur^ le d^ Degoomy et est k la collation de
TEvfique d'Aire qui fait le divin service en la paroisse et administre les
sacremens lemieux qu*il pent.
Massacre 4 . — Au premier trouble fut tu6 M** Gaillard de la Porte,
pretre du d^ St Loubouer par le capitaiue Mesmes et ses gens de la d**
religion.
En Tabbaye et monasterc de Pontaut, ordre de Cyteaux, est a la no-
mination du Roy suivant le concordat, ou est fait le service divin de
nuit et de jour 3t aussi les messes ordinaires chacun jour n'etant les re-
ligieux en certain nombre.
ABBA YE DE PONTAUT.
De la dt« Abbaye est abbe commandataire Noble Jean de Vaqu6 en a
6t6 pourvu par notrc S^ Pere le Pape sur la nomination du Roy. II ni
reside pas encore, en la d^® abbaye ou monastere y a sept religieux et
un soldat estropie que le Roy y a mis et assign^ une portion monachale,
savoir est frere Jean Theza, Arnaud Ducasse, Raymond de Cazaubieil,
Rolland de Raux pretres, Gaillard de Moncade residant et Francois Du-
bourdieu etudiant k Cahors et Jean Nouvi ^tudiant a Bordeaux et le
dit soldat nomm6 Jean, lesquels religieux susdits residant font le ser-
vice divin nuit et jour ainsi qu'etait accoutume mais en grande pau-
vrete et incommodit6 parce que I'^glise et monastere ont et6 brules et
demolis et entierement ruin^s les ornemens joyaux livres cloches et
tons les biens meubles d'icelle pris ravis et emport6s ou 6tait un beau
et riche monastere pour lauger un Prince et feu Roy de Navarre y
ayant plusieurs laugis et granges et une superbe Eglise, les voules torn-
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— 313 —
Mes, et n'y est demurs que quelqucs ruines de murailles et les A^ reli-
gieux ont fait quelque reparation le mieux qu'ils ont peu pour faire le
divin service et pour leur habitation. Le bruleraent et demolition de la
d** abbaye a 6t^ fait par Fontanier Ducasse dit Sarrade Mathias Theze
Etienne Candau Andreas Theze et Jardinier de Haget Jean Desciaux
dit Meignes et Arnaud de Baile de Saint Genfe au mois de noveitibre
-1569. Le d' Mathieu Theze avait tir6 I'horlogeet apres lui fut prise par
un nomm6 Moles. Le d^ Serrades'emporla la custode, Arnaud de Larqu6
un calice. Les autres ornemens joyaux et daucumens furent pris par le
capitaine Arblade et ses gens les tous de la d*® religion.
Tout aupres de Tabbaye avoit une belle fauret qui a ^t6 dicip6e, les
arbres coupes et emportes par le comme Claude procureur au chateau
du Hagetmau Dominique Moncade Matalin Theze. Le bois qui ^tait k la
metlerie a et6 dicipd par Pierre Dujunca, Arnaud Larquier et Pierre de
Locomme. Jean Desciaux son ami a amen6 le betail qui etait es mette-
ries de la d^« abbaye et aussL les foins en Tan -1569. Les dixmes de
iMant et Monsegue et revenu des metteries en Tan 1570 ont ii^ pris par
le d' Moncade et Matahn Theze le tout appartenant h la d** Abbaye. Le
revenu des autres dixmes a pris un nomm6 Saris tresorier general de la
cause : les dixmes qui sont en Beam appartenant a la dite abbaye, la
Raine de Navarre ou ses offlciers et a pris et prend encore.
Massacre 2. — Frere Jean Primut fut tu6 et jett6 dans les attraits de
la A^ abbaye par Jean et Andreas Theze et Loubric Religieux fut tu6
par M® Jean Duhastan.
GRANGE DE LABRIT.
La grange de Labrit est a la collation de Tabbe de laquelle est titu-
laire le d* frere Jean Theze qui ny reside point mais a la d^ abbaye.
RON SAG ET CELCY.
L6glise parroissialle de Ronsac et Celuy, en Tarchipretr^ de Marsan
est a la presentation du d' abb6 et Institution de L'Eveque D'Aire de
laquelle est cur6 M. Pierre de Vignes qui y fait le divin service et ad-
ministre les sacremens. L'6glise est d^couverte et les ornements et
joyaux ont 6t6 pris et emportes et aussi le revenu d'icelle par le d^ Saris.
MAMT.
L'Eglise parroissialle deMant pres la d^ abbaye est a la presentation
du d^ abM et Institution de L'Eveque D'Aire en est cur6 le d* de Cazau-
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— 344 —
bieil qui y fait le service ainsi qu'<^tait accoulurn^. L'^glise a ^t^ piUee et
bruise el les ornemens emport6s par Gaillard do Castes el les fruils pris
par le d^ Moncade et Theze.
Massacre \. — M® Thomas de Lafltte prelre de la d^® paroisse ful lu(5
paries soldats du capitaiue Senegotde la dlte religion.
ARBOCCABE.
UEgHse parroissialle D'Arboucade est a ia presentation du sieur abbe
Laye de St Germain et Institution de L'Eveque D*Aire. Le cur6 d'iceile
est messire Jean de Junca pretre et residant au d^ lieu y fait le service
et administre les sacremens aiasi qu'etait accoutum^ et comme avant les
troubles. Nfemoins L'Eglise du dMieua^t6 ruin6e et demolie paries
gens de la religion pretandue qu'ils n'ont sen nommer et auparavantles
Joyaux et ornements de la dite eglise avoient 6t6 pillfe et derobfe par
un nomm6 le capitaine Abadie de Beam et araenes prisonniers qui fa-
rent ranconnfe.
LACAJCNTE.
L'Eglise parroissialle de Lacsgunte est a la collation de L'Eveque
D'Airc ou a cure d'ames. En est cur^ un chanoine de Touloze qui n'y a
jamais ^t6— mais un nomme Lafargue qui a ^t^ mari^^ comme son pro-
cureur prend les fruits et le service divin y est fait et les sacremens ad-
ministr^s par quelque vicaire lellement que TEglise a 6t6 demoliesinon
les muraillesel les ornemens pilles el une cloche rompue par ceux de la
dite religion, et un calice d' argent a Hi pris par un noram^ Jean de
Pompes dit Pecorelade.
GOTHCRES.
Cothures T Eglise parroissialle est a la collation de L'Eveque d'Aire y
a cure d'ames — en est cur^M^ Bernard pretre natif et rt^idant sur le lieu
et y preche I'Evangile au contentement du peuple ainsi qu'6tail accou-
tum6; maisl' eglise a 6t6 bruise et d^molie sauf quelques murailles, les
ornements livres de la d^* Eglise et cloches rompues par les gens du ca-
pitaine Baudignan et les calicos d'ari?ent avoient et^ auparavant pris
par le sieur de Sericlienles tousdela dt« Religion pretandue — les maisons
du d^ cur6 les.livres saccages et dont ily avoitgrande quantity et tousles
biens et meubles pilles et emportfe par le d* Baudignan.
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1
— 315 —
DABO.
L'Eglise parroissialle de Dabo est a la presentation du seigneur et
rinstitution a L'Eveque D'Aireou acured'ames. En est cur^ M« Jean
Bresquedieu Frechou pretre du dit lieu qui fait la rfeidenee, et le divin
service et administre les sacremens ainsi qu'etait accoutum^, mais Teglise
a ii6 tolaleraent ruin^e et volte par ceux de la religion — les omemens
joyaux pris et pill^s mais ne les connoissant.
SARRAZIBT ET BAHOS JVSAN.
L'Eglise parroissialle de Sarraziet et son annexe de Bahus Jusan est a
la collation de L'Eveque D'Aire, a charge d'ames. Le cur6 est IW Ber-
nard Lachau pretre qui fait et fait faire le divin service au d^ Bahus, ou
tous les parroissiens de Sarraziet et de Bahus s'assemblent, d'autant que
Teglise du d^ Sarraziet a Hi du tout ras^e et aussi celle de Bahus est rui-
nee mais non pas entierement comme Tautre et cela a Hi fait par un
nomm6 Sausc^ Dayres, comme il disait par commenderaent du capitaine
Seris tresorier general de la cause a S^ Sever certain de la religion, les
ornemeos pillte et les cloches rompues et aussi le dit cur^ fut pris et
ran?onn6.
GEUI^E ET BEREDE.
L'Eglise parroissialle de Geune et son annexe de Berede est k la pre-
sentation du seigneur de Castetnau, qui est de la d^ religion, et Tlnsti-
tution k TEveque D'Aire. Le cur6 est M* Michel du Pilet pretre de la
jurisdiction du d' Geune qui a Hi par le d* Seigneur pent avoir un an,
mais ni a jamais fait aucun service, ni office ni aussi pris aucun revenu
ains le prend un nomm6 Guiilaume Duplantier serviteur du d' Seigneur
qui dcpuis quelque temps y fait dire quelque messe et a didari qu'il
feroit faire le service accoutume; mais T^glise a6t6 ruinte les autelset
chapclles rompues et brises par ceux de la d*« religion et aussi les orne-
raents joyaux et livres et cloches pill^es et rompues et M« Pierre de
defore cordonnier Tun des fabriqueurs de lad*« eglise par Tavis du con-
seii aurait mis les principaux ornemens dans deux coifres et iceux por-
tesal'hopital peusantque la fusent assures toutes fois en dtant avertis
par quelqu'un M® Jean de Lion procureur pour le d' Seigneur de Cas-
tetnau de la dte ville lui fit bailler les d^* ornemens, disant qu'il Ten re-
ieverait a quoi n'oza contredire le d' fabriqueur et aussi le d' Lion les
emporta et s'en a fait son propre des meilleurs tels et tels qui lui sem
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— 3<6 —
ble et encore en avail sauv6 une belle chapelle garnie de chape diacre
et pluvial, laquelle le petit Lyon de la d^® religion frfere du susdil se fit
d^livrer el en a fait son propre.
AUGUSTLNS.
Massacre 2. — En la dite ville y avoit un beau Convent de Religieui
Augustins lesquels les gens du comte Mongomeri pillerent el brulereot
avec tons leurs biens ; et le prieur du convent fut tue et massacre dans
le cloitre et un autre religieux du couvent Dortes fut aussi massacr6 pres
de la ville par le capitaine Ladou — et M« Jean Dusere pretre preban-
dier fut aussi pris par le capitaine Lassus et ren^onn^ a cent francs et
par Lucmau de Buanes — et frere Ramond Claret fut inusit^ d'un oeQ
par Simon Duplantier serviteur du d* s*" de Castetnau et tons les autrcs
biens fruits et revenus onl 616 pris les sus d*«.
VIELLE.
L'Eglise parroissialle de Vielle est h la presentation du Seigneur du d^
lieu, qui est un nomme Jean Dartiguenave de la d^ religion, et a sa pre-
sentation nagueres, M« Jean Dayderon pretre du d' lieu a 6te pourveu et
y fail le divin service et administre les sacremens ainsi qu'etait aceou*
tuin6. La d^^ eglise a 616 brul6e et tons les ornemens et joyaux piU6s et
cloches rompues par ceux de la d^ reUgion — et un grand treiilis de
fer a 6t6 eQlev6 aiusi que disent par le seigneur du d' lieu et un pluvial,
aussi a pris les fruits de la fabrique et depuis les troubles jusqu'a pre-
sent.
Massacre 30. — Trois pretres de la d^ parroisse furent tu6s et mas-
sacr6srun malade en son lit les autres en leurs maisons par les gensdes
d>» vicomles sortant du Bcarii et plus de vingt hommes laboureurs el
de travail aussi tu6s. IV^ Bernard Dartiguenave pretre du d^ lieu fut tue
et massacr6 mais ne savant par qui.
BATS SERAES ET AUBAIGNAN.
L'Eglise parroissialle de Bats et ses annexes de Serres et Aubaignan
est a la collation de L'Eveque d'Aire, et a cure d'ames — le cur6 est
M* Pierre de Lasserre, pretre chanoine de S* Loubouer, qui ni reside
guere bien y fait faire le service divin et administre les sacremens par
vicaire tout ainsi qu'auparavant. Les d*^ eglises de Serres Bats cl Au-
baignan onl 6te ruin6es par ceux de la d*« reUgion el celie de Serres bra-
Ices par un Cotliures nomnio Baylc. Le S' de S* Julien emporta un ca-
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— 317 -
lice d'argent, un soldat de Samadet nomnie Jean Dupin eraporta quel-
ques joyauxaussi tous les ornements livrcs cloches ont 6t6piUes et perdus.
Massacre -I . — M« Raymond Dutrey pretre du d' lieu fut massacr6
par les dits ennemis.
PCJO ET BllUCHS.
L'Eglise parroissialle de Pujo et son annexe de Bruchs est a la colla-
tion de L'Eveque D'Aire et y a charge d'ames, W Martin Duvignau en
est cure qui est en Espagne. Le divin service y est fait et les sacremens
administrfe par M'' Raymond Dufau pretre vicaire comme auparavant.
Les aulels et images ont et6 bruits et brises et aussi quelque linge.
CASTETNAU ET PECORADE — COMMANDEDE DE MALTHE.
L'Egliseparroissiallede Castetnau et son annexe de Pecoradeest a la
presentation du Commandeur de Pecorade chevalier de Malthe, et y a
charge d'ames. L'Institulion a L'Eveque d'Aire. II y a trois ans etplus
qu'il y a aucun cur6 ni aucun vicaire ni ne s'y fait aucun service, ni le
Commandeur ni pourvoit de personne au grand scandale et regret de
tous les parroissiens — auparavant avoient accoutum^ etre pourveus
par le d* Commandeur qui prend les dixmes et revcnus des d*** parrois-
ses. Les dites Eglises ont et6 d^molies les ornemens et joyaux sacagfe
et perdus et aussi les cloches rompues et le metal emporte par ceux de
la religion desquels ne savent le nom.
SE?iSAC.
L'Eglise parroissialle de Sensac est a la collation de L'Eveque D'Aire
a cure d'ames. Le cur6 est W Jean de Lacay pretre qui ni reside ordi-
nairement, mais y va par fois fait le service divin et cxhorte les parrois-
siens et y a un vicaire pour administrer les sacremens et y fait le divin
service comme auparavant. L'Eglise a et6 sacag^e les ornemens joyaux
pilles par ceux de la i eligion qu'on ne soit nommer.
PAYfiOS ET CLEDES.
L'Eglise parroissialle de Payros et son annexe de Cledesest a la colla-
tion de L'Eveque D'Aire, a cure d'Ames. Le cur6 est noble Jean de
Sensac pretre chanoine de Pimbo qui y fait fairele service divin et admi-
nistrer les sacremens ainsi qu'etait accoutum^ les d*«8 eglises ont Mi
brulees et les ornemens pilles par ceux de la religion, et les cloches de
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— 318 —
Payros furent portdes au d' Casletnau par uii servileur du d* Seigneor
et celles de Cledes en Beam et ua servileur du S' de Bonnegarde se fit
bailler par crainte un calice, les tous de la religion.
Massacred, — M® Jean Dutauzin pretre du di Cledes fut tu6 et mas-
sacre une nuit en sa maison, les derniers troubles, et on dit que Simon
Duplantier et le Chicoy du sec de Berede, Jurisdiction de Castetnau le
tuerent.
BiHUS SOURBETS SAUBA.^EHE BOURDOS.
L'Eglise parroissialle de Bahus Soubirant et scs annexes de Sourbets
Bourdos et Soubanaire est a la collation de TEveque D*Aire, il y a plus
de cinq cents ans, ne savent les habitants s*il y a cure ou non car n'an
voient point aucun. — Un marchand de Duhors nomme Techoles y fait
faire quelque service par un pretre nomm^ M« Guillaume Cazalets du
di lieu, et le d' Techelles prend les fruits et revenus. — Les d^'s Egiises
ont 6t6 d^molies et tous les ornemens, joyaux livres el cloches ont 6te
pris ravis et einport^s par ceux de la d*« religion.
1VI« Pierre Deraolens pretre de la d^« parroisse fut constituiiprisonnier
par M« Jean de Lyon procureur du d* Seigneur de guerre et ranconne
par un nomm^ Bouste d'Aire, et des maltraitements que iui firent est
devenu hors de sens et vit assez pauvrement.
UUtiOJNS ARCHIPHETRE DE XCRSAIS.
L'Eglise parroissialle D'urgons est L' Archipretri de Tursan au d* Ur-
gons a cure d'ames et aussi charge des autres cures et est a la presenta-
tion du Seigneur du dUieu et L'liistitution a L'Eveque D'Aire.
En est archipretre 1VI« Bernard Duvignau Gouverneur des enfans du
Seigneur de St« Colombo et du d^ lieu — en a 6le pourveu cinq ou six
ans et par L'Eveque D'Aire et la presentation du d* Seigneur de S^ Co-
lombe et ni reside pas. — Aussi n'est pas pretre, mais y fait faire le
service divin et adminislrer les sacremens par un vicaire qu'il y tient
comme avant les troubles, mais non pas ?i honorablement parce que
L'Eglise a 6t6 bruise par le Capitaine Lucbard^s de la d*« religion et
ses complices. Les ornemens joyaux furent pilles par les soldats des
Vicomtes, lacustode et un calice d'argent par le Seigneur de Castelnau
deux grandes cloches furent fondues quand I'eglise fut bruWe, et depuis
en ont cniporle le metal — deux petites cloches ont 6ii prises depuis la
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— 319 —
pubUcation de )a paix par un Serviteur du Seigneur de Castetnau et
port^es au d* chateau et ne les out peu recouvrer.
S^ AI^TOINE COHMANDEUa.
La Commanderie de S^-Antoine de Galoai est depandante de la
grande Commanderie de St-Antoine de Viennois et a la collation et
provision du Coramandeur du d* Viennois, y 6toient entretenus quatre
pretresqui y celebroient journellement le divin service messes ordinai-
reset heures canonialles et aussi ^tolt entretenu un hopital pour les
pauvres. — En est comraandeur noble Philemon de Montague pretre
faisant bien le service et honorablement jusques aux troubles derniers
esqu3ls la d^^ Commanderie maison eglise hopital out &ii brul^ par les
gens du Vicomte deMoncla, et les orneraens livresjoyaux et documens
pilles et perdus tellement que le d* Commandeur a Hi contraint de se
rclirer et de louer uce maison pres de la Commande ou il se tient, et
entretient encore des pretresqui font le service. — Une parlie du revenu
dela die Commande concistoit en aumones et quetes qui apresent sont
perdues et quelque kbourageet forest. — La Bouse apelike petite Barthe
a M prcsque ruin^e et couple et emporl6e par le commandement du
S' et Dame de Castetnau — Deux nommte Samadet et Peayalon de
S^ Loubouer mirent Ic feu a une maison de la d^ Commanderie nomm^
Lhostaubieil et emporterent une assiete ni ayant trouv^ rien plus.
Massacre 2. — M« Bernard Magi et Pierre de Darcons pretres de la
dt« commanderie furent lu^s et massacres par les gens du Vicomte de
Moncla.
raiEUR D£ MOxMGAILLARD.
Le Prieur de Montgaillard est dependant de I'abbaye seculiere et
auparavant reguliere ordre de S^ Benoit de M^ S^" Gillas au Diocese de
Nimes est a la collation du d^ Abb^, et est tenu d'aider ou de faire
aider le cur^ du d^ Montgaillard a dire les messes parroissialles et admi-
nislrerles s^remens et autres services divins. — En est Prieur M" Jean
Duvignau clerc M^« ezarts ^tudiant k Tuniversit^ de Paris en la faculty
de thtologie et fait faire le service par un Sacristain qu'il y a commis
— Si est ce qu'il y est trouble en la possession et y a proces par devant
le Senechal des Lannes au siege de S' Sever entre Messire fortis Castay
complaignant et Ic d^ Duvignau et M* Dominique de Laborde oppo-
sant.
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— 320 -
MONTGAILLAED B0UL1M.
L'eglisc parroissialle de MontgaiUard et annexe de Boulin est a la
collation de I'Eveque D^Aire et a cure d'ames. En est cur6 M« Bernard
de Ceta pretreBachelieren droit chanoine D'Aire, qui reside au d* Aire,
et va souvent faire le service et exhorte les peuples, et Tendoctrine au
S* Evangile. Selon la determination dc notre Mere S^^ Eglise Catholique
et Romaine et y tient deux vicaires gens de bien savoir est M« Jean de
Lalanne et Dominique de Tris qui y font tous les jours le divin Service
et administrent les Sacremens comme 6tait accoutum6. L'eglise parrois-
sialle de MontgaiUard et aussi la chapelle qui 6toit dans le lieu, ont He
ruin6es et decouvertes, les autres eglises demolies — les ornemeDS
joyaux et livres pill^s et eraportfe par les gens de guerre des Vicomtes
— Les fruits du d* cur6 es ann^es 4569 et 4570jusquesti la publication
de la paix ont ii6 pris par ceux dc la Garnison que le Sf de Montaman
tenoit et la ville de S' Sever et par un nomm6 Seris tresorier de la
cause en la d'« ville, en sorle que le cur6 n'en a rien joui.
L'Eglise de Boulin annexe de Mougaillard a 6t6 brulfe les ornemens
joyaux livres cloches pill6s et emportes de sorte qu'il n'y est demeur6 que
quelques mines de murailles et y fut mis le feu par un nomm6 M® Ar-
naud de Palaso Barbier de Coudures.
Massacre 3. — M* Jean de Lamaison pretre du d' Mongaillard fut
tu6 par les dlts Vicomtes, M® Barthelemy Dubroca du d* Boulin a ^ii
tu6, aussi Dominiques Joye pretre dud' Boulin paries compagniesde la
garnison sortant de S' Sever, apres la publication de la paix fut aussi
tu6.
RENIN S^ SABIN.
L'Eglise parroissialle de Renun et son annexe de S^ Sabin est a la
collation de L'Eveque D'Aire, a cure d'ames. En est cur6 noble franQois
de S* Julien clerc qui n'y reside ni fait aucune fonction. — Le divin
service y est fait ainsi qu'^tait accoutum^ par deux vicair^ mais mal
commodement, parce que Teglise parroissiale du d' Renun et son an-
nexe S* Sabin ont et^ ruin^es et bruises — et tous les ornemens livres
et joyaux pill6s et emportfe par les gens du comte Mongomeri de la
religion — et tous les fruits decimaux appartenant k la d^ Eglise pris
par la garnison de S' Sever. — Aussi la chapelle du d< lieu a ii€ rui-
n6e.
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— 321 —
BCANES S^ ORE?iS GOA^IET BACHEN.
L'Eglise parroissialle deBuanes et son annexe S^ Orens est k la colla-
tion do L'Eveque D'Aire a cure d'araes, laijuelle le inaitre des enfans de
choeur tient et aussi celle de Bachen, qui est aussi a la collation de
I'Eveque et le d' ]>!*»•• prend les fruits des d*** cures pour Tenlretien des
dits enfans. — Le service divin y est fait par des vicaires au mieux
qu'ils peuvent ainsi qu'etoit accoutum^.
Mais la d*« eglise de Buanes et de Bachen ont 6t^ entiferement bruises
et ruin^es. — Les ornemens joyaux livres et cloches pris et emport^s
paries gens du comte Mongomeri, et les fruits pris par ceux de S' Se-
ver et aussi de Castetnau. — Aussi les ornemens joyaux du dit Cornet
ont 6te pill6s et la chapelle du d^ lieu de Buanes ruinie — et tout ce
dessus nous a raporl6 et attest^ M« Bernr.rd Vignaifli pretre et Gaillard
de Lacase vicaire du d' Archipretr6 Durgons^ lesquels nous avons com-
mis et qui ont visits tout le d* Archipretr6 et ouy en chacune parroisse
les principeaux d'icelles qui ainsi leur ont assure etre veritablOj et aussi
les autres abbes et chapitres.
SAMADET.
L'Eglise parroissialle de Samadet est a la presentation du Seigneur de
St- Julian ou reg^ le d* Samadet et a cure d'araes. et Tlnstitution a
L'EvequeD'Aire — Et est cur6 d'icelle long-tems et plus de vingt ans
Noble franQoisde St-Julian Clerc sulement, lequel ne s'est jamais fait
ordonner, ni fait aucun service iii exortalion, mais fait faire le divin
service par des vicaires comme avant les troubles — L*eglise et cha-
pelle ont iii bruises et dcmolies par les gens du Vicomte de Moncla. Le
S' St-Julian frere du d' Cur^ s'empara de quelques ornemens et en fait
son propre, les tons de d** religion —
ARCHIPRETRfi DE DOAZIT OU CHALOSSE.
En Tarchipretrd de Doazit autrement Chalosse sont les b^n^flces qui
s'ensuivent.
En I'Eglise Collegiale de St-Gironsou a un abb6 ou doyen et huit
Chanoines Seculiers, n'ayant le d* A\M ou Doyen aucune Juridiclion
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— 322 —
n'y correctioQ— Ains lui et les d^ chanoines sont sous la correction et
juridiction de Teveque d'Aire — et avenant vacation de la d^ abbaye
ou Doyenn6 d*icelle est a la nomination election et collation pleno jure
des chanoines — et aussi est pourveu par ces presents — et icelle Eglise
Collegiale estcharg^e des heures canonialles diurnes el nocturnes une
grandemesse tous les jours et autresde fondation — L'abb6 ou Doyen
d'icelle est M« Pierre Candau clerc bachelier en droit qui en a 6t6 pour-
veu par les chanoines etant aussi auparavant chanoine qui y reside —
Les chanoines sont M*'^« Dominique Duvignau bachelier en droit, Pierre
Laborde, Jean Dubernet m*f« es arts, Bernard de Chance, autre Pierre
Laborde prelres, Pierre de Lafitte etudiant a Bordeaux, fran(?ois Poyanne
et Pierre de Claverio r^ gens a Bordeaux clercs r6sidants le plus souvent
hormis les d^s Lafitte et Claverie. Y a aussi prebandiers stipendiers du
d' Chapitre pour aider h faire le Service Divin — y a aussi un vicaire
perpetuel pour les messes parroissialles et administration des Sacrements
car y a une grande parroisse — et ce dit vicaire est M« Jean Depencau
pretre qui y reside et fait son devoir — Le divin service est fait a present
parle d^ abb6et chanoines; lesdimanches et faitesdisentMatines prime
tierce Sexte none vepres et complies, la messe grande et autres de fon-
dation — Les autres jours feries selon Tinjure du tems et la ruine de
*'6glise san dispensant.
L'^glise a ii6 enti^rement ruin^e par feu et demolition, aussi tou-
tes les maisons abbatialles et canonicales et toutes celles des environs
du Bourg ni est rien demur6 — Les ornements joyaux — livres docu-
cuments tr&ors et cloches pris et ravis par les gens du comte Senegas
et de Sales conduisant rartillerie du comte Mongomeri et aus^ tous les
meubles et autres biens de la d^® Abbaye et chanoinie, de sorte que le d^
lieu a 616 veu inhabitable et incommode pour y faire aucun service di-
vin — et ne pouvant reparer la d^ 6glise ni leur habitation, et pendant
les dits troubles les fruits leur ont Hi pris par les sus d^ gens d'armes.
Massacre 6. — Furent tu6s M« Jean Dabadie chanoine, Dominique
de Laboyrie, Pierre de Castoignos et Jean de Darrade Arnaud Mimbielle
et Jean de Castagnos pretre et prebandier de la d*® eglise et plusieurs
autres faits prisonniers et ran^onn^s et les autres s'enfuyrent qui du
depuis sontdeced^s.
De la di« eglise Collegiale dependent et sont a la presentation des d*'
abb6 et chanoines les cures et vicaires perp^tuels de St Girons de la-
quelle est pauvre M* Jean Pancave, comme est d* cy dessus de Momuy
horsarreu S*« Colombe et de Bretagne ainsi qu'il sera d^ cy apres,
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— 323 —
DOAZIT ARCHIPRKTRK DE CHALOSSE ET MCS.
L'Eglise parrolssialle de Doazit et son annexe de Mos nomm6 Archi-
pretr^ de Doazit et Chalosse a cure d'ames et quelque intendance sur les
autres et est a la collatioq^ de TEveque d'Aire, et est archipretre M« Gas-
pard Dornezan prolonotaire apostolique pretre qui y reside — Souvent
et fait biea le service endoctrinaire le peuple et en son absence y a vi-
caires gens de bien et s'y fait aujourd'hui le divin service tres bien, et
les sacremens bien administr^s par les vicaires.
La d^« ^lise parroissiale de Doazit et aussi son annexe de Mus ont
^t^ bruises a Tavenuedes Vicomtes par la compagnie du Capitaine Se-
negas de la d^ religion. — Six calices d'argent et aussi tous les orne-
ments livres et joyaux ont ii6 emport^s ou brul6s par les m^mes, et de-
puis les cloches rompues et portees en Beam par les gens du S' de Mon-
teinan et encore depuis la d^ eglise de Doazit a m d^molie et partie de
ses voutes rompues par Jean de Lostage tailleur Jean de Lafargue et
Jean Dartigueslongue de la d^« religion habitans du d^ Doazit — Et a
M*' Bernard de Poysegur pretre du d* Doazit fut brul6une belle maison
aud' Doazit et ses biens pris et emportfe.
ESCOLAINIE.
En la d<<> eglise Doazit y a une scolonie ou Diaconat a la collation de
TEveque, et en est Escolain Louis Deste mari6 y fait faire Ic service qui
est de faire repondre les messes et aider administrer les sacremens au
cur6 ou vicaire par un clerc.
Massacre 1. — M« Jean Dorest pretre du d* lieu fut tu^ et massacre
paries gens du d'Montaman
SJSBBETOS.
L'Eglise parrolssialle de Serretosest a la collation de L*Eveque D'Aire
et a cure d'araes — Et depuis le mois de novembre dernier M« Jean de
Dangoumau pretre s'est empare de la d** 6glise et se dit cur6 cty fait le
service et administre les sacremens, et auparavant nesavent par qui etait
tenue, mais le service y ^tait fait a Taccoutum^. La d*« Eglise a 6l6 brulte
es derniers troubles et les calices ct joyaux pris par ud nomm6 le capi-
taine Pierre Barre sieur de Cazalis et ses complices de la d*« religion et
les cloches fondues.
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— 324 —
HOBSARRIEU.
L'Eglise parroissialle de horsarrieu est a la presentation de TabWel
chanoines de S' Girons et ricslitution a L'Eveque d'Aire a cure d'ames
et en est cur6 M« Dominique Davfgnau pretre bachelier en droit, cha-
noine de S' Girons et y va faire le service et endoctriner le peuple — et
le divin service y est fait les sacremens administres mais a grande difficulte
parce que Teglise a 6t6 brulde et d^molie es derniers troubles par M« Jean
Desclaux Bernard de flllucat Arnaud le Boucon et un cordonmcr de S^
Sever nomnri6 le soldat et les tous du d' S' Sever. Les ornemens onl 6te
pris par gens inconnus et les livres brules. Un calice fut pris par le
S'de S' Julian et les cloches rompues et vendues k M*** de Cucurey.
Ste COLOMBE.
L'Eglise parroissialle de St« Colombo est a la presentation des abbes
et chanoines de S' Girons — a cure d'ames; en est cure M« Pierre de
Lasserre gradu6 et pretre, et y fait le divin service et administre les sa-
cremens endoctrine le peuple, et y a vicaire et le tout s'y fait comme
avait accoutum^.
Massacre -I . — La d*« eglise a 6t6 bruise et tous les ornemens livres
joyaux ont iii aussi brul6s et pill6s par le capitaine Abbadie et Pierre
de S* Sever — et y fut tu6 et massacre M« Pierre du toublier pretre et
ne savant par qui.
DUMB.
L'Eglise parroissialle de Dume est k la collation de L'Eveque D'Aire
a cure d'ames — en est cur6 M« Barthelemy de S' Gen6s qui y fait sa
residence et le service divin et administre les sacremens ainsi qu'etoit
accoutum6 mais a grande difficult^ parce que TEglise a ii€ bruise et
ruin^e. Les ornemens livres joyaux pris et emport^s par les compagoies
des Vicomtes.
MONTAOT.
L'EgHse parroissialle de Montaut est a la collation de TEveque
D'Aire a cure d'ames, en est cur6 M« Pierre de Somaniere pretre qui y
fait residence et le divin service et administre les sacremens endoctrine
le peuple ainsi qu'avoit accoutum^. L'eglise parroissialle dudit Montaut
a Hi ruin^e, le clocher brul6 par les gens du capitaine Thoras, et Ga-
briel et Etienne Dumuret firent d^molir ladite eglise et aussi la cha-
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— 325 —
pelle du dit Montaut et s'en ont fait porter la tuille et futage a leure
maisoDs d'Arcet, et ausei les cloches qu'on avoit cach6 dans les fosses.
Aussi tous les orneinensjoyaux et livres des dites eglisesont 6t6 pilMs
et emportfe et ue savant bonnement par qui, sauf une grande croix
d'argent fut prise par le capilaine Bederede de Seignous aussi pendant
les troubles. Les dits Darcet ont retire les fruits et du cur^ et de Tesco-
lain et en la dile Eglise y a scolonie pour le service ducur6 a la collation
de FEveque D'Aire. En est scolain M* Pierre de Claverie gradu6 regent
au colege de Bordeaux et y fait faire le service accoutum6 aider au cur6
a repondre les messes et administrer les sacremens.
?iERTlS PRIEIBE.
Le Prieur6 de Nervis est dependant de Tabbaye de St Sever ordre de
St Benoit et a la collation est tenu faire servir le cure a repondre les
messes vepres administrer les sacremens. Par cydevant la tenue M*»
Miron, conseiller de Paris, mais n ont jamais veu le prieur, ct Icdit
Miron faisoit prendre les friiits et revenus. Et depuis quatre ans ou plus
le sieur et demoiselle de Montaut mari^s prenant les dits fruits et ne
savent a quel titre sinon disent qu'un nomm6 Landron en est pourveu
qui ni a jamais 6t6.
L'Eglise parroissialle de Nervis et Mugron est k la presentation de
I'abb^ deSt Sever et institution del'Eveque D'Aire. — Y a cure d'ames; en
est cur6 M* Bertrand de Ceta ChanoineD'Aire pr^tre bachelier es droits
qui y fait souvent le service et preche et y fait precher et y tient de
bons vicaires et y estledivin service fait ainsi qu'^tait accoutum6.
L'Eglise dudit Nervis fut bruise par les gens du vicomte Paulinar;
aussi les livres ornemens joyaux et les cloches fondues. Charles Dupoy
Dauribat emporta un calice d*argent et tous les ornemens et avec lui
Bederede de Seignas Pierre Loguens de Tartas et Jean de Serres de
Gansous du dit Mugron. La chapelle du dit lieu de Mugron fut bruise
en partie par les gens du s' de Montamant.
Massacre 4. — M* Jean Dupierd Etienne de Laporle Bernard Barrfere
et Etienne Domenges pretres de la dite paroisse ont €i6 tu^s et massa-
cres par les compagnies des dits capitaines.
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— 326 —
CORRESPONDANCE ET LETTRES PATENTES
INl^DITES
relatives aux Troubles Religienx et Poiitiqaes
PBHDANT
LA SECONDE PARTIE DU XYP SINGLE.
Le gouvernement du Bas-Armagnac est confiS d George de Benquet-
^Arhlade, par Jeanne d'Albret, reine de Navarre, en -1571, et
confirm^ par son fits Henri, en -1576 (^).
I.— 12 juillet 1571.
Nomination par le lieutenant g6n6ral Montgommery, de Georges de
Benquet d'Arblade au gouvernement du bas-comt^ d'Armagnac, con-
firmee par Jehanne Royne de Navarre,
Sur le repli on lit ce qui suit :
Aujourd'hui cinqme jour du moys de juillet mil cinq cent septante
ung le sieur d'Arblade denomme de lautre part en presence de la Royne
de Navarre a faict et preste entre les mains de W Francourt le serment
de bien et Qdelement faire la maison de lestat et charge de gouverneur
de son bas comptd d'Armagnac dont il a este par icelle invest! ainsy
quil appert par les pr^sentes lettres patentes de la provision du diet
estat et en a icelluy d'Arblade requis le present acte faict k la Jarry
pres la Rocbelle le jour et Ian que dessus.
Jehanne, par la grSce de Dieu, Royne de Navarre, dame sou-
veraine de B^arn et comtesse de Foix, Bigorre et Armagnac et a
tous ceux que ces presentes verront, Salut. Comme il soitdu tout
necessaire pour le bien de mon service, conservation de nos droits
et manutentioD de nos subjects pourvoir de personne teable digue
(1) Ces pieces nous sbnt commaniqu^os par M. GandeUd, doeteur mddecin aa
Houga, qui lui-mfime les doit arobligeance de M. Gard^re, gendre de M. Benquet-
d'Arblade, dernier repr^sentant, en ligne masculine^ de la famille de ce nom.
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— 327 —
et capable a Lestat et charge de gouverneur en nostre bas-comte
dArmaignac nagaeres vacant par le deces et trespas de feu Guy
de Pardaillan dernier paisible possesseur et par nous dernier pour-
veu scavoir faisons que pour le bon et louable rapport qui nous
a esle faict de la personne de cher et bien ame George de Ben-
qaet Seigneur d'Arblade estant certior^e et nous confians aplain
de ses sens suffisance loyaute prudence fidelite experience et bonne
dyligence et mesmes en consideration des bons et agreables ser-
vices que le diet dArblade nous a faicts durant les troubles der-
niers en la dicte charge de gouverneur en nostre diet bas-comte
y ayant este commis par Seigneur comte de Mongonunery lors
notre lieutenant general ez nos Pays et terres par provision et
soubz notre bon plaisir. A Icelluy dArblade pour ces causes et
autres bonnes et grandes considerations a ce nous mouvans avons
donne et octroye, donnons et octroyons par ces presentes la charge
et estat de gouverneur en notre diet bas-comte dArmaignac pour
le diet estat tenir par luy et doresenavant lexercer aux honneurs
dignites prerogatives privileges preh^minences libertez droits prof-
fits revenus gaiges estatsetesmolumentsquiendeppendent letout
tant qu'il nous plaira et a la charge de faire son ordinaire residence
en un des lieux de nostre diet bas-comte pour lexercice de son diet
estat Ce donnons en mandement par ces presentes a nostre Se-
neschal dArmaignac et son lieutenant que prins et receu du diet
dArblade le serment en tel cas requis il le mette et institue ou
face mettre, instituer et confirmer de par nous en la plaine pos-
session et joissance. du dit estat de gouverneur en notre dit bas-
comte et dicelluy Ensemble des honneurs authorites prerogatives
preh^minences libertes droits promts revenus dessus dits le face
et souffre joyr et user plainement et paisiblement et ez choses
concernant ledit estat de gouverneur lui face obeyr et entendre
de tons ceux et ainsy quil appartiendra. Mandons en outre a notre
tresorier et recepveur de notre dit comte dArmaignac et en de-
niers de sa charge et recepte il paie bailie et delivre par chacun
an au dit s' dArblade les gaiges ordinaires appartenans a son dit
23
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— 328 —
estat de gouverneur tels et semblables que le soulait avoir le
dessas dit deffunct Guy de Pardaillan son predecesseur et rap-
portant par lui au despans dicelluy deuement coUationnees au pre-
sent original pour une fois tant seulement et quitance du dit dAr-
blade par chacun an sur ce suffisante nous voulons tout ce que par
le dit tresorier lui aura este paie bailie et delivre estre rabatu de
sa recepte et passe et alloue en la mise en despance de ses comptes
par nos ames et feauls les Auditeurs diceuls auxquels nous man-
dons ainsi de faire sans aucune difficulte. Car tel est notre plaisir.
En tesmoing de quoy nous avons signe les presentes de notre main
et a icelles fait apposer le seel de nos armes. Donne a Roussac
pres La Rochelle le douzie jour de juiUet mil cinq cens soixante
douxe.
JEHANNE.
Et sur le repli, par la Royne de Navarre, Messieurs de Neinnoie et de
FaiKcocaT.
Plus bas : Lataulade.
Collationn^ sur Toriginal contr61e et sceIL6 du grand sceau pendant
de cire rouge.
Nous ferons observer que soixante- douze, dans la date ci-dessus, est
6videmment une erreur du copiste; car Jeanne d'Albret ne vivait plus,
depuis trente-deux jours, au^2 juillet 4572. Elle s'^lait rendue i la Cour
de Charles IX pour ia calibration du manage de son fils Henri de Bour-
bon (4). N6 a Pau le 43 d^cembre 4553, ce jeune prince 6tait k peine Ag^
de dix ans h la mort de son pere Antoine de Bourbon. Eleve dans le
calvinisme par sa mere, il avait fait ses premieres armes sous Tamiral
de Coligny et s'6tait distingui en divers combats centre les cathoU-
ques, notamment a La Roche- Abeille ct k Moucontour en 4569. Mais
TMit de pacification de Tannte 4 570 ayant ramen6 un peu de calme,
tous les coeurs droits s'6taient livr<5s k Tesp^rance d'une paix durable,
dont le mariage du prince Heori avec Marguerite de Valois, soBur de
Charles IX, semblait devoir 6tre le gage. D6j^ les bases du contrat
avaient ii6 sign^es a Blois, le 4 4 avril, par Charles IX, Catherine de
(1) Avant son manage avec la soenr de Charles IX, le prince Henry signait assez
souvent aubas de ses leuies : Henry, Henry de Bourbon.
A.pr^ la mort de sa mere, ii fut couronn^ roi de Navarre sous le nom de Henry III.
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— 329 —
M6dicis et la reine Jeanne; et celle-ci s^occupait, k Paris, des derniers
pr6paratifs de la ftte nuptiale lorsque la mort vint la surprendre dans
ThOtel de Cond6, le -10 juin -1572 apres cinq jours de maladie. — C'est
done soi\mie-onze qu'il faut lirei la date de ses lettres patentes.
Et du reste cette version se confirme par la date de Tacte pr^limi-
naire, qui pnScMe les lettres royales, et aussi par celle que porte le titre
suivant, rMig6 k Nogaro 27 jours aprSs celui de la nomination dont
il ue fut que la consequence.
Enregistrement de ladite nomination au parquet et auditoire du juge
ordinaire et g4n^ral d'Armagnac^ siigeant d Nogaro.
L'an mil cinq cens septante ung le huitiesme jour du moy dAoust
Dans la ville de Noguerol au comte d'Armagnac au parquet et auditoire
dicelle par devant Bertrand de Caucabanne licentie ez lois conseiller de
La Royne de Navarre duchesse dAlbret comtesse dArmagnacet son juge
ordinaire et general au diet comte dArmagnac estant illec en assemble
et estat suivant le mandement du Roy (^) et sa cOmission pour imposition
de subsides pour sa mageste et imposer sur le ving durant six ann^es. A
laquclle assemblee assitoyent les seigneurs de Corneillan de Salles et de
Syon messes Vidal Lanusse Fran^oys Bonnray FranQoys de Podenas et
Jehan de Lucat consuls de la dicte ville de Noguerol, Arnauld Trobat
consul de le ville de Riscle, Blaise Dozerae et Michel de Lanne consuls
de la ville de Barsalonne et plusieurs autres assistant a la dicte assem-
blee. Survint noble George de Benquet seigneur dArblade-Brassan, lequel
nous auroit diet et remonstre quil auroit pleu a la dicte Dame Royne de
Navarre de sa grace lui donner et octroyer les charge et estat de gou-
vernement en la dicte basse comt6 d'Armaignac pour le service de sa
mageste, conservation de ses droits et manutention de ses subjects
icelluy estat apresent vaccant par les deces et trespas de feu Guy de
(1) Charles IX. Ge prince avait envoys des commissaires dans toutes les provinces,
pour faire ex6cuter I'^dil de pacification de 1570, et demander aux Etats ou antres
assemblies de voter avec les imp6ts annaels denouveaax subsides. C'etaient d'abord
« les sommes ordinaires pour Vaide^ puis la crue de Toctroy et celle d'un petit nom-
bre de sols par liure sur le principal de la taille. » Dans I'Armagnac, pays traits com-
me mouvant de la couronnc, la recette demand^e comme extraordinaire devait se r^-
partir, au moins pour le vin, sur les six ann^es suivanles; « atlendu que I'hiver venait
d'etre tr^s rigoureux dans le midi; que la r^coUe des c^reales et menus grains avait
gen^ralement donnc^. a peine la semence; que la chaleur et la s^cheresse ^taient encore
extremes et qu'on s'attendait a une grande disette. Elle fut telle, en efifet, jusque dans
le Languedoc, que les maladies ot les fievres pestilentieUes iirent mourir beaucoup de
jnonde. [Dom J. Vaiss^tte, an 1571.]
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- 330 —
Pardaillan dernibr paysible possesseur et pour sa mageste dernier
pourveu dicelluy nous requ^rant que \eu sesletlrespatenles de la dicte
Dame el suivant le bon voulloir et intentiou il nous plaist le mettre el
instituer et confirmerenla playne possession et jouyssance du diet eslat
de gouvernement au diet bas-comte d'Armaignac et dicelluy ensemble
des honneurs auctorites prerogatives et preheminances libertes droits
proffits et revenus au diet estat appartenant nous le lyssions jouyr et
user playnement et paysiblement et neanmoings la lecture et publica-
tion des dictes lettres estre faictc en presence des dessus diets. Lesquelles
il nous a baillees et exhibees saignees et soubmis en song seel et escrip*
ture de la dame Jehanne dessus-dicte incontinent apres la r6cepsion
dicellesles avoir faictes lyre par nostre greffter estant present. Les des-
sus diets estatz et assemblee apres laquelle letture le diet seigneur dAr-
blade nous a encores requis voulloir prendre et accepter de luy le ser-
ment en ce cas requis et accoustume et ainsy cuest contenu ez dictes
lettres et aultrement avons raande estre faict pour scelles suivant leur
forme et teneur, sur quoy par nous juge susdict veu les susdictes lettres
ouyees les dictes requisitions et obtemperant au bon voulloir de la dicte
Dame en tant que besoing et ce nous est icelluy seigneur dArblade
Brassan avons mys et institue mettons et instituons et conflrmons de
par la dicte Dame en la playne possession et jouyssance du diet estat de
gouvernement au diet, bas-comte dArmagnac ainsy que ez honneurs
auctorites prerogatives preheminances et libertes droicts el profits et
revenus au diet estat appartenant a la charge touteffoys de faire son
ordinaire residence dans ung des lieux de la dicte bassecomte pour
Texercice de son diet estat et ainsy quil a jurcet promys cue dise devant
de bien et fldellement son diet estat et charge, et dicelluy servir la ma-
jeste de la dicte dame en faisant les proffits de la dicte Dame et esvitant
son domaige de tout son pouvoir et neansmoings avons ordonne que
les dictes lettres seront enregistrees ez regislres de nostre cour de quoy
nous a requis acte et nostre present verbal lui en eslre faict et expedie
lequel nous luy avons octroye et accorde et icelluy luy avons faict ex-
pedier signe de nostre main et de nostre greffier au diet Noguerol les an
et jour que dessus.
B. CAUCABANNE.
Quant aux lettres palentcs duroi de Navarre, donnees en confirmation
de celles de Jeanne d'Albret, on pourrait Irouver^lrange qu'elles sesoienl
produites seulement quatre ans apres cellcs de la reine. Pour expliquer
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— 331 —
ce long retard, nous rappellerons ici que, depuis son raariage (1), Henri
de Bourbon avait el6 rotenu k la Cour sous diflKrents prdtextes. Mais,
c^ant enfln k Tattrait de la gloire et de ses inter^ls personnels, ii s'6tait
echappe de Paris, le 3 Kvrier de celte m6me ann6e ^ cr76, et avait laiss6
Henri 111(2) fori Inquiet sur les suites de ce depart inattendu. Ce prince
6crivit en effet de Paris, le 2^ Kvrier, k M. de Rambouillet, conseiller en
son privd donseil et tappitaine de ses gardes, qu'il venait de recevoir sa
lettredu 16, en laquelle il iui donne bien particulier avis de tout ce quil
a entendu des d^porteraents de son fr6re, le roi de Navarre, auquel il a
fait une sage r^ponse sur ce qu'il Iui a escrit jpour son passage par la
villa du iMans : « Dont s'eslaht veu exclu je m'asseure bien qu'il aura
» pris son cherain par auttre endroict. II m'auoit est6 donn^ aduitz sem-
» blable de son acheminement vers Saumur pour aller comme j'estime
» joindre raon fr^re le due d'Alen^on, ce qui servira a asseurer dauan-
» tage le repos du pays du Mayne. .. •
Mais le due d'Alen^ion, secretement rteoncili^ avecle roi de Navarre,
s'^tait lui-mftme 6vad6; et une partie de la noblesse, d6goi3it6e des iutri-
goes et des fausses manoeuvres de la Cour, se pronon(?a pour Iui.
A la faveur de ces nouveaux troubles, Henri de Bourbon avait pu re-
joindre, a la Rochelie, sesfr^res et amis les protestants. De toutepartils
s'entendirent pourl'aider a reconqu^rirpar lesarmesson gouvernement de
Guienne (3). Aiin de se Her plus ^troitement a leur parti, il reprit au
milieu d'eux les exercices d'une religion que le nouveau roi de France ne
voulait plus laisser designer, dans les actes publics, autrement que sous
le nom dePr^tendue rdform^e.
Cependant, le roi de Navarre ^crivit en Gascogne dans les premiers
jours de juillet :
A MONSIECI DB BaTZ (4).
Mens' de Batz. Je vous veux bien faire savoir qa'estes sur Testat
de la defuncte Boyne, ma mere, de ceulx-la a elle appartenans, et
de tous temps bons amys et serviteurs des siens. Par quoy, faisant
(1) II fat c^l^brd k Notre-Daroe le 18 ao(il, six jours avant le massacre; mais daDs
des coaditioDs qui ^taient loin de pr^sager aux jeunes 6poux une union des plus heu->
reuses.
(2) Fr^re de Charles IX, et son saccesseur depuis le 30 mai 1574.
(3) Le 4 seplembre 1573, Charles IX ^crivait de Paris k Henri de Bourbon une
leltre qui debute en ces terraes : « A mon fr^re, le roy de Nauarre, gouuerneur et
mon liculenant general et admiral de Guyenne. »
(4; Manaud de Batz, seigneur de Sainte-Chrislie^et aussi de Batz dans la Chalosse.
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— 332 —
estat de vostre bonne volenti, je vous prie de faire et croire ce que
vous dira Mons' d'Aros de ma part (1). Et seray bientost a mesure
de cognoistre les veritables gens de coeur cpii se vouldront acqufirir
honneur pour bien faire avec moy; entre lesquels je fais estat de
vous trouver tousjours.
Vostre bon maistre et amy
HENRY.
Je vous prie m'asseurer vos amys et me venir voir k mon passer
a Auch partant de ce pays de la Rochelle.
Nous ignorons encore la date exacte de ce premier « passer IrAuch, i
depuis la fuite. Mais nous savons par sa correspondance imprim6e que
le roi de Navarre n'est pas plut6t arrivi sur les rives de la Garonne qa'il
^rit de mdme a sesamis : d*Agen le 9 et lo 45 aoiit; de Leictoure le48;
de Lisle en Jourdain le 6 et le -13 septembre; de Leictoure encore le 27
de ce mois; et c'est de N^rac qu'il date, le 3 oclobre, la pi6ce in6dile
annonc^e ci-dessus et que nous allons reproduire.
II. — 3 oclobre 1576.
Henry par la grace de Dieu Roy de Navarre (2) seigneur souverain
du B6arn et des terres de Donnezan de hanbourdin et amerin Due
de Vendosmois des terres d'Albret et de Beaumont comte de Foix
d'Arraagnac de Rodetz de Bigorre de Marie et de Perigord , vicomte
de Limoges et A tous ceux qui ces presentes lettres verbont
SGAvoiR que pour la bonne et entiere confiance que nous avonsdela
personne de notre cher et bon ame George d Benquet s' DAr-
blade gouverneur de notre bas-comt^ d'Armagnac et estans deue-
ment adverti du bon debvoir quil a cy devant faict a lexercice do
dit estat et charge duquel il a este pourveu par la feue Royne no-
tre tres honnoree Dame et mere ainsy quil nous en apparu par
ces lettres de provision y attachan soubz notre contrescel icelluy
(1) Beroard, baron d'Arros,d'une famille de B^arn, avail iii6 Domm^ en 1569, par
Jeanne d'Albrel, vice-roi de Navarro el gouverneur de B6arn. Bien qa'il e\kt oflert
sa demission d6s 1575, il conserva toujours la premiere place dans le conseil priv^.
{%) Pepuis le 10 juin 1572, date de la morl de sa mere.
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— 333 —
pour ces causes et autres bonnes considerations a ce nous mou-
vans avons continue et confirme continuons et confirmons au dit
estat et charge de gouverneur de notre bas-comte dAroiagnac et
autant que besoing estou estoit, le lui avons denouveau donne et
octroye donnons et octroyons par ces presentes voullons et nous
plaist qu'il en jouysse aux mesmes honneurs auctorites prerogatives
pr^h^minences franchises Ubertes gaiges droits proffits et esmo-
lumens accousteumes et tout ainsy quil en a cy devant jouy et jouyt
encores de present tant quil nous plaira sans quil soit tenu de faire
ni de prester auttre nouveau serment que celluy quil a cydevant
faict ni que lui soit besoing prendre aultres leltres de provision de
nous que ces presentes car tel est nostre plaisir. En tesmoing de
quoy nous avons a ces presentes signan de notre main fait mettre
et apposer notre seel. Donne a Nerac le ny jour doctobre Lan mil
cinq cens soixante seize.
Henry.
Collationne sur roriginal control^ et scell^ du grand sceau de cire
rouge pendant sur le Repli, par le Roy de Navarre comte d'Armaignac.
BoiEa.
D6s le commencement de Tannic \ 577, le roi de Navarre ^crit de
Sainte-Bazeille aM. de Montbrua la lettre suivante par laquelle il defend
ses droits sur risle-Jourdain(-l).
III. — 22 Janvier 1577.
A MONSIEUa DE MOISTBRCN (2).
Mons' de Montbrun, parceque j'ay desia establi et ordonn^
Fordre que les htans de ma ville de Tlsle en Jourdain ont a tenir
p' eulx conserver et ma d. ville soubs Tobeyssance du Roi mon-
seigneur et mon commandement, sans recevoir autre garnison la
(1) Envoi faitau Comity, du chateau de Malliac, canton de Montreal (Gers), le 15
avril 1860, par M. H. de Moncade, a qui nous devons quelques autres documents
pr^cieux de la m^me nature.
(2) Francois d'Apchier, baron de Montbrun, seigneur de CUaliier, Verriere, etc.,
etc., ^tait fils de Jetian d'Apchier et de Jehanne de Mauriac. Charles IX I'avait
Domme, en 1571, chevalier de I'Ordre, c'est-i-dire de Saint-Michel, que Louis XI
avait fond^ en 1469, pour I'opposer a celui de la Toison-d'Or. « II n'y avail — dit
Montaigne — ni charge ni ^tat, quel qu'il fCtt, auquel la noblesse pr^tendtt avcc au-
tant de d^sir et d' affection qu'elle faisait a VOrdre, »
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— 334 —
dedans q. deals mesmes d'aultant q. je desire singalierement leor
bien et solaigemt, et que Ton m'a fait entendre que vous taschiez
d'y entrer avec qlque nombre de gens, encores que je ne le
puisse ni doibve croire, si est a q* m'a sen)bl6 tous debouar es-
crire ceste ci pour vous prier et exorter ou vous Tauriez entre-
prins, vous en depporter puisq. vous n'avez rien a comander sur
ce qui m'appartient come fait la d. ville, autremt ou vous va*
oblieriez tant que de Tentreprendre, vous pouvez penser q. je
ne suys pas p*^ le souflfrir sans en avoir ma revanche. De quoy
je serais de tant plus marry destre occasional que je d^ire voos
f« plaisir en touts les endroits ou j'en auray le moyen, priant
Dieu, Mons' de Montbrun q* vous ait en sa Ste-garde.
De Ste-Bazeille ce 22 Janvier 1 577.
Trois lignes plus bas est 6crit de la main du roi :
Votre bon amy
Signi HENRY.
Au dos toil: Scell6 des armes da roi
A Mods' de Montbrun. imprim^es sur un pain k
cacheiter mis sous papier.
La collection in-4odes autographes de Henri IV, imprimte ft Paris par
les soins du minist^re, rcproduit, a la date du 23 Janvier i 577, une lettre
presqu'entiferement semblable a celle que Ton vient de lire : elie part
aussi de Sainle-Bazeille. Le roi de Navarre veut sauvegarder ft Auch des
int^r^ts tout ft fait analogues a ceux qu'il prot^geait la veille, en si bons
termes, dans sa place de risleen-Jourdain. II s'adresse ft Mathieu de
La Barthe, seigneur de Giscaro, qu'il savait 6tre d'intelligence avec
Lussan pour lui faire refuser Tenlrte de notre ville. Le ton ferme et
d6cid^ de cette lettre n'intimida ni Lussan ni Giscaro, qu'entouraient les
vingt-trois fr^res de ce dernier (\); et Henri ne fut pas plus heureux
cette fois ft Auch qu*il ne I'avait iti nagu6re aux portes de Condom.
(1) Mathieu do La Barthe, seigneur de Giscaro, ^ait I'atn^ des trente-quatre fils de
Paul de La Barthe, seigneur de Giscaro, et de Marie d'Armentieu de la Palu, sa
ferome. Paul de La Barthe les avait tous pr^sent^s k Charles IX lors de son voyage
en Gascogne, et mis jnsqu'au dernier k son service contre les protestants. -^ Voir la
Collection des Lettres de Henri IV, tome i, in-4o, ann6e 1577.
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- 335 —
VOCABULiURE
DES TEHMES LES PLUS DSIltS DANS l'£TUDE DES MONUMENTS CHRETIENS.
{Suite.J (1)
ACCOUPLEMENT, s. m. Agencement des colonnes dispos^es
deux k deux et de face. Cette maoifere de placer les colonnes sem-
ble avoir ^t6 ignor^e des Grecs et mSme des Romains, avant la
decadence de Tart antique. Les plus anciens exemples certaine-
ment connus sont aux ruines de Palmyre, vUle que Th^roisme et
les malheurs de Z6nobie ont rendue si c6lfebre, dansle dernier tiers
du iii« sifecle de notre kre. AF^poque du si^ge et de la prise de
Palmyre sous Aur^lien, une grande partie de ses Edifices avaient
et6 detruits. Get empereur en fit construire d'autres avec une grande
magnificence; et cet exeraple fut suivi, peu d'ann^es aprfes, par
Diocl^tien, son sixi^me successeur. G'est dans ces ruines monu-
mentales qu'un petit nombre d'architectes de France et d'ltalie
paraissent avoir puis^, d^s le xip sifecle, les premiers modules de
colonnes accoupl^es, dont Tusage a eta si frequent depuis la
Renaissance, et sp^cialement sous Louis XIY. J^han de Beaujeu
les faisaitentrer dans son plan du porche de Sainte-Marie d'Auch,
vers Tan 1 548. On a done eu grand tort d'^crire que les ruines
cilebres dont nous venons de parler furent entierement inconnues
des artistes modernes avanl 1691; ou bien, qu'il ne s'est pas
trouv6 ailleurs, avant ce temps, quelqu'autre exemple de Faccou-
plement des colonnes, a la maniere antique.
(1) Voir, piushaut, p. 75.
24
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— 336 —
Dans les edifices de I'^poque romano-bizantine et de Tepoque
ogivale, raccouplement des colonneltes est tres frequent. II en
r6sulte un assemblage de formes 16geres et gracieuses qui rompent
agr^ablement la monotonie des surfaces, et enrichissent Faspect
du monument par Tabondante vegetation de leurs chapiteaox.—
Voir pi. II, fig. 1 et 2, la place destin^e a ces sortes de colonnes.
Ces vues d'ensemble, que nous devons a M. TabbS Louis Meyrans,
du diocese d'Aire, reproduisent, fig. 1 , le plan g^n^ral actual de
I'abbatiale de Saint-Mont, canton de Riscle; fig. 2, les primitives
dispositions de son chevet roman.
ACCUSER. — Terme de peinture^ de sculpture. On accuse le nu
sous les draperies quand on fait saisir a Foeil d'un observateor
exerc6 la forme, la disposition, le mouvement des parties d'on
sujet que le vfitement recouvre. — Dans ce meme sens, accuser
les muscles et les os sous la peau, c'est dessiner le nu avec iine
correction telle que Foeil suive les renflements, les insertions des
muscles, la saillie, la forme et les articulations des os, mSme un
peu plus sensiblement que ne le comportent, dans la nature, U-
paisseur et la souplesse de la peau.
ACHEIROPOIETES. — Get adjectif est souvent employe dans
le langage iconographique, a propos de certaines images de J&us-
Ghrist et de la Sainte-Vierge, que les traditions de Fart chr^tien ont
toujours reconnues n'avoir pas 616 faites originairement de main
dliomme. Les plus c61ebres sont la Sainte Face, ou V^ronique,
vera icon; le portrait du Sauveur que Thadd^e aurait port6 i
Edesse au roi Abgare; etaussi di verses figures de la Sainte-Vierge.
— A toutes les 6poques, on retrouve, dans les monuments reli-
gieux, la trace de ces antiques croyances a Fintervention du sor-
naturel dans Forigine de ces images merveilleuses. Quelle que
soit Fopinion que Fon adopte sur leur authenticity, on peut du
moins les consid^rer comme un echo fidele des traditions primiti-
ves sur le type du visage de J^sus et de Marie. Car il est k remar-
quer que les portraits acheiropoifetes ont un grand trait de res-
semblance avec les plus belles tdtes de J^sus-Christ et de sa diyine
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— 337 —
Mere, que les artistes modernes ont retrouvees dans les plus au-
ciennes peintures des catacombes de Rome (1). Nous aurons occa-
sion de traiter plus longuement, dans le Bulletin, de lliistoire de ces
sortes d'images.
ACROTERE, s. m. Les acrotferes sont comme de petits
pi^destaux, ordinairement sans corniche, et toujours sans base,
que Ton place verticalement au sommet et aux extr^mit^s triangu-
laires des frontons. lis ne paraissent guere anterieurs a la deca-
dence de Tart antique, qui les destinait a porter des statues. On
retrouve le souvenir de cette pratique dans les monuments chr^
tiens, au-dessus des frontons aigus qui couronnent les portes
principales des Edifices des xiii«, xiv« et xv" siecles. Dans le xvi»,
les pignons des facades se terminent ordinairement par un acrot^re
que surmonte une statue, un ob^lisque^ ou m^me un groupe;
et au sommet du frontispice principal, Tacrotere porte souvent la
statue d*un ange qui sonne de la trompette, ou bien celle de Tar-
change St Michel terrassant le Dragon infernal, ou mettant en fuite
le prince des Tenebres, sous la figure d'un monstre horrible. —
Au pignon de la ravissante chapelle domestique qui vient de se
construire au chateau de Fondelyn, prbs de Condom, le sculpteur,
M. Zeppenfeld fils, a cru devoir donner la preference a TAnge de
la prifere. — Enfin on appelle aussi acroteres les parties pleines, en
forme depiedestal, qui consoUdent, de distance en distance, entre
socle et tablette, les balustrades des edifices. Cette disposition
existe aux galeries du grand comble de Sainte-Marie d'Auch, ou
de simples boules de pierre couronnent cette espece d'omement.
A Saint-Maurice de Tours, les acrotferes du grand comble portaient
une legion de chevaUers et d'eveques, veillant, pour ainsi dire, k
la garde du Saint Temple. Ces belles statues furent malheureuse-
ment detruites, en grande par tie, dans les derni&res annees du xix«
sifecle.
AGNEAU, s. m. A toutes les epoques de Tart figure, Fagneau
(1) Louis Perrkt,— Peintures des Catacombes, grand in-foliO| paisim.
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L.
— 338 —
fut pris pour symboliser la douceur, rinnocence et la simplicity.
Dans le langage des proph&tes hebreux, 11 figure tres souveDt le
Messie attendu, que St Jean-Baptiste designasous le nom d'Agneau
de Dieuj quand J^sus-Christ, au d^but de sa vie publique, vint
demander a son pr6curseur le baptfime de la Penitence, sur les
rives du Jourdain : « Ecce Agnus Dei, voila I'agneau de Dieu. »
II ne faut done pas s'etonner si Tart chr^tien, depuis sa naissance
dans I'obscurit^ des catacombes de Rome, jusqu'a nos jours, a
constamment emprunt^, comme figure du Sauveur, cet embleme
touchant de mansu^tude et de volontaire immolation. L'emploien
6tait mSme devenu si frequent dans les sifecles de persecution, oil
le langage symbolique futlongtemps une necessity de circonstance,
que jusqu'au v« sifecle cette langue se retrouve dans les habitudes
de la vie commune. Ecoutons en effet un c61ebre Aquitain de celts
lamentable p^riode de notre histoire occidentale : « Agneau et
» Pasteur tout a la fois, — dit St Paulin, — le Christ nous a
» faits agneaux de loups que nous ^tions; et, a ce titre, il noos
» r^gira jusqu'a la fin des sifecles; car il est, pour leur sauvegarde,
» le Pasteur de ces mfimes brebis dont il a voulu d'abord 6tre
» Tagneau d'expiation, oflfert en sacrifice. » Le savant ^veque de
Nole s'exprimait ainsi dans sa troisieme lettre a Florentinus. Mais
si, entre deux hommes d'intelligence, et parfaitement fixes surle
sens doctrinal de la phrase allegorique, il n'y avait aucun danger
de confusion, il en etait bien autrement de la multitude des fidd-
les. Aussi TEglise finit-elle par se pr^occuper des abus que pou-
vait entralner cette ancienne pratique. Et dans la crainte que Tal-
l^gorie ne prit d^finitivement la place de la r6aUt6, dans les id^esda
vulgaire ignorant, elle ordonna, desle vii«sifecle, que la figure hu-
maine de J6sus-Christ fftt substitute a Fimage de I'agneau, dans les
peintures religieuses. « Ddsormais, — disent les PP. du Concile
» Quinisexte, en 692, — il faudra representer le Christ notre Dieu
» sous la forme humaine, et mettre les traits de FHomme-Dieu k
» la place de Tagneaa antique. II faut que nous contemphons toute
» la sublimits du Yerbe divin k travers lliumiUte de sa nature
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— 339 —
» humaine, etc. , etc » Canon 82«.— Cette importante decision
fatle signal d'une immense revolution dansles ^coles de peinture et
de sculpture chr^tiannes; et Ton sait ^ combien de chefs-d'oeuvre elle
a donn^ naissance, sp^cialement en Occident, malgr^ les entraves de
tout genre que vint mettre au progr^s des arts du dessin Fh^r^sie
des Iconoclastes. De toutes parts on se piqua d'une sainte Emu-
lation pour reproduire les traits divins du plus beau des enfants
des bommes; tandis que Tagneau fut r^servE d'une mani^re moins
exclusive comme attribut de St Jean-Baptiste, ou bien comme
figure allEgorique du Messie immol6 pour le salut du genre bu-
main.
<^M^' ^ Quand on le repFoduit dans le second cas,
^^^^^^fe^ il vient d'expirer (1 ); sa blessure saigne en-
j^ttijlj^^^^ <^o^^) ^t i^ 6St etendu sur le livre ferme de
j^fl^H|^B r Apocalypse. La tranche de ce hvre met en
^RBE0V^ vue les sept sceaux pendants que KAgneau
a brisks par son immolation volontaire (2).
Dans le premier cas, il est toujours vivant, et il arbore, ainsi
qu'on le voit dans les armes de la ville d'Auch, par exemple, la
petite croix de resurrection, comme symbole du triomphe que le
Sauveur a remportE sur la mort (3). Et, pour que Ton sache bien que
cet agneau figure le Fils de Died /ati hommey on repr^sente autour
de sa tfite le nimbe criu^ifere que les saines traditions de Fart
Chretien ont exclusivement r6serv6 aux trois personnes divines, et
par la m6me aux figures symboliques qui leur sont propres. Cost
ainsi que nous voyons, dans les anciens monuments ant^rieurs a la
Renaissance, une main droite ynissante porter cette espece de
nimbe, pour Dieu le Pere, et la Colombe pour le Saint-Esprit.
(1) Apoc. Et vidi Agnum stantcm, tanquam occisum. Cap. V, v 6.
(•2) Apoc. Etvidi.. .. Librum scriptum intus et forts, signatum sigillis septem.
Cap. V, V. 1. II est bien rare qu'on oublie de reproduire ce nombre sacramentel
dans les repr^senlalions modernes de I' Agneau immol^, ^lendu sur le livre fermi.
Mais trop souvenl on figure, au bout des sept cordelelles, de simples ornements de
fan laisie, tels que f ranges, glands, etc., etc., landis qu'on ne devrait representor,
sur le plat de I'empreinte qui pend, que des signes sacr^s, tela que la croix, le
chrisme, pi. II, fig. 12; ou enfin I'A etn (voir page 76), etc., etc.
(3) Voir au bas de la planche I, en t6te de la premiere livraison du Bulletin.
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— 340 —
AIGLE, s. f., en tant que cet oiseau est pris comrae emblfemeou
attributall6gorique.— Chez les anciens, elspecialeraentaRome(l),
Taigle fut consid^r^e comme remblfeme de la majesty , de la hardiesse,
de la force, etc. Dans les peintures chr6tiennes des catacombes ro-
maines, elle symbolisa, des les premiers siecles de notre ere, la
sublimite du courage des martyrs, leur triomphe dans les tortures
sur la terre, et leur glorification dans le Ciel. — St Gregoire regarde
Taigle comme le symbole de la vie contemplative, a cause de la
hauteur de son vol. Aussi en a-t-on fait Tattribut personnel de St Jean
r^vangShste, qui, des la premifere page de son Hvre, s'^lfeve jusqu'a
la myst^rieuse contemplation de F^ternelle generation du Verbe,
dont il va raconter les abaissements. — Dans le choeur de nos cath6-
drales, on donna souvent au pupitre de TEvangile la forme tf une
aigle ^ploy^e, dont les ailes portaient le hvre. De la le sens de cetle
rubrique qu'on lit souvent dans les anciens livres d'Eglise : Ad
aquilam chori.
Mais, comme le texte de TEvangile ne devait pas 6tre invariable-
ment puis^dans lehvredeStJean,onretrouvait presque toujours,
dans les details de Tomementation de ce meuble, les attributs des
trois autres Evang^listes. C'est ainsi qu*k Sainte-Marie d'Auch, par
exemple, le pupitre du diacre reproduit Taiglede St Jean, a la partie
superieure; tandis que dans les sculptures du support a trois faces,
qui repose sur le sol, se retrouvent les autres formes ailees de la
vision d'Ezechiel et de F Apocalypse, savoir : Phumanite du Verbe
fait chair, pour St Mathieu; le Veau des sacrifices judaiques, pour
St Luc; et, pour St Marc, le Lion du desert qu'habita St-Jean-
Baptiste (2).
(1) Voir ibid'f 4 gauche, I'aigle ^ploy^e, dominant le trop hee d'armes d'un g^-
ndral roniain au y* si6cle.
(2) EzECH., cap. I. — Apoc, cap. IV, v. 7 et 8. Et animal primuro simile
Leoni; et secundum animal simile Vitulo; et tertium animal habens faciem quasi
hominis; et qnartum animal similar aquMcs volanti. — Et quatuor animalia siogola
eorum habebant alas, etc., etc.
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— 341 -
AIGUILLE, s. f. On a souvent donn6 ce nom a la termioaison
pyramidale de certains clochers,
ou bien au couronnement aiga qui surmonte, dans la periods
ogivale, des contre-forts, des montants de charpenterie ou de me-
nuiserie, comme a la partie la plus elevee des hauts-dossiers de
Sainte-Marie d'A'uch, d'Amiens, d'Anvers, dePampelune, etc., etc.
A rint^rieur, les magnifiques aiguilles qu'on ^leva au sommet des
tours de nos^glises, specialement a partir du xiv« siecle, les pro-
blemes les plus difficiles de Tart de charperrtier furent ordinaire-
ment resolus avec une habilet^ surprenante. Mais le feu du Ciel
n'apas toujours bien respecte ces chefs-d'oeuvre. On saitque, dans
le Midi surtout, bon nombre de localit^s pourraient dire, avec cette
inscription d'Amiens, sauf variante de date :
MDXXVII
Ccst andurant, quinzejuillet
Par foudre fut le clocher de c6ans
Espris du feu et ras6 tout net;
Duquel mesfaict pleurent maintes gens.
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— 342 —
Malheureusement, nos modernes paratonnerres ne sont pas too-
jours assez bien coDditionnes poor garantir des moDuments qui
sent beaocoup moins 6lev6s que la pyramide dont le xiii« siecle
avait couronne la cathedrale d'Amiens.
AlLES. s. f. On est convenu de donner ce nom, en architec-
ture, a toute partie importante qui se rattache a la masse princi-
pale d'un batiment. Pour les 6glises, on le reserve, en general,
aux basses-nefs construites sur les deux cdt^s, parallelement a la
longueur de T^difice. Le plus souvent, les ailes ou bas-cdtes sont
au nombre de deux ou de quatre. On en trouve pourtant jusqu'a
six, comme a Saint-Bavon de Gand, par exemple.
ALLEGE, s. f. Partie de mur qui se trouve au-dessous d*one
fenfitre. Quand Touverture n'est destin^e qu'a donner de Fair el
delalumierearint^rieur, Tallage nediffi^re en rien des autres par-
ties de la muraille. EUe est moins epaisse et forme embrasure,
quand la fenStre est accessible, de mani^re a permettre de regarder
facilement a Fexterieur.
ALL^GORIE, s. f., ou figure all^gorique. Dans le langage
usuel, ces expressions designent la personnification d'une vertu,
d'un vice, d'un penchant ou d'un 6tre abstrait. L'all6gorie enaprunte
ordinairement la forme humaine, mais avec accompagnement d'at-
tributs caract^ristiques : c'est ainsi, par exemple, que les balances
caracterisent la Justice; I'ancrey TEsperance; les tables de laloi
amienney la Synagogue; un petit Edifice religieux, TEglise; les
deux r^unis, la Religion, etc., etc.
AMBON, s. f. Tribune elev6e de certaines 6glises, du hautde
laquelle on fait entendre le chant de TEpitre et de TEvangile dans
les offices solennels. L'ambon ne doit done pas se confondre avec
la chaire paroissiale sp^cialement aflfectee a la predication. S'il y
a deux ambons. Fun est destine au sous-diacre, du c6te de I'E-
pitre, et Tautre au diacre, du c6t6 de TEvangile, comme dans le
choeur de Sainte-Marie d'Auch, par exemple. Mais St-Charles
Borrom^e voudrait que le premier fftt moins 61eve que le second.
AMEUBLjEMENT, s. m. Cette expression comprend, pour les
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— 343 —
eglises, Tensemble du mobilier qui leur est propre : autd, fonts
baptismano)^ ambon^ chaire, appui de communion^ staUeSy confes-
sionnauxy etc., etc.
Quelques archeologues, trop empresses de se prononcer en
amateurs sur rameublement de nos eglises, se montrent fort
exigeauts a Tendroit des formes et de la disposition du mobilier
qui les decore. On en voit mSme qui r6clament, sans motif s6-
rieux, le r^tablissement d'usages ou d'objets de minime impor-
tance avec une s^v^rit^ tout a fait ^trang^re au veritable esprit
des saints Canons et des regies liturgiques. U serait bien plus sage
de consulter, en cette matiere, les int^rSts r^els du culte public,
et de subordonner de semblables pretentions aux ressources g^n^-
ralement fort restreintes dont nos fabriques disposent.
Lorsqu'il est question de d^corer ou de meubler un Edifice nou-
vellement construit, il est incontestable que le style de Tarchitec-
tore qui domine dans Tensemble doit avoir la preference dans le
choix du mobilier etde Tomementation. Etceprincipeest lemdme
quand il s'agit de renouveler ou de restaurer, dans un ancien edifice,
des meubles ou une decoration que le temps a deteriores. Mais faut-
il appliquer cette regie avec la mdme severite toutes les fois qu'on
se retrouve en presence de ces regrettables anomalies que le xvii«,
le xviu« et le xix« siecles ont creees dans nos anciennes eglises ? De
1590 a 1830, on aremplace une inmiense quantite d'autels, de
chaires, de fonts baptismaux, de stalles et autres objets sembla-
bles par un mobilier plus ou moins riche, plus ou moins beau, mais
en complet desaccord de style avec Tarchitecture des edifices qu'il
decore. Que faut-il faire de nos jours, dans Tinteret bien entendu
des eglises qui poss^dent de tels meubles ?
Si les autels, les chaires, etc., etc., sent bien conserves, d'un
travail vraiment remarquable etd'un merite reel, ils doivent etre
respectes avec presque autant de soin que s'ils etaient dans le style
de reglise; car les oBuvres de ce caractere n'interessent pas moins
que les autres Thistoirede Tart religieux.
Si,au contraire, ce mobilier, relativement modeme,.est depourvu
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- 344 —
de toutes les qualit^s qui recommandent un ouvrage d'art, on
peat le faire disparaitre sans scrupule, lorsqu'on a les ressources
D^cessaires pour le remplacer par des objets mieux appropries ao
style qui caract^rise F^difice.
ANGRE, s. f. Cest un instrument de fer a double crochet qo'oD
laisse tomber au fond de Feau pour fixer les b4timents. Nous avoDs
d^ja dit au mot aUigorie que Yancre est Tattribut de I'Esp^rance.
On la voit k la main de cette figure all^gorique au baut dossier des
stalles de Sainte-Marie d'Auch. — Par extension, on q)pelle
ancre, en architecture, une pifece de fer ou de bois qui sert a emp6-
cher r^cartement des murs. A partir du xv« sifecle, on voit souvent
des ancres apparentes plus ou moins riches de forme, et plac^ de
mani^re k maintenir les parementsext^rieurs.
ANGES, s. m. Tons les peuples de Tantiquitd ont cm, comme
nous, k Fexistence d'esprits interm^diaires entre Fhomme et la
Divinity. lis n'ont vu sans doute, dans ces dtres privil^i^s, que de
simples creatures. Mais ils les ont consid6r^es comme tvbs sup^
rieures k Fhomme, et comme exer^ant, k ce titre, une grande
influence sur les 6y6nements de ce monde.
A toutes les 6poques, Fart figure a repr^sent^ ces purs sprits
sous les apparences de la forme humaine. Le paganisme en fit des
g^nies ravissants de grdce et de beaute sensible, mais nus et sans
pudeur. Les artistes Chretiens, puisant a d'autres sources la beaote
surnaturelle des formes ang^liques, les revStirent, dfes le principe,
de longues tuniques de fin Un, symbole dlnnocence et de candenr,
et les rehauss^rent de tissus d'or 6maill6s de pierres pr^cieuses,
comme d'un y^tement de gloire celeste. — Entre ces deux 6coles,
les peintres et les sculpteurs, qui ont le sentiment des oeuvres d'art
religieux, nesauraient balancer, malgr6 les funestes exemples trop
souvent reproduits, depuis la Renaissance, jusque dans nos sane-
tuaires. Les Anges qui portent des instruments de musique ou les
attributs de la Passion, aux boiseries de Favant-choeur de Sainte*
Marie d'Auch, sont, en cette importante matifere, de ravissaots
modMes k suivre.
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— 345 —
ANIMAUX, s. m. Au mot Atj/e, nous avons nommd les ani-
maux qui, avec Y humanity du Verbe fait chair, symbolisent les
quatre Evangelistes, dans la vision d'Ez^chiel et de T Apocalypse.
Cette sorted'interpretation, par la peinture^ la statuaire, la sculp-
ture, la plastique, etc., etc., n'est pas ant^rieure au vip sifecle. Dfes
le xii«, on voit le Christ assis sur un trdne, entoure des quatre
symboles, ordinairement nimbus et deployant deux ailes, souvent
quatre et quelquefois six. A Saint-Bertrand de Comrainges, les
statues des quatre Evangelistes, adoss^es a une colonne du cloitre,
portent dans leur bras les figures symboliques qui sont destinies k
les faire reconnaitre.
Pendant la longue p^riode du moyen-age, la decoration des edi-
fices civilset religieux presente une variety infinie d'animaux fan-
tastiques. Le xiv« sifecle les supprime en grande partie pour leur
sabstituer la reproduction de la Flore murale. lis reparaissent au
rv«, imites en general plus exactement sur la nature, jusqu'^ ce
que la Renaissance vient mettre k leur place les deiicates et splen-
dides frivolites qui caracterisent cette demifere p6riode.
ANNELfiES, colonnes annd^es. On a donnd ce nom aux co-
lonnettes dont le fat est orne, k une certaine hauteur, d'une es-
p6ce d'anneau ou de bracelet compose de plusieurs moulures. Ces
sortes de colonnes ne sont pas anterieures au xii« si^cle. Le xiii*
les a multipliees au splendide chevet de la cathedrale de Bayonne.
On en trouve peu d'exemples dans le centre de la France ; mais
nuUe part cette decoration n'esl aussi remarquable que dans la
magnifique cathedrale de Laon.
ANSE DE PANIER, s. m. Ces mots determinent la forme d'un
arc dont la hauteur sur son diam^tre horizontal est moindre que la
moitie de ce diam6tre(1). Cet arc est done surbaisse. Aussi quand
ils'observe a la partie superieure d'une baie, porle, fenfitre, etc.,
etc., on dit que cette baie est a cintre surbaisse; c'est le caract^re
fort disgracieux que reproduisent toutes celles de la galerie inte*
(1) Voirplanche II, figure 3.
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— 346 —
rieure ou triforium de Sainte-Marie d'Auch. Oq construit aussides
voiites surbaissees en anse de panier. Mais il en est, dans nos
anciennes eglises, qui doivent cette forme a T^cartement des murs
lateraux, qui se sont trouv^s trop faibles pour se passer de solides
contreforts.
APPAREIL, s. m. Le dessin, la taille et la disposition des
pierres constituent ce qu'en architecture on appelle appareiL On
dit d'une facade qu'elle est d'un bel appareil lorsque les pierres,
taill^es avec precision, de m6me hauteur, et souventdemfime lon-
gueur deface, sont plac^es de manifere a satisfaire en m6me temps
etpour la solidity de Touvrage et pour Fagr^ment de la vue. Les ap-
pareils rectangulaires qui se rencontrent ordinairement sont : le
grand, le moyen et le petit. Aucune regie ne determine exacte-
ment leurs dimensions. Mais on peut donner comme principe
general qu'une pierre qui pr^sente de face plus de 0 m. 60 de
hauteur est de grand appareil, et que celle qui en a moins de 0 m.
1 5 est de petit appareil. Celui-ci est dit appareil allonge lorsque
sa longueur a sensiblement plus d'^tendue que sa hauteur.
L'appareil est rigulier quand le parement ou surface apparente
des pierres a, pour toutes, les m6mes dimensions. II est, de plus,
en liaison, lorsque les pierres sont superpos^es de manifere a faire
correspondre altemativement la Ugne verticale des joints avec le
milieu des pierres qui les avoisinent dessus et dessous, conune a
la figure 4, planche II. L'appareil est irrigulier quand il n'est pas
dans ces conditions. II ne faut pourtant pas le confondre avec Tap-
pareil en blocage, dont le parement ne pr^sente qu'un simple cail-
loutage, ou bien des moellons informes noy^s dans le mortier.
L'appareil est riticvl6 quand la disposition des joints imite la
trame d'un r6seau ; obliqui quand les joints se contrarient d*ane
assise a Tautre et concourent a former des zig-zags; en forme de
feuilles de fougfere, d'^cailles de poisson, etc., etc., quand les
pierres sont dispos^es de manifere a rs^peler ces sortes d'im-
brications.
APPENTIS, s. m. Espfece de bdtiment compose d'un toit ap-
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— 347 —
puy6 contre un Edifice qui le domine, incline en avant et souteoQ
par des piliers, des poteaux ou bien un petit mur de face. Les
appentis se rencontrent fr^quemment aVouest des ^glisesrurales,
dont ils abritent la porte d'entr^e. lis ont aussi trfes souvent pro-
t^g^ contre les agents atmosph^riques Tornementation des en-
tries principales d'^difices plus importants.
APPUI, s. m. Cest la tablette sup^rieure de Tallage des fene-
tres. Et, par extension, on a donn6 ce nom a toute espece de bar-
riere d'un mfetre de hauteur moyenne, construite dans Tintention
de servir d'appui. Dans les galeries la tablette est pos^e sur des
balustres en pienre, en bois, en fer, etc., etc.; ou bien lesbalustres
sent remplac^s par une cloison a jour, dont les dessins doivent
reproduire le style de T^difice ou la barriere se trouve. Tel est, en
g6n6ral, le caractere des grilles en fer, en bronze, en bois, etc.,
etc., qui se fixent^ k hauteur d'appui, a Tentr^e des sanctuaires,
et que Ton appelle sainte-table, appui de communion, etc., etc.
Nous reproduisons a la fig. 4, planche II, un compartiment de celui
qui cloture a Touest Tenceinte de Tavant-choeur de Sainte-Marie
d'Auch, et dont nous avons d^ja parl6 a la page 245.
ARABESQUES, s. f., ornements points ou sculptfe en relief
ou a jour, qui pr^sentent un ensemble capricieux et fantastique
de tiges, de feuillages, de fleurs, de fruits, m616s de figures
monstrueuses de toute espece. Ce genre d'ornementation est trfes
commun, surtout dans le Midi et aux Edifices du xii« sifecle, oil
on en trouve fr^quemment d'un gout exquis, d'une variete prodi-
gieuse et d'une execution fort remarquable. Ilest singulierqu'au
xni« et au xiv® siecles, les arabesques, si communes dans les belles
enluminures des manuscrits de cette 6poque, aient presque entife-
rement fait defaut dans Tornementation sculpt^e de nos eglises.
Mais elles reparaissent a la Renaissance; et leurs dessins capri-
cieux atteignent, au xvf sifecle, le plus haut degr6 de perfection.
II est impossible d'imaginer rien de plus l^ger, de plus gracieux,
de plus finement cisel6 que ce qui se voit, en ce genre, aux boi-
series du choeur et de ravant-choeur de Sainte-Marie d*Auch.
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— 348 —
ARBAL£;TRIERS, s. m., piece de charpeDte incliD^e eo pente
plus ou moias rapide, qui, daDs une ferine, s'assemble par son
extr^mite inferieore sur Tenlrait ou poutre transversale, et par
son extr^mite sup^rieure au sommet du poinson. Deux arbal^triers,
concourant au mdme point, forinent done les deux cdtes dan
triangle dont Ten trait est la base, ainsi qu'on pent le voir a la fig. 5
de laplanche II.
ARC, s. m. On a donne ce nom, en architecture, a tout assem-
blage de pieces destine a franchir un certain espace an moyen
d'une courbe. Ce procMe, dans Tart de construire, pratique par
les Romains, prit un grand developpement dans le cours da
moyen-dge. Les arcs employes a cette derniere 6poque sont classes
en cinq grandes categories : ]<> les arcs plein cintre, formfe par
une demi-circonf^rence, planche II, figure 6; 2<> les arcs bombes^
formes par une portion de circonKrence, dont le centre g^me-
trique est plusbas que la naissance de la courbe, figure 7; 3<>les
arcs surhaussds en fer k cheval, dont le centre est au-dessus de la
naissance de la courbe, figure 8; 4* les arcs en anse de panier,
dont nous avons dejaparle, et dont la courbe a g^n^ralement trois
centres, comme a la fig. 3 de la planche II ; 5o les arcs en ogivey
formes de deux courbes egales qui se croisent au sommet et don-
nent un angle curviUgne (1). Cet angle est plus ou moins aigu,
suivant que les deux courbes ont leurs centres g^ometriques plas
ou moins ^cart^s Tun de Tautre.
Jusqu'a la fin du xv siecle, Tare plein ciotre, avec ses vari^tes
(2", 3", 4"), est seulemploy6par systeme, c'est-i-dire, sauf quelques
rares exceptions.L'ogive, adoptee dans lecoursdu xip siecle, s'intro-
duit successivement dans les provinces de France et dans toot
rOccideot, comme consequence d'un principe nouveau complete-
ment stranger a Tarchitecture antique. Mais la Renaissance vinta
son tour exclure cette forme d'arc des constructions post6rieures
au miUeu du xw sifecle.
(1) Voir fig. 9 de la planche II, sp^cialement Togive fonn^e par les deux courbes
int^rieures.
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— 349 —
ftelativement a leur destination, on distingue, en outre, les
arcs-boutants, les arcs de d^hargcj les arcs doubleauo), les arcs
formerets, les arcs-ogive.
ARC-BOUTANT, s. m. On a donn6ce nom aux arcs extirieurs
qui par leur position sont destines a contre-butter la pouss^e des
YOdtes en ogive. La naissance de Farc-boutant repose sur le contre-
fort, qui lui-m^me porte sur le sol. Le sommet de cet arc arrive
au point qui correspond, dans Tint^rieur de T^difice, a la poussee
r^unie de Tarc-doubleau et des arcs-ogive.
ARC DE d£CHAR6E, s. m. Cest un arc que Ton noie dans
le mur plein, au-dessus des vides ou bien des parties faibles
dans les constructions infgrieures, de mani^re a reporter le poids
des constructions supdrieures sur des points d'appui dont la stabi-
lity est assur^e. Le caractere propre de cet arc, quelle qu'en soit
la forme, en ogive, plein cintre, etc., etc., c'est que sonpare-
aient affleure le nu desmurs, ou n'a qu'une saillie ttbs faible.
ARC-DOUBLEAU, s. m. Dans les vofites qui pr6sentent a
Tin trades ou surface inf^rieure, des arcs en saillie, on appelle
arcs-doubleaux ceux qui suivent la courbe de la voOte perpen-
diculairement a sa longueur, tels que AB, ab, fig. 1 et 2. lis
partagent Tedifice en compartiments successifs qu'on appelle tra-
Y^es abed, ABCD des mdmes figures. Dans les parties droites
de la construction ACEG ou BDFH, les arcs-doubleaux AB, CD,
EF, CH, correspondent exactement au plan vertical des arcs-
boutants.
ARC-FORMERET, s. m. Ces arcs AC, CE, EG, ou bien BD,
DF, FH sont situ6s dans les vodtes, de maniere a couper a angle
droit la direction des arcs doubleaux. La s^rie des formerets est
done parallele aux parties droites de T^difice et suit le mouvement
de la courbe ou des pans coupes, qui dessinent le plan de Tabside.
ARC-OGIVE, s. m. Les arcs-ogive font partie de la construction
des voOtes qu'on appelle voQtes d'aretes, telle que celle du plan
general de la figure 1 , pi. II. lis s'6tablissent suivant les diago-
nales A D, B C du quadrilatere que ferment en plan les deux
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— 350 —
formerets et les deux arcs-doubleaux qai encadrent une mime
travee. Cest a leur intersection que se placent les principales
cl6s de la vodte, I, I, I, etc., etc.
ARCADE, s. f. De Tid^e d'arc, on passe ais^ment a celle
d'arcade; mais avec cetle difference que Tid^e d'arc n'emporte
qu'une forme de bale et peut se rendre par une simple ligne. Par
arcade, au contraire, on entend la construction r^elle d'une baie,
porte, fen^tre, etc., etc., conune dans la pi. II, fig. 6, 7, 8,9,
10. On peut done dire arcade jp/etn-ciVUrc, bomb^Cy en fer a che-
vcUy en ogive, etc., etc. On dit aussi qu'une arcade est aveugk,
lorsqu'elle est dispos6e en arc de d6charge, de mani^re a former
saillie sur le non plein dans lequel elle est engag6e.
ARCATURE, s. f. Ce motd^signe une s6rie d'arcades d'une pe-
tite dimension, qui sont plutdt destinies k d^corer qn'k r^pondre
a une necessity de construction. Les petites arcades pr^sentent,
dans leurs formes, les m6mes vari^t^s que les grandes. L'^poque
ogivale a tir^ un tres grand parti des arcatures, comme motif
d'omementation, surtout en les decorant de d^coupures a jour.
ARCHITRAVE, s. f. Dans Tarchitecture antique, Tarchitrave
est la partie de Tentablement qui repose sur le chapiteau de la
colonne et supporte immediatement la frise.
Dans Tarchitecture romane ou ogivale, Tarcade se substitue a
Tarchitrave, dans ce sens qu'elle prend naissance et repose imme-
diatement sur le chapiteau, comme on peut le voir dans les fig. 8,
9, 10 de la pi. II.
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i
PL, II.
_. ^ Oiqitizecl j^.C^QOgle
!
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— 351 -
ESSAI
sur rhistoire litt^raire des patois do midi de la France auz
xTi« et xTii« Slides, par le Dr J.-B. Noulet (i).
M. le docteur Noulet, si connu par les savants travaux qu'il a
publies et par les recherches qu'il poursuit encore sur Thistoire
naturelle du bassin sous-pyr6n6en, a trouv^ depuis plusieurs an-
n^es, dans T^tude de la po^sie meridionale, une diversion aussi
utile qu'agr^able a ses courses scientlfiques. Peut-(5tre pendant
quelque semaine pluvieuse, voyant ses collections en ordre, les
mat^riaux de ses cours parfaitement disposes, ses m^raoires pour
Tacad^mie de Toulouse mis au net^ Tinfatigable fouilleur aura-t-il
senti le besoin de se livrer k une nouvelle espece d'enqufite pa-
l^ontologique sans quitter le coin de son feu ni prendre le marteau
du g^ologue. La poesie meridionale recMe encore des creations
inconnues, vrais fossilesqui appartiennent — chose singulifere ! —
a sa decadence plut6t qu'i ses origines. Ce qu'il y a de bien sAr,
c'est que le naturaliste toulousain est devemi un philologue de
merite. Yoila une douzaine d'ann^es, si j'ai bon souvenir, qu'il
nous r6v61ait Las Flors del gay Saber, c'est-i-dire les po6sies en
langue d'Oc couronn^es par la soci6t6 des jeux-floraux dans le
courant du xiv* siecle. Texte correct, traduction rigoureuse, notes
instructives, glossaire scrupuleusement dress^ : rien ne manquait
a cette int^ressante publication qui fut trop peu remarquee. Pent-
4tre choisit-elle mal son moment : les intelligences alors avaient
d'autres inquietudes ! Peut-^tre aussi payait-elle les torts d'une
publication pr^cedente k laquelle elle faisait suite, las Leys d'Amor,
que M. Gatien-Amoult edita, il faut le dire, avec trop peu de
(1) Paris, J. Techener, 1859, 1 vol. gr. in-8o de viii el 257 pages. On lil au verso
da litre : Gel ouvrage a 4U tire d 100 exeniplairgs, — Les cinq chapilres onlparu par
fragmenls, de 1856 k 1859, dans la Revue de VAcad4mie de Toulouse, aujourd'hui
Revue de Toulouse et du Midi, L'appendice bibliographique paralt seul pour la
premiere fois.
25
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— 352 —
souci jie la correction des textes et de la justesse dans Tinterpre-
tation (i). Quoi qu'il en soit, M. Noulet a continue avec one
louable perseverance ses recherches sar la derniere p6riode de
la po6sie des troubadours. Son m6moire si savant et si hardi sur
Cl^mence-Isaure, ses notices sur les pontes meridionaux du xiv*
sifecle, publics depuis une dixaine d'ann^es dans les M6moiresde
Tacad^mie^ des sciences, inscriptions et belles-lettres de Ton-
louse (2) t^raoignent una connaissance profonde de ridiome fitte-
raire du Midi et une Erudition puis^^ aux vraies sources.
Sur cette pente de la po6sie meridionale en decadence, le ca-
rieux^ chercheur a gliss6 naturellement aux poesies patoises^qi^
lui succ6d6rent. II a r^uni une multiiude de ces vieux volumes
de rimes. 11 y a tel de ces bouquins que vous ne trouverez, si
vous 6tes curieux d'en^prendre connaissance, que dans sa biblio-
th6que. Heureusemeni, ce n'est pas uh fort inaccessible. J'en sais
quelque chose, bien que les circonstances ne m'aient pas permis
de profiler encore d'une tr6s aimaUe invitation. Et puis, ^la diffi-
rence de bien des bibliomanes, aveugles coUectionneurs de pa-
toiseries, M. Noulet a beaucoup lu et parfiaitement compris ses
vieux compatriotes, et il expose au public, dans ce beau volume,
ses impressions litt^raires accompagn^es de citations fort longoes
et fort nombreuses. Je voudrais parler du livre de M. Noulet avec
la m6me franchise consciencieuse que j'ai admir^e chez lui. Je me
garderai bien, s'il y a lieu, de lui dissimuler mes disseDtiments;
il est de ces vrais savants qu'un eloge banal ennuie, mais qu'une
critique sincere ne saurait blesser mdme en se trompant.
Dfes Tavant-propos, une difficulte se pr^sente : M. Noulet y
parle avec ra^pris, ou pen s'en faut, des productions dont il a
dress6 le plus complet inventaire qui existe. J'avoue que la plupart
m6ritent peu d'estime au point de vue litt^raire et po^tique, au
point de vue del'art pur. Encore y a-t-il de briUantes ^exceptions.
(1) Voyez un article irop incisif deJM. F Guessard, Biblioth, de VEcole des Char-
tes, ire s^rie, t. iv (1842-43;, pages 365-376.
(2) M^moires, ann^e 1852 et saivantes, passim.
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— 353 —
M. Noulet goiite Irop vivement son corapatriote Pierre Goudelin
pour le nier. Les succes (Je Jasmin prouvent la puissance vivace
de nos idiomes vulgaires; et en ce moment memeoii la Provence
nous donne coup sur coup la splendide 6pop^e de Frederic Mistral,
les touchantes inspirations de Roumanille, les strophes ardentes
de Theodore Aubanel, toutle monde avouera que les patois du
Midi sont pleins de vie. malgr^ ce que le savant doc^ur appelle
c li diffusion de la langue et de la litt^rature fran^aiseS...., ce
beauprogres qui s'accomplif si merveilleasement. » Mais, enfin,
plusieurs des livres patois, les plus recherch^s des bibliomanes,
,sorft sans valeur litt6raire, c'est vrai : ce sont les patois eux-
mSmes qui ont une serieuae valeur historique ^ philologique. La
^ deformation de la langue laline les a produits tous d'apres les
mfimes lois de formation, de sorte que leurs differences specifi-
ques peuvent r6v61er a un &tudieux investigateur, soit les mysteres
des origines ethnographiques, soit la profonde influence d'une race
voisine ou d'une longue occupation (1). II est vrai que le savant
auteur ne I'entend pas tout a fai^ ainsi. Pour lui, nos patois ne
sont que des corruptions de la langue romane, lesquelles se se-
raient form^es vers le xvi« siecle si j*ai bien-wmpris sa pens6e;
car il Tindique a peine, se rfeervant de montrer dans un travail
sp^i^ « comment nos patois sortirent de la langue romane. » II
serai t peut-6tre prudent k moi d'attendre ces d^veloppementS;
mais je ne resiste pas a la pens^e de proposer en deux mots mes
difficultes |>(mr valoir ce que de droit.
D'abord, langue romane, pour signifier^ la langue des trouba-
dours, parait une expression definitivement condamn^e apres un
assez iong usage. Puisque les trouveres et les prosateurs de la
langue d'oil ont declare plus d'une fois qu'ils 6crivaienten roman.
(1) Sur U distribution g^ographique des patois, voir les articles ing^nieux et sa-
vants de M. Littre dans le Journal des Savants de 18.">7. — Je ne connais d'autre tra-
vail un pfU complet sur celte mati^re qu'un essai ^cril par un A.Iiemand : Tableau
synoptique et comparatif des idiomes popul aires ou patois de la France, conte-
nanl des notices sur la litt^rature des dialectes, leurs divisions territoriales, ainsi
que cellesde leurs sous-esphes, etc., par J.-F. Schnakenburg. Berlin, A. Foertsner
el P. Brockhaus, 1840, grand in-8".
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- 354 —
on ne voit pas que la langae da Midi, malgr6 un plus haul degri
de ressemblance avecle latin, ait le droit de se reserverce nom.
En fait, Tusage actuel designe par le nom de langues romam
tous les idiomes issus du latin. M. Diez publiait, en 1853, son
Lexique ^tymologique des langues romanes (I), qui embrasse le
frangais, Tespagnol et Titalien. M. Guessard avait 6dit^, ilya
plusieurs ann^es, les deux grammaires d'Hugues Faidit el de
Ra}Tnond Vidal de Bezaudun, sous le tilre de grammaires ro-
manes; en les r66ditant dernierement, ii s'est cru oblige de chan-
ger Tadjectif, et il les a appeWes grammaires provencales (2).
Je ne pretends pas que le mot soit tout k fait satisfaisant; il y a oa
dialecle provengal propreraent dit, plus 6loign6 de la langue des
troubadours que le languedocien et le gascon actuels. On a dit
romano'provencal ; c'est trop coraplique et pas assez juste. On
pent dire langue des troubadours, mais c'est une periphrase; lan-
gue d'Oc, mais ce nom convient a plusieurs dialectes. R^signons-
nous a dire provencal jusqu'a ce qu'il plaise a la science de trou-
ver quelque chose de mieux.
M. Noulet a done toutes les circonstances att^nuantes possibles
pour cette faute, si faute il y a. Reste la question : si les patois
sont sortis de la langue provengale, ou comma on voudra Fappe-
ler. Je ne puis le croire. M. Lacabane faisait dechififtrer Tannfe
dernifere, a T^cole des Chartes, des actes du xii* et du xui* siecle
des diverses Gentries du Midi, pr6cis6ment pour dfimontrerles
differences sensibles des dialectes locaux. Les troubadours eai-
memes d^signent les principaux dialectes de la langue d'Oc par
leurs noms g^ographiques (3). Je ne puis rfisister i Ten vie de citer
ici quelques lignes d'un savant paleographe (4), a propos tfan
(1) Bonn., A. Marcus, 185*3, iQ-8<>.
(2) Biblioth. de VEcole des Chartes, t. I (1839-40.), p. 125-203, et un vol. in-8«.
Paris, Franck, 1858.
(3) N'ayanl sous la main aucun Recueil de troubadours, je nepuis citer les texies,
dont I'existence est tr^s certaine. Je rappellerai seulement une strophe en gascon
tres reconnaissahle, roalgr^ les negligences des copistes, dans le fameux Descort eo
cinq ou six idiomes de Rambaud do Yaqueiras.
(4) M. Martial Delpit, Notice d'un manuscrit de la Bibliothdque de Wolfenbut'
tel relatif a Vhistoire de la France m^ridionale; dans les Notices et extraits ies
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— 355 —
recueil d'acles relatifs a la Guienne et a la Gascogne depuis 1 1 95
jusqu'en 1 28 1 : « Nous avons remarqu6 dans la langue de ces
acles des diflterences telles qu'il est impossible de ne pas y recon-
nailre la preuve de Texistencede plusieursdialectes. La langue de
Bordeaux diflfere en beaucoup de points de celle de TAgenais et
du P^rigord; dans celle de Bayonne le dialecte gascon est tout a
fait caract^ris^ .... II nous a paru curieux et utile de signaler dans
unseul cartulaire cette existence de dialectes divers, carce fait est,
ce me semble, d'une aussi grande importance pour Thisloire que
poar la philologie. A ces questions de dialectes se rattachent, en
efifet, des questions de race et de nationalite. Pourquoi ces diffe-
rences si caract^ris^es et qui se sont maintenues jusqu'a nos jours
dans la langue des populations si voisines, sans cesse en rapport
depuis tant de sifecles, si ce n'est parce que les prononciations des
races primitives ont modifi^ de mani^res diverses une langue qui
etait partout la mSme, la langue latine? »
Mais c'est trop insister sur une question que M. Noulet a r6-
serv^e, et qui ne fait rien, ce semble, a son sujet actuel. Pourtant,
c'est par suite de la solution qu'il lui donne qu'il a 6te amene a
exclure de son plan la plupart des livres en dialecte du xvi® sie-
cle, qu'il pretend appartenir k Yinfime roman. Je reste encore
da cbi& des bibliographes qui sont unanimes a les classer ailleurs;
et je mets, par exemple, en tfite des pofetes gascons Pierre de
Garros, le lectourois, dont les eglogues sont si int^ressantes comme
etode de moeurs locales.
11 est temps de parcourir les cinq chapitres qui composent
YEssat avec un tres pr6cieux appendice bibliographique (pages
225-257). Dans le premier est r^uni tout ce que le savant au-
teor reconnaft pour patois au xvi* sifecle. En tfite brille le char-
mant dialogue en trois langues, compose- par notre du Bartas,
pour la reception deT\farguerite de Valois a Nerac, en 1579; en
mt$. de la Bibl. du roi, t. xiv, 2© parlie (1841), pages 296-458. Je recommande ce
mdrooire plein de fails relatifs a Bayonne, k Lecloure, etc. , a tous ceux qui s'occu-
penl dc notre histoire provinciale.
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«"
jugeant avec *ine, severity que quelques-uns trouveront excessive
Foeuvre gigantesque des deux Semaines, le critique admire sans
reserve conabien le langage natal a heureusement inspire le poele,
et, sur ce point, tout le monde sera d'accord avec lui. Au grave
calviniste gascon succede un autre huguenot, aventurier de bas-
etage, n6 ^ans TAlbigeois, dont il emploi le dialecte, mais qui
passa une bonne partie de sa vie en B^arn. On a nomm^ Auger-
Gaillard, le Roudie de Rabasteins, riineur aussi mediocre que
fecond et renomme. Voici venir a la suite un bon chanoine de
Gaillac, Mathieu Blouin, qui developpe en deux mill^cipq cents
venPtens poesie les guerres civiles et religieuses de son pays. Sa
chronique, precieuse pour Thisloire autant qu'insignifiante pour la
critique litt^raire, est reslee inedite. Le tableau du xvi« siecleest
ferme par un gentilh9mme Se Provence, Louis de la Bellaudiere,
qui, mort a trente-un ans, laissait trois recueils po^tiques publies
depuis, tfecherch^s des amateurs, et juges parAI. Noulet, — chose
rare! — avec une sympathie a pen prfes complete : Lous Passa-
tens, Obros et rimos, Le Don-don enfemal (1595).
Au second chapitre, pour ouvrir le xvii® siecle, Pierre Goidelin.
C'est le point culminant de I'ouvrage. Nul ne connait mieui
que M. Noulet le Ramelet moundi et son auteur. II a publie dans
le temps une dissertation speciale pour defendre la vraie ortho-
graphede son nom tontre jes legons apocryphes Godelin, Godolin
et memo Goudouh. — Eppure, nous dirons encore GoudouU I'-
ll a dress6 un inventaire exact jusqu'k la minutie de toulesles
editions, meme partiejles, de ses oBuvres, et si me seule lui a
6chapp6, soyez sur que c'est ^
Kara avis in terris alboque similllifia corvo.
V
II raconte sa vie avec une sympathie prdfonde; il montre son
gracieux talent sous toutes ses formes. En un mot, le sujet est
^puis6, et pas un trait ne manque au tableau.
L'auteur a donne pour cortege b son pofete favori tous nos poetes
de Gascogne au xvii« siecle. Je m'arr^terai quelque temps sur
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-357- ;.. *
C6ux-ci, c'estla partie de Ti^^sat qui ii\t^ressele plut nos lecteurs,
et la seule sur laquellej'aie quelque chance de fournir deslamife-
res; mais je dois dire que, malgr6 beaucoup de recherches ant^-
rieures, j'ai encore appris de Tauteur bien plus de fails qui
m'avaient 6chapp6 que je n'ai de fails nouveaux a produire.
Par exempl|, je nesavais que le nom de Bprlrand I^arade el le
titre de deux de ses Recueils : la Margalide^ gascoue (1604), et
la Muse gascoune (1607). M. Noulet cite de plus la, Muse pira-
nfese (1609), dans son Appendice. Je ne sais pourquoi il n'en a
pas parl6 dams son texte; peut-6tre est-elle arriv^e trop tard a sa
coDDaissance. Mais il fait bien connaitre le genre du poete de Mon-
tr^jeau et sa facile abondance qui n'arrive jamais ni a la haute
inspiration, ni i la gait6 coramunicative*8e Goudelin. C'est dans la
.chanson pastorale qu'il r^ussit asse/* bien,,gr4ce k une aimable
simplicity.
Guillaume Ader^l), qui est tout a fait du m6me temps^naquiti
Gimont, et exer^a la medecine a Toulouse, dans le grand hospice
avoisin de la Garonne,« au l^moignage du P. Mongaillard. M. Nou-
let aiftlyse fidelement le Gentilome gascoun (1 61 0) et le Catounet
gascoun (1 61 1). Mais, d6cid6ment, il ne rend pas justice au pofete
gimontois. Si Ader fatigue par Tabsence de plan, par la monotonie
descriptive, par la manie de forger les mots a la du Bartas, il n'en
a pas moins Failure leste et fiere, l^ vers^plein et sonore. Je
m'^tonne que le critique ne Tail pas senti rien qu'en transcrivant
Finvocation a Henri IV :
. Henrlc, bilh de la gouerre e lou pai Jleus souldats,
^ Tu que Fas gouasaignat en tant de grans coumbats
Lou ricbe Qom de Rei, e portes sus la lanse
Au lour deu nom gascoun la couroj^ne de Franse!
Grasus-me que jou digue e descriougue perfell
Un boun e gran gouarr6 au biou de toun pertreit;
U) Cet aateor a ^crit d'aatres ouvrages que ses deax po^mes gascons. Deux soDt
cj^par R. Noulet, aprds tous les bibliographes; mais j'en ai indiqu^ plusieurs an-
tres, les uns avec certitude^ les aulres par conjecture, dans un art. du Bulletin du
bouquiniste (15 mai 1860.) J'aurais a y ajouter aujourd'hui une seconde ^dition des
Enarrationes de agroHs et morbis in Evangelio. Londres, 1660, in-8<».
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^
— 358 —
Autreje e da, s*et plats, ao subjet que m'arause
Tas armes per palroun e ta glorie per muse.
Je ne veux faire qu'une remarque bibliographique sur Fauscitain
Gabriel Bedout, auteur du Parterre gascoun^ Bourdons, P. du
Coq (1642), in-V. Labibliotheque d'Auch possedeun exomplaire
do CO livre, et Ton n'en signalepas d'autre. M. PhiMbert iVbadie,
qui adonn^en 1850 une noavello ^ditioQ du Parterre (i), avec
une laborieuse introduction et un dictionnaire tres fautif, a suivi
cet exemplaire, sans s'apercevoir qu'il manquait deux feuillets aa
milieu du troisieme carreau; de sorte queles deux trongons d'epi-
grammes qui terminent Ja page 22 et commencent la page 27,
dans Tedition de 1642, ne forment, dans celle de 1850, quune
seule piece parfaitement inexplicable. Quelque bibliophile ne vien-
dra-t-il pas combler cette lacune?
Severe, non sans justice, pour Bedout, M. Noulet montre plus
de sympathie pour Taimable pofete de Pouyloubrin, Louis Baroo
(1 61 2-1 663). Mais comme il ne publia pas ses oeuvres gasconnes,
qui seraienta pen pres perdues sans Tabb^ Daignan, il m'est per-
mis de completer, d'apr^s ses manuscrits feuillet^s avec soin, les
indications de M. Noulet. Celui-ci, sauf les trois morceaux publife
par le president Daignan d'Orbessan, ne cite que FOdesurlamort
de Goudelin, le Prin temps, la Gascogne et TOde en Thonneur de
Pouyloubrin. Ces trois pifec6S ont 6te 6dit6es pour la premiere fois
en 1856 et 1857, dans la Revi^ d'Aquitaine (2), et on ne les
trouvera que la dans leur entier. J'ai^signale deplus, dans une etude
sur Baron, une longue piece encore in^dite, dontj'aieit^ quelques
vers: VErmite amourous, ou Baron a voulu, je crois, se mesurer
avec Bedout : c'est le m6me sujet que la Sotdihule de ce dernier.
II est curieux d'observer que Th6ophile et Saint-Amand, les deux
(1} Auch, typ. de Loubet, 1850, in-12. Ce volume est d^di^ a M. Noulet. L'^
teurest lo m^mequi essaya cbeznoas, en 1848, « VEgalit^j joaroal paraissant tons
les jours de la seinaine, saaf le niercredi.»
(2) 2* annde. Voytz mon art. sur Louis Baron, 2c annde de la m^me Rewt.
M. F. Cassassolles y a ajout^ des faits nouveauxdans son interessant article : I^fip^-
lerinage a Pouyloubrin (Revue d'Aquit., t. m.)
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peeled les {das renomm^s de la periode de Louis XIII, ont lutte
sur le mSme thtoie. Enfin, dans la m^me 6tude, j'ai analyst la
piece la plus considerable de Baron, le Tombeu deBeidieu^ publie
sans nom d'auteur par M. Abadie, a la suite du Parterre gascon.
II Tavait copi6e dans un endroit des manuscrits de Tabbe Daignan,
oil il n'y a, en effet, aucune indication; mais, dans un autre en-
droit, ce poeme est m&U aux oeuvres de Baron, dont il reproduit
tres fidelement le langage et la maniere, et j'ai su depuis que
M. Hatoulet, biblioth6caire de Pau, en avait une ancienne copie
sous le nom de «M. le baron de Poyloubrin.» C'est ^videmment
le nom d6figur6 de notre po^te.
Je glisse sur Dominique du Gay, poete remarquable, ne a La-
vardens, dont les trois Recueils (1642, 1643, 1690) ne me sont
jamais tomb^s sous la main. M. Noulet, heureui possesseur de
ces raret^s, en donne d'interessantsextraits.
Je ne rappellerais pas ma notice (1 ) sur G. d'Astros, n6 a La-
garde-Fimarcon et mort vicaire de St-Clar-de-Lomagne, si elle
n'avait &16 cit^e ici-mSme par un ami trop indulgent. M. Blad6 a
juge. en quelques lignes sympathiques les oeuvres de son compa-
triote, et j'avoue m'en tenir k son appreciation plutdt qu'a Varrfit
tres peu bienveillant de M. Noulet. Ce que je voudrais noter ici,
c'est que mes pr^c^dentes Etudes sur le Caperan de Sent-Cla laissent
tout a d^sirer sous le rapport de I'exactitude biographique et bi-
bliographique, et qu'il reste m^me quelque chose a faire sur ce
point aprfes YEssai. Je ne sais pas encore la date de la naissance
de d'Astros; remarquons cependant qu'il avait pass6 la cinquan-
taine, de son propre aveu, lorsqu'il adressa a Goudelin la jolie Ode
qui se trouve dans la Novbelo floureto de ce dernier, et qui a paru
pour la premiere fois en 1 647. Mais il est probable qu'elle avait
&i& compos^e assez longtemps auparavant. Du moins, la tradition
veut que d'Astros soil mort trfes vieux, et je trouve I'ann^e 1 649
1) Revue d'Aquit., t. 1, p. 1-9, ^5-34. Ajoutez-y Tart, i Encore J ean-Guillem
d'Astros (id., t. ii). la leltre de M. Noulet au dir. de la Revue, et le post-scriptara du
mon art. sar les Illustraiions de B^am, de M. V. Lespy (Revue d'Aquitainc, t. in.}
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fixefe comme^date de sa mort. Je sais porte a croire ^e T^ditiofi^
Princeps des Saisons a paru dans ud petit volume a-part, vers 1 640,
ou nifime plus t6t, quoique je ne la trouve indiqu^e nuUe part, et
que les Eldments ont para pour la premiere fois, avec les stances
(inconnues) et les Noels, en 1 643. Cela r^sulte pour moi d'an vere
de la r^ponse de Goudelin h d'AstrQ3 el du tilre de la r^impres-
sion des Noels citee par M. Noulet. Ces deux prejnieres publica-
tions, tiroes sans doute a petit nombre et bieotdt epuis^es, ont en-
gag^jrle po&te a reunir ses deux principaux ouvrages dans Lou
TrimfkMe la lengouo gascouo de 1643, reproduit deux ou trois
fois depuis. Le- cat^chisme rim^, d^die a Notre-Dame de Tudet,
est de 1645; c'est une oeuvre peu reraarquable, sauf son' exces-
sive rarete. Enfin les Noels, quoique reimprim^s sans date a
Toulouse, ne paraissent pas beaucoup plus communs, et celui que
M. Noulet a transcrit dans son livre est bien propre a faire desirer
le reste. Mais on savait depuis longtemps qu*il restait des poesies
in^ditesde TH^siode gascon. La biographie de Chaudon et Delan-
dine declare qu'elles avaient 6t6 entre les mains de Molas^ cure
de Saint-Clar; mais on pouvait les croire egar^es. J'ai trouv6 ce-
pendanti Lectoure une copie de la Moundino, farce en 1 acte et
en vers de huit syllabes a rimes plates, malheureusement retouchee
par une main ^trangere, en ISIJ. C'est une etude peu po6tique
de la vie des pauvres manages de Lomagne dans la premiere moiti^
du XVII* sifecle. Une partie bien plus considerable desoeuvres in6-
dites est tomb^e entre les main^ de notre collaborateur, M. Casimir
Clausade. II a d6ja fait connaitre sommairement (1) les richesses
de cespr^cieux cahiers; ce sont des ^glogues et des poesies l^geres
de tout genre, plus un dictionnaire gascon et un recueil d*«rre-
jyroues gaseous qui meriterait bien, ce me semble, d'etre public.
Dans le petit nombre de ces proverbes que M. Clausade a donn6s
comme^ specimen, j'en ai remarqu^ deux ou trois exactement sem-
blables k quelques-uns des Moutels gascouns publics par Voltaire
(1; Rfivue d*AquUaine, I. ill, 3^ livraison.
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r/4 *
— 36< —
\ en f607. ttf Noulet a inscrit sous le nombre 469 d^e son Apfken-
dice bibliograpbique le rare bouquin de cet auteur : Le MarcKant
traitant des propriet^s et particularii^s du commerce et n^^oce, etc . ,
ensemble les motets gascons ou sentenoes r^cr^atives. Tolose, Co-
Ibmiez, in-1 2. II ajoute que M. Brunei (de Bordeaux) a reproduit
trenle-quatre de ces proverbes dans tine brochure de 1845. JMfais
il y a mieux : ^es 1 61 6 moutets ont dH reproduits tons, k la suite
d'ane excellente bibliographie des proverbes de tons les peuples,
en 1847(1). ' * ^
M. Noulet donne en entier, d'apres une rarissime plaqu^tte sans
lieu ni date, une mazarinade gasconnq irbs heureusement versifi6e :
La Fdicitat passatgiro, dont ilne devoile pas Tanonyme. II ana-
lyse ensuite deux pofemes badins sur le^aiege de Lectoure paries
limacbns. Le premier, publi^ deja par M. Abadie, a la suite de
Bedout, est 6crit en dialecle de Toulouse et r^vfele, malgr6 qael-
ques negligences, une imagination tres po6tique et une plume exer-
c6e. Le second, 6dil6 fort incorrectement par deux bibliophiles
du Mfdi (2), est dans le patois de Lomagne, fort trainant et fort
prosaique, avec quelques traits piquants. Ce dernier est bien connu
k Lectoure, ou on Tattribue a un moine anonyme de la ville, mais
j'aime autant, sur le tfimoignage de la copie de M. Noulet, le
croire de Tabbe d'Arquierf coper^ de Saint-Clar, le m6me proba-
blement qui adressa a d* Astros deux sixains ^logieux imprimis en
t^le des Saisons. Quant a la Metamorphose deshigounaus en es-
cargotSj il ni'est impossible d'y reconnaltre la m6me main, et je
ne doute pas qu'il ne faille Tatlribuer, d'apres les manuscrits de
I'abb^ Daignan, a un Lucas, conseiller au parlement de Toulouse,
de la m6me famille sans doute que le vieux juge d'Astarac a qui
d' Astros d^dia son Automne.
M. Noulet a fort bien fait de noter dans son Appendice les noms
propres auxquels ne se rattachent que des madrigaux souvent in-
(1) G^-Duplessis, Bibliographie pardmiologique, Paris, P. Polier, 1 vol. in-8o,
Voyez pages 2 J 2, 225 et 444-480.
(2) Relation deu siege de Laictoure... Bordeaux, in 8o. Les editours sont MM.
Alf. ftloquin-Tandon et Gust. Brunei.
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sigDifiants, inserts en t6te des recueils po^tiques de leurs amis;
ces renseignements peuvent devenir utiles aux recherches d'his-
toire locale, mais je n'ai pas a les recueillir ici. Je dois noter pour-
lant F. Fezede, cur6 de Flamarens, dans le diocese de Lectoure,
auteur du Concert armonieus des Noels nouveatiw dont une partie.
est francois et I'autre en langage tolosain. Tolose, A. Colomiez,
s. d. — Je ne connais pas autrement ce bouquin. Maisnos cor-
respondanls poarralent sans doute decouvrir quelques details bio-
graphiques ou litteraires sur Fezede, comme aussi sur les deux
vicaires de Saint-Clar, d'Astros et d'Arquier.
M. Noulet possfede bon nombre de recueils de Noels, dont plu-
sieurs appartiennent a notre province. Mais il ne nous en donne
que les titres; encore n*est-il pas toujours facile de reconnaitre au
titre d'un recueil de chants religieux le dialecte dans lequel U est
6crit. Esp6rons done que M. Noulet nous fera connaitre plus par-
ticulierement ces vieux cantiques. Quelque mince que puisse 6tre
leur merite litteraire, ils ont leur valeur pour les etudes d'histoire
locale. — Je reprends la rapide analyse de YEssai.
Le chapitre troisieme nous ramfene au Haut-Languedoc. Plusieurs
laur^ats des jeux floraux se pr^sentent : un pretre toulousain, Fr.
Boudet; deux avocats du Parlement, Jean-Antoine Pader et Jean-
Louis Guitard; deux gais rimeurs, Greg, de Barutel, de Villefranche
en Lauraguais, et Julien Gemarenc. Prfes d'eux se place Gautier,
Tun des plus ing6nieux et des plus d^sopilants poetes patois; je ne
parle bien entendu que de ses pieces bachiques, et je felicite le
critique de sa s6v6rit6 pour des fantaisies licencieuses, heureuse-
ment fort peu connues. Ce que jevoudrais maintenir, c'est Torigine
gasconne de Tauteur de YOdo en fabou del hi costo Vaygo. La tra-
dition Fa toujours appele Gautier de Lombez, et la plupart des
auteurs n'ont pas voulu la contredire; demierement encore M. Mo-
quin-Tandon s'y conformait, dans la nouvelle Edition de la Biogra-
phie universelle. M. Noulet a-t-il des preuves s^rieuses pour dire : il
6lait certainement de Toulouse? — La po^sie patoise regut un coup d^
cisiflorsque Louis XIV 6rigea les jeux floraux en acadtoie frangaise
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(1 694) : dfeS lors la langue vulgaire ne put guere se produire en
public qu'au nom de TEglise. D6ja unben^dictin de Toulouse avait
rime une longue vie de St Benoit sous ce litre : Le dret cami del
eel dins lepays moundi (1 669). Le P. Grimaud avait sign6 ce livre.
Mais il ne mit pas son nom a un autre pofeme, d'un merite litt^raire
sup^rieur, dont M. Noulet a le premier reconnu la veritable origine;
c'est une 6pop6e bouflfonne, la Granoulratomachie (1664).
Jean de Valfes, natif de Montech, au diocese de Montauban, ne
fut guere moinsKcond. II traduisit Virgile tout en tier etles satires
de Perse; — quel choix! II fit encore une parodie complete de
TEneide, une pastorale non publico qui est analys^e icifortau long,
et divers autres badinages, o&il aoublie quelquefois ce qu'il devait
asa quality d'ecclesiastique, et qu'il a sans doute voulu expier par
ses Psalmes penitencials (1 652). — Voici main tenant deux poetes
agenais : Delprat, versificateur facile qui traduisit les Bucoliques,
et Francois de Cortete, seigneur de Prades, auteur de deux excel-
lentes pastorales dramatiques et d'une petite com6die in^dite {Sancho
Pansa al palaysdel Due). « Depuis Goudelin, ditM. Noulet, nous
n'avions point rencontre de talent aussi complet, et il nous a semble,
a part le plaisir que nous eprouvions a exprimer nos impressions a
ce sujet, que nous accomplissions un devoir en rendant une tardive
justice au gentilhoinme-poete qui le premier avait illustre Tidiome
agenais. Sa valeur m^connue j usque dans son pays natal nous a
paru un de ces coupables oublis qu'il 6tait bon de signaler et de
fl^trir. Non, ce n'est pas seulement de nos jours que la poesie vul-
gaire a excite Fadmiration chez vous et autour de vous, Agenais
peu soucieux de votre pass6! Le pofete qui, de notre temps, apres
bien des t^tonnements, semble avoir voulu se renfermer dans les
recils emprunt^s aux moeurs populaires, n'est que Techo afifaibli
de cet autre poete qui, au xvu« siecle, s'inspirait si bien des
moeurs villageoises...» Je n'acheve pas; les rehabilitations justes
sont chose louable en principe, mais qui entrainent presque tou-
jours trop loin. Puret^ du langage, convenance dans le ton, sagesse
dans les plans, v6rit6 du sentiment, tout ceU se trouve chez Cor-
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tete aussi bien, peut-etre mieux que dans Jasmin; mais il y a dans
la Caritatj dans la Semano d^un fU et dans d'autres oeuvres da
troubadour moderne des sentiments profonds et sublimes que
Ramon ni Miramonde ne connurent jamais. Comparez rex^cutioo,
je le veux bien; mais Finspiration est incomparablement plus haute
chez le poete de la famille et de la charity. M. Noulet parle bien •
aussi de retenueet d'humilit^ dans ce parallele; ah ! par exemple,
sur ce point, je ne lui r6pondrai rien... parce que je n'ai rien a
r^pondre.
Si' le dialecte des poetes agenais s'^loigne pen du ndtre, il en
est autrement des patois du Limousin, du P6rigord et du Quercyy^
qui ont quelque chose d'^trange, du moins par la prononciation et
par- rorthographe. Nous serons done peu attire par la Capiote,
pa^orale limousine anony me; par Tabbe Fabre, pere putatifd'une
comMe fort libre et fort mediocre, Scatabronda (1697); par
rabb6 Rousset, auteur fort connu de poesies I6geres — trop Ugh-
res. 7- Kous abordons plus facilement Arnaud Daubasse, maitre
peignier de Villeneuve d'Agen, dont les Noels et les ^pigrammes
ont conserve une popularity peu justifi^e par leur m^rite litteraire,
et, surtout, le P. Amilha, chanoine r^gulier de Pamiers, pieux et
abondant auteur du Tableude la bidodel parfet crestta'*(1673.)
Le dernier chapitre nous conduit d'abord dans le Bas-Langue-
doc. Les Triomphes de B^ziers ne sont pas le monument le moins
curieux de la poesie m^ridionale; c'est un amas de comedies et de
parades, joules le jour de TAscension, depuis 1616jusqu'en
1657, et oi sumage un nom justement c^lfebre, celui de Bonnet.
Sautons par dessus deux parodistes de Yirgile, le narbonnais Ber-
going, et d'Estagniol, avocat de Beziers, et nous rencontrons Fun
des noms les pfos fameux de la poesie patoise, David Sage, de
Montpellier. M. Noulet le malmfene fort, et jene me charge pas
de d^fendre centre ses objections morales et Utt^raires le cyniqoe
et trivial auteur des Folies (1650.) Je partage aussi volontiers sa
sympathie pour un anonyme frontignanais, dont il nous r^vele de
nombreuses compositions d'apres un manuscrit de laBibliothfeque de
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— 366 —
Toulouse, et pour Jean Michel, Tauteur si naif el si facile de YEtn-
barras de la fieiro de Beaucaire. Reslent deux proven^aux, Charles
Brueys, rimeur tour a tour iusipide et licencieux, qui aurait dd
prendre place aupr^s de la Bellaudiere, puisqu'il appartient autant
au xYi« qu'au xvii* ^ifecle; et Nicolas Saboly, populaire auteur de
Noels qui n'obtiennent de M. Noulet qu'une petite page fort ii-
daigneuse. Je le renvoie ^ la charmante notice de M. Fr^d^ric
Mistral sur Forganiste d' Avignon (i). D6cid6ment, la Provence
se plaindra d'avoir 6t6 un*peu sacrifice par le savant critique.
J'ai peut-dtre eu Jort de m'engager dans cette tongue nomenda-
:ture; je voulais donner une id6e de la quantity d'autoprs et d'ou-
vrages que M. Noulet nous fait connaitre. Encore ai-je laissd
^chapper plus d'un nom et une masse de pieces 96tach^es ei ra-
rissimes, du plus grand interSt pour les amateurs. Le docte pro-
fesseur a complfetement rempli sa tdche, une tache k laquelle lui
seul peut-6tre ^tait pr6par6. Son livre est un recueil de rensei-
gnements historiques et bibliographiques du meilleur aloi. Ses ju-
genaents ne sont pas sans appel, mais il met toujours sous nos yeux
les principales pieces du procfes. Comme anthologie patoise, ce vo-
lume est un tr^sor de raret^s. On pourrait d^sirer plus d'aisance
dans le* style, plus de facility a manier la langue de la critique,
quelque chose, enun mot, de plus litteraire. Mais, dumoins; on
reconnaitra par tout la moderation d'un esprit juste, qui cherche
simplement le vrai en litt^rature et en morale. Que de bibliomanes
pour qui le premier m^rile d'un bouquin est d'etre introuvable, et
le second d'etre scandaleux! M. Noulet ne Tentend pas ainsi. II
met le prix des livres dans leur contenu, et s'il accorde k certaines
16geret6s ^ b^n^fice d'une interpretation charitable, il est inflexible
pour la licence cynique de beaucoup de rimeurs -qu'une longue po-
pularity semblait absoudre. Quoiqu'il eti pu montrer encore plus
de reserve dans deux ou trois citations, il m^rite bien des ^loges de
(1) Li Nouv^ de Saboly, fayroly Roumanillej otc. Avignon, Aubanel» J858,
1 vol. in-12. Pages 5-12.
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-.. 366 —
ce c6te, — le o6te faible des collectionneurs et des curieux en fait
d'artet delivres.
Comme celte publication de M. Noulet nous en promet d'aulres
du m6me genre, je me reprocherais de ne pas lui recommander
une surveillance plus exacte pour la correction typographique de
son texte et surtout de ses citations... II y a des fautes que le lec-
teur le plus ingfinieux ne parviendra pas a corriger. Par exemple,
on lit a la page 1 33 que la pastorale de Jean de Vales est de
quatre-vingt-quatre vers, et j'en comptS environ cent quarante dans
la faible partie cit^e par le critique. Le troisieme couplet du joli
Noel de d'Astros cloche par Fabsence de Tavant-demier vers. Dans
le poeme de Du Bartas, a la dernifere r^plique de la muse gasconne,
on lit :
Feichem esla la force oun mes on s'arrasone, etc.
ce Tekhem^ qui se trouve, je le sais, dans d'autres Editions,
n'en est pas moins infexplicable; aussi, M. Villeneuve Bargemont,
qui, dans sa Notice sur Nirac (1), a cit6 et traduit (avec d'au-
tres fautes) le poeme en question, a-t-il donn6 de ce texte une
interpretation qui n'en est pas une. L'edition de Du Bartas que j'ai
sous les yeux (Caen 1 585), porte :
Leichem esta la force, oun ni^s on s'arrasoue,
M& on M qu'iou 6 dret de parla dauant bous,
c'est-a-dire : Laissons de c6t6 la force (dans une question) ou plus
on raisonne, plus on voitque j'ai le droit de parler avant vous.
Assez de minuties. Que M. Noulet veuille bien agr6er nos re-
merciments pour le service qu'il a rendu aux etudes provinciales,
et qull ne tarde pas trop i doubler el tripler ses titres a notre re-
connaissance en compl^tant son travail, d'une part avec les pre-
miers rimeurs vulgaires du xvi« siecle, de Fautre avec les Peyrot,
les Favre, les Despourrins, qui r^veiU^rent, dans le courant da
xvm% les Muses meridionales.
LfiONCE COUTURE.
(1) Agen, Noubel, 1807, 1 vol. in-8o. Voyeapage 70.
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LECTOURE. VILLE LIBRE.
Je D ai pas Tintention de faire une histoire de Lectoure. Ai^,
ne m'amuserai-je point a discuter si cette antique cit6 fut une co-
lonie rooiaine ou simplement uneville latine. II est certain qu'elle
est mentionnee par Cesar, par Piine, et qu'elle figure dans les no-
tices des provinces, au troisi&me on quatrifeme rang, parmi les
villes de la Novempopulanie. U est certain m6me que Lectoure est
une des rares villes de France qui avaient conserve encore au
moment de la revolution, et qui les poss^aient entierement au
commencement du xvi« sifecle, I'organisation et les privileges d'une
ville municipale.
Cest ce point de vue qui nous paratt le plus curieux k etudier
dans Thistoire de cette cite. N'est-il pas etonnant, en eflfet, alors
que presque toutes les villes s'aneantissent dans le pouvoir des sei-
gneurs, de rencontrer une commune qui garde constamment son
independance, qui se trouve constituee politiquement quand le
pays qui Tentoure devient la proie des Barbares, subit la domina-
tion de ces derniers et ne se releve que plusieurs sifecles plus tard,
grice au secours de la royaute envahissante. Lectoure, a Tinstar
de quelques autres grandes cites municipales que Ton revere encore
k ce titre, avait resiste k Tinjure des sifecles. Comme ses soeurs en
liberte, elle est, au n.^ siecle, en possession de « la vieille fran-
chise romaine (1).» Elle aussi, ainsi que le constate Thistorien du
Midi de la France, pendant les querelles de TEgliseet de la feoda-
Ute, s'etait tenue loin du choc derrifere ses murailles. Ce furent
ces remparts dont on apergoit encore aujourd'hui les sombres ves-
tiges quiproteg^rent sa constitution et ses libertes. Elle fut un foyer
delumiere etde legislation pour les terres environnantes, auxquelles
elle imposasescoutumes. En pleine feodalite, comme Aries, Bour-
(l) Mary Lafon, Hist du Midi de la France.
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ges, Clermont, Marseille, Narbonne, Nimes, Poitiers, P^rigueox,
Vienne, Toulouse, elle se gouvernait elle-m^me par des magistrals
de SOD choix. Elle vivait de sa vie individuelle, sans subir aucuDC
alteration par les diverses revolutions qui s'op^raient en France.
Comment M. Mary Lafon a-t-il omis Lectoure dans son Enumera-
tion, un pen rapide, il est vrai, des villes libres dela Novempopa-
lanie et de FAquitaine. Son nom ne lui etait pas inconnu. Les mo-
numents romains qu'elle possEdait, ces cEl^bres tauroboles auraient
dA lui rendre son avenir int^ressant. U aurait vu la ville romaine,
occupant la plaine sur les riants bords du Gers (ils sont Hants a
cet endroit), obligee tout a coup pour se mettre a Tabri des incur-
sions des Barbares de gravir un coteau escarp^ pour y etablir la
nouvelle Lectoure, la Lectoure chrEtienne, baptisEe par le sang de
St-Clair. A dater de ce jour, c'est une ville forte, si forte qa'a
llieure qull est, elle n'a pu se d^faire de ce caract^re qui la faisait
appeler plus tard ville frontiere d'Aragon. Elle devint un objet de
convoitise pour tons les seigneurs, qui se trouvaient bien garantis
dans ce nidd'aigle. Cest ce qui la sauva. Elle fut choy^e par tous,
et tous respect^rent cette bonne ville de Lectoure qui ne devait sa
force a personne, et dont aucun monastfere, aucun seigneur ne
pouvait revendiquer la fondation. Capitale du vicomte de Lomagne
par son importance, elle ne partage pas entierement son sort. Le
m^me fait se reproduiraau xvu<^ siecle; lorsqu'on fit du vicomtede
Lomagne une election, Lectoure demeura ville abonn^e, pays
d'etat, et cependant elle etait le siege de Teiection.
Son titre de capitale du vicomte de Lomagne, dont elle etait
fifere sans doute^ lui coAta cher, mais je ne doute pas qu'elle ne
fit des sacrifices pour sauver ces chores libertes municipales. Yoila
pourquoi elle montra toujours tant de devoiiment k ses vicomtes,
lui sacrifiant ses citoyens, ses deniers et ses remparts. Elle est le
coeur de la Lomagne, je n'ose pas dire de TArmagnac, dans la
crainte de reveiller la vanite chatouilleuse des localites voisines.
Lorsque Richard Coeur de Lion, en 11 81 , veut humilier le vicomte
de Lomagne, ilvadroita Lectoure. Le vicomte aima mieux preter
^
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I
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sermeDt de vasselage que de voir ruiner un si bon asile. En cette
occasion, il agissait certainenient de concert avec les autorites de
la ville, avec lesquelles il 6tail oblige de compter. En i 247, un de
ses descendants, du nom d'Odon, passe un accord avec Tarchev^que
d'Auch, le prieur de St-Orens et la coramunaut^ d'Auch, a la suite
d'une lutte causae par la succession d'Armagnac. Eh bien ! il est
oblig6 de faire ratifier cette transaction par les consuls de Lec-
toure (1 ). Ce seigneur sent tant soit peu le vassal, mais enfin This-
toire de sa famiUe est Hie a celle de ma cit6 de predilection. II
m'a paru inutile de d^mfiler Forigine assez ten^breuse de ces pre-
miers vicomtes de Lomagne, qui avaient une certaine puissance et
qui n'eurent rien de commun, jusqu'en 1 31 1 , avec les comtes d'Ar-
magnac. La Lomagne, contrairement a Tassertion du savant histo-
rien de Lectoure, M. F. Cassassoles (2), fut primitivement indfi-
pendante de TArmagnac et ne se rattache en rien a Fhistoire de
ce dernier comt6. Selon M. Loubens, G^raudll, comte d'Armagnac,
aurait confirm^ un traits avec Odon, vicomte de Lomagne, par lequel
trait6 le pere de cet Odon c^dait son titre de vicomte de Gascogne k
Bernard, due de cette province. La puissance des vicomtes de Lo-
magne s'^tendait fort loin puisque, par le m^me traits, ils c^daient
la suzerainet6 sur les vicomtes de Brulhois (La Plume), de Gimoez
et de Gavarret. Geraud II abandonna en d^dornmagement au
vicomte Odon toutes les pretentions qu'il pourrait exercer sur le
vicomte de Lomagne, du chefd'Azdine, sa femme, fUle d^Odon. Mal-
gr6 ce fait important, M. Cassassoles affirme qulln'y a riend'int^res-
sant sur Geraud II. De 1^ Terreur, de Ik confusion entre les comtes
d'Armagnac et les vicomtes de Lomagne. Que fait-il du vicomte de
Lomagne qui prfita serment de vasselage a Richard Coeur de Lion,
qui portait le nom de Vesian et devait avoir une grande notoriety
puisqu'il s'intilule luiaussi vicomte par la grdce de Dteu(3). Bru-
(1. MoNLEZUN, Hist, de Gascogne.
{i) Notices historiqucs sur la ville de Lectoure, depuis les premiers temps jus-
qu'd nos jours, par M. Ferd. Cassassoles, 1839.
(3) 11 est ^ remarquer en Gascogne que presque tous les seignears de la race des
dues de Gascogne commen^ient ainsi leurs actes. Les comtes d'Armagoac n'en eu-
rentpas seals le monopole; les vicomtes d'Astarac et de Lomagne en faisaienl autant
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— 370 —
geles ! Brugfeles ! est la cause de tout le mal. Ant^rieurement, en
1 091 , Raymond Ebbon, 6v6que de Lectoure, confirma la donation
de Vivien, vicomte de Lomagne, et de Beatrix, sa femme, a Fab-
baye d'Uzerches, en Limousin, de la terre et de T^glise de Gaodon-
ville.
Au commencement du xiii* sifecle, k la mort de Bernard,
comte d'Armagnac, mort sans enfants, sa sceur, Mascarose, re-
clame la plus grande part de son heritage. Cette Mascarose ^tait
femme d'Arnaud Othon, vicomte de Lomagne, qui s'empresse de
faire main-basse sur le Fezensac et FArmagnac, et d'en faire hooi-
mage au roi d'Angleterre. D'autres comp6titeurs se pr6sentirent,
Armagnacs aussi, car cette famille pullula de faQon a troubler toos
les g6n6a]ogistes de Tavenir. On se perd au milieu des Roger, des
Bernard, des CentuUe, desG^raud; il vaudrait mieux apprendre a
Jouer aux quilles ou k la fossette que de chercher k suivre cette
trop f^conde famille. Toujours est-il que cet Amaud Othon res-
titua ce qu*il avait pris (1 247). Deux ann^esplus tard, ayant perdu
sa femme Mascarose, il 6pousa une nifece du comte de Toulouse,
Marie Bermonde de Sauve. Malgr6 cette alliance, il eut des d^-
m&Us avec le comte de Toulouse (1 249) qui le somma de remettre
entre ses mains le ch&teau d'Auvillars et toutes les terres que le
vicomte tenait de lui sous la mouvance du comt6 d'Agenais (1 ).
Arnaud en appela au roi de France, leur commun suzerain^ sou-
tenant qu'il avait le haut domaine dans la plus grande partie de
ses terres. Enfin, nous voyons toujours les vicomtes de LomagDe
s'allier avec les Armagnacs, se battre avec eux, mais rester par-
faitement ind^pendants. lis agrandissent m^me leur territoire a an
point qui devait rendre jalouse une race si d6sireuse d'augmenter
son importance et son revenu. La maison d'Armagnac n'a pas
d'autre caractere qu'une dprete au gain qui la rend assez m6prisable.
BUstoire impie, incestueuse, s'^crie Michelet. Les solides alliances,
les filles uniques, soilk le r6ve de presque toutes les families da
(1) MoNLBZUN, Hist, de Gascogne.
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— 371 ~
Midi : ArmagDacs, Albrets, vicomtes de LomagDe. Un instant, cette
dernifere maison crut hdriter du domaine des comtes de Toulouse.
Jeanne, filie de Raymond VII, marine, en 1239, k Alphonse,
comte de Poitiers, constitua son h^riti^re universelle Philippe,
soBur de Y^zian, vicomte de Lomagne, n^e comme lui de Marie de
Sauve. Par ce legs que Ton trouve relate dans VArt de verifier les
Datesj elle lui donnait tons les droits qu'elie poss^dait dans les
dvech^s de Cahors, de Rodez, d'Agen, et la dotait de tout ce qui
avait ^te acquis par elle et par son p&re. Mais le morceau de
gaieau 6tait trop volumineux, Philippe le Hardi pr^vint les inten-
tions de Guy, comte de St-Paul, tuteur de la trop jeune Philippe.
Le parlement de Paris (1 274) cassa le testament de Jeanne
sans plus de respect pour les pretentions de son h^riti&re. Ce fut
elle qui porta ensuite la vicomte de Lomagne dans la maison de
Talleyrand, par son mariage avec EUe de Talleyrand, comte
deP6rigord(t294).
En 1305, la vicomte de Lomagne appartenait k la famille de
Bertrand de Goth, Clement Y. C'est ainsi que nous nous sommes'
expliqu6 la bulle dat^e de Lectoure par ce pape (1).
En 1 31 1 , Jean d'Armagnac ^ppusa R^gine de Goth, et c'est
ici seulement que Thistoire des deux maisons se confond complg-
tement. Par son testament (1345), elle 61isait sa sepulture dans
Teglise des Frferes Pr6cheurs d'Auvillars, ou 6taient d6ja enterrfe
desmembresde sa famille; elle laissaitdeux mille livres toumoises
pour les pauvres ou des oeuvres pieuses, une somme 6gale pour
ses serviteurs, vingt livres toumoises auxFrferesPrecheurs de Lec-
toure, et elle instituait, apres d'aulres legs parliculiers, Jean d'Ar-
magnac, son mari, son h^ritier universel dans les vicomtes de
Lomagne et d'Auvillars, et dans toutes ses autres possessions.
Cette nouvelle conqudte agrandissait encore le territoire des
(1) LiUera domini dementis pape Y. Quod nollus de Condomio extra dicecesim
Irahi possinl per lilleras aposlolicas nisi do hujus modi privilegio expressa habeat
mentio. — Archives de Condom AA. 1. Livre des Coutumes elpriviUges.
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— 372 —
Armagnacs; une ou deux Writieres de plus, ils devenaient rois
du midi de la France. Nous ne pousserons pas plus loin nos in-
vestigations sur les possesseurs du vicomtg de Lomagne. Ces his-
toires^ ou le mariage est une speculation continue, sont du domaina
des hommes d'affaires et des chercheurs de scandales et de b3s-
sesses. Nous avons bate de retourner a notre petite villa muoi-
cipale. Chacun sait combien la maison d'Armagnac lui fut fatale.
Jean V eut une affection motiv6e pour une viUe aussi forte, et oft
il pouvait commettre k son aise les infamies qui ont ache v^ deteroir
lenomde sa race. On ne passe pas sans impression devant les rai-
nes de ce formidable chateau, ou il soutint le si^e des armies de
Louis XI. Un hdpital a pris la place du chiteau; la charite a
61eve ses rameaux bienfaisants sur la demeure de la brutalite. On
pent maintenant, sous les rayons diapr^s d'un soleil couchant,
contempler a son aise les vertes prairies qui s*6tendent au loin
sillonnees par des haies d'arbres et des ruisseaux f^condants. An
lieu des cris de guerre, les chansons harmonieuses du laboureur
arrivent jusqu'a vos oreilles en se m^lant au mugissement des
boeufs gaseous paissant tranquillement Therbe de ces belles pnu-
ries. Voili le cadre qu'il aurait toujours fallu k la petite r6pa-
blique de la Lomagne pour vivre-heureuse a Tombre de ses lois.
Je n'ai pu Eloigner une certaine Amotion en secouant la poussiere
des archives de cette petite commune, aujourd'hui chef-lieu de
sous-pr6fecture. II me semblait que tons ces papiers se mettaient
a parler, a prendre couleur. La vie s'etait faite au milieu de la
mort, parce que sur tons ces parchemins dess6ch6s, ces pq)iers
manges par les rats, planait un souvenir : la liberty mutiicipale!
Les archives de cette commune ont dfl, au reste, etre fort
riches; malheureusement, elles avaient 6t6 signal^es a quelques
savants, et un grand nombre de documents ont disparu. Les pieces
qui restent et qui, nous Tesperons, ne seront plus livr6es avec
autant d'pbligeance, ferment un tout important et curieux.
Las6rie A, qui renferme les actes constitutifs de la commune,
ses privileges, les lettres des souverains et des princes, est assez
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— 373 -
riche. Un inventaire des archives de Lectoure, dress6 en 1 591 ,
nous a clairement prouvd qa'elle le serait bien davantage sans la
passion scientifiqae de qaelque Libri de province. Cependant,
Facte fondamental des coutumes de Lectoure a trouve grdce de-
yant les voleurs. Le document est en mauvais ^tat, et c'est ce qui
Fa sauv^. Au reste, ce n'est point Foriginal de ces coutumes, mais
ane confirmation de Jean I*, comte d'Armagnac, accord^e en i 343.
Nous trouvons un vidimus de Charles VII, des lettres-patentes par
lesquelles Philippe de Valois avait confirm^ ces mSmes coutumes.
Cet acte est de 1 448.
Dans sa notice sur Lectoure, M. Gassassoles a examind ce do-
cument important, comme un homme expert en droit. Seulement,
Doos ne croyons pas, comme lui^ qu'il se rattache le moins du
monde « k la revolution sociale » qui marque Tapparition du tiers-
6tBX et sa participation aux affaires. 11 servirait tout au moins a
prouver qu'a Lectoure le tiers-6tat fut souverain ant^rieurement
aux seigneurs, et que la commune se les adjoignit volontairement.
Quant a T^vfique, je ne puis pr^ciser T^poque a laquelle on lui
donna une participation, fort minime, il est vrai, dans les affaires,
mais ce pourrait bien dtre seulement a partir de 1273, comme le
constate un par^age conclu entre G6raud II de Montlezun, qui oc-
cupait a ce moment le si^ge Episcopal de Lectoure, et Edouard l^,
roi d'Angleterre. II contracta avec lui et le chapitre capitulairement
assemble de la moiti^ de la justice, haute et basse, fours, banniers,
phages, leudes^ etc. L'acte fut conclu au detriment de la ville;
le corps consulaire ne fut point consult^; la chose fut escamot^e.
De 1^ des pretentions qui se repr^sent^rent plus tard. II etait assez
dans ITiabitude d'Edouard I« de traiter avec les evfiques, au detri-
ment des communes; nous en avons la preuve a Condom, oix ce
monarque conclut un par^age avec Fabbe du monastere sans y
appeler les consuls, qui jusqu'alors avaient 616 seigneurs de la ville
conjointement avecle roi et ledit abbe (1).
(1) Archives commanales de Condom. — Par^age enire I'abb^ du monasldre el le
roi d'Angleterre. 1286 AA 1.
L
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— 374 -
Quoi qu'il en soit, c'est en 1 294 que farent dress^es les coutomes
de Lectoure et qu'elles furent notifi^es par Hilie de Taleyrand, alors
vicomte de Lomagne. La premiere phrase de cet acte constate,
non pas, comme Fa suppose le savant historien de Lectoure, que ies
privileges dont jouissaient les habitants de Lectoure avaient ete peo
k peu, et k force d'obstination et d*adresse, obtenus et arrach^des
mains de leurs dominateurs, mais, au contraire, que ces coutames
et ces usages etaientdepuislongtemps en vigueur « lasqualas coos-
tumas et uzatges loungomen approbatz et obtengutz en la ciutat de
Laytoura.» Evidemment Lectoure, depuis la domination romaine
dont elle avait recueiUi les fruits, avait impost ses propres lois,
et, plus heureuse que beaucoup de villes, elie avait sa ies saover
de la f^odahte. C'est en 1294 qu'eile appelle H6lie de Taleyrand,
au moment de la guerre des Anglais, mais eile ne iui demaode
qu'aideet appui, et elle Iui fait la p^rtfort 6troite. Elle Iui garantit
des subsides, elle Iui concede quelques droits, mais elle conserve
entierement son organisation municipale, lajustice haule, moyenne
et basse, avec appel au s6n6chal de Gascogne. Somme toute, les
consuls restent seigneurs, H61ie de Talleyrand n est qu'un gen-
darme.
Ce fait bien constats de Fappel volontaire d'H^lie de Taleyrand
a pour nous une grande port^e. II prouve que Lectoure, quoi-
qu'enclav^e dans la vicomte de Lomagne, 6tait, ainsi que nous
Tavons avanc6, parfaitement libre de ses faits et gestes, qu'elle
pouvait se donner a qui elle voulait, et qu'elle avait assez de puis-
sance et d'autorite pour agir selon que ses int6r6ts le Iui indi-
quaient(l). ^
M. Cassassoles nous a dispense d'analyser les coutumes de Lo-
magne; il a fait ce travail avec un tel soin que nous craindrioos
de le copier. Nous en extrairons cependant ce qui pent concourir
(1) A Lectoure, en' 1294, si le vicomle de Lomagne figura dans les coutomes, c'esi
parce que cette ville venail de I'appeler en par^age pour resistor h ses ennemis; mais
il y est parfaitement expliqu^ que les libert^s de Lectoure remontant a un temps m-
memorial. (Samazeuilh, Agenais, Condomois et Ba^adais, t. 1", p. 186.)
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— 375 -
a prouver Tind^pendance de Lectoure dans ses rapports avec son
seigneur : Bizarre seigneur, qui ressemble taot soit peu k un
seigneur de paille que Ton a pris pour efifrayer au loin les petite
(Hseaux. Le premier article de la coutume stipule que tous les
habitants auront droit de vaine pdture de parcours sar les pro-
pres propri^t^ de ce seigneur. 11 n'est pas mdme maitre diez lui.
On lui broute son berbe, on abime ses chemins, il ne pent ri-
clamer le moindre p^age. S'il a une guerre avec an de ses voisins,
il ne peutobliger les bourgeois de Lectoure k prendre fait et cause
pour lui. lis sont libres de le regarder paresseusement du haut
de leurs murailles se battre et courir la campagne. Dans le seal
cas de defense de la ville, il appelle les habitante k la defense
de la cit6. La, par exemple, on lui accorde le droit de se faire
tuer. D^cid^ment, voici une seigneurie qui est peu lucrative.
A-t-il la justice haute, moyenne et basse ! Non. II ne pent poursuivre
un individu saus Tautorisation du conseil communal. 11 ne peat
saisir un criminel qu'en cas de meurtre. Defense lui est faite de
s'emparer des biens des particuliers pour une poursuite civile.
Defense expresse d'acqu^rir des actions et de se substituer a un
or6ancier sans la volenti du d^biteur. II est oblige de payer ses
sergente etde faire gratuitement les actes et procedures. Si un
pauvre diable n'a point le moyen de solder F^loquence d'unavo-
cat, Monseigneur lui en nomme deux d'office toujours k ses frais.
Je m'efforce de chercher ces v^ritables droite qui caract^risent la
seigneurie, je n en trouve point. Chacun connait ce fameax droit
d'alberge qui permettait a un seigneur de s'installer chez un de ses
vassaux avec ses gens, de lui boire son vin, de lui manger son
revenu et de le miner le plus souvent. Lesridacteurs de lacharte
lectouroise ont pr6vu le cas. Ledit seigneur, 6crivent-ils, ni per-
sonne de sa compagnie, ne pourra s'h^berger chez un des citadins
sans sa volont6, et si on le regoit, si on Th^berge, il est d'usage
et de coutume fusat et accoustumatj qu'il paie comme ferait les
autres (at/5t cum faria us auires). Ainsi, le vicomte de Lomagne
ne dicte aucune de ses volont^s; on lui impose une sorte de ju-
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- 376 —
rispradence d6]k stabile. Cest librement que la commuDe lui
concede une remuneration, qu'elle lui accorde une certaine part
de rimpdt. En somme, il faut bien lui donner des appointements.
Mais Tinddpendance n'est jamais alienee. Une discorde survieQt-
elle entre le seigneur et la commune, ie conseil, a la requite
des consuls, doit immediatement remettre les cl^s des castels,
des tours et des forteresses qui seront gard^es par un conseil de
prud'bommes jusqu'^ ce que laconcorde soit entierement r^tablie.
11 n'est pas possible de constater d'une fagon plus souveraine,
plus nette, plus claire ses titres de propriety. A Tarticle ci&-
quante-six, la coutume ajoute que si un difCSrend s'ei^ve avec le
seigneur sur Tinterpretation d'un article de la coutume, une com-
mission, prise parmi les habitants de la viUe, les prudliommes,
indiquera le veritable sens des passages obscurs. Le seigneur,
comme je le disais, a les mains lides; la commune lui a trace
ses fonctions, ses devoirs a remplir, ses obligations envers elle.
Cest un bomme k gage que Ton mettra a la porte lorsqu'on ne sera
pas content de lui. II faut le reconnaitre, les vicomles de Loma-
gne n'y donuerent pas lieu. lis surent s'attacher les Lectourois.
Un grand caractere de bonne foi regno, au reste, dans toate
rbistoire de ma ville libre. On y sait ce que c'est que le respect
et le. sentiment de la loi, parce que de naissance tout le monde a
6i6 initio a la vie politique.
Je crois avoir suffisanunent ddmontrd Tinferiorite du pouvoir
seigneurial a Lectoure. Maintenant done que j'ai enum^re les re-
devances, les servitudes de Tun, je vais passer aux privileges de
Fautre.
Le suffrage universel existait pleinement au xm« si^e.
On ne faisait pas encore de distinction entre les notables et
le commun peuple. II suffit d'avoir place au soleil, une exis-
tence avouee pour etre eiecteur. La communaute tout entiere
choisit les magistrats qui doivent la gouverner. Le pouvoir de ces
magistrats est imposant. lis sont hauts-justiciers et peuvent con-
naitre de toutes les causes civiles et criminelles. On exige seule-
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— 377 —
ment d'eux d'etre ^alement justes pour le pauvre comme pour
le riche (pauvres etcds rises). lis sont charges de la police de la
Tille et de TadiniDistration de ses deniers. Mais leur plus grande
prerogative, c'est le droit de lever et de repartir rimpfil. lis
avaient done entre les maias les plus grands pouvoirs; lis t6-
gnaient souverainement en vrais pays d'Etat. Et il fallait que cette
puissance fiit solidement 6tablie, r^connue de tous, puisqu'apres
la fameuse prise de Lectoure par JoflFridy, les rois de France
respect^rent des privileges si bonorables et si imposants par leur
antiquite. Au xvi« si^cle, nous trouverons encore les traces s6-
rieuses de Tind^pendance communale* Pour cela, nous n'aurons
qu'k ouvrir les registres des deliberations municipales commenQant
en 1 552. A cette epoque, cependant, la ville avait perdu un cer-
tain nombre de ses privileges, et elle etait tout enti^re b la guerre
civile dont elle fut un des principaux theatres. A chaque instant,
nous rencontrons cette expression bien significative : la r4publique
de Lectoure. Tons les actes des consuls debutent par ces mots :
suivant Tus et coutume observes par temps immemorial. Tout
empifetement, toute derogation ^ ces us et coutumes trouve une
resistance energique. Nous verrons en 1558 les consuls decider
qu'ils ne rendraient pas compte des affaires de la ville devant le
commissaire general recevant les comptes des consulats des villes
de France.
Le meme fait se representa en 1750. La cour des aides de
Montauban voulut essayer de decerner des contraintes pour forcer
les consuls de Lectoure k lui soumettre ses comptes; mais le par-
lementde Toulouse repoussa cette pretention. L'ordonnance de la
cour des aides fut cassee, et le parlement motiva ainsi son arret :
« Les elections sont des tribunaux tfexception dont les attributions
ne peuvent etre etendues sur ks pays d^Euu, tds que la ville (k
Lectoure^ qui a toujours joui du droit commun. » En 1 558, la
decision fut naturellement aussi favorable aux consuls de Lee*
toure.
Nous ne croyons pas sans interet de publier a ce sujet quel-
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— 378 -
ques lettres da cardinal d'Armagnac, qui donneroDt une id^ de
rimportance que Ton attachait a la fid^lit^ de Lectoure.
Sensuyvent certaines missives mand4es aua> consuls iouchant
Vaffayre de la commission des emprun^ dressie h Monsieur k
gindrai Malrouco par reverendissime Monsieur le cardinal dkr-
magnac(i).
a Monsieur le g^n^ral les consuls de Lectore me sent venus
remonstrer Toccasion quils ont de se plaindre de vous pour la
grande vexation que leur donn^ k cause des deniers commuDS
de leur viiie ce que j'ay trouve bien estrange et m'a este malayse
de ce croire pour Toppinion que j avois quil vous souvint de la
recommandation qu'autrefois je yous aveys faicte deulx en cette
viUe. Vous scaves, monsieur le g^n^rai, que je suis vtre amy de
longue main et seroys bien marry que vous feussiez jamais tra-
vailhe de chose ou j'eusse moyen de vous mettre en repos qui
me donne occasion de vous escripre ceste lettre pour vous dire
qu'il me semble que feres fort bien de vous deporter de travailher
plus les habitants dadit Lectore laquelle pour estre ville comitalie
nest comprinse en votre commission tenant les deniers communs
quelle tient par don des feus comtes darmaignac et le Roy Louis
unzi^sme considerant de quelle importance ceste petite ville estoit
vdut quelle fuct exempte de Tailhes et aultres subsides aussi bien
que Thouleuse estait affiu qu'ils eussentmeilleure moyen de la forti-
fier et pour les conserver en bonne devotion destre bons fidelles et
affectionnessubjets duRoy duquel privilege ils usent encores aujour-
dhuy et n'est vraysemblable que le roy les ayant tant advantaiges
en cest endroict les ayt voleu gener de la fa^on que vous y proce-
des mesmement quils rendent ordinairement ledit compte a Mon-
sieur le senechal darmaignac ou son lieutenant sans partir de leur
ville et sans grand frais parquoy vous debvez mectre en conside-
(1) Armagnac (George d'), fils de Pierre d' A rmagnac, bMard de Charles d'Armagnac,
comte de Tlsle-en-Jourdain, success! vement ^vSque de Rodez, et en mdroe temps
administratenr des 6v6ch^s de Vabres et de Lecloore, ambassadeor k Yenise, k Rome,
conseiller d'Etat. archev^que de Toulouse, associ^, en quality de co-I^t, au
cardinal de Bourbon, Uf^X d* Avignon. — On conserve de lui un volume in-f« de
Icltrosen manascrit, dcrites pendant les ann(Ses 1554-55-5G-57-59. — Michaud.
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— 379 -
ration quils ne sont pour endarer que tort lear soyt faict et qne le
roy de Navarre les aura scabs sa protection pour estre ses sub-
jets lequel aura grand desplaisir que vous entrepregnez de les
vexer sans cause aussi suys-je leur gouvemeur non seulement de
la volontd desdits s» roy et royne, qui en sont proprietaires, mais
par I'expres commandement du roy et estant \^ amy comme yous
scave2 bien que je suis je vous conseiihe que vous en demettes et
le dy autant pour yotre repos considerantFennuy qui vous en peult
advenir comme pour le contentement des habitants de ladite ville
laquelie neantmoings je vous recommande et moy mesme bien af-
fectueusement k votre bonne gr&ce et prie Dieu mons. le g""* que en
bonne saincte vous depict longue vie. Cost de Rodez le 29« de
julhet 1 558. A monsieur le g^n^ral de Malroux, baron de la
Gu^pie.
Auoo ConstUs de LectourCy
Messieurs les consuls aussi tost que j'ay receu votre lettre j'ay
mis la main a la plume pour escripre a monsr. le general Malroux
la lettre que je vous envoye pour la lui faire tenir Tayant laisse
ouverte affin que puissies veoir ce quelle contient j'aymeroys trop
mieulx que cost afiEaure print fin a votre contentament par doulceur
que par proces qui ma donne occasion de lui en escripre a Tamya-
ble touteffDis quand il ne ce vouldra renger a raison je seray d'advis
que porsuyves semblable declaration que out obtenu ceolx d'aux
par le moyen du roy de Navarre auquel je escriray cejourd'huy
mesmes de ce faict en vre favevr ayant cause de luy escripre pour
aultres affaires et quand il n'y aura aultre remede sen poura faire
porsuite par justice sellon Tadvis que m'aves envoye de Thoulouse
lequel jay treuve bon excepte quil me semble que debvies rele-
ver lappel au parlament de Thoulouse d'ou vous estes ressortis-
sans et non a celluy de Bordeaux aquoy vous debves bien penser
m'en remectant touteffois au jugement de vre meilheure conseil
si en aultre chouse je vous seray propre me treuveres tousjours
prest a m'enployer fort volontiers pour vous.Et sur ce je prie Dieu
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— 380 —
messieurs les consols quil vous ayt en sa saincte et digne garde.
De Rodez ce 29* jour de jolhet 1 558 votre aflfectione et bon amy
le cardinal d'Armaignac. Sur le reply, c^ messieurs les cotmdsde
Lectore.
AcTRE Lettbe de M. le Cardinal d'Armagmag au Seigiheur de Bcrie,
GOUVERNECR DC ROY EN GciE^NE.
Monsieur, il y a longtemps vous avez entendu Timportance de
la yille de Lectore que je pance la plus forte et deffensable de
Guyenne apres Bayonne et digne destre entretenue en force et
deffence pour estre assis pres de la frontiere a quinze ou dix-hoit
lieues duToyaulme d'Aragon et dix de Beam, les habitants dicelie
yille font tout ce que peuvent a continuer les fortifications et ont
grand besoing de votre favour et ayde si vous plaist leur en de-
partir comme d'autreflfois a este faict par feu monsr. de Lautrec,
gouvemeur de Guyenne, qui donna commission pour faire faire des
fossez au-devant dicelie ville et depuis a este faict un bien grand
boullevard pour la seurte duquel et pour respondre a lautre boul-
levard est besoing croistre le fousse de vingt ou trente toyses pour
que Tung boullevard deffende Tautre, ce quest fort necessaire
ainsi que entendez si vous plaist le veoir par le pourtraict et devis
qui en a este faict. Lesdits habitants m'ont prie tres instamment
vous supplier et faire requeste que vous plaise donner commissioo
a quelque gentilhomme par dega pour contraindre les villes et
villages a quatre lieues des environs de Lectore a foumir manea-
vres et ouvriers a faire led. fousse, attendu que c'est pour la def-
fense et seurte de tout le pays. Davantage* Monsieur lesdits habi-
tants ont eu commandement par lettres du roy de fournir et
pourter a Lyon certaine quantite de salpestre au magasin et rate-
lier qui est Ik. Semblable commandement a este faict a toutes les
villes de ce pays et est a penser que ceulx qui ordonnent en dres-
sent ses commandements ne scavent ne entendent importance
dicelie ville. Puis quelle est forte et de deflfence estimee telle du
roy par les privileges que lui a donnes n'est pas raison de les des-
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- 384 —
garnir et de pourveoir de ce quest necessaire pour la d6fendre
comme de salpfitre pouldre et autres choses qui conviennent. Jl
serait plus besoing et necessaire les commander de sen fournir
que de les en depourveoir. A ceste cause, monsieur, et que cest
la principalie ville de ma charge, je vous supplie tres humblement
faire ce bien a iceulx habitants de les excuser et garder de ceste
contribution de salpfitre, et leur commander de se fournir et pour-
veoir de pouldre, boullets et pifeces et aultres choses necessaires,
car ils sont mal gamis de tout cela, et ce que ferez pour eux je
Festimeray estre faict a moy et tons ensemble demeureront obliges
et redevables a vous faire service et nous trouverez tousjours prest
a voQS servir, obeyr et complaire en toutes choses aussi affectueu-
sement et volontiers que je presente mes tres humbles recoman-
mandations a votre bonne grace et supplie a Dieu vous donner.
Monsieur, heureuse et longue vie. A Lisle en Lomaigne, ce 26*
septembre 1 558, votre tres humble tres obeissant et plus aflfec-
tione serviteur. Le senechal d'Armaignac. A Monseigneur de Burye,
lieutenant pour le roy en Guyenne.
Ces lettres assez curieuses t^moignent de Timportance de
Lectoure, du souci que les divers partis pouvaient attacher a la
conservation de son amiti6 et de ses muraiUes.
Analysons maintenant une dehb^rationmunicipale du 1 8 decern-
bre 1558; elle prouvera que Lectoure jouissait encore du droit de
r^partir et de lever son imp6t. Voter Timpdt, c'est r^er, a dit
Michelet.
L'assembl^e se tient dans Tauditoire de M. le stoechal d'Armai-
gnac. J'24)ergois MM. Bernard Garros, marchand; Antoine Aunis,
procureur en Tauditoire de M. le s^n^chal d'Armagnac; Pierre
Bordis, Marcous, Coustens el Yidal, tous consuls de la cit6 de
Lectoure. Ils sont assists par un certain nombre de jur^, gens
bien 6tabUs et de bonne renomm6e. Ce sont eux qui, chaque
ann6e, elisent les consuls. S'ils ne sont pas la cite tout enti^re,
ils la repr^sentent suffisamment pour que chaque 6tat ou chaque
metier ait lieu d'etre satisfait. La stance sera int6ressante, car ils
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— 382 —
sont presque tous venus. II y a parmi eox de doctes hommes, con-
naissant bien les affaires de la commune, qui regardeDt leur mis-
sion comme un mandat s6rieux. Voici lours noms : Maistres Lau-
rens de Yarins, Bernard de Lescrivaing, licenci^s-avocats; Dorde,
Filhol, Pierre Garros et Ramond Cave, conseiUers; Dominique
Corthade, Jehan Barrens, Jehan, sup^rieur; Pierre Labarthe,
George La Pierre, Ramond Rozayrol, Mathurin Hendenins, Jacques
Narigues, Bertrand Teullet et Blaise Lavant, aussi avocats; Jehan
Nicolay, Jehan Ancezis, Fran^ois-Martin-Dominique Borrosse,
6uillaumeRosier,Jehan-AntoineDufourc, Louis et Jehan Tartanac,
Antoine du Mas, Bertrand La Brunye et Jehan Gariepoy , procureurs
enladitecourdeMons,le s^n^chald'Armaignac; Andr^ de Capde-
ville, Jehan Goze, Anthoine Samastieux et Hugues Braly, notaires;
Jehan Lasalle, Jehan Sonis et Jehan Hortolan, greffiers en ladite
cour; Sires Jehan Percin, seigneur de Boloys; Jehanon Bazetz,
Jehan Cers, Martial Miramonde, Francois Lucas, Francois d*Ay-
rauld et Jehannon de P^rfes, bourgeois; Pierre Dufaur, Bernard
Ticier, Bernard et Jehan Laporte, Domenges, Dayrauld, Blaise
Descaq, Arnaud du Cluzet, Jehan dePiis, Frangoys Baysse, Defray,
Laynier, Domenges, Taillandier, Domenges, Lasserre, pdtissiers;
Michel Solas, m^decin; Jean Torreilh, Gaillard Clemens, apotbi-
caires; Pierre Lasmas, Jehan Guytard et Jehan Lafont.
L'assembl^e se compose done des 6 consuls, de 5 conseillers,
de 1 3 avocats, de 1 2 procureurs, 4 notaires, 4 greffiers, 1 noble,
5 bourgeois ou rentiers, deux medecins, de 2 p&tissiers, de 2 ^^x)*
thicaires et d'une quinzaine d'autres habitants, taillandiers ou lai-
niers, ou ayant d*autres professions que n'indique pas le procos-
verbal de cette stance.
Lorsquechacunaprisplace, Messieurs les consuls font connaitre
k la jur6e les quatre points sur lesquels ils doivent d61ib6rer et
opiner chacun a leur tour « selon Dieu et conscience et leur juge-
ment et advis.»
En premier ils d^libfereront sur les alivrements k faire suivant
la perche ci-devant faite sur tous les biens assis en la ville et ju-
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— 383 —
ridiclion de Lectoure de manifere qu'ils soient r^partis Justement et
egalement «le fort pourtant le faible.» lis aviseront ensaite quelle
somme devra 6tre prise poor 6tre ainsi 6galisee sur ces biens.
Prendra-t-on la somme que la ville payait au roi annuellemeot au
temps de la destruction de la ville, ou bien seulement la somme
qui est lev6e acluellement par uue simple taille equivalent a six
cents livres?^,Quelle somme imposera-t-on sur lesmaisons? Quelle
somme imposera-t-on sur les vignes, pr6s et bois? Les maisons de
la grande rue paieront-elles davantage que les jusanes ou petites
rues, et ces derni^res plus que celles des faubourgs? Quelle sera
la part des fiefs nobles? Et si toutes les terres « tant megres que
grasses pres et loing de la ville» sont Egalement cotis^es, le chef de
livre sera-t-il 6gal pour ceux qui possfedent des biens que pour
ceux qui n'en possfedent point?
La question ainsi pos^e, cbaque jur^e se 16 ve a tour de rdle et
donne son opinion. II y a deux partis dans Tassembl^e Tun enti6-
rement esclave des anciennes coutumes, Fautre renfermant des
616ments plus jeunes, mais tons deux sont entiferement d^vou^s au
bien de la commune. « Quant a Falivrement, s'ecrie le s' Capde-
ville, qu'il soit continue etdemeure comme a este ordonn^ par les
ancestres et costumes antiens, ou etquandFon y ordonnerait et
procederait en autre maniere luy comme habitant et pour ses ad-
herans s'oppose et en appelle.»
Le sieur de Boloys, le seul noble de Fassembl6e, reclame aussi
le maintien de Fancienne coutume. II pense queFon ne doit point
supprimer le chef de livre et moins encore diminuer les alivre-
ments des maisons. « Ces nouveaut^s, ajoute-t-il, ne sont char-
ch6es sinon par messieurs d'advocats procureurs et greffiers qui a
cause de leur ^tat font grand gain le long de Fannie et voldroint
Stre quites de tailhes et que les tenensiers des terres portassent
leur charge combien qu'ils font plus de proffict de leur praticque
que les terres ne rendent aux maitres d'icelles et si ainsi estoitdans
dix ans fault agrandir la ville pour recepvoir tons les coquins qui
sont a dix lieues.»
37
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— 384 -
Ces paroles tant soit peu agressives s'adressent directement a
Tavocat Lescrivaing, premier jure, qui deraande Fabolition de la
capitation et la colisation des biens tant meubles qu'immeubies.
Le procureur Dumas appuie Topinion de ce dernier, raais je
remarque surtout dans son discours qui est fort long cette phrase :
« Plusieurs des pr6oppinants tiennent qu'il ne faut desroger aux
costumes et estatuts antiens de payer par chacun chef de livre per-
Sonne ne vouldroit dire ny penser que la main de Dieu soit abregee
et que ou il lui plaist il inspire et administre son sainct sperit aussi
bien aux modernes de notre temps comme aux anciens sans d^ro-
ger k leur honneur et r6v6rence.»
Le& quelques extraits de discours que je viens de citer suffiront
pour d6montrer Tesprit de liberty qui regno encore dans les as-
semblies municipales de Lectoure. Chaque opinion est motiv6e,
6]ucid6e clairement. L'interet commun largement plaids par les
int6ressfe. Cette question si grave de F^galit^ de Timpfit, de la
p^r6quation est parfaitement tir^e au clair. Et, eneffet, qui mieux
qu'une ville elle-m6me pent connaitre ses propres ressources, la
fortune de chacun de ses habitants? La repartition de I'impdt se
fait sous les yeux de tons, par des membres pris dans le sein de
la cit6 elle-mSme. Enfin, chaque impost est pour ainsi dire appel6
aplaider sa cause. Ne croyez pas que la commune, libre de voter
son imp6t, d'augmenter ou de diminuer ses charges, recule le
moins du monde devant les d^penses extraordinaires, les emprunts
n^cessaires et necessit^s par des besoins urgents. Les registres de
deliberations de Lectoure que j'ai eu occasion de parcourir temoi-
gnent de toutes les charges auxquelles se soumettaient volontau^e-
ment les imposes. Ces derniers ne se revoltent que contre la
gabelle, parce que cet imp6t est pour eux illegal, c'est-a-dire at-
tentatoire a leurs privileges. Mais lorsqu'il s*agit de Tinteret public
on ne regarde plus h la depense des deniers communs. Trouvez-
vous beaucoup de villes qui paient aujourd'hui un chirurgien, un
medecin pour les pauvres? Depuis quelque temps seulement on
commence k constituer la medecine gratuite. En 1505, Lectoure
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- 385 -
avail depuis longtemps uq maitre d*6cole (de las scolas). Les reve-
nus produits par les amendes de police sont consacr^s au soula-
gement des paavres. L'extinction de la mendicity est une preoc-
cupation coDstaDte chez les jures Lectourois. La revolution n'a
decid^ment pas tout invents ; elle ressemble un peu k Vespuce
ddcouvrant TAmerique. Tout ce qu'elle pretend avoir enfant^, fait
sortir de son g^nie, instantan^ment comme Minerve sortit tout arm6
de la cuisse de Jupiter, nous en retrouvons rei^ment ^crit tout au
long dans les registres des deliberations municipales de Lectoure.
Ces registres de deliberations ou de records, comme ils les
appelaient, etaient un monument pour les Lectourois; il leur tenait
lieu de lettres de noblesse. Ils y mettaient Tinscription suivante en
lettres majuscules d'un pouce cbacune, peinte avec tout Tart des
calligraphes de Tepoque.
Records tenus dans la maison commune de la ville et cite de
Lectore en Tannee estans consuls MM
En les feuilletant on pent etudier Forganisation municipale
de Lectoure au xvi« siecle. Ce travail est tfautant plus inte-
ressant qu'i cette epoque cetle petite ville est devenue le thea-
tre de grands evenements. Qui se douterait aujourd'hui, en la
voyant si triste, comme pleurant son ancienne splendour, qu'elle
doDna asile a Jeanne d'Albret, a Henri IV, a Anne tf Autriche et
au cardinal de Richelieu. J 'a voue que, pendant un mois^ces regis-
tres m'ont fait vivre en pleine guerre de la reforme. En ecrivant
ITiistoire de Lectoure, a dater de 1 520, on ecrirait celles des guer-
res de religion. Eh bien, au milieu de ces troubles, elle ne perd
point ses moeurs municipales. Au contraire, il semble que la vie
est centupiee chez elle. On est effraye des sacrifices que fait cette
commune pour faire face aux frais de. la guerre, aux reparations
de ses murailles, a Tentretien despauvres. Ce n'est pas tout encore !
il lui faut subvenir aux entrees des souverains, loger les gouver-
neurs, entretenir les gens de guerre. Pour Tentree de Jeanne de
Navarre, i ,000 livres ; pour Fentree du roi de Navarre, 1 ,500 li-
vres. Mais aussi quel ceremonial deploye dans ces occasions. On
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- 386 —
allume des feux de joie, on orne les entrees de la ville de chapeaux
de Iriomphe. Onpaie un corps de musiciens compost de trompetles
et de hautbois. C'est aussi le cas pour les consuls de revetir la
robe rouge, signe distinctif de la fonction qui 6tait encore s^rieuse.
Nous la voyons perdre peu a peu, h61as! de son importance.
Charles IX, profitant sans doute des troubles de la r^forme ou pour
punir peut-6tfe les Lectourois de leur fid61it6 aux souverains du
B^arn, ful le preniier qui porta atteinte a leurs prerogatives. II les
frappa au coeur en s'immisQant dans les Elections consulaires qui,
jusqu'alors, avaient toujours 6i& laiss^es au choix populaire. Un
seul changement s'^tait oper^; on avait adopts par anticipation
r^lection au second degr^ de M. de Genoude. Un certain nombre
de notables, norana^s par tout le monde, choisissaient a leur tour
parmi eux les six consuls. Mais, en somme, c'^tait toujours Fex-
pression du voeu commun de la population qui avait remis ses
pouvoirs a des mandataires. Voici la lettre de Charles IX :
Db par le Roy.
Chers et bien am6s ayant veu leslection par vous faicte des nou-
veaux consuls de votre ville pour ceste presente ann^e nous avons
estime que vous avez esleu les plus sufQsans et capables et les plus
amateurs du repos public que vous avez peu eslire pour ce bien
et dignement acquitter de telles charges du nombre desquels nous
avons choisy assavoir pour premier consul M« Pierre Despes, lieu-
tenant particulier en la s6nechauss6e d'Armaignac, pour le second
Bernard Garros, marchant, pour ie tiers Jehan Percin, borgeois,
pour le quart Jehan Foyssin, marchant, pour le quint M« Jehan
Tastanac, procureur en I'auditoire de ladite sen^chaussee, et pour
le sixifeme, M« Raymond Rosayrol, advocat audit auditoire, les-
quels nous voulons et entendons estre par vous receus ausd.
charges et en la maniere accoustumee sans aucune difficulte, car
tel est notre plaisir. Donne a Bayonne le neuviesme jour de juing
mil cinq cens soixante-cinq. Signe, Charles. Et cependant le m^me
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— 387 ^
monarque, ea 1 562, avail confirm^ les privileges de Lectoure.
« Disons el d^clarons voulons el nous plaist que les habilaols de
iadile ville jouissent de leurs privileges, franchises el liberies,
exemptions, droil d'oclroy, el autres comodites loul ainsin quils en
onl jouy el use bien el deuemenl jouyssenl el usenl encore de
presenl sans que pour raison desdils troubles advenus en ladile
ville on les puisse revocquer ny prelendre qulls deussenl 6lre
prives desdils droits el privileges.))
Le greffier de la commune a place ironiquemenl la confirmation
de privileges en face de la leltre qui lui donne un dementi si vio-
lent.
Cependanl, Lectoure sauvegardait une grande parlie de ses
anciens droits el usages. Elle eiail encore hatU-jmticier, puisque
nouslrouvons annuellemenl dans les livresde comptes une allocation
a Monsieur I'ex^cuteurdes hautes-ceuvres. Les fonclions de ce vilain
personnage, assassin legal, n'etaient pas sans occupation. Del 550 a
1606, les consuls rendent plusieurs condamnations capitales,
infligenl la peine du percement de la langue pour blasphemes k une
nommee Gaillardine Maubel. lis prononcent un decrel de bannis-
semenl conlre une femme accusee de paillardise avec le sergent
Grosse-T^te (sic). La creation d'une senechaussee a Lectoure ne lui
avail pas enleve loulesses altribulionsjudiciaires,puisqu'ellereclama
sans cesse le maintien du siege de cette senechaussee, qui fut tanldt
transporie a Auch el a Vic-Fezensac. Les consuls eurenlseulemenl
de longs demeies au sujet des preseances avec les officiers ou les
conseillers de la senechaussee. Gain de cause leur fut donne :
dans les ceremonies officielles, le lieutenant du senechal prenait la
droile du premier consul. Les charges de conseillers ne donnaient,
au resle, a Lectoure, aucun droil a Texemption de rimp6t, puis-
qu'il m'esl tombe sous les yeux plusieurs r61es de colisation k faire
dans des cas dlmpositions extraordinaires sur les conseillers^ at)o-
cats, notaireSy procureurs en la cour du s4n4chal d'Armagnac.
Si les privileges avaienl ete tant soil peu alteinls, les vieilles
coulumes, les vieux usages etaient conserves religieusement. Chaque
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— 388 —
annee, une somme est toujours allou^e pour la collation et la fete
de prise de possession des charges consulaires, pour Tachat de qua-
ranle-deux torches de cire la veille de Saint-Jean et la veiile de
Noel. L'hospitalite est largement pratiqu6e. 11 y a dans les depenses
un article pour les presents et donations. Un personnage de dis-
tinction passe-t-il dans la ville, on lui envoie des barriques de vin
blanc et de vin clairet. Le pr^dicateur de FA vent et du Careme
regoit une barrique de vin clairet, trois livres de chandelles, une
livre de raisin, de noisettes, de figues et de prunes. Jlndique tout
cela a rhomme qui voudrafaire Thisioire de Lectoure. Ces petites
particularit^s ont leur c6t6 significatif qu'il ne faut pas dedaigoer.
Nous avons assists avec un sentiment p6nible a la chute de
cette municipality que nous avions vue si vivante. A partir de^l 725,
M. Fintendant s'est immisce dans toutesles affaires de la conmione.
La jurade est remplac^e par un conseil politique compose de
20 personnes; le premier consul prend le titre demaire et ne doit
plus sa nomination au suffrage populaire. L'organisation du lende-
main valait-elle mieux que celle de la veille? La mort est-elle pre-
ferable k la vie? D'un c6t^, des habitants s'int6ressant a la cause
commune, initios de longue date a une sorte de petite vie poUtique,
respectant des lois faites par eux-m6mes. De Tautre, une popula-
tion indiff^rente qui ne connait la legislation qui la r6git que lors-
qu'elle est frapp^e par elle.
Nous allons placer en regard le sommaire du contenu de deux
registres des d^Uberations municipales, Fun de 1578 i 1599,
Fautrede1777.
Registre de 1 578 : « Accords entre les habitants de Fune et
Fautre reUgion. — Inventaire du mobiUer et du materiel de guerre.
— Voyage de la reine-mere et de la reine de Navarre. — Lettres
du roi de Navarre. — Gamison du clocher. — Reparation des
6coles. — Dettes de la ville. — Remon trances adress^es au roi
de Navarre. — Discours du syndic a ce souverain. — Biens de. la
commune. — Garde de la ville. — College. — Lettres du mare-
chal de Matignon. — Honneurs et prerogatives des consuls. —
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— 389 —
Entree du roi, de la reine de Navarre et du prince de Cond6, —
Plainte centre les degdts des gens de guerre. — Tallies, emprants.
— Reparations des fortifications. — Disette. — Seditions. — Re-
construction du college. — Gages du chirurgien de la ville. —
Articles de la treve faite a Moissac, par le marquis de Villars et
le mar^chal de Matignon.
Regislre de 1777-1788. — Reception de Tintendante. —
Visite faite a Tintendant a Foccasion de la mort de son pere. —
Etatsdes somraes impos^es sur la ville de Lectoure. — College. —
Voirieurbaine. — Reparations de la prison et des casernes. —
Refaction en pierre du pav6 de toute la ville. — Salaire du
maitre des basses oeuvres. — Soldats de ville. — Leur 6quipe-
ment. — Distribution des prix du college. — D6pense de trois
cents livres pour payer des mouches (mouchards). — Requite
des consuls pour obtenir que le premier condamn^ i mort soit
execute a Lectoure. — Libert^ du commerce de la boucherie.
La centralisation n'^teint jamais completement les souvenirs
de Find^pendance. Lectoure 6tait rest6e ville abonnfie pays d*E-
tat. Au milieu meme de la revolution, nous la voyons encore r6-
clamer naivement ses privileges a un moment oil on les abattait
tons.
Georges NIEL,
Archiviste du d^partemenl du Gers.
L'abondance des mali6res nous oblige k nous reslreindre pour la Correspon-
dance qui forme I'article suivanl. EUe sera reprise dans la quatri6me Livraison.
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— 390 —
Mirande, le 26 juin 1860.
MoNSfEUR l'AbBE,
Charg6 par M. le Maire de Mirande, depuis Tapparition du Bultetio,
de rechercher dans Viinde de M* Gouzene les actes relatifs k Thistoirc
de noire ville, j'ai cru me conformer a sa pens^ en prenant aussl toutes
les pieces qui ofifriraient quelque int^rSt sous le rapport des moeui-s, et
qui pourraient servir k Thistoire du pays.
J'ai cru vous faire plaisir, Monsieur TAbbcJ, en vous envoyanl copic
d'un petit nombre de pieces quej'ai recueillies. L'une m'a paru one
preuve, comme du reste on en trouve tant, qu!k une ^poque bien ant^-
rieure k ^789 Tesprit public n'itait pas 6teinl dans noire petite Gasco-
gne (I). Les autres offrent quelques details sur les guerres de religion ou
plut6t sur les d^sastres de ces guerres. Je desire de tout mon coeor
qu'elles vous int^ressent.
J'y joins la deliberation par laquelle la ville de Mirande, qui avut
embrasse chaudement la cause de la Ligue, se remit en Tobeissance do
roi Henri IV, par deliberation du 2 novembre ^594. Cette piece est
extraite des archives de la mairie.
Je ne bornerai pas \k mes envois, Monsieur TAbbe. Je sals qu'avant
n89 il existait, k Mirande, plusieurs fondations pleuses : la fete de
St-Roch, des Chapellenies, TEscolonie d'en Cotis, etc., etc. J'espire
trouver les actes qui les ont etablies. Je me ferai un devoir et un plaisir
k la fois de vous en faire parvenir une copie.
L'etude de M« Gouzene ne sera pas la seule ou je fouillerai. J'ai la
confiance que les autres notaires ne me refuseroul pas la permission de
moissonner aussi chez eux. Je serais si heureux, Monsieur TAbbe, de
pouvoir contribuer, par mon travail de copiste, a enrichir de quelque
acte curieux votre interessant Bulletin, et de vous temoigner par la avec
quel plaisir j'en ai vu la publication. Ce me sera surtout un vrai bon-
heur que vous trouviez dans ces envois une nouvelle preuve de mes sen-
timents pour vous.
Veuillez agreer, je vous prie, Monsieur TAbbe, Thommage demon
respectueux attachement.
BARBfi.
(1) Et cette preuve n'est pas la seulc, comme il est aisd de s'en convaiiicrc par li
leclurc de Tanicle precedent, LECTOURE, ville libre.
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M. le maire de Mirande voadra bien nous permettre de dSposer
ici FexpressioD de notre gratitude pour rempressement et le zfele
^clair6 qu'il a mis k seconder le Comit6 dans ses recherches histo-
riques. M. Aubian connaissait trop Taptitude de son compatriote,
M. Barb^, pour confier autour de lui k d'autres mains le soin de
d^pouiller et d'Stendre les archives de la commune. Fouiller, au
reste, dans les Etudes de notaire serait partout un excellent moyen
de retablir et d'augmenter ces pr6cieuses collections. EUes sont
devenues en g^n6ral si pauvres, grace a Tincurie et au mauvais
Youloir de ceux-la surtout qui avaient mission de les prot6ger; ou
m^me par la stupide ignorance quicroyait, en les aneantissant, servir
la chose publique, a une 6poque assez r^cente d'incroyable vertigo.
Les archives des tribunaux de premiere instance nous semble-
raient aussi devoir foumir une ample moisson aux amateurs de
recherches locales. On nous assure, il est vrai, qu'a Mirande, le
nouveau palais de justice se pr6te fort peu k la mise en ordre des
liasses du greffe, faute de local convenablement appropriS a cette
fin. Mais nous connaissons de longue date la patiente intelligence
de notre ancien condisciple, et nous avonsTespoir que M. Barbd
trouvera le moyen de faire p6n6trer quelques rayons de lumiere
dans le p£le-m£le de ce t^n^breux chaos.
Entre les pieces que nous avons regues de lui, la deliberation
du 2 novembre 1 594 a particulierement fix6 notre attention. Le
Bulletin ne tardera pas de pubUer cette int^ressante communica-
tion de notre Gorrespondant. Mais, en attendant^ rappelons a nos
lecteurs qu'a la date od Mirande fit son adhesion de ville catholi-
que, rarchev^que de Bourges avait regu a Saint-Denis, depuis plus
de quinze naois, c'est-adire le 25 juillet 1 593, Tabjuration solen-
nelle que la Ligue demandait de Henri IV. « La c^remonie s'Stait
faite le dimanche, en presence d'un nombreux concours de princes,
de prelats et autres gens d'^glise, de robe et d'^pee : Sauf I'auto-
ritidu Saint-Si^ge^ — avait dit TarchevSque a Henri, — je vous
absous du crime d'h^r^sie et d'apostasie; je vous rends a la Sainte
Eglise romaine, au nom du Pere, du Fils et du Saint-Esprit. » Et
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— 392 -
peu de jours aprfes, HeDri IV ^crivait, entre autres choses, au
Souverain Pontife : « J'ai voula, attendant que, sur ce, je rende a
» Yotre Saintet6 plus ample devoir par une ambassade solenDelle,
» et de personnages de grande et bonne quality, lui donner, par
» ce peu de lignes de ma main, ce premier t^moignage de ma
» devotion filiale envers elle ; la suppliant trfes afifectueusemeDt
» Tavoir agr6able et recevoir d'aussi bonne part comme elle pro-
» cfede d'un coeur tres sincere et plein d'affection de pouvoir,
» par raes actions, m^riter sa sainte benediction. Et sur ce, Tres
» Saint Pfere, je prie Dieu qu'il veuille longuement maintenir V. S.
» en trfes bonne sant^ au bon gouvernement de sa sainte Eglise.
» De Saint-Denis, le 1 8 aoflt 1 593.
» Henet. »
La grande lutte entre Timmense majority des catholiques et
Henri de Bourbon n'avait done plus de pr^texte plausible. La France
avait conquis son roi a la couronne de Clovis, de Charlemagne et
de St-Louis, en le ramenant a la foi de ses peres, a la foi originelle
et vitale du tr6ne qu'ils avaient si glorieusement fond6. Henri IV
s'6tait mfirae fait sacrer a Chartres, le 27 f^vrier de Tann^e soi-
vante, 1594; le 22 mars, Paris lui avait ouvert ses portes; les
provinces du Nord et du Centre avaient successivement suivi
Texemple de la capitale. Qu'avait-on de mieux k faire en Gascogne?
— Quant k Mirande, cette ville avait pris part a la Ligue avec trop
de bonne foi pour ne pas deposer les armes : ce qu'elle fit par la de-
liberation que nous ferons connaitre k nos lecteurs un peu plus tard.
A M, I'abbS Pet/ret, archivisie du Comity.
Paris, 12 juillet 1860.
Moi^SIEDR l'Abbe,
M . P. Lafforgue a public dans la prenu^re Livraison du Bulletin du
Comitd d'histoire et d'arch^ologie un testament reQu par un pr^tre de
Lavardens pendant la peste de ^653. II vous sera peut-6tre agr&ble
d'avoir un autre document sur cette 6poque. En tons cas, il aidera
M, P. LalTorgue dans ses recherches. Voici done la copie d'une deli-
beration de la communaute de Montesquiou au d^partement du Gers :
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— 393 —
cc Du huilidme septembre 1652. Ont ^t^ assembles noble Leonard de Laffite,
» sf de Lisos et den Bosc, Alexandre de B6on, s' de Bi6re, M« Jean Dubarry,
» docteur en droit el juge royal en la judicature de Barran; M^ M« Adrien du
» Barry, conseiller du Roy, son juge et magistral royal au 86n6chal d'Auch,
TO noble Guillaume s' de Laplagne, J. Abadie, m^ chirurgien, noble Anthoine
x> de Bonnet s' de la Tourasse, Prison Rosis, Prison Eslibaut, Jean Abeilh6,
» Petit-Jean, Joseph Liesta, Jean Barris et autres jurats de Montesquiou avec
» Gaillard Nodenot, Pey Mal6, Perron, Francois Bams, Laurent Dutilh, Joan
i> Duprat, Pierre Narbonne, Domenjou Marsan, Guilhem s' Bresc et autres ha-
» bitants dudit Montesquiou, faisant la plus saine opinion; ont d61ib6r6 sur
» ce que Jean Cousso, praticien, est all6 depuis dix jours en la ville de To-
x> lose oil la peste est teilement enflamin6e qu'on ne recognoist maison qui
x> n*en soit afflig^e, k cause de quoy et comme ledit Cousso estant veneu
y> ceste nuit pass^e k cachette et s*est retire dans sa maison apres estre entr6
D dans la maison d*A. Cousso son neveu et de Vigneaux m^re de son neveu,
» que ledit Cousso praticien sera enferm^ dans sadite maison. et en cas 11
» sorlira dicelle qu'il sera coreu (couru) sur luy, et encourra les peines de
9 droit, et en cas il se v^rifiera qu'il sera entr^ dans la maison de son nepveu
» et belle-soeur depuis son retour, 11 sera aussi pareillement ferm^e sous les
o m^mes conditions et peines; et cependant ils seront mises deux gardes
B s^chant lire. Tune sur le haut du faubourg et Tautre k laporte du c6i^ de
D Torient du clos de la pr6sente ville pour esviter Tentr^e des passants et
» repassants sans avoir vaiable attestation de lieux non suspects et hors de
-o contagion, aux despans de la communaut^ et sera faict inhibitions et def-
D fances aux hostes dudit faubourg de ne recevoir aucun des passants sans
» pr^alablement avoir regeu Tordre de ladite garde k peine de cinquante
» livres et do prison. » (1)
lei se trouyent des r&olutions concernaDt la surveillance des vignes.
Apr^s quoi, la deliberation se termine ainsi :
n> Et ainsi a ete arrests les saichans escripre soubsign^s et les s^aichans lire
T> et commandos k Ifidite garde seront contraints k peine de vingt sols, d
Signe : Dubarry, Bibnb, Larroqub, etc.
La derni^re deliberation de ce registre est datee du 46 fevrier 4653.
Apres quoi, les feuillets sont dechires et perdus. Les proces-verbaux in-
termediaires ne font pas mention de la maladie, ou ils sont laceres. On y
trouverait sans doute le recit des maux cruels qui affligerent alors la pro-
vince. Car en meme temps que la peste decimait les habitants, Tarmee
(1) D'apr^s dom J. Vaissetle, le LaDguedoc avait donnd I'exemple de ces safes pr^
cautions dds Tann^e 1650. Aussi la contagion continuant d'exerccr ses ravages, on
se d^terminait g^n^ralement, dans cette province, i ne pas retevoir dans lesviUes ceux
qui anraient traverse les territoires empcstes. Ce n'est pas sans doute le praticien
Jean Cousso qui avait porto do Toulouse coUe nouvelle aux jurats de Montesquiou.
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— 394 —
de M. d'Harcourt les ruinait (1). C'est une ^poque digne de Tftudedcj
historiens, mais 4 un autre point de vueque les temps plus rapproches
de la revolution de n93. Au rcste, sur les deplorables ^v^nemeDtsde
cette derni6re p^riode, il existe a la mairie de Montesquiou un certain
nombre de pieces int^ressantes. Je profiterai des premiers loisirs pour
vous en communiquer quelques-unes.
Agr6ez, Monsieur rAbb6, mes sentiments respectueux. .
Paul LAPLAGNEBARRIS.
Lyon, le 21 septembre 1860.
MOSIEUR LE YlCAinE GEI«iERAL,
J'ai plus qu'abus6 du d^lai que vous m'aviez accord^ pour r^pondre a
vos demandes. Et n^anmoins, depuis quelque temps surtout, je n'ai plus
Texcuse de la maladie de Monseigneur de La Croix. La sante de sa Gran-
deur s'est bien raffermie; le mieux a toujours fait des progr^ jusqu'a
cejour. Aussi aije la conflanceque bientCt Monseigneur pourra dire la
messe; il est priv^ de cette consolation depuis le jour de la Pentec6te.
Je joins 4 cette lettre les notes que vous m'avez fait Thonneur deme
demander sur le manuscrit de M. Daignan du Sendat, qui fait partie de
la bibliotbeque de Monseigneur I'archev^que. Je desire qu'elles puissent
vous ^tre de quelque utility. Mais vous savez que ce volume n'est autre
chose qtfun journal de voyage.
io La premiere feuilie a ^l^ arrach^e du manuscrit de N. Daignan:
il n'est done pas possible de pr^ciser le jour de son depart d'Auch pour Paris.
II est permis de pr^sumer que ce depart eul lieu k la fin du mois de mars
1713, carle2avril, M. Daignan se trouvait k Fronton avec son compaffnon
de voyage qu'il ne d6signe que sous le nom de docteur Ce voyage se nt en
lili^re en suivant la route de Hontauban, Limoges, Argenton, Ch4teauroax,
Orleans, etc. Les voyageurs arriv6rent k Paris le 27 avril 1713.
2o Comme il r^cnl lui-m^me &la page 36 de son manuscrit, M. Daignan
n'avait d'aulre but, en allant a Paris, que son plaisir personnel : « Aussi, il
» s'atlacha k tout ce qui pouvait lui faciliter le moyen de godtcr les salisfac-
» tions qui conviennent aux honn^tes gens, et pour cda il s'agissait de con-
» nailrepremi^rement cette villc et lout ce qu*elle renferme de curicux. »
3° Vers la fin de juin i7l3, Acate (c'est le nom que se donne M. Daigpan
dans son ouvragc), « alia voir le P. Lelellier, j^suite, confesseur de Louis XIV,
» qui lui fit Thonneur de lui dire qu'il croyait que le roi remplirait bientdt le
(1) Henri, cadet de la maison de Lorraine-Elbeuf, comle d'Harcourt et d'Arma-
gnacavait reoude la rdgente, Anne d'Aulrichc, la mission d'aller en Guienne conteDir
dans le devoir les partisans de iasoconde Fronde. Apres avoir fait lever, en 1651, le
si^ge do. Cognac au prince de Condd, le rccors de Maxarin, comme on disait en Gas-
cogne, s'^tait port6 vers le Midi, dtouffant sur son passage, an nom de la Gear, les
derniers vestiges de I'ancien esprit ftiodal, el tout essai de resistance iocaJe a la con-
centration de I'aulorile souveraine cntre les mains de Louis XIV, encore a peine 4f^
de 15 ans. — Voir, pour I'ann^e 165i, ce qu'on eul a souffrir, a Auch, do la garnisoD
du comle d'Harcourt. P. Lafforgue, Hist, de la vilie d'Auch, t. i, pag. 258.
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— 395 -
» si6ge archiipiscopal d*Auch, vacant depuis plus d*un an par la morl de
» messire Auguslin de Maupeou.
» En effel, Sa Majest6 y nomma messire Jacques des Marels(sic), 6v6que de
D Riez en Provence. Cetle place, une des plus dislingu^es de France, est
» moins pour lui une favour qu'un commencement de recompense des ser-
» vices qu'il a rendus k TEglise et k TEtat, et des ^minentes qualit^s qui le
» dislinguenl et qui sont h^r^dilaires dans son illustre famille. U est neveu
o k feu M. Colbert, minislre d'Etal et conlrdleur g6n6ral des finances, frdre k
» Monseigneur des Marets qui occupe aujourd'hui si dignement ces m^mes
» charges dans le conseil du roi.
» Get illustre pr^lat fut nomm^ pour remplir ie si6ge d'Auch le 2i juillet
» 1713, veille de sainte Madeleine.
D Acate n'eut pas plut6t appris sa nomination que son plus grand empres-
» sementfut d'aller reconnaf tre son pasteur. II sut qu'il 6tait k Marly, et d'a*
» bord il partit pour suivre son inclination et son z61e.
» Acate n'acheva pas le voyage : car ayant trouv6 ce pr61al en chemin pour
» s'en relourner a Paris, il rebroussa chemin pour le suivre; et ce ne fut que
» le lendemain qu'il eut Thonneur de le voir etde lui baiser les mains. Acate
» lui t^moigna simplement la joie quMl avait de le voir son pasteur et son
» maitre; et en cette quality il Tassura de son profond respect et de sa par-
» faite soumission. Acate reQut de ce seigneur lant de graciosil6s (sic) et re-
» connut en lui dans ce moment tant d'^minentes qualit^s qu'il lui sembla
» que bien loin que le portrait qu'on lui avait d^}k fait de sa personne et de
» son nitrite distingu^ fut flatt6, la renomm^e ne pouvait en dire assez sur
» sa personne.
» Acate se retira comme enchanl6; et, quelaues jours apr^s, ce pr61al lui
» fit rhonneur de lui rendre sa visite et de le faire prier k manger k son
y> hdtel. C*est 1^ od il acheva de connattre sa politesse, sa Iib6ralit6 et surtout
» cette d^licatesse qui lui sont si nalurelles. Acate cultiva d^s lors tant de
» bienveillance par des assiduit^srespectueusesque ce seigneur a r^compen-
» s6es par tant de g6n6rosit6. » (Pages 63, 64 et 65.)
3> Le 14 juillet 1714, Mgr Desmarets, archev<^que d'Aucb, re^ut le pallium
» par les mains de Mgr Le Goux de Laberch6re, archev6(jue de Narbonne,
y> dans la chapelle de la congregation du noviciat des j^suites. »
4o Mgr Desmarets partit de Paris pour se rendre dans le dioc^lse d*Auch,
le 3 d^cembre 1714. cc Le jour etail beau, le temps chaud et sec pour la saison,
TO le train de son carrosse et des chaises de sa suite faisait voler pour ainsi
« dire la poussi6re comme en plein 6t6. » (Page 315).
M. Daignan eut 1 honneur d'accompagner le pr^lat, qui fit route par Ne-
vers, Moulins, Lyon, Vienne, Orange, Aix, pour aller d'abord ^Riez terminer
quelques affaires. Le s^jour de Mgr Desmarets a Riez fut d'un mois, pendant
lequel M. Daignan alia visiter les differentes villes de Provence, accompagn^
d'un domestique du pr6lat.
Le 23 f6vrier 1715, Mgr Desmarets partit de Riez, et, apr6s avoir travers6
Aries, Nimes, Montpellier, B6ziQrs, Garcassonne, Toulouse et Tlsle-Jourdain,
il arriva au Sendat (1) le 14 mars, vers quatre heures du soir, ou il etait attendu
« par un nombre de personnes distingu^es de la ville d'Auch avec une joie
» et des empressements tons respectueux. »
Les details que je supprime dans cette rapide analyse ne sont d'au-
cun inl6ret pour Thistoire de notre Province ecclfeiastique. Et c'est
pour ce motif que je ne m'arrfiterai pas m^me a vous en donner une
indication sommaire.
Recevez, Monsieur le \icaire gto^ral, etc., etc
G. Sentis.
(1) En Roquetailladc, a denx Heues d'Auch. — Voir, plus haat, page 275.
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— 396 —
Un de nos Correspondants, M. Lugat, curt de Hastingue, aa
diocese d'Aire et Dax, nous ^crivait, un de ces jours :
« J'ai en main 36 feaillels du Cartulaire de Sordes, en beau parchemin,
entre deux pelites planches recouvertes de je ne sais quelle peau rouge,
flxte par douze clous... Le tout me parait 6tre du xiv« si^cle; et je le
tiens h ia disposition du Comity. »
Nous ne pouvons que f^liciter M. Lugat d'avoir retrouv^ eel
int6ressant souvenir d'une abbaye qui fit jadis tant d'honneur a son
diocese. Sordes, de TOrdre de Saint-Benoit, datait au moins da
x«sifecle,etpeut-6tre du viii*. Vincent de Castel,son 47* abb6, avail
uni cette communautS a la savante Congregation de Saint-Manr,
en 1 666. U ne reste plus du monastere qu'une partie des b^timents,
admirablement situ^s au bord de Teau, un peu a Test du confluent
des deux Gaves, qui vont ensemble se perdre dans FAdour non loin
des hauteurs de Hastingue. Le comte de Montgommery, au 20 sep-
tembre 1 569; le baron d'Arros, au 1 9 novembre suivant; et, enfin,
le seigneur de Montamat, au 7 mars 1570, s'etaient achames, a
Fenvi Fun de Fautre, a piller, saccager et incendier Tabbaye et la
petite ville de Sordes qui lui doit son origine. La Congregation de
Saint-Maurr6ussit enfin, versles derniferes ann6es duxvu* sidcle, a
r^tablir F6glise dont la paroisse s'honore aujourd'hui, et arebilir
les lieux r6guliers. D'autres Vandales sont venus disperser de noa-
veau ces tristes mines. Quelle mainpourra dfeormais les relever?
Nous prions M. Lugat de nous donner une courte analyse de
son Cartulaire; mais nous craignons d'apprendre de lui qu'examea
fait, il n'aretrouv6, entre les deux ais qui Font protege pendant pin-
sieurs siecles, qu'une partie des chartes dont ce recueil avait d'abord
6t6 compose.
Car, pour le dire ici en passant, les anciens Cartulaires etaient
destines a conserver, ainsi reunis en un, deux ou plusieurs volu-
mes, les titres des eglises et des communautes, qui relataient leurs
contratsde fondation,de privileges, d'echange, de donation, d'achat
ou de vente, etc., etc., ecrits en general sur parchemin. Lldee
de rassembler en un seul faisceau ces divers documents remonte
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— 397 —
au x« sifecle, et d autres disent au viii«. On se coQtentait, a Forigine,
de rappeler, sur un registre oa sur des feuilles s^par^es, la teneur
sommaire des actes qui servaient de base anx droits de ces 6tablis-
sements. Mais, en vertu du principe que nid ne pent se crier un
litre a soi-mimey il devint necessaire de donner a ces actes des
caract^res sp^ciaux d'authenticite; et Tint^rSt qu'on eut, dfes lors, k
conserver les chartes qui les formulerent donna lieu k ces sortes
de collections que nous appelons Cartulaires.
Toutefois, on ne doit pas lesconfondre avec un autre ordre d'in-
ventaires qu'on appelle Polyptyques. Ce dernier mot, en efifet, dans
son acception la plus g^n^rale, comprend toute sorte de Livres de
cens et de cadastre, appel^s « libri censuales » des leiv* sieclede
notre kre. lis representaient T^tat des imp6ts et des autres charges
publiques, avec la designation des sujets sur la tSte desquels ils
etaient r^partis. — Les eglises eurent aussi, de bonne heure, leurs
Polyptyques, dans lesquels on consigna les litres importants de leurs
droits sur les personnes et sur les choses. Plus tard, ces dernieres
collections ont pris le nom de Pouillij en tant que, dans les
chambres eccl^siastiques, elles tenaient sp6cialement registre
et denombrement de tons les benefices d'un diocese, avec le nom
en regard des b^neficiers et le chififre de leurs revenus an-
nuels.
11 est aise de comprendre qu'en France du moins les Cartulaires
et les Polyptyques n'ont guere plus aujourd'hui qu'une valeur
purement historique. Mais elle est assez grande, mSme aux yeux
de FEtat, pour qu'il ait recommand^, depuis quelques ann^es, a
un petit nombre de savants T^tude de ces vieux documents. Et
Ton sait que les presses de Timprimerie imp^riale ont livrfi au
public des travaux fort remarquables en cette importante matifere.
Nous voulons parler surtout de ceux de M. Gu^rard, membre de
rinstitut de France, de si regrettable memoire. C'est k lui que les
amis de notre vieille histoire doivent la savante Edition des Polypty-
ques de Saint-Remy de Reims, et dlrminon, abb^ de Saint-Ger-
main-des-Pres. 11 a, de plus, iuaugure, en 1840, la collection des
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— 398 —
Cartolaires de France, livraDt au public successivement ceux de
Saint-Pere de Chartres, de Saint-Bertin, de Notre-Darae de Paris,
de Savigni, d'Ainay et de Saint- Victor de Marseille. Cest pendant
Fimpression de ce dernier livre, oeuvre posthume de M. Gu^rard,
qu'il est mort a la peine, vers la fin de Kvrier 1 854. L'Acadi-
mie des inscriptions et belles-lettres proposa les paroles soi-
vantes pour 6tre gravies sur sa tombe, a la suite de son epita-
phe :
AUSSI ESTIMABLE
PAR l'iNT£GRIT£ de SON GABAGTERE
QUE PAR LA SING£RIT£ SGRUPULEUSE DE SON ERUDITION,
DIGNE CONTINUATEUR DES BfiNfiDICTINS,
IL TROUVA DANS LES POLYPTIQUES ET LES CARTULAIRES
UNE SOURCE NOUVELLE DE DOCUMENTS HISTORIQUES,
d'oU IL SUT TIRER D&S TABLEAUX ACHEV£S
DE L'fiTAT DES PERSONNES ET DES GROSES
AU MOYEN-AGE.
Des circonslances ind^pendantes de notrc volonl6 ont fait retarder renvoi
de cc nom6ro do BuHetin. Afin de meUre vite un terme k TatteDte de nosiee-
teurs, nous r^serverons les Melanges pour les Livraisons suivantes.
Nous avons Tesp^rance que d^sormais elles pourront parattre plus souveot,
sans qu*il soit rien change au chifTre de la Souscription.
F. C.
A la page 346, dix-neuvi^me ligne de Particle apparril, lisez figure 9, plan-
che II, au lieu de figure 4.
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— 399 -
QUELQUES NOTES
SUE LE
Regime alimentaire des habitants de rAnnagnao
ET DBS
CONTUSES VOISINES AU XVI« BT AU IVIH SINGLES.
Aucun lecteur s^rieux ne ferait fi, j'espfere, (fun bon travail sur
Itiistoire alimentaire de notre pays. II est bien de ne pas placer
trop baut un 616ment si materiel de la civilisation, et de ne pas
prendre trop an s^rieux Faphorisme de Brillat-Savarin : Dis-moi
ce que tu manges, et je te dirai qui tu es. Mais, d autre part, il
ne faut pas oublier que Talimentation, Factivit^, I'aisance, la so-
ciability, la morality m6me, ont entre elles des rapports naturels
assez 6troits. Malheureusement, ce n'est pas ce travail d'ensemble
que je puis faire. Je n'ai k foumir sur cette mati^re que quelques
notes assez dScousues, puisnes dans un petit nombre de livres, la
plupart fort accessibles, mais od Ton ne songerait pas peut-dtre k
les aller chercher.
Le principal de ces livres, celui qui me foumira pour ainsi dire
latrame de mon travail, est le DicBteticon Polyhistoricon (1), en
francais, le Pourtraict de la Sant4 (2), de Joseph du Chesne,
sieur de la Violette, m^decin ordinaire du roi Henri IV, ouvrage
(1) Joseph! Qnerecetani doctoris mediciqne regii Diseteticon polyhistoricon, opas
utiqne varium magnffi Dtilitatis ac delectatioDis... Parisiis, CI. Morel, 1606, in-So.
Haller cite en outre les Editions suivantes. Paris, 1608, 1615; Leipzig, 1601 (?), 1615;
Francfort, 1607; Gendve, 1607; Trevoux, 1625. J'ai eu de pins entre les mains one
Edition de Geneve, Pi. Chonet, 1626. (Toajours petit in-S®.)
(2) Le Pourtraict de la Sant^, oil est au vif representee la Reigle aniverselle et
particoliere de bien, sainement et longuement vivre. Enrichi de plusieurs pr^ceptes,
raisons et beaux exempies, etc. Paris, Ch. Morel, 1620, ln-8". — C'est sur cette edi-
tion que j'ai eue quelque temps seniement entre les mains qu'ont ete copies les pas-
sages imprimes en caracteresplus petils dans mon travail. Geux quine se detachentpas
de mon texte ont ete generalement iraduits sur le Diceteticon de 1606 que je possede.
Haller, qui ne cite pas I'edition parisienne de 1620 du Pourtraict, indique les sui-
vantes : Paris, 1606; St-Omer, 1608. 1618.
88
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— 400 —
d'hygiene assez curieux que je n'ai pas a analyser ici. Je renvoie
cette tSche a une etude biographique et litt^raire sur Tautear,
personnage fameux en son temps, m^decin empiriste de Fecole de
Paracelse, poete besogneux de F^cole de du Bartas. 11 etait ne
vers 1 544 en Armagnac, au chateau de TEsture, dont on saura,
j'espfere, Irouver la situation precise qui m'est inconnue. Aprfe
une vie fort agit^e et de longs s^jours en Suisse et en Alleo^agne,
il alia se fixer a Paris, oil il raourut en 1609. Les titres qui sui-
vent sont, presque tons et a pen prfes dans le mfime ordre, la re-
production des titres de plusieurs chapitres de la seconde et de la
troisifeoie section du Dioeteticon (1).
1 . Le Pain.
La nature du sol pr6sente des differences si considerables sur
divers points de notre province qu'on ne doit pas s'^tonner de
rextrSrae variety que Ton y observe dans la quality de cette base
alimentaire. Le paysan ne va guere lachercheren dehors des pro-
duits du sol qu'il f^conde de ses sueurs. Le Lanusquet s'6bour-
sillera bien souvenl pour se gorger de fricot; raais il ne songera
pas k faire le moindre sacrifice pour remplacer par le pain de
froment son mesturet ou sa mique fastidieuse, et quelquefois mal-
saine. La pellagre, ce redoutable fl6au de nos landes, est due,
comme le d^veloppait naguere un savant medecin de Bagneres (2),
k une corruption du mais. La m^me observation a 616 faite dans
la partie de la Lombardie qui est soumise au meme regime ali-
mentaire que les Landes, et ou la pellagre ne fait pas moins de
ravages (3).
C'est encore une remarque curieuse que le paysan de ces con-
(1) Sucunil. sect., cap. 4, de cibo el potu; 5, de variis panis etpolus artificiis;6t
de vino; 11, de exercitio el quiete. Tertiac sect., cap. 2, de herbis; 3, de fractibos; 4,
de carnibus; 5. de avibus; 7, de piscibus. — Cetle indication giindrale tiendra lieo
des renvois particuliers qui reviendraient trop souvent.
(2) CosTALLAT, Eliologic et prophylaxic de la pellagre (Voy. Revue d'Aquit , l iv,
p. 494.)
(3) A.. DB Metk-Noblat, la Lombardie, T art. dans le Gorrespondant du 25 mai
dernier.
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^ 401 —
trees desWrit^es est volontiers gourmand, tandis que dans les pays
de h\6 le travailleur le plus intrfipide est peu exigeant pour sa
bouche, et se contente habituellement d'un beau pain et d'une
copieuse soupe aux legumes.
Nos pays de froment ont depuis longtemps une reputation m6.-
ritee pour la confection et la bont6 du pain. « A Bourdeaux, dit
Joseph Scaliger (1), on mange de bon pain de froment. Les Gas-
cons font bien le pain. Sortez de Bourdeaux vers le B6arn, tout
est pain de millet. » Elie Yinet, le c^lebre humaniste de Saintes,
« se faschoit, dit encore Scaliger, de ce que Strabon dit que les
Gascons maiigent seulement du millet.*
Du Chesne va nous apprendre comment on faisait le pain de
millet dans le B6am et le Haut-Armagnac. — « II y en a trois
espfeces : la premifere se fait avec la farine separfie du son, p6trie,
fermentee et cuite, comme pour le pain ordinaire. C'est le pain
des campagnards. Le gout en est doucedtre; il est assez nourris-
sant, mais un long usage amene le degoflt. — Le pain de la se-
conde espece est ce qu'on appelle miques : ce sont des boules de
pate de millet, de la grosseur d'une balle a jouer, que Ton cult
dans Teau; c'est la collation des enfants; on les vend un denier
piece. — Les pains de la troisieme espece sont des friandises. lis
sont carrfe, longs d'un pied, hauts d'un demi-pied environ; on les
fait cuire dans les braises chaudes, aprfes les avoir entierement
envelopp6s de feuilles de chou. Les brasiers, c'est le nom qu'on
leurdonne, sont un manger assez d^licat et d'une saveuragr^able.^
Je ne suis pas a port^e d'observer ce qui subsiste et ce qui a
disparu de ces recettes. Le pain de mais actuel r6pond, je crois,
a la premiere espece; c est ce qu'on appelle mique dans la Lande
et le Bas-Armagnac, mistras en d'autres contr6es. Les miques de
da Chesne me paraissent avoir de grands rapports avec les petits
millas qfie Ton fabrique encore a Lectoure.
(1) Scaligerana, ed. de Cologne, 1695, art. Bourdeaux. Je citerai ptusieurs fois ce
livre sans autre renvoi. L'ordre alphab^lique le rend g^n^ralement assez facile a con-
suiter.
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— 402 —
Du Ghesne fait aussi connaitre cette bouillie de fanne dont
Fusage est r^pandu, je crois, chez tous les peoples du Midi. «En
Gascogne, on fait une p4te d'eau et de farine de millet qu'on assai-
Sonne avec du sel, et qu'on fait cuire jusqu'a ce qu'elle ait prisde
la consistance. Cette bouillie, qui en beaucoup d'endroits fait les
dSlices des paysans, s'appelle armotes. On pent les faire beaucoop
meiUeures en pr6parant la farine avec du lait. Galien (lib. de
aliment. facuU. cap. de milio etpanico) d^crit cette p4te qui itait
la nourriture ordinaire du paysan.
Le nom d'armotes dSsigne encore aujourdliui la bouillie de
farine de mais; ce nom est remplac6 dans le Languedoc par miUas;
dans le Bas-Armagnac et la Lande, par cruchade. Les Landais en
ont une \m6t6 connue sous le nom d'escaudoun, qui consiste a
faire griller la farine avant de la mfiler k Feau. lis en relfevent
encore le gotit en m^lant a la p&te des gr4ch4ts de pore, oa mdme
des prunes, du chou, etc.
Qu'on nous permette k propos de cette nourriture, dit un 6crivain
moderne, de raconter uoe anecdote dont nous pouvons garantir I'au-
thenticit^. Lorsque M. le comte da Provence, trente ans apres Loois
XVIII, parcourait le Languedoc, il demanda k goCiter ce millas dont il
avait tant entendu parler comme ^tant Taliment du peuple. La personne
chez laquelle il logeait en fit preparer sur le champ; mais au lieu de A6-
layer la grosse farine avec un peu d'eau et de sel comme les* paysans,
on la fit bluter pour en extraire la fleur; on la m^la avec du lait. On la
fit cuire ainsi, puis, lorsqu'elle fut refroidie et ferme, on la coupa par
petltes tranches, on la fit frire, on la pr^senta au prince toute saupou-
drte de sucre. Le comte de Provence, ravi de ce mets qui, ainsi pr^pari,
est excellent, neput s'empficher de dire : i Mais les gens de ce pays ci
sont fort heureux. » Cette petite histoire n'est-elle pas une le^on vivante
de la mani^re dont les grands apprennent la \ivM sur le sort du peuple?
La v6rit6 leur arrive toujours, comme le millas du pauvre, d^guisfe, pa-
r6e, toute faite de lait et de sucre. Le comte de Provence eut-il tortde
dire que cet aliment 6tait excellent et le pauvre bienheureux de Tavoir ?
Celui quieut tort, ce fut la personne qui le lui servit ainsi 1... (4)
(I) Fe^d. Souli]^, le Tour de France, ch. i.
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— 403 —
2. Lb Vin.
Notre pays presente encore plus de vari^t^ poor la culture de
la vigne et la quality des vins. Joseph Scaliger vante avec justice
les vins du B6ani. II accorde aux vins de Gascogne en g6n6ral un
m^rite n^gatif sur lequel je ne puis rien prononcer : « Vina aure-
lianensia procreant nephritidem, non vero vasconica.»
Mais TArmagnac est le pays de vin par excellence. Oil il est le
plus rude aux gosiers exotiques, c'est la que Findig^ne pent le
moins s'en passer. Le vin lui est absolument n6cessaire, surtout au
temps des travaux p6nibles. Ecoutez TAutomne parlant k FEtfi,
dans d' Astros :
Que sires-tu qu'un bente mot,
Qu'uo tripo, qu'uo grounio, qu'uo floyno,
Si de moun bin n'aou^s aumoyno ?
Que hare toun dailhaire au prat ?
Que hare toun segaireau blat?
Si lou barrilhet nou troutaouo,
£ si lou bin noou confourtaouo,
Tout toun poble se transir6;
La flaqufero te Taueir^.
Aussi, le pique-poiU est-il presque a la discretion de Touvrier,
et une rasade n'est jamais refus^e au mendiant. Lorsquele pauvre
foncier est oblige de r^server sa barrique de vin pour payer les
tailles, c'estune calamity domestique. Heureux encore si sa femme
et ses marmots ne pr^levent pas de^ droits trop abondants sur la
part des coUetou et ne mettent pas le bonhomme a la merci de la
inar6chauss6e. C'est le sujet d'une comedie in^dite de Tabb^ d'As-
tros. Ony assiste 6galement a la vente d'une barrique de Tin, qui,
apresun d6bat assez long, est adjugee au prix de dioo livres (1).
La maladie mdme ne prive pas les campagnards de la douce
pttr^e septembrale. lis ont la-dessus des aphorismes qu'on cher-
(1) La Moundino, sceno 12. Je dois une copie de cette pidce k robligeance de
M. Mains, de Lectoure.
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— 404 —
cherait vainement parmi ceux d'Hippocrate. Par exemple, aleurs
yeux, le vinpur est le remede sp6cifique de la rougeole.
Du Chesne ne parle guere des vins de son pays. II raconte cepen-
dant une anecdote relative au commerce de nos vins, et que je
donne moi-mfime pour ce qu'on voudra Testimer. Apres avoir
parle de Tardme, comme du caractere distinctif des di verses qua-
lit^s de vin, il ajoute : « II ne sera pas hors de propos de racouter
ici ce que Ton fait k Bordeaux pour ^prouver les vins. Quoique le
fait soil trfes veritable, plusieurs le r^voqueront en doute slls n'en
ont ^t^ les t^moins sur les iieux-memes, comme je Fai ete dans
mon premier 4ge, en faisant mes Etudes dans cette ville. Tous les
vins de Gascogne qui doivent 6tre exportes par mer dans divers
pays se r6unissent a Bordeaux. La, on les dispose dans des caves
d'une longueur et d'une largeur prodigieuses, Mties a cct effet a
quelque distance de la ville et qu'on pent appeler un marche aux
vins (forum vinarium.) Les pieces y sont rang^es si prfes Tune de
Fautre que Ton ne peut passer entre pour les percer et goAter le
vin. Aussi, les n^gociants venus dans Tintention d'acheter, et fort
habiles dans la mati^re, ne choisissent pas d'apres le goOt le ton-
neau qu'ils pr^fferent; mais en marchant sur les rangs des pieces et
en passant sur chacune d'elles, ils reconnaissent facilement les vins
les plus spiritueux et les plus lagers, et les marquent de leur
sceau. Car ils marchentavec plus de l^geret^ sur les meilleurs vins
que sur les vins ^pais et lourds qui ralentissent leurs pas.»
L'horreurde beaucoup de Gascons pour Feau n'est pasjustifi^e
par la quality de celle qu'ils boivent, et qui est g6n6ralement bonne
et abondante. Certaines sources de nos montagnes mSriteraient
seules cette repugnance. II y a beaucoup de goitres en Beam
comme en Savoie, disait Joseph Scaliger; «cela vient a cause de
Feau des montagnes. S'ils faisaient cuire leur eau, ils n'en sentient
jamais molest6s.» On attribue encore k la qualite de certaines
sources un fl^au plus terrible, celuidu cr^tinisme (1).
(1) Francisuuk Michel, Ics Races muuililed.
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— 405 —
Je ne vols pas que le cidre, le poire, la biere m6me aient jamais
ete d'un usage habitueldans rArmagnac. Cependant, je croisqu'il
faut eulendre par biada une liqueur de ble fermenWe, dans ie
passage suivantdu pofete lectourois, Garros :
Atau estatz a rombreta, hilholz ?
Auretz-me vist un pa6 d'esquilhotz
Passa camin damb un barlet de biada
Que la Rankina aus oubrds a portada? (I)
3. Les Viandes.
Le pore est la viande par excellence du campagnard. On le tue
entre Noel et carnaval, etce sont jours de ripaille dansle menage.
De la le vieux proverbe : A Nadau, tripes grasses a I'ousiau (2).
Dans la saison froide, le pages (pagensisy paysan), n'est pas trop k
plaindre, selon d'Astros :
Qu'a lou salade plen d'aucats,
Ou que-y a un ou dus pourcats (3).
C/est en eflfetToie, apres le pore, qui assaisonne le pol au feu.
Du Chesne en parle avec admiralion :
L'usage de I'oye domestique est fort commun en Gascogne mesme-
ment (maxim^): car il y a te! gentilhomme qui en atrois ou quatre miUe
de rente. Eiles se soulent de graines dans les aires, ou on bat le grain
toutii descouvertie longde Teste. C'est ou elles s'engraissent de sorte
qu'elles ont plus de deux doigts de graisse. On les fend par la moiti6 et
les sale-t-on. On s'en serl estans fraischement salves aux meilleures ta-
bles, et les faict-on mesme rostir par quartiers, mais I'ordinaire esj de
les manger bouillies avec la moustarde : c'est une viande qui dure tout
Fan, voire on les garde salves plusieurs ann^es tant qu'elles s'en ran-
cissent : un seul petit lopin de ladite oye vieille cuite avoc des choux fait
un blanci espais et bon potage dont les villageois et poures gens se re-
paissent comnmn^ment.
(1) Pi. de Garros, Poesias gasconas. Tolosa, Jam. Golomes, 1567. Egloga, 3.
(•i; Sentences, provcrbus et diclons de la Gascogne (Mss. Daignan;, imprimis u la
suite de Bcdoul, 1850.
(3) Lou (rimfe de la longouo gascouo. Playlejals de las Sasous. L'Uiouer.
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— 406 —
II va plas loin : il assure que «la fiente de Toye qaand eUe
mange de Fherbe au printemps, recueillie, des6cli6e, pulverisee et
donn^e en dose de demi-gramme ou d'une au plus, estantdetrempto
avec du vin Wane, est un prompt, asseur6 et approuve remede
pour les jaunisses;» que les extr^mit^s, appel6es petite-oie, a^ec
vinaigre et persil, donnentun bon manger; que la plume d'oie est
utile «t non-seulement pour coucher moUement, mais bieo poor
servir a escrire et a immortaliser les personnes : » la graisse,
pour onguents et cataplasmes : « bref , Toye n'a rien ni en dehors
ni en dedans qui ne soit utile a quelque usage.»
Parmi les mets recherch^s de nos pferes, il n'oublie pas le co-
cbon de lait. « La chair des jeunes pores, quand ils tettent en-
core, est tres savoureuse et trfes nourrissante. On la sert r6tie-
C'est le supreme r^gal des Gascons; cependant je ne saurais en
approuver I'usage immod^r^; je conseille plutdt de n'en servir que
rarement.a
Yoici quelques passages du mdme auteur sur les tourterelles, les
palombes, et ces espfeces de bec-figues qu'on appelle maurens dans
le Bas-Armagnac, ou les enfants les prennent au casse-pied (esca-
cigle.) ''
Les tourterelles engraiss^s comme on lesengraisse en Gascogne avec
du millet sont un tr^ bon manger de facile digestion et de bonne subs-
tance.
Les palombes, ramierset bisets... ont une chair bonne, friande et deli-
cate, et qui engendre quantity de bon sang. C'est en Ghaiosse et en Gas-
cogne prlncipalement qu'on en treuve en grande quenlitd pour la proxi-
mity des monts Pyr6n6e8 dont ils descendent au plat pays en hiver.
Pour les manger bons, il ne les faut point larder, ains leur faire donner
dix ou douze tours de broche sculement, puis on lesflambe avec du lard,
et les mange-on avec grande d^licatesse et friandise estant encore tons
sanglans avec la sauce ou du jus de grenades ou elles abondent, ou avec
du jus d'orange ailleurs.
Bequeflgues, ficedulx^ viennent en Provence et Gascogne... II y a
aussi en temps devendange une sorte d'oiselet en Lyonnois qu'on nomine
ortolan plein de graisse et qui est un manger royal; aussi achepte-on la
bont^ de tels oiselets bien chercment. II y a de mesme en Gascogne
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— 407 -
quantity de petits oiselets qui s'eograissent de meures des hales et des
Agues des vignes, qui estans gras font un tres bon manger et fort ordi-
naire en Savoie et en Suisse.
Uoe note curieuse de Joseph Scaliger :
Passereaux.-'En Gascogne on n'en mange point parce qu'on croil
qa'ils sent 8i\^ets au mal caduc; et j'en ai vu cheoir de ce mal.
Au commencement du xyii« siecle, les grandes chasses 6taieni
encore possibles. Ader d6crit dans son Gentilhomme gascon la
chasse au faucon, la chasse aux chiens courants, les chasses au
V)up, au renard, au sanglier. Aujourd'hui, les sangliers, objet de
redevance pour nos grandes forfits au moyen-4ge, ont disparu de-
puislongtemps. En certaines contries, le lievre mfime devienl d'une
excessive raret6. Je ne crois pas que les grues nichent dans les
maraisdeBarbotan, comme elles le faisaient au xvip sifecle. Le P.
Aub^ry, professeur au college d'Auch, oil il mourut en i 652, le
declare dans son pofeme inddit : Barbotanum in Atemoricio (1).
n nous montre Tarchipr^tre du lieu, membre de FiUustre famille
des comtes de Barbotan, escorts de deux animaux apprivois^s,
qui lul ressemblent par leur simplicity (sans ^pigramme) :
Non hue advecti Melita Spartaque catelli
» Simplicitate pares sed aves, nidosque propinquis
Ponentes lacubus, si quando rura pererret,
Vise adblanditffi leni clangore sequuntur,
Sacratumque grues latus huic incingere gaudent;
Nunc escam poscunt capiuntque manuque remiss^
Loiiga sacerdotis mulceri colla peroptant.
4. POISSON ET MOLLUSQUES.
La nature du sol avait multipli6 les ^tangs poissonneux surtout
dans le Bas-Armagnac. L'ancienne rigueur des lois de Tabstinence
et la fid^lite g^n^rale aux ordres de TEglise en augmentaient le
prix. Chaque bon propri^taire avail son lac dont la pfiche solen-
(1) DaDs le vol. des Mss. dc I'abbi^ Duignan relatif aui villcs du diocese d'Auch.
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nelle amenait nopces et festins pour la famille et les amis, ginik-
reuses distributions pour le voisinage. Tout cela a presque disparu,
mais le souvenir en est encore trfes vivant. Ici, ce sont des noles
sur quelques poissons de mer ou de riviere que je vais reunir,
toujours d'apres du Chesne.
Le merlus est dur et de difficile digestion. U est frit ordinairemeot.
On y ajoute en Gascogne un pen d'oignon et dela moustarde.
La tonnine et le cr^ac sont poissons d'une merveilleuse grosseur, leur
chair est aussi grossiere ct de diMcile digestion... On prend descreacs
vers Bourdeaux, d'autanl qu'iis remontent dans les eaux deuces comme
est la Garonne.
L'aloseest appel^e co/ac en Gascogne: ccluy de la riviere de Garonne
est un excellent manger. On le met en dames ou rouelles comme le
saulmon, et le cuit-onentre deux plats avec le beurre ou Thuile, I'espice
et le laurier; ou bien on le grille et le met-on en apr^s au beurre avec
de la sauce verde. S'il est vray colac ou vraye alose, c'est une bonoe
viande qui est en sa saison vers P^ues et demeure en sa bont6 quelque
mois. (Le faux s'appelle Tagate h Bordeaux, il est plein d'ar^tes.) H ea
faut pourtant manger mcSdiocrement : d'autant que le trop pourroit plus
nuire que proflter.
Voici maintenant une note de Joseph Scaliger : « La Garonne
nourrit beaucoup de iamproies, le Rh6ne en plus petit nombre.
On les vend un escu et demi-escu. Aginni cecommus Jesuitarum
emit unam quatuor coronatis,y> C'est-a-dire deux 6cus. Notez que
ce fait paraissait capital a ITionnete Scaliger contre les Jesuiles.
On lit dans un autre endroit du Scaligerana :
Ce fou de Lostaut (lisez Pi. de I'Hostal), qui est auteur du Soldat
Frangoi's, a faict une remonstrance au roy contre les Jisuites, ou il fait
mention qu'i Agen on apportd une lamproye qu'on faisoit deux escus.
Le pourvoyeur des J^suites Tachepta Richeome n'a pas respondua
cesle remontrance.
Si Richeome n'a laiss^ que cette objection sans reponse, il n'a
pas trop mal fait son devoir d'apologiste. — Mais revenons.
Les limafons sont plus prises en Italic et en Gascogne « qu'en
France. » Du Chesne recommande de les bouillir" dans « quelque
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lexive de sarment preinierem6Dt,»de les passer a qaatre ou cinq
eaux, de les faire bouillir six ou septheures «daDs de I'eau, du
sel, du beurre ou de Thuile d'olive pour ceux qui Faimenl, » de
les servir avec de bonnes herbes el du poivre. Bon et app6tissant.
On pent aussi les servir frits a Thuile ou au beurre, et les manger
avec un jus d'orange. G'est un « friand manger pour ceux qui Tai-
ment et qui y sont accoutum^s. »
« Parmi les huitres, celles de Grevette^ pres de la Rocheiie, et
de Bordeaux, quoique petites, sont regard^es comme les meil-
leures de toutes. » Je suis bien aise de citer ici ce t^raoignage de
du Chesne en confirmation d'un opuscule public Fannie derniere
par M. Lafont, maitre au cabotage, qui, en affirmant la sup^riorite
des Gravettes sur les huitres d'Ostende, recommandait au minis-
tfere de la marine les bancs du bassin d'Arcachon.
5. Legumes et « Herbages. »
L'ail est cher a tous les peuples du Midi. Dans les Bucoliques
de Virgiie :
Pour les bruns moissonneurs fatigues du travail
Thestylis va broyer le serpolet et I'ail (^);
et aujourdTiui encore les pizze ou galettes, relev6es d'un hachis
d'aii et d'herbes aromatiques assaisonn^s d'huile, est une friandise
qui fait raflfoler dans le midi de Tltalie les lazzaroni et les signori.
Horace a maudit Tail dans une epode faraeuse : on sait que I'aima-
ble poete avait Testomac d'une excessive debility (2). II appar-
tenait aux poetes du Midi de venger la bulbe savoureuse des
outrages du satirique latin. M^ry Ta fait au nom de la Provence.
M. de Marcellus, arm6 du nom de Henri IV, n'a pascraint de pro*
clamer dans une epode ingenieuse que le B^arnais couronn6
Dut a Tail la palme d'lvry.
(1) Virg. Buc.,Ecl. 2, v. 10, U.
(2) Hot., Epod. 3, cfr. 1, Salir. v, v. Jl».
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Tout le moDde sait qae « la premiere viande que re^ut Henri de
Bourbon fut de la maiu de son grand-pfere, qui lui bailla une pillule
de la th6riage des gens du village, qui est un cap d'ail, dont il lui
frotta ses petites l&vres, lesquelies il frippa Tune centre Fautre
comme pour sucer. • (Palma-Cayet.)
Notre m^decin lui-mdme s'el^ve presque ici au ton de Tenthou-
siasme :
Je me ferois grand tort si je mettois (estant gascon) en oubly et en
arriere, entre les hulbes et racines les poireaux, les oignons et les auli
estans viandes si communes et usit^s comme elles sont en Gascogne...
On n'use pas volontiers en France desdits poireaux, si ce n'est en
potage. En Gascogne, on les mange tous crus avec du miel. Pour en
dire ce qui en est, je n'en approuve pas Tusage en ceste faQon : car ils
engendrent dans I'estomac des ventositte et mauvais rapports, offensent
la vene et rendent la teste pesante et douloureuse....
Plusieurs, voire des plus grands mangent aussi les jeunes oignons et
en salade et tous cruds avec du sel pour aiguiser leur app^tit : ce que
j'approuverois sans la mauvaise senteur qu'ils laissent, pourveu qu'on
n'en fist pas un ordinaire. Car ils detergent merveilleusement les vis-
ceres, les delivrent de leurs obstructions, attenuent et nettolent les sa-
bles et mucosites, les reins et la vessie.
Les aulx ont une mesme propri^t^; c'est en outre la theriaque des
vilageois en Gascogne centre les pestes et le mauvais air : les enfants
qui en usent ne sont jamais siyels aux corruptions et vermines. II n'y a
que la senteur qui est du tout fascheuse et Insupportable : estans cuits
en la braise ou en Teau ils perdent beaucoup^de leur acrimonie. G'est
ainsi qu'on les sert les jours maigres le matin au commencement de la
table en Gascogne. L'usage en rend les hommes plus forts et vigoreux
tesmoin qu'on en fait user h ces Qns aux esclaves dans les galeres mesme
(maxime) quand ils leur veulent faire faire quelque grand effort.
Du Chesne s'^tend sur les herbes qu'on mange en salade. J'y
remarque les concombres, dont Fusage est encore trfes frequent
en Italie. Notre auteur semble en indiquer une preparation parti-
culiere : on les coupe en rouelles qu'on met tremper dans le vinai-
gre; et on les sert plus tard avecde Thuile, du sel et du poivre.
« Quelques Gascons, ajoute-t-il, y mfilenl des rouelles d'oignon
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— 444 —
pour corriger la trop grande froideur du concombre. » Je crois
que cette salade est tomb^e en desuetude chez les Gascons.
Je note dans le mSme auteur un usage qui me parait ^galement
oubli6, celui de r^duire en farine les lentilles et d'autres legumes
et d'en faire des armotes.
6. Les Fruits,
Lliorticulture fait de grands progrfes dans le Gers. Les arbres
fruitiers se muliiplient ; et les belles expositions organis^es par la
soci6t6 d6parlementale d'agriculture, r^vfelent p6riodiquemenl I'ac-
climatation d'especes nouvelles ou Famelioration des anciennes. U
serait peut-^tre bon, en favorisant le progr^s, de ne pas n^gliger
la tradition et d'6tudier le pass6 des arbres a fruits de notre
Gascogne. U y a plus de moyens qu'on ne croirait au premier
abord de remonter les dges, au moins jusqu'a une certaine dis-
tance dans ce qui regarde cet ordre de faits. Par exemple, on
trouvera dans les deux pofemes de d' Astros (Saisons : TAutomne.
— Elements : la Terre) de longues Enumerations d'espfeces et de
vari^t^s sous les noms gaseous qu'elles portaient en Lomagne. Ce
serait deja un travaU int^ressant d'expliquer ces noms, qui dispa-
raissent avec les essences mSmes peut-dtre, a Taide des souvenirs
locaux et de la science. Mais je ne puis qu'indiquer cette tdche
a laquelle je ne suis nullement prepare, et continaer ici mes
extraits sur quelques especes plus g6nEralement cultivEes.
Du Chesne, qui vante beaucoup les prunes, Enum^re celles de
Damas, perdigon^ royale, impEriale, de Tours, de Brignoles, etc.
II y a une petite ville pres de Montauban nomm^e Saint-Antonin, le
terroir de laquelle produit ccs prunes noires, aigres deuces qu'on Irans-
porle en diverses r^ons; et est presque incroyable !e grand traflc qui
s'en fait en ce terroir et aux environs. J'ay ouy asseurcr qu'il surpassait
le prix de cent mille 6cu8. Je vous le donne pour le mftme prix que je
ray achet6.
Pas un mot des prunes d'Agen, dont la renomm^e n'Etait peut-
6tre pas faite encore. Notre docteur s'Etend sur les melons, fort
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- 412 —
bons en Gascogne^ parce qu'ils ne mflrissenl pas comme a Paris
sur du fumier « qui n'est toujours que putrefaction; » et encore
plus sur les figues :
Noire Gascogne abonde parliculi6remcnl en cestc esp^ce de fruits
autant ou plus qu'autre province de la France et d'ailleurs. Ce fruict
aime un air conlemp6r6 tel que celui de Gascogne. Toutes les vign^
sont pleines de pelits figuiers Tombre desquels ne nuict point aux rai-
sins. II y en a d'iufinies series, de blanches, de noires, verles, pour-
pr^es, rouge^lres, pasles et entremesl6es de diverses couleurs. Les
meilleures sont cellcs qui se crevassent par le dessus qui onl la chair
plus grasse et aussi douce que miel, et qui sont au demeurant fort sa-
voureuses et d^licieuses au goust. On les mange le matin avec un peu
de sel et du {)ain : et puis doit-on boire du meilleur en observant la
reigle : Post crudum purum.
Je crois que les figuiers etaient plus communs en Gascogne a cette
6poque que de nos jours; apres avoir dit qu'avec les raisins les fi-
gues sont le fruit qui engraisse leplus, d'aprfes Galien, du Chesne
ajoute : « La mesrae espreuve se voit en notre Gascogne ordi-
naireraent : voire on engraisse les pores desdites figues tant il y
en a abondance. »
Cette profusion me remet en memoire une strophe de Louis
Baron, dans Tode a Pouyloubrin, sa patrie :
Higues blanques, rouges et n^res,
Goudouings, aueras, poumes, p^res,
Grindouis, serides, bigarr^us :
Lous mes petit casau ne bailie,
Et quade bigne que-s trabaille
Ne passamente sous carr^us.
II paratt que le poete avait surtout, dans sa terre du Garrousset,
d'excellentes figues; et la tradition du pays, recueillie par M. F.
Cassassoles, parte encore d'un ^v^que d'Aire (compte en effet
parmi les amis de Baron par son biographe, le president Daignan
d^Orbessan), ires friand de ces fruits, et qui choisissait toujours
de preference, pour visiter son ami, le temps de leur maturity.
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- 413 —
Entre les raisins, les muscats de Frontlgnan sont les plus d61lcleux.
En Gascogne, on en mange aussi de tres bons, el des blancs et des
rouges vermeils Lesdits muscats el autres raisins se doivent aussi man-
ger le matin avec du pain avant tout autre mets.
Lesp6ches, mala persica. II y en adedeux sortes, masle et femelie :
la feraelle laisse Tos facilement, et c'est ce qu*on appelle en Gascogne
pers^ue qui a la chair mollasse et douQastre : bref qui est beaucoup
plus corruptible que le masle qu'on nomme persec : plus gros que la
femelie, beaucoup plus odorant, de couleur rouge, vermellle tendant
sur Torang^.... C*est un d^llcieux manger, ou cru mis en rouelle avec
un pen de vin (comme on le sert ainsi ordinairement en Gascogne) ou
cult dans la braise et succhr^. Les Pavies (brugnons) et auberges qu'on
appelle sont de ce mesme genre de masles pesches, fruict tr^s savou-
reux, succrin et d^lideux. A Pan, principale ville de B^arn et en Cha-
losse, ce fruict se treuve le meilleur et en grand abondance.
Du Chesne mentionne ensaite Textrfime abondance des grena-
des dans son pays. On a vu plus haut que le jus de ce fruit
servait d'assaisounement.
II ne pouvait oublier les poires d*Auch. II les place au pre-
mier rang et accorde le second a celles de Tours; on les servait
de son temps cuiteset saupoudrees de sucre. II ne mentionne pas
leur nom de bon-chr6tien. D'aprfes les meilleurs auteurs, ces poires
sont originaires de la ville de Crustuminium, et c'est Teuphonie
natarelle aux bouches italiennes qui a change le nom de cruslu-
miniano en celui de cristiano, usit6, en effet, dans la P6nin-
sule (1). Le sol de notre ville fut si favorable a cette espece
que le bon chretien d'Auch acquit une renomm^e vraiment pro-
digieuse; il a son histoire dans les annales de la cit6. Voyez les
raanuscrits de Fabb^ Daignan ou Touvrage de M. Prosper Laffor-
gue. Je ne veux citer ici que le t6moignage du P. Aub^ry, dans
son poeme latin Augusta Auscorurrif imprime a Auch, en 1632,
chez Arnauld de Saint-Bonnet (2), mais qui n'en est pas moins
a peu prfes inconnu.
(1) Manage, Diet. 6tymol , Bon-Chrdtien.
(V) In-4o. II y en a, jc crois, deux exemplaires dans les glanures de I'abbd
Daignan. C'esl sur I'un d'enire eux qu'a 6t6 faile a la h&te, il y a plusiours annees,
une traduction incomplete dont je cite quelqucs passages que je ne puis plus main-
tenant contrdler avec le texte.
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Que j'aime Taspect de ces beaux jardins resserrte eutre ies riches de-
ineures I Quelles moissons de fleurs 1 Mais ces vergers renfermeot un
fruit rare plus digne de voire admiration. La poire pomp^eone s'est
r^ervd le sol de cette seule cit^, cette poire dont la douceur ^le Tarn*
broisie des Dieux. Les poiriers plant^s hors des murs, ceux m^me qui
naissent tout pr6s des fosses n'en portent pas de semblables. Ge fruit
est un don inappreciable du ciel et de la terre, vant^ dans tout le
royaume, achet^ k grand prix dans les contr^ lointaines, digne des
festins des rois, le plus glorieux des fruits.
Toutes les poires que voit naitre la Touraine dans ses jardins fertiles
en tout genre de fruits ne sauraient sc comparer k celles-ci que Ton a
d^pouill^ de leur vieux nom de pomp^iennes pour leur donner celul
de bon- Chretien. Les poires de Tours sont au-dessous de ccUes d'Auch
autant que les autres miels le c6dent en douceur h celui de THybla. Que
dis-je ? si les Dieux dans leurs festins celestes avaient par hasard conno
ces poiriers, ils auraient dMaign^ la liqueur du nectar et le sue de
Tambroisie. Oui, apr^s avoir gout^ les poires auscitaines, si douces au
gosier, leur digoti etlt repouss^ des tables de lii-haut le nectar et Tarn-
broisie qui eutretiennent leur immortality.
Et comme cet admirable nom de bon-dir^tien est r^rvi aux poires
qui naissent dans les jardins de la ville et n'appartient pas h celles qui
viennent ailleurs^ comme il n'est qu*au dedans de vos murs qu'elles ont
une saveur si agr^ble et si app^tissante, leur nom ^tait un pr^ge que
les Auscitains ne seraient pas infect^s par la contagion et le venin de
rh^r^sie, fl6au qui a gagni presque toutes les villes de TArmagnac, et
que la M^re du Christ; votre patronne, ^cartant ce poison, ils resteraient
attaches aux rites de leurs aieux et garderaient au vieux culte un ^ter-
nel amour.
Les amis de Tauteur s'6tonn6rent qu'il n'eAt pas expliqa^ Tori-
gine du nom de pomp^iennes donn6 aux poires d'Aucb. C'est Toc-
casion d'un sonnet que lui adressa Tauscitain FraD(^is de Boiat,
propri^taire du chateau de La Hitte :
Aubery, que ta muse a peur d'estre trompfe
De perdre son credit et fl^trir ses lauriers I
Puisqu'elle n'ose pas avancer que Pomp^e
Vint autrefois dans Auch y planter des poiriers.
Quoi ! ne s^ait-elle pas qu'avecque son esp^
II y grava son nom au style des guerriers;
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£t que bientosi apre8 une branche coup^
Ful etnport6e ailleurs par ses avanturiers ?
Nod, ta moaeesttjrop sagq et n'ayaie point ces feiotw;
EUe o'^vaqce rieo qui soil lujet aux plaioles;
La pure v^rit^ fait tQus 8a» entretiens.
EUe dira done mieux, sans craindre la critique,
Que la terre od le people est si bon catholique
Devoit porter des fruits qui ftissent bons CmiESTiEifs.
Od s'^tonnerait de ne pas troaver dai^ ca$ note$ on mot sur les
champignons dont notre pays produit tent d'esp^s comestibles.
Cost una ressource dont tout le inonde proflte. Le droit de pro-
pri^t^ fl^chit presque partoat k quelque 6g2ffd en ce qui conceme
ces produits spontan^s, et les pauvres gens ont le b^n^fice de
Tadage du Bas-Armagnac : Au,Z^ de bos, — attropequi pot. Du
Chesne, tr6s s^v^repour ces exordmwts de la terre, comme il les
appelle, pense qu'il vaudrait mieox les laisser s^cber sur pied que
d'en faire sa nourriture. II ferait grdce pourtant aux mcmsserons,
les meilleurs h son avis et les moins dangereux des champignons.
« Cost un mets vraiment d^licat et fort agr^able; ils naissent non
en automne conune les autres, mais au priatemps, dans un ter-
rain gras. Les Gascons et le& Boargaigaons, qui en out abondance,
en font leurs d^lices. »
7. Usages divers. Exergiges go&porels.
L'abondance hom^rique des viandes dtait de tradition dans les
festins de Gascogne. Les repas dus comme redevance par certains
seigneurs au roi et a ses gens consistent d^ordinaire en « camibus
porcinis et vaccinis cumcaulibus et sinapi et cum gallinlsassatis. »
Mais on rencontre des indications plus siqguliferes. Amaud Se-
guin d'Escas, ch&telain de Dax^ en 1 272, doit « unam vaccam
farcitam secundum morem antiquum et panrai et vinum ad co-
medendam illam vaccam (1). » M. F. Cassassoles a fait con-
(1) Mart, et Jul. Delpit, M^m. sur un mannscrit, etc. (Noliees et extr. 4e9 Mss.
delaBibl. Imp., t. xiv.)
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— 446 -
naitre les apprets vraiment monstrueux d'an feslin de Lectoure
auxiv* siecle (I). Void comment Loret, dans sa gazette rim^e (La
Muse historique) (2), d^crit, trois sifecles^ plus tard, le repas donn6
par d'Epernon, le fameux cadet de Gascogne, a la cour qui allait
de Bordeaux i Bayonne (oct. i 659) (3) :
Quand toute la cour eut quitt^
Des Gascipns la grande cit6,
Et que notre porta- couronne
Se ftit embarqu^ sur Garonne,
Put-il k Langon ? non pas, non :
Mais chez monseigncur d'Epernon,
A Cadillac, lieu de plaisance
Des plus pompeux qui soient en France,
Et certes la fleur des chateaux
A trente stades de Bordeaux;
Auquel lieu rare et magnifique
On fit une ch^re ang^lique
Qui seigneurs et dames ravit :
Et voicy ce qu'on y servit.
Outre plus la grossi^re viande
Dont Tabondance y fut fort grande.
Outre les aulx et les oignons,
Les truffes et les champignons,
Outre plus d'octante potages,
Outre plus de cent bons fromages,
Outre plus de trente jambons
Que les pages trouv^rent bons,
Boudins, cervelats et saucisses
Qui des buveurs sent les d^lices,
Outre massepains et biscuits
Et quantit^s d'excellenls fruits.
On servit sur six ou sept tables,
Ou mangerent les plus notables
Tant majest^s que courtisans,
Quatre cents perdrix, cent phaisans,
(1) Voyez sa Notice, Hist, sur Lectoure, et un art. de la Revue d'Aquit.
(3) Num. du 18 oct. 1659.
(3) Voyez Monlesun, Hist, de Gasc., t. y, Suppi., p. 508.
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— 447 -*
De tourles neuf ou dix centaines,
D'ortolaos cent trente douzaines,
Cent acolades de lapins
Dont n'en resta pas deux lopins,
Neuf cents cailles, cent gelinotes,
De levrauts plein quatorze hottes,
£t de plus y furent compt^
Trois cent dix ou douze pfttds^
Tons bien cuits et de bonne grace,
Sur qui Ton fit si bien main basse
Qu'il n'en demeura pas, dit-on,
De quoy repaltre un marmiton :
Mais outre Textr^me abondance
De ce regale d'importance
En fort peu de temps pr^par^,
L'ordre qu'on tint fut admir^.
— Oneut concert et comMie
C'est d'un nomm6 monsieur Fillot,
Catholique et non parpaillot,
Qui jadis souffrit maint martyre
Pour le parti de nostre sire,
Dont j'ay sceu tout ce que dessus,
Par un billet que je receus
} Hier au soir 6tant k table,
Que j'eslime fort veritable.
Sur r^tiquette des repas je trouve peu de chose dans mes
notes. En Gascogne, comme g^n^ralement dans tout le Midi, on
faisait verser de i'eau sur les mains des convives avant de se mettre
k table. Les peuples du Nord ignoraient cat usage. Jos. Scaliger,
re^u chez un grand dignitaire anglais, demanda de Feau, ainsi que
ses compagnons de voyage : on leur en porta en riant dans uo
vase, de telle sorte que la lavure de Fun devait encore servir
pour les autres.
Je trouve dans Du Chesne que les abricots et les cerises se
maugeaient chez nos pferes aussi bien au commencement du repas
qu'au dessert.
Quant aux heures des repas, Tusage general, depuis des siMes
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- «8 -
sans doute, et celai qui a pr6valu mdme de nos jours, eu Gas-
cogne, hors des villes : diner a midi et deux repas secondaires
dans la matinee et dans la soiree. II y a dans Du Ghesne un pro-
granune assez curieux, mais qui s'adresse ^videmment aux coor-
tisans et aux grands seigneurs pour qui il ^crivait, plutdt qu'aoi
bons habitants de sa province natale. II recommande deux heares
de promenade le matin avec des chiens favoris, en cueillant des
fleurs. Machez une feuille de sauge ou de laurier pour < baver,
cracher et ainsi decharger le cerveau. » Wnez entre 1 0 et H heu-
res. Lavez-vous la bouche avec du vin pur. Curez vos dents non
avec du fer « ains cure-dents de lentisque, romarin et tel autre
bois aromatique. Mais sur toute chose il faudra rendre grdce a
Dieu. * Prenez k table mdme une bonne demi-heure de repos.
Ne sortez pour la promenade que vers cipq heures. Gouchez-Yoos
a dix, apres une petite collation.
On aurait tort de croire, d aprfes ces conseils peu austeres, que
notre m^decin fCit ennemi des exercices plus actifs, si utiles pour
entretenir la souplesse et la vigueur du corps, surtout dans Tado-
lescence et dans la jeunesse. II n'en est rien. On trouye de longs
details sur une foule de jeux dans une autre partie de son livre,
d'od j'extrais quelques passages iut^ressants pour Thistoire des
moBurs et coutumes de nos anc^tres.
Ject de pierre ronde et perc^e au milieu dite discus, ou du dard. —
On attribue rinvention du ject de ladlte pierre k Persens. Gette sorte
d'exercice, k qui plus jettera et fera aller loin la pierre bien peBaate,
est encore usitto en plusieurs Heux, mesme en notre Gascogne. -^Mais
en lieu qu'anciennement on ne se servoit pour jeter le dard qqe de la
main..., on s'est aid^ depuis des instruments propres, pour avec plus
grand force practiquer cet exercice, et en lieu de dards qui sent assez
longs, ou a us^ de flesches et de traicts, et des arcs et des arbalestes
pour les tirer, qui est un exercice fort frequent aujourd'huy, mesme en
notre Gascogne qui entre toutes autrcs nations semble avoir retenu le
plus de traces de Tantiquit^ en toute sorte d'exercices.
Nous avons quatre sortes de jeux de paulme diff^rents et qui ne sont
du tout semblables k ceux des anciens. L'un se joue avec la main, et
la pelote en est grosse comme une boule de palemail et assez molle;
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c'est un jeu fort fiamillier, mesmement entre les eacholiers et jeunes
gar^one en Gascogae, et qu'on dit jeu de la pelotte.
II suffira d'indiquer les trois aulres. Le second est la longue
paume, avec estreufs et battoir de bois. Le troisieme, le plus
beau, le jeu de paume par excellence, se joute avec des raquettes,
aprfes un apprentissage indispensable, dans deslieux destine a cet
exercice. (Nous le savons tons depuls 1789.) Le quatrifeme est
propre a la noblesse : c'est le baUon pouss6 avec des brassards.
Dtt Chesne parle encore en detail des danses, de la lutte, de
la palestre (gtiUice les barres), et surtout de la course. A peine y
a-t-il un village de Gascogne, dit-il, qui n'ait sa f^te annuelle fort
courue. Au jour solennel, la jeunesse des alentours se rdonit, et
ce M Bont que Jeux de toutes sortes : tir au pistolet, tir a Tarba-
lette arec des prlx pour les vainqueors; mais surtout conoours de
cooreurs. L'espace fix6 pour la course est d'une demi-Ueue de
Gascogne, qui en vaut une entifere de France. Dix ou douze con-
cnrrents partent a la fois d'un point fix6 et se pr^cipitent vers le
point d'arriv^e, ou Ton voit un veau, ou un mouton gras, ou un
bonnet om^ de couronnes ou tout autre prix. Les plus habiles se
menagent jusqu'au milieu de la carri^re, pour ne pas s'exposer
a perdre haleine; mais ensuite lis se pr^cipitent avec tant de
fougue que vous croiriez qu'il leur a pouss^ des ailes aux pieds,
et qu'ils laissent loin derrifere eux les coureurs novices qui les
avaient d'abord d^pass^s de beaucoup.
Je ne prolongerai pas les citations; mais ne semble-t-il pas que
ces Hides exercices ont presque disparu? Les vieilles races s'a-
moUissent, la vie oisive et les jouissances suspectes sent I'id^al
des generations nouvelles. Le Basque a conserve sa passion pa-
trioiique pour les jeux de ses ancStres, et une partie de balle
enb*e les eius de deux villages est une affaire grave pour les po-
pulations des montagnes. La jeunesse de nos plaines fertiles ne
cherche guere plus dans les votes et les sentourages que les plai-
sirs du citadin. 11 a fallu que la vielle des rondeaux s^culaires fit
place a Taigre violon qui estropie, a la grande stupeur des meres
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— 420 —
defamille, des valses et des polkas. Et puis le mouvement, la
gait^ franche, la vie n'apparaissent plus que de loiu en loin. Re-
coimaitra-t-oD le quai auscitain a cette description du P. Aubery :
Quelles admirables promenades pleines d'une ombre ^paissel des
ormes aligns sur une vaste ^tendue les prolongeot en tout sens. C'est
ici qu'une joyeuse jeunesse passe les heures accord^ au repos en Ian-
cant le palet ou le javelot, en eier^ant son corps a la lutte lacedemo-
nienne. TantOt vous la verrez disputer d'agilit^ a la course, tant6t ra-
fralchir dans les eaux du Gers ses membres encore tendres.
N'y aurait-il pas ici Tun des mille indices qui portent bien des
observateurs k croire que, tandis que la soci^t^ a accompli dans
ces demiers temps un progr^s incontestable, Thomme s'est fatale-
ment amoindri; qu'il a perdu, dans ce laborieux passage, quelqae
chose de cette force expansive, de cet 61an cordial qui est ITi^ri-
tage le plus pr^cieux et le caract^re le plus frappant des nobles
races?
8. L'aET GULINAmB.
Je n'ai pas eu a m'occuper de cuisine proprement dite en tout
ceci, et le lecteur n'a qu'a s'en f^liciter. Je me reconnais, sans
fausse modestie, pleinement incompetent dans Tart d'Anicius et de
Gareme. Je crois, du reste, que les proc^d^s communs de nos m^-
nag^res n'ont pas change beaucoup depuis plusieurs si&cles, et que
les garbures, les daubes, les crapes, les pdl^s, un pen lourds, mais
savoureux, de nos campagnards sout tout a fait rest^s de rancien
regime. Rappelez-vous le cri d'enthousiasme qui salue la tourtere
dans le beau pofeme de Jasmin, Bib et Campagno. Et n'en riez
point : n'est-ce pas la racine du vrai et vivant patriotisme que cet
attachement instinctif aux premieres habitudes, aux usages da
foyer, a cet ensemble de choses minimes dont se compose, pour
presque tons, presque toute la vie, chose grave pourtant?
Si quelque Gascon a contribu6 au progres de Tart culinaire, je
n'en sais rien; c'est probable : on trouve des Gascons partout. Si
je connaissais a mou pays quelque gloire de ce genre, je ne Ten-
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— 484 —
terrerais point, quoique je n'eD cooQusse pas plus de fiertd qu'il ne
convient. Mais je n'en ai pas encore d^couvert. J'ai pourtant sous
la main quelque chose qui en approche ou qui y prdtend. Cest un
un livre anonyme qui se reconunande par ce titre : be Cuisinier
gaseon (1). II ne faut pas faire ici les d^godtds; Tauteur a de
Fesprit, et du pointu, quand il veut. Lisez quelques phrases de
son 6pitre d^icatoire au prince de Dombes :
Monseigneur,
Une ^pitre d^icatoire seroit h la fois un tr^s mauvais plat pour Yotre
Altesse S^^nissime, et pour moi une entreprise mal assortie k mes
talents. Le sucre et le miel qui entrent n^cessairement dans la compo-
sition d'un semblable ouvrage, appartiennent moins k la cuisine qn*k
TofBce : jecraidroiSy faute d'exp^rience, de me tromperaux doses. Quant
a Votre Altesse S6rdni8slme, EUe aime le haut goCit; et tout ^pltre d6di-
catoire est essentiellement fade. Ce n'est pas, Monseigneur, qu'on ne
pdt bien vous louer sans fadeur : la cour et la ville, F^tranger comme
le Francois reconnoissent en vous des quality qui portent leur sel avec
elles; mais ce detail que j'oserois faire, mftme de celles-li n'en r^ussi-
roit pas mieux. Le public k qui il n'apprendroit Hen de nouveau ne
roanqueroit pas de le trailer de mets rechauffe, tandis qu'il ne vous pa-
raitroit a vous, Monseigneur, qu'uii hors d'oeuvre de viande froide.
Cependant, me sera-t-il d6fendu d'en c61^rer une entre les aatres, que
person ne n'a relev6e jusqu'ici, quoi qu'elle soit la seule qu'on puisse
vous rappeler sans offenser Yotre modestie. Non...; je publierai sur les
toits que vous 6tes, Monseigneur, un des meilleurs cuisiniers de
France...
L'^poque ou parut ce bouquin fut f^conde pour la litt^rature
culinaire. C'^tait a la veille de la Cuisiniere bourgeoises par Menon;
le lendemain des Dons de Comus et du Pdtissier anglais. Notre
gascoD se pr^ente assez bien en face de ces deux concurrents :
« Le premier est savant, le second a de Tesprit; je ne me pique
que de gofit. » N'est-ce pas une fine pens6e culinaire? Mais il re-
(1) NouveUc Edition, u laquollc on a joint la Lcttre du pAtissier anglois. Amster-
dam, 1647, in-12. J 'ignore la date de la Iro Edition qui a dik suivro do pr^s los Dons
de ComiUt publics par Mario, sous le voile do I'anonyme, en 1739.
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— 4WI —
doutait pourtaat an pea I'^Set produit par ooe preface eo Irte
beau francos plac^ en tdte des Dons de Comus. €e qu'il y a de
plus piquant en tout ceci, c'est que ce morceau d'^nidition et de
phiiosophiegourmande afait Me compost par deuY Jesoites o^ie-
breS) les Pferes BroQgeant et Bnimoy. Mais le cuisinier gaecoo
Tignorait probablement. II publia k la suite de soo propre livre une
pr^tendue Lettre d^un pMdssier anglais qui reteve les paradoxes
ingenieux de la c^lebre preface. Yoici comment il r^pond k cette
id6e des religieux anonymes, que les pens^es de notre esprit re-
pondent gen^ralement a T^tat de nos organes^ et celui-d a la qua-
lit^ des mets que nous mangeons :
De ces principes tr^s ^vidents et fort bien d^ontrfe dans votre ob-
vrage, on pourrait, ce me semble, tirer de grands avantages pour I'^lu-
cation des enflants... Il faudrait ne donner aux jeunes gens que des ali-
ments et des nourritures relatives h T^tat auquel ils sont destinfe. Ces
aliments seroient dos^s et assaisonn^ par un habile cuisinier, d'une
experience consomm^, qui connottroit h fond les pens^ que prodoit
dans une kme la digestion d'un potage h la nivemoise, d'une 5^uce k la
Chirac et des aliments semblables. Par Ik, on communiqueroit insensi-
blement aux jeunes gens les id^es, les connaissances, et m^me les talents
auxquels on les Jugeroit les plus propres, et on les rondroit en m^me
temps capables des emplois auxquels ils sont destines parleur naissanee
ou par leurs parents.
Par exemple, je crois qu'on feroit fort bien de donner k un jeune
seigneur destine k vivre a la cour de la cr^me fouett^e et des pieds de
veau. A un jeune homme destine k vivre dans le grand monde, et k voir
ce qu'on appelle la bonne compagnie, on pourroit donner avec succes
des tetes de linotte, des quintessences de hanneton, des coulis de pa-
pillon et autres choses l^g^res. A un homme destine k la chicane du
palais et qui voudrait briller dans le barreau, on donneroit force mou-
tarde, du verjus, du chingara, et autres choses d'un goiHt un pea ftere
et piquant. Ainsi des autres
II y a grande apparence, comme vous le dites, Monsieur, que ce bel
art doit sa naissanee k cet esprit philosophique qui a fait de si grands
progrte en France. II s'est r^pandu non-seulement dans nos academies,
chez nos femmes, chez nos artisans : il s'est introduit jusque dans nos
cuisines
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- 483 -
On jugera, d'apr^s cet ^chantillon, que la lettre est digne d'un
Fr^roD, d'un Desfontaines, d'un Sabatier de Castres, k leurs meil-
leurs momenls. Et de fait, le CuisiDier gascon pr^vieDt dans un
avertissement pr^liminaire qne « qoand mdme le cuisinier et le
pdtis^er aoraient employ^ la plume de quelque homme de lettres,
qu'ib auraienl bien r6gal6, k condition d'adopter son ouvrage et de
le poblier sous leur nom, ils n'auroient fait Tun et Fautre que ce
que bien des personnes de consideration ont fait avant eux sur
des sujets importants et dans les plus glorieuses circonstances. »
Sans doute; mais Hmnme de lettres, qui poursuit si spirituelle-
ment Tinvasion de l^ncyclop^die dans la cuisine, se doutait-il des
adversaires quH pourfendaitt Je ne sais; et j'ignore ^galement —
Tacente Barbier — et le nom de cet ^crivain ing^nieux et celui du
vrai euisinier gascon.
Ce dernier^ soigneux de ne manquer au potage non plus qn'k
Yaogelas, n'a mis dans le corps de son livre que des recettes culi-
linaires. II ne m'appartient pas de dire ce qu'elles valent, soit par
leur m^rite intrins&que, soit par Tinvention et Toriginalit^. Je dois
seulement con^tater le patriotisme local de I'Apicius gascon. II
n'oublie ni les petits pSA6s de foie gras aux truffes, ni les garbures,
un mot qui n'est pas dans le dictionnaire de TAcad^mie ! — II vous
sert du pain au jambon k la Gondrin et des poulets a la Pardaillan.
Je ne rent pas en donner la recette. On me reprochera de
n'avoir d6ja que trop dfiroge k la gravity scientifique de ce Recueil.
Mais si j'ai fourni atix amis des etudes gasconnes quelques ren-
seignements, si minces qu'ils soient, sur les moBurs et la vie priv^e
de nos peres, — la partie de ITiistoire la plus int6ressante et la
plus D^g^e, — je compte meriter quelque indulgence.
LfiONCE COUTURE.
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— 4SI4 —
LE JUGEMENT DE JfiSUS-CHRIST.
Tableau point au oommenoement du xvii* siide et consem
dans r^glise paroissiale de St-Jean-de-Luz
(BASSES-PrfiENEBS.)
Dans les ^glises da pays basque, la separation des hommes
et des femmes, pendant I'office divin, est rigoureosement main-
tenue. Les femmes s'agenouillent sur le sol des nefs; les hommes
se groupent dans des tribunes pratiqu6es sur les murs latdraui et
sur le fond occidental de I'^glise. On trouve, selon Timportance
de r^difice, deux, trois et mSme quatre stages de ces galeries,
gamies de longs et lourds bancs de bois sans dossiers. Le corps
municipal a des sieges r6serv6s au centre de la tribune, en avant
et au-dessous du buffet des orgues.
C'est derriere Torgue, et dans Tombre de la galerie du premier
etage de T^glise de St-Jean-de-Luz que j'ai rencontre le curieux
tableau repr^sentant le jugement de Jesus-Christ.
Haute de 0 m. 85 c. et large de 2 m. 25 c, la toile que je
vais d^crire est accroch6e au mur du fond de la tribune, a deux
metres environ du sol. Elle est entour^e d'un cadre en bois noird,
et d6cor6 aux angles etaux axes de petits rinceaux finement peints
en blanc, genre d'ornementation fort usite au commencement da
xvii« siecle. Je ne n^gligerai aucun detail.
Ce tableau est point a Fhuile sur une toile legerement appr^t^
et d'un tissu fin et r^gulier. L'auteur n'a point fait preuve de ta-
lent; au contraire^ il semble qu'il ait ignore les proc^^ les plus
vulgairesde lapeinture. C'est toujours un lourd empdtement ina-
tile a Teffet de la couleur; Finexpfirience du pinceau est ^vidente;
parfois, le dessin est acceptable; des mains sont indiquees avec
quelque adresse; des Ions choisis apparaissent ?a et la dans les
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fonds. A la premiere vue, j'ai suppose que ce tableau avait 6t6
retouch^ par un de ces abominables pUtriers pi^montais ou fran-
(ais, helas! h^las! qui salissent a FeDvi nos ^glises romanes ou
gotbiques de la Provence, du Lauguedoc et de la Gascogne (et
}'en prends k tdmoins, dans cetle r^ion mSme, F^se ogivale
de St' Jean de Tarbes, macule de la belle fa^on; celle de Mao-
bourguet dont Fanalyse est dSsormais impossible; Tantique cath6-
drale de Lescar, un chef-d'oeuvre, un type de force, d'^l^ance
et d'ampleur ratiss6 par une main ignorante; j'en passe et j'y
reviendrai). Mais apr^s avoir observe dans plusieurs autres ^lises
de la r^on pyr6ndenne un grand nombre de peintures du mdme
goAt, je n'h^site plus k reconnaitre pour original et sans retouche
le tableau de T^glise de St-Jean-de-Luz.
L'ex6cution importe peu; c'est a d autres titres que ce tableau
mdrite d'etre ^tndi6.
La composition comprend vingt-six personnages d'environ qua-
rante centimetres de hauteur.
A gauche, le procurateur Ponce-Pilate, trdnant dans un grand
fauteuil, abrite par un dais de draperies, d^signe de la main
gauche le Christ assis devant lui; de la droite, il tient un sceptre;
sa barbe est taill^e selon )a mode du temps d'Henri IV; il est
envelopp^ dans les longs plis d'une robe noire doubl^e dliermine,
et coiffd de la toque des anciens presidents au parlement.
Au-dessous de Pilate, le greffier 6crit les votes sur un grand
registre; devant lui est Turne du scrutin.
En face do greffier, dont il est s6par6 par un long cartouche
blanc , sur lequel est inscrit le jugement prononc6 par Pilate,
J^us-Christ, k demi-nu, les reins ceints d'un lambeau de drape-
rie 6carlate, la tdte inclin6e et entour6e de rayons lumineux, se
tient assis dans une attitude humble, les mains li^es et 6tendues
sur ses genoux.
Au centre de la toile, et au-dessous de ce groupe, le grand-
pr6lre Caiphe, debout sous une niche, 6tend les deux bras en
renversant sa tfite en arriere. 11 est coiflfe d'un bonnet a plumes,
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— 486 —
en mani&re de couronae ou mieux de tiare; uoe sorte d'^tole,
crois6e sur $a poitrine, recouTre une loDgae robe a trois volants
de dentelles. Sa figare est jeune; uoe l^^re moastache noire,
finement tordue et retroussto, lui donne un air de ressemblanoe
avec certains portraits de Louis XIII repr^sentd dans Tappareil
de la royant6 (1). Le peintre a certainement copid nn portrait
contemporain.
Aox c6tds de Pilate, et derrifere I^ns-Oirist, les pharisiens,
Ms membres da sanh^rin, assis ou debont, dans des attitudes
yariiies, devisent entre eux, portant k la main, en guise d'^crans,
des cartouches blancs qui contiennrat leurs noms et Texpression
de leurs votes. Leurs costumes sont trbs varies de f(»*mes, mais
de couleurs noire ou blancbe. Presque tons portent la moseUe ou
cape d'hermine, revdtue de colliers d'ordres de fantaisie, mala-
droites imitations de ceux de Saint-Michel et duSaint-Esprit. lis sont
coiff^ de toques ou de turbans noirs. Tons les visages des juges
sont jeunes et orn^s de moustaches et de royales. Ce sont les
pliysionomies connues du temps de Louis XIIL Le peintre a
copi6 des gravures; Tabsence de naivete interdit de supposer qu'il
ait ex^ut^ des portraits d'aprfes nature.
Par une grande fendfre ouverte au fond du prdtoire, on aper-
(oit le peuple arm6 de piques, vocifdrant et exprimant ses volon-
t6s au moyen d'un cartouche peint a cdt^ de la fendtre.
Au r^sum6, Tensemble de cette peinture est d^urvu de
caract^re serieux. Nulle recherche dans le jet des draperies,
aucune 6tude du geste et de Texpression, pas de perspective li-
n^re ou aerienne. On dirait que le peintre, convainca de rim-
puissance de son art, a coDsacr^ tous ses soins aux inscriptions,
et c'est 1^, en efifet, qu'est tout Tint^rdt de curiosity de ce tableau.
G^est pourquoi je me suis abstenu de dessiner ou de calquer sa
peinture; travail inutile et qui n'edt rien ajout^ a TintelligeDce
du sujet; mais j'ai copi6 fid^lement toutes les Ventures dont voici
la transcription :
(i) yoir VHistoire de Louis XIII, par Michel Levassor. 167.
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- 487 —
Sur le fond du tableau, k gauche, est rinscripUon sui^ante :
Sentence ou arrest des Sanguinaires
JUIFZ GONTRE j£SUS ChRIST
Le Sauveur du monde
Au-dessus de Pilate, on lit :
Pontius Pilatus Judex.
Les votes des ancieM do peuple juif oo steateurs aont expri-
m^s dans cet ordre :
4 . SmoN LEPsm
Avec quel droii \ ou raisson seroit \ tem$paur^ mutin au \ si*
ditieucD \ .
2. Raban
Degraceaquoy \ sontles.laico \ establis sincmt \ e^finqumik^ \
garde et mette \ (jtexecutiont \ .
3. ACHIAS
On ne doit condam \ ner auctm m tnort | kmdU que la \ eame
nest pas \ encor cogneue \ ny vuidie | .
4. Sarath
Bny aloyny \ droict qm conda \ ne aucun e^nt \ incMipa-
ble et I partan qium s'enqueste en \ quelle mani \ ere cestui \ cy
aye for \ faict \ .
5. ROSMOFHIN
A quay sont don | nees les loy quand \ onneles \ ecoerce | .
6. Put£phares
Unseducteur 0st \ unepeste a la pa \ trie etam)gen$ \ elpar-
tant on | le bannirat \ .
7. RiPHAR
Lespeinesdeslois \ nesontestablies | quepourlesmal \ faicteurs
et par \ tant faut U quil \ oonfesse son for \ faict et q%Hilor | on
procede a le \ condanner \ .
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— 488 —
8. Joseph d'Aramathea
V4ritablement \ ceH une chose hon | teuseet detestable \ quUmj
a person \ fie en cestevil \ kquitaschea \ defendreHn \ noceni \ ,
9. JORAM
En quelle ma \ nierepourront \ notis (aire con \ damne cesiwj
cy a mort \ puis quit est \ juste \ .
10. Ehieris
Quoy quit soit juste \ toutefois il mourra \ dautant que par \
sespresches il a \ seduictetmeu \ le peuple a sedition \ .
11. NlGODEMUS
Nostre loy ne \ juge ou con \ damne un homme a mort estani \
la causes \ encore \ incogneues \ .
12. DiAHABUS
DaiUant \ quil se \ duict le \ peuple \ il est coul \ pable et |
digne de \ mort \ .
13. Saebas
Nous devons | ecoiler cest \ homme sediti | eux comme | cduy
qui est \ n4 a perdition \ dupays | .
14. Rabinth
Soit quil soit \ juste ou non dau \ tant quit na \ voulu obeyr \
ni acquiescer | aux loy de nos \ ancestre il ne \ doit est toleri \
au pays \ .
15. JOSAPHAT
Quit- soit li6 de \ chaisnes mis et \ tenu en prison \ perpe-
tueUe I .
16. Ptolom£e
Sil nepetit estre \ cogneujwte niy \ injuste a quoy \ nous or-
reston \ nous pour quoy \ neprocedon nous \ a le condamner | a
mort ouak \ bannir \ .
17. Teras
Cest raisont \ que le ban \ nissont ou \ que le ren \ i)oyons a
lempereur \ .
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— 489 —
18. Mesa
SU est I homme \ juste pour qu \ oy nenous | convertissons |
nous a luy et sil \ est meschant | et inique | pourquoy \ ne le
cha I sonrums | .
19. Samegh
Vuidons le cos en \ telle maniere que \ cesluy cy naye \ nuUie-
re a nous \ contredire \ at)ec raison \ quoi quil face cha'\ tions \
le I .
20. CaIPHAS PONTIFEX
Vous ne scavez trestous ce que | voulez il est plus ecopedient |
quun homme meure pour \ le peuple et que toute la | nation ne
pMsse I .
21 . Le peuple dever Pilate
Sivaus relachez cestuy ct | vousne serez amy de Cesar | Ou-
cifies le. Crucifies le. Son | sang soit sur nous et \ surt noz en-
fans I .
Sar le cartouche carr6 plac^ aa centre da tableau, on lit :
— « Je Ponce Pilate preteur ^ juge en Jerusalem \ dessoubz
le trepuissant empereur Tibere le regne duquel soit \ bienheureuco
et bendict et eterneUement au tribunal ou siege \ judiciaire afin de
prononcer et declarer sentence pour la synagogue \ du peuple ju-
datque au faict et cas contre Jesu Christ de \ Nazareth icy pr^-
sent et par eux men4 li4 et accusi devant moy \ que nestan ni que
de pere et mere de pauvre et basse | ewtraction s'est faict par
paroles glorieuses et blasphemeuses filz \ de Dieu et roy des juifs
et se vante de reffaire le temple de \ Salomon : Ouy et entendu le
cas, dis et declare pour ma \ conscience quit soit CrucifU avecque
deux brigands \ . (Sic).
Tel est ce tableau. J'avoue qu'il excita vivement ma curiosity.
Le croyant digne d'uoe mention solennelle, je m'empressai d'en
presenter Tanalyse au comit4 imperial des travauoo historiques et
des Soci4t4s savantes. J'^prouvai cette deception : « Le tableau
conserve dans T^glise paroissiale deSaint-)ean-de-Luzn'estpasuni-
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— 430 -
que; plusieurs compositions analogaes soDt connues, une entr'aulres
que j'ai yainement cherch^e, existait dans F^glise de Saint-Roch,
a Paris. » Le comity passa outre^ sans faire aucune teDtatiye
pour d^couvrir Torigine de ces representations de Tun ^ actes
les plus considerables de la Passion de N. S. Jesus-Christ.
Cependant, on le reconnattra sans peine, cette itn^ n'est point
a dedaigner. II importerait de connaftre en vertu de quelle tradi-
tion plus ou moins ancienne, et conserv6e en dehors des textes des
Evangiles, cette mise en sc6ne complete du jugement du Christ,
simulacre de nos assises judiciaires, a 6t& reproduite jusqu'a nos
jours. Aprfesy avoir quelque peu rSflechi, je hasarderai, d priori,
cette conjecture, que le lecteur appr^ciera.
D&s les premiers temps du moyen-&ge, les pontes et trouv&res
glorififerent la Sainte Yierge et lespersonnes dtriMS, par des chan-
sons d'amour mystique, dont phisieurs sont parTenues jnsqu'a
nous. Un peu plus tard, les Mgstires qui se joualent deyant h
peuple, aux jours de fdtes, emprunt6rent principalement lev ac-
tion aux r^cits de TAnciea et da ItoaYeaa TeHtaioante. Le pofete
avait les coad6es franches; at pourm qu'U re^pectit le sens des
textes sacr^s, il pouvait dessinei: lihremwt le c»q9Y%s de son dramei
toi^ours en c6toyaat h y^rite hi^torique; il iaveatjut le dialogue et
pla^ait d^3 la bouche de^ persomiage? de3 paroles ^^propriees a
leur caraQt^re. C'est dana cette partie de spn oeuyre que Tauteur
faisait montre de toute sa verve; et Ih^ en effet, etait rinvention,
le tour de force du g^nie. Ces combiiuisons dram^tique^ etaient
aussi innocentes qua pr6vues; le dialogue briUait plus par le tour
na^ donue ^ Yii6e que par les vis^e» de Tesprit; mais qo3 boos
aieux n'y regardaieut pas de si prto. Plu3 d*un, sans doute, apr&s
la representation d'un Myst&re, rentrait en son logis„ poo moins
emu que pent Tetre de nos jours un badaud de Paris s^u sortir
d'un theatre suant le pQj30U et vibraut de tou» les oris de h crimi-
nalite bumaine.
Depuis le xrv* ^6cle, le sujet si emouvant de la Passion de Je-
sus-Christ a servi souvent de thfeme aux rapsodosde tousles degres
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— 431 —
et aux fabricants de mysteres dramatiques et populaires. C'^tait le
drame favori des Trast6verins, au commencement du sifecle der-
nier; et I'on rencontre encore, au frontispice de nos spectacles fo-
rains, ce titre alWchant : La Passion de N.-S. J^sus-Christ^
illustr^e d'enluminures aussi naives, mais inf^rieures, a coup stUr,
h celles des pieux artistes du moyen-dge.
Pour repr^senter la sixifeme station de la Vote de Captivite^
c'est-a-dire Tinstantou Pilate, sous lapression exerc^e par les en-
nemis de J^sus-Christ, prononce son jugement, je suppose — car
je n*ai prfoentement ni les moyens, ni les loisirs de fouiller les
bibtioth^ques dans lesquelles sont conserves, manuscrits ou im-
primis, quelques-uns de ces mystferes dramatiques — que Tun des
auteurs primitifs, afin de rendre son spectacle plus attrayant, de
donner plus d'importance et de mouvement a la mise en sc&ne de
cet acte solennel, a imaging de montrer le procurateur Ponce Pilate
dans la majesty de ses fonctions, entourd de tout Fappareil judi-
ciaire, et pr6sidant un jury dont chaque membre devait formuler
publiquement tous les consid6rants de ses opinions et de son vote.
Celte combinaison offrait des aliments nouveaux a Taction drama-
tique; et, bien qu'elle fdt depure invention, elle n'avaitrien dln-
vraisemblable. Caiphe restait le complaisant, le flatteur de la
populace; Pilate, ITiomme indecis que Ton connait; et la vile mul-
titude conservait son r61e 6temel, ind616bile : Crucifiez-le! cru-
ctfiez-le!
Des avantce temps-la, les peintres ne suivaient plus les grandes
traditions de Tart hi^ratique; ils s'essayaient au r^alisme,'qui de-
puis n'a cesse d'envahir tous les arts. Peu soucieux toutefois de la
couleur locale — une autre invention moderne — ils copiaient les
paysages de leur pays natal; celui-la, ses montagnes aim^es,
Teglise et le chateau dominant le village; celui-ci, desplaines clai-
res et riantes, avec Thumble ruisseau qui arrose la petite valine.
Sous leurs pinceaux, Abraham devient un bon bourgeois de Flan-
dre; St-Luc, un 6chevin chaperonn^a la modedu temps; la Made-
leine revfit le costume de la dame du lieu, et prend quelquefois sa
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physionomie; la Sainte Vierge porte des robes de lampas, et les
apotres des souliers a la poulaine.
Ainsi affranchis de toute tradition iconographiqae, les peintres,
et aussi les sculpteurs, en quete des moyens pittoresqaes qui
pouvaient ajouter a Tinterfit de leurs compositions, empruntereol
au thedtre ces noaveaux elements de curiosity. Ce besoin s'est
perp^tue jusqu'a noug. Plut6t que d'interroger Thistoire, on de-
mande au theatre une sc6ne toute faite. Louis David cboisit let
Horaces, Pierre Gu^rin s'empare d^Andromaque. Je me souviens
des plus illustres; combien d'autres ont demand^ au drame et au
roman modernes un succes de vogue et d'actualite.
Je crois avoir entrevu la v6rit6 : les peintres devoy6s des xv« et
XVI* siecles ont fait ce que firent plus tard ceux des siecles suivants;
lis s'^taient mis a la remorque du th^4tre, qui, de tout temps, a
foumi Favant-garde des renovateurs de la litt^rature. La fiction,
habilement presentee, plus attrayante dans ses caprices que This-
toire, toujours sobre et guid6e par des lignes solennelles, a ^te
accept^e et s'est perp6tu6e jusqu'a nous. Quoi de plus simple I
Les trots MousqmtaireSj deM. Alexandre, Dumas, ne sont-ils pas
pour les lecteurs du Steele et tant d'autres le v6ridique r^cit du
temps de la minority de Louis XIV ? Essayez de prouver a ces let-
tres du feuilleton quotidien que Tbistoire a d'autres allures; ils vous
riront au nez, en se gaussant de votre ignorance.
En d^montrant que les tableaux repr^sentant, comme celui de
Saint Jean-de-Luz, lejugement dramatist de N.-S. J^sus-Christ n'ont
pas d'autre origine que celle que je viens dlndiquer, je rencon-
trerai certainement plus d'un incr6dule. On m'opposera, comme
preuves d'une existence plus ancienne et plus v^n^rable, deux do-
cuments de r^cente publication, contradictoires entre eux et li-
pandus a foison dans les villes et les campagnes par d'babiles sp6-
culateurs.
L'un de ces documents consiste en une mauvaise lithographie
de 0°» 34« de largeur sur 0™ 20<^ de hauteur, imprim^e a Lyon et
« vendue dans toutes les villes de France par J.-B. Gadola^ pro-
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— 433 —
pri^taire-iditeur.o C'est la traduction d'un tableau semblable a
celui de Saint- Jean-de-Luz; la composition, saufquelquesvarianies,
ales mfimes allures. Le dessinateur a coiflK tous les personnages de
turbans de meme forme; et le scribe, non content d'avoir estropi6
les noms primitifs, a refait, en frangais raoderne, la formule an-
cienne des votes. II est peut-6tre oiseux de r^p6ter cette version.
Cependant, puisque je m'occupe de ce document, je dois le repro-
daire compl6tement.
Subath : Les lois ne condamnent personne a la mortsans cause.
Rosmophin : A quoi' servent les lois si on ne veut pas les ob-
server?
Potiphar : Celui-ci doit 6tre banni corame un homme qui sou-
16 ve le peuple.
Achias : Sans cause de jugement, on ne doit condamner per-
sonne k mort.
Riphar : Faisons-le premiferement avouer; alors nous le puni-
rons.
Joseph d^ArimatMe : II serait honteux si personne ne prenait la
defense de cet homme innocent.
Thteris. Qu'il soitpieux ou non, ildoitmourir parce qu'il excite
le peuple par ses predications.
Jaram. Pourquoi condamnerions-nous ce juste?
Rabam. D'aprfes les lois, il doit mourir; les lois doivent dtre
observ6es.
Simon Eprosus (dit le L6preux). Qu'a m6rit6 un rebelle d'apres
laloi?
Rvbath. Qu'il soit crucifie !
Ptolomeus. Pourquoi tant h^siter ? Que ne le condamnons-nous?
JosaphaL £nfermons-le 6temellement.
Teras. Qu'on Fexile !
Nicodeme. Nos lois condamnent-elles quelqu'un avant de Favoir
ecout6 et nous dtre inform^s du fait?
Diarabias. Parce qu'il a emu le peuple, il doit mourir.
Sarcas. Extirpons-le du milieu de nous.
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— 434 —
Sabinti. Quil soit juste ou injuste, parce qu'il n'observe pas la
loi de nos pferes il doit mourir.
Samech. Ainsi, punissons-Ie, afin qu'il n'enseigne plus parmi
DOUS.
Mesa. Est-il juste, nous nous mettrons de son c6te; esl-il in-
juste, chassons-le du milieu de nous.
Au-dessous de Caiphe, on lit :
Caiphe, souverain sacrificateur des Juifs, dont voici les paroles
ou la propWtie : Jn. U (1 ).
» Vous n'y entendez rien, et vous ne consid6rez pas qu'il est
de notre int^rdt qu'un seul homme meure pour tout le peupie el
que la nation ne p^risse point.»
Dansun cartouche, au centre, est la mention suivante :
« Tableau du jugement rendu centre J6sus, comme on Va irowoi
dans la terre^ taiUe dans le roc.y>
Yoici ia l^gende principale :
« Jugement rendu centre J^sus par Ponce Pilate, gouYeroeor
des Juifs, arrive a Jerusalem, au lieu accoutum^ pour juger, ap-
pele Gabbatha ou place du Texte, le 3 avril de I'an 34 de J6sus-
Christ.»
L'autre document affecte des allures plus solennelles. Au seul
point de vue de la typographic, Foeuvre est d^ja recommandable;
c'est une carte d'6chantillons d'une fonderie de caractferes. On y
trouve le gothique, le saint-augustin interlign^, le cic^ro a plusiears
crans, la gaillarde petit oeil, la nompareille, le tout tir6 en ver-
milion, au recto d'un feuillet in-V et servant d'encadrement a une
gravure de Keepsake, signie Gerard S^guin. Imprimerie de Bo-
naventure et Ducessois, sans date, sans nom d'^diteur. Je transcris
cette pifece.
(1) JoANN., cap. XI, V. 50.
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— 435 —
Sentence rendue par Ponoe-Pilate, gouyemeur de la Basse-
Oalil6e, portant que J68U8 de Nazareth subira la peine de
mort.
« L'an dix-sept de Fempire de Tibfere C6sar, et le vingt-cin-
quieme jour du mois de mars, en la cit6 sainte de Jerusalem,
Anne et Caiphe 6tant grands-prStres et sacrificateurs du peuple de
Dieu;
» Ponce-Pilate, gouverneur de la Basse-Galil6e, assis sur le
si^ge pr^sidial du pr^toire,
» Condamne J£sus de Nazareth a mourir sur une croix, entre
deux larrons, les grands et notoires t^moignages du peuple disant:
1<> J^susests6ducteur;
2« II est s6ditieux;
3<» II est ennemi de la loi;
4<» 11 se dit formellement fils de IMeu;
5<» II se dit faussement roi d'lsrael;
6* II est entr6 dans le temple suivi d'une multitude portant des
palmesala main.
» Ordonne au premier centurion, Quirilus Cornelius, de le
conduire au lieu du supplice.
» Defend a toutes personnes, pauvres ou riches, d'empecher la
mort de J^sus.
» Les t^moins qui ont sign6 la sentence centre J^sus sent :
I® Daniel Robani, pharisien;
2« Joannas Borobatel;
3® Raphael Robani;
4® Capei, homme public.
« J6sus sortira de Jerusalem par la porte Struen6e.»
« Cette sentence est grav6e sur une lame d'airain. Sur les cdt&
sont Merits ces mots :
» Pareille lame est envoy^e a chaque tribu.
» Elle a ete trouvee dans un vase antique de marbre blanc, en
faisant des fouillrs dans la ville d'Aquila, royaume de Naples, en
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— 436 —
1280, et a 6t6 d^couverte par la commission des arts k la suite
des armies fraoQaises, iors de i'exp6dition de Naples. EUe etait
dans la sacristie des Chartreux, prfes Naples, dans une boite de
bois d'^bene. Le vase est dans la chapelle de Caserle.
» La traduction qui pr^c^de a ete faite par les membres de la
commission des arts; Foriginal est en h^breu.
» Les Chartreux, par leurs prieres, et aussi en consideration
des grands sacrifices qu'ils avaient faits pour Farm^e, obtioreDt
que cette lame ne leur (ti pas enlevee.
» M. Denon avait fait faire une lame du meme module, sur la-
quelie il avait fait graver cette sentence. A la vente de son cabinet,
elie a 6X6 achet^e par lord Howard moyennant 2,890 livres.»
Le lecteur n'exigera pas que je pousse la complaisance jusqa'a
discuter s6rieusement Tauthenticit^ des deux sentences que je
viensde rapporter : Tune, trouv4e dans la terre et taillee dans le
roc ! Fautre, grav^e sur une lame de cuivre, trouvee a Aquila^ a
la fin du xiii« $iecle. Gadola, F^diteur populaire de la province
lyonnaise, est le rival heureux de Pellerin d'Epinal, a qui FEurope
doit Festampe colorize, vingt fois refaite et toujours recherch^e,
duJuif errant. Je ne saurais ajouter rien a ceteloge. Non moios
celfebre, surtout dans Fart de mystifier les bibliomanes cr^dules,
F^diteur de Fautre canard historique ci-dessus reproduit a juge a
propos de garder Fincognito; mais
Ses pareils, k deux fois, ne se font pas connattre;
etapres avoir entendu, en certaines assemblies oh Fon conserve
le culte des sciences historiques, F6clat de rire qui accueillait ce
cane de papier, imprim6 en rouge, que j'ai signals, je n'ai plus
os6, de peur de le voir rire aussi, interroger un vieil ami a moi,
qui fut pendant dix ans le secretaire de M . Denon et Fhabitue
quotidien de son cabinet, sur cette myst6rieuse lame de cuivre,
vendue si cherement a un Anglais.
Je mainliens done Fhypolhese que j'ai presentee : Les repre-
sentations peintes du jugemenl de N.-S. Jesus-Christ onl pour
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— 437 -
oiigioe les representations dramatiqaes des mysteres aax xv« et
xvi» sifecles.
Saint-P^-de-Bigorre, juiUet 1860.
Anatole DAUVERGNE,
PeiDlre d'histoire, offlcier d'Acad^mie, membre non rdsidaot
du Comity imperial des travaux historiqaes et des Socidt^s
savantes, etc.^ etc.
Avec le membre du Comity imp^ial dont notre savant collabora-
teur mentionne, dans cet article, Fobservation faite a Paris, en
stance des travaux historiquesy nous croyons pouYoir dire que le
tableau de Saint-Jeande-Luz n'est pas unique en ce genre de com-
positions dramatiques sur le jugement de J .-C. II en existe au moins
un autre que nous avons vu, dans le temps, au-dessus d'un meuble
de sacristie qui contenait des ornements sacerdotaux. Une croix do-
minait le cadre, comme d^noilment comm6moratif du drame point
au-dessous. Les dimensions de la toile 6taient sensiblement plus rd-
duites que pour celle de Saint-Jean-de-Luz, surtout dans le sens
de la largeur; la mise en scene pr^sentait aussi moins de person-
nages. La peinture nous parut Stre d'un colons frais et vigoureux :
les inscriptions se d^tacbaient en noir sur des philactferes; et les
lettres, allong^es et compactes, semblaient accuser les dernieres
annees du xv« siecle.
Bien que ce ' tableau eut fix6 notre attention, le souvenir qui
nous en reste est assez confus. II ne nous est pas meme possible
de rappeler avec exactitude Teglise qui le possede. Nous savons
seulement qu'eile est dans Tun des quatre dioceses actuels de notre
Province ecclesiastique. Nous esp^rons que ces indications som-
maires seront suffisantes pour qu'il nous soit bient6t signals. li ne
serait pas sans interet, apres les curieux details qu'on vient de
lire, de le comparer avec la toile r^cemment decouverte a Saint-
Jean-de-Luz. F. C.
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— 438 -
LES CEUVRES D'ART
dans les Eglises de la Proyince d'Auch.
L'^tude que M. Dauvergne a bien voulu nous communiqaer
ne sera pas assur^meot pour tous nos lecteurs une r^velatioo de
SOD talent de peintre en reputation. Bon nombre d'entre eiix sa-
vaient de plus qu'il manie la plume avec autant d'intelligence et
d'habilete que le pinceau. Et ceux qui le connaissent plus intime-
ment s'expliqueront, dans son ^me d'artiste, le profond sentiment
dlndignation que lui inspire la vue des incroyables pastiches
qui, de 1815 k 1840 surtout, ont degrade un si grand nombre
d'^glises, sous le fallacieux pr^texte de les embellir.
M. de Montalembert a, du reste, donn^ depuis longtemps, ace
sujet, des avertissements bien autrement s^veres aux fabriques, et
m^me au clerg6 qui en est TAme, en publiant son livre eminem-
ment utile : Du Vandalisme dans tart, Mais le noble et digne
comte n'avait pas tout dit.
Vers le commencement du iv« sifecle, le Concile d'Elvire,
dans son Canon xxxvi, crut devoir interdire de peindre sur les
murs des edifices religieux les objets de notre culte (1); et cela,
disent avec le docte Bottari (2) les plus judicieux interpretes de
ce texte, en prevision des cruelles poursuites qui menacaient
FEglise, aux approches de la persecution de Diocl6tien. Les Peres
du Concile pressentaient que les peintures fix^es sur les murailles,
etque les Chretiens ne pourraient pas derober aux recherches des
persficuteurs, allaient devenir autant d'objets de profanation. On
(1) Ne qaod colitur ct adoratur in parietibas depingatur. — Ann. 301.
(2) PiUure e scultuu tagr,, torn. Ill, pag. 106.
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— 439 —
sait, en effel, si le celfebre ^dit de Nicomedie (23 Kvrier 303) fit
grdce aux riches tr^sors des sanctaaires, aux liyres liturgiqoes,
aux saintes images, oa mdme aux Edifices religieux. Quelqu'616-
mentaires que dussent dtre encore gen^ralement ces primitives
constructions, la ruine en fut prescrite dans toutes les provinces
de Tempire; etc'est le c6sar des Gaules, Constance Chlore, qui eut
ordre d'ex6cuter Ffidit en Occident.
; Ce n'est done pas a la 16gere que les 6v6ques, r^unis a Elvire
deux ans a peine avant le rescrit imperial, prenaient de telles
mesures. On ne les a tax6es d'exageration que parce qu'elles n'dtaient
pas assez comprises. lis voulaient tout simplement tenir en garde
les peintres neophytes centre les mutilations impies qui semblaient
menacer les saintes images (1).
Mais que n'aurait pas dit cette sainte assembl6e des peintures
murales elles-m^mes, si la profanation etkt 6t6 sacril^gement inli6-
rente a la maniere indigne dont on aurait figure les sujets relatifs
au saint culte et a la foi des premiers <^hr6tiens !
Plus de quinze sifecles se sont 6coul6s depuis ces temps d'6preuve
oil la peinture sacr^e touchait encore a son berceau. Trouverions-
nous un motif d'excuse ou d'insouciante incurie dans I'^norme dis-
tance qui s6pare ces deux p^riodes de Thistoire de notre art reli-
gieux? Et pourtant, que ne voit-on pas de nos jours en fait de
decorations ^tal^es k grands frais j usque dans nos plus v6n6rables
sanctuaires!... Nous pourrions nommer ici I'^glise ou le tableau,
peint sur toile, dans ces derniferes ann^es, pour le retable du
maftre-autel, reprfisente la Saiute-Vierge tenant Fenfant J6sus
entre ses bras, avec tons les dehors d'une femme qui, dans peu de
semaines, devra subir les epreuves d'un nouvel enfantement. II est
bien manifeste que le peintre, ignare comme tant d'autres, ou d6ver-
gond6 comme le moine apostat Lippi (2), aurapris dans sa famille
le modfele vivant qui devait poser en sa presence pour la composi-
tion de son tableau.
(1) Piacuit PicTURAS esse in ecclesia noii ilebere — Eodem can. 36.
,2/ A.-F. Rio, Forme de Varty p. lie, 116.
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- 440 —
Ailleurs, c'est ane mauvaise charge du Christ aux stigmates des
pieds at des mains. BarboaiU6 sar le plafond d'un sanctoaire,
avec grand fracas de mouvements sans retenoe, il semble menace
de soa poids athl6tiqae la tdte des passants.— « C'est le Christ de
de la Transfiguration de Raphael, r^pondit froidement Tartiste qiB
venait de le peindre, a son interlocutear saisi d'effiroi a cet as-
pect. — Quoidonc! cette face enlumin^e ou sanglante, ces traits
hearths, cette barbe confose, cette physionomie Stroite, d^primee,
pauvre et mesquine, serait un souvenir du dernier chef-d'oBOYre
dchappe des mains mourantes de Timmortelpeintre d'Urbin? J'aa-
rais pensd plus naturellement, avec le proph^te, a ce divin patieot,
Topprobre des hommes et Tabjection de la plus vile populace, cpi'uD
insolent petit despote de Galilee rev^tit, un jour, au moyen d'aoe
robe blanche, des ridicules insignes de la folie (1 ). »
Mais avancons : autour de ce pr6tendu J6sus , honteusemem
d^figure sur le Thabor, posent douze bustes a la physionomie
morne, sans expression ni caractere, pour quelques-uns meme
grotesque et flamboyante. C'est en vain que vous interrogeriez
dans leurs m^aillons sans perspective ces tdtes ddcouronnees
de nimbe, ces personnages d^pouill^s de leurs attributs, si les noms
v6n6r6s inscrits au-dessous ne vous rappelaient les premiers te-
moins de la mission ^vangdlique.
Toutefois, k c6t6 de ces noms, vous chercheriez inutilement la
qualification de sainteteque leurdonne a si juste titre TEglisecatba-
lique. Oh! n'allez pas trop vous 6tonner qu'on Tait omise dans
cette oeuvre de pieuse ornementation : le peintre est un honn^
protestant, fort estimable du reste, assure- t-on. Mais a le juger par
son oeuvre, il n'a pent-etre vrai souci d'aucun culte, comme tant
d'autres artistes soi-disant Chretiens de nos jours; et, dans son en-
fance, il n'entendit jamais au preche designer les Apdtres de Chrisi
que par les noms vulgaires de Pierre, Jean, Paul, Mathieu, etc., etc.
Apres tout, Tadage ne saurait se d^mentir : que la main dirige un
pinceau ou qu'elle tienne la plume, le style, cest I'homme.
(I) Psal. XXI, V. 7. — Luc. cap xxiii, v. 11.
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— 444 —
^ Yous en Youlez one autre preave tout ausSi manifeste, bien
qu'a un autre point de vue, voyez plutdt a la verrifere qui repand
de droite a gauche, sur cette deplorable scfene, une lumi6re douce
et habilement temp^r^e* Le ton brun-fonc6 d'une part, et blanc
mat de Fautre, si fatalement uniforme depuis les pieds jusqu'aux
^paules, dans ces deux robes de moine, ^tait ici, pour le peintre
SOT verre, un bien funeste 6cueil a son talent de colorisfe. Et, ne
pouvant r^viter, il se d4dommage et se retrouve dans les res-
sources f^condes qu'il a deyin^es au fond le plus intime du sujet,
tel que Fhistoire le presente.
« En vue de raccomplissement de ses dternels desseins de mis^-
ricorde sur les generations du mn" si^cle, Dieu avait menage, k
Rome, la rencontre de deux saints religieux, dont les doctrines
offi*aient au Giel et a la terre d'adnurables harmonies, et qui pour-
tant ne se connaissaient pas encore. Tons deux habitaient la capi-
tate du monde Chretien, au temps du iv* Concile de Latran (novem-
bre 1 21 5), sans que memo le nom de Tun eAt jamais frappe Toreille
de Fautre. Or, il advint qu'une nuit, Dominique, le plus &ge des
deux (1), etant en priere, selqn sa coutume, vit J.-C. irrite contre
le monde, et sa mbve qui, pour Fapaiser, lui presentait deux jeunes
hommes. II se reconnut a Fun d'eux, mais il ne savaitqui etait Fautre;
et, le regardant attentivement, il reussit k imprimer dans sa
memoire les traits de son image.
» Le lendemain, dans une eglise que la legende ne nomme pas,
Dominique rencontre sous un froc de mendiant la figure inconnue;
et courant a ce pauvre, il le serre dans ses bras, avecun saint em-
pressement aocompagne de ces paroles : « vous m'etes associe, nous
» marcherons unis, etnulne prevaudra contre nous. » 11 parlait a
Frangois d' Assises, ne dans la cite de ce nom, en 1182, sous le
pontificatde Lucius HI (2). »
De ce moment, les deux saints furent lies d'une amitie inalte-
rable; et leur zfele se partagea le monde k regenerer : les
(1) II etait od dans la Yieilie Casliilo, en 1170, a Calarbuoga, diocese d'Osma.
;5) Gerard dc Phachet, vt> drs FF -Pr^rh. Liv. i, chap. i.
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1
— 4M —
splendears de la v6nt6 aux eofants de St Dominique; a ceux de
St Francois, les effusions de la plus tendre charity (1).
Tel est rhistorique du sujet qu'il s'agit de reproduire dans \m
^glise oil naturellement il devait trouver sa place. Bien que mn-
til6e vers le milieu du xvi* siecle, a Foccasion des troubles religieux
et politiques (2), elle porte encore, sur divers points, des traces
bien reconnaissables de sa primitive construction. C'est la que les
Fr^res-PrScheurs de la cit6 se livrerent, pendant plus de quatre
sifecles (1 386 — i 790), aux excrcices de leur zele apostoUque.
Mais, nous devons ledire avant d'aller plus loin, le m^rite de
cette composition n'appartient pas exclusivement a la peinture sur
verre. L'invention est de M. Jules Dumoutet, sculpteur contempo-
rain, dont le m^rite est solidement 6tabli, a Paris et en province,
par un grand nombre d'oeuvres d'art chr^tien. Le dessin est de
M. Y.-A. Ginovez, et la peinture des ateliers de M. Goussard. Le
groupe, si r^duit sous la main du premier artiste (3), nous montre
ici les deux personnages plus grands que nature, mais sous les
dehors de cette pieuse et touchante simplicity qui caracterise
Foeuvre primitive.
On reconnait au manteau noir, qui se drape avec grace sur ce
food blanc de la tunique, le fondateur desFreres Prftcheurs. Quant
au Rosaire que M. Goussard ajoute au St Francois de M. Dumou-
tet, ii nous semblerait mieux convenir, comme attribut d'Ordre, a
St Dominique.
Les pieds nus, la corde serr^e autour des reins, en signe de
penitence, la face aux traits amaigris et d'une suavity vraiment
s^raphique, tout reveille, a votre gauche, le souvenir du portrait
de St Frangois, que peignit de face Giunta Pisano, sur la porta de
la grande sacristie d'Assise, vers le milieu du xiii« sifecle.
Giunta de Pise donne au fondateur des Franciscains ane
(1) Dante, cant, xi, append.
(2) Voir au torn. i. chap, iv de VHittoire d^Auch, de M. P. Lafforguk, ce qae
la ville eul 4 souffrir des bandes de Montgomerry qui s'annonc6rent a nos portes
comme ayanl mission de tuer et mardrir les pr^band^s, briser les idoles, brusler .
les iglises et touts bastiments appartenant anx eceUsiastiques.
(3) 0»o 25c de hauteur seulemcnl.
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— 443 —
petite croix k braDches m^gales, qui soot l^g^rement fleurde-
lls^es. Le Saint la porte de la main droite en la pressant centre
son coenr, tandis que de la gauche il expose k nos regards le livre
ouvert de sa Sainte Regie. — M. Dumoutet est plus dans le
sujet historique qu'il a voulu traduire, en faisant joindre et
ramener les deux mains de St Francois en avant de sa poitrine.
Dans les deux statuettes, Francois re^oit avec une sainte joie,
ai616ede surprise, le baiser fratemelde St Dominique. — Dans le
yitrail, Dominique raconte sa vision, tandis que St Francois, por-
tant les yeux au ciel, b^nit le Seigneur des merveilleuses desti-
nees qu'il reserve aux deux Ordres, d^sormais ins^parablement
Qois pour la regeneration du genre humain.
M. Goussard s'est bien garde d'oublier le nimbe qui figure si
bien la Saintete autour du ces deux tetes rases. 11 nous semble,
toutefois, et sauf meilleur avis, que Tinscription S. Frangisgus,
S. DoMiNiGUs, detachee en noir plein sur ce riche fond d'or, prend
beaucoup trop d'importance. Cette pratique d'inscrire les noms
snr le champ du nimbe, suivant la ligne des contours, n'est pas
sans doute, de son invention : on en connait de. tres nombreux
exemples au moyen-dge, mSme sous le pinceau des miniaturistes et
des enlumineurs. Mais dans ces divers cas les caract^res produisent
i peine Teflfet a Toeil d'une gracieuse ou tres legfere broderie; comme
pour rappeler ces lettres hjour ou bien fleuronnies que Ton re--
trouve sou vent sur les details de costume qui, chez les anciens^
meme de Tfere palenne, prennent le nom de vestes litteratcBj vete-
ments omes de lettres (1 ).
Quant a notre peintre en b&timents, qui a voulu aussi accepter
le rdle de peintre d'histoire dans cette eglise, on nous pardonnera
d'avoir bl&me Tabsence complete du nimbe au plafond du sanc-
tuaire. II ne le laisse pas mSme soup^^onner autour de la tete de
son Christ, qui, du reste, est incontestablement la plus maltraitee
du sanctuaire, par une bien deplorable coincidence.
(1) Plin., Hist. Nat., lib. xiii, cap. 22 — Ciampinf, Veter. Mm., torn, r cl ii,
passim.
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— 144 —
L'histoire de riconographie poorrait bien absolament foornir
ici UQ pretexts d'excuse a romission du nimbe : Tartiste avail vm-
sion de peindre une vofite piate et sans style, une ^glise doot les
constructions durent dtre presqae entierement remani6es» an d6-
clin de la periode ogivale, pour relever les ruines que les protes-
tants venaient d'entasser. Or, a cette ^poque, on n'avait gu&re plus
souci de nimbe que de taut d'autres accessoires qui avaient eu do
prix dans les oeuvres d'art religieux des siecles ant6rieurs.
Et pourtant, il en a conserve deux modestes lignes concentri-
ques, dans la chapelle m^ridionale dite de F^chiconfr^rie, autour
des t^tes qu'il donne, tant bien que mal, aux quatre saintes de la
voftte. Peut-^tre avait-il compris que ce pieux ^dicule, conserv*
de la primitive construction, commandait plus de re^)ect tradi-
tionnel par son anciennet^ relative. Peut-6tre mdme avait-il soup-
(onnd la valeur architecturale de la vo(ite panachde qui porte en-
core, dans la trav6e occidentale de la seule basse-nef qui reste»
de bons caract^res de la fin du xiv* si^cle.
• Mais dans cette supposition que ne s'est-il inspire, dans le style
et dans les motifs de sa peinture, des souvenirs d'art religieux de
cette dpoque? Sans compter les d^fautsd^jk signal^s, on ne ver-
rait pas ici tant de jeux de lignes en hors-d'oBuvre, tant de des^s
sans id^e, tant de profusion de couleur sans degradation dans les
teinteS) sans la plus l^gfere entente d'harmonie, et qui, g^n^rale-
ment du moins, sont d'une erudite de fond intolerable. II n'aurait
pas fait de la gloire a rayons d'or un simple motif de remplissage,
la prodiguant avec la mdme indifference aux trois personnes divines
dans leurs symboles figuratifs, et au blason archiepiscopal qu'a bon
droit d'aiUeurs il a place au centre de la grande voOite. Cette en-
treprise, fort dispendieuse sans doute, d'une restauration reconnue
indispensable, aurait ainsi rencontre, dans son execution, beau-
coup moins de critiques. Peut-dtre meme aurait-elle revetu on
certain caract^re de reparation tardive, mais k coup sOr bien
meritee, de tant d'outrages accomplis dans ce saint lieu par les
iconoclastes sans merci de la seconde moitie du xvi« siicle.
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— 445 —
Assortment nous ne sommes pas d'avis que Ton se montre
absolument d^pourvu d'indoJgence pour les essais consciencieux qui
pourront se tenter de nos jours sur divers points de cette Province.
Les veritables artistes sont bien rares; plus rare encore est le
d^sint^ressement qui, dans les ages de foi, rendait si facile Forne-
uientation de nos saints temples. Et n^anmoins, par un louable
sentiment d'^mulation dont il faut s'applaudir, le zfele plus ou
moins eclaire de la Maison de Dieu d^vore bien des imes. Partout
on a bctte de jouir, de son vivant, des sacrifices qu'il impose. On
ne peut suffire a Tempressement general; et c'est ce qui explique
tant de facility dans le choix des mattres de I'cmvre, qui trop sou-
vent sont sans ^ole et sans Etudes suffisantes, sp^ciales surtout,
et telles qu'il les faudrait k un artiste vraiment chrdtien.
Le moyen-dge, au reste, en eut aussi de cette esp^ce : ce qu'ils
nous ont laisse, en t6moignage de leur savoir faire, dans quelques
egiises rurales en particulier et pour ne parler ici que des pein-
tres, le prouve largement, soit comme ligne, soit comme senti-
ment, et souvent aussi comme entente de couleur. Est-ce k dire
pour cela que ces modestes chapelles durent Stre, de leur temps,
fl^ies sans mesure, par des maitresen renom, en tant que salies
et macul6es de la bonne mani^re?...
St Bernard, dans ses lettres a Pierre leV^n^rable, semble avoir
epuis^ le vocabulaire de Findignation en ce genre de critiques,
sor les abus qui le scandalisaient dans les monuments de F^le
de Cluny. Mais ce n'est pas de Fimp^ritie des artistes qu'il se plaint
avec tant d'amertume. Plein d'indulgence pour la forme, — et il le
fallait bien aussi, parfois, de son temps, — Fabb^ de Glairveaux re-
clame avec toute la vigueur de son ^e si pure, centre le choix de
certains sujets que Fusage avait consacr^s, mSme pour les oauvres
d'art Chretien, sp^cialement dans le bestiaire, dans les fabliaux et
la l^gende.
Cest avec bonheur que nous verrons aussi, de notre temps,
donner de sages conseils, imprimer un mouvement utile dans les
voies du progr^s, le hdter mSme de la parole et de Fexemple.
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— 446 —
Mais dans notre sphere personnelle, bien autremeDt restreiote,
nous r^serverons les droits de la critique severe pour les prodoits
d'un art mercenaire en faveur duquel la foi, la morale, Thistoire,
ou mSme les hautes convenances de Tart Chretien pourraient 6tre
compromises jusque dans le saint temple.
Rassurons-nous, au reste; car ce n'est pas tout a fait le cas
pour cette autre anomalie dont la singularity provoqua d'abord
notre sourire. Nous voulons parler de ce grand cygne, Wane il est
vrai comme ses frferes, mais qui n'eut jamais la moindre intention de
figurer la candour. Son cou, d6mesurement allonge, tournait en spi-
rale autour de la hampe d'une croix latine, peinte en bleu au-dessas
du b^nitier que Ton rencontre a Tentr^e d'une chapelle d^poonroe
de style. Recueillez-vous, c'est un symbole : il faut ici faire le
signs de la croix j aprfes avoir pris de Teau bdnite. Evidemment,
rhabile artiste avait achev6 son tour de France : comment ne pas
reconnaitre ici, k la couleur prfes, le prosaique emprunt bit a
une enseigne s^culaire, si connue des Parisiens, au carrefour de
la Croix Rouge? Avec un sans-faQon aussid6gag6, en fait de sym-
bolisme religieux, on pent se passer des traditions de Fart chr^tieo;
et dom Pitra perdait son temps en recomposant, de nos jours, a
force de recherches, le livre si longtemps perdu de St Melilon, la
CU des Ecritures.
Ce dernier mot nous remet en m6moire une bien strange appli-
cation moderne d'une pratique fort ancienne. A toutes les ^poques,
les artistes Chretiens ont m6l6 aux divers motifs d'ornementatioii
que Tusage avait consacr^s, des inscriptions emprunt^es de nos
Saints Livres. Un peintre done, et des mieux accredit6s dansnos
regions sous-pyr6n6ennes, voulant suivre Fexemple de ses devan-
ciers, a cboisi nagu^re quelques paroles du Nouveau Testament et
les a diss^min^es, avec entente de forme et de couleur, a travers les
gracieuses lignes qui suivent les contours d'un tabernacle roman.
Mais, juste au couronnement de la porte qui, tons les jours, donne
entree au Dieu du ciel, devenu sur cet autel la nourriture denos
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— 447 -
dmes, votre oeil lira, si correction n'a pas ^t^ faite : surreant non
est htc; il est parti, ce n'est pas ici qu'il reside. Et pourtant Tartiste
qui parle ainsi n'est pas de ia religion pretendue riformie^ comme
disait Henri III ; il croit a la Presence R^elle.
Ondit bien qa'il chercha un motif d'excase a son erreor dans la
verri^re d'Amaud de Moles, ou Moise, descendant da Sioaii in-
dique de sa baguette, aux enfants d'Israel, siu* les Tables du Deca-
logue, ces premiers mots du symbole de Nic^e^ « Crbdo in unum
Deum Patrem. » Mais le lapsus de rimmortel auteur des vilraux
d'Auch prouve seulement que les plus habiles se trompent, et
qu'ils ne sauraient guere se passer d'un oeil attentif qui veille sur
leurs OBuvres, afin de prttenir, autaat que faire se pent, des
erreurs qu'on ne doit jaiMit tol6rer m matiere aussi importante.
Nous pourrions citer Mcore ces tlibernacles d^cor^s avec le
plus grand soin, mais t^Hement reitreints dans leurs dimensions
int^rieures qu'ils ne peuvent pas meme contenir le saint ciboire
qu'onleur destine: — Celui en particulier ou nous avons lu, en
beaux chiffres brillants d'or, la date pr^-antMiluvienne i 7777 j
inscrite au centre d'une surface triangulaire qui symbolise la
Sainte Trinity. On a eu ici, sans nul doute, la bonne intention
de reproduire le nom ineffable etmyst^rieux de Jehovah, que
le Seigneur n'avait point d^clarfi aux pa-
triarches anterieurs a Moise (1). L'6ru-
dition du doreur n'allait pas, il est vrai,
jusqu'a ce point. Aussi aurait-il beaucoup
mieux fait de consulter, ou tout au moins
de ne rien mettre a cette place.
(1) Exod. cap. VI, V. 3. tNomen mourn, Adonai, non indicavi eis.»— t'Wbreu, au
J»©u d'Adon^ij, lit Jehovah , t celui qui subsiste ^r lui-mdme et qui donae I'filre et
Texistence a lout le reste. » Ce dernier mot. Jehovah, se trouve il est vrai dans la
Sainto-Ecritnre avAC I'Exode (Obnbs. iv. 26; »iv. Si2, etc., ete.) Mais oa oe
doit pas oublier qu'il avait 6t6 r6v616 a Moise avant qu'il n'6criv!t le Penlaleu-
que. Et s'il s'en sert dans H Gen^w, frtf antioipatioo, e'est poor se oo»toriier a
lusage du temps ou il 6crivail, et dans lequcl les Juifs se servaient commun^ment
du nom de Jehovah.— 1'aT\ ehr^rten Ta souvenl re^roduh, en carad^res hAbraiqnes,
non-seuloment sur la porte des tabernacles, mais encore au nombre des motifs de
simple ornementation, comme, par exemple, au centre d'une rosace, d'one aurtole,
d'une gloire rayonnante telle que ci-dessus, etc., etc.
of
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f
— 448 —
Nous aurions donn6 le meme conseil a Tartiste en imagerie
qui, ne comprenant pas le sens hieratique des trois lettres
IHS (i), a voulu rencherir sur riaterpr6tation erron6e de no-
tre temps, et la vulgariser encore davantage.
Ces trois lettres, ainsi pr6sent6es, ne forment pas, a parler
rigoureusement, le monogramme du Sauveur, comme on Ta dil
trop gen^ralement de nos jours. Un monogramme, en efifet, est
« la reunion de deux ou plusieurs lettres, entrelac4es de maniire
k ne former qu'wn setd caractere par leur combinaison. » Ainsi
est le monogramme grec de la Mere de Dieu; chaque lettre A, M,
prise s^par^ment, repr^sente, en outre, la totality de celles qui
entrent dans la composition du mot auquel elle correspond, c'est-
a-dire que A est pour Ayta , M pour Maot«. Ce qu'on voit aussi
parfois traduit, au xy« siecle, paries trois lettres latines entrelacees
S M A, Sancta Maria.
Mais, sous la forme IHS, les elements restent isol6s et ne
s'entrelacent nullement. lis forment ce qu'on appelle en Diploma-
tique une abreviation par voie de suspension; c'est-a-dire « dans
laquelle on retranche une ou plusieurs lettres finales du mot
abrege. » En sorte que IHS est pour IHS us, dont les deux der-
nieres lettres sont sous-entendues.
Cest done a tort que, de nos jours, on a voulu voir, dans ces
trois Pigments du mSme mot, les lettres latines J, H, S, en les
traduisant par ces trois mots complets : Jesus hominum Salvator.
Ces trois mots exprimeraient incontestablement une v^rit6 histo-
(I) IHS est mis pour JESus, disent les aateurs de Diplomatique; H dlaDt ici
r^ta majuscule des Grecs.
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— 449 -
rique et dogmaUque; mais, en pal^ographie, ils donnent une in-
terpretation erron^e k cette abrtviation.
Or, afin de rendre Terreur encore plus populaire ce sem-
ble, notre artiste imaigier, comme on disait jadis, a fait des trois
leltres IHS autant de sigles s6parfe par des points, J.H.S. (i),
en lesinscrivant au bas d'une Adoration (2). C'^tait, selon lui, la
meilleure manifere de faire comprendre que ses deux anges sont
prostemfc aux pieds de J^sus le Sauveur des hommes.
II n'est pas rare de rencontrer le nom de J6sus, ainsi abr6g6,
comme un motif d'omementation dans lequel la majuscule grec-
que H est surmontee d'une croix, comme on le voit au clich6
Or, dans ce cas, la croix superpos^e n'est pas un
omement arbitraire. EUe reproduit le signe sacr6
qui, dans les plus anciens manuscrits, et surtout
dans les inscriptions, tient sou vent la place du mot
Christus. C'est ainsi, par exemple, que dans Tins-
cription lapidaire cit6e a la page 285, la croix grecque -f" (3)
exprime, au dSbut, Tinvocation : in nomine Christi; tandis que
celle de la quatrifeme ligne rappeHe Fere du Christ : + : A« •
Christi anno. Tan du Christ.
-|- est done, sur cette pierre, le signe du Dieu vivarU dont
parlait St Jean TEvanggliste aux fiddles de son temps (4). Or,
ce sigle apocalyptique, d'aprfes les commentateurs de nos Saintes
Lettres, n'est pas autre que le than r^dempteur d'Ez^hiel, qui
devait sauver de la mort ceux qui le porteraient trac6 sur le front
(5). Mais si dans le grec il a la forme T de la croix sur laquelle
expira le Sauveur du monde, il aflfecte aussi celle des signes
X + ^, sur quelques monnaies h6braiques des temps les plus
recul^s. II n'y a done pas lieu de s'^tonner que, dans le langage
(1) Les sigles, en Pal^ographie, sont des caractdres destinto k exprimer chacun un
mot entier, littene singula; signa, Hgnacula^ Sigilla.
(2) Compos^e a Pans, chez Turgis, rue Saint-Jacques, 16.
(3) On est convonu de Tappeler ainsi, quand les branches sont ^gales, bien que
TEglise grecque emploie aussi la croix dont la hampe ou partie vcrticale a plus
de longueur que le croisillon horizontal.
l'4) Apocal., cap. VII, V. %
(5) EzicH., cap. IX, Y. 6.
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— 450 —
pal^ographique, ces derniers caracteres se prennent pour leagne
hi^ratique du Christ, signum Dei viventis. Et, par cons^ueot, le
cliche ci-dessas est une abr^viation des deux mots r^unis Jesus-
Ghristus.
Ces deux mots, au reste, sont aussi trfes souvent rendus, mi
dans les manuscrits, soit dans les inscriptions chr^tiennes, par
ces deux autres abr^viations s^par^es : IHS XPS. — IC XC
se rencontrent ^galement, avec la mdme signification, surtout
dans les images peintes ou sculpt^es par F^cole orientate avec
rintention de reproduire le portrait traditionnel de Notre*Sei-
gneur J.-C.
Mais lorsque, de nos jours, et sans aucun pr^c^dent dans les
^es de foi, on surmonte d'une petite croix le monogramme de
Marie, il se fait dans les ^l^ments de la langue symboUque une
innovation tout a fait arbitraire, et qui ne nous paraft nuUement
digne d'etre encourag^e.
Dans une intention de sym^trie, un artiste d^corateur peutbien
avoir besoin de reproduire, pour la Mere, une forme analogue a
celle du cliche ci-dessus qui rappelle le Fils. Or, dans ce cas,
rien n'empdche de figurer, a la place de la croix, le glaive de
douleur, en disposant la garde en amortissement du monogramme
de Marie. Quant au signe propre de notre redemption, il nous
semble devoir 6tre reserve, comime couronnement de monogramme,
au veritable r^dempteur.
Au XV* siecle, et dans la pr^ni^re moiti^ du xvi*, on rencontre
souvent les trois lettres IHS entrelacdes de maniere a donner une
forme nouvelle au chrisme primitif , reproduit a la figure 1 2 de
la planche II : ce qui fait comme un cbiffre ou veritable mono-
gramme du nom abr6g6 de Jesus. Parfois aussi, a propos de ce
nomdivin,rartiste veutrappeler celuide Marie. Mais, avanttout,
il respecte les regies traditionnelles de Tart Chretien, sans jamais
les sacrifier a la maniede Tarbitraire.
C'estainsi, parexemple, que dans une basse-stalle des boiseries
d'Auch on rencontre a la parclose de droite le monogramme eo
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— 451 —
question : la iettre I 8*6l6ve parallfelement entre les deuxmontants
de YE; et pour figurer la croix qui doit ici symboliser le tilre
incommunicable de Christ r4dempteur, une entaille refoit le petit
croisillon, de maniftre a le donner comme couronnement a FH.
Une riche couronne de laurier en fruit encadre le tout, en forme
de nimbe, comme pourrappeler le Christ vainqueurdems ancien-
oes monnaies royales, XPS • V • Christus inncii (i).— Quant au
nom de la mfere de Dieu, Tentailleur s'est contents de le graver
en creux, maru, sur le milieu de FS qui entrelace les deux autres
lettres, afin de rappeler en mdme temps le nom du fils et celui
de la mMe.
AiUeurs encore, vers le milieu du riche encadrement qui d^re
la porte de la devote chapelle de Gahuzac, pr6s de (^imont, cette
pieuse intention se traduit en sculpture sur pierre de la mdme
6poque. II s'agissait ici de manager au-dessus de la baie certains
motifs d'omementation, sym^triquement disposes par rapport k la
niche de la Yierge, patronne de cette ^glise. Dans ce but, le sculp-
teur place a la droite de la statue le monogramme de J^sus, en
tout semblable a celui que nous venons de d6crire. Et pour 6veiller
le souvenir du nom de la Mere de Dieu, il se contente de graver
UD M de mSme style fleuri, k la gauche de la niche, sans la moindre
fantaisie de croix en amortissement du sigle de Marie. — Dans la
cath^drale d'Auch on donnait a ces deux chiffres sacrds, vers
1 524, la forme IHS. M. sur un cartouche du paremenl de Tautel de
Sainte-Catherine. A la bordure de deux verriferes des basses nefs,
placees en 1649, on lit alternativement XPS. MA., IHS. MA.,
c'est-i-dire Christus Marian Jesus Maria. Au xv« sifecle, ces deux
demiers chiflfres IHS. MA. s'entrelacent aussi parfois, en un seul
monogramme, commun au fils et a la m&re, mais alors sans la
croix, pour ne jamais Tattribuer a Marie.
Poisque nous sommes en train de signaler quelques abus
conteraporains, a propos de Femploi inintelligent et extra-symbo-
liqiie qui se f nt du signe sacr6 de notre Redemption, disons un
(1) Voir, plus haul, p. 98.
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— 452 —
mot de certaioes croix modenies qui se plantent ea plein air,
croix de chemins, de carrefour et de cimetieres, et qa a boo droit
on pourrait appeler croix habitues.
Comme ellessonten effet geD^ralemeot en bronze oo fer fonda,
leur confection se prSte k toutes sortes de modifications dans ies-
quelles la v^rit^ bistorique n'est que trop souvent sacrifice an besoin
capricieux de varier, sur un point trfes important, les motifs de Tor-
nementaiion religieuse. On manage, dans ce but, une esp^ce dV
bitacle ajoure, de forme circulaire, ovale ou bien a quatre lobes, a
Tintersection de la traverse et du montant; et c'est la que se place
une Yierge avec ou sans TEnfant J6sus, ou bien un coeur plus oa
moins enflamme, ou un calice que surmonte lliostie da sacrifice
non sanglan^ ou enfin un ^vSque, cross^, mitr6, benissant les fi-
deles dont il est le patron paroissial.
On semble m6connaitre que cette place, oii se caracterise la
croix proprement dite, par la rencontre du croisillon, n'appartient
qu'arHomme-Dieu crucifix ; ou tout auplus au chrisme qui le de-
signe; ou mieux encore, .selonTusage primitif, a TAgneau pascal
qui le figure.
M. Ch. Laisne, notre architecte dioc6sain, Fa bien compris en arr6-
tant les details de la croix qui couronne, dans la cath6drale d'Aach,
les riches boiseries de Tavant-choeur. A Tinstar de toutes ces croix de
Screen ou de Jvbi^ qui, i partir du v« sifecle (i ), ont toujours ^t6 pla-
cees au-dessus de la separation 6tablie entre le choeur et la nef ceo-
trale, celle dont nous parlons domine tout ce qui Fentoure, comme
autrefois TArbre de Vie plants au sommet du Calvaire. Solidement
etablie par un ei6gant systeme de consoles, qui sliarmonisent sans
effort avec le bufifet de Toi^ue d'accompagnement, sahampe s'el^ve
a la hauteur des galeries, issant d'un groupe d'anges qui portent les
instruments de la Passion. Du sommet de la croix se d^roule une
chainede fer dor6 qui, p6n6trantles claveauxdela voftte, symbo-
(1) CoDiN, dans son Hisloire de Constantinople, ddcrit la croix de Jubd qui, de
son temps (vc ^eclo) se voyail a Sainle-Sophie. — Voir la nole (A), a la fin de eel
article.
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— 453 —
lise aux regards des fiddles le souvenir traditionnel qae les ^es de
foi manquaieot bien rarement de reproduire a cette m6me place :
c'est-a-dire la nouvelle Alliance ciment^e par le sang da R^-
dempteur entre la terre et le Ciel; Tunion d^sortnais indissoluble
entre deux Eglises, celle qui lutte encore au sein des 6preuves
d'une vie de passage, et celle qui triomphe dans T^temel s6jour
des bienheureux.
Marie et Jean ne pouvaient pas 6tre oubli6s dans les details de
cette touchante scene. Mais comment, a cette hauteur, leur don-
ner la place que FEvangile leur assigne au sommet du Calvaire?
Villard de Honnecourt, dans son Album du xin* sifecle, foumis-
sait un modfele, emprunte de cette grande p6riode ou Tart chr6-
tien atteignit son apogee. Cest une croix naissant d'une colonne
61anc^e, entre deux crosses v6g6tales amplement d^coup^es, et
sur lesquelles le dessin de Yillard a fix6 les deux statuettes. —
A Troyes, une place, dite de la Belle-Croico, garde encore dans
ce dernier nom le souvenir d'un monument analogue, mais beau-
coup pluscomplet, qu'une confr6rie y avait 61ev^ en mars 1495.
Ce monument, entierement de bronze, sauf le socle, etait riche-
ment decor^ de rinceaux k jour, de figurines, de statuettes en
niche, de colonnettes a pinacles feuiUag^s que la croix dominait
entre quatre consoles. Au-dessous du Christ, on voyait la Ma-
deleine embrassant la hampe de la croix; et de chaque cdt6
St-Jean et la Vierge repr^sent^s debout, apparaissaient a la hau-
teur de 30 pieds, en petites statuettes comme dans le modele de
Yillard.
Ce pieux monument, fondu en 1793, rendit huit mille cent
quarante-deux Uvres de bronze. M. Viollet-Le-Duc Fa reproduit,
dans son « Dictionnaire raisonn6 de Tarchitecture francaise, »
d'apres lesdessins du temps ou on Tavait 6rig6.
De bons modeles, et de Tavis des meilleurs maftres, ne man-
quaient done pas a notre croix de Screen. Mais pour r^pondre,
de tout point, n sa destination sp^ciale, elle a dG reproduire, sur
ces deux faces, un double souvenir de la Viotime immoWe au
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— 454 —
somiDetdQ Calvaire. Or, en regard de Tassembl^e des fiddles se mU
en effet, Timage de FHomme-Dieu craoifid; tandis qu'^ I'aspect da
choBar estTAgeeau symboikjue qui, sous randeane AlHance, hi
la figure propy tique du Messie attendu cemme rdparateur de la
chule origiBelle.— Sur qnatre points egalement (fistants du ceotre
reserv6 sent les attribute des quatre dvang^listes, dont nous avons
d^japarld ailleurs (1). Mais nulle autre figure d'etre anime oe
pouvait iei trouver aa plaee, sans violer toutes les saines tra(Mtions
dea sieolesant^rieurs.
Pourquoi done easayer, de nos jours, d'accr^diter une pratique
auasi contraire a oes mdmes traditions? Le Dante, il est vrai, ima-
giBa, dans son xiv^ chant du Paradis, une croix po6tique ou quel-
ques dmes justea, et des i^us privil^gi^es dans Festime de Fauteur
de la Divine Comddie, se tiennent k genoui, prient et contempt
le Christ resplendissant d'une gloire iounortelle. Mais les croix
dont nous parlous sont des monuments dont la destin^e r^le est
tout k fait terf oMro. Et quand il s'agit de les consacrer aux saintes
pratiques du culte oatholique, nos moderoes artistes n'ont pas sans
doute la pretention de s'inspirer a la hauteur des spheres que le
po^te Florentin parcourt avec sa Beatrice.
ArrAtODs-nous pour cette feis, et contentons-nous de mention-
ner, en finissant, taut de nouveaux autels, m^me riches de
travail et de matiere, et qui sont trop droits ou trop larges pour y
c^l^brer, avec Taisance qui convient et sans d'inutiles preoccupa-
tions, le saint sacrifice de la messe; — ces pierres sacr^es qui sem-
blent destinies avant tout a servir de substruction a certains taber-
nacles trop saillants et qui les recouvrent en grande partie, laissant
a peine la place indispensable pour le caUce etia patene; — enfin, ces
lourds chandeliers modemes, a soudies beaueoup trop eianc^es, et
dont le moindre inconvenient est de transformer Taccessoire en
mobilier de premiere importance; qui souvrat menacent d'incendier
les lambris peu eiev^s des eglises rurales, et voilent toujours aux
,1) Voir, plus haur, p. 340.
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~ 455 —
regards des fiddles les sujets d'^dification peints sur le tableau ou
scolpl^s sur le retable.
a Au xviii^ sifecle, dit a ce propos M. Tabb^ Jules Corblet,
» dans son excellente Revue de I' Art chritien (i ), les chandeliers
» devinrent des machines gigantesques, qui, sans souci des conve-
» nances liturgiques, d^passerent arrogamment la hauteur de la
» Croix. On ne pouvait plus mettre de petites bougies sur de pa-
» reils supports. D'un autre c6t6, T^conomie des fabriques reculait
» devaat la d^pense de torches de cire d'une dimension analogue :
» ce fut alors qu'on in?enta les souches. On y mit d'abord un peu
» d'art, et on imita les formes des torchferes. Mais aujourdTiui
» nous n'avons plus que de grands tuyaux de ferblanc badigeonn^s
» qui prennent de plus en plus des proportions exorbitanles, et
» dont le capricieux m^canisme donne bien des souci^ aux be-
» deaux*»
De tOQtes ces rapides considerations, qu'il nous soit permis de
condure :
1<> Que les artistes, convi^sa donner leurs soins k Tomemen-
talion ou au mobilier des 6glises, ne doivent jamais entreprendre
des oeuvres dont Tex^cutioa serait aa-dessus de leur intelligence,
de leurs lumieres ou de leur savoir faire;
2* Que les meilleurs 61ftves d'atelier, tels qu'on les comprenait
gfiniralement dans la premiere moiti6 de notre siecle, manquent,
eux-mfimes, pour les ^glises, de ce quid divinum que nul souffle ne
communique a Tame d'un artiste, en dehors des Etudes et de I'ins-
piration chr^tiennes;
30 Qu^ les fabriques et le clerg6 surtout doivent sans cesse
avoir Fceil ouvert sur las details essentiels de Tex^cution, sans se
coQtenter d'un certain eflfet d'ensemble qui, mfime en donnant
satisfaction au goAt peu 6clair6 de la masse des fideles, entache-
rait le Lieu Saint de je ne sais*quels caracteres d'inconvenance
(i) p^blic«(lioa waosuelle* farmao( cUm I'afvo^d ^ti voliine d'environ 600 ih^8$
in-80, avec des dessins en lexlo et hors texte. — Le prix de rabonnemenl est de
15 fr. — La Hevue de I' Art Chretien terminera, en d^cembre 1860, sonquatri^me
volume. — Voir la note (B), a la lin de cet arlicle.
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— 456 —
relative, et r^veilleraient dans la Maison de Died les profaDes ou
burlesques souvenirs des int6rieurs les plus vulgaires.
F. CANfiTO, V. g.
(A) « Le Screen — dit Henry Parker — conslruit k la partie ocdden-
tale da choeur, fut g^n^ralement appeW Rood-Screen, on cl6ture dela
croix, parce qu'on y pla(?ait une croix i la partie la plus Slevie et au
milieu, avant T^poque de la Reformation. Le Screen ^tait faitde bois ou
bati en pierre, et enrichi non-seulement de moulures et de sculptures,
mais encore de tout T^clat de la peinture. Dans les cath^drales et les
grandes ^lises, il 6tait communement clos dans toute sa hauteur, »
-^Glossary of architect, (au mot Sgrebn.)
« Ge sanctuaire, que le moyen-&ge d^robait aux yeux du public avec
tant de soin*.., est aujourd'hui, dans plusieurs cath^rales, ouvert de
toute part. On pretend que ces clotures n'ont aucune signification...
On ne veut voir dans ces riches barri^res, od Tart avait prodigu^ toutes
ses magnificences, comme h Notre-Dame de Paris, k Notre-Dame de
Chartres, k Notre-Dame d' Amiens, k Sainte-G^cile d'Alby, etc., que de
mesquines precautions prises centre le vent et le froid par les chanoines,
au temps ou ils chantaient Hatines au milieu de la unit... Alors, on a
abattu les jub^s el les clotures qui d6robaient le c^l^brant aux regards...
L*Angleterre — continue le m^meauteur — amontr6surcepointe8sentiel
un esprit plus conservateur que la France. Presque tons les anciens
jub^s sent encore debout; et, dans beaucoup d'^glises, elle s'en est ser-
vie pour placer Forgue. II en est de m^me dans quelques 6glises d'AUe-
magne. C'est une heureuse idte, qui dispense d'encombrer rentrfe du
temple, de masquer, comme nous le faisons presque partout, rint^rieur
du pignon occidental, par une construction postiche sans aucun rapport
avec Tarchitecture de r6difice.» — (Smith. Des Eglises gothiques, vol.
inH2.)
II serait facile de comprendre qu'en principe on voulAt faire ses
reserves sur cette derniere appreciation de M. Smith, s'il s'agissait
de la place du grand orgue.
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- 467 —
(B) — Nous avons pense qu'on lirait peat-6tre ici avec quelqae
interdt une reclame da temps, iodiquant ForigiDe des souches vers le
miliea da xvm*' si^cle.
Avis pour les personnes charg4e$ du luminaire des 4glises.
i Le sieur Meissier tient, rue Cbaronne, faubourg Saint-Antoine, h
» Paris, une manufacture de cierges k ressorts, auxquels 11 a travailM
» k donner un degr6 de perfection qui les rend susceptibles de grands
• avantages.
» Ces sortes de cierges m^nagent la cire de deux tiers, et portent avec
» eux un pr^servatif pour tout ^pancbement de cire qui tacbe et en-
» dommage ordinaireroent, dans les cierges ordinaires, les oi'nements
» de r^glise. lis conservent toujours la ^i^me bauteur, et Ton pent y
• brOler indiff^remment de la cire jaune ou blancbe, parce qu'elle se
» trouve, par le m^canismc de Finvention, renferm^ dans un canon
» qui en cacbe la difformit^ aux yeux, et ne laisse voir que le lumignon
• qui r^pand de la lumi^re. On recouvre ces sortes de cierges ou de
• cire, ou d'un vernis qui en imite la couleur.
B Le sieur Meissier en fait des envois considerables dans les provinces,
» et en a fourni aux roarcbands Strangers qui s'adressent k lui, de tou-
» tes les grandeurs et les formes qu'on lui indique. » — Journal his-
iorique des matidres du temps, Janvier ^ 754 .
Onlevoit, la question d'esth^tiqae 6tait en 1751 , comme de nos
jours, impitoyablement sacrifice a Tavantage de r^conomie, meme
par des fabriques dont les ressources 6taient alors considerables.
Mais le sieur Meissier n*en faisait pas moins de trfes bonnes affaires.
Car on assure que le nouveau systfeme de luminaire des iglises
valut, en peu d'ann^es, des millions a Tinventeur, tant la vogue
devint rapidement universelle.
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— 458 —
RECHERCHES HISTORIQUES
sua L INFLUENCE DU PROTESTANTISMS
DANS U PROVINCE D'AUGH
Prog£;s-Verbal de PEtat des Eglises du diocese d'Aire^ en veriu des
Letires clauses de Charles IX^ roy de France^ en dale du 5 odo-
bre\m\.
(Suite.) (1)
8T GEICQ.
L'Eglise parroissialle de St-Gricq est k la presentation du seigneur du
dit lieu, et ['institution a L'Eveque D'Aire. A cure d'ames, en est cure
M** Jean de Laborde pretre du dit lieu qui y reside et fait Is service di-
vin et administre les sacremens ainsi qu'etait accoutum^ et y a escola-
nie. — En est escolain M® Jean de Comicelere. La dite Eglise a et6 brulde
par la compagnie du s^ Montaman, Loubea Bailes et Guiot et les
ornemens furent pris par la compagnie du capitaine Basillon et les li*
vres brul^ et les cloches en fit emporter le dit sieur de Montaman a
Ort6s en Beam, les murailles de la dite 6glise ont 6t6 abatues en partie
par un nomni6 Raymond de Larribau du dit St Cric de la dite religion,
et s*en a emport^ le tuille et partie du futage.
BRASSENPOY.
L'Eglise parroissialle de Brassempoy est k la presentation des sei-
gneurs du dit lieu et Flnstitution i Teveque D' Aire. Y acured'amos. En
est cur6 M« Pierre de Laborde, pretre du dit lieu qui y fait le service
diviu et administre les sacremens ainsi qu'ctoit accoutum6. L'Eglise a
m ruin^e, les autels rompus les chapelles les ornemens llvres joyaui
bruits et emport^ par la compagnie du sieur de Montaman les cloches
(1) Voir, plushaut, p. 79, 172 et 311.
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— 46« ~
fODdues et les fruits d^imaux pris. Le sieur de Cazalis a pris un caiice
d'argent et les autres susnomm^
Massacre 2. — M® Raymond de Capdeville pretre du dil lieu ranconn^
et apres tu6 paries gens du dit Montaman. M« Jean de Capdeville pretre
a ^t^ aussi tu^ et massacre par les gens du dit vicomte.
AUDIGMAN BAMOS BT ABGET.
L'Eglise parroissialle Daudignan et ses annexes de Banos et Arcet est
a la collation de Feveque D'Aire, combien que Tarcbidiacre de Cbalosse
pretend la presentation lui appartenir. En est cur^ M^ Jean de Lamude
qui ni reside, le service s'y fait et les sacremens administr^s comme au-
paravant.
L'Eglise Daudignon a Hi doolie etla couverture abbatue par Jean
Doselaux Bernard de Fillucat mattre cordonnier nomm^ le cordonnier
de St Sever et le petit Partagnon le petit Lion de Geime, Momp^Uierde
Montaut et le dit Deisclaux a pris et sen est fliit porter le tuille et le
ftistage a sa maison. Les omemens Uvres et joyaux ont Hi d^b^, les
campanes rompues et perdues par les vicomtes et ne si peut faire le
service.
BAKOS.
L'EgUse de Banos a iii bruise, les omemens livres et joyaux clocbes
pris et ravispar les gens du capitaine Senegas de la dite religion, et ne
s'y peut faire le divin service et ni a moyen de la reparer.
ARCET.
L'Eglise Darcet a ^ defaite par les compagnies des vicomtes Gabriel
Bumorat Seigneur du^dit lieu D'arcet, s'en a portg le fustage et aussi
son pere les cloches et les ont en'^leur maison. Les omemens livres et
ealices furent brull^ et emportes par le capitaine Lassalle de ladite reli-
gion, et ne si peut faire le^ service, si est ce que le cur6 et escolain y font
leur devoir comme peuveot. ~ II y a escolonie, et est escolain M« Bernard
deLa Pupre du dit lieu et yfait le service es dite6gliseset aide au cur6.
Massacre 2. — M« Jean de Lafitte pretre Daudignon fut tu6 et mas-
sacre par un capporal nomm6 Figufe. M*^ Jean Lupraret pretre aussi
du dit lieu fut lu6 et massacr^ a St Sever et sa maison brull6e au dit
lieu par les dites Compagnies.
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— 460 —
GOMMANDERIE DU S^ ESPfilT.
En la dite parroisse y a une cominanderie Donaim6e du St Esprit 66-
pendante de la commaDderie du St Esprit Daudignoa a MoDtpellier. En
est commandeur M« Pierre Dubroca pretre du dit lieu. Lhopital de la
dite commanderie a ^t^ brull6. Antoine de St Genet s'est empari des
flefs M» Amaud de Peyserone s'est empar^ du paprerie et d'un taiilis el
plusieurs autres du revenu de la dite commanderie les tous de ladite re-
ligion et le dit Dubroca ne leur ose contredire.
ETBES.
L'Eglise parroissialle Deyres est a la collation de Teveque D'Aire y
a cure d'ames en est cur6 un de Dax qu'ils ne connoissent, car ni est
venu, mais y tient un vicaire qui y fait le service etadministre les sacre-
mens. La dite ^glise a ^t^ brulfe et les livres et ornemens par la com-
pagnie du capitaine Besillon de la dite religion, es derniers troubles un
nomm^ le soldat de St Sever a eu une cloche le ftitage de deux chapelles
a 6\i pris par le sieur de St Gauz du dit lieu et aussi la maison du cur^
y a escolain mais ne savent qui est.
LAABET. ESCOLAIN.
L'Eglise parroissialle de Larbey est a la collation de Teveque d'Aire et
aussi I'escolonie d'icelle en est cur6 M« Valentin de Bergeron pretre; Es-
colain M* Bernard de Lestage pretre qui y font et administrent les sa-
cremens comme avant les troubles. Tout le clocher et une partie de
r^lise a 6ii brul6 et tous les ornemens livres et joyaux et cloches rom-
pues pill^es et emport^es et bruises par les gens des vicomtes principale-
ment par le nomm^ les Balances. Es derniers troubles et par apresdepuis
le demurant de T^glise brulte et les autels rompuspar Raymond Lambau
de St Cric, et la maison dudit escolain brulte et tous les autres meu-
bles pill^s de sieur de M ontaman et les derniers troubles^ les tous de la
dite religion.
THOLOZETTE.
LTglise parroissialle de Tholosette est k la collation de I'Eveque
D'Aire y a cure d'ames en est cur6 M* Jean Dubernet pretre du dit lieu
gradu^ et y fait le service divin et y administre les sacremens comme
avant les derniers troubles pendant lesquels a^t^ brul^et les ornemens
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— 461 —
livres et joyaux pill6s et emport^s et les •cloches rompues par les gens
des vicomtes et un nonim^ Gabriel Dembidones autremcDt des poches
d'auribat des gens de Vignolles.
SOUPROSSE.
L'Eglise parroissialle de Souprosse est k la pr^entation de Tabb^ de
St Sever et Institution h L'Eveque D'Aire y a cure d'ames en est cur^
M« Jean Pomeda pretredu dit lieu et y fait r&idence et le service divin,
et administre les sacremens du mieux qu'il pent ainsi qu'^toit accou-
tuni6. Mais Feglise a 616 bruWe es derniers troubles les ornemens
joyaux calices livres brul6s et emport^s par les gens du capitaine Esto-
pignan et Gamand6s de St Sever.
Massacre 3. — Et par les monies furent tu6s et massacres M^ Barthe-
leray Dubroca, Etienne de la Luque pendu et Bernard de Boscucabose,
et ni est qui aide h faire le service.
DARTIGUEBANDE.
L'Eglise Dartiguebande est k la collation de TEveque D'Aire, y a
cure d'araes — en est cur6 M« Dominique de Garnu pretre qui y reside
et fait le service divin administre les sacremens et a 6t6 I'eglise pill6e
par les gens du capitaine Estopignan.— Et aussi I'Eglise de Gadosse fut
bruise et toute pill6e par les m^mes.
LAMOTHE.
L'Eglise parroissialle de Lamotbe est k la collation de L'Eveque
D'Aire, a cure d'ames — en est cur6 M« Bernard Dubernet pretre qui
y fait le service divin et administre les Sacremens au mieux qu'il peut.
Mais Teglise a Hi bruise les ornemens li\res joyaux pill^s par les gens
du capitaine Estopignan et Vignolles — il y avait Escolonie mais ne
savent qui est escolaio.
Massacre 3. — M* Elienne Bodigues Etienne Dubroca Jean Teou de
Bayle pretres du dit lieu ont 6ii tu6s et massacres et auparavant ran^on-
n6s par les soldats de la dite religion pretandue.
GAUNA LAGASTET.
L'Eglise de Cauna et son annexe de Lagastet est k la presentation de
I'abb^ de St Sever et I'lnstitution k L'Eveque D'Aire en est cur6 M«
.pretre du dit lieu qui y reside et fait le service divin et ad-
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— 462 —
ministre le8 sacremens comme auparavant les troubles — les dite£
eglises ODt ^t^ ruin^es par les geas du sieur de Montaman esdemiers
troubles — les ornemens livres joyaux pill&et emport^s.
Massacre 2. — M« Bernard de Deyries Dominique de Brosto ontete
prisonniers et tous inis et biens pill& par les gens du capitaine Estopi*
gnoD et Bougues.
DACBIGE ET STB EULALIE.
L'Eglise parroissialle Daurice et son annexe de Ste Eulalie est h la
collation de TEveque D'Aire y a cure d'ames en est cur6 M«
pr^tre du dit lieu qui y reside et fait le service divin et admfnistre les
sacremens comme avant les troubles. Les dites eglises ont 6i6 rttfnto
et les ornemens joyaux et livres ont 616 pilles et pris par les gens da
sieur |le Montaman de la dite religion.
ST-ACBIN HAURIET.
L'Eglise parroissialle de St-Aubin et son annexe de Hauriet est a la
presentation du Seigneur de Pojoli et Tlnstitution a Teveque D*Aire y
a cure d'ames, en est cur6 Jean Duvignau, M^^ ezarts etudiant en I'la'-
versit^ de Paris. Le divin service y est fait par un vicaire et les sacre-
mens administr^s comme auparavant. Les dites ^lises ont ete brulto
a la vue des Vicomtes par les capitaines Tausin freres et Langlade de
Labat et autres, et Gabriel Dembedones de Poches, et tout pill^ aupa-
ravant, avoit port6 une partie des ornemens au chateau de Po Jall^ en
la dite parroisse la ou ont et^ pill6s, et la chapelle du dit Po Jall^ a ati
demoiie par le Capitaine Castaignet tenant garnison au dit chateau et
r^lise de Hauriet fut bruise et les ornemens pillfe par les gens du C^
pitaine Soli^ de la dite religion et les commissaires du S^ de Montaman
ont prie les fruits de la fabrique du dit Hauriet.
LABASTIDE ET M0NSE6UR.
L'Eglise parroissiale de Labastide et son annexe de Monsegur est a
la collation de TEveque d'Aire. M« Geraud de la Couture pretre en est
cur^, qui y fait le divin service et administrc les sacrements comme au-
paravant. Mais Teglise a et6 brulte et les ornemens livres et joyaux
pill^ et les cloches emport^es, et aussi ont brul^ une belle maisou et
grange appartcnante au dit cur^ et emport^ tous les meubles et autres
biens appartenant au dit cur^ comme accoutremens, bleds, vins, beta!!
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— 463 —
et lui ont fait dommage pour plus dB 2,000 fr., et le tout a et6 fait es
derniers troubles par les gens du Capitaine Senegas de la dite religion.
MOEGAS £T LA GBABE.
L'Eglise parroissialle de Morgas et son annexe de la Grabe est a la
presentation de Tabb^ de St Sever et Tlnstitution a TEveque D'Aire, en
est cur^ M^ Pierre de Glaverie, clerc gradu^ qui n'y reside, ains se tient
h Bordeaux et le service divin y est fait par un vicaire et les sacremens
administres comme avant les troubles.
L'Eglise a et^ defaite et demolie par les gens du Capitaine Senegas et
Dasblade, un calico d'argent pris et aussi tons les ornemens, et le Ca-
pitaine Laserrc s'en a port^ les cloches du dit Margaus et de La Grabe
annexe.
Massacre 4 . — M« Arnaud de La Forcade pretre du dit lieu ftit pris
prisonnier et mend en Beam et la et^ tu^ et massacre.
GAZALON.
L'Eglise parroissialle de Cazalon est a la collation de TEveque
d'Aire en est cur6 M* Pierre de Laborde qui fait le service et lui et un
sien vicaire comme avant les troubles. La dite ^glise a et^ bruise les
ornements livres custode et autres joyaux pill^ les cloches aussi par les
gens du capitaine Senegas.
MOMCY.
L'Eglise parroissialle de Momuy est a la presentation de Tabb^ et
chanoines de St-Girons et Tlnstilution a TEveque d'Aire qui y fait
souvent le service et y tient un vicaire qui le fait ordinairement et ad-
ministre les sacrements ainsi qu'avant les troubles.
Massacre inhumain. — M® Etienne Dufourg pretre du dit lieu et
vicaire ful \\x6 et massacre par le Capitaine Villeneuve de la dite religion
lui ont auparavant fait des grandes inhumanit^s et irrisions revetu des
habits sacerdotaux coup6 les membres et flambe et puis arquebus^.
CAZALIS.
L'Eglise parroissialle de Cazalis est a la presentation du Seigneur
du lieu et Tlnstitution a TEveque d'Aire en est cur6 M* Jean Dufau
pretre qui y fait le service et administre les sacrements. Mais Teglise a
et6 demolie jusques aux fondements deux calices une custode et tous les
ornements et livres et deux cloches pill^ et emport^.
32
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— 464 —
▲BBATE DE ST-SEVEB.
L'abbaye dn St-Sever, Ordre de St-Benoit est a la Domination da
Roy. Suivant le concordat est abb^ commandataire TArcheveque de
Tburin qui n'y reside point n'y a jamais et^.
Par la fondation de la dile abbaye il y a treize religieux un vicaire
perpetael et cinq offices et advenant vacation de places monachales
sont a Telection de Tabbe et religieux lesquels en elisent et ainsy le
nombre demeure complet, en outre un soldat que le Roy y a mis tient
une place et portion. La dite vicairie perpetuelle est a la presentation
de Tabb^ et Institution a TEyeque D'Aire et lesdits offices a la collation
du dit abb^.
Los Religieux de la dite abbaye sont a present firere Arnaud Duber-
net, Pierre Glaustrel, Martin de Mauneins samstain, Cosme de Lafitte
ouvrier, Guion de Gamardfe chambrier, Claude Duprat pitancier, An-
toine Baraty Jean Darcanel, Martin Dubusquet, les tons prof6s, Ber-
trend Dubernet, Pierre de Lespiau, Pierre de Lacoste^ Mathieu Du-
barat et Jean Ducoscail, moines, les tons prelres sauf Gamardfo
Lespiau et Coscail, et residens sauf le dit Lespiau qui est aux ecoles a
Bordeaux et le dit Ducarcail et le dit soldat lay par commandement du
Roy Jean Dupuy qui aussi est resident.
Le divin service y est fait ordinairenient suivant la fondation, savoir
est tougours matines, une messe sub aurora, prime^ tierce, sexte, none,
une messe pour les trepass^s^ et la grande messe Diacre et sous-diacre
Vepres et Complies, mais fort incommodement et non si honorablement
que souloit etre avant les troubles derniers pendant lesquels la dite
ville de St-Sever a et6 prise [et occupee par ceux de la religion pretan-
due onze mois et encore de present y font leurs preches et ont ruin^
Teglise et le monastaire jusques aux fondemens si ce n'est une partie
la voute de la dite eglise et entierement raz6 tons les autels choeur,
images^ chapelles fonds baptismaux orgues cloitres toutes les chambres
et maisons tant du dit abbe que des Religieux et aussi Thopital et infir-
merie et pris et pill6s tons et chacuns leurs biens meubles tellement
qu'ils sont cortraints en la ville par Qa et la ct a grand peine trouvant
qui leur en veuille louer et a grande difficult^ se trouve qui veuiile ac-
cepter les prebandes monachales advenant vacation^ meme des massa-
cres et deced^s qui sont :
Massacre 3. — Freres Gratian Darmaudet, Jean Duran et Jean Fossa
qui ont et^ massacf^ par ceux de la dite reUgion, et puis prisonniers
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— 465 —
et ranconn^s apres decedfe freres Jean de Soubagner et Pierre Dorance,
et des pretres et prebandiers du dit monastaire M® Pierre de Lafitte Odet
de Lespiau Bernard Dudomare pretre, ont aussi pris et piil^ do la dite
^lise la tete ou Capse de St-Sever, enchass6e en argent dor^ pesant
dix marcs, et plusieurs pierres precieuses trois grands Reliquaires deux
custodes dix calices un cncensoir quatre croix, les deux grandes et les
deux autres moyennes a quatre canelles le tout d'argent surdor6 du
poids de cinquante marcs et les orgues valant plus de 2000 liv. tour-
noises. Davantage ont pris brul^ et emport6 tous les documens, lettres
de ladite abbaye et aussi tous les livres du service divin et de la librairie
de tous arts et sience de valeur inestimable et aussi six grands coffres
ou etoient les tresors de la dite abbaye et aussi ont pill^ et emport^
cinq cbapelles tant de filet d or que de velours satin Damas tafetas et
cbasublesjusques au nombre de treize-seize aubes, six surplis et pare-
mens tous de Damas que autre soye, et lingerie de vingt deux autels,
trente six napes quinze linsuls et autres ornemens necessaires, cinq
cloches, et n'ayant laiss^que lorloge — outre plus ont pris les fruits de
leurs dixmes et aussi de leurs moulins deux ann^es, et ruin^ leurs affo-
rets et coup£ au pied entre autre M« Pierre de Gamardes avocat en
cour de parlement de Bordeaux et juge en la cause au dit tems des trou-
bles dans la ville de St Sever et un nomm^ Seris general de la dite
cause, Jean de fosse bote et commis du dit Seris, et avant la prise de
la dite ville par de Poysegur Seigneur de Montaut.
De la dite Abbaye dependent les Prieurfe de Nervis Castet du Mon*
demarsan, de Roquefort, au diocese D'Aire, de Mimisan au Diocese de
Bordeaux, de Arset au Dioctee de Condom et les cures de la ville de
St-Sever, de Souprosse, de Mugron, de Morgas et Lacrabe, du Mon-
demarsau, de Roquefort de Brocas, de Baustens deBaussiet de Cauma
et de Galos au dit Diocese D'Aire. De leurs qualit^s et de ceux qui les
tiennent et du service divin et aussi des mines ravissemens des biens
et massacres est dit sur chacun en son lieu et en son archipret^ sauf de
celui de St Sever.
Au dit Monast^re a un vicaire perpetuel qui a la cure des ames et
administreles sacremens •» en est mvi ou vicaire perpetuel M* Arnaud
Cadroy pretre et gradu^ qui y reside et fait le service divin et administre
les sacremens comme ^tait accoutum^ avant les troubles mais non Sf
commodement et honorabiement pour les mines et pillories des lieux
sacrfe et omemens et biens comme est dit cy dessus.
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466 —
JACOBAINS COUVENT DES FBERES PRECHEUaS RELIGIECX DE STE CBSILE.
En la dite ville de St Sever avalt un beau Couvent de mendians de
freres precheurs de I'ordre de St Dominique, lequel a ete ruin^et demoli
entierement, si ce n'est un peu de couverlure de la grande nef dc
Teglise, et lous les ornemens livres librairie joyaux et biens pilles et
emportfis par ceux de la religion pretandue.
Massacre 3. — Et furent tu& et massacres trois des reb'gleux du dit
couvent et les autres 6chaperent comme peurent, et a present y a six
religieux en grande pauvrel6 qui y font le divin service au mieu qu'il en
est possible dans les mines de la dite dglise. Iceux sont contrains se
tenir encore en une maison de la dite ville et tout ce dessus nous oni
rapporte M« Jean de Lassalle pretre el Bernard de Poysegur vicairc de
TArchipret^ de Doazit lesquels avions commis et qui ont visits toot le
dit archipret6 de Doat sire de Chalosse et ouys en chacune paroisse les
principaux d*icelle et aussi les abb^s et chapitres.
MiSBIOIRES INl^DITS
DE Jean d'Antras, sire de Cornag, seigneur de Samazan,
SUR LES GUERRES DE RELIGION AU XVI' SINGLE.
Nous devons a robligeance de M. le comte d'Antras, de Mi-
randa, raulorisation de publier ce qui nous reste des Memoires de
son noble et glorieux ancetre.
Dans une lettre que nous etlmes rhonneur d'adresser aM. Tabbe
Can6to, graud vicaire de Monseigneur de S&linis, le 2 m^x^ de
cette annSe (1), nous lui disions comment, aprfes de longues re-
cherches, le hasard avail fait tomber en nos mains ces prScieux
documents, et quels furent nos regrets a la vue de la mutilation
qu'ils avaient subie.
Qu'ou Dous permette ici quelques mots sur Tauteur de ces Me-
moires.
(1) Voir, plus haut, page 96.
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- 467 —
La familte d'Antras est sans contredit ToDe des plus anciennes
et des plus honorables de la Guieone. On ea troave des traces dans
rhistoire et dans les chroniques avant le xii« si^cle. Mais, k dater
de TaQD^e 1278, Tordre g^n^ogique s'etablitsur des titres au-
theotiques et bous conduit^ sans lacune, josqu'^ M. le comte
d'Antras, de Mirande, qui, de nos jours, repr6sente seul ayec ses
enfants b ligne directe de cette noble race.
L'auteur des M^moires, Jean d'Antras, ^tait le troisi&me fils de
noble Samson d'Anlras, seigneur de Samazan et autres lieux.
II fit ses premieres Etudes au collie d'Auch, ob il se livraitavec
pas^on a T^tude des belles-lettres, avec quatre-Tingt-dix ou cent
gentUshommes de son temps.
C'6tait en 1563. Une religion nouvelle avait 6t6 imported de
Zurich, par Berne et Gen&ve, dans notre France jusque-lk si catho-
lique. L'eip^rience avait, sans doute, ^ris aux novateurs que la
masse du peuple les repoussait. Mais unepoign^e de rentals, counos
sous le nom Suisse de HuguenotSy tent^rent d'abord de s^duire les
faibles et bient6t de vaincre toute resistance par la force des armes,
D^ja, le 29 mars de Tannee pr^c^dente, le prince de Cond6 (1 ), frere
d'Antoine, roi de Navarre, s'dtait mis en marche, a la tMe des
protestants, pour aller surprendre la Cour a FontaineUeau ^ et en-
lever le jeuoe roi Charles IX a Tinfluence de la reine-mere.
Frustre dans le plus important de sesdesseins, il 6lait tomb^ sur
Orleans pour en faire sa place d'armes; et sous les murs de cette
ville, devenue en peu de temps le boulevard du parti enrSvdte,
Francois de Lorraine, due de Guise, venait d'etre lichement
assassine par un gentilhomme huguenot (2).
Beaugency, Gergeau^ Tours, Blois, Chioon, Cl6ry, s'^taient ren*
(1) Loais U<^ do Bourbon, premier prince de Cond^, dac d'Enghien, marquis do
Conli, lige des branches de Cond^, Conti et Soissons. Tl ^lait le cinqui6me fils
de Charles de Bourbon, due de VendAme el tige originelle de toutes les branches
de la rnaison de Bourbon. Le prince do Condd peril sous les coups d'un miserable
assassin, en 1569, apres sa ddfaite do Jarnac.
(2) Polirot de Mdrey avait lilch^, vers la mi-f^vrier 1563, un coup de pislolet au
due de Guise, au moment oil il sc flattail d'etre maitre de la ville el de terminer, par
un coupd^cisif, les malheurs dela guerre civile.
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— 468 —
daes aprte udo ^nergique resistance. Le plas terrible des fl&uu
pourune nation, la gaerre civile, allam6e et entretenne par k
fanatisme religieux, se propageait dans toute la France; plosiears
Tilles du midi etaient 6galement tomb6es au pouvoir des protestaats.
Jean d'Antras n'avait alorsque quinze ans. L'amour delagloire,
h6r6ditaire dans sa famille, Tenleve des bancs du college; et le
vaillant jeune homme, ou pour mieux dire I'intrdpide enfant achete,
comme il le dit lui-mSme, un bidet da prix de dix 6cus; n'ayaot
qu'une pareille somme en bourse, il part pour le Langaedoc, oiile
nouvel incendie gagnait de proche en proche avec une extr^e
violence. Mais il apprend a Toulouse que les troubles sont apai-
sds, gr&ce au secours et a la bravoure des gentilshoounes gascoos,
commandos par Montluc (1).
Aprte avoir passd quatre ou cinq jours dans cette ville, Jean
d'Antras se rend a Narbonne aupr^s de M. le baron de Fourqoe-
vaux, qui, par ordre du roi, Charles IX, y rassemblait quel(pies
ecHnpagnies de chevaux-ldgers et de gens de pied. Le goavemear,
ainsi qu'il le rapporte lui-m6me, le re^oit comme il convenait a
un gentilhomme qui avait Thonneur de lui appartenir. II donne a
Jean d'Antras une arquebuse fort belle, des foumiments et un fort
beau horion. Mais celui-ci aima mieux porter une arquebuse dans
Tune des compagnies de gens de pied que d'etre homme de che-
val; ayant d^j^ pour maxime qu' «un jeune homme doit, poor
apprandre k conunander, commencer par ob6ir.»
II partit de Narbonne avec les troupes commandoes par Four*
quevaux; et des qu'elles furent arrivOes dans un village appel^
Lattes, a pen de distance de Montpellier, Tarmee s'y retrancha.
C'est la qu'ayant pris part a une sortie centre les huguenots que
le baron des Adrets commandait en personne, il tua, pour sod
(1) Blaise de Monlluc, fils de Francois de Montesquioa, seigneur de Montluc, elde
FranQoise d'EsUUac, naquit au comroencement du xvi* si^cle (1502)i au chateau de
Montluc, en Gnienne, d'une branche de la famille d'Artagnan-Montesquiou. Ilfii
ses premieres armes en Italic, a I'Age do 17 ans, et se trouva k presque toules les
batailles de Francois U^, II fut fait chevalier de i'Ordre de Saint-Michel en 1555,
colonel de Tinfanterie francaisc en 1558. lieutenant du roi en Guienne en 156Set
mar^chal de France on 1574. Trois ans apr6s avoir M promu a cette haute digoil^
II mourut sar sa lerre d'Estillac prcs d'Agen.
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— 469 —
premier coup d'essai, le cheval d'lm cavalier de Tarm^ ennemie,
et le cavalier fut perce de coups.
Les borues de cette notice ne nous permeUent pas de suivre
Dotre jeune h^ros dans sa brillante carriere. Nous nous contente-
rons de citer rapidement quelques-unes de ses actions d'^lat. II
savait que noblesse oblige; et, en vrai gentilbomme, il n'oublia
jamais cet axiome de Thonneur .
En 1566, touchanta peine a sa dix-huitiemeann^, il alia, sur
Tordre du baron de Montesquiou, rejoindre les troupes a Agen.
Dans un combat livr6 pr^s de Gbartres, il enleva une enseigne aux
ennemis.
Au printemps de I'ann^e 1 569, il prit part, sous les ordres du
jeune Henri de Guise (1), a la glorieuse resistance que la viile de
Poitiers opposa avec tant de succ^s k Tamiral de Coligni (2).
M6me intrepidity, en* octobre de cette annde, a la bataillerem-
port^e aussi sur Tamiral k Moncontour; mdme mdpris du danger,
mSme indifference pour la vie. Jean d'Antras re^t un coup de
pistolet dans sa cuirasse, son cheval se culbute et tombe sous lui.
En recompense de sa noble et g6nereuse conduite, il re^ut sur le
champ de bataille le premier degre d'honneur aocorde aux actions
d'eclat dans Tancienne milice. « Monsieur, fr^re du roi, qui com-
mandait Tarm^e en personne, lui donna Taccokde, le toucha sur
repaule du plat de son ep^e et le fit chevalier.»
Cetait la plus haute distinction k laquelle rhonmie de guerre
pAt aspirer; elle etait si grande que le roi lui-meme s'en faisait
honneur. Dans son ouvrage sur les mceurs et les coutumes des
Franijais, Tabbe Le Gendre dit qu'on ne cr6ait point de che-
valiers qu'ils ne fussent nobles de p6re et de miire, au moins de
trois generations.
(1) Dit Lc Balafrb^ et fils aln6 de Francois de Guise, dont il avait jur^, soas
les murs d'OrMans, de venger la mort iragique. II n'avail pas encore 19 ans qnand
il for?a I'amiral de Coligni k lever le si^ge de Poitiers eta s'^loigner de celle villo.
(2) Gasperd II de Coligni, fils d'un mar^chal de France, et neveu du conn^table
Anne de Montmorency, eul avec le prince de Cond6 la haute direction des aflfaires
dans le parti proteslanl. 11 fut indignement assassin^ dans la funcste nuit dc la Saint-
Barlh^lemy.
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— 47« -
Au fameux si^ge de La Roch^, d'Antras eut, en 1 573, soDi^e-
val tu6sous lui; ilfat blessg aax deux caisses, an bras droit eta la
main gauche, et deux coups de {Hstolet I'alteignirent k la cui-
rasse.
Malgr6 ses nombreuses blessures, ii ne cessa point de se batbe^
et il emmeda prisonnier un soldat huguenot.
Apr6s le massacre de la Saint-Barthdlemy, Jean d'Antras fut
nomnh^ gouvemeur de Marciac; et dans ce poste honorable, mais
qui n'^tait pas sans p^rii, il continua de servir son pays et son roi
avec le mdme courage etle m^me ddvoAment.
Cost sur ces eotrefaites qu'il semariaavec demoiselle Frangoise
de La Violette, dame et hdriti^re de la terre de Comae, suivant
leur contrat de mariage du 20 octobre 1 574, dans loquel ladite
demoiselle fut assist^e de baut et puissant seigneur Abessire-An-
toine de Riviere, vicomte de Labatut, s6n6chal de Bigorre; d'An-
drd-Georgede Baud^n, seigneur de Clermont, oncle matemel; de
Henry de Ri?i6re, seigneur de Lengros, et de Bertrand de La
Violette, seigneur de Cassaulau, son proche parent; et Jewd'An-
tras y fut assists de Bernard et Francois, ses fr^res.
Depuis son mariage, il continua de senrir avec le meme zele el
le m6me courage; il fut successivement arquebosier, chevaux-
Idgers, gendarme, capilaine et gouvemeur.
M. le comte d'Antras conserve dansles archives de sa faoiille
quelqi:^s lettresde Henri IV a son illustre aieul. Elles sont toutes
post^rieures au depart secret et d^finitif de Paris, op6r6 par ce
prince le 3 fdvrier i 576, pour se rendre k La Rochelle. Henri con-
naissait le nom des hommes de coBur qui, depuis plus de 15
ans, s'6taient distingu^s sur divers chants de bataille; sa haute
estime leur 6tait assur^e, dans les armies royales tout aussa bien
que dans les rangs de ceux de son parti. 11 n'ignorait pas qu'a
Moncontour, od il s'^tait lui-meme fait remarquer, quoique fori
jeune (1), centre les catholiques demeur^s vamqueurs, Jean
(1) Uenrl do Bourbon avail alors 16 ans; ct Jean d'Antras en compiait 21.
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— 47« -
d'Antras avait re^u I'accriade du due d'Anjou (1), avec les
insigaes d6 la Gfaevalerie. Et biea qa'il Mt — comme disait Henri
— « de oeids-lk da Pape (2),» i\ ne Dif^ea rien poor Fattirer soos
ses drapeaux, « avec teas eeols — ajoutait-il aitlears — qoi, T^ri-
tables gens de ccenr, Touldnx^ acqu^rir bonnecur poor bieo faire
avec moy.»
Ce beau langage de raacieane cbdYalerie, a Fadfesse des jeunes
geDtilshooMues dont il ebavoitait lee briUaats serviees, 6tait
comme on puissaot leider que le rei de Navarre nuffiiait avec uu
rare soccte. Le vieox mar6cbal de MobUbc s'en itsit 6msL daus
sa rehuite : « Ajrant sdjoomd quelqne temps chez moy -^ dit-il
» en termtnant ses M^moires, uu an avant sa mort — j'avois
> touajours d'estrauges uouveUes de la Coar, ei des entreprifises
i> lies pins graodes. Et quaod j'ouis dire que le roi de Navarre s'en
» meeloit, el qu'U estoit parti de la Cour saas dire adieu, )e jugeay
» d6s tors que la Guyeftoe aurodt da nouveau beauccHip a paster.
» Car estant si grand priftce, jeune, et qui donne espdrance d'estre
» quelque jour an grand capitaine, il gai^ieroit aisteonentle' co&ur
» de la noblesse et du people, et tiendroit tout le reste en erainte.»
Le brave gouvemeur de Marciac u'eavisageait pas ia sitaalion
d'nn auire ceil que le c^l&bre mar^chal; et d^ji^ aulonr dat lui
Tentrainement Stait devenu considerable. A peine Si%6 de 29 ans,
il comptait au nombre des plus vaiUantshommes de Tarm^e royale.
Sa premifere jeunesse venait de s'^couler k travers les hasards de
la guerre et les nombreux combats qui s'^taient livr^s du sud au
nord, en diverses provinces. Ponvait-il d^sormais emprisonner son
courage dans V^troite enceinte d'une petite ville entour^e de mu-
railles, quand la voix d'un jeune prince, en reputation comme
retait U^ri de Bourbon, Fappelaitau champ de Thonneur?
La tentation 6tait delicate, mdme aprfes quelques mois de ma-
(1) Qui fut Henri III, depais la mort de Charles IX, survenao en 1575. A. la date
des lelires dont il est ici quostion, ce titre de due d'lnjou dtait passd au fr^re putn^
de Henri III. Jusqu'a cetle ^poque, ce jeune prince, dont nous avons d6}k parld
(page 331) avail port^ le nom de due d'Alencon.
(2) Dans sa lellre ecrite a Manaud de Balz, vers les premiers jours do Janvier 15T7.
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— 472 -
riage. S6dait d'ailleurs par Texemple de cette partie de la noblesse
catbolique que d^goillaient de plos ea plus les intrigues de la
reine-m6re et les fausses men^ de la Gour, d'Anta-as se rend a
Tappel dtt roi de Navarre. Et sans cesser d'etre fidele a la foi de
ses pireS) il fera d^sormais, en f^ chevalier, un accueil byal et
sincere k tousles t^moignages d'estime, de confiance et de bonne
amitid que lui donnera ce prince.
Les lettres qu'il en a revues ne nous apprennentrien de nouveaa
sur les affaires de ce temps de troubles religieux et de discordes
politiques. Dans les deux premieres, 6crites peu de mois Bfrbs celle
que nous avons cit^e plus haut, k Tadresse de Manaud de Batz (1),
on voit la suite des mouvements que se donnait Henri dans nos
parages, pour rallier autour de sa personne les hommes influents
de la Province. Mais ne connaissant pas avec trop de certitude,
ni les forces dmt il pouvait disposer en Gascogne, ni les plac^es
qui lui seraient ouvertes, ni tons les grands uoms sur lesquels il
devrait dtffinitivement compter, il voile encore ses moyens d'orga-
nisation de je ne sais quelle ombre de myst^re, qu'il est assez Cacile
d'entrevoir dans sa correspondance politique. Nous citerons, a
Tappui de cette appreciation, le texte m6me de ses lettres : voici
les deux premieres :
Premiere Lettre.
<( Monsieur de Gornac,
» i*3\ ionui charge au capitaine Foque de voas alter trouver et de
» Yous dire de ma part quelques choses qui importent. A cette cause,
» je vous prie de le croire comme si moy-m^me le vous disais, et vous
» asseure que vous n*avez meilleur ami que moy comme il vous le dira
» plus amplement. Et me remelant k sa sufGsance, je prie N^ Seig',
» Mods'* de Gornac, vous donne sa sainte grace.
)» De Pau ce derm'er j' de d6cembre4576.
0 Votre byen bon amy Henrt.*
(1) Voir, plus haut, page 331.
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— 473 -
Deuxi^me Lettre.
« Monsieur de Coroac, j'ay comand^ k B^olle voiis aller voyr de ma
» part pour les occasions qu'il vousdira. Croy6s le done et fetes eslat
» asseure de mon amyti^. Atant je prie Dleu, Monsieur de Coroac, qu'il
n vous tiene en aa sainte garde.
0 A Bassoues ce penulti^e may.
» Voire bien bonamy Henrt.»
Pour donner, sans plus de retard, une id^e des M6moires de
Jean d'Antras k nos lecteurs, nous publions ce qu'il a 6crit sur
le si^ge de Poitiers. Mais nous ferons observer que le commen-
cement de cetle relation manque au manuscrit original, par suite
de la m^saventure dont nous avons d^ja parl6 dans notre lettre du
2 mars.
C. CLAUSADE.
EXTRAIT
DES M£M0IRES de JEAN d'ANTEAS, SIRE DE SAMAZAN BT DE
CORNAC.
Si^tfe de Poitiers.
N. B. Le commencement de cette relatioa manque.
Les ennemfs ne restoint pour cella de continuer leur batterie
pour ouster aux assi^g^ toutes commodity, moulins et tout, et Teau du
pred TAbbesse qui leur nuysoit et leur donnoit de rempechemant; mais
ce leur fut enfin peyne perdue, il faudra dire h la On le proverbe de
Gascougne que «qui mau serque et mau trobe nou pert pas la pause. •
Une boune trouppe de chevaux sortirent de la ville pour surprandre
les ennemis qui a leur advis ne fesoint si bonne garde de ce coust6 la
comme des autres, desquels mon fr^re en estoit un, et firent en partie
cella pour douner loysir & leurs gocgats de couper toule sorted'herbesez
pr^s et champs pour leurs chevaux. hh il se pr^senta une coumette bien
accompaignie, qui s'attaqu^rent si bien qu'il n'en y eust qu'un seul des
D6tr68 mort, et y en eust beaucoup des autres; ils firent cella heureuse-
raent, et eurent temps de se retirer dans la ville.
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- 474 —
Tel estoil i'estat des pouvres assies, anquel ntonmoins s'aprocholt
celuy desassiegeans qui sooffrolatde grants incommodites; car encore
qu'ils tinsent la canipaigne si est-ce quune bonne partye de leurs troop-
pes, genlilshommes el autres, par maladies ou autremant, y finirenl
leurs jours; et ladmirailh mesme a ce quil fut rapports en noslre armec
et a la ville, fut si vivemant persecute d'une dyssenterie que Ion le tenoit
pour perdu; mais il en releva et guerit, comme dautres aussy qui en
furent de mesme grans et petits. II eut mie jlx valu quil fut mort en ce
temps que cc quil luy arriva despuls.
La Rochefoucaut et le sieur Dassies qui furent constraints de quitter
larm^e et se retirer aux vilies pour se refrechir et se mettre entre las
mains des medeams. II ne ftit pas comme cella dans la ville, parce que
encore quil sen soint perdus beaucoup de coups, Dieu les preserva au
moins de grans maladies, et sur ce propos je diray encore ce que jay
dit cy-devant que, si Deus pro nobis, gins contra nos.
Les ennemis prindrent conseilh entre eulx de enlever le fausbourc
de Rochereveilh d'entre les mains des assi^g^s^ lequel prlns et leau es-
coul^e, sans double ils eussent reduit les assieges a une grant extr^-
mit^. Ils tirerenti la tour dudit fausbourc plus de cent cinquante coups
de canon, de laquelle ils en mirent une grant partie par terre, et gaigne-
rent loutz les lieus avantageus, non sans grant perte de leurs gens parce
que ceulx de la ville avoint fort tr^^vaille pour deffandre les endroits par
la ou ils pouvoint venir et deffandre le fausbourc et avoit dresse tout Ic
long du pont et de la rue forses pippes sur lesquelles on mit de grans
pyesses de boys pour passer par dessous en alant jusques pr^s de la porte
de la rue et aux lieus descouvers Ion tandoit des draps et liosols affln
que les buguenots ne les vissent venlr^ et encore avec tout cella pla*
sieui^ y furent attrapfe.
lis tirarent encore forse canonades centre le pont et le cfaasteau et y
dresserent une batterye seque la porte et la murdlle furent bientdt par
terre et une pyesse qui battolt ceulx qui deflandoint le cbasteau afSn
que ceulx qui iroint h Tassaut fussent bors de danger.
A mesme temps et apres midy Ion descouvrit forse infanterie blan-
che, toutz bien serres lansquenetz et tout qui furent destines pour aller
a la bresche apr6s les enfans perdus frances. Les assi^^s se couvroiot
de barriques le mieux qu*ils pouvoint pour se sauver des pyesses que les
ennemis leur tiroint d'en haul. Et ce qui estonna les huguenots fut que
do6 la premiere attaque se virent assaillis par devant el en flanc de pla-
sieurs endroitz tant de grosses que de menues pyesses sans la grele des
harquebuzades, lellemant que pour se voir atnsi descouvcrts ils se trou-
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- 475 —
varent fort eslougn^s ct fort estoun^s voyant que les assi^g^ a\oint la
fabveur de toutz lesendroitz et se defandoint biea.
M. le due de Guise, le marquis son trire et le comte de Lude aloint
dun couste et dautre pour donner courage h eeulx qui en avoint besoing
et pourvoir aux necessites parce que I'assaut se preparet que fiit avec
telle desmarcbe quils furent bien repousses et quantity de capitenes et
autres morts ou blesses; aussi ils ayoint affere a bones gens qui navoint
euvie de se laisser mordre.
M. ladmlrailh (1 ) ny les autres de son artn^e nussent esllm^ que les
asdeges y ussent fet un tel debvoir de se deffandre comme ils firentv
Aussi le roeilleur des forses de la ville y estoint pansant que de ce seul
Gouste ils seroint assieges, comme a la v^rit6 cella fbt. En ces jours
mesmes y mourut le capitene Bourc Tun des plus anciens et plus asseures
capitenes du regimant de M. le conte de Brissac (2). Toutz le& gens de
guerre et plus experimantes que estoint dans ia ville trouvoint fort
estranges que les buguenots ussent fet bresche et donoe laesaut par cest
endroit si bien flanqne et deffandu du chasteau et autres ileus. A la
v^rit6 Ion ne doit jamais attaquer ou assaillir bresche avec telles incom-
modltes que plus tost toutz les flancs et deffanses et tout ce qui pent
nuire a lassaillant ne soil abatu et ouste afiln quil nait a combatre que
ce quil voit en teste et snr ce grant oapitene fit un peu de faute et
remarquable.
En ces jours les assieges firent quelques saillies sur les avenues du
pont Acbart qui leur douna commodite de retirer fourrage pour les
chevaux ou il y en cut quelques uns de blesses. Cepandant que cella se
fesoit, le camp de Monsieur frere du Roy sapprochoit, de quoy lad-
mlrailh de Chatillon estoit desja adverti et encore quil mit toutes ces
forses ensaoible il estoit deliberc dassieger Cbateleraut pour fere lever le
siege de Poytlers, Et k ceste occasion le dit sieur admirailh depecha le
sieur de La None avec environ deux mille chevaux frances ou reislres
pour donner des empechemans a Son Excellance quil ne pent rien fere
ny entreprandre contre cette plasse resolu cepandant de continuer ce
siege de Poytiers et de lenporter dune fasson ou dautre. Mais le dit sieur
de La None luy manda quil ne pourroit rien entreprandre ny executer
avec ces deux mille chevaux et quil estoit question sans plus attandre de
venir avec toutes ses forses.
Lejour suivant, il fit estat de lever ce siege de Poytiers et marcher
(1) Gaspard II de Goligni.
(2) Timoldon de Gossd, comte de Brissac. li ^tait fils du comte Charles de Brissac,
mort 4 Parla, mar^chal de France^ en 1563.
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— 476 —
droit k Chateleraut parce que Son Excellance y ayant desja fot batterie y
vouloit fere donncr lassaut, ce qui les fit avanser plus tost qu'ils nus-
sent fet; et au party its gastereut et mirent le feu a leurs tantes et autres
choses quilz ne pouvoiat porter ayant une si grant haste de desloger
pour eviter la prinse de Chateleraut. Le siege de Poytiers a dur^ envi-
ron deux moys et davantage. Je vous laisse panser oil en y avoit poor
se fascher estant sur la fin reduitz aux extremites de toutes choses. Et
comme ils virent quils deslogent its se resjouyrent bien fort de se voir
en liberty apres avoir deffandu ccste grant ville qui nestoit nuUcment,
comme vous pouvez I'avoir veu, forte que de braves homes et sestant
veus si presses et sans vivres et quelquefois sans esperance de secoan
ny jamais refrechis dun couste ny dautre dhommes ny de vivres durant
le dit siege. II faut croire que ce ne fut pas sans en randre graces k Diea
de les avoir oustes dun si grant danger, sestant veus dans ceste grant
plasse que Ion nut creu la pouvoirdeffandre; et les moyens de la soate-
nir samble plus tost estre venus du ciel que des homes. Aussy M. de
Guise en fut fort loue et caresse du Roy et de la Reyne mire et deSon
Excellance (4) parce que Ion croyet que sans son assistance et de son
frire la ville eut este prinse, devant laquelle il y avoit quarante dnq on
cinquante mille homes que je me doubte, cils ne se ftissent r^solus h ce
si^ge qui fut leur ruyne, quils nous eussent gettes de la France ou il y
avoit une grant apparance au commansemant dune, si grant arm^ fran-
cos et estrangers.
Ainsi se passa ceste journte en se re^ouissant et consolant les uns et
les autres.
(1) Jean d'Antras d^signe par ce tilre et par celui de t Monsieor, fr6re do Roy »
le doc d'Anjou, qui e^da ces m^mes litres i Francois due d'AIancon, son denier
frdre, en sncc^dant lui-m^me a Charles IX, six ans apr^s le si^ge de Poitiers.
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— 477 —
liA
C4RTE DE LA NOVEMPOPULANIE
ET
LES GRANDS SOUVENIRS QU'ELLE RETRACE (1).
II
Noyempopiilaiiia
PROVINCIA ECCLfiSIASTICA AUXITANA.
On entend par Province eccWsiastique une certaine dtendue de
pays, divis^e en circonscriptions Episcopates qui dependent hierar-
chiquement d'un mSme archev^que.
A Torigine da diristianisme, les premiers Edifices religieux ne
furent ErigEs que dans les viUes de qoelqae importance : c'est
dans les centres popoleux que lesEvEques aimaient h resider, avec
les membres du clergE soumis a leur juridiction dans Texercice du
minist^re des autels. Mais k mesure que la nouvelle religion
rayonnait h distance, on lui oq^ait de nouveaux oratoires dans
les yiUes secondaires, ainsi que dans les bourgs et les villages de
la mdme circonscription, selon le degrE de liberty que laissaient
aux fiddles les poursuites de leurs persecuteurs. « Etablissez des
pasteurs dans les villes de Crfete,— Ecrivait St-Paul a Tite, — et
failes pour cbacun d'eux ce que j'ai fait pour vous (2). » Ge qui veut
dire, d'aprfes les interpretes, que ces nouveaux pasteurs devaient
Etre, dans cette ile, du mEme degr6 que Tite lui-mEme dans les
rangs de la clEricature, c'est-&-dlre des EvEques; car c'est Texpres-
(1) Voir, plus haut, le U^ article, page 38.
(2) Ad Tit, cap. i, v. 5; sicot et ego disposuitibi : ce que d'autres traduisent
« selon Tordre que je vous en ai donn^; »
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— 478 —
sion dont rap6tre se sert, deux versets plus bas, pour designer
les anciens du sanctuaire dont il parle, « oportet euim episcopos
siue crimiue esse, etc., etc. »
Le disciple se coDforma aux prescriptions de TApotre; et cet
exemple trouva parlout des imitateurs, dans Torganisation hi^rar-
chique du saint culte. A Texception des ^v^ques r^gionnaires,
les premiers pasteurs faisaient, comme de nos jours, leur residence
ordinaire dans les villes assignees a leur si^ge. De la ils exer^aient
leur influence j usque dans les centres de population d'un ordre
inf^rieur, qui d^pendaient de la cit6 sous le rapport de Fadminis-
tration civile. Et c'est ainsi qu'un petit nombre de circonscriptions
episcopales formaient insensiblement une province eccl^siastique,
dont le chef-lieu 6tait, eng^n^ral, la ville principale, ant^rieurement
reconnue comme Tune des m^tropoles de I'Empire.
La supr^matie mdtropolitaine d^Eauze s'^tablit de cette ma-
ni^re, quand le christianisme se fut r4pandu dans la Novem-
populanie. Son ^v6que dut prendre le titre de chef ou t^te de la
Province, caput Provindce, comme on disaitalors avec les canons
apostoliques (1 ); oubien encore, avec le concile d'Elvire et le troi-
si&me de Carthage, celui d*iv4que du premier Btige (2); car r«sage
da mot archevdque, e&tendu daos le mtoioMns, o'est pas ant^
neur k Charlemagne, du moins en Occident.
Quoi qu'il en soit danom par lequel on d^signait, a Forigine,
cette haute dignity daos notre Province, 11 est hors de doute que,
dans Foi^anisation religieuse de la Novempopulanie, le dioc^
d'Eauze fut r^ularis^ avanttous les autres. Mais nous ne perdrons
pas le temps k exposer ici d'inutiles conjectures sur ses plus an-
ciennes Umites. Nous savons qo'Eauze, des le m« sitole, couutt^ga
a ddchoir de sa primitive ^ndeur; que Taurio, nomm6 son ^vdque
vers 293, dut bientdt quitter cette. ville menac^e par les Barbares;
et que cet anguste pontife emporla avec lui ce qu'il.avait de phis
pr^cieux, c'est-a-dire un autel dddid k la Yierge Marie, avec quel-
(1) Can. Ipost. XXXV.
(3) Primse eathedm episcopus... Prima 8«dis episcopus.
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- 479 —
qaes reliques de la M^re do Dieu, et les restes vto6r^s de quatpe
evfiques, ses pred^cessears.
Taurin, suivi d'une partie de son troupeau, choisit la ville
d'Auch pour sod refuge. U d^posa Taiitdl de la Ste-Yierge daos
un modeste oratoire doDt il fixa remplacement sur le lieu mdme
ou les Ausci, adoptant le culte infdme de leors oouveaux maitres,
avaient longtemps iminol6 des victimes a y6Dus(1 ). C'est le sommet
de la coUine od fat traosport^e d^finitivement, quelques si^cles
plus tard (2), T^glise cath6drale qa'ou a?ait d'abord b&tie sur les
rives du Gers.
Aucua monument ne fait connaitre la s^rie de nos evdques d'Auch
avant rarrivto de St Taurin. Mais, a partir de cette date, elle se
continue presque sans interruption; et celle des pr^lats d'Eauze
marche aussi parali^lement jusqu'en 732, 6poque a laquelle les
Sairasins Tiurent miner de fond en comble cette deroiere ville.
Notre province resta done sans m6tropole.
Cai*Auch aussi eut alors beaucoupa soufirir d'one invasion qui fat
si funeste a nos provinces m^ridionales. Vers les premieres anuses
du vp siecle, une 6glise monumentale avait 6td b4tie, en llionneur
de St Martin, sur le bord oriental du Gers et dans renceinte de la
ville gallo-romaine (3). Glovis et la^reine Clotilde, — disent nos
vieilles annales capitulaires (4), — en avaient fait les frais aprto
la d6faite d'Alaric 11, ordonnant que, par sa splendeur etses di-
mensions, le nouvel Edifice r^pondit, de tout point, k leur
royale munificence , « regalibus sumptibus. » Cest la que nos
prdlats avaient transf4r6 le si^e Episcopal, d'abord etabli a
S^nt-Orens, sur la rive gauche de la riviere. A cdt6 de la nou-
(1) Nous avons & noire disposition nne tdte de marbre blane, gramle oonme nature
et en assez bon ^tat de conservation, qni fut retronv^e jadis dans les substructions de
la cath^drale roroane. Tout porterait a croire, apr^s ^tude sdrieose, que c'cst mnetdte
de V^nus.
(2) Vers 855.
(3) Un rooulin, dont les plus anoiennes constructions portent des caracteres de
trcs vieilledate, garde encore, dans le quartier de Saint-Martin, le nom du Saint ^vd-
que de Tours. C'^tait une propri^td arcbi^piscopale avant 1790.
(4) Cart. Capiluliaux.— cap. cxxxii, De Clodoveo.
33
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— 480 —
yelle 6glise, its avaient fix6, seloD les prescriptions du quatritoie
coDcile de Carthage (1), ce qu'on appelait alors TEpiscopie, c'est-
2t-dire la demeure commuDe des clercs et de r^v6que : en sorte
que SaintrMartin 6tait, quand survinreDt les Sarrasins, le moDU-
meDt religieux le plus important de notre ville. II disparut sous le
marteaude ces barbares;et lesdebris que, denos jours, on retrouve
encore sous le sol, attestent que le marbre et la mosaique avaient
m mis en ceuvre, avec une 4gale profusion, dans tous les details
de cette magnifique construction. U^glise de Saint-Orens, le mo-
deste oratoire de la Yierge Marie, et tous les autres monuments
de quelque importance furent aussi envelopp^s dans la ruioe
presque entifere de la ville. N^anmoins, la succession de nos
pr61ats put Stre reprise, mafgr6 la funeste disorganisation qui
prolongea le veuvage de tant d'autres cath^drales jusqu'a la fin
du VIII* sifecle.
Vers cette demi^re ^poque, Charlemagne avait couronnd roi
d'Aquitaine son fils, encore enfant, Louis le D6bonnaire. D6s qu'il
fut en dge de gouvemer ses Etats par lui-m6me, le jeune prince
crut devoir s'attacher, avant tout, a remettre en honneur, an sein
du Clerg^ aquitain, Tancienne discipline, et avec elle la culture des
lettres, la liberty et la dignity du minist^re sacerdotal, que d'^tran-
ges abus avaient si gravement oompromises depuis plus de 50aDS.
Car il est pour TEglise des p^riodes malheureuses, ou des ministres
sans vocation divine, livr6s a tous les embarras du sifecle, semblent
avoir perdu le sentiment de leurs devoirs avec le souvenir de
la sainte mission qu'ils se sent donn^e. Mais ces temps de
honte, qui, sous nos derniers rois de la premiere race , avaient
suivi de prfes la violation de ses droits et de ses usages sd-
culaires par le pouvoir temporel, devaient ^tre imputes moms k
TEglise elle-m6me qu'k ses nombreux oppresseurs. Ce fut, en eflfet,
pendant Fagonie de la dynastie m^rovingienne, et principalemeqt
sous le gouvemement de Charles Martel, que les hommes de
(1) Inn. 398, can. xiy.
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^S/
— 481 —
gaerre, ayant envahi pour eax-m6me$, ou bien aa profit de leurs
enfanls, les benefices eccl^siastiques, disposerent a leur gr6 des
abbayes et des 6glises. Charles lui-mSme prenait les bieos des
6YSch6s et des moDasteres, et du fruit de ces sacrileges spolia-
tions il dotait ses hommes de guerre. Bien souvent, sans s^parer
les dignit^s eccl^siastiques des propriet^s qui s'y trouvaient atta-
chees, il donnait les unes et les autres, en recompense des services
nulitaires, a des hommes qui prenaient de la condition cldricale
le nom et la tonsure, mais qui en tout le reste demeuraient par-
faits guerriers, et tels qu'il les fallait a Martel (1). Cest ainsi,
disent les annalistes contemporains, que se forma de toute part un
nouveau Clerg6, sans discipline et sans Etudes, aussi m^prisable
par le d6bordement de ses moeurs que par son ignorance.
Ce torrent d^vastateur avait, sans doute, rencontrd une digue
dans les capitulaires et surtout dans T^nergique volenti de Char-
lemagne. Mais il fallait, de plus, une nouvelle organisation sur
toute retendue de son vaste Empire; et le roi d'Aquitaine eut
la mission rdparatrice de Top^rer dans notre Province. En peu
d'ann6es, la reforme fut complete; et mfime le progrfes des Etudes,
tant profanes que sacr^es, fut si rapide que le succes d^passa de
beaucoup les esperances du jeune monarque (2).
L'un des premiers r^sultats de xette heureuse transformation
aurait dfl 6tre, ce semble, pour la Novempopulanie, de retrouver
ses anciennes prerogatives de province eccl^siastique, dont Tinva-
sion des Sarrasins Tavait d6pmiill6e, vers 732, en ruinant son an-
tique m^tropole. II est vrai que, a Texemple d'un ^crivain moderne
dont r^rudition ne saurait 6tre mise en doute (3), nous pourrions
nous autoriser ici d'une ancienne notice de Fempire carlovingien,
qu'on fait remonter au commencement du ix« siecle, et dire, avec
son auteur, que notre Province avait d^ja, k cette ^poque, la ville
d'Auch pour m^tropole eccMsiastique.
(1) Faoriel, Hisloire de la Gaule m^ridionale, t. iif, p. 107.
(2) AsTRON. Vita Lodov. Pit, cap. xix.
(3) M. I'abb^ Faillon. Monuments inMits snr I'apostolat de Ste-Marie-Madeleine,
t. II, col. 24.
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— 482 —
Mais, comme Tauthenticit^ de ce document n'est pas a T^preuve
d'unesaine critique, et que, surce point, ilsemblerait 6tre en contra-
diction avec une autorit^ contemporaine d'ailleurs irrecusable (1),
nous admettrons plus volontiers que, dans Forganisation da nou-
veauroyaume, on aura rattacW, pour un temps, tous nos dioceses
aquitains k quelque si^ge sup^rieur assez voisin de celui (f Eauze.
C'est-k-dire que lejeune roi, d'accord avec le Pape, aurasanctionn^
de son autorit6 souveraine une d^pendance provisoire que le mal-
heur des temps avait rendue n^cessaire .
Quant k la designation du si^ge auquel se seraient raltach^s les
anciens suffragants d'Eauze, lliistoire garde le silence. P. Marca
semble croire, et le P. Tbomassin essays de d^montrer qu'ils
relevferent des archevfiques de Bordeaux; ce qui expliquerait
pourquoi certains titulaires de ce dernier si6ge s'attribuferent par-
fois, dans le moyen-^e, une sorte de superiority sur toutes les
B0ises de la Novempopulanie (2).
Quoi qu'il en soit de Fopinion de ces deux 6crivains, il nous paratt
incontestable que, du moins k la mort de Charlemagne, rienn'avait
encore ete definitivement regie. Car le testament de ce prince
partage le tresor imperial entre les metropoles de son vaste empire
et les designe par leur nom. Aix et Narbonne sont omises dans
renumeration, pour des motifs' dont la discussion est etrangfere k
notre sujet. Toutes les autres sont nommees, si ce n'est celle de la
Noyempopulanie. Eauze n'etait done plus, en 814, qu'unglorieux
souvenir dans lliistoire; el aucune autre ville n'avait pris sa place,
dans la troisifeme Aquitaine, comme chef-lieu de Tadministration
ecciesiastique.
Une exception analogue se fait remarquer environ quinze ans
phis tard, sous le premier successeur de Charlemagne. Dans la
di6te tenue k Aix-la-Clhapelle, sur la fin de Tannee 828, Wala,
abbe de Corbie, au diocese d'Amiens, avec cette liberte que sem-
blait lui donner sa quaUte de proche parent de Tempereur, avait
(1) Le testament de Charlemagne.
(3) Thomass. Discipl. eccl. Lib. i» chap, xxv.— Liv. xl et passim.
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— 483 —
port^ de grandes plaintes sur les abus que Ton disail r^gner de
toute part, en Occident, soil dans FEtat soit dans TEglise. PIu-
sieurs pr^lats et seigneurs, tant s^culiers qu'eccl6siastiques, en
avaient demand^ la repression avec Tabb^; et Louis le D^bonnaire,
dont la conscience 6tait fort delicate, avait reconnu, en pbine as-
sembl^e, qall pouvait bien s'dtre rendu coupable de negligence.
Afin de r^parer les torts qu'on lui imputait, il fit dresser, au sein
de la difete, divers capitulaires pour la reforme des abus, envoya
dans les provinces ces sortes de commissaires imperiaux qui sont
connus dans Thistoire de ces temps recul^s sous le nom de Mi$$i
Pominki, et donna Tordre de r6unir, Tannee suivante (829), dans
quatre villes diff^rentes, quatre Conciles, entre lesquels tous les
ev6ques de Tempire devraient se parlager. Les quatre villes d^sii-
gn^es sont cellesde Toulouse, de Mayence, de Lyon etde Paris (1 )•
Or, quatre m6tropolitains furent invites k se trouver au Concile
de Toqlouse avec leurs suffragants, savoir : Nothon, Bartheiemy,
Agiulpbe et Adalelme. Leurs sieges ne sont pas nomm6s dans Tacte
de convocation; mais qous savons par d'autres monuments que
Nothon etait archev^qqe d'Arles, que Barth61emy Tfitait de Nar-
bonne, et Agiulpbe de Bourges.
Quant k la mdtropole de }a Novempopulan|e, non-seulement la
missive de Louis le D^bonnaire n'en dit rien, mais, de plus, ^ucun
document ne fait connattre, avec certitude, le si^ge occup6 par
Adalelme, i la date de cette pifece. Dom C. de Vic et dom h Vais-
sette (2), et avec ces doctes b^nedictins, M. Al. du M^ge, dans
ses notes sur Thistoire du Languedoc (3), veulent que ce prelat fdt
alors archevSqued'Eauze.
Mais dans cette supposition, qu'il nous soitpermis de faire ob-
(1) L'histoire n'a conserve, jusqa'a nos joars, de ces quatre Conciles, que les
actes de celui de Paris, ouvert le 6 juin 829, dans I'^glise de Saint- Etienne-desGr^s,
de Gresiibus. II s'y trouva vingt-cinq dv^ques, dont quatre m^tropoli tains. 11 y fut
bttM des rdglements de reformation qu'on distribua en trois livres, el qui sont
pluldt des instructions tirdes do i'Ecriture, des P^res et des Conciles ant^rieurs, que
des Canons proprement dits. Le premier livre contient cinquante-qualre articles, le
deu&i^me treize, et lo troisidme vingt-sept.
(2) Hist, gMrale de Languedoc, in-S", tome I[» p. 202.
(3) Ibid., p. 443.
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— 484 —
server que Fempereur aurait convoque le titulaire de ce dernier
siege de pr^f^rence k Tarchevfiqae de Bordeaux, et que celte im-
portante mitropole n'aurait 6t^ representee dans aucun des qoatre
conciles; ce que les derniers edi tears du GaUia Christiana regar-
dent comme beaucoup moins vraisemblable. Aussi ont-ils placi
Adalelme dans le catalogue des Mdtropolitains de la deuiieme
Aquitaine. Et si Ton admetleur opinion, FEglise d'Auch se serait
encore trouvee confondue, en 829, avec tous les autres dioceses
de notre Province, sous la juridiction de Tarcheveque de Bordeaux,
quoi qu'en dise la notice de Tempire carlo vingien, mentionnee plas
haut. II ne faut done pas trop s'etonner que la chronique de Fon-
tenelle donne a cette demiere ville le titre de capitale de la No-
vempopulanie, jusqu'au milieu du ix« sifecle.
C'est, en eflfet, a cette epoque seulement que le jour se fait a
travers tant d'inextricables conjectures : Auch est definitivemeol
compteeaunombredesmetropoles. Empressons-nous, toutefois, de
reconnaitre que Fhistoire n'a pas conserve le rescrit pontifical par
lequel Rome eieva i cette dignite la cathedrale de Sainte-Marie.
Maisil est certain que la date de ce pr^cieux document n'a pas du
etre posterieure a Tannee 855 (1). Car un ecrivain duix« siecle,
Raban-Maur, eveque deMayence, mourutun an plus tard. Or, dans
un de ses ouvrages, qui a pour objet la vie des sceurs de Lazare,
il mentionne notre cite avec le titre de metropole : « Auscitana
metropolis, cum sua provincia Novempopulania. »
Quant au plus ancien document, emane de Rome et conserve
jusqu'a nos jours, qui suppose cette grave question resolue, il est
de 879 seulement. Le P. Labbe le cite dans la vie de Jean VIII,
au dixifeme volume des Conciles. Le jour des ides du mois de join
de cette annee (le 1 3), ce pape ecrita Eyrard, qui occupait alors le
siege d'Auch, dans Finteret des Eglises de la troisieme Aquitaine, et
il Fappelle archeveque : « Aux tres reverends et tres saints EjTard,
(1) Une coincidence bien digne de renoarque, c'est quo la m^me date est celle dc
la translation de notie cath^drale a la place definitive qu'elie a ton jours occupee
depnis celle ^poque.
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- 485 —
» archerdque; Inyolure, 6v6que de Comminges; Urainard, de Cous-
» serans; Sarstone, de Bigorre. »
Le souverain Pontife presse Eyrard de donner teas ses soins a
la r^forme des moeurs publiques, de r^primer surtoat les manages
incestueux, et de metlre un terme a la dilapidation des proprietes
eccldsiastiques, dont les seigneurs laiques se trouyaienl encore
g^n^ralement en possession.
Da reste, les exhortations que le pape adresse k rArcbevSqae
d'Auch regardent aossi les suffragants de la nouvelle m^tropole.
Mais nous ferons observer qu'il d^signe seulement les 6vdques de
Bigorre, de Cousserans et de Comminges. La succession se trou-
vait done encore interrompue dans les autres cit^ ^piscopales; et
cette lacune, d*ailleurs manifesto dans les series des FF. de Sainte-
Marthe, est une nouvelle confirmation de la vdracitS des chroni-
queurs. lis nous d^peignent les desastres qu'eurent k subir, apr^s
les generations qui avaient vu les temps du glorieux martyr St
Galactoire, les diocfeses de Lescar, de Dax, de Tarbes, d'Auch et
de quelques autres sieges de la Novempopulanie (1). 11 est mdme
^k remarquer que plusieurs de ces Eglises en etaient encore, long-
temps apres, a relever de tristes mines.
Ill
MoTempopulania
VETERES UNDEGIM GONTINENS DIQBGESES.
Sous le pontificat de Jean VllI^ la Province d'Auch ne comptait
encore que neuf suffragants, c'est-i-dire neuf 6v6ques relevant du
(1) Post obitam Beat! Galactorii, epUcopi (Lascarrensis) et martiris, exiit qusdam
gens Gundalorumt et deslmxit omnes civitales Vasconiae, et corpora sanctorum qu®
iovenit destnixit, et subvertit flammis^t igne. Inter has civilates qaa destruct® fae-
runl fait Aqnis, Lascurris, Ollorensis ecclesia, Tarbae, civilas Auxiensis, civitas
Elicina metropolitana, Cosorensis, Convenasi, Lactorense, Sociense, Basatense, La-
burdensi. Et sedes Vasconiae fuerunt in oblivione multis tempo ribus, quia nullus
episcopos in eas introivit. — E Cartul. Lascurrensi, lib. i, cap. ix, 8.
Eik propos de Tinvasion des Normandsdu milieu du ixc si6cle,leCartulaire
de Bigorre, d6crivant les ruinesfailcs par les Barbares, suspend le r6cit pour
s'^crier : a Tanla igitur confusio el pernicies repentfe universam Vasconum
praeoccupavil terrain, ut merito per omnia nosset coaequari miseris civitatibus
Judcaeet Jerusalem, quae temponbus Machabseorum exterminatae fuerunl.»
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— 486 —
m^ropolitaiD (1). Lews si^es, dont rorigi&e remonte, pour tons,
aux premiers sifecles du cbristianisme, sont inscrits daos Tordre
qui suit, sur les catalogues de Tabb^ Hugues du Terns (2) : Dax,
Lbctourb, ComKGES, CoussERANS, AiRE, Baza3> Tarbes, Olohon,
II ne saurait entrer dans notre plau de discuter les droits par-
ticuliers de chaque si^ge au rang que leur assigae ce docte ecri-
vain. Cest uue question d'histoire et de chronologie dont nous
abandonoons T^tude k d'autres plus hahiles. Le BuUetiQ ouvrirait
trbs Yolontiers ses colonnes a ces sortes de recherches, sans tou-
tefois assumer la respoosabilit^ des conclusions; car jusqu'ici
des hommes dont T^udition n'est pas suspecte n'ont 6pai^ ni
soins ni veilles pour dissiper les t^nfebres qui voilent I'origine
des dioceses de France. Et pourtant une myst^rieuse obscurity
d^robe encore k nos regards le berceau d'un itbs grand nonibre
d'Eglises. Nous inscrirons ici, avec Thistorien que nous venons de
citer, la plus ancienne date connue de nos difif^reots si6ges«
Eauze. — Du Terns naet St-Paterne en tdte des m^tropolitains
qui si^gferent k Eauze avant la ruine de cette ville, et il le
fait contemporain de I'apdtre de Toulouse, St-Saturnin (3). Ulai
donne ensuite douze successeurs, dont la s6rie se terminerait a
Pateme II. Or, ce dernier 6v£que vivait encore au moins en 662,
puisque, k cette date, il souscrivit, dans la cdlebre abbaye de
Corbie, une charte de privileges en quality de temoin.
AuGH. — Cithfere est regarde comme le successeur immidiat
de St-Taurin au si^ge d'Auch en 3J3. Mais il n'eut que le titre de
saffragant d'Eauze, puisque notre Eglise ne fut ^levee au rang de
m^tropole que vers le milieu du ix« sifecle.
Dax. — Gratren fut le premier successeur connu de St-Vincent,
apdtre de Dax, du moins avec date certaine. II assista au Conciie
d'Agde en 506.
(1; o Suflfragancus dicilur cijiscopiis uni archiepiscopo subdilos.* — Cap. Paslo-
raliSf de off. ordin. de foro compel, in Sexto.
(2) Le Clergi de France, t. i. de la page 388« a la page 546.
(3) Voir, plus haut, p. 45 cl 46.
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— 487 —
Lbgjouiii. *— Nous a'avoDs qqe cette mto^ date pour Yigile,
apr^s Heuterius qui fat rap6tre des Lactorates, & uoe ^poque de-
meur^ inconuue.
Ck)MiNGEs. — Hdme date encore pour Suavis, premier dv^ue
de Goaiinges doot le nom soit arrivd jusqu'i nous.
CoussERAKS. — St-Yal^re aurait sooscrit, comme 6vdqae de
GousseraoS) ea 451 , la lettre synodale que les ^v^ues du ir Con-
cile (Bcum^nique ^rivireut de Ghak^ine au pape St-Lton I«.
Cette lettre, qui porta la signature de plus de cinq cents M-
ques, ayait pour but de reodre compte au Souverain PoQtife de
tout ce qui venait de se faire dans le ConcilOi et de lui eo demaoder
la confirmation.
AniB. -^ Marcel fit souscrire, en 506, les Canons du Concile
d'Agde par un de ses clercs noound Pierre, qui le repr^ntait
dans cette sainte assemblee.
Bazas. — Sextilius fit souscrire en son nom par Pol^mius, a ce
mdme Concile.
Tarbes. — Aper fut aussi repr^sent6 k Agde par un da ses
clercs qui souscri^it au nom de son 6v6que.
Olorow. — St-Grat s'y trouvait en personne.
Lbscar. — St-Jnlien sidgeait k Lescar, en 407, d'apr&s un an-
den br^viaire de cett^ Eglise.
Tel e^ le rdsultat des 4tpdeB faites par Tabbd Hugues du Terns
sur Torigine des plus anciens dioceses de la Novepipopulanie*
Quant a celui de Bayonne, bien que le Labour fAl ^clairg, de
bonne heure, des lumi&res de I'Gvangile, plusieurs si^cles s'6cou-
lerent avant Arsias Racha> le premier 6v6que 6tabli sur le si6ge
de cette Eglise p^ur St-L6on, nouvel ap6tre de ces contr6es. Jusque-
la, r^v^que de Dax exer^ait sa juridiction sur tout le territoire des
Tarbelli. Or, Ptol^m^e T^rad, le long du golfe aquitanique, jus-
qu'aux Pyr6n^es; et Tibulle appelle aussi cette partie de la chaine
Tarbella Pyrence. Plusieurs documents attestent, en efifet, que la
Soule et le Labour n'ont forme un diocese a part que vers la fin
du XI* siMe. Oihenart, n6 dans le voisinage, et reconnu comme Je
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- 488 —
mieux fix6 des anciens g^ographes qui, depnis le P. Mongaillard,
ont traits de rAqoitaine, va jusqu'^ pr^iser la date. II Teat que
St-L6on, ^vdque r^onnaire de cette contr^e, y soit veno seolem^
sous Charles le Simple, c'est-k-dire de 893 k 898.
Quoi qu'il eo soit, Bayonne, dont le uom, stranger k tous te
monuments remains, ne figure dans lliistoire qu'^ partir de cette
dpoque, fut le si^ge dn nouveau diocese; et deux rescrits, 6fflan&
de Rome, nous font connaitre exactement ses anciennes limites,
d^finitivement arr^t^es par le Saint-Si^ge au xn« sifecle, en con-
firmation d'un travail de circonscription qu'avait pr6par6 Arsias
Racha, vers la fin du x«. Sur les donn6es que foumissent les res-
crits pontificaux, on se ferait une id^e exacte des anciennes limites
en ajoutant au diocfese actuel non-seulement les valines de Bastan
et de Lerin, qui, sous le rfegne de Philippe 11, furent rattach6es aa
diocese de Pampelune, mais encore toute la partie de Guipozcoa
qui s'6tend jusqu'i Saint-S^bastien (1 ).
G'est done vers la fin du x« siicle ou plutdt dans le courant da xip
seulement que se trouvferent dSfinitivement etablis les dix sieges
suffragants de la Novempopulanie, entre TOc^an, les Pyr6n6es et
la Garonne. Oi'henart affirme, il est vrai, que le Condomois etait
restd, pour le spirituel, sous la d^pendance des 6v6ques d'Agen.
Mais le P. Montgaillard fait observer avec raison que ce territoire,
se trouvant au sud de la Garonne, «est comme un ancien arrachement
» dela Province d'Auch. Car, — ajoute ce docte compilateur, —
» cette province auscitaine comprenait autrefois toute la Gascogne,
» prise en g^nSral, a Texception de tres petites fractions, qui ap-
» partenaient en partie au dioc6se de Toulouse et en partie a celui
• de Bordeaux. Aussi avait-on appel6 parfois Tarchevdque d'Auch
» archevfique de la Gascogne. »
F. CANfiTO, V. g. SAuch.
(1) Vallem quae dicitur Lapurdi; vallem quae dicitur Arberoa; vallem qam dicittir
Orsan; vallem quae dicitur Cizia; vallem quae dicitur Baigur; vallem quae dicitur
Bastan; vallem quae dicitur Lerin; vallem quae dicitur Lesseca; vallem quae dicitur
Ocarzu, usqnd ad Sanclum-Sebastianum. — Eescrit dn papo C^lestin III, dat^ de
Tan 1194.
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489 -
UN BON SOUVENIR DE COLLABORATION.
On a biea voulu nous signaler dans le Courrier de MarseiUe
les pages qu'on Ya lire. Elies reproduisent une courte mais bien
remarquable allocution prononc^e par M. Moet, en presence d'un
nombreux concours de magistrals, d*eccl6siastiques et de p6res de
famille, r^unis pour une fete scolaire.
Nomme inspecteur d'acad^mie, en residence a Auch» le 1 9
septambre 1855, M* Moet est passe, aamdme titre, le 27 joillet
dernier, k la residence de Marseille. L'avancement 6tait rapide et
tout k fait inattendu de celui qui en 6tait Fobjet. Mais ceux qui
connaissent le m^rite de M. Moet, et qui ont pu se rendre compte
du bien qu'il venait de faire au milieu de nous, a'ont vu, dans
cette nomination, qu'une juste recompense accord^e a des services
importants..
Le Comitd d'Histoire et d'Archedogie de notre Province a perdu,
en M. Moet, un collaborateur d6vou6, dontle jugementsur, T^ru-
dition profonde et variee, et la longue habitude des etudes litt^raires
furent, au d^but de nos communs travaux, une source f^conde
de bien utiles encouragements.
Toutefois, et malgr^ la distance qui nous s^pare, le Bulletin
ne sera pas oubli6 de M. Moet, au milieu de ses nouvelles occu-
pations. C'est Tesp^rance qu'il nous a laiss6e a son depart.
En attendant qu'elle se realise, nos lecteurs seront bien aise de
retrouver dans les pages suivantes la toucbante expression des
sentiments qui peuvent le mieux c^act^riser les vdritables amis
de I'enfance chr^tienne.
Messieurs,
St j'ai dteire la pr^idence de cette f^te scolaire, ce n'est pas seule-
ment par cette s>mpathie reconnaissante quo ressentent les amis de
Tcnfancfj pour ses religieux instituteurs; a ce sentiment que je portage
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— MO —
avec tou8 les magistrals de reDseigaemeDt, il 8*en joint chez moi on sa-
tre, si je puis le dire, plus personnel. N^ d'une famille d'ou est sortie h
mere du fondateur des ^coles chr^tiennes, portant ec moi un pea da
sang qui coulait dans see veines, tenant k grand honnenr ce lien de pa-
rents qui associe men nom obscur h Tun des grands noms de la Fraoee
et de TEglise, j'ai saisi avec joie Toccasion que m'offrait la solennit^ de
ce jour de t^moigner de mon culte fllial pour la sainte mtooire dn fe-
n^ble de La Salle, et de lui rendre, suivant mes (brces, un honunage pii*
bile. Non que je pr^tende raconter ici cette vie si pleine, dont le tableaa
demanderait un long discours; mais eo laissant k d'autresle detail de ses
actes et la glorification de ses vertus ^minentes, je voudrais simplement
faire appr^cier en pen de mots le service immense que lui doivent notre
patrie et le monde Chretien tout entier.
A I'^poque od il parut^ 11 y a deux si^es, rEgliee, dans sa Umirt
sollicitude pour la soci^t^ chr^tienne, semblait n'avoir rien IsissA kfm
au zile le plus ardent et k la charity la plus ingi^nieuse. Les ordres reli*
gieux r^paadus par tout Tunivers, diff^rant d'l^abit et de regie comma
d'objety mais unis par un commun esprit, se partageaient la tacbe
d'^clairer, de secourir les populations, de parer k leurs perils, de sob-
venir k leurs besoins, de remMler k leurs maux. Les uns portaient la
foi dans les contr^ lointaines, on la dtfendaient par leurs paroles et leurs
Merits oontre les assauts de Terreur; lea autres, dans leurs prMicatioos
famili^res, mettaient Tenseignement religieux k la port6e des plus sim-
ples. Ceux-ci d^fricbaient les regions inconnues de la science, comme
jadis les terres incultes; ceux-l& appelaient k eux les &mes fetigufes des
agitations de la vie, ou avides des &pres douceurs de la penitence. D'au-
tres encore se vouaient au soulagement des mtlades^ k Tassistanee des
voyageurs, auraebat des eaptlfs.
II y avait des consoiatioBS, des secours, des refuges pour touias les
conditions et pour tous les ⩾ Tepfance seule semblait avoir H& oo-
bli^e. Non qu'il n'y eCit d6s lors des colleges ouyerts aux b^ritiers de la
bourgeoisie et de la noblesse, et, ^ et \k, des ^coles od i'iostructioo
primaire se donnait k qui pouvaitla payer; mais quant aux pauvrespay-
sans des oampagnes, aox pauvres ouvriers des villas, quant k eette mul-
titude aux mille noms, dont la mis^re se cache au sein des grandeadt^
il n'y avait pas d'teole graluite pour recevoir leurs enfants, pas de mat-
tres cbaritables et d^sint6ress&s pour leur faire connaltre et aimer le
devoir, poor leur donner ces notions premieres indispensablesi tousles
hommes. Sans guide, sans appui, expose k toutes les chances d'one
Education de basard, livr^es aux conseils funestes du d^sosuvrement et
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— 491 —
aux ^rements de rigoorance, ces generations qui etaient le sang et le
nerf de la France, qui devaient peupler ses camps, remplir ses ateliers,
f^conder ses campagnes, grandissaient dans I'abandon et dans I'indifre-
rcnce, n'ayant d'autre enseignement que Texemplc et d'autre maltre que
I'iostinct. C'est h combler ce vide immense, h rdparer cet oubli des sii-
cles, h donner h la France cette chose si humble de nom, si grande de
sens, Tinstruction primaire, mais en y attachant oe caract^re de gratuity
qui seul, alors^ la rendait possible; c'est h cette oeuvre, dis-Je, que le ve-
nerable de La Salle devoua sa vie, qu'il sacrifla ses biens, sa sante, les
honneurset les avantages que lui ofthdt le monde.
II pouvait, dans les paisibtes loisirs d*un canonical, passer k Tombre
dn sanctuaire une vie de priere et d'etude; il pouvait trouver dans les
rangs du clerge militant de quoi eiercer son zile pour le bien des ftroes ;
mais il vit des milHers d'enfants errer dans les rues et sur les places, li-
vrant h lous les soufOes du dehors les germes precieux de leur intelli-
gence et la fleur de leur innocence native ; il les vft attendant qu*une
main paternelle vfnt Ics prendre pour leur ouvrir un asfle, qu'une parole
amie vtnt leor offrir des loQons que ne pouvait acheter leur indigence; ^t
fl quitta tout pourrepondre an muet appel deces jeunesftmes deiaissees.
Fotider des ecoles gratuttes en les um^ssant par le lien d'une meme ins-^
piration religieuse el d'une loi commune, ce flit des lors la pensee de
sa vle^ Timique objet de ses efforts. Pour le secodder dans cette tftche,
U diercha, !1 trouva des hommes humbles et pauvres comme lui, deta-
ches comme lui des joies de la terre, attendant seulement de la charite
privee on de la munificence des communes un abri, des vetements, do
pain, n les vonlut affranchis des devoirs absorbants du sacerdoce pour
qu'ils fussent tout entiers k leur mission speciale ; mais il les forma en
un corps pour sgouter k renergie des efforts indlviduels la puissance de
Tesprit de fomille ; il leur imposa des voeux, afin de les defendre contre
leur propre inconstance; il leur donna un habit pour etre k eux-memes
et aux autres le signe visible de teurs engagements et le symbole deleur
union ; enfln, il leur dicta une regie qui leor fUt k la fois un frehi et un
guide, qui les preserv&t et des t&tonnements de Tinexperience et des
hearts du caprice.
Non moins altentif k former de bons instltuteurs que des reh'gieux
austeres, 11 fiiisait la classe avec ses disciples ; il leur montrait par son
exemple comment il ftiot se hire petit pour etre eompris et aime des
petfts, comment par la douceur et la patience, par la simplicite et la va*
rieie des lecons Tlnstruotion devient attrayante sans cesser d'etre
serieose, comment ento, en groQpant les elites suivant Vkge et TintcH-
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— 492 —
ligence, renseigoeineot, au lieu de prendre chacufi tour k tour, peut
s'adresser a tous k la fois, en sorte qu'il suflise d'un maitre pour oon-
duire une classe nombreuse. Ainsi faQonn^ par ses solas et d'apr^ ses
maximes, lorsque enfln il les envoyait ouvrir uae 6cole dans quelque cit£
lointaine, ce n'^tait pas pour les livrer k eux-m^mes; il les dirigeait in-
cessamment par ses letlres et souvent il franchissait, k pied, de grandes
distances pour leur apporterla consolation desa vueet le secoursde ses
cooseils, pour les raffermir s'ils faiblissaient, les ramener s'ils s'dga-
raient, les remplacer m^me s'ils succombaient. II continua ainsi pen-
dant quarante ans, k travers les railleries des hommes frivoles, I'inat-
tention ou led^ain dela foule, ledoute on le bl&me des sages du si^cle,
les injures m^me d'une multitude ingrate, acceptant toutes ces ^preuves
comme dos gr&ces divines, et marchant avec la noble s^renit6 des gran-
des kmes, avcc la pieuse eonfiance des ap6tre8, vers le but que la Pro-
vidence lui avait marqu^.
Que de fois il vitp^rir entre ses mains ses cr^tions les plus chores,
tant6t par de sourdes intrigues ou des oppositions ouvertes, tantot par
des defections impr^vues^ tant6t par la lente et dissolvante action de la
mis^re; et toujours il pers^v^ra, sans d^faillance, sans hteitation, sans
plainte, soutenu par cette ardente charity qui, presque dans le mdme
temps, enflammait T&me de Saint-Vincent-de-Paul. Saint-yioceni*de-
Paul, de La Salle, deux noms unis et fr^res, et cependant, par un caprice
de Topinion, plac^ k un degr^ different dans Tadmiration des hommes I
L'un fonde les hospices des enfants trouv^s, Tautre, les teoles gratuites.
L'un, comme une tendre m6re, recueille sous son aile de faiMes et inno-
centes crtotures, abandonn^es avant lui k la mis^re et k la mort; I'autre,
comme son divin maitre, appelleii lui les petits enfants, dissipeles t6ni-
bres de leur esprit^ 6claire leur conscience incertaine. Yincent-de-Paul,
par ronctionp^n^rante de sa parole, amoUit et entr'ouvre les &mes les
plus dures et les ^panche en flots d'abondantes largesses. De la Salle,
sans ces triomphes de T^oquence du coeur, sans ces ^lans de la charity
j^ublique, multiplie ses teoles et les soutient presque sans secours hu-
main, par la seule force d'une humble et h^roique perseverance.
Mais Tun meurtpaisible, entourede regrets et d'hommages^ et sa mort
est un deuil pour I'Eglise; Tautre succombe aux soucis et aux fatigues,
abreuve de degodts, m^connu par un monde frivole, persecute par une
faction puissante, soupconne m^me dans la purete de ses vues. Ne le
plaignons pas, toutefois, Messieurs; ces epreuves passs^^res de sa vie
mortelle, ce n'est pas seulement le lot ambitionne par le Chretien; c'est
la loi de ce monde, c'est le prix auquel tout ce qu'il y a de grand se ton.
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— 493 —
de icihas. Que manque-t-il aujourd'hui au v6n^rable de La Salle ?D'a-
C-\\ pas r^Q8si m^me aa-del& de ses d&irs, puisque sa m^moire rayonne
de cette gloire humaioe dont son humility se fot alarm^e ? Son institut,
cette partie toiyours vivante de lui-m6me, couvre maintenant la face
damondecatholique; son nom, d^ii propose par TEgliseli la v&ieration
des fiddles, recevra blent6t peut-^tre ce caraet^re de saintetd que d^
Topinion lui attache; sa r^le, parmi tant de cbangements d'idtes et de
moBurs, subsiste inviolable et sacrte, et son image, partoutpr^ntedans
les Ecolea chr^tiennes, semble fixer un oeil satisfoit sur ces enfants qu'il
a tant aim^.
Humbles imitateurs de ses vertus, z(A6s conlinuateurs de son OBuvre,
religieux d^ositaires des traditions qu'il a fondtes, vous 6tes, mes Fri-
res, les vrais fils spirituels du v^n^rable de La Salle, puisque tous le foites
revivre parmi nous. Et s'il revenait sur cette terre, il trouverait ici ce
qu'il avait r^v^: toutun peuple d'enfants attentifs aux lemons de mattres
aim& et respect^; partout Tordre, le silence, le travail r^l^, Tob^is-
sance empress^ et joyeuse; Tinstruction habilement vari^e, gradute
avec discernement, dispense avec mesure, tout d^rivant de la religion
et s'y rapportant; des ^les, enfln, ou Ton accourt hvet joie, et d*oik
I'on s'^loigne avec regret^ parce qu'on y trouve, avec les tendres soins
de la famille, cette nourriture de Tesprit et de Tftme que la famille ne
peut donner. Institution admirable, vraiment cbr^tienne et franQaise, et
qui, comme toutes lesgrandes choses, n'a pasrooins produit en dehors
d'elle par la vertu de son exemple qu'en elle-m^me par sa f(^ndit^ puis*
sante. N'est-ce pas, en effet, en s'inspirant de la pens^e de votre saint
fondateur que tant d'autres instituts se sent you6s comme vous k Yi-
ducation populaire, et que la soci^t^ civile a tiri de son sein ces vaillantes
l^ons d'instituteurs qui portent les connaissances61^mentairesjusqu*au
fond des campagnes les plus recul^? G'est ainsi que le bien s'op^re par
le concours et T^mulation des elforts, et que, ^ans cette tAcbe immense
et sans cesse renaissante de Tinstruction primairOi il y a place pour
toutes les vocations et pour tousles d^vouements.
Jouissez, mes Fr^res, dela belle part que vous fait dans cette oeuvre la
conflance publique. Plus heureux que votre fondateur, vous n'avez pas
a lutter contre des doutes injustes oudes defiances blessantes; la pers^
v^rance de votre z6ie et T^vidence de vos services ont depuis longtemps
d^sarm^ les pr^jugSs. Continuez done h suivre cette voie d^sormais
aplanie et oix tout vous accueille et vous seconde. Continuez h former
les enfants de cette grande cit6 dans Tamour du bien, dans la pra-
tique des vertus chr^tiennes et civiles, dans le modeste apprcntlssage
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— 494 -
de ce qa'il importe k tous de connattre. E( s'il peat y avoir sor cette
terre de digaes recompenses pour un d^voueroent comme le v6ire*,
croyez que la tendre affection de ces enfants, la vfo^ration de ces
fomilles, les sympathies de cette ville si (clair^e et si g^oereuse, la
reconnaissance, enfln, de rUniversil^ qui tronve en vous de si pr^eux
auxiiiaires, ne vous manquerontpas.
ENSEIGNEMENT LAPIDAIRE
Cirav^ sar wb marbre €em mines de iP^rm^p^Umy ei Iradali de l*Ar»ibe
par un MUwleBBalre.
DiCM
f6if
didt
•dt
dldt
Bo&exfedlt.
Facias
potes
faoit
potest
facit
non coarenit.
Credas
aodU
credit
aadit
credit
Ei^Mias
habfli
eipeDdil
kabit
fi»e»Ut
Ml Wat.
iQdiCM
TldM
jQdicat
TUet
JQdleat
DOB est.
Non
qaodcamqie
nam qui
s.pd
quod
Ce qui pent se traduire :
I. Nb D18PA8TOUT CB QUB TO 8A18. Gar qoi dit tottt 06 qo'll sait, ditsonvent
ce qu'ii devrait taire.
II. Nb pais PA8 TOUT CB QUB TU PBUX. Gar qui fait toot ce qu'ii pern, fut ton-
vent ce qai ne convient pas.
III. Nk crois pas toot CB QUE TU BNTEND8. Car qui croit tout ce qn'il en-
tend, croit soovent ce qui est impossible.
rv. Nb tb tantb pas db tout cb qub tu as. Gar qui se Tante de tovt ce
qu'il a, 86 vanle souvent de ce qu'il n'a pas.
V. Ne JUGR8 PAS TOUT CB QUE TU YOiS. Car qui joge tout ce qu'il voit, joge
souvent ce qui n'est pas.
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I
— 496 -
VOCABULAIRE
DES TERMES LES PLUS USIT£S DANS l'£TUDE DES MONUMENTS GHRfiTIENS.
{Suite.J (1)
ARCHIVES, s. f. On peut entendre ^galement par ce mot, et
les anciens titres manoscrits, et le lieu qui les renferme, mis en
ordre pour les conserver. Le savant b^nMctin, dom de Yaisnes,
enseigne que Fid^e la plus commune est restreinte k oette demi^re
signification, rendue, dans le moyen-dge, par les mots : archivum,
armarium, chartarium, chartidariumy etc., etc. On s'est servi
^alement des mots sacrariumy sanctuarium et autres semblables,
parce que le m6me d6p6t donnait tr^s souvent asile, dans les mo-
nast^res et dans les ^glises, au tr6sor des 6hartes et k celui des
saintes reliques.
A toutes les ^poques, on retrouve des traces du soin avec lequel
se tenaient les archives, m£me s^cuU^res. Toutefois, ces derniferes
furent, en g6n^ral, ou plus ndglig6es ou plus exposees sous la
surveillance des archivistes publics; et c'est ce qui a donnd, dans
les si^cles antdrieurs, une grande superiority aux archives eccl6-
siastiques, avec la reputation d'hnportance et d'authenticit^ dont
ellesjouissent denos jours.
En France, les plus modestes ^glises avaient anciennement
leurs archives; mais pour un trhs grand nombre, beaucoup de
titres, ant^rieurs au xvi*" si^cle, ont p^ri au milieu des troubles
religieux et politiques de cette malheureuse dpoque (2). Avant
(1) Voir, pins haat, p. 75 et 335.
(2) « Durant lesd guerres la plus grande et meilheore partie des doenments dad
pays out ^t^ e^arcs, bniles, perdens et emportes, etc.^ etc.» Cette plaiiite de Tln-
ventaire des archives de Blgorre, formoMe en 1643, n'est qn'oo dcho bien affaibK de
toQtes celies qui se firent entendre dans notre Midi, de 1561 k 1595.
34
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1790, ces prScieux depdts ^taieut ordinairemeDt 4tablis dans la
m^me enceiDte que la sacristie; et c'est de la que leur venait le
nom commuQ de sacrariumy qui peut s'eDtendre aussi da
saactuaire propremeat dit.
Si r^glise 6tait une coU^giale, c'est-k-dire si elle avait un col-
lege de prdtres ou chapitre plus ou moins important, mSme e&
dehors des cath6drales, les archives ^taient plus considerables,
annex6es a T^glise, bdties et votltees avec un trfes grand soin. Cest
ainsi que le xiv« si^cle Favait entendu a LaRoumieu, par exemple,
oil la fondation du cardinal d'Aux consacra aux archives une 616-
gante et magnifique tour, vers 1320. Nous dirons en passant que
sa conservation ne fait pas moins d'honneur que celle de leor
6gUse aux habitants de cette int^ressante locaUt6, si riche de
souvenirs historiques. Le rez-de-chauss6e fut toujours la sacristie
proprement dite. Sur la premiere voi&te se tenaient les reunions
capitulaires des douze chapelains qui composerent, jusqu'en 1 790,
le personnel de cette belle coUegiale. Sur la deuxieme 6tait le
d6p6t des titres et des reliques. Sur la troisieme, enfin, un
belvedere a huit grandes ogives g6min6es servait a I'innocente
distraction des chapelains, qui, de ce point tres elev6, voyaient se
d^velopper un magnifique panorama d'une 6tendue considerable.
ARCHIVOLTE, s. f. Ce mot d^signe le bandeau orne de mou-
lures qui rfegne k la tSte des claveaux d'une arcade dont elle suit
le contour.
La partie inf^rieure, ou intrados des arcades, qui doit reposer
sur le cintre en charpente, pendant la pose des claveaux, est
toujours lisse. Les ornements de moulures ou de scupltures ne
d6corent que leur parement ant^rieur. Ces ornements varient
selon repoque et Fimportance de Farcade archivoltee. Trfes sim-
ples dans le style romian du xv sifecle, les archi voltes deviennent
toujours plus riches jusqu'au xvi®, surtout aux principales en-
tt&es de Fedifice religieux, ou on les trouve garnies de plusieurs
rangs de statuettes.
Les arcades sont ordinairement archivolt^es sur les colonnes
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des cloitres; sor les piles ac, bd, A C, B D qui limitent les tra-
v^es (fig. 1 et 2 de la planche II); sur celles qui s^parent les
nefs; au couronnement des portes a plein cintre (fig. 6), k ogive
(fig. 9) demSme qu'a celui des feudtres (fig. 1 0).
On appelle archivoUe retoumie celle dont les moulures, arri-
ves a la naissauce de Tarcade, font un retour et courent horizon-
talement; ce qui s'observe ordinairement dans les monuments k
plein-cintre, et aussi dans ceux de la premiere pdriode ogivale.
ARC TRIOMPHAL, s. m. Grand portique public, consacr^,
chez les anciens, par la reconnaissance et souvent par Tadu-
lation, a la gloire de quelque c^l^bre personnage qui dtait censd
m^riter cet honneur. Les Romains invent^rent ces sortes de mo-
numents qu'ils ^rigeaient sur la voie publique, sur les ponts, oa
k Fentr^e des yilles.
Uart chr6tien a donn6 ce m£me nom d*Arc triompAoi & Farcade
qui couronne Fentr^e des choeurs, ou m6me celle des plus mo-
destes sanctuaires. Dans les 6glises de la pSriode romane il est
moins 61eY6 que les arcs-doubleaux de la nef. Ce mdme caract^re
se retrouve, par fois, dans les si^cles suivants, ainsi qu'on le voit k
F^glise de Mirande, par exemple, ou une grande rosace s'ouvre
dans le plein-mur qui s'dlive au-dessus de Fare triomphal; dans
celle de Marciac, od trois grandes ogives tiennent la place de cette
rosace, etc., etc. Ailleurs, aucune ouverture no donne passage a
la lumifere, entre la grande voAte et Fare triomphal, comme &
Fleurance, k Saint-Cr^ac, a Beaumarches, k Flaran, k Tillac, a
Yalcabr^re, a Saint-Savin, k Morlaas et autres Sglises fort nom-
breuses de notre ancienne Province.
Cette arcade, dont la basilique paienne fournissait elle-m£me le
type, a Fentr^e du sanctuaire de la justice humaine, fut done
consid6r^e, d^s le iv« sifecle de notre &re, comme Fare du triomphe
remport^ sur Fennemi du genre humain par le Christ vainqueur au
sommet du Calvaire. La liturgie lui donna le nom de Samt Portique,
OQ porte sainte, Tporta sancta, en tant qu'elle ouvrait sur Fenceinte
r6serv6e au tr6ne du Christ qui r&gne sur la terre comme dans le
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Giel. Ce tr6ne fut Fautel, d'abord unique daus le temple, d'ou le
Christ souverain dicta ses volont^s k TEglise militante, repr^sentfe
dans les nefs par Fassembl^e des fidfeles. Et des lors on put
inscrire en toute v6rit6, sur le contour de cette arcade, la devise
si longtemps chfere aux dges de foi : XPS V ; XPS R \ XPS I;
le Christ est vainqueur; c'est lui qui regne et qui gouveme.
Llconostase en Orient, ou le Cancel en Occident, fut la myste-
rieuse barri^re qui, dress^e sous Fare de triomphe, d^roba la voe
du Saint des Saints, k Tinstar du temple figuratif de FancieDDe
Alliance. En sorte que le regard des fiddles ne pouvait y p6n6trer
que par la porte, et encore a partir du moment solennel ou les
tentures ^taient repli^es k Knt^rieur.
Vers la seconde moiti6 du xii* sifecle, cette enceinte resenie
prenant de Fextension au detriment de la nei centrale cessa. d'etre
uniquement un chevet en h^micycle, avec coupole et avant-coupole
dans sa vodte en cul-de-four. Dans la direction de Fentre-colonne-
ment qui s6pare les trois nefs de Fest k Fouest (1 ), on empifeta sur
les parties droites de Fidifice; on bAtit un choeur allongg, qui,
se d^tachant de Fhtoicycle, laissa les nefs lat^rales se prolonger
k Fest du transsept, pour se rejoindre en dearabulatoire entre la
nouvelle construction et le sancluaire primitif , transform^ en cha-
pelle terminale. Le choeur devint ainsi comme un oratoire ri-
serv6, occupant, entre le transsept "et Fextr^mit^ du grand axe, la
plus grande partie dii chevet; il fut de plus entiferement clos, de
mdme que dans les Ages ant^rieurs se trouvait enti^rement cl6tnr6,
sous Fare triomphal, le sanctuaire plus restreint des premiers
siecles de notre bre.
Par une consequence n^cessaire de cette importante modifica-
tion dans le plan general d6s 6glises, Fare doubleau qui couronna
Fentr^e du choeur fut d^sormais Farcade triomphale; et le Jab^
se confondit, sous cette arcade, avec la cl6ture occidental du nou-
veau Saint des Saints.
(1) L'L'difico est suppose impojlant el orient^.
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— 499 —
Cette disposition g^n6rale da chevet semblerait avoir commence
par les ^glises monastiques, ou le grand nombre des religieux de-
mandait un choeur tr^s ^tendu. «L'assistancedes fidMes — dita ce
propos M. Violiet-Le-Duc (i ) — n'^tait ici qu'accessoire; les religieux
enferm^s dans le choeur n'^taient pas ht ne devaient pas 6tre vus
de la nef. Les fiddles entendaient leurs chants, voyaient les clercs
months sur le jube pour lire T^pitre et T^vangile, et ne pouvaient
apercevoir Tautel qa'au travers de la porte du jub6, lorsque le voile
6tait tir6> ... ^Pendant la seconde moiti^ du xiii« sifecle, on 6tablit
aussi dans les cath^drales, d'aborddes jub^s en avant des choeurs,
puis, bient6t aprfes, des cldtures hautes parfaitement ferm6es,
prot^geant des rang^es de stalies fixes, gamies de hauts dossiers
avec dais. Les chanoines furent ainsi chez eux dans les cath^drales,
comme les religieux cloitres etaient chez eux dans les eglises monas-
tiques.» .... aLe maitre-auteletaitplac^au centre deFh^micycle, et
TevSque assistant prenait sa place au bas du choeur, qui ^tait alors
la place honorable. Les officiers s'asseyaient adroite et a gauche,
suivant leurs dignit^s, les derniers plus pres du sanctuaire, cette
disposition se prStant mieux que toute autre aux c^r6monies(2).»
Cestce plan g^n^ral de Fenceinte r6serv6e qui fut exactement
reproduit a Sainte-Marie d'Auch, dans la premiere moiti6 du xvi«
siecle, selon la pratique universeliement suivie, surtout depuis le
xiu«. Le chapitre 6tait alors encore un college r^gulier, c'est-a-dire
soumis a la vie ciaustrale, sous la regie de St Augustin; et les
offices r^clamaient la cl&ture, avec la m^me s6v^rit6 que ceux de
la vie monastique.
Secularises en 1550 par une bulle de Jules III, nos chanoines
n'en conserverent pas moins, dans toute son int^grite, la belle cl6-
ture en boiseries qui venait alors de s'achever; et pour laproteger
(1) Dictionn. raisonnd de I'archilecture francaise. — Au mot Chgbur.
(2) Disons-le done sans detour : c'est faire par trop bon marchd des traditions
liturgiques que d'dcrire r(^soliinient au\ v^ritables mattres, aux hommes les plus
comp^tODts 00 CCS sorles de matidres : « transporter rancien si6go episcopal ct le
si^ge comlal a cdt^du mattre-anlol. »
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— 600 —
k roccident d'crne mani^re plus complete, ils arr^t^rent, som
Monseigneur Dominique De Vic, en 1 661 , le plan d'un juW en
pierre, dont la construction ne fut achevde que sous Monseigneiir
de La Mothe-Houdancourt, en 1670.
A cette derni^re date, Fesprit de prStendue r^forme avait deji
depuislongtemps souffle en Angleterre des modifications sacril^es
dans lacldture occidentale des choeurs. Les belles croix da Rooi-
Screen (1 ), dont Fare triomphal 6tait comme le nimbe immense,
avaient 6t6 bris^es par les nouveaux iconoclastes; et mdme quel-
ques rares jub^s avaient 616 abattus, sans que la France edt encore
imit^ ces funestes exemples. Toutefois, nos voisius d'OuU-e-Man-
che s'^taient bien vite ravises; et k partir de ce prompt retour k
des id6es plus saines, les cldtures occidentales des choeors, bien
que dSpouill^es de leurs croix et de leurs saintes images, forent
partout conserv6es. Les architectes anglais 6taient d'ailleurs per-
suades que le buffet d'oi^e ne pouvait figurer nulle part aus^
convenablement qn'k la tribune du jub^; et par cette seole consi-
deration, tout a fait etrang^re aux traditions des premiers ^es, qoe
la R^forme ne leur permettait plus de respecter, ils laiss^rent de-
bout, dans les cI6tures occidentales, de vrais chefs-d'oeuyre d'art
Chretien dont le catholicisme avait dote leurs belles cathedrales.
Nous avons A6]k fait observer que M. Smith (2) juge cette idee
bonne. II s'applaudit d'en retrouver Fapplication « mdme daos
quelques eglises d'Allemagne;« il aurait pu ajouter, tout anssi
bien, de Belgique et aiitres lieux. Mais il est permis de n'etre pas
enti^rement de son avis, quand il s'agit de prendre, pour Fern-
placement du grand orgue, un parti definitif entre le jube et
le mur pignon occidental. Cette demi^re place a eu, d'apres
M. Smith lui-meme, plus generalement la preference, parce qu'elle
presente beaucoup moins d'mconvenients que celle que Fon donne,
surtout en Angleterre, a un meuble de cette dimension, en le
fixant au centre de Fare triomphal.
(1) Voir, plus haot, p. 452 et suivantes .
[2) Voir, plus haul, p. 456.
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— 504 —
II estvraiqae, dans ce dernier cas, «on se dispense d'encom-
» brer Tenlr^e du temple, de masquer, comme nous le faisons
» presque partoiUy Tinterieur du pignon occidental par une cons-
» truction postiche et sans aucun rapport avec Farchitecture de
> Teglise.^ Mais, n'en d^plaise k notre savant contradicteur, il est
bien autrement disgracieux encore de masquer Taspect du chevet,
en Tencombrant sur presque toute sa largeur par une aussi lourde
masse, dont les formes et Tagencement n'absorbent pas moins que,
le volume les regards des fiddles r^unis dans les trois nefs? D'ail-
leurs, un exemple recent prouve a merveiUe qu'il est facile de
laisser tout son d6gagement a TentrSe du pignon occidental, malgr6
la presence du grand orgue, et de mettre la tribune ou doit figurer
cet instrument en parfaite harmonie avec le style de T^difice. Ce
problfeme vient d'etre admirablement r^solu, par M. Gh. Laisn^,
architecte de I'Etat, a Saint-Eustache, Tune des 6glises les plus
importantes de Paris.
Mais, lorsqu'il n'est question que de Foi^ue d'accompagnement,
ses grandes lignes, vu qu'elles sont beaucoup plus r6duites, peu-
vent bien mieux sliarmoniser avec tout ce qui Fentoure au milieu
du Rood-Screen. Et, d'aiUeurs, la repugnance que Fon ^prouverait,
a tort ou k raison, k prendre ce dernier parti, doit bien c^der a
la necessity, lorsque cette place r^unit plus que toute autre,
coQune a la cath^drale d'Auch, par exemple, les meilleures con-
ditions du service que Fon attend de cet instrument. Seulement,
il serait fort strange que, mdme dans ce dernier cas, il pAt dtre
Fobjet d'une critique s^rieuse, par d^faut d'ampleur exag^r^e dans
ses diverses proportions.
Cette difficult^, du reste, ne pouvait pas se presenter, au
moyen-^e, dans les eglises de mediocre importance, ou Fonn'avait
g^n^ralemeni a se pr^occuper ni de grand, ni de petit orgue. On
demeurait done parfaitement libre d'isoler et de mettre en com-
plete Evidence la croix du Rood-Screen. Aussi avait-elle invaria-
blement la place d'honneur au centre de Ja grande courbe qui lui
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— 50« —
servait d'arc de triomphe. A FeDtr^e da saDctuaire d'an grand
nombre de TieiUes ^glises, surtout de la p^iode roodane, on re-
trouve assezsoaventla trace d'un ancien scellement de la traverse
en bois ou en m^tal, qui aatrefois occupait cette place, dans la
direction da diamitre horizoDtal : c'^tait ce qne M. YioUetrLe-Dac
appelle, avec qaelques litargistes, la trabes ou ^abs de nos ^lises
primitives. Aa milieu de cette pi6ce de bois, de fer ou de cuivre,
se dressait la hampe d'une croix de Screen. Et si la fleche de son
arc de triomphe dtait assez ^levto pour donner au trophSe da
Christ vainqueur de plus amples proportions, la croix, fix6e a la
traverse par sa base, se rattachait a Tintradod de cet arc, au
moyen d'une chaine dont Tanneau, scelld a la pierre, se retrouve
encore Uen souvent sous la d^. L'intrados de Tarcade et le mur
qui la domine, aussi richement d^cord que les ressources de la
fabrique pouvaient le permettre, offraient ordinairemwt au regard
des fiddles r^unis dans la nef des peintures religieuses doDt les
sujels suivaient la direction de la courbe (1). Enfin, a droite et
k gauche de sa retoo^e, nn syst^me de petits chandeliers etait
fix6 sur la traverse qui portait la base de la croix; et, dans les
grands jours de solennitds religieuses, cette partie de Tare triom-
phal se cottvrait de flambeaux allum^s, en signe d'all^resse
pnblique.
Plus bas, et tonjours dans le plan vertical de Tare de triomphe,
Tentr^e du sanctuaire i^tait cl6tur6e par une balustrade de com-
munion, la seule chose qui nous reste gto^ralement de ce majes-
tueux appareil triomphal. Mais quand les ressources devenaimt
assez abondantes, on ^levait a cette place, sur un simple mur d'^
pui, la haute grille m^tallique connue dans Tancienne llturgie sous
le nom de Caned de la Croico, pour les motifs exposes ci-dessus.
La plupart de ces cldtures, bien autrement modestes que les
(1) Ces anciennes pointarcs ne sont pas encoro torn k fait all^r^es, do moins a
I'intrados de Tare triomphal de Tint^ressaDte 6gUse romane de Saint-Cr^ac, canton
de Saint-CIar.— A Lnchon, M. Romain Gases, dont nous avons d^ja parl^ (p. 64),
les a retablies dans ces demises ann^es, on s'inspirant, pour le choix des sujeU,
des Litanies de la Sainte Yierge.
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— 603 —
Rood-Screen des Edifices importaDts, ont dispara vers la fin do
dernier siMe. Dans nos contrSes, les ^glises romanes de Saint-
Aventin pr6s de Luchon, et de Sarrancolin dans la valine d'Aure,
sont du tr^s petit nombre de celles qui ont su respecter ce monu-
ment traditionnel de nos 4ges de foi. Le cancel de cette derniire
est en fer battu, dor^ sur plusieurs points et soigneusement ouvr6
dans le goAt du xvi« sifecle. Une belle croix domine la porte vers
le milieu de Tare triomphal; et une petite chaire, ^galement en
fer battu, fait l^gerement saillie a droite, en dehors du sanctuaire,
comme pour rappeler, a cette place, Fambon des premiers 4ges,
transform^ un pen plus tard en splendide jub^ dans les grandes
^lises monastiquesou dpiscopales (1).
L'^se de Sarrancolin, b&tie en forme de croix grecque, vers
la fin du w^ si^cle, est bien, sans nul doute^ de provenance b^n6-
dictine. Mais son titulaire n'^tait qu'un simple Prieur, sous I'obd-
dience de Tabb^ de Simorre. Et malgr6 F^tendue de ses domaines,
que Ton dit avoir 6t6 considerables, il n'eut jamais la pretention
de donner k FArc de triomphe de son modeste choeur conventuel
les magnifiques dehors d'une cldture abbatiale.
ARDOISE, s. f. Ce schiste lamelleux, que tout le monde con-
nait bien dans nos regions sous-pyrenSennes, a servide tout temps,
soit comme moellon dans la construction des murs, soit comme
cl6ture, soit pour daller Finterieur des habitations, soit, enfin, pour
les convrir. Nous en dironsici quelquesmots, seulement pour cette
demifere fagon d'utiliser les arddises dans les toitures d'^glise,
pr^ferablement surtout a la tuile k canal.
La terre cuite, si elle n'est pas verniss^e, se charge, g^nerale-
ment parlant, de son huiti^me de poids d'eau; et de plus, s^chant
lentement, elle laisse pen a pen Fhumidite pdn^trer les charpentes.
L'ardoise, au contraire, ne s'lmpr^gne pas d'une quantite d'eau
appreciable; encore laisse-t-elle rapidement evaporer celle qui
(1) Le Cancel de Saint-Aventin nous a paru, sauf errcur, remonter au xiiie sid-
cle. Nous n'entreprendrons pas de le d^rire ici, vu le grand nombre d'^lises qui
conservent dgalement lenr modeste cloture occidentale dans le Midi, et qui auraient
par consequent le mdme droit a des details aaaiogues.
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— 604 —
tombe sur sa surface. Cette difference de r^sultat, tonte k Tavantage
de Tardoise, explique son emploi presque g^ndral pour les Edifices
de quelque importance.
Jusqu'a la fin du xii« siecle, on ne donnait gu^re k la forme des
combles une pente sup^rieure a quarante-cinq degr^s, ce qui est la
pente la plus raide pour la tuile k canal. Mais on crut, dans la
suite, pouvoir augmenter Facuit^ des combles destines a Atre con-
verts en ardoise; et m^me on diminua la force des grosses pitoes
de charpenle, par un principe bien entendu de sage economie.
Afin de r^unir, dans Tensemble, de bonnes conditions de solidile,
cbaque ardoise doit se fixer par deux clous au moius sur la volige
ou le lattis. Le couvreurdoit, en outre, les superposer de manifere
k laisser une portion visible ^gale au plus, pour chaque pi&ce, aa
tiers de sa hauteur — efcette rfegle est la m6me pour la tuile. —
C'est ainsi qu'une couverture en ardoise assez ^paisse, sur une pente
forte, clou^e sur de la volige de ch^taignier ou de chSne blanc,
dure des si6cles sans avoir besoin d'dtre r^par^e; surtout si on
a le soin de ne pas trop multiplier les noues et les ar^tiers, ou
du moins de les bien gamir, ainsi que les solins, de feuilles me-
talliques solidement attach^es.
ARl^E, s. f. C'est une saillie anguleuse form^e par le concours
de deux surfaces planes ou courbes. Les ar6tes se trouvent in6-
vitablement sur les pierres taill6es, a la rencontre de deux
murs obliques ou a angle droit, aux voAtes qu'on appelle d'arSte,
etc., etc.
ARftnER, s. m. Pifece de charpente, inclin^e a ITiorizon, et
qui forme Fencoignure des combles. Les grandes tuiles k canal
qui les couvrent sent appel6es ar^ieres. Elles peuvent aussi ^tre
employees utilement dans les noues, k d^faut de feuilles m^tal-
liques, quand la charpente n'est pas couverte en tuile plate ou
en ardoise.
ARMATURE, s. f. On d^signe par ce mot toute combinaison
de bois ou de fer, qui est destin^e k renforcer et k maintenir en
6quilibre un ouvrage de maQonnerie ou de charpente.
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— 505 -
On doDDe aussi le mftme Dom k FeDsemble des compartiments
de fer dans lesqoels les panneaux des verrieres sont enchass^s,
comme aux figures 10 et 11 de la planche 11. Vers le milieu du
xin« siicle ces sortes d'armatures perdirent deleur importance par
Fetablissement des meneaux en pierre, tels que celui qui partage
en deux ogives g^min^s la baie de la figure 1 1 . Ce meneau droit
permet de n'employer ici que des barloti^res ou fortes traverses
horizontales, sansautres montants. Les panneaux de verres assem-
bles avec du plomb ne doivent pas exc^der une superficie de
soixante k quatre-vingts centim&tres carr^s, sansrisquer de se rom-
pre sous la pression d'un vent violent. On en voit de formes tris
varices, a partir du xu* sifecle; ils s'employaient pour I'organisa-
tion des sujets l^gendaires.
ARMOIRE, s. f. L'armoire, telle que nous Fentendons ici> est
un immeuble par destination, mSnag^ dans T^paisseur d'un mur,
spigneusement clos et destine k renfermer des objels plus ou moins
pr^cieux. Les vieilleschartes les d^signent sous le nom i'armariumy
armariolus, sacrarium^ etc., etc. On rencontre encore k c6t6 ou
non loin des autels de ces anciennes cavit^s, quelquefois om6es
a Fext^rieur avec grand art, et presque toujours portant la trace
des ferrures qui assuraient la' solidity des vantaux on petites
portes qui les cldturaient. « Avant que les tabernacles fussent
devenus aussi communs.... FEucharistie 6tait renferm^e dans
des armoires k cdtd des autels, dans des piliers ou derri^re les
autels. II se trouve encore aujourd'hui (fin du xvii« sifecle),
quantity de ces armoires dont on se sert en bien des lieux pour
conserver les Saintes Huiles (1).» Toutes celles dont nous parlous
ici etaient ^galement destinees, dans les ^poques ant^rieures, k ren-
fermer les Saintes Huile^, lesReliques, les Vases Sacr^s, et autres
objets n^cessaires au culte. Mais il 6tait present de les tenir soli-
dement ferm^es ^t^ sera firma et clavi; ce qui pouvait absolument
se faire sans fibber une porte pleine k Fouverture.
(1) J.-B. Thiers, Traits de I'Exposition da Saint-Sacrement.
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— 606 —
Cette pelite porte, au reste, subsiste encore, du c6t6 de
r^vangile, dans le sanctuaire de Tillac. Elle est solidement con-
tenue par une barre de fer, fix^e a gauche au moyen d'un an-
neau scelle dans le mur. A droite, c'est un cadenas qui re-
tenait la barre centre le vanteau. Une intelligente restauration
moderne, ex6cut^e dans cette charmante petite ^glise, sous la
direction de M. L. Gentil, a respects la vieille armoire de la
Sainte Eucharistie; tandis qu'en cent endroits divers on Fa d^ja
fait disparaitre, pour le mince avantage d'avoir un mfetre carre
de plus k badigeonner en plein mur. Uarchitecte a mis le m^me
soin a la restauration d'un petit groupe, sculpts sur pierre au-
dessus de Touverture. II se compose de deux anges k longue
tunique portant un Saint-Ciboire clos, comme pour rappeler aux
fiddles la destination sp6ciale de ce modeste tabernacle.
Ailleurs, c'est plut6t une solide grille en fer qui souvent tenait
la place de la porte, surtout lorsqu'il s'agissait, par exemple,
d'un habitacle dont la Relique 6tait en si grande reputation que
les fidfeles tenaient a y reposer le regard avec une pieuse con-
fiance. L'6glise a chevet roman du Mas-d'Auvignon, canton de
Lectoure, offre un exemple d'une de ces sortes de grilles. Fixee
a Faspect de la nef, du cdte de T^yangile, elle protege depuis
plusieurs siecles une relique insigne de saint Lezer, qui, avant
1790, attirait de nombreux pelerins dans cette pelite eglise rurale
dont nous aureus encore occasion de parler ailleurs.
Enfin, il est des autels non loin desquels on avait pratique deux
de cesarmoires, afin de separer, par un sentiment de respect bien
entendu, la Sainte Eucharistie de toute autre chose plus ou moins
utile au service religieux. L'usage en 6tait presque perdu du temps
de Tabb^-J.-B. Thiers; et pourtant la fabrique de Gimont fesait
bdtir en breche, a cette m6me 6poque, et omer avec grand soin
deux de ces petits habitacles dans Tfipaisseur des piles qui enca-
drent la chapelle terminale de F^glise paroissiale. Deux anges por-
tant un Saint-Ciboire au-dessus de Touverture a plein-cintre rap-
pellent ici, comme au Mas-d'Auvignon, dans un petit bas-relief, qae
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— 507 —
rarmoire de gauche servait de tabernacle ; la seconde devait
renfermer les Saintes Huiles et aassi quelques pr^cieuses Reliques,
seloa toute apparence.
Les armoires simplement destinies k conserver les archives des
^glises rurales n'6taient jamais dans le sanctuaire. On les retrouve
dans r^paisseur des mors de la sacristie ou mSme de quelque
dependance voisine. Nous avoDS d^jk dit que si la masse des pa-
piers 6tait assez considerable pour r^clamer un local particulier,
on ne manquait pas de le construire a cette fin, sans jamais oubUer
les precautions n^cessaires pour assurer la conservation des pr6-
cieux objets que Ton devait y d^poser.
ARMOIRIES, s. f. Par ce mot on entend des signes distinctifs
qui servent a reconnaitre les families nobles d^origine ou roturieres
ennoblies. Les armoiries furent la distinction de la noblesse d'ori-
gine seulement, jusqu'en 1371. G'est a partir de cette date que
les roturiers ennoblis commencferent a porter des armoiries.
Les peuples les plus anciens firent usage de signes symboliques
pour leurs enseignes militaires. Ainsi, les Carthaginois avaient
adopts une t^te de cheval; les Perses et les Remains la figure de
Faigie; les Atheniens celle de lachouette, etc., etc.
Les villes, les corporations et mdme les simples particuliers
eurent aussi, de tons les temps, des signes symboliques, conven-
tionnelsou tout k fait arbitraires pour leurs sceaux (1). Mais ceux
qu'on appelle signes h^raldiques proprement dits, ou armoiries, ne
datent que du x* si^cle de notre fere.
Le plan d'un simple vocabulaire ne saurait comporter ici un
traite sur cette mati&re, tres importante pour Tarcheologue et
lliistorien qui veulent interroger s6rieusement le passe de leur
province; car ils rencontrent, a chaque pas, de ces sortes de signes
qui generalement aident a reconnaitre les anciennes families
et les grands noms aux oeuvres monumentales de leurs temps.
(I) Voir, 4 la planche I, les aitnoiries do Pie IX et des ^v^ques de notre Proyince,
ainsi qae i'ancien sceaa de la ville d'Aucb.
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— 808 —
€<eftftsst^iiB4iV€s ^m ctiiswi.
Rabastens (1), le %6 aoiit 1860.
MoNSIEim LB ViGlIEE GiNl§EAL,
M. de Ladoue, k qui j'avais eu I'hoDnear de parler de quelques Yieox
manuscrits que j'ai entre les mains, a bien voulu m'terire quele Comity
recevrait avec plaisir copie de ces pieces. J'en ai transcrit une :
i privilegia loci de M6tefalcone,i ayant soin de conserver, autant qu'il
m'a M possible, I'orthographe et les abr^viations deToriginal, regrettant
m^me de ne pas savoir imiter I'^criture qui est du commencemeDt du
XT« sltele.
J'ai rboDDeur, Monsieur le grand vicaire, de vous envoyer aujourd'hui
cette copie. Vous y trouverez des lettrespatentes de Cbarles Vau comte
de Pardiac, ainsi que les privileges de Montfaucon accord^ par ce
dernier, et confirm^s successivement par le due d'Anjou, le roi de France
et le comte de Bigorre.
Arnaud Guilbem VI s'^tait d^tach^ du prince de Galles et foisait du
z^le en faveur du roi de France. Cbarles V lui donne, le 2 juin 4369 :
« plein pouvoir d'octroyer des gr&ces, privil^es, liberty et franchises
aux gens d'Eglise, nobles et communes qui voudront se s^parer de
TAnglais et se ranger sous sa domination, t C'est en vertu de ce pou-
voir que, le28 septembre de la m^me ann^e 4369, 11 accorde les privi-
leges dont il est ici question au co-seigneur, a la communaute, aux
consuls et aux babitants de Montfaucon, qui s'^taient rendus k Marciac
pour n^gocier cette importante affaire.
Le premier article est remarquable : les habitants de Montfaucon sont
affranchis de la juridiction de Rabastens, enti^rement exon^r^s de tous
les services qu'ils devaient k cette ville, qui, alors, tenait le parti de
r Anglais : « rebell in obedien Dno nro regi. n Quatre ans apr6s, en
juin 4373, Totage ecbapp6 des mains des Anglais^ le due d'Anjou, frire
du roi, confirma ces privileges pendant le si^ge de Lourdes : In tentis
(1) Haules-Pyr^nies.
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— 509 ~
nostris anU Lordam, sous nos tentes devant Lourdes. Date et lieu qui
rappellent la resistance heroique du commandant de la place, ainsi que
Tincendiede la ville et la sc^ne tragique d'Orthez qui en furent la suite.
Les privil^es de Montfaucon furent encore confirm^ b, Paris en
Janvier ^ 395 par Charles VI, et a Tarbes le-ll avril ^426 par le captal
de Buch^ Jean de Graiily, devenu comte de Bigorre, en presence des
^vfiques de Lescar et de Pamiers. La protection du roide France n'avait
pas 6i& efficace : deux fois, en pen de temps, Montfaucon avait ^te pris,
occupy et hrikli par Tennemi : Lo praube loc de Monfaucon.., cum sie
Stat depauc ensa dues veiz occupatprees et arsper los inimics, Aussi,
ses malheureux habitants, qui, en 4369, ne voulaient plus avoir jamais
i Id perpetuum » rien de commun avec Rabastens, viennent-ils en 4426
supplier humbleraent le comte de Bigorre de leur octroyer les m^mes
libert^s et franchises qu'il avait tout r^cemment accord^es a cette ville.
Je voulais, Monsieur le grand vicaire, vous envoyer seulemenl la partie
historique de cette pi^e; mais je me suis d^cid^ h transcrire et k vous
envoyer aussi les vingt-neuf articles, c'est-i-dire le texte entier de cette
charte que je crois in^dite.
J'ai quelques autres manuscrits qui offrent peut-6tre de Tint^r^t, no-
tamment La fondation d'une pribende dans F^lise de Rabastens le 27
avril 4542. Je pourrai vous en envoyer plus tard une copie, si vous y
tenez.
Daignez agr6er, Monsieur le grand vicaire, etc., etc.
J. MARQUE, cur6 doy., ch. h'*.
Nous acceptons avec reconnaissance le document plein d'int^rSt
qae veut bien nous envoyer notre Correspondant, M, le doyen de
Rabastens. Mais nous serious fort aise que M. J. Marque p{it se
donner la peine de faire lui-m^me la traduction du texte latin sur
Toriginal qu'il possede. En general, 11 est plus facile de se rendre
compte de certains tours, de certains mots de basse latinit^, sur
les lieux m6mes dans lesquels ils furent jadis en usage.
Les autres documents annonces par M. le doyen de Rabastens
trouveront aussi tres bon accueil. C'est a la Commission du Bulletin
i juger ensuite de leur Importance et du rang qu'ils devront occuper
dans nos Livraisons subs^quentes.
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— 540 —
Houga, le 14 septembre 1860.
Monsieur le Gbakd Vigaibe,
Je profite du voyage qu'un de nos amis fait k Auch pour vous adresser
un certain nombre de documents historiques. Je les livre sans rfeenc
k votre apprteiation.
En t^te est une bulle de Paul III, que j'ai trouvte dans les archives
de la famille de Lau. Cette pi^ce est remarquable k diffiSrents points de
vue. Mais ce qui me semble en particulier fort digne d'attention, c'est
qu'au xvi« sifecle, un riche propri^taire, absent pour faire la guerre,
pendant quelques ann^es, pdt, k son retour, bien avant nos grands
troubles religieux et politiques, se voir d^pouill^ de tons ses biens meu-
bles et immeubles, m^me des titres Merits qui devaient lui en garantir
la l^time possession.
Or, la bulle T^tablit d'une mani^re manifeste. De plus, elle nous
apprend qu'apr^s d'lnutiles tentatives faites dans le pays pour obteoir
bonne justice et le trlom{)he d'un droit incontestable, 11 fallut que le
Pape intervint avec les foudres du Saint-Si6ge.
Oh I ce serait une int^ressante ^tude k faire que celle de Tinfluence
protectrice, exerc^ autrefois en Europe par les Souverains Pontifes,
dans le but de sauvegarder les int^rits de la propri^t6.
Je vous signalerai, en outre. Monsieur le Grand Vicaire, dans oe
petit envoi, une courte notice sur la chapelle de Taron, prte de Garlin.
Ges pages, il est vrai, sont pcut-^tre insuffisantes pour vous donner une
id^e compile de cet ancien monument. Mais le dessin qui les ac-
compagne vous prouvera du moins quMl est digne d'une ^tude s^rieuse'
et qu'il remonte incontestablement aux premiers temps de la p^iode
romane. La chapelle, apr^s tout, n'est m^me pas ce qu'il y a de plus
ancien dans cette curieuse locality. Des mosaiques, de vieilles tomb^
des restes de constructions romaines conservent, Qi et li, des traces
manifestes d*une civilisation ant^rieure k Ytve chr^tienne.
Je dois k M. Paul Lacomme, du Houga, le dessin et la notice.
Recevez, Monsieur le Grand Yicaire, etc., etc.
J.-M. CANDELLfi.
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La buUe de Paul HI trouvera un jour sa place dans les pages
du Bulletin; mais le moment n'est pas encore venu.
En attendant, nous remercions de nouveau M. le docteur Can-
dell^ du concours intelligent qu'ilnous continue avec tant de perseve-
rance. Etnous ajouterons que son document in^dit sur le passage
et le s^jour de Louis XIV k Nogaro nous a caus6, surtout par
certains details pleins dlnterSt, une bien agrdable surprise, qui,
nous Fesperons, sera partag^e par nos lecteurs, lorsque cette pi6ce
leur sera communiquee.
M. Paul Lacomme voudra bien aussi nous permettre de d^poser
ici Fexpression de notre gratitude pour I'attention qu'il a eue de
faire un petit dessin des restes y^nerables qu'il appelle la cha-
peUe de Taron. Dans les recherches de cette nature, le moindre
croquis met sur la voie, et vous r^vMe des caract^res dont quel-
ques notes rapides ne donneraient pas une idde assez exacte,
surtout quand elles sont redig^es de simple souvenir.
Le petit dessin, en effet, nous montre rdellement, comme le
dit M. Paul Lacomme, un autel forme de plusieurs blocs de
pierre. II est reconvert d'une table monolithe qui se termine,
dans son pourtour, par un fort biseau legferement concave.
Au centre de cette table, nous voyons une entaiUe k angles droits.
EUe indique, sans nul doute, la place du petit tombeau oil les
reliques furent sceliees par Fevfique consecrateur, conformement
aux prescriptions liturgiques, au jour^ heias! fort loin de nous, od
ce modeste autel fut consacre au culte catholique.
Nous distinguons que sa masse, sans gradin ni rotable, est iso-
lee du fond de la chapelle; de plus, qu'entre le mur et Fautel
est un sarcophage, avec couvercle k double versant sur toute sa
longueur. Nous reconnaissons, enfin, par la direction que prend,
de Touest aFest, cette derniere dimension, quele defuntavait ete
oriente a cette place, selon un ancien usage des sepultures chre-
tiennes, sur lequel nous aurons plus d'une fois Foccasion de re-
venir dans nos recherches.
Au-dessus du tombeau de Taron, une petite bale, ouverte
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dans I'axe de I'abside, laisse glisser un jour peu abondant sijur les
rampants du couvercle el sur la table de TauteJ : c'esl une simple
barbacaDe ktrgement ^vas^e a I'interieur. La figure lOde la plan-
che li donne une id^e assez exacte de cette petite ouverture; aoi
deux colonuettes et aux archivoltes pres, qui omeDi la feDetre ro-
mane de Saint-Mont, mais qui inanquent a Tedificequi nousoccupe.
De ces diverses doan^es, fournies par le dessin que nous avoi^
sous les yeux, nous ne voudrions pas conclure avec M. Paul
Lacomme que la chapelle de Taron remoftte au vii« ou au vui*
siecle. Le xr suffirait bien pour se rendre compte de tout ce
qu'indique notre petit croquis.
D'ailleurs nous venons d'en rencontrer d'autres preuves dans un
travail plus recent, fait de main de maitre, et sur lequel nous
comptons revenir un peu plus tard. C'est une excellente etude
d^tailL^e que nous adresse de Bayonne un de nos collabora-
teurs, M. W^ Durand, architecte du Gouvernement. EUe a pour
titre : ArUiquit^s gallo-romaines et du moyen-dge, a Taron {Basses-
Pyrdn4es). — Riches mosaiques, curieuses sepultures gaUo-romaines
oil la tombs Spouse les contours de la tgte; distribution, affectatioD
domestique de quelques pieces ayant apparlenu a une fort an-
cieoiie habitation; mines faites a diverses epoques; 6glise constniite
pour la paroisse au xy^ siecle; chapelle du xi«, transform^ pbis
tard en sacri^ie de la nouvelle ^glise, rian ici n'a pu 6chapper aui
intelligentes investigations de M. Hi« Durand; tout est decrit et
raconte avec une aisance et une nettet6 de style tres remarquables.
Sainl-Lizier-du-Planl^, canton de Lombez (Gers\ le 12 oclobre I860.
A Monsieur Vabb6 Can^to, Archidiacre de Lombez.
Monsieur le Vicure General^
Je voudrais remplir vos vcbux. Jc me sentirais heureux de pouvoir
relracer rhisloire de cette Eglise de Lombez qii'un pontife illuslre a
confine h vos soins. L'homme ch^rit sa patrie, I'enfant sa ro^. Mais
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- 543 —
oil Irouver les 6l6menls n^cessaires a cclte oeuvre? Les archive«^ ont peri
vers la fin du dernier siecle. Jc n'ai pu rassembler qu'un petit nombre
de documents 6pars, faibles debris sauv6s du naufrage. Que des coUa-
borateurs plus heureux apportent done ii notre Edifice I'or, I'argent,
les pierres prteieuscs; pour moi, je ne puis y egouter que cette paille
Ug^e dont parle Tapdtrc.
Sans doute, Tancien diocese de Lombez etait humble et limits (4).
Mais combien de dioceses de France etaient plus obscurs encore et
resserr^s dans des bornes plus 6troites ! Est-ce, d'ailleurs, son 6tendue
ou bien la fermete de sa foi, la ddcence et la dignity de ses mceurs qui
doit r^gler notre eslime?
La pi^te filiale ne me fait pas cependant illusion. Je sens qu'un sujet
aussi sterile ne pent offrir qu'un faible int6r6t. II ne presente aucun
de ces traits saillants, de ces fails memorables qui r^veillent I'attention
publique. Mais faut-il laisser pdrir dansl'oubli des traditions, desvertus
qui sont notre plus pr^cieux heritage et notre plus cher trfeor?
II
Notre ancien dioc6se n*cst point, comme on I'a insinu6, une contrte
aride el brulanle qui d6vore ses habitants; c'est une terre fertile, cou-
verte de riantes moissons. On y volt de toules parts de riches villages
el des chfliteaux antiques.Un de nos plus ancifins ^vfiques, Colonna, de
Rome, croyait trouver sous le soleil de cette rc^gion heureuse comme
une image du beau ciel de I'ltalie. P(5trarque, qui avail v6cu dans les
grandes cites et les sociei^s les plus brillantes et les plus polies, affir-
mait, dans sa vieillesse, quMl avail pass(^ h Lombez les plus beaux jours
de sa vie (2). Le cardinal Maury, parvenu par la voie p6nible du m^rite
aux premiers honneurs de TEglise, souhaitait de pouvoir y couler en paix
ses derni^res anndes (3).
Ill
Au milieu de la mollesse des nouvelles moeurs, ce peuple d'artisans
et de laboureurs conserve encore la respectable simplicity de nos aieux.
Nous avons vu cette austere frugality, ces sant6s vigoureuses, ces vieil-
lesses robustes et plus que s^culaires (4). Loinde ces hommes laborieux
(1) Le diocese do Lombez avail cent paroisse.s. II occupe aujourd'hui dans le dio-
cese d'Auch une plus large place que celni do Lectoure ou de Condom. II a donn^
six. cantons : Lombez, Samalan, Gimoul, Maiivezin, Cologne, une parlie de celui de
I'IsIc-Jourdain. — 2" Polrarquc, Letlres, Hisloire de I'Eglise de Toulouse, I. ii.
(2) Expilly, Belleforest.
^3; Letlre ducard. Maury a M. le maire de Lombez (1809).
(4) 96 ans, 99, 102, 105. Voycz Expilly, Belleforest.
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— 544 —
et bons, cet ennui, ce d^oiit de !a vie champfitre qui fait recherchcr la m
pluscommode, plus aventureuse des villes : maladie morale inconnuedam
les anciens ftges; fl^au de notre ^poque, qui fait toujours de nouveau
progrte, etqui inspire un si juste effroi. lis cultivent le champ de leurs
p^res, ils aiment h se reposer sous leur vigne et sous leur figuier. En vain,
unefi^vre d'anarchie fermentait nagu^re autour d'eux; en vain des g^nies
ftmestes enseignaient le cat^chisme du pillage; ils sont demeur^s sourds
aui conseils perfldes, calmes au milieu de Tagitation publique(4). Ils
n'ont pas peut-^tre ce genre d'dducation, cette urbanity si vantde de nos
jours; mais sous un ext^rieur simple, sous des formes rustiques, voos
trouverez partout des ^poux d^vouds, des p^res tendres, des enfants de-
ciles. Leur coeur, comme leur main, est ouvert aux malbeureux. Les
femmes, cette moiti^ d'un peuple, sont ici chastes, pieuses, laborieuses)
bumblement soumises.
IV
Quelle n'^tait pas encore chez nos aieux la vigueur de caract^re, et
r^l^vationd'&me? Naturellement guerriers, ils donnaient de bons soldats
h nos armies (2). Les mines de Coueill6s, dans Tancien diocese de
Lombez, de Mauvezin, etc., etc., montrent encore les traces de sanglan-
tes batailles. La ville de Samatan brisa, la premiere, Timp^tuosit^ du
terrible Montgomery, et m^rita la noble recompense que le parlement
de Toulouse d^cerna k sa foi et a son courage (3).
Nos p6res voyaient marcher 4 leur t^te cette nombreuse et fiire no-
blesse qui placait Ja profession des armes au rang de ses privil^es, et
qui ne connaissait point de plus belles decorations que des blessures,
ni de trdsor plus pr6cieux que Thonneur et la gloire. Des noms illus-
tres brillaient dans nos villes et nos bourgades : les de Goth, h Sama-
tan; les d'Amboise, k Sauveterre; 4 St-Georges, un du Brouil, qui
fonda et dota magniflquement Tabbaye de Gimont; pr6s de Montpezat,
un de Bellegarde distingue par sa sagesse, par son courage, par ses
dignites (4); h Cazaux, un Lavalette, ce hardi capitaine, qui signala sa
(1) 1851, 1852. Eloge donn^ par radministration d^partementale.
{%) ExpiUy, Belleforest.
(3) Archives de I'^glise de Samatan.
(4) c II y a en ce pays autant et plus de noblesse qu'en aultrc contr^e de France
qu'elle puisse estre » Belleforest.
Les hommes vaillants el guerriers, leur naturel les poussant aux armes.
Les femmes y sont chastes, non oisives, d^votieuses, grandes m^nageres, oh^is-
santes a leurs maris, qui aussi les trailcnl doulccment, et non avec cette rudesse que
(sans raison) on impute aux Gascons. BeUeforesl, Expilly, Notice sur Tarrondisse-
ment do Lombcz (1842).
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— 5<5 -
vaillaDce par des prodiges si ^latants (4}. Dans les jours d'orage et de
p^ril supreme qui menacaient la France, la noblesse de notre pays
d^puta aux Etats-G^n^raux de ^ 789 un des plus ^loquents orateurs de
cette assemble fameuse, le jeune de Cazalez !!I (2).
L'^lise deLombez nedemeura jamais ^trang^re k la gloire des lettres
profanes et sacr^es. Elle a compt^ parrai ses pr^tres^ ses ^v^ques, ses en-
fantSjdes poetes, des oraleurs, des 6crivains distingu^s; un P^trarque (3),
le Vlrgile de son si^le; un Anselme(4), qui annon^ la parole sainte avec
^clat, et dont Mme de S^vign^ a fait un si bel ^loge; un G6me Roger,
qui pr^cha devant Louis XIV six stations d'Avent ou de Car^me, et
que I'auguste auditeur ^coutait avec une favour toujours nouvelle; un
Maury, qui composa parmi nous ses meilleurs ouvrages, et y pr61uda k
cotte grande Eloquence qui devait ^tre un jour la gloire de la chaire et
de la tribune; un de La Peyrie, ce saint religieux si connu sous le nom
de P. Ambroise, de Lombez, qui a soutenu la premiere vigueur de son
Institut, et trac^ k la pi^t^ la plus sublime des regies si sages et des
voies si sCires; un Belleforest, un Du Bartas, qui, dans des si^cles en-
core grossiers, ont d^brouill^ le chaos de Thistoire ou adouci la
rudesse de la po^sie, et qui, dans des essais encore informes, 11 est
vrai, ont d^ploy^ un talent, une patience, que nous chercherions en vain
dans des ouvrages plus polls : deux bommes dont le pays reconnaissant
grave en ce moment le nom sur le marbre et Tairain, et k qui il rend
un hommage aussi solennel qu'^ ses h^ros (5).
VI
Mais il est pour notre pays d'autres titres, d'autres avantages plus
pr^cieux encore. Ce sont tant de personnages c^l^brespar T^clat de leur
8aintet6 : c'est St-Clair qui a 6vang61is6 nos p6res, et dont nous con-
servons encore la chaine et Tanneau; c'est St-Sain (6) dont les reliques
(1) S^n^chal de]Tolose, BeUeforest.
(2) Bas-Comminges, Election de Rividre-Vcrdan.
(8) P^trarque, Manry, cbanoines de Lombez.
(4) Inselme, n6 a Gologoe, 6Uye du college de Gimoni, lanr^at de TAcad^mie de
Touloase, etc. Notice sar I'arrondisseroent de Lectoure, tradition locale.
(5) Le Conseil g^n^ral du Gers fait graver le nom'des grands hommes du d^parte-
ment... Belleforest, Du Bartas, Bernard, comte d'Armagnac, Dessolles, etc., etc.
Du Bartas, n^ a St^Georges, au chAteau du Bartas. EncycJop^die, xix« siMe, tra-
dition locale, li a chants la Gimone, le Sarrampion,'la Save, non les autres rivieres
voisines.
(6) St-Sain, chapelle champdtre, oil reposent les reliques de cet ami de Dieu...
attenant k Espaon. Belleforest.
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1
et rhumble chapelle sont robjet d'unc tendre d^otion et le but d'un
antique pelerinage; c'est St-Majan que l'6glise de Lombez reconnall
pour son fondateur et son ap6tre; c'est St-Bertrand (4), cet enfant de
b^n^iction, que notre ancien diocese se gloriQe ajustetitre d'avoir
portd dans son sein, et qui est encore le thaumaturge. la Providence
de nos montagnes ; c'est cette noble et longue s^rie d'6v6ques donl
plusleurs ont 6t6 d^corfe de la pourpre romaine, ont rempli de glo-
rieuses ambassades, et presidd les Etats-G^n^raux du royaume : chaine
sacrte de sages et vertueux pontifes, dont le premier anneau est un
Arnaud de Comminges, et les deux derniers ce F^neion ch^ri. ce
Chauvigny de Blot qui, dans les mauvais jours, a combaltu ct souf-
fert pour la foi : nu^e brlllante dont aucune tftche, suivant Tbistoire
la plus authcntique des ^glises de France (Gallia christia/na)^ n'a jamais
temi le doux eclat. Ce sont ces Institute religieux, ces associations
ehr^tienncs, qui se fouaient aux vertus paisibles du cloitre, ou aux yer.
tus plus laborieuses de Tapostolat et de la charit^; c'est en&^ cet atta-
cbenoent h^i^ditaire d'un peuple entier a la foi et aux observances de
I'EgKse catholique, si Ton excepte une poign^e d'adeptes de la R^forrae
ou de CO qu'on appela, au d6but de ce si^cle, la petite Eglise.
Nos contr^es, malgr^les ravages de I'impi^t^, conservent encore I'es-
prit de I'ancienne ferveur. Un 6v6que, digne des temps apostoliques (2),
ne pouvait visiter sans attendrissement nos populations fideles. A la
vue des demonstrations naives de leur pi^t6 et de leur amour, il aimait
i i^p6ter ces paroles touchantes : « C'est ici le jardin de mon diocese.»
Et recemment encore (3), n'a-t-on pas os6 nous reprocher de porter le
z61e de la religion jusqu'au fanatisme? Opprobre glorieux dans ces
temps de froide indilT^rcnce ct d'affaissement moral i
On a pu, Monsieur le Vicaire general, on a pu peindre votre archi-
diaconne sous de^ traits odieux. Mais que votre coeur no se trouble point :
la Providence vous avait r6serv^ un beau partagel... Dieu aidant, a
bienl6t la preuve plus complete.
J'ai I'honneur d'etre, avec un profond respect,
Monsieur ie Vicaire General,
Votre tr^s humble et tres ob^issant serviteur,
L. ABADIE, Missionnaire dioc^in.
(1) St-Bertrand, n^ a Ecdohielle (EndouQelle). pr^s de Samatan. Les seignears
de I'Isle-Jourdain poss^daienl la un domaine. Belleforest.
{%) Mgr do la Croix d'Azolette
(3) r^otico sur larrondissement de Lombez (1842).
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— 547 —
A Monsieur Vabb6 Fauque.
Naples, 2 d^cembre 1860.
Mo.N AHER MOMSIECR l'AbBE,
J'ai rcQu k Naples et !u avec grand plaisir rarticle de M. Dauvergne,
noire collaborateur. Je ferai des recherches pour verifier ce qu'on rap-
porle de certaines lames conserv^es, dit-on, k la chapelle de Gaserte; je
m'en occuperai ccs jours-ci, mais sans beaucoup d'espoir d'aboutir k
quelque chose de certain.
Quoi qu'il en soil, si je suis plus heureux que je n'ose Tesp^rer, tant
sur ce point que sur les origines vraies du sujet artistique appel^ Juge^
ment de Pilate, j'en ferai le sujet d'une lettre qui pourra trouver place
dans la Gorrespondance de noire cher Bulletin.
J'aurai beaucoup a vous dire sur tout ce qui se passe autour de moi;
mais ce n'est ni le lieu ni le moment.
Je dois, souspeu de jours, mo rendre a Rome pour continuer mes
etudes dans cctte \ille, oh les bibliotheques abondent; adieu done,
men cher monsieur Tabb^ jusqu'au printemps prochain. Je compte
me retrouver au milieu de vous lous, a celte 6poque, et partager ainsl,
de plus pres et avec plus de suite, nos communs travaux pour le
Bulletin.
Agr^ez, en attendant, etc., etc.
LfiONGE GOUTURE.
La Roque, 15 d^cembre 1860.
iMoNSlElR LE VlCAlRE GENERAL,
J'ai pu me procurer un rapport in6dit et fbrt curieux adressi au
cardinal de Richelieu par Jacques Gaumont, due de La Force, sur la
capitulation de La Mothe : je vous en envoie la copie. Je Tappr^cie
beaucoup comme conslalatlon de Tidentit^ de sa lettre sur les troubles
de Gaslelnau (4).
Le post-scriptum est tout entier de la main de Gaumont; et la piece
entiere est particulierement piquanle par les humbles protestations de
d^votiment personnel faites au cardinal par ce prolestant z61e, tant en
son nom que pour le compte de son flls Armand Nompar, alors encore
marquis de La Force.
Agr^ez, Monsieur le Grand vicaire, etc., etc.
Gomte De PODENAS.
(1) Voir, plus haut, p. 216,
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— 548 —
MELANGES ET NODVELLES.
L'abb6 J.-B. de La SaUe.
La famille de La Salle habita primitiyement le B^arn, pr^s d'Orthes.
Sous le r^gne de Charles VIII, vers la fin du xt« si^cle, elle s'^tabKl
d'abord k Soissons^ et puis d^flDitivemeDt k Reims. C'est dans cette
derni^re ville que naquit, en 4654, Jean-Biptiste de La Salle, d'un
conseiller au pr^sidial et de Nicole Moet du Brouillet, son Spouse (4).^
Si done, par sa naissance, Tabb^ de La Salle est Champenois, par
ses anc^tres il est originaire de notre Province eccl&iastique. Mais
comme foudateur de Tlnstitut des Fr^eg des Ecoles ChrStiennes, il
appartient k la France enti^re, ou sa m^moire est partout en si grande
v^n^ratlon, depuis pr^s de deux cents ans.
Bien qu'il fQt Taln^ de la famille, le jeune de La Salle prit, de tris
bonne heure, la resolution de se consacrer k Dieu. Nomm^ chanoine
de sa ville natale, k Fftgede 47 ans,il dirigea vers le sacerdoce toutes
ses etudes et les couronna par le grade de docteur en th^ologie.
Ordonne pr^tre en 4 678, il voulut se remeltre tout entier entre les
bras de la Providence et he d^mit de son canonicat en faveur d'un ec-
cl^siastique sans fortune. Voulant, de plus, se rapprocher enti6remenl
de la pauvrete des membres de son Institut naissant, il se d^pouilla
m6me de son patrimoine.
Desormais libre de tous les soins qu'entralnent les biens de ce monde,
il consacra sa vie enti^re k consolider son oeuvre et mourut, kg& de
66 ans^ le 7 avril 4749^ a Saint- Yon, maison professede ses Freres.
(1) Des informations siires, que nous STons prises en bon liea« pronvent :
lo Que la famille k Uqnelle appartient notre ancien Inspectenr, en residence a
Marseille depuis le 27 jnillet de la pr6sente ann^e, est la senle en France da nom de
Moet;
20 Que la vertneuse m^re de I'abb^ J.-B. de La Salle ^tait bien positivement de
cette famille. ^ Voici, do reste, I'extrait de baptSme de ce v^n^rable eccl^iastiqne,
tel que le portent les registres de Tancienne paroisse de Saint-Hilaire de Reims, pour
I'ann^e 1651 :
« Du 30 avril, Jean-Baptiste, ftls de messire Louis de La Salle, conseiller du rot
> au si^ge pr^sidial ; et de D lie Nicole Moet; nomm6 par Jean Moet, Escuyer, set-
» gneur du Brouillet, (ayeul du nouveau n6) et conseiller audit sidge, et Mile Per-
» rette Lespagnol. >
L'auteur de Tallocution reproduite k la page 489 avait done un titre personnel h
louer en public Tadmirable Institut que I'Eglise doit k son grand oncle.
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— 51d —
Ce n'est qu'apres sa mort que Tlnstitut iesEcoles chrStiennes, devenu
de no8 jours si florissant, fut solennellemeDt approuv^ a Rome par le
Pape Benoit XIII.
Le Tombeau de sainte Quitterie
DAI«iS LA GRTPTE DU MaS d'AiBE (LaNDBS).
Nous devons k la bienveillance de Mgr TEv^que d'Aire communica-
tion d'une bien int^ressante description du tombeau de sainte Quitterie.
Elle est sign6e de M.le chanoine Ptidegert, cur^ doyen de Sabres(Landes),
el si avantageusement connu du monde savant par divers travaux d'his-
toire locale et d'arch^ologie. Son manuscrit est accompagn^d'un dessin
k la plume, fait avec un tr^s grand soin p^ir M. Capuron. — Le dessin
et la notice seront reproduits dans notre premiere llvraison de^864.
Cette publication sera d'autant plus opportune que M. C^nac-Mon-
caut dtoivait nagufere, dans leCourrier du Gers, un tombeau qui, k
certains ^gards, pourrait dtre compart k celui de sainte Quitterie. On
connaissait bien Texistence de cet antique sarcophage dans T^glise de
Saint- Clamens, canton de Mirande (Gers) : Mgr de La Croix d'Azolette
Tavait m^me d^crit dans son reglstre des proc6s-verbaux de visites dio-
c^saines. Mais le public n'avait pas devin^ le sens all^orique des deux
masques du couvercle et des petits g^nies dont les uns pleurent et les
autres folAtrent sur la surface ant^rieure de ce tombeau. .
Nous reviendrons plus tard sur les rapprochements que Ton pourrait
tenter entre ces deux monuments fun^raires qui, de premiere vue, nous
semblent k peu pres contemporains. Peut-^tre m^me appartiennent-
ils, comme provenance, a la m^me r^on artistique.
La Croix gemmae de Cologne.
A la lecture de ce titre, nos antiquaires gascons sc reporteront
d'abord, par la pehsee, sur le bord occidental du Rhin, dans cette cd-
I6bre cath(5drale dont le tr^sor capitulaire est si riche de joyaux sacrfe.
Et n6anmoins, c*est tout simpleraent de notre Cologne du Gers que
nous voulons parler ici, de son 6glise du xiv«si6cle, si indignement mu-
til& par nos iconoclasles du xvi*. C'cst \k que nous avons rencontr^ un
vrai byou d'orfftvrerie chrfilienne, une croix gemmae, k .double croi-
sillon, dont la hauteur totale est d'environ 0°» 20.
Elle s'est conservee, tant bien que mal, dans une bolle de cuivre
dor6 ct poinQonn6, ([ui nous scmble avoir fait avec la croix, dans le
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- 520 —
tombeau de quelque grand personnage, un long s^jour dont plus per-
sonne n'a conserve sur les Henx le moindre souvenir. Ce prfeicux
monument, ou se voient encore, entre autres pierres pr^cieuses, deui
intailles antiques, sera plus tard Tobjet d'une 6tude s^rieuse dans notre
Bulletin.
La ChAsse de Sarrancolin.
Une courte et trop rapide excursion, faite au mois de septembre dans
la valine d'Aure, nous a mis en pr^ence de divers souvenirs de la p^
riode gallo-romaine et des beaux temps du moyen-^ge. Mais ici encore,
partoul de tristes mines, des traces bien d6plorables du marteau d^mo-
lisseur, dont la pr^tendue reforme avait arm6 nos barbares du xti«
si^cle.
C'est le style roman qui domina dans cette riante valine qu'arrose
la Neste, jusqu'ii'invasion des Huguenots. La vue des fragments qu'on
en retrouve encore dans certaines parties de ces ^glises, g^n^ralemeot
remani^es, imprime k Vkme un profond sentiment de tristesse, m^le
d'un ?if regret de tout ce qui n'est plus. Et pourlant on ne pent qu'ap-
plaudir au z^le plus ou moins eclair^ avec lequel on s'est empresse, sur
divers points, bient6t apr6s I'^dit de Nantes, de rendre au culle catho-
lique des sanctuaires aussi dignes que possible d'etre appel^s la Maison
du Seigneur.
L'une de ces anciennes ^lises qui out le moins perdu de leurs carac-
teres primitife, c'est, sans conlredit, celle du prieur6 de Sarrancolin.
Mais, encore pen d'ann6es, et si d'importantes reparations ne viennent
au secours de cet Edifice, son chevet se trouvera enseveli dans les d^-
combres de la vodte, que de profondes l^zardes sillonnent en divers
sens.
C*est du c6t6 droit de Fabside en cul-de-four qu'une mauvaise console
de bois vermoulu supporte la ch^se romane que nous esp^ronsd^crire
un peu plus tard avec tout rint6r6t qu*elle m^rite.
D6rob6, en \ 569, k I'^pre convoitise des protestants, par les B^n^dic-
tins qui entretenaient dans celte 6glise la psalmodie perp^tuelle, ce
gracieux reliquaire n'a pas pu 6chapper aux profanations de n93.
Quelques restes precieux de St Abbon qu'il contenait furent jetfe aux
quatre vents. Les statuettes d'Adam et d"Eve, qui se dressaient au mi-
lieu de la criite du comble, furent enleviJes, ainsi qu'une partie des ca-
bochons qui servaient d'encadrement aux parois dc ce petit Edifice. Ainsi
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— 521 -
d^uill6 de sa reiique ct mutili^ dans son ornementation par des mains
sacrileges, il fut d^laiss^ dans la poussiere comme le vain hocbet d'on
culte surann6 qui d&ormais n'aurait plus rien i vcn6rer dans ce char-
raant habitacle. Encore fttut-il s'^tonner qu'^ cetto fatale ^poque d'aveu-
glemenl et de vertige, on ne se soil pas acharn^ 4 d6grader les belles
peintures en ^mail sur cuivre cisel^qui lui donnent tantdeprix.
Gr^ce k Tobligeant concours de M. le cur6 de Sarrancolin et de
M. rabb6 J.-L. Rotg6, jeune diacre du s^minaire de Tarbes, nous avons
pu voir de prfes el remettre en lumi^re les six m6daillons qui ornent
Tune des faces lat6rales de cette cb^tsse. Une sorte de gluten steulaire
s'6tait tenement ^paissi sur la peinture, que les sujets ne pouvaient gu^re
plus se reconnaitre.
La Chtese de BerdouM.
Une visile a Mazires nous ayant fourni nagu^re Toccasion toute na-
turelle de causer d'objels d'art dans un cbftteau qui en r^unit d'esp^ces
tr^s diverses, il fut question de la ch^sse de Sarrancolin. « Mais, j'en
• poss6de une serablable, — dit aussitOt M. le comte de Ferbeaux; —
i peut-^tre m^me est-elle plus ancienne et de provenance orieutale.t
Et soudain nous voyons apparattre un d61icieux petit reliquaire en
cuivre dor^^ enrichi d' arabesques ^maill6es et de ciselures execut^es avec
un trte grand soin. « Je crois avoir la preuve, — sgouta M. le comte,—
» qu'avant479}, machftsse faisait partiedu tr^or des Bernardins de
i Tabbaye de Berdoues. Elle a servi longtemps de boite a chiffons cbez
9 une pauvre couturi^re de Mirande, qui ne voyait dans ce meuble
» qu'une insignifiante vieillerie a son dernier maitre. Et, du resle, il a
9 fallu se donner beaucoup de mal pour le rsgeunir et le remettre dans
» r6tat oil il est aujourd'bui.»
La reslauration, faite a Toulouse il y a d^ja quelques anndes, nous a
paru trait^e avec intelligence. Elle offrait d*autant moins de difficull^s
que les sujets iconograpbiques manquent ici compl^lement, a la dilT^
rence de la ch<isse de Sarrancolin, qui en a sur toules ses faces. Malgr^
le soin minutieux qu'a mis a son travail Tarlisle toulousain, il est encore
assez facile de ne pas confondre les details modernes avec Tensemble
de I'oeuvre primilive. C'esl tout ce que nous pouvons en dire pour le
niomenl.
Nous ferons seulement observer que ces deux chftsses sont conslrui-
les, I'une el I'aulre, en forme de pelile 6glise; ce qui n*est pas une
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— 522 —
exception dans ce genre d*objet8 d'art. Celle de Sarrancolin n'a qu'une
nef termini par deux pignons, dont I'un couronne la porte d'entr6e et
Tautre le chevet. — La ch&sse de Berdoues a quatre pignons. Sa forme
ext^rieure accuserait deux ba8-c6t^s avec croisillons sor la moiti6 de ia
longueur, et m^me hauteur que la nef centrale.
De TEglise de Biarrote, au diocese d'Aire.
A une epoque dont la date nous est inconnue, T^Iise de Biarrotte
avaitsubidef&cbeuses transformations. Quelques fouilles r^centes, faites
dans les murs, k Tinstigation et sous Tintelligente direction de M. le
baron d'Olce, ont fourni la preuve incontestable que TMifice antirieur
remontait i la belle 6poque du style romano-bysantin.
« A la hauteur des places qu'occupent, k droite et k gauche, les divers
» membres de notre famllle, — nous 6crit M. Gustave d'Olce,— on a mis
» k jour deux fen^tres k plein cintre, ^vas^es k Tint^rienr et se r^tr^ds-
» sant du dedans au dehors, en forme de barbacane, de mani&re a
n n'avoir plus qu'une largeur de 0™ 45 environ k Text^rieur. La hauteur
» de la bale est d'un m^tre. A droite et k gauche sont, dans T^vasement,
« des colonnettes a chapiteaux feuillagfe, avec archivoltes dont les vous-
y> soirs k gorges et torillons sont orn6s de rosettes, de grosses perleset
» autres gracieux details de la seconde p^riode romane (4). — Au fond de
» Tabside, nous avons d^couvert, derri^re le retable, trois autres fen6-
» tres, tout a fait de m^me style, mais dont deux, une surtout, ont con-
)> sid^rablement souffert par r^tablissement d'une porte de sacristie.
» Elle fut ouverte en br^che, je ne sais quand, sans le moindre m^na-
i gement pour les colonnettes et les archivoltes histori^es qui enca-
» draient ces anciennes fenfires, Une restauration provisoire, faite pour-
» tant avec grand soin et dans le style primitif, nous permettra d'atten-
» dre que les ressources de la fabrique nous aident k mieux Taire, ou du
)> du moins k faire davantage.»
Le respect religieux avec lequel la famille de M. le baron d'Olce a
traits ces pr^cieux souvenirs de son ancienne 6gliseest un exemple tout
k faitdigne d*6loge. Nousserions heureux de le voir suivre partout dans
les m^mes circonstances. Malheureusement, c'est la pratique contraire
qui a trop longtemps pr6valu dans notre Province ecclfeiastique.
(1} Voir, pour rintelligence de ces d<^tails et la forme dc cetto fendlre, la figure 10
de la planche H.
F. C.
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BRE7IS nSTRDlEHTORDH SERIES :
PIfiCES JUSTIFICATIVES ET DOCUMENTS
Document n^ ^. — Voir page ^6.
(Extnii da P. A. Mongaaiard, lib. ii^ cap, %, fol. 1050.)
Aubiet est one petite locality du diocese d'Auch, h Test de cette ville,
et k la distance de deux bonnes lieues de Gascogne. Pour qu'on ne
puisse pas m'accuser de sacrifier la verity h Taroour de ma patrie, je
dirai que tout y est mediocre; ou si quelque chose Test moins, ce n'esl
que par exception. Le site de cetle petite \ille n*est ni trop 6lev6, ni
trop bas; elle est bfttie sur le penchant d'une colline; la riviere de Larrax,
qui la traverse, les pr&, les bois, les vignes et les jardins, qui Ten-
tourent, la rendent passablement agr^able. La fertility du sol est, je
crois, la seule chose qui Thieve au-dessus de la m&liocrite; car, sous ce
rapport, Aubiet ue le cede en rien h aucune autre terre de Gascogne.
Les esprits y sont 6galement m^diocres; toutefois, je me souviens d'en
avoir connu dans mon enfance, qui, avec un peu de culture, seraient
devenus remarquables. La pi6t6, enfln, y est assez ordinaire : en voici
cependant quelques traits qui m^ritent mention. II y a trois ^glises, sans
compter une chapelle ext^rieure consacr6e a Ste-Calherine. Dans la plus
grande, qui est d6diee a N.-D. de la Charity et k S. Martin, se trouve
un autel consacr^ a S. Eutrope, ou Ton conserve des reliques de ce
saint. Parfois, il arrive qu'un pr^tre les met en contact avec du vin,
deja benit, que lui prfeentent les fideles, et que Ton sert ensuite aux
malades, sous forme de boisson, principaleraent aux hydropiques et
a ceux qui 6prouvent de violentes douleurs d'estomac; et ils s'en
trouvent bien. A Marciac, pendant tout le cours de I'annfe, dans
une chapelle dedi^e au bienheureux Eutrope, ils vont chercher ainsi le
mfime soulagement; et c'est pour cela que, le dernier d'avril, jour de la
Rle de ce saint, on y voit un si grand concours de peuple comme I'at-
testent les archipr^tres (^). — Pour en revenir k Aubiet, ce que j'y ai re-
(1) Cel usage n'a plus lieu. On a mdme changd le vocable de la chapelle ]at6rale
qui poss4daH, a Marciac, la relique de Sent Estropi.
a
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— II —
inarqu6 de particulier, c'est Tusage, que les enfants s'obstinent i con-
server, de se grouper autour du maltre-autel, quand ils vonl k T^glise
pour entendre la messe; et li, au moment oil la Sainte Eucharistie, apres
la consecration, est ^lev^e par le pr^tre, tout k coup lis se mettent i
crier, de toute la force de leur voix, et k diverses reprises : • Segnour,
Diou misericordie » c'est-i-dire, ayez piti6 de nous, Seigneur Dieu; afin
que ces acclamations, aussi discordantes que singuli^res, entendues de
ceux qui passent dans le voisinage, fassent sur leurs esprits une forte
impression. II est une autre particularity que j'ai remarqute dans le
bapt^me des petits enfants; c'est la coutume, quand on r6pand sur leur
t^te Teau r^gen^ratrice, d'annoncer cette ablution sacr^, k trois re-
prises, avec les plus grandes cloches. Si c'cst un gar^on, on sonne neuf
coups, k peu pr6s comme on fait pour TAngelus; si c'est une petite fiUe,
on se contente de six. Get usage a-t-il pour but d'inviter les absents k
prier pour Tenfant baptist? Le fait est qu'on entend alors toutle monde
s' Verier : « Dieu te b^nisse. » II y a aussi des confr^ries d'adultes, irig^
pour entretenir la piet6, et 6tablies tr^s r6guli6rement; les trois pre-
mieres sont sous le vocable de S . Nicolas, de S. Jacques et de S. Eu-
trope. Mais la principale de toutes, sans contredit, est ceile du Corpus
Christie k laquelle sont seulement admis les treize plus notables de la
ville. Void deux de leurs principales obligations : la premiere, c'est que,
toutes les fois que le S. Sacremeat va etre porte k quelqu'un de leurs
confreres malades, ilsdoivent Taccompagner en surplis, nu tete, et avec
une grande torche de cire enflamm^e k la main. La seconde, c'est qu'ils
doivent se r6unir dans le m6me costume, le premier jeudi de chaque
mois, pour une procession oil Ton porte le Saint Sacrement sous le dais;
et puis, chaque semaine, k pareil jour, ils doivent assister k une messe,
cei6br6e en Thonneur du T. S. Sacrement, sous des peines rfaervte
aux absents, et qui les atteignent sans exception. Une chose digne de
remarque dans cette messe, c'est le Kyrie Eleuon qu'ils chantent avec
mille modulations. J'en consigne ici une copie pour que le souvenir ne
s'en perde jamais.
KiaiE Pater aeterne, fontana Seignecb, Pere Eternel, prindpe
Deltas, ex quo manant flumina re- Gr^ateur, d'oii d^coulent tons les
rum, ELEisoN. etres, comme les fleuves de leur
source, atez pitie de i«ous.
EraiE, fons coaBternse lucis et Seigiyeur, source de la lumiire
claritas, lucem formans primo coeternelle, lumi^re par excellence,
dierum, eleison. qui cr^lites la lumi^re au premier
jour, AYEZ PITIlfc DE NOUS.
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Ill —
Seignbub, fontaine c61este, bont^
sans mesure, qui nous donnez du
del le painde vie, atbz pitii^ db nous.
Christ, source de lumi^re, lu-
mi^re de lumi^re, fertile montagne
de Dieu, qui nourrissez celui qui a
faim et ie rassasiez du pain de vie^
ATBZ mit DE NOUS.
Christ, la voie, la v6rit6 et la vie
des cceurs; la nourriture des intel-
ligences, qui charme le godt et qui
rassasie, ayez pitie de nous.
Christ, dont le corps sacrt, pris
en nourriture, donne une force in-
vincible contre tons les obstacles
du salut, ayez piti^ de nous.
Seigneur, gloire du P^re et du
Fils, Esprit de Tun et de Tautre,
quoique indivisible; vous dontFins-
piration est la r^gle des mceurs,
AYEZ pitie de NOUS.
Seigneur, qui 6tes le flambeau
de la Y^rit^ gratuitement r^pandu,
qui vous nommez Paraclet, et qui
consolez les ai11ig6& d'ici-bas, ayez
villi DE NOUS.
Beignbur, purifiez le palais qui
godte le pain d^iicieux venu du
ciel, et que vous avez form^ vous-
m^me dans le sein de Marie, ayez
PITii: DE NOUS.
Je citerai, comme dernier t^moignage de la pi^t^ de mes coropa-
triotes, la f^le des SS. Martyrs Abdon et Sennen qu'ils c616brent en grande
(1) Nous n'avions pas rencontre ailleura lo Kirie insolUe qui vient de fixer 1' attention
des lecteurs du Bulletin. Celtc pi6ce, du reste. n'est pas, on le voit, une des moins
curieuses que nous ait conserv^es le P. Mongaillard. Nous aurons I'occasion d'en
citer quelques autres semblables, dans nos recherches historiques sur I'art musi-
cal religieuxj et de parlor plus au long de ces series de chants que le moyen-^e
appelait Farcis. La pratique en ^taitfort r^pandue, avant le xvii* si^cle, surtout dans
le midi de la France. 11 est mSme a remarquer quo les fiddles alternaient. par fois,
en langage vulgaire, dans ces acclamations laudatives que le choeur chantait dans sa
langue litargique. — A. K.
Ktrib, fons superne, redundans
bonitas, panem mittens de ccelo
verum, eleison.
Christb, lucis fons, lux de luce
prodiens; Dei pinguis mons, quo
pascente vivit esuriens et impletur
pane vivente, eleison.
Christb, cordium via, vita, Veri-
tas; cibus mentium, in quo sistit
summa suavitas et satietas consis-
tet, eleison.
Christb sumptio tui sacri corpo-
ris est refectio vires praebens im-
mensi roboris, et molesta salutis
demens, eleison.
Kyrib, decus amborum, Patris
Natlque, et duorum non duplex
Spiritus : quo spirante lux datur
morum, eleison.
KTRiE,qui veritatis lumen es dif«
flisum gratis, dictus Paraclitus,
dans solamen bis desolatis, eleison.
Kyrib, sana palatum, quo gusta«
mus panem gratum et missum coe-
lltiis, in MariA per te formatum,
eleison (^).
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— 1? —
pompe. Pour en augmenter la solenniti et I'all^gresse, ils font appel
h tons les joueurs d'instruments, qui sont pay& aux frais de la com-
munauti, k la seule condition d'assister, le jour de la f6te, a^ec
leurs instruments de musique, en chantant les louanges de Dieu, k la
procession qu'on fait par toute la ville, a la iUesse solennelle et aux
VCpres, ainsi qu'aux Complies de la veille et aux r^jouissances publi-
ques qui se donnent le lendemain aprfes le repas. Tout le reste se r&ume
dans les plaisirs de la table, s'il y a lieu. Mais comme I'ftme y trouve a
se satisfaire beaucoup moins que les sens, je n'en dirai rien.
[Traduction de M, Fontan.)
Document n9 2.— Voir page 19.
DE L4 GA8G0GNE
Par le p. A. MONGAILLARD.
DSDIGACE
A la TrhB Sainte Trinity.
Ge petit coin du sol fran^ais, la Gascogne, que vous avez earicbi,
6 Tr^s Sainte Trinity, de tant de blens si prteieux, je le vois, malgrt
son opulence, malgr^ Tabondance des faveurs divines, malgr6 le nom-
bre considerable de ses habitants, d^pourvu d'ecrivain qui en fasse
reioge. Car parmi tant d'hommes d'un talent sup6rieur, que vous avez
formes dans la Gasoogne, depuis le commencement dumonde, Auguete
M^jeste, il ne s'en est pas trouv6 un seul qui ait voulu appliquer sod
intelligence a d^ouvriret^ mettre en lumiire les tr^sors que vous
avez entass^ dans cette province avec une si paternelle lib^ralit^,
Beatissimee TrinitAti.
Angulum hunc gallici soli (Yasconiam noto) quern tu, 6 Beatissima
Trinitas, tot tantisque bonis locupletasti, egenum in magnis opibus;
in abundanti divinorum donorum copia inopcm; in maximft frequenliA
orbatum laudatore video. Necenim inventus est e tot sagacissimi ingenii
viris, quos tu, Augustissima Majcstas, ab orbe condito in Yasconi^ doq
paucos formasti, qui ingenii sui acumen in aperiendis ornandisque the-
sauris, quos tu, ditissima bonilas, in Yasconia recondisti, exerceret, ut
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afiQ de vous rendre, par \k, les louanges infinles qui vous sont dues, et
r^pandre une abondante lumi^re sur sa ch6re patric. Ce qui m'a
toujours afflig^, depuis que je respire, et ce qui doit, en effet, lou-
jours attrister les &mes qui vous aiment, c'est de vous trouver si peu
^lorifl^ dans cette partie du monde ou vous avez livr^ aux mortels une
si abondante moisson de gloire k vous offrir.
Mon but en prenant la plume, c'est d'annoncer a tons les hom-
ines, selon mon pouvoir, la gloire immense que votre ineffable gran-
deur m^rite a raison des richesses prodigieuses dont elle a anond^ le
sol gascon, c'est de glorifler votre nom en presence de mes fr^res.
Vous le savez, 6 P6re et source de lumi^re, qui m*avez inspire cette
pens6e, qui m'avez aplani toutes les difficultes, qui m'avez divoil^
les secrets les plus cach^,oui, vous savez que j'ai plus d'une fois ad-
mit^ comment, aussi born6 que j'ai la conscience de F^tre, j'ai pu
atteindre ce que j'ai d6couvert au milieu des t^n^bres si 6paisses du
pass6; comment, embarrass^ mtoe de simples bagatelles, j'ai pu ter-
miner ce travail, malgr6 les charges et les devoirs tr^s considerables
que m'impose ma condition de religieux; comment avec aussi peu de
valeur personnelle, j*ai pu p^n^trer dans ces r^ions myst^rieuses qui
ont ii& inaccessibles, jusqu'a pr6sent,aux hommes du plus grand poids.
Ce succes, c'est a vous seulement que je le dois; c'est aux m6-
hinc infinitas tibi laudes persolveret debitas, piaeque patriae lumen affer-
ret. Hoc me, ex quo spiro, anxium semper tenuit; et ver6 cunctos qui
te diligunt torquere debet, quod inglorius in eh raundi provincift in^
veniare, in qua tantam gloriae tuae segetem mortalibus denietendam dis-
seminasti.
Hoc meis calamum digitis admovit, ut gloriam ingentem, quam inef-
fabilis celsitudo tua ex uberrima in Yasconi^ tuorum bonorum profusione
mereris (sic), utcumque valuero, omnibus annuntiem hominibus et
enarrem nomen tuum fratribusmeis. Ipse scis, pater et fons luminis, qui
mihihunc animum injecisti, et difficillima qumque explanasti abstrusis-
simaque aperuisli : ut mirabile fuerit persaepe in oculis meis, quo pacto
homo tantae ingenii tarditatis, quantae mihi mei conscius sum, ilia sim
assecutus qui (sic) in tantis retroacti temporis tenebris consecutus sum;
et homo in nihil agendo implicatissimus, muneribus et obsequiis Reli-
gionis occupatissimae addictus, opus istud ad exitum perduxerim : et
homo tarn exiguaB auctoritatis, ea arcana perlustrare potuerim, quae
gravissimis quibusque viris occlusa semper fuerunt.
Hoc nisi tuum est; nisi Virginis Unigeniti tui genitricis meritis da-
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— VI —
rites de la Vierge, m^re de votre fits unique, c'est aux prieres de nos
saints 6v6ques el des autres bienheureux que j'en suis redevable, ou
je ne saurais k qui rallribuer. Mais quoi? Va-t-on se persuader que je
me promette de raconter toutes les merveilles que vous avez op^rees
dans la Gascogne, comme se promettait de le faire le proph^te royal?
Je n'ai pas une plume assez fi§conde, un langage assez divin pour me
croire capable de retracer, je ne dis pasavec la derniere exactitude,
raais m^me sommairement toutes les merveilles que votre Puissance
cr6atrice a repandues sur la terre des Gascons. De toute part, en effet,
je ne vois que merveilles 6tonnantes el en tr6s grand nombre, quoique
en r6alit6 on ddt les croire peu nombreuses, si on les compare a
tout ce que je passe sous silence.
C'est ainsi que parmi les hommes les plus ^mincnts, je mention-
nerai uniquement ceux que je croirai participants du banquet de votre
gloire in^puisable; je veux dire les nombreux 6v6que8 de la Novempo-
pulanie, et en particulier les archev6ques d'Auch, dont la province a
les m^mes limites k peu pr^s que la Gascogne. En racontant leurs
actions 6clatantes, je c616brerai votre gloire immortelle. L'histoire de
quelques h^ros que je m^lerai k ce r^cit, la description de quelques
autres merveilles dont je Tembellirai seront comme autant de cou-
leurs qui viendront rehausser Tdclat du tableau que je consacre a votre
gloire.
tum; nisi beatorum antistitum aliorumque precibus comparatum, nescio
cui adscribendum. Quid ergo? Omniane mirabilia tua, quse in Yasconift
edidisti, me narraturum, uti sese Regius psaltes facturum spondebat,
polliceri quis <BStimet ? non ills mei sunt styli vires; non illud angelicum
eloquium, ut omnia quae creatrix tua potestas in Vasconift edidit, dod
dico ad purum exequi, sod ne summatim quidem perstringerc posse mc
arbitrer : et prsestantissima quseique, eaque bene multa, perpauca licel,
prsetermissorum collatione.
Ex innumeris enim cordatissimis dumtaxat viris eos enumerabo, quo-
rum e numero multos crediderini glorias tuse inexhausts sympositiotw
(sic) assistere, antistites dico Vasconise, sed maxime auscios ar*
chiprsesules, quorum provincia iisdem fere limitibus, quibus Yasconia
continetur. Horum ego dum praeclara proponam facinora, immortales
tuas prsedicabo laudes; et dum eorum gesta quorumdam heroum ads-
pergam narratione, aliarumque rerum pulcherrima rum expoliturus sum
commemopatione, quasi coloribus additis, semper gloriae tuse tabellas
adornabo.
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— VII —
Daignez agr(5er, 6 Tr^ Sainte Trinil6, ce mince present, cette of-
frande si ch<5tive que voire indignc serviteur ose appendre k vos au-
ttis. Veuillez jeler un regard favorable sur ce travail, afln qu'entre-
pris pour voire plus graade gloire, il ne lourne ni a noire d&honneur,
ni au prejudice de nos concitoyens.
Sil libi graturo, 6 Trinitas Beatissima, munusculum istud et anathe*
ma perexile, quod allaribus tuis appendit servus tuus indignus. Foveto»
quaeso, illud, ut, quod ad mcgorem tibi gloriam referendam susceptum
est, in dedecus neu nostrum vergal, neu in propinquoruni detrimenlum.
DESCRIPTION DE LA GASCOGNE. -
La Vascogne, que nous dtoivons, et qui nous fournil, de toute pari,
dans ce travail, Toccasion d'offrir a Dieu une abondante moisson de
louanges, est cetle partie de la Gauleque Jules C6sar a dfeign^e sous Ic
nora d'Aquitaine. EUe a absolument les mfimes limiles : I'Oc^an, les
Pyr6n6es el la Garonne. Aujourd'hui, elle est appel6e comraun6ment
Gascogne. Les dcrivains et les cosmographes ne Tayant pas assez exacte-
ment d&rile jusqu'a prfoent, nous sommes oblige de faire connaltre, avec
plus de nettete et d'exaclltude, chacune de ses parties, ses provinces, ses
dioceses, ses monlagnes, ses rivieres el tous les autres details. Aussi allons-
nous mettre en ceuvre sinon le pinceau de Tartiste, au moins la plume
d'un 6crivain digne de foi. Mais avant tout, nous devons faire observer
quele nom de Gascogne et celui d'Aquitaine n'ontpas la m^me antiquity.
Le nom d'Aquitaine, en efTet, fut connu de Jules C6sar et des auteurs
qui ecrivirent apr6s lui. II fut appliqud dans la suite a cerlaines autres
parlies de la Gaule; car, dans la division de ce vaste pays, telle que
C6sar nous la donne, cette troisi6me partie, que nous d6crivons(4), a
6ii seule appelte Aquitaine, comme nous venons de le dire. Voici, du
resle, les paroles des Commentaires :
i La Gaule enti^re est divis^e en trois parties, dont Tune est habits
» par les Beiges, Tautre par les Aquitains, la troisiftme par ceux qui
» dans leur langue se nomment Celles, et que nous appelons Gaulols. Ces
n nations different entre elles par le langage, les moeurs et les lois. Les
» Gaulois sonl s^parfe des Aquitains par la Garonne, et des Beiges par
i la Marne et la Seine. » Plus bas, C^sar ajoutis : <( L'Aquitaine est
» born6e par la Garonne, les Pyr6n6es el cetle partie de I'Oc^an qui
» baigne les c6tes d'Espagne : elle est situ^e au nord-ouest.» (2j
(1) Les deux, autres sont la Belgique ct la Cellique.
(2) C^sar indiquc la position g^ographique de I' Aquitaine par rapport a T Italic.
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— vin —
Apres la mort de Jules C<isar, Temperour Auguste ajouta h T Aquitaine
une grande partie de la Celtique, c*esl-a-dire toule celle qui s'&end
depuis la Garonne jusqu'i la Loire. De sorte qu'a partir dece moment,
lout lo pays, entre la Loire, les Pyr^ntes et I'0c6an, porta le nom
d'Aquitaine.
Cette province, ainsi form^e par Auguste, se trouvant Ires vaste, fat
subdivis^e plus tard en ^^ Aquitaine, 2« Aquitaine et Novempopulanie.
Le Pfere Sirmond, de notre Compagnie, dans ses annotations sur Si-
doine, rend compte, en partie, de ce changement. Yoici ses paroles :
« Primitivement, les provinces n*6taient pas divis6es : la plupart I'ont
» 6t6 dans la suite, au gr6 des empereurs. De \h vient que quelques-
• unes ont 6t6 appel6es premi^es^ d'autres secondeSj d'autres troisii-
» mes; et ainsi de suite, selon le nombre des provinces nouveUement
» formtes. II y eut, par ce moyen, deux Aquitaines : la premiere, ca-
» pitale Bourges; la seconde, capitaie Bordeaux. Mais, lors du partage
w des provinces, on a toiyours donn6 le nom de premiere a celle dans
» laquelle s'est trouvee la Mfitropole qui, avant la division, 6tait la ca-
» pitale de la province. Ainsi, on a appel^ premiere Narbonnaise, celle
» qui poss6dait Narbonne; premi(^re Lyonnaise, celle qui poss^ait
» Lyon; premiere Aquitaine, celle qui possddait Bourges. De Ih Tori-
» gine des primats; car les m^tropolitains des provinces premieres
» 6taient primats des autrcs provinces 6num^rtes sous le m6me nom.
» Ainsi, r^v^que de Lyon, comme on le voit dans la 34« et 35« leltres,
» livre vf, de Gr^goire VII, est primat des quatre lyonnaises. De mtoe,
» les ^v^ques de Bourges ^taient primats des deux Aquitaines; et ainsi
» dans les autres provinces, lorsque d'une on en faisait plusieurs, le
» primat fut toujours dans la premiere et la plus ancienne des M^tro-
» poles. B
Yoila ce que dit Sirmond. Ajoutons que la seconde Aquitaine fat
sp^cialement appel^e Guyenne, au moyen d'une l^gere modification de
son premier nom. Et aujourd'hui cette nouvelle denomination, combi-
n^e avec d'autres mots distinctifs, designe les fractions diverses de
I'ancienne province d'Aquitaine. Car la s^nechausste et le gouverae-
ment de Guyenne ne sont pas exactement le m^me territoire. Nous ap-
pelons s^n^cbauss^, en Guyenne, seulement cette portion du Bordelais,
qui est souraise au pr^teur ou s^n^chal de Bordeaux, et qu'on nomine
vulgairement « s^nechauss^e de Guyenne; » tandis que nous appelons
« gouvernement de Guyenne » uon-seulement notre Gascogne, mais
encore TAgenais, le pays de Cahors, et enfln tout ce qui depend du gou-
verneur d' Aquitaine.
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— IX —
L'Aquitaine des aneiens avait ^t^ ainsi nomm^e du mot latin Aqtus
(eaux), disent quelques auteurs, parce qu'elle est la province de la Oaule
oh les rivieres, les sources, les ^tangs, les masses d'eaux, en un mot, sont
les pins nombreuses. D'autres pensent que TEquitaine, comme ^crivent
des manuscrits tr6s aneiens, est ainsi appel^, parce qu'elle produit, en
abondance, des .chevaux (equi) de bonne race, comme je le dirai plus
bas; et en particulier, parce que les habitants savent tr^s bien se servir
de leurs chevaux dans les batailles; car voici ce que dit Gfear au livre
troisi^me de la guerre des Gaules :
« A la nouvelle de Tarriv^ de Grassus, les Sotiates (les premiers des
i Aquitains que les soldats de C^r aient attaqu^) rassemblent des
» troupes nombreuses, surtout de la cavalerie, leur prindpale force, et
» attaquent notre armte dans sa marche. Le combat commence par la
» cavalerie; les n6tres les repoussent et les poursuivent. Alors Tinfan-
» terie des ennemis, placte en embuscade dans un vallon, parait tout
» h coup, etc., etc.))
Mais r^tymologie du mot Aquitaine n'est ni aquay ni equi^ mots em-
prunt^s a la langue latine, que nos Aquitains ne parl^rent jamais, avant
leurs relations avec les Remains. Et quand ces derniers p^n^trent en
Aquitaine, G^ar donne aux indigenes, comme il Ta fait pour les Geltes
et les Beiges, le nom qu'ils portaient depuis longtemps. II est done en-
Uerement certain que le nom 6! Aquitains a une autre origine. Mais
comme il ne reste dans la m^moire des hommes aucune trace de sa
provenance, nous demeurons dans I'incertitude sur ce point, et nous
acceptons Taneienne denomination telle qu'elle nous est venue.
Mais le nom de Gascogne est beaucoup plus rdcent. II ^tait cependant
conna de PUne« contemporain de Veapasien, qui, au livre iii«, chapi-
tre4,compte les Gascons parmi les peuples voisins des Pyr^ntes; et
qui, au livre iv^ chap. 34^ parle de la for^t des Gascons. Tacite^ au
livre IV® de ses histoires, rapporte que des cobortes de Gascons, venues
de la Gaule, all^rent porter du secours & Tarm^e romaine, en Germanie.
Et Juvenal, dans sa w satire, vers 96, vantant la Constance des Gas-
cons, qui, assi^g^s par Mdtellus, aim^rent mieux se nourrir de chair
humaine que de capituler, s'exprime ainsi : c On dit que les Gascons
prolong^rent quelque temps leur vie k Taide d'un semblable aliment.
Mais la circooslance ^tait bien dilT^rente : la jalousie de la fortune, les
derniers malheurs de la guerre, les horreurs d*un long si6ge, tout les
r^duisait a cette affreuse extr(imite. Leur exemple ne doit inspirer que
de la compassion. » On dil bien que Ptol^mee a connu Ic nom de Gas-*
cons, quoiqu'il ecrive Vascorum au lieu de Vasconutn. Pour moi, je ne
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connais aucun auteur ant^rieur h ceux que j'ai citfe qui ait desigo^ ce
people par son vrai nom.
La Gascogne a ^t^ divtste en deux parties, Sup6r%eure et Infirieure :
DOS peres disaient Grande et Petite. Nous savoos cependant que cer-
tains auteurs donnent k la Grande Gascogne un territoire plus ^tendu
que d'autres, comme nous le dirons avec plus de d6t|uls quand nous
parlerons des comtes. Ordinairement, toutefois, les mots grande et
iup6rieure sont pris ici comme synonymes; car la supMeure est
en r^alit^ la grande par I'etendue du territoire, par la fertility du sol,
par le nombre et la c^l6brit6 de ses villes, et parce qu'elle est aussi la
plus peupl^e. Et c'est pour ce motif, sans doute, que certains lui donnent
parfois, de pr^f6rence, le nom de Gascogne; et celui de comtes de Gas-
cogfie aux comtes d'Armagnac ou de Bigorre qui gouvem^rent ancien-
nement cette province.
Leur autorit6 cependant ne s'6tendait pas au Bordelais. Et le meillau*
moyen de determiner par des limites, ce serait, je crois, de tracer nne
ligne transversale depuis Agen jusqu'& Bayonne. La partie situto au
midi de cette llgne serait la Gascogne sup^rieure, et la partie situte au
nord, du c6t6 de Bordeaux, serait la Gascogne inf6rieure.
La Gascogne sup^rieure comprend done approximativement le pays
que Ton trouve au pied des Pyrto^es; puis, en remontant vers le nord
jusqu'i Lectoure et les contries soumises k la juridiction du M6tropo-
litain d'Auch. J'ai dit approximativement^ parce que cette juridiction
s'^tend plus loin^ j usque dans la Gascogne infi§rieure. De son c6t^ oette
derni^re, longeant les c6tes de TOcton, va jusqu'& Tembouchure de la
Garonne.
Les deux Gascognes ont cbacune k part des seigneuries spirituelles
et des seigneuries temporelles. Parlous d'abord des premieres.
On trouve dans la Gascogne sup^rieure rarchev6ch6 d' Aucb, et dans
I'inf^rieure, celui de Bordeaux. Toutefois, la juridiction m^tropolitaine
de ces deux pr^lats d^passe, pour chacun, la Gascogne qui loi est pro-
pre, sans pour cela Tembrasser tout enti^re, comme nous aliens le
voir.
Ainsi, rarchev6ch6 de Toulouse a quatre suffragants, dont le diocise
est en en tier ou en grande partie dans la Gascogne sup6rieure; etl'arche-
v6cb6 d'Auch en a deux dans la Gascogne infiirieure. Par cons^uent^
dans la Gascogne sup^rieure, il y a deux archev^ch^s, celui d'Audi et
une partie de celui de Toulouse; il y a de plus douze ^v^cbi^, savoir :
les ^v^cb^ de Pamiers, de Montauban, de Lombez, de Rieux, de Gou-
serans, de Comminges, de Tarbes^ d'Oloron, de Lescar, d'Aire, de
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— II —
Bayonne et de Lectoure. Les quatre premiers sont suffragants de Tar-
chev^ch^ de Toulouse, et les huit autres de celui d'Auch. Dans la Gas-
cogne infirieure, il n'y a qu'un si^e archi^piscopal, c'est celui de
Bordeaux. Et de plus, il y a trois 6v6ch6s, savoir : ceux de Dax, de
Bazas et dc Condom. Or, les deux premiers dependent de rarchev6ch6
d'Auch; tandis que le troisieme ressort de celui de Bordeaux, depuis
qu'il a ^t^ comme arrach^ de la province auscitaine. Car cette province
d'Auch comprenait autrefois toute la Gascogne, prise en g^n^al, k
I'exception de tr^s petites fractions qui appartenaient en partie au dioc^
de Toulouse, et en partie k celui de Bordeaux. Aussi aurait-on pu avec
raison appeler I'arcbev^que d'Auch archev^que de la Gascogne. Par
i&, on comprend ce que je disais tout k I'heure, que la province de I'ar-
chev^que d'Auch, quoique embrassant une grande partie de la Gasco-
gne sup^eurcy ne I'embrasse pas tout enti^re, puisque la province de
Tarchev^que de Toulouse en prend une petite partie. Et d'un autre
c6t6, il est hors de doute que la province de I'archev^que d'Auch s'^tend
audel& des iimites de la Gascogne sup^rieure, puisqu'elie comprend une
grande partie de la Gascogne inf§rieure. II faut en dire autant, propor-
tion gardte, de I'ardiev^ch^ de Bordeaux. Cette cons^uence est assez
claire pour que nous n'ayons pas besoin d'inaister davantage.
Quant aux seigneuries temporelles, il y avait autrefois dans la Gas-
cogne huit comt^s^ c'est-&-dire ceux d'Armagnac, de Fezensac, de
Pardiac, de Gaure, de I'lsle, de Comminges, de Bigorre el d*Astarac :
et chacun de ces comt^s ^tait gouvern^ par un comte particulier. II
y avait aussi un duch6, celui d'Alhret; plusieurs vicomt^, ceux de Lo-
magne, de Magnoac, de St-Girons, de Fezensaguet, de Juliac* d'Uzte,
de Tartas, et quelques autres.
La plupart de ces seigneuries, et m^me presque toutes, se trouvent
aujourd'hul rattach^es au domaine royal de France. Cependant chacune
conserve ses Iimites, sa juridiction, son nom, un bon nombre de ses
anciens privileges. Chacune aussi doil compte au ilsc de certains droits
et redevances. Plus tard, nous reviendrons sur chaque vicomt^ en par-
ticulier.
Nos p^res ne reconnaissaient qu'un seul marquisat, celui de Funarcon.
Je suis inform^ qu'aiyourd'hui il en existe plusieurs, et que d'autres
vont Hve cvUs au premier jour.
{Traduction de M. Bcmgnires,]
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— Ill —
Doeumeni n© 3. — Voir page 35.
TESTAMENT d'Amaud Espiau, dit DuU, habitant de Lavardens,
re^ par Vabbi Jean Gouz^e, vicaire de V4gl%se dudit lieu^ \k
novembre ^(553.
€ L'an mil six cefnt cinquante-trois et le quatord^me joor de novem-
bre pres les m^h^ries denbouhitlot, c'est pr^nt^ decant moy Jan
Oouz^ne pr^tre et vicayre de i'eglize saint Midiel de Lauuardenx,
Amaud Espiaa dit Dul^ lequel ma requis vouloir entendre ce qu'ay fait
et occasion de labsanee des notaires du dit Lairoardenx sen 6tant ab-
sent^s pour euiter la rigueur de la maladie contagieaze ma pri6 de vou-
loir escripre sa demi^re volont^ affln que ceux a quil doit soint satiffaicts
sur ses biens et dautant quil croit ^tre bless^ de la dite maladie con-
tagieuze, et sachant qui! ny a ricn de plus certain que la mort ny din-
certain que Ibeure, c'estpourquoy apr^sauoir recommand^ son ame a
Dieu et fait le signe de la croix mauroit d^clar^ quil vouloit quil feut
prins sur ces biens par ses b^ritiers bas nommte la somme de cinq li-
vres pour 6tre employ^ en messes de Requiem pour le s<Mi]agement de
son hme imm^diatement apres sa mort^ a diet ausy quil auoit est^ mari£
avcc feu Janne Sabatt^ duquel maHage auroint estd l^timement pro-
cr^ quatre fllbes a scavoir, Domengette, Marie, Antbonio,. et Je&ne,
les quelles filhes il fait et nomme ses h^ti^res ^gales et universelles de
tons et chacuns ses biens presants et aduenir, et au cas que les dites
fllbes viendront a mourir sans enfans de legitime manage veut et entend
que ses dits biens soint substitu^ a maistre Jean Gortade procurer aux
finances de Tboulouse, veut et entend ausy que tous ses deptes soint
pay6s, mais a cause quil auroit est^ oblige enuers plusieurs auxquelz: ii
auroit satisfait on en partie auroit diet quil auoit pay6 au Francison diet
muni6 le dit autreffois rouni^ de Lahontan la somme de quatre escuz;
aux carboues qui travailboint au bois de Lalanne la somme ausy de
quatre escuz; dit ausy 6tre oblige au Fiansat de Monseuramoun de
treize testes de br^bis lesquelles le dit Fiansat a retirees; ^tre oblige
ausy a Bernard Sabatt^ dune mule laquelle ledit Sabatt^ a retirte; a
diet ausy qu'il etoit oblige au dit Bernard Sabatt6 pour vingt et quatre
liures le quel Sabatt6 auroit prins une barrique vin et quatre liures seize
sous en argent; a diet ausy deuoir a Bernard Daubas dit de la Joua-
nette un sac bled lequel il veut et entend quil soit pay6 sur ses biens; a
d^clar^ ausy quil navoit iamais est^ d'accord auec son fr^re Sanxon
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— XIII —
Espiau touchant la division et partage des biens que leur p^re leur
aoaait lalss^, et pour cet effet auroit diet que feu leur p^re auroit dona^
a son dit fr^re Sanxon en pactes de manage la somme de quinze escus,
lesquelz seroint prins sur tous ses biens et au dit Arnaud auroit donn^
la moiti^ de tous et chacun ses biens du cost^ de la riviere qui tire vers
les m^theries Denbouhilot; que si le dit Sanxon son frere veut quil re-
lache ausy quinze escuz il consant volon tiers, et que ses dilz h^rit^res
consantent au d^laissement de la moyti^ des dits biens, a luy laiss^
par prto'peu et aduantage par son dit pere affln que le tout soit mis en-
semble et partage esgalement. Confesse ausy qu'il y avoit dans la mai-
son lors du d6ces de son p6re de meubles a partager a scavoir, trois
barriques, une pipe, et un fouloir le tout a mettre du vin ou de van-
dange; trois assiettes et deux plats estaing; larchelit (bois de lit) de son
pere; un houyean; deux metiers a faire de la toile; dit aouoir iouy le
bien et part de son fr^re depuis la mort deson dit pere et avoir defrich^
le bois quil estimoit deux escus, comme ausy nauoir rien bailh6 a son
dit fr6re depuis la niort de feu son p6re, qun sac bled, une cartal febues,
un coupet poix carr^s, une charge de vandange, sauf que tous les ans
le dit Arnaud auroit fait travailhe le dit bien et cnsemens^ et pay6 les
tailhes^ de quoy le dit Arnaud ma requis a moy sus dit Gouzene lui re-
tenir sa dite volonl^, ce quoy fait apr6s lauoir ouy de confession ne
trouvant aucun temoing pour ny auoir que de femmes dans les dites
m^theries Denbouhillot, et ceux du voisinage pour 6trQ infects ou pes-
iKiris et dans les cabanes, et luy ay promis de remettre sa dite volont6
entre les mains d'un notaire pour en faire les expeditions n^cessaires
a qui appartiendra.»
Sign6 : Gouzene pr6tre, vicayre de Lauardenx
Document n® 4. — Voir page 68.
La piece qui suit ^tait oubli^e aux archives de la commune du Houga.
Elle a 6te d^couverte et d^chiffrfe avec le concours de M. le raaire et de
M. Lazl^s, notaire de cette ville, vers la fin du mois de roars ^858. Elle
contient une supplique adress^e au comte d'Armagnac dans les premieres
ann^es du xv« si6cle.
Bernard VII, conn^table de France, ^tait mort mjs^rablement, le
^2 juin ^4^8, a Paris, vaincu par la faction de Bourgogne, qui Tavait
massacre dans la cour de la prison du Ch^telet.
b
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— XIV —
Jean IV, son flls aln6 et son successeur, venait de recevoir, en cctle
quality, le serment de foi et hommage des barons du coint6 d'Armagnac.
Les consuls et la communaut6 du Houga voulurent profiler de son heu-
reux avenement pour obtenir de sa bienveillance,. d6ja bien connoe,
une double faveur dans TextrSme d<5tresse ou jse trouvait alors cetlc
petite commune.
EXEMPTION donnde^ le M d4cembre 44^8, par Jean^ comte d'Arma-
gnac, aux habitants du Houga, de payer aucun ^roit de piage^
dans tout le comt6 d'ArmagnaCy avec le pouvoir de construire ua
moulin daus les quatre cazaiix qu*ils avaient en fief du comie, sous
la redevance de douze sols de Morlaas^ retenu par Bertrand Bar-
ridrey collationn6 par Bernard Barri&re.
No 2. Ladrix.
Au nom du Seigneur. Ainsi soit-il. Sachent tous que Nous Jean
d'Avit, notaire, tenant la place du v^n^rable et discret Jean Fabre, ba-
cheller en droit, juge ordinaire de I'Armagnac et du Fezensac, en depa
de la Baise, pour notre sire le comte d'Armagnac, avons vu, touchi de
nos mains et lu de mot a mot des lettres patentes publiques, fcates sor
parchemin, 6man6es de Notre Sire le comte d'Armagnac, et scell6es de
son sceau — pendant, comme il 6tait manifeste ila premiere vue. Cest
par Arnaud de Castin, consul du lieu de Folgar, agissant au nom de
son consulat et de toute la communaut6 du mfime lieu, que ces lettres
nous ont et6 prfeent^es, communiqu^es et livrte, sans alteration, sans
ratures, sans corruption, dans leur integrity, nullement suspectes enflo
In nomine Domini. Amen. Noverint universi quod nos Johannes de
Abito, notarius locum tenens venerabilis et circumspect! Johannis fabri
Baccalarii in legibus, judicis ordinarii Armaniaci et fezenciaci citra
Baysiam, pro domino nostro comite Armaniaci vidimus, /tenuimus, pal-
pavimus et de verbo ad verbum perlegimus quasdam patentes et apertas
litteras pergamino scriptas, a Domino nostro Comite Armaniaci ema-
natas^ sigilloque suo in pendenti, ut primA facie apparebat, sigillatas;
per Arnaldum de Castino {\ ) Consulem loci de Folgario, nomine sui
consulates et totius universitatis ejusdem loci^ nobis oblatas, exhibitas
(1) Arnaud de Castin. Cette famille s'est ^teinte vers 1750. Lc dernier de ses r^r^
sentaotB avait et^ garde da corps : il est mort c^libataire et chevalier de St Louis.
Les Castin dtaient seigneurs de Gaubere (Houga) et du Bruillet en Lussagnct
(Landes).— J.-M. C.
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— XV —
en aucune tie leurs parties, mais exemptes de tout d^faut et k I'abri
de tout soup^OD, et dont la teneur se resume comroe il suit :
Jean, par la grftce de Dieu, comte d'Armagnac, de Fezensac, de
Rhodez, de Pardiac; vicomte de Lomagne, d'Auvillars, du Fezensa-
guet, du Bruilhois et du Carladez, et seigneur des terres de Riviere,
d' Aure et des montagnes du Rouergqe^i tous ceux qui ces pr^sentes lettres
verront, examineront, llront et entendront, salut. Etant demi^rement
dans le cMteau de notre villa, en notre Vic tie Fezensac, dans le but
d'entrer en possession nouvelle de nos terres et domaines, nous fut,
de la part de nos bien-aim^s et fiddles consuls et autres habitants
de notre lieu de Folgar, dans notre comt^ d'Armagnac, respectueuse-
ment offerte et pr^sent^e une supplique dans laquelle sont Certains arti-
cles, entr' autres, dont les teneurs, ^nonc^es successivement, se suivent
par ordre, et sont comme il suit :
Vous, tr^s souverain et tr68 puissant Seigneur et Prince, Monseigneur
le Comte d'Armagnac, supplient humblement vos pauvres soumis et
sujets les Consuls de votre dit lieu du Folgar, au nom de leur consulat
et de toute la communaut^ du dit lieu; parce que, a cause des guerres
et des troubles qui, depuis longtemps, out exists dans votre pays, ils
n'ont gu labourer : comme ils sont perdus a Textr^me frontl^re, tous
et traditas, non viciatas, non cancellatas, non corruptas, non abrasas
nee in aliqua earum parte suspectas, sed prorsus ac omnino omni vitio
et suspicione carentes^ quarum tenor in hunc recoligitur modum :
Johannes Del gratis comes Armaniaci, Fezenciaci, Ruthense, Par-
diaci, vicecomesque Leomaniae, Altivillaris, Fezensaguetti, Brulhesii et
Carladesii, ac dominus terrarum Ripparis, Aurise et4nontaneorum Ru-
' thenensium, universis et singulis prsesentes litteras inspecturis, visuris,
lecturis et audituris, salutem. Cum nuperin Castro nostras villae nostri
vici Fezensiaci interessemus ad causam adheptionis novae possessionis
terrarum et dominationum nostrarum, nobis pro parte dilectorum et fi-
delium Consulum aliorumque incolarum et habitatorum loci nostri de
Folgario comitatus nostri Armaniaci, reverenter oblata et praesentata
extitit quaedam supplicatlo in qua inter alios articulos sunt certi articuli
quorum tenores seriatim, per ordioem sequuntur et sunt tales :
€ A vos tres sobiran et tr^s poyssant senhor et prince mossenhor lo
comte d'Armanhac, supplican humillement, vostrds praubes sosm^s et
subjects, los cosselhs d6 vostr6 loc deu Folgar per nom d6 lor cossolat
et d6 tota la universitat deu dit loc qu^ per las guerras et tribulations
qu^ longtemps a, son estades en vostr^ pays, non. an podut laborar,
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— XVI —
leurs labours se sont convertis en hermes et en inches, tdlement que,
pour cela, ils sont tomb^ en grande misere et pauvret^, et n'ont pas
de quoi vivre. Car aprfes que votre dit lieu eut 6i6 dprouvSpca- la disette^
Vint la guerre; un mal sur un autre mal. Et, comme ils n'ont pas de
bl6 pour vivre, il leur faut, chaque jour, aller en acheter dans votre lieu
de Nogaro, quouart par quouart^ comme ils le peuvent mis^rableffleot,
en grande misere et pauvret^; et, nonobstant cette mis6re et pauvreti,
vos p^agers d'Armagnac les forcent et les contraignent k payer p^ge
du pauvre bl6 qu'ils ach^tent, et de toutes les autres choses^ ce qui leur
parait bien p^nible, voyant que toutes vos villes et propri^tfe de votre
comt^ d'Armagnac, situ6es dans ledit comt^, comme sont Nogaro, Ris-
cle, Barcelonne, Aignan et vos autres propri^tfe ne payent pas p&ge.
Et, comme votre dit lieu du Folgar est votre propri6t6 et paye les foua-
ges et donations, les habitants dudit lieu demandent k 6tre quittes de
ptoge, dans votre dit comt^ d'Armagnac, de m^me que le sont les dites
villes de Nogaro,"" Riscle, Barcelonne et autres propri^t^s. Ils F^taient
anciennement; mais ils commencerent k payer par extorsion; et, dq>uis
lors jusqtfici, ils ont eu k continuer. Pour ce motif, supplient humble-
ment, au nom du Dieu de mis^ricorde, votre tr^s grande noblesse et
puissance et tr^s b^nigne seigneurie, qu'ii vous plaise ordonner et
cum sien en gran frontiera abaritis, totz los laborages sien tornats en
hermes et bastaas tant qu^ perso son en gran miseria et praub^tat
paiizats qu6 non an d6 qu6 biu^, car a prop qu^ lodit vostr6 loc se
estat desiderata qu6 vengo laguerra; Tun mal sur Tautr^ mal,
et perso qu^ non an blad d^ qu^ biu^, los conbien, cada jorn anar ne
crompar a vostr6 loc de Nogaro, quar cada quar, aissi cum poden
miserablement en gran miseria et praub^tat et nonobstant aquesia*
miseria et praub^tat vostres peatgers d'Armanhac leur fen et compel-
leyssen pagar peatge deu blad praube qu6*crompen et i6 tolas autres
causas; laqual caiisa lor appear bien gr^u que tolas las villas et las pro-
prietatz vostres deu vostr6 comtat d'Armanhac, en lodit vostr6 Comtat,
non paguen peatge, cum son Nogaro, Riscla, Barssalona, Anhan et los
autres vostres propri^tatz; et cum lo dit vostr6 loc d6u Folgar si6 vostrS
loc proprietari et pagu6 los fogatges et donations cum Nogaro, Riscla,
Barssalona et los autres propri^tatz, assi ben debien esser quites A6
peatge en vostr^ dit Comtat d'Armanhac et ageren antiquamment, mai
qu^ per extorsion n6 commensan a pagar et da qui en darre agan agut
a continuar. Perso a la vostre tres-gran noblesse et poysansa et tres-
benigna senhoria suppliquen humillement et per Diou d^ misericorde qo^
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— XVII —
mander que les pauvres et mis6rables gens de votre lieu du Folgar, d'ici
en avant, ne paient pas p6age, en votre comt6 d'Armagnac, ainsi qu'en
sont dispenses vos autres lieux et propri^t^s.
Item vous font savoir, aussi humblement qu'ils le peuvent, que long-
temps a, les consuls dudit lieu du Folgar avaient pris en fief de votre
agent d'affaires d'Armagnac et du mandement de Monseigneur votre
pere, auquel Dieu fasse bonne rais^ricorde, quatre cazaux de terre,
desquels vous font, chaque ann^e, douze sols morlais. Dans lesquels
cazaux est un petit ruisseau qui vient d'une fontaine. Et^ il y a un lieu
convenable ou se pourrait faire une ^cluse et un petit moulin. Et,
parce qu'il n'y a pas de moulin plus pr^s, il leur faut aller moudre leur
bl6 en Marsan et dans d'autres moulins au loin; vous supplient humble-
ment, et par le Dieu de misericorde qu'il vous plaise octroyer et donner
Tautorisation auxdits Consuls, afin que, s'ils en ont la faculte, ils puis-
sent faire construire et 6difler un moulin it moudre, au profit de tout
votre dit lieu; de telle sorte qu'ils puissent y moudre et n'aient pas i
aMer moudre autre part. Votre trte grande puissance, noblesse et b6-
vos placia ordenar et mandar qu6 la praub^ gen et miserable d6 vostr6
loc deu Folgar dassi abanti non paguen peatge en vostr6 comtat d'Ar-
manhac cum no fen vos aiitres vostres Iocs proprietaris :
Item tant qu6 poden, humillement vos signiffiquen qu6 longtemps a
passat, los Cosselhs d6 vostr6 diet loc dftu Folgar, affindan de vostr^
Rendebor d'Armanhac ii mandament d6 Mossenhor vostr6 pay, alqual
Diou fassa bon merc6, quatr6 Cazaux (4) ii terra d^ qu6 vos fen, cascun
an, dotze soos d6 Morlaas : En los quails cazaiix y a bun petit Riu qui
geys ii una font et y a ben augun loc conbenable qu6 si poyr6 far ez-
clausa et una petite molinetta; et perso cum non y agen d^un molin
abanti, los combien anar moler lor blad en Marsan et en autres molis
louy, vos suppliquen humillement et per Diou de misericordia qu6 vos
placcia, autreyar et donar licencia aux diets Cosselhs qu^ sy poden, y
pusquen far construir, edificar molin a moler au profeyt de tot vostr^
diet loc, per tan que acqui pusquen moler et non ayen en afltre part a
anar moler. La vostr6 tres-gran poyssansa, noblessa et benigna senho-
(1) Le liea ddsign^daDs la supplique pour la construction du petit moulin est
Incontestablement celui qui conserve toujours le nom de Micoulou, Le moulin qui y
existail encore, il y a trcs peu de temps, a 6i^ demoli par M. de Perpigna, qui
Tacheta, il y a quelques anndes. de la famille Dubos-Tapet. Une nidlairie, louie
voisine de I'ancien moulin, porle encore aujourd'hui le nom de Cazaiivicil, ancien
casau, — Le quouart dquivaut ofi demi-heclolitre. — J.-M- C.
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— XVIII —
nigne seigaeurie ils supplient pour cela; et prient Dieu, Monseigneur,
qu'il vous accorde uoe bonne et longue vie.
ria in so suppiiquen, pr6gan Diou, Mossenhor, qu6 vos donna bona xita
et longa. »
Nous, apr^s avoir vu, entendu et pleinement compris toutes les clauses
^nonc^es dans les m^mes articles, apres avoir pes6 et repass^ dans le
secret do noire coBur les dommages, charges et oppressions, que nos
dils hommes et siyets, pour les raisons mentionnfes dans les deux sus-
dits articles, ou autres raisons quelconques, ont, dans Ic pass6, pendant
les guerres de nos p^re, aieul, bisaieul ou oncle d'heureuse et glorieuse
m^moire, dontpuissent les ftmes reposer en paix, supportfe a\ec la plus
grande patience et Constance, et qui ont rendu les habitants et dorai-
cili& du susdit lieu, si pauvres, si rais^rables, et livrfe k une telle di-
tresse, quails pen vent a peine soutenir leur existence; ce qui nous oblige,
pour la restauration de ce lieu de notre comt6 situ6 sur la frontiere de
nos 6tats, eu ^gard k leur fid^lit^ et Constance, que, comme de bons et
fldeles sujets, ils doivent avoir et ont eu en effet, a les gratiOer de notre
insigne largesse et faveur, de maniere qu'ils puissent d^sorniais y resler,
y habiter, et y passer leurs jours dans une douce tranquillity : C'est
pourquoi, c^dant volontiers a la respectueuse supplique de nos susdits
consuls et de tons les autres habitants de notre terre de Folgar, conle-
Nosque visis et audilis et ad plenum intellectis cunctis et singulis io
eisdem articulis contentis, pensatis et in nostri cordis arcano revolven-
tes dampna, gravamina et oppressiones quae dicti nostri homines et
subditi ex causis in eisdem duobus articulis, contentis, et alias divers!-
mod6 temporibus praeteritis, in guerris felicis et eximiaj memoriap Domi-
norum Patris, Avi, Proavi et Avunculi nostrorum quorum animae in
pace requiescant, cum maxima patientia et constantia sustinuenint, qui-
bus locus noster prsedictus domiciliantes et habitantes in eodem loco
nostro effecti sunt paupcres et miserabiles et in tantam inopiam deventi
quod vix eorum se vitain sustentare valent und6 pro reparatione islios
loci in fronteria patriaB nostraB dicti nostri loci comitatus existentis, at-
tentis ipsorum fldelitate et constantia quas ut boni et fideles subditi
habere debent et habuerunt, tenemur eosdem primario dono et munere
prosequi gratios6, adeo ut in posterum ipsi ibidem morari, habitareqiie
et dies suos in quieta dulcedine transire possint: quapropter dictoriun
nostrorum consulum et aliorum et singularium dicti nostri de Folgario,
humillimae supplicationi, contentae in actis praeinsertis duobus articulis,
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— XIX —
nue dans les deux articles pr^cites, avons gratuitement, en parfaite con-
naissance de cause, et par une faveur sp6ciale, donn6, conc616 sans
reserve, et par ces prfeentes, donnons, conc^dons, pareillement sans
r^rve, a nos susdits hommes et sujets de la susdite terre de Folgar,
ainsi qu'a leurs h^ritiers et successeurs, le pcivil6ge d'etre, h perp6tuit6,
d^livrfe ef exempts de tout payement de p&ge, en la mani^re, la forme,
et sous les autres conditions observ^es par nos hommes et sujets, appar-
tenant h nos autres propri(St6s dans nos lieux de Nogaro, Riscle, Bar-
celonne : Mandant et ordonnant, aux fins des presentes, k notre bien-
aim6 et fidele receveur, Bernard de Pinhon, et k tons ceux qui lui suc-
cederont dans la dite charge de receveur, ainsi qu'a tons les fermiers
et percepteurs de droits des dits phages, de n*inqui6ter nullement nos
dits sujets, ni d'user de contrainte ou de sollicitation, pour se faire payer
et delivrer a eux-mfimes ou h qui que ce soit des leurs le susdit p^age.
De plus, de les laisser tous et chacun en particulier passer, aller et venir
avec leurs animaux et bestiaux, en toute liberty, et de les laisser, comme
nos dits hommes et sujets de nos dits lieux et de nos propri^tfe d'Ar-
magnac susnomm^es, en repos, en liberty, lib^r^s et exempts de toute
charge; car nous d^chargeons par ces pr6sentes notre susdit receveur de
la perception et collection dudit p^age; et faisons porter ces pr&entes,
benigne inclinati, gratis de nostris certa scientid et gratia speciali dedi-
mus, concessimus et quittavimus^ damusque, concedimus et quittamus
per prassentes, dictos nostros homines et subditos loci nostri praedicti
de Folgario, eorumque haeredes et successores per et in perpetuum k
quacumque solulione Pedagii, modo et forma et ali^s sic et prout ho-
mines et subditi nostri proprietatum nostrarum locorum nostrorum de
Nogarolo, de Riscla, de Barssalona, quieti et soluti existant, mandanles
et pnecipientes praesenlium tenore, dilecto et fldeli receptor! nostro
Bernardo de Pinhono et omnibus aliis et singulis post eum in dicto of-
ficio receptoribus succedentibus, necnon quibuscumque fermariis et
arrendatoribus dictorum Pedagiorum ut ad solvendum, tradendum et
deliberandum eisdem aut alteri ipsorum, pedagium ipsum, ullo modo
inquietent, compellant sen molestent. Quinymd ipsos et eorum quem-
libet cum eorum animaiibus et bestiis aliis sint, abire, transire, redire
liberf; permiltant et alias sic et prout dicti homines et subditi nostri dic-
torum locorum et proprietatum nostrarum Armaniaci superius nomiua-
tarum, franchi, quieti, liberi et immunes existant : nam eumdem Re-
ceptorem nostrum a perceptione et execulione hujusmodi pedagii per
prsesentes exoneramus; et prjEsenles sen ipsas vidimus semel reportando
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— XX —
telles que nous les avons vis^es une fois, h la connaissancc de nos dits
hommes et sujets de noire dit lieu du Folgar, que nous voulons et enten-
dons 6tre exon^res par nos fiddles et bien-aim^s auditeurs de nos cours
des comptes sans aucune difficult^ ni contradiction.
Et, de plus, par un autre* privilege de ces prfeentes, donnons, dispen-
sons et accordons aux susdits consuls, ainsi qu'a tous et chacun d»
habitants du m^me lieu, et k leurs h^ritiers et successeurs, la permission
et autorisation pleine et entifere de faire construire et edifier le moulin dont
il est fait mention dans le susdlt article second de la supplique, au nom et
pour Futility et commodity de tous les habitants du lieu, de faire el de faire
faire aux frais communs des habitants dudit lieu, tout ce qui peut ^tre
n6cessairepourle susdit moulin : Mandant et ordonnant a nos bien-aim&
et fideles Sentehal, Juge et Procureur de TArmagnac, tant presents qu*4
venir, ainsi qu'a tous c^ux qui pourraient teuir leur place, de donner toule
liberie et permission aux susdits consuls presents, comme a ceux qui
leur succederont dans le susdit consulat, pour Clever, construire, ou fah-e
elever et construire le susdit moulin, et faire tout ce qui pourrait 6lre
n^ssaire et opportun pour ledit moulin, ainsi que pour tous les autres
privileges contenus dans cea pr^sentes; parce que c*est ainsi que nous
cum recognitione dictorum bominum et subditorum nostrorum dicti
loci nostri de Folgario, quos exoneratos esse volumus et mandamus per
fideles nostros et dilectos computorum nostrorum auditores absque dif-
ficultate et contradictione quibuscumque.
Ulteriusque et nostra prsesenti gratift, damns, attribuimus et concedi-
mus licenciam et auctoritatem omnimodam praefatis consulibus aliisque
habitatoribus et singularibus ejusdem loci eorumque haeredibus et sue-
ccssoribuSy faciehdi, construendi et a'dificandi molendinum de quo in
dicto secundo articulo supplicationis inserto, continetur nomine et ad
utilitatem et commodum totius universitatis loci, faciendique et fieri
faciendi expcnsis communibus ipsius loci, omnia et singula ad dictum
molendinum necessaria mandantes et praecipientes dilectis et fidelibus
nostris Scnescallo, Judici et Procurator!, Armaniaci qui sunt et qui, pro
futuro tempore erunt et eorum singulis et loca tenentibus eorumdem,
quateniis dictos consules prsesentes et alios post ipsosin dicto consulatu
succedentes, in faciendo, construendo, fierique et construere faciendo
molendinum prsedictum et omnia et singula ad ipsum molendinum ne*
cessaria et opportuna et omnibus aliis et singulis in nostra pranlicta
gratia, contentis, uli et ad plenum gaudere faciant et permittant quo-
niam sic fieri volumus et eisdem de cert^ nostra scienti^, et gratia spe-
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— XXI —
voulons qu'il soit fait, et que nous gratiflons par les prfeentes les susdits
habitants, en parfaite connaissance de cause et par faveur sp6ciale. —
Donn6dans le chateau denotre villa en notreVic de Fezensac, sous noire
sceau-pendant, en t^moignage de tout ce qui precede, le 22 du raois
de d^cembre ^4^8.
Moi, susdit Bertrand Barr^rle, notaire el secretaire susdit, al sign6 ici
de ma main, et scell6 commeilsuit, demon sceau public, en foi et teraoi-
gnage de tout ce qui prdc^de, par Mandement de Mgr le comte, en pr^
sence du s' Bertrand de Riviere, son s^ntehal d'Armagnac. — Barr6re.
D^cr^tant et declarant qu'on doit avoir la m6me et une aussi grande
foi, dans les jugements et ailleurs, en la presente copie des susdites let-
Ires, qu'en I'original des m^mes lettres, dont, pour faire foi que nous les
avons vues'et les relenons, el rendre l6moignage de tout ce qui precede,
nous avons vis6 la pr&ente copie et expedition des lettres pre-ins^r^es,
et en avons fail foi par noire notaire public bas sign^.
Fail tout ceci au lieu de Nogaro, dans le palais ordinaire du m^me
lieu, le Iroisiime jour du mois d'aoQt de Tan du Seigneur 4448, sous le
regne de Messire Charles, Roi de France, sous la domination de M essire
Jean, par la mftme grftce de Dieu, comte dMrmagnac, de Fczensac, de
ciali concedimus per praeseutes. — Datum in castro nostrae villae nostri
vlci Fezensiaci sub sigillo nostro in pendent! in testimonium omnium
promissorum, die vigesimSi secundft mensis decembris, anno Domini
millesimo quadringentesimo decimo octavo.
Ego vero idem Bertrandus Barriera notarius et secretarius supradic-
tus hie me me& manu subscripsi et signo meo publico et sequent! signavi
in fidem el testimoninm et singulorum praemissorufn per Dorainum
Comitem, Domino Bernardo de Ripparici senescnllo ejus Armaniaci,
prsesente — Barreria. (sic.)
Decernentes et declarantes talem et tanlam fldem adhibendam fore et
adhiberi debere in judiciis et exlri, huic praesenti transcripto praeinser-
tarum litterarum sicul eisdem litteris in originali ostensis, in quarum
hujusmodi visionis, detentionis el omnium et singulorum prajmissorum
fldem et testimonium et ad instantem petitionem et postulationem ipsius
Arnaldi de Castino praesens Iranscriplum sen instrumentum vidimus praein-
sertarum litterarum fldem fecimus per notarium publicum infr^scriptum.
Acta fuerunl haecin loco de Nogarolio in curift ordinarift ejusdem loci,
die tertid mensis Augusti, anno Domini millesimo quadringentesimo
decimo octavo, regnante Domino Karolo Franciae rege, dominante Do-
mino Johanne, eAdem Dei gratiii, copite Armaniaci, Fezensiaci, Ru-
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— XXII —
Rhodez et de Pardiac, vicomte de Lomagne, d'Auvillars, du Fezeu-
saguel, du Bruilhois, Creyssellii^ du Carladez; el seigneur des terres
de Riviere, de Magnoac, de la valine d'Aure, et des montagnes du
Rouergue; et sous le poutificat du tr6s-r6v6rend P6re et«eigneur B6-
ranger, par la mis6ricorde divine archev6que d'Auch. En pr&ence des
t6moins Bernard Dcscaleux, Pierre d'Eulie, de Seumont du lieu de Fol-
gar; plus nioi-mfime Bernard de Barrerie, notaire public, sous rautoril6
de Noire Sire le comte d'Armagnac et de rArchev^que d'Auch. Aux-
quelles toutes choses susdites et k chacune d'elles j'ai assist^, ensemble
avec les t^moins susnomm^s, tandis que, comme dit est, elles se fai-
saient et 6taient faites par ledit sieur supplicant, nommes; et tout ce qui
precede, Tai vu faire, Tai pris, regu, retenu, et r6dig6 en cette forme
publique; et Tai scell^ de mon sceau public ordinaire en foi et timoignage
de tout ce qui precede; de ce requis et pri6. — Bernard.
Ihenae et Pardiaci, vice comite Leoraaniae, Altivittaris, Fezensaguetti,
Brulhesii, Creysellii, Carladesii, Dominoque terrarum Rippari®, Man-
hoaci, vallis Aurse et montaneorum Jluthenensium; et revercndissimo
Patre et Domino B... miseratione divinft Archiepiscopo Auxis, prsesi-
dente. Testibus praesentibus Bernardo d'Escaleux, Petro de Eulia, de
Senmont loci de Folgario habitaloribus et me Bernardo de Barreria,
nolario publico, auctoritatibus Domini noslri comitis Armaniaci et Ar-
chiepiscopi Auxis : qusB pr^missis omnibus et singulis dum sicut pne-
mittitur per dictum Dominum locum teaentem agerentur, et flerent unk
cum pr<£nominatis testibus praesens interfui; eaque omnia et singula
prsemissa sic fieri vidi, sumpsi, recepi, retinui, in banc forndam publi-
cam redegi, signoque meo publico instrumentati solito signavi in fidem
et testimonium prsemissorum requisitus et rogatus. B. — dus.
Le present extrait a ^te tir^ mot a mot d'un parchemin et titre dont le
paraphe est semblable ill celui qui est de Tautre part, par nous notaire
soussign^ : k nous exhib6par le sieur Jean-FranQois Darneuilh, seigneur
de Rib^re et Micoulou, premier consul de la ville du Houga et soudain
retire par le dit sieur consul le dit litre lu par ledit Larcher d^chiffreur,
habitant de Tarbes, apres serment en nos mains pr6t^; et bien reconnu
par ledit notaire, sans y avoir rien augments ni diminue : dument vi-
dim6 et collatioune par le dit sieur consul requ^rant et Ic sieur Larcher
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d^hiffrcur, signfe avec nous le dix neuvierae mai n58. Ledit apparte-
nant a la communaut^ du Uouga.
Contr6l6 en ville k Nogaro, le 26 mai, 4738. Re^u trente soIb.
Arneuilh, consul. — Larcher, feudiste.
Ducastaingnotaire royal.
Cette copie du litre vidim^ et collalionn^ en 4758, est due aux soins
de M. J,'M^ Candell^y docteur-m^decin au Honga^ qui a Men voulu
[aire ^galement la traduction du texte roman de la supplique, pour la
presenle publication. — M. Fonfan a traduit le texte latin.
Document n^ 5. — Voir page 1\ .
Au nom de Dieu et par la divine cl^mence de Lui Pere, Fils et
Saint-Esprit. Ainsi soitil. Moi, Ildefonse, Roi par la gr^ce de Dieu, je
fais cette charte de donation et de confirmation k TEglise de Sainte-
Marie d'Auch, et a vous, Seigneur Archev^que Guillaume, a cause des
nombreux et innombrables services, dangers et UU)eurs de toute sorte,
que le Seigneur Bernard, votre pr(5d(5cesseur, a support^ avec moi dans
celte conqufite de TEspagne, et a cause des nombreux bons offices que
vous m'avez rendus, vous, Seigneur Guillaume, Arclievfique, et que m'a
rendus votre Eglise en Espagne, contre les Maures, et en grand nombre
d'autres lieux ou j*en ai eu besoin, je donne et accorde k votre Eglise
d'Auch et k vous T^glise d'Alagon, avec toute son h6r6dit6, avec ses
terres et vignes el toutes ses possessions, avec les dimes et revenus sans
exception qu'eile a aujourd'hui, et qu'elle doit avoir, et qu'elle eut du
temps des Sarrasins, afln que vous, pendant votre vie, et apres vous vos
In Dei nomine et ejus diving dementia Patris el Filii et Spiritiis
Sancti. Amen. Ego Ildefonsus Dei gratis Rex facio banc cartam dona-
tionis et confirmationis Ecclesis SanctsB Marise Ausciensi, et vobis
Domino Archiepiscopo Wilielmo propter multa et innumerabilia ser*
vitia, pericula et labores mullos quos Dominus B. antecessor vester
sustinuit cum me in ill& ac(iuisitione de Hispanic, et propter multa qu®
vos mihi Domine Wilielme Archiepiscope, et veslra Ecclesia mihi fecit in
Hispanic super Maaros, ct in multis aliis locis ubi mihi opus fuit, dono
et concedo EcclesisB vestrsB Ausciensi, et vobis Ecclesiam de Alagon cum
onmi ha^reditate sud, cum lerris et vineis^ et cum omnibus possessio-
nlbus suis, cum decimis et reditibus omnibus qusB hodie habet et habere
debet, et quae in tempore Sarracenorum habuit, ut vos in vilft veslrft
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— XXIV —
successeurs les Archev^ques d'Auch et I'Eglise d'Auch aient et possedent
ce don, comme il a 6t6 dit plus haut, sauf, entiereraent libre et franc
de loute Royale et laique servitude, d'une possessiOD continuelle el du-
rable, pendant tons les slides. Aiusi soit-il.
Sceau du Roi Alpbonse [le'].— Cette charte fat 6crite au mols d'aoat
-lUS de rSre [espagnole, ou H30 de Vhve chr^tiennej, dans Roque-
Taillade sur Bayonne, etc.... Le comte Rotr. a Tudele, Peyre de Mar-
can k Tarasone.
et post vos vestri successores Archiepiscopi de Aus et Ecclcsia Ausciensis
habeat et possideat boc donum sicut superius scriptumest salvum et
ingenuum liberum et francum ab omni Regali ot laical! servitute, per-
petua et durabili possessione per specula cuncta. Amen.
0 Signum Regis Adefonsi facta carta era M.c.Lxriii in
mense Augusto, in Roc^ thallada super Bainoa; etc....
Q Comes Rotr. in Tutela, Peyre de Marcan in Tarasona.
Document n«> 6. — Voir page ^00.
MONITOIRE
accords au sieur jean Colom6 du 10 juilhet 1791.
{Archives du d4partement.)
Paul Benoit Bartbe par la mis^ricorde divine, ct dans la commanion
du saint Siege apostolique eveque Constitutionnel du d^partement du
Gers, i Messieurs le Cure et Vicaires de TEglize parroissiale de la ville
de mirande dans notre departement salut et Benediction en Notre sei-
gneur jfeus Christ,
\ix la requete a nous presentee par le sieur jean Colom6 notaire
Royal de Vic Bigorre tendante a ce que nous lui accordions des lettres
monitoriales pour etre publics dans votre Eglize parroissiale, en con-
sequence d'une ordonnance obtenuepar ledit sieur Colom^ de messieurs
les juges du tribunal du district de la ville de mirande (4), qui lui permei
(1) II serait assoz corienx de retroaver, dans les archives du tribuDal de Mirande.
le texte m^mt: de I'Ordonnance, pour en apprdcier la teneur. ainsi que les motifs de
la requite. Car le Monitoire no s'accordait, dans les temps ant4rieurs, qu'a d^faut de
tout autre rooyen d'arriver k la connaissance des fails dont le juge civil cberchait la
preuve legale.
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— XXV —
de se Retirer par devers nous, A ces fins, yd aussi ladilte ordonnance
obtenue le huit du mois de juitlet courant sur pied de requete, con-
tenant les chefs d'un monitoire, circonstances et dependances, dont
I'esposant desire que nous epjoignions la Revelation a touts ceux et
celles qui les s^vcnt pour les avoir vCis, ouydire, ou aulrement, vous
ordonnons en tant qu'il est en notre pouvoir d'avertir publlquement,
et dans les formes cauoniques par trois jours de dimanches ou fetes
consecutifs, et a intervalle competent dans votre Egllze, et pendant le
pronne de votre Messe parroissisile tons les fidelles, que ceux et celles
qui s^vent les chefs du monitoire cy-dessus dnonc^s, pour les avoir vQs
ouys dire, ou autrement, sont tenus de les reveler dans I'espace de
trois jours, apr^s les dittes publications, sous peine d' excommunica-
tion, de laquelle vous comminer^z en notre nom toutles personnes de
quelque etat, quality, ou condition que ce soit(4), quine viendra point a
revelation sea chant comme dit est les falts suivants
Ao Quelles sont les personnes qui scavent que dans le mois de Mai
de Tannic derniere adrien peres citoyen de la ville de mirande se plai-
gnoit d'un feu violent dans les entrailles, et qu'il eprouva des vomisse-
ments frequents chez luy et autre part.
29 Quelies sont les personnes qui a cette epoque vendirent, ou ache-
terent dans la ville de mirande onailleurs de I'arscnic^ ou autre poison,
et les pretextes dont ils se servirent pour en avoir.
3<> Quelles sont les personnes qui habituelleinent ou en cachette
entroint dans la maison et notament dans la cuisine, et quel uzage Ton
faisoit des viandes que feu adrian per^s ne mangoit pas, et de celles
dont on foisoitson Bouillon.
4® Quelles sont les personnes qui porterent la viande dont fut foit
le Bouillon de fed adrian peres, qui la mirent au pot, et s'en appro-
cherent, lorsqu'il 6tait au feu.
50 Contre ceux et celles qui s^avent quelle 6toit la Couleur du
Bouillon lorsqu'il (5loit fait, Tuzage qu'en fit ledil feu peres, Fardeur
d'entrailles dontil se plaignoit apres avoir pris le Bouillon, et le chan-
gement extraordinaire qu*on voyoit sur son visage, le progres du mal
et sa mort.
(1) Cette extension k toutes personnes, etc, d^passait, de beaucoap, les limites as-
signees par lo droit eccl^siastique. En vertu du Monitoire, on n'dtait pas oblige : lo de
se d^noncer soi-m^me; 2u de d^noncer un procbe parent; et la dispense s'^tendait jus-
qu'aux enfants de cousins issus dc germains; comme aussi, en gdn^ral, a tous ceux
dont on ^tait le conseil et k Tc^gard desquels on se trouvait li^ au secret par les lois de
la fid^lit^; 30 enfin, on ^tait encore dispense toutes les fois qu'il y avaitraison fondle
de croire que la r^v^lation pourrait aUirer un dommage considerable k celui qui la
ferait en vertu du Monitoire.
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— XXVI —
6o Contre tous ceux et celles qui s^avent les discours qui fnrcnt te-
nus dans la maison pendant sa maladie, et quels sont ceux ou cctte
qui y furent, y Reslerent, et en sorlireni, et sous quel pretexte.
70 Contre touts ceux et celles qui s^vent Fuzage qu'on fit dc b
viande qui avait servi au Bouillon, quelles sont les personnes qui ea
ont mang6, les sensations et douleurs qu'ils ont 6prouv6 aprte en aToir
mang^, les maladies dont yls ont Hi traits de suitte, les remedes qu1b
ont pris, Teffet de ces remedes, Tetat actuel de leur santi, compar6 a
Tetat-ancien.
80 Contre tous tous ceux et celles qui ont va la poelle dans laquefle
on fit ftire la viande sortie du dernier ou avant dernier Bouillon, 1'^
cume caracterislique du poison qui en provint lorsqu'on la fit frire,
90 Contre touts ceux celles qui ont vti lors de I'ouv^rture du cadavre
du sieur per^s, dans son estomac et ses visceres les traces du poison,
et notament dans les Restes du Bouillon dont la digestion n'^tait pas
faite encore.
^Oo Et generalement contre tous ceuxet celles, qui s^avent ponr
Tavoir vd, ouy dire ou autrement tout ce qui est relatif au susdit em-
poisonnement de feu adrian peres (4)
Les chefs cy dessus publics yous enjoignons de dearer en notre
nom, que pass^ ledit delay de trois jours il sera par nous proc6d^ a la
denonce de laditte excommunication, ainsi qu'il appartiendra (2), auquel
(1) L'csp^ce de Moniloire dont il est ici question n'dlait, en soi, qn'un triple aYcr-
tisseroent public d'un devoir de conscience a remplir. Et le refus d'obtemp^rer, et
dehors des cas sagement prdvus de dispense, n'entrainait qu'une peine purement spi-
rituelle. Cette peine ^tait T excommunication, c'est-&-dire la privation des avantages
spiritnels dont les fiddles jouissent ostensiblement au sein de Tfiglise catholique,; el
cette peine ^tait infligSe dans le but non de perdre le coupable, mais dc Temmener i
r^sipiscence.
(2) Nous ferons remarquer, en passant, qu'une punition de ce caractere n'^iaitpis
a la disposition de celui qui en parodiait I'emploi. Barthe n'avait point de juridictioa
eccl^siastique; et, en sa quality d'intrns sur un si^gedont MgrL. Ap.de Latoui^Dupin-
Montauban etait seul le veritable ^v6que, ilse trouvait lui-mSme sous le coup de Tex-
communication majeure.
M^anmoins il pr^vienl, selon Tantique usage, par ses prdtcndues lettres monito-
riales, que, pass^ le d^lai de trois monitions publiques adress^es aux Mirandais, il
sera, par lui, proc^dd h la denonce de ladite excommunication,
Quoi qu'il en soit de la menace, les juges ont ils obtenu la fin de leur requite par
la r^v^iation du nom de I'auteur ou des auteurs du crime? ou bien a-t-on dH recoorir
k I'excommunication publique? Dans ce dernier cas, est-ce le citoyen Barthe qui la
fulmin^e en personne, comme il semblait i'annoncer? Ou plutdt le sieur Daubous,
aloTS cur6 intms de Mirande, d'aprds leregistre, foi. 35, a-t-il proc^d^ a la ddnonce?
Notre recueil de pieces administrativcs n'en dit rien; et c'est a la tradition locale de
r^pondre.
II sorait, au reste, bien dtonnant qu'il ne fiit rest^ a Mirande aucun souvenir de
ceUe strange c^r^monie. Car, au jour present par le citoyen Barthe, son del^^,
tenant un cierge allum^, I'aurait pnbliquement jet^ a terre, en pronongant les demiers
mots de la pr<itendue excommunication. De ses pieds il aurait dteint la mdche fomanta,
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— XXVII —
efTet la presente sera par vous Lue a haute et intelligible voix par trois
jours de dimanche, ou fetes, comme dit est au prone de la messe
de parroisse de votre Eglise, et public et afDch^S, partout ou Besoin
sera Donne a auhcs sous notre seing, cellui de notre secretaire et le
sceau de notre siege aprfes en avoir delib^r^ avec notre Conseil (4), et de
son avis le neuf juillet mil sept cent quatre vingt onze
t Paul Benoit BARTHE, Eveque du depart, du Gers.
On trouvera, sans contredit, que le Conseil Episcopal faisait a la re-
quite du sieur Jean Colom6 un accueil par trop facile. Nous venons
devoir, en effel, que TOrdonnance des juges du distric de Mirande etait
du 8 juillet; et le 9 du m6me mois s'exp6diaienl h Auch les leilresmoni-
toriales, avec un empressement qu'avait condamn6 d'avance Textrfime
fool^ les debris de la cire, tandis que le tintement de la cloche aurait fait entendre
des sons lents el lugubres. II aurait fulmin^ Tarr^t de mort spirituelie sur la tdte des
excommani^s, en les declarant s^par^s de I'Eglise jusqa'a r^sipiscence, ouabandonn^s
aux supplices de I'enfer, pour y ^tre 6ternellement foul^s par les demons, comme il
foulait lui-mdroe les debris de son flambeau ^teint, si les coupables s'obstinaient k
mFoarir dans Timp^nitence finale. Encore une fois, il n'est pas douteux qu'on pareil
spectacle n'edt dft laisser dans le public une impression des plus profondes.
D'autant que la l^gende populaire, podtisant les suites de f'excommunicationpubli-
qutf, ne s'arr^tait jamais aux effets purement spirituels de la terrible sentence dans la
punition du coupable : ellc le condaronait a porter, d^s ce monde, la peine de son obs-
tination. Et Ton racontait plus tard, dans les Yeill^cs de famille, qu'on I'avait vu, a
partir de la, maiffrir insensiblement, s'affaiblir et d^p6rir sous la main de Dien. Son
corps, pSIe eld^ngur^, s'^lait enlr'ouvert dans tous les membres, et convert d'ulc^res,
jnsqu'au jour oti la tombe avait d^rob^ aux regards des humains une existence ^gale-
ment maudite et du ciel et de la terre.
(1) Cette importante affaire avait done 6\6 d^lib^r^e en Conseil episcopal. Or, voici
comment le Registre d' administration nous fait connattre la composition de ce conseil,
du 10 avril 1792, jour de I'installation de Barlhe, au 9 juillet, date de son Monitoire.
Nous trouvons que le 11 avril furent instituds :
I. — « Premier vicaire Episcopal et corwetWer, Jean DESPIAU, pr^tre, recteur
de Sainl-Jean-Poulge. »
II. — « Second vicaire Episcopal et conseiller, Jean-Marie LABORDE,prdtre,
recteur de Sainle-Christie. »
III. — Simplement « vicaire et conseiller, Jean-Joseph FAGES, pr^tre depuis
onze ans, vicaire de Mirande. » — Ce dernier est promu, en outre, le 3 juin suivanl,
c a la cure de Vic-Fezensac, demeurde vacante par le refus de la prestation do ser-
ment de mtre Tehrade, cy-devant cur^ imm^diat de ladte Eglise. «
IV. — Le ler mai, < Gerard LAMARQUE, recteur de Magnan, futnommd vicaire
Episcopal et conseiller. »
V. — Le 8 mai, « Philippe BARR£1RE, pr^tre, fut nomm^ vicaire Episcopal, su-
pirieur du siminaire et conseiller. »
Nous ferons remarquer ici que, ce m6me jour, Joseph BARR£1RE recoit le titre
db vicaire directeur du siminaire; et que le 24 du m^me mois, Michel RIBET,
pr6tre, le recoit dans les mdmes termes, sans quMl soit question de conseiller. Ce
qui porte 4 croire qu'ils n'^taientordinairement, ni Tun ni I'autre, membres du conseil
Episcopal.
VI. — Le 10 juin, « Antoine-Francois SAINTE-MARIE, nalif de Rouillac,
fut nomm^ vicaire et conseiller. > Son titre est sign^ comme toutes les aulres pieces
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— XXVIII —
r&erve prescrite, en cette matiere, par le Saint Concile de Trente. Bar-
the n'ignorait pas avec quelle deference nos Eglises s'ftaieUt toujonrs
conform^es, dans la pratique, k cette sage prescription. Mais il avait
h&te d'dtaler dans le diocese d'Auch I'appareil d'une autorite que g&M-
ralement on ^tait si loin de reconnaitre. II dut sembler, surtout alors,
aux hommes sages^ que Toccasion n'^tait pas heureusement choisic.
Aucune loi nouvelle n'avait, it est vrai, express^ment aboli f usage
des Monitoires. Mais, quelque rares qu'ils eussent ^t^, dans les annte
ant6rieures, on avait eu rintehtiou de les faire cesser, avec tout eierdce
de juridiction coercitive de la part de TEglise; et cette espece de juridi^
tion ^tait ^\idemment comprise au nombre de celles que venait de sup-
primer Tarticle xiii de la loi du 7 septembre ^790. Comment donck
citoyen Barthe a-t-il pu, sept mois plus tard, m^nnaitre k ce point
Tesprit de cet article ?
Mais n'est-il pas plus ^tonnant encore de retrouver, au ^ 0 sqptembre
4 806, unc decision qui provoque le r^tablissement desMonitoires dans les
dioceses de France? Le ministre des cultes venait alors de prendre Tioi-
tiative de cette strange mesure, dans un rapport par lequel il signale
plusieurs ddpartements oh les grands crimes se muitipliaient, sans qu'O
fCit possible d'arriver a la connaissance des coupables par les voies or-
dinaires de la justice. La decision ne se fit pas attendre : les Ev^ques
purent d&ormais, en toute liberty, faire publier des Monitoires dans
toute r^tendue de T Empire, k la seule condition de s'en entendre avee
le ministre de la justice ct le procureur g^n^ral de leur ressort.
L'Eglise de France, a peine reconstitu^, ^tait loin de rtolanier, a
cette date, de semblables privileges. Et nous ne pensons pas que Tod
cite un seul cas oii elle ait voulu proflter de celui que le Gouvernement
laissait a sa disposition, en matiere si delicate.
du registre, f Paul Benoit Barthe, MquB du dip, du Gers- Mais c'est la premiere
fois que Ton trouve le contre-seing d'un secretaire; ce qui, du reste, ne se reprodoii
presque jamais : De mandato Dni episcopi, G. LAMARQUE, vie, episeopalis, se-
er etarius.
VII. — Le 15 juiu, « Joseph LACAVE, prfitre dans le d^partement du Gers, fot
nomm6 vicaire Episcopal et conseiller. »
VIII. — Le 19 juin, c Barth^lbht BARR£R£, pr^tr^ dans le ddpartement do
Gers, fut nommd vicaire Episcopal et conseiller. »
IX. — Le 27 juin, « Pierre SALVANDY, recteur dans le d^partement du Gers,
fut nomm^ vicaire Episcopal et conseiller. »
X. — Le 28 juin, « Barth^lemy-Fabien FONBLANC, vicaire de Magnan, fot
nommd vicaire Episcopal et conseiller. »
Tons ces litres sont en latin, avec la formule « signoque nostro et secrelarii nostri,>
sans qu'il s'y trouve de signature rdelle de secretaire; si ce n'est dans le cas precil^,
oil un des vicaircs ^piscopaux, Gerard LAMARQUE, contre-signe par exceptioo.
IS'ous dirons pourtant que son Venture revient souvent dans ce registre. Ce qui permet
de supposer qu'il faisait habituellement les fonctions de secretaire du conseil.
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— XXIX —
Document »<> 7.
COITIMES DU CONTfi DE FEZENSAG.
Savoir faisons k tous ceux qui la suite des pr^ntes pages verront que '
noble seigneur Bernard, par la gr&ce de Dieu, comte d'Armagnac et de
Fezensac, pardevant moi, Bardin, notaire public h Toulouse, prte la
cour du seigneur viguier, au sceau de la s^n^auss^ et de la vi-
goerie de Toulouse, et les tempins plus bas nomm^, voulant pourvoJr,
comme il Ta d^clar^, h ce que T^tat de ses terres dansle comtd ci^essus
d&ign^ de Fczensac soil am^lior^ de son temps, consid^rant (comme I'a
d6clar6mondit seigneur comte) qu'il 6tait h cet ^ard tenu d'une v^rita-
ble dette, en raison des subsides et honneurs que les vassaux dudit comt6
avaient g^n^eusement prodigu^s tant h lui-m^me qu'autrefois k G^raud
d'Armagnac, de bonne m^moire, son p^^etattendu (ce qu'il a dMar6)
que la promesse de cette r^forme a^ait M faite par sondit p^re, et que
c'est une raisoA de plus (ce qu'il a d6clar^) pour qu'il ait k coenr d'ex^
cuter ce projet, Icdit comte ne c6dant ni k I'erreur, ni k la violence, ni
au dol, apr^s en avoir d'ailleurs d^lib^ avec ses conseillers et amis
r^nis k cet effet, a, pour lui et ses successeurs, par donation entrevifs
pure et simple, valable k toi:^ours, donn^ et concM^ k ses vassaux pr^
CONSUETUDINES FEZENSUGI.
Noverint universi praesentis paginse seriem inspecturi quod nobilis vir
dominus Bern. Dei gratis comes armaniacensiset fezensiaeensisin prse-
senti& mei Bardini public! TholossB et curiae Domini vicarii Tholosas
necnon et sigilli Senescallis et vicariee Tholosanse notarii et testium
inbk scriptorum conspiciens ut asseruit statum terrsB suse prsedicti co-
mitatus fezenciaci suis temporibus in melius informari, considerans
quod (ut asseruit), idem comes, ad hoc ex debito se teneri propter
snbsidia et honores quae et quos subditi sui dicti comitatus ratione pras-
dicta tarn ipsi quam Geraldo de Armaniaco bonsB memoriffi genitori suo
quondam liberaliter impenderant, et quia per dlctnm genitorem ejus,
(ut asseruit), hoc promissum faerat prsBdictis subditis quod magiscordi
sibi est (ut asseruit), ut opere compleatur.
Idem comes, ut asseruit, non deceptus, non coactus, nee dolo ad hoc
inductus, imd habito super hoc cum consiliariis et amicis suis diligenti
consilio et tractatu, pro se et successbribus suis per puram donationem
inter vivos perpelud valituram concessit et donavit omnibus subditis
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— XXX —
sents et futur3 les liberies, franchises, coutames, privii^es et staUiU
tels qu'ils sont ^num^r^ ci-dessous.
En premier lieu, mon susdit comte a voulu et coneMA que le seigneur
de MoDtaut^ le seigneur de Montesquiou, ie seigneur de Tlsie-Orbessan,
le seigneur de Bonas et Roz^s, le seigneur de Beauvoir, le seignear de
Lagraulet et le seigneur de Laura§t, tous barons de son susdit comt^
aient dans leurs baronies et appartenances d'icelles, le pouToir pur on
mixte (^), la justice haute et basse^ et la juridielion de toute sorte avec
la fiicult6 d'avoir gibet en permanence, en un lieu seulement de lean
ch&teaux ou appartenances d'ieeux (2).
suis prfiBsentibus et flituris libertates, francaHtias, consuetudines, priri-
legia et statuta praut inferiiui continetur :
A . Imprimis siquidem prsedictus comes vohiit et coneentt qu6d domi-
nus castri de Monte-Alto, dominus castri de Monte-Esquivo, dominus
caatride Insula Arbessano, et dominus castri de BonassioetdeRouzano,
dominus castri de Beilo videre, dominus castri de Lagrauletto, et Dominos
castri de Lauraeto, barones sui comitatCis pnedieti in baroniis suis et
earum pertinentiis merum et mixtum imperium et altam et bassam
juatitiam et jurisdictionem omnimodam habeant et exereeant deinceps
et furcas justitiarias erigere valeant et erectas ten«*e quilibet in ono
loco tantum in castris suis prsedlctis seu pertinentiis eorumdem.
(1) Merum et mixtum imperium. Ges expressions so trouvent dans les lots romai-
nes qui en donnent la definition suivante : « Merum imperium est habere gladiipo-
teitatem ad animadvertendum facinorosos homines, quod etiaro potestas appellator.
Mixtum est imperium ea< etiam jorisdictio inest, quod in danda btmorum poueswiime
eonsistit.* (Ulpien, i. 3, au Digeste de juridictioney liv. n, tit. 1.) Ges expressions
qu'on trouve mdme dans des titres sprits en vieux francais, sous la forme de cetle
traduction grossi^re : Mere et mixte emper ou imper soot ordinairement employees
cumulativement, et dans le mdme sens que haute et basse justice. Ducange fait ce-
pendant observer que, dans certains documents, la synonymic n'existe pas, et que, dans
la pens^e des r^dacteurs de ces titres, il y a, entre rimpmum et la justitiot la diffe-
rence que nous mettons entre les expressions g^n^ques de j^stice criminelle (me-
ruj* iBiperium) et de justice civile (juaCttia).
(2) Fureas justitiarias : Gibet ou pilori. cPilori, dchelie, carcan etpeintares de
combattants en i'auditoire, sont marques de haute justice, » dit Loysel en ses Insti-
noes coutumiires. (Llv. u, tit. 2, $ 47.) La haute justice comprenait le droit de c<m-
naltre de tous crimes « dorU Vaccusi peut ^t doit perdre la vie.* Uue exception dtait
cependant faite pour le larron que le moyen justicier pouvait faire pendre : c Larcin
a' est pas cas de haute justice, « disait Beaumanoir (chap. 58, n« ^). On peut lifbdaBS
la 295*: decision de Jean Desmares I'^num^ration des droits attaches k la haute
justice. Le m6me Jean Desmares (decisions, 296 et 297) dit que : < Cas de moyemie
justice sont connoistre de baturejusqu'd sang, de coups orbes, sans argent prendre,
avoir sepd viaulx, gressillions, pourgarder et ditenir les malfaiteurs > Et que
c cos d« basse justice sont meUre bomes entre sires et censiers, ou autres heritages,
faire arrests^ forages ou rouages, avoir des vins vendus en taveme.* Nous ferons
remarqucr : lo qu'il 6taii de principe que le haut justicier n'avail pas droit a tenir
pilori dans les bonnes viUes oil le loi en pouvait dresser; 2o que la coutune de Ve-
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— XXXI —
Youlant, en outre, ledit eomte, et conc^dant que le seigneur de Ma-
rambut et le seigneur de OoudriR, le soigaeiir d'AfliBir ou du tefritoite
dc Franqueserre, le seigneur de Marsan, le seigueur de Maguaut. et le
seigneur de Pr^neron, chevaliers ou damoiseaux de son m^oie suedlt
eomt^ alent, dans Jeurs ch&tellenies ou lieui susdits, ia justice liaute et
basse, le pouvoir pur ou rotxte, et la juridiction de toute sorte avec la
faculty de tenir gibets en permanence dans leurs ch&teaux ou lieux sos*
diis, mais aeulement dans un lieu d^termki^ de leurs chateaux ou a]^
partenaoees d'ieeox.
De miftnie, ledit seigneur comle, du coB^eiitasent' et asaentiment fer*-
mel des nobies seigneur Barth^lem^ de CaiUavet, chevalier, et Odoo da
Pardeilhan, damoiseau, mandatairesde la «oamiunaut^ dee barons, t^
vailers ou damoiseaox, et des autrea pereonoes nobles de la oour ou du
comt^ de Fezensac, ainsi qu'ils Tont di^dar^, (lesdits seigneurs Barth^
tony de CaUhavet, chevalier, et Odaa de Pardeilban, dameiseau, sus*-
nommte, produisant, pour faire foi de leur inandat i cet ^el, un a<^
de procuration qu'ils ont affirm^ vrai et autheotique, dont la teneur est
relat^e plus bas), s'est r^erv^ pour lui et ses successeurs que si lesdits
2. Volens etiam et concedeas idem comes qu6d dominus oastri de
Marambato et Dominus castri de <jUmdrioo,domi0us aKariiseu terntorii
de Franeassera, dominus castri de Marsaaoo, dominus castri de Magt-
Daudo, et dominus castri de Pradonero&e, miUtes sen domicellisui ejus-
dem comitatusin castris suis seulocls prsdictis similiter justitiam el
altam et bassam, merum et mixtum imperium et omnimodam juriadic*
tionem habeant et exerceant et flircas justitiarias in prsedictia castris
seu locis erigere valeant et erectas tenere ut in eorum pertinentiis tan-
turn quilibet in uno loco prsedictorum castrorum.
3. Item dominus comes prsdictus de consensu et assensu expresso
nobilium virorum Domini BartholomaBi de Gailbavetto militis et Odonis
dePardeilhanodomicelb'9 procuratorum uniYersitatis,baronum, miiiiiiff)
domicellorum etaliorum nobilium curice seu comitatus fezenslaci (ut ibi-
dem asserueriint dieti dominus BartboJomeus de Cailbaveto miles et
Odo de Pardeilbano domicellus prsedicti et de hoc se habere mandatum
asaeruerunt et ad faciendam fidem suss procurationis et de prffidictis
produxerunt quoddam instrumentum pro vero e^ publieo ciuus tenor
zensac fut donn6e en 1286, el, par consequent, un an avanl I'ordonnance de 1287
qui ordonna aux seigneurs jusliciers de faire rendre la justice par des pr^posds sp6-
ciau\, au lieu de la rendre euK-mfimes : € Ad exercHidam dictctm iemporalem ju^
risdictionenif baUivoi, pr<Bpoiitos et servientes laieos, et nullatmns elerieos, insti-
tuant, ut si ibi delinquant, tuperioret sui potnnt animadvertere.i^
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— XXXII —
barons, chevaliers ou damoiseaux poss^daient, en dehors de leur baro-
nies, ch&teaux ou lienx susdits, des champs ou terres particuliors, en
parcelles ou corps d' exploitation, ils n'auraient sur iceux aucune jori-
diction ou ne Texerceraient qu'au nom de leur seigneur.
De m^me, a voulu et concM^ ledit seigneur comte que tous autres
nobles ou leurs lieutenants possMant chliteaux anciens et peupl6s, ou
chfttellenies nobles et anciennes relevant d'eux m^atemeot ou immi-
diatement, aient sur les propri^t^ et terres de leurs vassaux Tentiire
juridiction k Texception du pouvoir pur ou mixte et de la haute justice (4 ),
pouvoirs qu'il entedd se r^server, en ce qui le conceme, ou que oon-
serveront le baron, le noble ou son lieutenant ayant droit de haute
justice, et pouvoir pur dans le ressort duquel ils se trouveront.
De inline, a voulu et concM^ ledit sagneur c(Hnte que tous antra
nobles ou leurs lieutenants possMant des milices, des franchises ou des
francs fiefs, habits ou qui le seraient k Tavenir, aient et exercent, en
les mdmes lieux ou appartenances d'ieeux, la basse justice, c'est-i-dire
qu'ils connaissent des cas ou la peine ou amende (2) seront de doq
inferius est insertus) retinuit sibi et successoribus suis qu6d si dicti ba-
rones vel milites sen domicelli extra baronias castra sen loca praBdieta
casalia sen terras particulares unitasseu dispersas haberent, quod in illis
nullam jurisdietionem habeant vel exerceant, nisi tantumpro domino.
4. Item voluit et concessit idem dominus comes quod alii homiDes
nobiles sen locum nobiiium tenentes, habentes castra antiqua et populata
sen castellaria naturalia et antiqua quod in ipsis et proprietatibus suis et
terris subditorum immediate vel mediate tenebunt et ab ipsis infra per*
tinentias prsedictorum locorum sen castellanorum habeant et exerceant
deinceps omnem jurisdietionem praeter merum imperium et altam jas-
titiam quod et quantum ad se ipsum retinuit, vel ille baro hoc habeat
sen miles vel locum nobiiium tenens habens tamen altam justitiam et
merum imperium in ci\jus jurisdictione consistunt.
5. Item voluit et concessit idem dominus comes quod alii homines
nobiles sen loca nobilia tenentes habentes militias francalitias vel foeuda-
fr*anca, si sint populata, vel si in eis habitent vel inhabitarent, vel
babitatores haberent in posterum habeant et exerceant in eisdem locis
et in pertinentiis eorumdem minorem jurisdietionem, scilicet, In illis
casibus in quibus casibus gagia sen lex esset quinque solidorum morla-
(1) II leur conf^rait done la moyenne et basse jaslice.
(2) Gatgium on gagium est employd en deux sens dans la basse latinit^. 11 veit
dire gage {pignus) et aiissi peine (poma, mukta,) — V. Dacange, verbo Gatgium.
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— XUIII —
sols morlas et au-dessous; que d Tamende la plus petite excMait ce-
peadant cinq sous morlas, ils seront ^alement, eu ce cas, comp^tents
pour en connaitre, etTamende leur appartiendra, toute autre juridiction
^tant rteenffe, soit par mondit seigneur comte, soit au profit du baron^
chevalier, noble ou lieutenant de noble, dans le ressort duquerils se
trouveront.
De m^me, et dn consentement des mandataires susnommte ^s-m^mes
noms et qualit^s que ci-dessus, il a ^t^ arr^t^ et convenu par le seigneur
comte susdit que le susdit seigneur comte, ainsi que ses successeurs,
aura, dans ledit comt^ de Fescensac, son ^^^hal, c'est-ii-dire nne ou
plusieurs personnes choisies qui pourront informer et entendre des
ttoioins dans toutes les affaires ressortissant au jugement de la cour de
Fezensac, sous les conditions et formes qui sont ci-dessous ^num^r^es,
k savoir : s'il s'agit d*une demande ou d'une information^ par la voie
ordinaire, touchant un crime ou une succession, ou tout le patrimoine
d'un vassal, ou la plus grande partie de ses biens, et que dans la cause
ou procte un baron, un chevalier ou tout autre noble soit partie, k Van-
dition des t^oins on s^pellera et fera intervenir deux autres barons,
chevaliers, ou deux autres nobles de bonne reputation du comt^ de Fe-
zensac; que dans les causes des bourgeois ou autres vassaux, on appel'
norum et infra, et si minor lex ordinaria vel gagium excedens^ sum-
mam quinque solidorum morlanorum quod in illo casu similiter
habeant cognitionem et legem. Omnem vero aliam jurisdiclionem
retinuit sibi prsedictus dominus comes vel quod baro hoc habeat sen
miles vel tenens locum nobilis in cujus jurisdictione essent.
0»^ Item de consensu prsedictorum procuratorum nomine quo supra
fuit ordinatum et concessum per prsedictum dominum comitem quod
prsedictns dominus comes et successores sui in dicto comitatu suo fezen-
siaci teneat ct habeat senescallum suum vel unam sen plures distinctas
personas qui vel alter eof um causas et lites criminales et civiles termi*
nare et audire possint ad examen curisB suae fezensiaci pertinentcs sub
modo et forma quse inferius continetur. Videlicet quod si ageretur vel
inquireretur via ordinaria de crimine vel de haereditate sen de toto pa-
trimonio alicujus subditi vel de miyori parte omnium bonorum suorum
quod in causa seu lite baronis et militis et ci^juslibet alterius nobilis in
receptione testium vocentur et intersint alii duo barones vel milites seu
alii duo nobiles bonas opinionis de comitatu fezensiaci. In causft vero
burgensium et aliorum subditorum vocentur similiter et intersint in re-
ceptione testium duo burgenses vel duae aliae personam bonae opinionis de
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— XIXIV —
lera et fera iotervenir k Taudition des 't^moiDS deux bourgeois on deux
autres personnes de bonue reputation pris sur lea lienx m6mes, on au
moins dans le eomt^ de Fezensac.
Et dans tea caioes et procte susdits des barons ou autres noMes, te
m^me seigneur comte ou son s^n^chal, ou tout autre qui prMdera^
occupera et exercera la juridiction au nom du seigneur comte, ne rendra
un jugementd^flnitif qu'autant que la cour de Fezensac aura M cooto-
qute neuf jours avant que la decision ne soit rendue, soit par le seigneur
comte, soil par celui qui occupera et exercera la juridiction pour ie m^me
seigneur comte, et qu'apres avoir convoqu^ Element d'autres person-
nes choisies, si c'est possible, avoir demand^ I'avis et ddlib^r^ avec ceox
qui seront presents k la cour, ou du moins avec la partie la plus nom-
breuse et la plus ^lair^e, ou avec ceux dont Tavis parattra plus Mairi
ou meiUeur au seigneur comte ou k celui qui sera cbarg6 de la justice
pour le seigneur comte.
Dans les causes des bourgeois ou autres vassaux, il ne sera Element
rendu dejugementd^flnitif par le seigneur comte lui-m^meou par celui
qui sera charge de ia justice pour le seigneur comte qu'aprte avoir pris
I'avis de ceux qui seront presents k la cour des bourgeois ou de la
partie la plus nombreuse et la plus telair^e, ou de ceux dont Tavis pa-
raitra meilleur ou plus ^clair^ au seigneur comte ou k celui qui sera
charge de rendre pour lui la justice.
II a 6i& egalemenl arrets et convenu par ledit seigneur comte et par
eodem loco vel de eomitatu fezensiaci, ut in prffidictia causis seu litibas
baronum et aliorum nobilium.
Idem dominus comes seu senescallus suns vel ille qui praeerit teuebit
seu exercebit jurisdictionem pro ipso domino comiie vocata curia fezen-
siaci per novem dies ante diem ferendse sententi® visitatione per ipsum
dominum comitem vel per ilium qui tenebit et exercebit jurisdictionem
pro eodem domino comite et aliis discretis personis si baberi possict re*
quisito et deliberate consilio cum iilis qui erunt prsesentes in curia seu
meyorl parte et saniori vel cum iliis quorum consilium ipsi domino comili
vel prsesidenti jurisdiction! pro ipso domino comite sanius vel roellas
videbitur deiinitiva sententia proferatur. In causis v«^ burgensium et
aliorum subditorum per ipsum dominum comitem vel ilkim qui praserit
jurisdictioni pro ipso domino comite similiter definitiva sententin
proferatur, deliberato consilio cum illis qui prsesentes erunt in curia
burgensium vel mtyori parte vel saniori, vel cum illis quorum consilium
ipsi domino comiti vel prsesideuli jurisdictioni pro ipso sanius et me*
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— XXXV —
les mandataires suanonun^s ^s^m^mes noros et quality que ci-dessu6,
que chaque partie eo cause aura le droit de r^user les deux persoDoes
susdites qui doivent assister et inlerveoir k I'auditioo des t^moins, si
elle les tient pour suspectes et qu'elle soil en 6tat de prouver k la cour,
dans un hcet d^lai, les motifiif de sa suspicion.
De mtoe, ii a 4t6 arr6t6 et convenu comme d-dessus que le susdit
seigneur comte ou son s^nechal ou tout autre qui sera charge de la jus-
tice, connaltra en sa couc aux conditions et formes ^nonc^ea plus haut
des causes criminelles, et punira les personnes coupables de crimes ou
de delits sur leurs personnes ou sur leurs biens, suivant la nature du
crime ou du d^Lit. U est expliqu^ cependant que ledit seigneur comte ou
$es successeurs, lorsqu'ils seront kgis de quatorze ans, s'ils ne sent ni
absents, ni arr^t^s par tout autre emp^chement, et que le proems cri-
minel concernera un baron ou toute autre personne noble, ledit seigneur
comte ou ses successeurs seront prints a la cour le jour oii le juge-
ment sera prononc^, et, si cela est n^cessaire, la cour devra, sur la re-
quisition de la partie en cause, 6tre convoqu^c jusqu*li trois fois par
ledit seigneur comte ou par celui qui sera charge pour lui de la justice.
De m^me, il a 6i6 arr^t^ et convenu par ledit seigneur comle, et par
lius videbitur. Fuit etiam concessum et ordinatum per dictum dominum
comitem et procuratoresprsedictos procuratorio nomine quo supra quod
parti litiganti sit salvum jus recusandi praedictas duas personas qu$
deberent examinationi testium interesse si eas suspectas habent et cau-
sam sou causas suspicionis intra breves dies ad cognitionem curise posset
sufficienter probare.
7. Item fuit ordinatum et concessum ut supr^ quod prsedictus dominus
comes sen senescallus suus vel ille qui praeerit jurisdiction! suae cum
curia sub modo et forma superius expressatis de causis criminallbus
cognoscat, et fascinorosos et delinquentes homines puniat et condemnet
in personis et bonis delinquentium secundum qualitatem criminis sen
delicti, ita tamen quod prsdictus dominus comes et successores sul si
sint statis quatuordecim annornm nisi absentes Assent vel alio justo im-
pedimento detinerentur et causa sit criminalis, quse tangat baronem vel
alium nolHlem, idem dominus comes et successores sui siiit semper
prsBsentes in curia in prolatione sententisB, et quod curia fezensiaci si
necesse fuerit ad requisitionem illius cujus causa erit, vocetur ter per
dictum dominum comitem vel per ilium qui pnBerit jurisdictioni pro
eodem.
8. Item fuit ordinatum et concessum per dictum dominum comitem et
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— XXXVI —
les mandataires susnommfe is monies noms et quality que ci-deesos,
que les bieus des condamn^s, dont la confiscatioii aura 6t6 pronouc^e
par jugement du seigneur comte ou de son lieutecant et de la coor de
Fezensac^ si lesdils biens sonl plac^ daus la mouyance inundate dodU
seigneur comte, serent d^volus et attribu^ pour le t6ut audit seigneur
comte. Si, aucontraire, ils se trouvent dans le ressort et la juridlcUon
d'un baron ou de toule autre personne noble ayant haute et basse jus-
tice, pouvoir pur ou mixte, lesdits biens demeureront de plein droit
au baron ou k la personne noble dans la juridiction d^uels ils sont
situte. Quant aux immeuble^ qui se trouvent dans le tenement ou juri-
diction de chevaliers ou lieutenants de nobles ayant juridiction, saos
pouvoir pur ni haute justice, ils seront confisqu^s int^graleinent an profit
des seigneurs dans le ttoement et juridiction desquels ils sont situ6s,
demeurant expliqu^ qu'il ne s'agit ici quo des fonds qu'ils tiendront d'eux
m^iatement ou imm^diatement. Sur les biens meubles, lesdits seigneurs
pourront pr^lever 65 sols morlaas, et, le pr^livement £ait, tout le reste
des meubles appartiendra au m^me seigneur comte ou au baron, che-
valier ou noble ayant justice haute, dans la juridiction desquels ils se
trouveront. Quant aux autres nobles ou lieutenants de nobles, ayant d^
milices ou franchises, et dont ii a iii parl6 plus haut, la peine ou
amende leur appartiendra jusqu'i concurrence de cinq sols morlas,
procuratores praedictos procuratorio nomine quo snprk quod bona dam-
natorum quae per judicium domini comitis vel locum ejus tenentis in
curia sua fezensiaci veniant in commissum, si praedicta bona sint in dis-
trictu et jurisdictione dicti domini comitis immediate, et quod ad ipsom
dominum comitem devolvantur et veniant in incursum. Si vero sint in
districtu et jurisdictione baronis vel alterius nobilis habentis altam et
bassam justitiam, merum et mixtum imperium, quod dicta bona poenes
ilium baronem vel nobilem in cujus jurisdictione essent pleno jure rema-
ncant ut commissa. Bona autem immobilia quae invenirentur in tene-
mento et jurisdictione militum vel loca nobilium tenentium habentium
jurisdictionem sine mero imperio et alta justitia devenient penitus in
commissum ad illos dominos in quorum tenemento et jurisdictione erunt
videlicet de feudis quae tenebunt mediate vel immediate ab ipsis, de bo-
nis autem mobilibus habebunt et levabunt praedicti domini sexag'mfa
quinque solidos morlanos quibus levatis totum residuum mobiliuro ha-
bcbit, idem dominus comes vel baro miles vel nobilis habens merum
imperium in cujus jurisdictione erunt alii vero nobiles, sen loca no-
bilium miiitia^seu francalitiastenentes de quibus' supra dictum est quod
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— XIXYII —
ou en totality, si ramende la plus faible d^ssait doq sols morlas (4);
ils recevront, en outre, la totality des biens immeuble? que les condam-
nte tiennent d*eux mMiatement ou immMiatement dans leur juridiction;
debent habere gagium seu legem usque ad quinque solidos morlanos
vel simplicem legem; si miyor esset quinque solidos morlanos habebunt
et recipient penitus omnia bona immobilia quse mediate et immediate
(I) La Uvre et le sol morlas ^taieni un^ monnaie bdarnaise qu'on frappait 4 Mor-
la^, pr^s de Paa. Elle n'avait pas seolement cours en B^arn, mais dans toute la Gas-
cogoe, ainsi que oela rdsulte de notre coatume et de tons les documents de I'^poque.
(V. Marca, Histoife du Biarn, 1. iv, ch. 16.) « Encore, dil-il, qu'elle appartint
principaloment a noble seigneur Gaston, vicomte de B^arn, et 4 ses pr6d^cessears.
touCefois ni lui ni son lieutenant ne pouvaient la chancer, bansser, ni affaiblir sans
Texpr^s et commun consentement de tous les pr^lats, barons et communaut^s de la
protinee d'Aux, anx terres desquels cette monnoye a^ait 6i6 commun^ment em-
ployee de toute antiquity. » — Mais queUe ^tait la valeur de la monnaie de Morlas
par rapport a la monnaie tournoise? — « La difference de cette monnoye avec la tour-
noise, dit Marca, est telle que la livre morlane exc^e la tournoise, non-seulement du
parisis qui est un cinquidme de plus, mais d'un triple, c'est-a-dire qu'une livre mor-
lane en vaut trois des toumoises, et, par consequent, les sols et les deniers morlans
sont de valeur de trois sons et trois deniers toumois. » Lorsque Marca indique, en
terminant, le rapport de un a trois entre les monnaies, il ne fait qu'^tablir la relation
approximative; car il vient de dire que la livre morlane exc^dait la tournoise de :
l® le parisis ou un cinquidme; 2o du triple, ce qui fait le triple et un cinquUme. Ce
rapport est [ort rapproche de celui que Ducange fixe a trois fois et un quart : « Mo-
neta Benehamensis, dit-il, sic dicta ab oppido Morlas posito prope ciyitatem Palen-
sem, triplo cum quadrants superabatj ita ut solidns morlanus tres valeret solidos et
tret denarios turonenses.^ {Gloss., v. Morlanus), On conceit entre les deux auteurs
une variation da quart an cinqui^me. On pourraoonsulter avec fruit sur cette question
une bonne dissertation publiee, par M. I'abbe Can6to^ sous le titre : Essai de Diplo-
matique, dans la Revue d'Aquitaine, ann^e 1857, et un mdmoire de M. deLagreze,
dans le Recueil de I'Academie des inscriptions, sciences et belles-lettres de Toulouse,
annee 1855. Sans contester les faits avanc^s par M. Can^to, je dois dire qu'ils ne me
paraissent pas jusHfier d'une manidre sufflsante la conclusion qu'il en tire centre
les assertions de Marca. Le raisonnement d^veloppe dans VEssai de Diplomatique
consiste a dire que, par suite de I'amenuisement des monnaies, le rapport abeauconp
varie suiTant le degre d'alt^ralion; et que, par consequent, il est impossible d'etablir
un rapport certain entre deux elements dont Tun changeait frequemment. G'est, je
crois, confondre la valeur nominale de la monnaie avec la valeur en lingot. II faut
remarquer que Tamenuisement consistait precisement k diminuer la substance metal-
lique, tout en maintenant la valeur nominative; il ponvait done arriver que le rapport
des deux monnaies jaiiki an point de vue de leur evaluation en lingot, et qu'il se
conserv4t toujours le m^me au point de vue de la valeur legale. Une disposition ex-
presse avait ordonne aux barons de recevoir les monnaies royales : « Pro pretio mo-
netarum suarum, valore ad valorem,y> Mais cette ordonnance de 1308, ainsi qu'on
pent I'induire de sa date, entendait par valeur celle qui etait exprimee et non celle
du lingot; sans quoi I'amenuisement aurait ete condamne en principe et en fait par
le roi faux-monnayenr. J'admets done, avec M. Caneto, que le rapport de la livre
morlane consideree comme lingot avec la livre tournoise a varie, suivant les circons-
tances, et qu'il est sinon impossible, au moins trds difficile de determiner la relation
entre les deux monnaies a toutes les epoques. Mais ce fait n'est nullemeot inconci-
liable avec I'affirmation de Marca qui n'a entendu parler que de la relation normale
entre les deux valours, et qui s'est place au point de vue du titre legal, sans se preoc-
cuper des variations que I'appreciation des parties etablissait entre les deux lingots.
Les prescriptions qui ordonnaient de recevoir les monnaies royales {valore ad valo-
rem) n'eiaient du reste pas executees; et les monnaies alterees ne furent jamais repues
que suivant leur valeur intrins^que, en depit de la volonte royale qui ne pouvait pas
triompher de la force des choses et de I'alarme des interets prices.
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— XXXVIII —
sur les biens meubles, ils auroDt et pr^everont cinq sols morias, ou
Famende simple et ordinaire si elle d^passait dnq sols morlas; et tout
ce qui restera desdits biens meubles sera attribu^ au sosdit seigneor
comte ou au baron, ou au noble ayant justice haute dans la juridiction
duquel ils se trouveront.
De mdme, il a M arr^t^ et convenu par ledit seigneur comte, a^ee
lesdits mandataires to mimes noms et quality que ci-dessus, que dans
le cas oil une terre ou un fief, qui serait attribu^ par confiscation i
mondit seigneur comte ou h un autre seigneur ayant justice haute oa
basse, aurait ^t^ recue en fief ou en emphyttose, le m6me seignair
comte susdit, ou tout autre seigneur duquel le fief sera tenu, devra, lueD
que la chose lui revienne par confiscation, faire sortir dans Tan et jour
ladite terre ou le fief de ses mains et la transferer k une personne qui
soit en 6tatde payer les droits fi§odaux, le canon ou la rente que le pos-
sesseur p^^ait habituellementau seigneur duquel il tenait ces Mens.
De m^me, il a et6 an^ii et convenu, par ledit seigneur comte et les
mandataires susnommte, to-m^roes noms et quality que ci-dessus, que
dans toutes les causes cximinelles et civilos qui se prfecnteront dans la
cour dtidit seigneur comte ou de tous autres ayant juridiction dans le
comte de Fezensac, il sera loisible k toute partie interess^e dt^peler de
tenebunt ab ipsis in jurisdictione sua et de bonis mobilibus habebaot
et levabunt quinque solidos morlanos vel simplicem legem ordinariam
si major esset quinque solidorum morlanorum et residuum quod su-
per est de dictis bonis mobilibus habeat praediotus dominus comes vel
baro seu nobilis habens merum imperium in cugus jurisdictione erunt
9. Item foit ordlnatnm et concessum per dictum dominum eomitem
etperdictosprocuratores nomine quo supra quod si contingeret aUquam
terram seu feudum domino Comiti praedictof seu alii domino jurisdictio-
nemhabenti msgorem vel minorem venire in commissum, qua terra seu
feudum tenetur ab alio domino in feudum seu in empbyteusim quod
idem dominus comes vel ille dominus a quo dicta terra seu feadom te-
netur, licet sibi venire in commissum teneatur infra annum et diem
dictam terram seu feudum extra manum suam exercere et transferre
in personam habilem ad solvendum jura.feodalia et canonem seu pen-
sionem solitam domino k quo tenebuntur.
40. Item ftiit ordinatum et concessum per dictum dominum eomitem
et procuratores prsdictos nomine quo supra quod in omnibus causfs
criminallbus et civiltbus contingentibus in curia dicti domini comitis vel
quorumlibet aliorum in comitatu fezensiaci jurisdictionem babentiuin
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— XXXIX —
tous les jugemeots d^oilifs, et dans tous les autres cas ou Tappel est
permis par la loi.
De ffl^me, il a 6i6 arr^t^ et convenu par ledit seigneur comte ei les
mandataires susnomm^ ^m^mes noms et qualities que ci-dessus, que
ledit seigoeur comte fait abandon k perp^tuit^, pour lui et ses 8ucce8«
seurs, k tous les barons, cheTallers et autres personnes nobles, ainsi
qu'a tous les autres hommes habitants et& tous ses autres vassaux du
comt^ de Fezensac, ou k tous ceux qui Thabiteront dans la suite, de
toutes les herbes, ^mondes, glands, eaux et tous autres menus produits
de ses terrcs, bois et possessions, conc^dant en outre aui m^mcs per-
sonnes la faculty d'user des terres, bois et p&turages susdits, k Icur gr6
et sans que ledit seigneur comte ou ses successeurs, ni leurs intendants
y puissent, en quoi que ce soit, mettre aucun empSchement dans Tavenir.
De m^rae, il a 6i6 arrfit^ et convenu par ledit seigneur comte et par les
mandataires susnomm^s es-m^mes noms et quality que ci-dessus que
ledit seigneur comte fait remise k perp^tuit^, pour lui et ses successeurs,
k tous les barons, chevaliers, religieux, clercs, bourgeois, k tous les au-
tres nobles, et k tons vassaux quelconques ay ant des miiices ou des fran-
chises et k leurs hommes^ a tous les paysans, quels que soient leur ^tat
ou condition, de tous droits d'h^bergement, tailles ou collectes, dons ou
pr&ents qui sont offerts d'ordinaire ou qui peuvent 6tre exig^ k Tocca-
onmibus quorum intererit licitum sit appellare k definilivis sententiis et
aliis casibus de jure permissis.
4 1 . Item fuit ordinatum et concessum perprsedictumdominum comi-
tem et per prsBdictos procuratores nomine quo supra quod prsBdictus domi-
nuscomesabsolvitet quitavitperpetu6pro seetsuccessoribussuis omnibus
baronibus, militibus, ac aliis nobilibus et quibuscumque aliis bominibus
habitantibus vel aliis subditis suls comitatus fezensiaei et qui deincops
habitabunt ibidem omnes herbas, ligna, fustes et glandes, aquas et
quodlibet aliud expletivum terrarum, nemorum et possessionum suarum
concedens eisdem quod prsedictis terris, nemoribus, pascuis amodo libe-
raliter uti possint pro libito suse voluntatis sine omni impedimento quod
pra)dictus dominus comes vel successores sui vel ministri sui non pnes-
tabunt eisdem aliquatenus in futurum.
i 2. Item fuit ordinatum et concessum per prsedictum dominum comi-
tcm etdictos procuratores nomine procuratorio quo supra quod praediclus
comes absolvit et quitavit perpetud pro se et successoribus suis omnibus
baronibus, militibus, religlosis^ clericis, burgensibus, ac aliis nobilibus
ct quibuscumque subditis militias sou francalitias tenentibus et eorum
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— IL —
^oa ou eD raison dudit h^bergemeot (4), promettant le m^me seigneur
comte que lesdits b^bergements ne seront plus k Favenir une occasion
ou un motif pour que lesdits vassaux soient de sa part Fobjet d'aucune
exaction, oppression ou demande de prestation, et qu'il ne permettra
qu'aucune r^uisition de ce genre leur soit dans I'avenir adress^ par
qui que ce soit, demeurant seulement r^serv6 par ledit seigneur comte
que, dans SOS propres villenages, il pourra et lui sera loisible de recevoir,
comme par le pass6, les droits de logement ou d'h^bergement que ses
propres vassaux ont I'habitude de lui payer annuellement pour les fiefs,
terresou possessions.
De m^me, il a ^t^ arr^t^ et convenu par ledit seigneur comte et les
mandataires susnomm^s 6s-m^mes noms et quality que ci-dessus que
nui homme, de quelque ^tat ou condition qu'il soit, dans le comt6 de
Fezensac, ne pourra 6tre dessaisi ou d^pouill^ de la possession de ses
terres, possessions ou choses k lui appartenant, et qu'aucune opposi*
tion ni aucun obstacle illicite k sa jouissance ne pourra dtre apporte par
bominibus ac omnibus rusticis cujuscumque status sen conditionis exis-
tent, omnes albergas, tallias sen collectas, dona sen munera qum occa-
sione sen ratione pra^dictarum albergatarum recipi consueverunt scu
recipi vel levari possint, promittens idem dominus comes quod occa-
sione sen ratione praedictarum albergatarum nullam amodo ab eis
exaclionem prsestationem sen oppressionem exigi, requiret, inferet seu
inferri per aliquem seu aliquos permittet aliquatenus in ftiturum, salvo
tamen quod prae^jictus dominus comes expresse in prsedictis sibi retinuit
quod de pagesiis suis propriis possit et sibi liceat recipere albergatam
prout hactenus ex debito recipere consuevit et comestiones seu alber-
gatas quas homines sui proprii pro feudis seu terris et possessionibus
eidem faciunt et facere consueverunt annuatim.
4 3 . Item fuit ordinatum et concessum per dictum dominum comitem et
prsBdictos procuratores nomine procuratorio quo supra quod nullushoroo
cujuscumque status seu conditionis existat in comitatu fezensiaci de pos-
sessione terrarom possessionum seu rerum suarum dissaysiatur &eu
spolietur sine causse cognitione vel bannum vel aliud impedimentum il-
licitum opponatur per ipsum dominum comitem vel per quemcumque
(1) Valberge ou droit d'h^bergement consistait dans I'oblifation oik dtaient les
sujets de recevoir leur seigneur en voyage. Gotte prestation, accideotelle d^ sa na-
ture, avait ^t^, comme ptusieurs autres dn mdme genre, transform^e en un droit
r^gulier : c/ui gisU ei procurationis, dit Ducange, seu divcrtendi in domum vas-
salli et in ea bospilandi, \cl prastatio qua pro ejusmodi procuralionibus domino
exsohntur.*
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— XLI —
le seigDeur comte lui-m^me ou par tout autre vassal sourois h sa juri-
dktion.
De m^me, il a ii& arr6t^ et convenu par ledit seigneur comte et les
mandataires susnomm^s ^s-m^mes noms et qualiles que ci-dessus que
oul vassal dudit seigneur comte, dans son susdit comt^ de Fezensac, ne
pourra 6tre saisi ou detenu s'ii offre et est pr6t k fournir uno bonne (i)
et solvable caution de comparaltre et d'ester en justice, h moins qu'il
ne s'agisse d'un crime qui, s'il ^tait prouv^, donnerait lieu a Tapplica-
tion d'une peine corporelle, et dans le cas ou il serait arr^t^ pour un
crime de ce genre, il ne pourra 6tre conduit ni detenu en dehors du
comt6 de Fezensac, s'il est du susdit comt6.
* De m^me, il a ^t^ arr^t^ et convenu par ledit seigneur comte et par
les mandataires susnorom^s 6s-m£mes noms et qjy^t^ que ci-dessus,
que le notaire de la cour du seigneur comte aura droit pour le jugemeat
d'une cause, de toute partie, k deux deniers morlas seulement; pour une
procuration, a un obole morlas seulement; pour Tinsinuation d'un acte
d'ajournement {libellus conventionis), k deux deniers morlas; pour un
acte d'obligation, k deux deniers morlas; pour une copie d'actes, ayant
un palme de largeur et une longueur mesur^e par vingt lignes, k douze
deniers morlas seulement; pour Tinsinuation de Facte constatant le pro-
4
jurisdictioni suse subjectum.
i 4 ; Item fuit ordinatum et concessum per dictum dominum comitem
et per dictos procuratores nomine procuratorio quo supra, quod nuUus
subditorum dicti domini comitis comitatus sui prsBdicti fezensiad ca-
piaturvel captus detineatur dum tamen offeratet praestare velit ido-
neam cautionem de parendo seu stando juri nisi pro tali crimine quo
probato poena corporalis esset iufligenda et si pro tali crimine aliquis
capiatur quod captus non ducatur nee detineatur extra comitatum fezen-
siad qui de comitatu pradicto esset.
A 5. Item fuit ordinatum et concessum per dictum dominum comitem
et per dictos procuratores nomine quo supra quodnotarius curiae ipsius
domini comitis redpiat de processu causae a qualibet parte duos morla-
nos tantum et a qualibet procuratione unum obolum morlanum tantdm
et de libello incorporando duos morlanos tantum et de instrumento
debiti duos morlanos tantum et de brachiata actorum quae sit unius
pabni in latudine et in quoiibet palmo sint viginti lineae duodedm de->
(1) Idoneam cautionem. Si nous n'avions pas craint d'etre accuse d'affeclation
pddantesqae d'archaisme, jaous aurions tradnit par caution idoine, en empruntant
un mot de notre vieux langage.
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*— XLU —
none^ d'uQ jugement, k six deniens morias settlement^ et pour la rMac-
tioD du jugement en la forme authentique, h douze deniers morias een-
lement; pour un exploit de citation, k deux deniers morias seulement,
et pour un acte de gage, k deux deniers morias seulement. Quant aux
autres actes qui pourraient se printer, il aura droit, pour rioscriptioD
sur les registres de la cour, aux taxes qui seront flx^ par Tappri-
ciation de la cour et de celui qui sera charge de la justice pour ledit
seigneur susnomm^ (4).
De m^me, ii a iti arr^t^ et convenu par ledit seigneur comte et les
mandataires susnomm^, agissant tant pout eux-m^mes qu'te-mtaiet
noms et qualit^s que ci-dessus, que pour la contimiace ou le d^ut, la
pebe ou amende ne d^passera pas vingt sols morias.
De m^me, etc., etc., que ceux qui habitent dans les propri^tte dudit
seigneur comte ne pourront pas conduire leurs animaux sur les patu-
rages de leurs voisins, ni prendre la d^paissance Mt iceux aotreineot
qu'aux m^mes conditions, suivant lesquelles les autres toisios Texaxsenl
sur les propri^t^s des vassaux dudit seigneur comte; si les habitants oot
causi un prejudice k leurs yiAsins par leurs animaux, lis doivent le r6-
parer comme le devraient les ^isins r^sidant en dehors des proprietes
dudit seigneur comte.
narios morlanos tantum et de instrumento sententiaBincorporando quod
recitabitur sex denarios morlanos tantum et pro instrumento sentential
fftciendo in formam publicam duodedm denarios morlanos tantum et
de littera citationis duos denarios morlanos tantum, et de littera pigno
rationis duos denarios morlanos tantum. De aliis vero quae contigeriot
recipiat pro incorporando in libro curiae ad arbitrium curiae et Ulius qui
praeerit sen exercebit jurisdictionem pro domino comite supradicto.
46. Item fuit ordinatum et concessum per domiQum comitem prae-
dictum et procuratores praedictos et ipsis proeuratoribus nomine proea-
ratorio quo supra concessum quod pro contumada seu drfectu nop
teoetur gagium seu lex nisi vigmtideiMLrios morlanos tantum.
i 7. Item quod habitantes in propricttttibus diet! domiui oomilis doo
debent depascere cum animalibus suis pascua vicinorum suorum nee
habere padoentiam in dsdem nisi sicut alii vicini in proprietatibis sub-
ditorum dicti domini comitis habitantes et si cum animalibus suisvicinis
suis damnum dederint debent emendare sicut alii vicini extra propric-
tates dicti domini comitis habitantes.
(1) Ce litre est moins complet dans le texte donnd par M. Monlezun; et m^me, sar
certains points, ce dernier n'est pas coiilbnne k notre roanuscrit.
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— ILIII —
De mdme, etc., etc., que les hommes taiUables, serfs (1)de corps et
de glibe, des vassaux dudit seigneur cointe ne seront pes re^os sar les
propri^t^s dudit seigneur comte, ni dans celles de^eure vassaux centre
le gr^ des maltres desdits hommes taiiiables, et, s'ils y (Uaieni re^us, ils
seront rendus h leurs m^dtres avec leurs effets.
De m6me, etc.,. etc., que si les habitants des terres des vassaux dudit
seigneur oomte se transportent avec intention d'habiter et de changer
tear domicite en des lieox appartenaat k d'auires vassaux du seigneur
cointe, ou en des lieux qtpartwant au seigneur comte lui^m^roe, les
possessions et autres choses immobiliires reoues des seigneurs qu'ils
quittent doivent resler au pouvoir de ces dits seigneurs^ h moins que
lesdites ehoses n'aieBt ^t^ donnas et conc^d^ en emphyth^ose auxdits
habitants, conform^ment aux us et cootunies de quelque viile du eemt6
dudit seigneur comte, pour en disposer k leur volenti
De mdme, etc., etc., que si un homme quitte un chltteau, une ville
ou un lieit du seigneur comte susnomme, ou un chateau, une ville, un
lieu des vassaux dudit seigneur comte pour se transporter, avec ioten-
48. Item quod homines quistales de corpora et catalagio subditonim
dictidomini comitis in proprietatibus ipsius domini comitisnon recipiant
nee subditl sui prseter voluntatera dominoram dtctorum hominum quis-
tatiam et si reciperentar debent ipsos homines cum rebus suis restituere
dominis eonimdem.
4 9. Item quod si habitantes in terris subditorum prsdicti domini co-
mitis se trans&rant habitandi causa et mula»lisuum domidttum ad loca
aliorum subditorum ipsius domini comitis vet ad loca propria ipsius do*
mini comitis quod possessiones et alite res immobiles quas tenent k
dominis a quibus recedunt, debent, penes illos dominos remanere, nisi
prodictis habitatoribus prsedictse res in Emphitbeosin vel alias datae sibi
et concessae essent juxta usus et consoetudines titeijyus viUas comitatus
ipsius domini comitis adfaeiendas suas proprias voluntates.
20. Hem quod si aliquis homo recederet de castris, villis, seu loeis prsB*
dictidomini comitis vel de castris vUlis seu locis subditorum dicti doinini
(I) L'ancienne contiirae de Toalouse peonettait dgaleneat oetle esp^e d'assuj^tis-
sement; mais dans la coutame de 1285, nous trouvons que cet article est r^servd, et
que le roi Philippe le Bel ne I'approuvo point. (V. Lafbrri&re, Histoire du Droit,
t. V, p. 291.) U faat remarquer ici qu'au cooLraire, a la mdme dpoque, 1285, U coa-
tume de Fezensac admettait et conservait une condition qui dtait ddj& rdprouv^e par
le poBToir cenU^al.
Questales vient de questa, qui veut dire tribut, et, dans quelques passages, laille,
notamment dans la coutume du Bonrbonnais, art. 443. — Dans la coutume d'Aqs,
on lit : terre de queste, que Dacange tradoit par : in qud tallia locum habet.
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— xuv —
tion d'y habiter, dans uq autre chftteau, ville ou lieu, et que les bieos
de celui qui change d'habitatlou aieut ^t6 saisis, frappte d'oppositlon oa
occupy par le seigneur dans la juridiction duquel ils se trouvent, k
m^me seigneur comte ou ce seigneur*Ui feront, a la requisition de
rhomme susdit ou de son mandataire par jugement de sa cour, br^
et prompte justice surle fait de la saisie ou opposition; quesilesdgnear
requis par ledit homme diffkait de faire justice, il sera loisible audit
homme de recourir au seigneur comte lui-m^me ou au seigneur suze-
rain, et ie m^e seigneur comte ou le seigneur suzerain rendra justice
dans les circonstances sus^^nonc^es.
De m^me, etc., etc., que si le seigneur comte susdit veut con^roire
un fort en un lieu quelconque de son comt^, il ne llvrera pas a ceoi
qui Yiendront pour la construction de la tour les terres de ses vassaui
sans le consentement de ces derniers.
De m^me, etc., etc., que les habitants de nos propriety ne doi?ent
pas de leur propre autorit^ indAment et mi^chamment marcher, s'^h
procher ou venir avec ou sans armes, avec ou sans le baile du lieu
contre un de nos vassaux, ni entrer ind(iment et mdchamment dans les
terres d'un denos vassaux, et, s'ils ont quelque grief, ils doivent, comme
comitis transferendo se habitandi causa ad aliud castrum villam vel lo-
cum et bona illius se transferentis capta sen bannita vel occupata ftie-
rint per dominum in cujus jurisdictione consistant quod idem dominos
comes sen ille dominus super occupatione sen banni oppositione de
prsedictis bonis ad requisitionem prcedicti hominis vel ejus procuratoris
per judicium curiffi suse facial sibi jus breve et maturum quod si facere
differret per dictum hominem requisitus quod dicto homini sit Ucitum
ad ipsum dominum comitem vel ad superiorem dominum habere recur-
sum et idem dominus comes vel superior dominus eidem homini facient .
super pnemissis justitiffi complementum.
21 . Item quod si prsdictus dominus comes in aliqua parte soi co-
mitatus bastiret vel bastitiam faceret non dabit venientibus ad bastitiam
terras subditorum suorum prsBter quam iUorum quorum fuerit volun-
tatis.
22. Item quod habitantes in proprietatibus dicU domini comitis non
debent cum armis vel sine armis nee cum bsgulo vel sine bsjulo illius loci
contra aliquem subditum ipsius domini comitis propria authoritate in-
debite el malitiose accedere sen, venire, nee in terras aliciiyus subditi
ipsius domini comitis indebite et malitiose intrare, quod si de aliqno
conquereretur sicut alii subditi ipsius domini comitis in proprietatibus
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— XLV —
les autres vassaux qoi n'habUent pas nos propii^tda, ndus demander
qu'il soit fait justice.
De m^me* etc., etc., que ledit seigneur corate De pourra pas Clever
de lour sur des terres q[>par(eQaiit k quelqu'un de ses tassavx stos le
coDseatemeni de oe dernier, et, s'il venait k It Mre, it serait tenu de ies
lui reslituer.
'De iB^me, etc., etc^ qoe^ soli sur la demande d'uu vassal^ soit autre*
meni, il n'^ldvera pas de fort dans un lien litigieoi entre plusienrs vas^
sayxi et ne consentira pas de par^age juBqu'ii ce que la eonteatotiofl
ait 6t6 jug^e par ledit seigneur comte et sa cour; mais il sera staiu^, k
bref d^lai, k la diligence do requ^ant ou de son adversairct dans les
trois mois^ si le seigneur comte ne prorogo pas le terme.
Dem^me, etc., etc., que tout habitant de notre cofBt6 de Feeensic
doit cooiparaltre et ester en justice devaul le seigneur et la cour de son
domicile, en mati^re de contratft ou de d6lits, k mokm qu'en raieon da
contrat on du d^Kt, il n'y eCit lieu^ dans des oas ^numirte plus haut, a
ordonner le renvoi.
De m^me, etc., etc., que toutes lespersonnes nobles ou lieutenants de
nobles ayant ou non juridietion ne sont pastenues^ en matiire de crime
ou de succession, de d^fendre ailleurs qu'ii Vic {Pezensac) k la demande
ipsiusdomini comitis non habitanles, debent coram ipso domino eomile
petere justitiee cosbplementum.
23. Item quod piffidictus dominus comes aon debet bastidam faoere
in terra aliquorum subditorum suorum preeter yoluntatem ipserwm; et
si faceret quod eisdem restituere teneatur.
24. Item quod ad instantiam alicijuuasubditi sui nee aliter bastidam
faciet in aliquo loco in quo sit controversia inter subditos sttos^ nee par&a-
gium faciet quousque de dicta controversia per ipsumdominum comUem
et per ^us curiam fuerit defSnitum; sed fiet breve justiiisB complemen-
turn requirenti seu contradiceoti si tioc persequi voluerit, intra tres
menses nisi dominus dictum t^minum prorogaret.
25. Item quod quilibel babitator comitatus fezensiaci debet respon-
dere et stare jurl in contractibus et delictis coram illo Domino et curia
ubi habebit domicilium suum, nisi ratioae contractus vel delicti esset
super prsemissis remissio facienda.
26. Iteifi qiiod omnes nobilcs et otnnes alii loCum nobifiurri teneutes
jurisdictionem habentes vei non baberfted, nobtlesi vel \o€h n(yMtiQm te^
nentes tantum debent stare jirri et fantum dieto domino eomiti et suia
qtierdantSbtte aptid Victtffi rftspofldere ^pef tirirtrirrtbils tt in (»trsa hae-
d
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— XLTI —
inteDtte par le comte susdit ou par ses (4) procureurs; et^ s'ils soBt
saisis ou cit^, en d'autres lieux, ils ne seront pas oblige de comparaltre.
De rn^me, etc., etc., que sur tout appel interjet^ coutre ies didsioDs
des of&ciers dudit seigneur comte ou de toutes autres persoanes reudant
la justice dansle comt6 de Fezensac, ilsera status k Vic (Fezensac), par
ledit seigneur comte ou celui qu'il aura charge de la justice, en son lieu,
et par sa cour de Fezensac. £t s'il arrivait qu'il y eOt lieu, en ladite
cause d'appel, d'entendre des t^moins, on fera intervenir k leur audition
deux hommes de bonne reputation du comt^ de Fezensac; mais seule*
roent dans Ies causes ou, d'aprte ce qui a ^t^ dispose plus haut, il faut
appeler deux personnes k Taudition des t^moins.
De m^me^ etc., etc., que si (2) Tintim^ perd ou succombe sur un pre-
mier^ un deuxi^me et un troisi^me appel, ou si Tappelant succombe,
11 ne perdra que Ies frais judiciaires auxquels 11 sera condamn^ par Ies
jugements; et ni le susdit seigneur comte, ni tout autre seigneur duquel
Tappel aura ^t^ relev^, ne pourra prononcer aucune autre peine, nonobs-
tant toute coutume ou disposition legale.
reditatis; et si in alio loco caperetur et alibi vocaretur non teneatur com-
parere.
27. Item quod omnis appellatio^quse interponeretur ab audientia of-
fldalium dicti domini comitis seualiorum quorum-cumque judicantium
in comitatu fezensiaci apud vicum debent per ipsum dominum comitero
vel per ilium qui prs^rit jurisdictioni pro ipso et curiam suam fezensiaci
terminari; et si contingeret quod in dicta causa appellationis esset tes-
tium receptio facienda quod adhibeantur in eorum receptione duse per-
sonse bonsB opinionis de comitatu fezensiaci, in illis causis tantum de
quibus superius ordinatum est quod duse personss debent adhiberi in
testium receptione.
28. Item quod si pars appellans vel pars appellata cadat vel succum-
bat in appellatione prima vel secunda vel tertia, si pars appellans in se-
cunda succumberet in ilia tantum expensis litis privatur in quibus de jure
fuerit per sententias condemnatus; et quod dominus comes praedictus nee
dominus alius a quo appellatum erit in nuUo alio puniatur consuetudine
aliqua sen jure aliquo nonobstantibus.
(1) Suis querelantibiAs. Querelare, d'aprds DoCange, signifie reamer, d'une ma-
nidre qnelconque, « i4( non possit ab ed apellarif querelari, nee nulla dicij nee alt-
qualiter querelari, (Statuta crimiDalia Saon&e, ch. 14.)
(2) Le texte da manuscrit que nous reproduisons n'a pas de sens, et nous avons
suivi, pour la traduction, la yersion donn^e par M. Monlezun : « Quod si part ap-
pellata eadat vel sueeumbat appellatione primd, seeu$idd, tertid; aut si pars ap-
pellans in sententid sueeumbat, etc. , etc. , etc. >
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— XLYII —
De m^me^ etc., etc., que, siledit seigneur comte, ou sesofBciers, ou
ses bailes (^) envoient dos sergents pour saisir (2) quelques-uns de ses
vassaux en raison de dettes, amendes ou deniersdudit seigneur comte ou
de ses officiers ou de ses baiies, ledit vassal ne sera pas tenu de payer
auxdits sergents les frais ou d^pens de ladite saisie; mais, pour la notifi-
cation des citations, et pour procMer aux autres voies d'ex^tion^ deux
deniers Morlas seront dus au sergent ou appariteur de la cour h Van-
dience de laquelle ledit sergent ou appariteur citera, ou dans le ressort
de laquelle il ex^cut^'a; et, lorsqu'il y aura lieu de faire une citation, on
n'enverra qu'un seul appariteur, et on s'en rapportera h son serment
sur le fait de la citation (3). Mais, s'il s'agit d'nne saisie, deux appariteurs
a'y rendront de concert, dans tons les cas; et sMls^prouvent de la resis-
tance, on pourra y en envoyer un plus grand nombre, suivant Tappr^-
ciation de celui qui sera charge de la justice (4).
29. Item quod si dictus dominus comes Tel offlciales sui sen bcyuli
mittant aliquos servientes ad pignorandum aliquos subditos suos pro debi-
tis gagiis sen denariis ipsius domini comitis vel ofBcialium sen bajulorum
suorum, dictus subditus non teneatur i^olvere dictis servientibus gagium
seu expensas ratione pignorationis pnedictse; pro citationibus vero por-
iandis vel aliiis executionibus faciendis de quaKbet leuca habeat duos
denarios morlanos tantum ab eo serviens seu nuntius curiae ad cujus
instantiam dictus nuntius citabit vel dictam executionem faciet; et
quando contigerit quod citatio sit facienda quod eat unus nuntius tan-
tum et quod credatur nuntio per juramentum de citatione facta. Pro
pignoratione vero facienda earn duo nuntii communicent in omnibus ca-
sibus; si vero resistentiam invenirent quod possintpluresire ad arbitrium
iUius qui iurisdietioni prseerit.
(1) Bajulus ye\ baillwus, Italis Balio. Ge root a un sens g^n^ral dans lequel il
signifie remplacant. 11 a aussi on sens special dans leqnel il d^signe le magistrat qai
rend la justice au nom d'un -autre, d'un Seigneur ou du roi. Ofj^ciaUs, minister et
aussi procurator, administrator. C'est en ce dernier sens qu'il est pris ici. Dn Cange
ajoute : < Propria autem officiales apud nostros appeUantur judices episcopnrum ou
episcopales. Semen*, servientes, « mililes pedites, dit Du Gauge, qui vulgo scripto-
ribus nostris Sergeans.'» V© Serviens.
(2) Pignorare, pignori capere, Gallis, saisir. Lo mot pijEmorare a une autre signi>
fication. « Pignorare, dit encore Ducange, prsedari, hostium agros incursare, Gallis,
pilleTt faire des courses, ptcorer.» Pignora capere, saisir les meubles,
(3) Ce passage prouve que les ajournements avaient lieu souvent oralement. Ce
trait est caracl6ristique de la culture intellectuelle de I'dpoque.
(4) Lc texte du manuscrit n'a pas de sens, k la fin de ce passage, et nous avons
suivi la version donnde par M. Monlezun : » Eant duo nuntii communiter in om-
nibus casibus,^ au lieu de : « Earn domino communicet nuntius, » que porte notre
manuscrit; la maladresse du copiste est dvidenle.
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— XLVIII —
De mdme, etc., etc., qu'un sergent ne pourra ni citer, ni saislr, en
dehors de la ville, sans une permissioii sp^ale (^).
De m^me, etc., etc.^ que nul ne sera ni appr^bend^, ni marqu^ et
que ses biens ne poarrout pas ^tre saisis s'il n'est oblige, ou comme d^-
biteur principal, ou comme caution.
De mtoe, etc., etc., que, si des cboses franches venaieot k ^tre ven-
dues, en raison desqu^es aucnn cens annuel ne fCit payd et que lesdites
cboses provienqent, fassent ou aient fait partie d'unemilice; on encore
que lesdites choses soient, aient M librae ou firtndies anciennement
depuis tant de temps qu'il n'y ait pas mdmoire du contraire, et que les-*
dites choses soient en la possession de nobles, ou de chevaliers, cm de
bourgeois, ou de lieutenants de nobles, le susdit sei^oeur comte, ni au-
cun de ses vassaui ne pourra exiger ni recevoir les droits de ventes (2).
De m^me, etc., etc., que nul, dans leFezeosac, ne sera tenu de dcmner
une silrete k celui qui la demandera, qu'autant qu'il aura (Ai reconnu
par ledit seigneur comte ou sa cour quecette sdret^ doit 6tre donnfe.
De mtoe, etc., etc., que nul ne pourra 6tre saisi ou arr^ ni pour sa
30. Item quod nuncius non possit citare vei pignorare sine licentia
extra villam.
3^ . Item quod nullus sit pignoratus vel marohatos nee bona illius
capiantur nee fide jussorio nomine pro illo debito teneatur.
32. Item quod si res francales venderentur de quibus certus census
non solvitur annuatim et prsedicta res francales descenderent, fuissoat,
extitissent sen essentde militia, vel praedicts res fuissent extitissent libors
seu francales ab antiquo a tanto t(»npore de cuijus contrario nwmoria
in contrarium non existeret, et praedictas res tenerent nobiles seu mi-
lites vel burgenses vel locum nobilium tenentes, prsdictus dominqs
comes nee aliqui subditi sui debent habere seu redpere vendas.
33. Item quod nullus de fezensiaco teneatur preestare securitatem
alicui banc petenti, quousque per dictum dominum comitem seu curiam
suam fognitum fuerit securitatem fore praestandam.
34 . Item quod nuUus pro proprio debito seu alieno, sive dieto domino
(1) Notre manuscrit porte : sine licentid; tandis que le texte donn^par M. Mod-
lezan porte : sine litterd. II semblerait r^suUer de ce dernier texte que, extra vil-
lam ^ la citation devait avoir lien par ^crit, ce qui serai t en opposition avec ud
paragraphti ant^rienr. Nous avons mieux aimd^suivre la version de notre manuscrit :
« sine licentid. »
(2) Les lods et ventes, droits de mutation en cas de vente, qui ne s'appliquaient
. qu'aux biens tenus en rdture. « Quod prseslatur, dit Du Gauge, domino fcudali pro
distractionis sui venditionis praedii facultate.» Sous le mot venda, Du Cange cite les
franchises de Fezensaguet, anno 1294 : « Non debent habere seu re^ipere vendas pro
venditionis laudimio.:»
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— XLIX —
profure dette^ ni pour celle d'autrui (soil qu'il s'agisse d'une detteenvers
ledit seigneur comte ou tout autre); et si d'acddent quelqu'un venait h
^ire saisi ou arrdtd sur ce fondement, s'il se retire sans avoir demand^
la faculty, ii iie sera passible pour ce fait d'aueune peine ou amende, k
moinsqu'il nes'agisse, dans lesc^ ou oela serait n^ssaire, de le forcer
a consentir (^j et signer une vente totale oupartielle de ses biens, si
d'ailleurs ilnevouiait pas y adhi6rer«pontan6menty auquei casilpourra
6tre saisi et arr^t^.
De m^me, etc., Qte«, qu'on ne pourra saisir eontre un d^biteur, en
raison de la dette d'autrui ou de sa propre dette, peine ou amende ou
de fk>ais mis & sa charge, ni ses v^ements de corps, ni la garniture de
son lit, ni les animaux servant h Texploitation de ses terres, ni, s'il est
noble, ses chevaux ou ses armes; et si d'aecident quelqu'un de ces
olyets venait k 6tre saisi, ledit seigneur comte, ses ofBciers ou bailes
devront le lui faire reslituer sans perte ni diminution, lorsque le
d^biteur saisi aura d'autres biens pour donner k ses cr^nciers pkine
satisfaction.
De mtoie, etc., etc., que ledit seigneur ne p^mettra le duel entre ses
vassaux que dans deux cqs : le meurtre commis avec perfldie et sc^l6-
comiti sive alii debeatur, capiatur seu etiam arrestetur; et si aliquis forte
propter hoc caperetur seu anrestaretur etnou petita licentia necederet,
quod propter hoc in nulla poena seu gagio tsoeatur nisi pro laudatione,
seu confirmatione venditionis et distractioois rerum suarum in easu ne-
cessario facieuda cun aliis laudare nollet, tunc tantum posset esse
oaptus seu etiam arrestatus^
a^ Item quod nullus ratione aliei^us obtigationis nee pro debito seu
gagio, nee pro poena lege, vel expensis in vestibus proprii coorparis seu
pannis lectoruo) seu in aniiBalihtt^ terram e^colentibus nee iu equitatu
aliciyus oobllis sui corporis seu armis pigooretur; et si forte easu aliquo
in aliquo de prsdiotis pigooratus fuerit, prffidietus dominus <^ines et
officiales sim ;et bi^uli sine gagio «t dififugio restttuaat eidem, si pigno-
ratus alia bojoa habeat uade s^tisfieri complete po^slt creditoribus suis.
3 6. Item quod dictus dominus comes non redpiat duellum de subditis
suis nisi in duobus casibus scilicet in murtro proditiose seu scelerate
(I) Laudatione* L^ mot laudatio a lUusieurs significations : II signifie, comme
ici, consensuSy approbatio. II voulait dire aussi laudes ou laudimiat c*esl-a-dirc
droits percus sur los ventes par le seigneur f^odal (lods et ventes). Enj&A, il si-
gnifiail le l^moignage porte sur la morality des t^noii^ {laudatio tesHum, laudare
testes).
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ratesse^ et en mati^re de propri^t^ fonci^re; pourvu, d'aiileure, que le
duel soit voulu librement par les deux partiee.
De m^me, etc, etc., que nul ne sera puni par ledit seigneur comte,
ou par tout autre juge du Fezensac, pour le fait ou le d^it d'autrui, ni
dans sa personne, ni dans ses biens, pas m^me le p^e pour le fils, oo
r^proquement.
De rn^me, etc., etc., que nul ne^erasaisi^ de Fautorit^ dudit seigoear
comte, de ses bailes ou de tout autre juge du Fezensac, si ce n'est eo
vertu d'une condamnation oud'un aveuen lacour (^1).
De m^me, etc., etc., qu'il est fait defense k toute personne du eomti
de Fezensac de brCiler ni d^truire, sous pr6texte de guerre ou de dis-
corde, les m^tairies, les maisons ou autres lieux habit6s dans ou hors
les forteresses mur6es ou retrancb^, les moulins, p^cheries, ou les
digues (2), les vignes, les vergers ou autres arbres, les bWs, les gre-
niers h foin et les pailles. En cas de contravention, celui qui aura ^
actionn6 et convaincu sera tenu de payer le double du dommage a
celui qui Ta ^prouv^; et, en outre, le d^linquant ou malfaiteursera puni,
suivant la nature du crime ou du ddit, par ledit seigneur comte, eo
facto vel fundo terrse, nee tunc nisi de libera utriusque patris processerit
voluntate.
37. Item quod nullus pro facto seu deMctaaHerius per dictum domi-
num comitem vel per quemcumque judicantiom in fezensiaco in aliquo
puniatur, nee pater pro filio nee e contra, in suis corporibus seu
bonis. ^
38. Item quod nullus pignoretur per dictum dominum comitem seu
per bajQios suos vel per quemcumque judicantem in fezensiaco, nisi pro
re judicata et confessata in curia.
39. Item quod nullus in comitatu fezensiaci rationeguerrsB vel discor-
diae bordas, (Jomos et alia loca populata intus et extra fortalitia murata
vel vallata, molendina piscaria, et etiam payserias, vineas, viridaria, sea
alias arbores; blada, fcena foenaria et paleas comburere vel tallare au-
deat; quod si in contrarinm factum fuerit, damnum passo ille qui con-
victus vel probatus fuerit duplum restlluere teneatur; et nihilominiis
convicCus de crimine seu delicto delinqnens seu malefactor puniatur
(1) G'esl la reprodaclion de la maxime romaine : Confessus in jure pro judicata
habetur.
(2) Payseria, paysseria ct paxeria, agger molendini. « Palormn contextus ac se-
» ries, dit Dn Cange, in moleodinis, in pontibas, et aliabi, oceitanis paittiero foa
T> pachero)^ agger molendini.*
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— LI —
sa coor de Fezensac, suivant les formes et conditions indiqu^s plos
haot.
De m^me, etc., etc., que, il est fait defense k toute personne de p^
Cher (^) dans T^tangii poissonsd'aatrui, dechasserou prendre les pigeons
de son colominer ni les lapins de son clapier; s'il y a contravention, et
qne le contrevenani soit saisi ou convaincu, il paiera soixante-dix sols
morlas au seigneur comte ou au seigneur dans le ressort duquel il aura
d^tinqu^; en outre, il devra payer une amende de vingt sols morlas a
celui qui a ^prouv^ le dommage, et, de plus, Tindemniser int^gralement
du prejudice souffert; il sera eontraint k payer, et, s'il ne le pent, traits
comme voleur.
De m^me, etc., etc., que, il est fait 'defense k toute personne de
chasser au ftiret et au filet sur le champ d'autrui, et de prendre, sans le
consentement dupropri^taireauquel le champ appartient, des perdreaux
au filet, ou^ dans les Keux plant^s de pins, des li^vres, des h^rissons,
des pigeops mftles ou femelles (2), des tourterelles. Tout contrevenant
sera tenu de payer ladite amende de soixante-dix sols morlas audit sei«
gneur comte ou au seigneur du lieu dans lequel est sltu6 ledmmp et ou
la contravention a 6ii commise, une amende de vingt sols morlas k celui
juxtaqualitatem criminis sen delicti per pr»dictamcomitem in curia sua
fezensiaci, sub modo et forma superius expressatis.
40. Item quod nullus in piscario stagno ingorgato piscari audeat nee
aliquis columbos cohimbarii, et ragrillos claperii allcujus venari sen capere
audeat; quod si fecerit et deprdiensus foerit vel convictus vel probatus
fuerit, legem septuaginta solidorum morlanorum ipsi domino comiti vel
iHi domino in cujus jurisdictiooe commiserft solvere teneatnr, et poenam
viginti soHdorom morlanorum solvere teneatur damnum passo et emen-
dam damni integr6 nihilominus solvere teneatur, et ad solutionem
eorumdem compellatur; et si solvere non possit, flat de ipso sicut de fore.
4^ . Item quod nullus cum ftirone vel fllato in terra alterius venari et
capere audeat sine voluntate domini cigus terra erit scilicet perdices cum
filato vel pinholetto, lepores et cirogrillos, columbas et columbos sen
turtures; quod si fecerit dictam legem septuaginta solidorum morlanorum
dicto domino comiti sen domino illius loci cujus terra erit et in cujus
jurisdictione dictum maleficium erit perpatratum solvere teneatur; etpos-
(1) Stagno ingorgato.
(3) Columbas vel columboi, Columbus, dans les auteurs classiques, veut dire le
m^lo du pigeon. Un seul anteur I'a employ^ pour designer la femellc du pigeon :
c'est Goiumelie.
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• t
— LII —
lepii a sduMvt le dMnmage, plus la i^paration du pid|ittdieo a?ec coafift-
cation des Olets ou furet; et, s'il ne peut pas payer, on Ic traitcra comne
no vetour (4).
De mdme, ate, elc, que otaacun aura to dreil d'endore prte de aoo
ohi^taoii en dcsa r&idenoe ub pAturage de F^erve (9), poupvu qq^U l« fiaaae
dans une mesure ralsonnabie et sous la rimiye des droits de toute partie
int^pesafe, sur lesquels il sera staluA^ dans tes trois inois, par ledil sd-
goetip oomto ou par tout autre seigneur dans la juridiotion duqoel il se
tfouvera; defense est faite a t^ute persoane d'en franehir lea boracs et
d'y faire pafire des animaux, h peine, eontre tout eoQlreveoaBl Iroov^
sur les lieux^ d'uae amende de cinq sols morlas et de la perie des eolia-
ves; il devra, en outre, payer la riparatioo du dommage a eelui qui I'a
^preuv^.
De mdme, eto,, ele., que tout (eBMeier en viUeoafe ne pottrra teoir
plus de deux on trois vaches en un seul Ueu on dans son pare; mais
s'il oeoupe pluaiedrs Ueux, H pourra en tenif dans obaow J4isqu'i coa-
eurrenoe du nwifare »isdii. Un ebevalier ou u» Ueuteaapt de noble ne
doil pas (eoip autdelik de m vaebes; et, s'il Aifwm oe nombre, il paiera
nam viginti solidorum morlanorum damnum passo et emendam damni
ineupf at, et fitatum et furonenn awittat) et » solvere non pdasil, AtA de
ipeo sicui de fure.
4d. item qncd quMibet cirea castrua vel loottn suua bedatum loum
Nitjediabiiilar feoiat et fneeie possit» salvo jure aUerius d»Gi\|tta>ufaipft«
Ires mttises per dominum eonitom pf»dictum vel per alium quern-
ouro^iia in oiqus jyrisdiMiOBe esset eognoscatyr; boq aliquia ipsum
fNAgere audieal vel paseepe cum animalibus suis; et eonttafacienles
qMOlieseuraquc uftventi fuerittt pcsBam quiocpie aoHdorwi neirianorttfli
inwrrant et ferramenta amitlant, daannuoi passo, ultra hoe, solwfe
teseantup eaiM^a.
43. Hem quod nullua pageskis idtra duas vaoeas sen trcs in uno loco
sou parco si^ audeat tenere in diversia vero locis peesH usque ad dMnm
numerum tenere neo miles vel looum nobilivm teueas ultra s«l vaoeas
(1) Le texte donnd par M. MonlezuD ne porte, dans les deux paragraphes prece-
donu, rftmeade qu^i iS lols botIm.
(2) Dans son Glossariunit Du Gange d^finil bedatum par paseuum commune,
signification qui serait lout k fait inconciliable avec ce paragraphe de la coutume de
Fezensac. Lc supplement est revenu sur celte definition; car« ^ m»oi b^^hMm. Bons
lisons : « Haud dabid dicti^ao vascoaicA pr^. u^telum^ Prelum pa6o<ii» piobibilQin
ubi a»iinalia pascere neniui ticel; male •? g^ paseuum Mtnmune exponiior, ul ^ ipM
loco colligere est. •
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— Llll —
quatre deniefs mwlhs par t^te an BCigneurdoot iU auroni mang^ Vherbe,
toutes les fois qu'ils auront ^i^ pris en contravention; et ledit Beigoeur
pourra aaUir de aa profTre autArit^, sans &ire proaonoar la peine ou
I'amaade, pour te paiement dea qitatre deoiera suadUa.
De m^ta»y etc., etc, que lea fails dommageablea donfc la eauae eat
occulte oa qui out i\i commia dandeatinemeat^ et donl lea uuteura
n'auront pu tin dtoouverta, aprte enqudte, aeront pour leur r^ratioQ
k la charge dea paroisaea oireonvoiainea, tout appel ^tant irrecevable,
BDaia de &^n cepeodant que la taiUe n'exc^de paa vingt deniera morlae
par feu (^).
Dem^me, ete., ete., que ledit aeigneor comte ne reeevra paa de neu*
vel aveu toucbani dea ohoaaa qui seraient d^a Tobjet d'une contestation
ou d'un litlge, si Tatouant n'olfre paa le aerment de fteult^, on s'il oe
declare paa dtre pr6l h iiabiir promptement aon droit devunt la cour (2).
Demtoe, etc., etc., que, ri qnelqu^un ae ^naporte et a'^tablit dana
un lieu ou chateau (S), aoua la jurididton d'un aeigneur, nonob'atant )e
droit de bourgeofeie que ce vaaaal pourrait avoir aiUeura, H devra r6-
pondre devaat le aeigneur soua la dependence duquel U eat venu ae
placer de toutes fautes commises, de tons m^faita ou de tous autres ac-
teneat alioqvin si ultra tenuerint de quoUbet eiy^^ite qoatuer deaariea
moHanoa solvere teneantur illi domino cujus herbam pascerant quo-
tieaeumque ale inventm fuerkit et quod iHe doininua poaait pignorare
authoritate propria ^ne poena el gagio pro quatuor denarits ante dietia.
44 . Item quodmaiefteta occulta vel dandostine perpetrata qucB non po -
terunt mveneri per inqneatam emendantur per parreeMas eircumvicinaa
omni apellatione remota, Ita tarnen tailla 0011 eicedat viginti denarios
morlanoa de quoHbet fbco.
A^. Item quod (Metuadeniinuaeonftei non recipiat ab aKqulboa allquam
novam advooationem exceptia aaemniietilia MeHtatia de rebuade quibua
esaet controversia sen questio in judicio, vel aliquis offerat ae paratuw
feioeve promptam fidem ad eognitionfem euri» de jure em.
4 a. Item qnod a idiqula ae tranatulerilad aliquem^loeum aeu baatitam
et tarem fovet sub aHquo domino quod nonobatantevletnitateqiiam alibi
('!} Noire manascrit porle toco. Le texte donn^ par M.' Monleeun, et qui noos
parait ici pr^f^rable, porte quolibet foco.
(^) Le lexlo donn6 par M. Monlezun porte separatim guts offerat. Noas avons
suivi le telle porl6 par notre manascrit : separatum offerat, comme offrant un sens
plus naturel.
(3> Bastia, bastita, bastile, caslruro, turris, propugnaculttoa, ^ulgo busiio, bastide
(bastille), alias : « Bastidas me munitiones.^
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— LIV —
tes r^pr^hensibles, ainsi qa'il avait coutume de le fatre (devatU le iei-
gneur quHl a quitU.)
De mdme, etc., etc., que defense est faite a toute personoe de prendre
les autours ou faucons dans les endroits ou ils font leurs nids. ainsi que
de prendre leurs oBufs; tout cootreveuant pris sur le JEait paiera an sei-
gneur, dans la juridiction duquel sera situ6 le champ ou le bois on la
contravention aura ^t^ oommise, une amende de soixante-cinq sols
morlas, et, en outre « 11 restttuera les autours, les faucons ou leurs cenfs.
Si, n'ayant pas ^t^ pris sur ie fait, il a 6t^ convaincu, ii sera foro6 a
restituer les autours, les faucons ou leurs oBufs, par le seigneur dans le
ressort duquel 11 sera trouv^, el k payer Tamende susdite, dont la moitie
appartlendra au seigneur par raulonte duquel 11 aura ^t^ contraint a
restituer. S'U ne pent pas payer, on le traitera comme voleur.
De m^me, etc., etc., que A quelqu'un du comte de Fezensac est des-
saisi ou d^poulll^ d'une possession, sans qu'U y alt eu forme de proces,
11 sera rtint^r^ par ledit seigneur comte ou par tout autre ayant juri-
diction dans leFez^isac, quel que soft Tauteur {\) du dessaisissementou
de la spoliation, et la personne d^oss^dto sera remise en possession.
faceret, teneatur rospondere coram Ulo domino sub quo fovet larem de
excesslbus commlssis seu £aetls et de omnibus alHs ut facere consuevit.
47. Item quod nnllus sit ausua capere austurdones seu accipltresde
loco ubi nldum facient, aut ova eorum; quod si feeerit et captus In facto
fuerit solvat domino fondi terrse vel nemorls. In ciyus jurisdlctlone hoc
factum erlt^ poenam sexaginta quinque soUdorum morlanorum et quod
austurdones et accipitres et ova eorum reddat eidem et si probatus fuerit
quod non inventus In facto quod compellatur tunc In termino sub quo
Inventus fuerit ad restituendum austurdones accipitres aut ova pnedlcta
et ad solvendum poenam praBdlctgm ci^yus poensQ seu legls medletatein
domlnus qui compellet habeat et reclpiat et si non posset solvere fiat de
Ipso slcut de fure.
48. Item quod si allqulsdissaysiius seu spoliatus fuerit in comltata
fezenslacl aUqua possesslone sine caussB cognitioiie quod de piano resti-
tifiitur eidem perdiotum dominum comitem vel sues vel alium quem-
cumque jurisdlctlonsm babentem in fezenslaco per quern fuerit dlssay-
sltus seu spoUatus et reducatur In possessionem tails sic dissaysitus seu
etiam spoUatus
(1) Per quern fuerit dissaysitiAs aut spoHatus. Cette partie da paragrapho manque
daas le texte de M. Monlezun.
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— LV —
De m^rne, etc., etc., que le seigneur susdit du susdit chateau de Beau-
voir aura, dans sondit chftteau et dans toute sa baroDie de Pardeillan,
la haute justice et la juridiction de toute sorte, avec la faculte de tenir
gibet en permanence, dans un seul lieu de sa baronie, h sa convenance;
sons ia reserve cependant qu'il ne pourra pas avoir de gibet dans la
chastellenie de Pardeiihan et dans tonte T^tendue de ladite ehastellenie,
sans la permission et concession expresse dndit seigneur comte ou de
ses h^ritiers.
Tels sont les libert^s, donations, franchises, coutumes, privileges ou
statuts, ainsi qu'ils sont plus haut exprim^s, que ledit seigneur comte a,
pour iui et ses succcsseurs, par une donation pure et simple, irrevoca-
ble et valable h toujours, donnas et concedes au seigpeur Bartb^lany de
Gailhavet, chevalier, et a Odon de Pardeiihan, damoiseau, ici presents,
agissant tant en leur nom propre que comme mandataires de toute la
cour du Fezensac, et en presence de moi, notaire soussign^, qui, au
besoin, stipule et re^ois ladite concession pour toute la cour du Fezen-
sac, pour tons les barons, chevaliers ou damoiseaux, ainsi que pour
tons les vassaux du comte en general et pour chacun en particulier, ies-
dites parties absentes, et pour leurs suceesseurs; libertes, donations,
firanchises, privileges et statutsque ledit seigneur comte a jure^ la main
19. Item quod preediclus dominus prsedicti castri de Bellovidere in
dicto castro et in tota baronia sua de Pardeillano merum imperium et
omnimodam jurisdictionem habeat et exerceat in uno loco baronisB susb
tantum ubi sibi magis placuerit furcas justitiarias erectas teneat seu
habeat, exeepto quod in castellario de Pardeillano seu infra terminos
diet! castellarii dictas furcas minime constrnat, habeat, seu teneat sine
licentia et concessione dicti domini comitis expressa, vel basredum suo-
rum;
■ Quas quidem libertates donationes franealitias^ consuetudines, pri-^
vilegia seu statuta ut sunt superius expressata prosdictus dominus
comes pro se et successoribiis suis omnibus pura donatione et irrevocar
bih perpetuo valitura concessft et donawit domino Bartholomso de
Gaillaveto railiti et Odoni de Pardeillano domicello presentibus pro se
ipsis et procuratorio nomine totius Curiae Fezensiad; et me notario
infra scripto prsesenti stipulanti et recipient! concessionem et donatio-
nem prsedictam pro tota curia Fezensiaci et omnibus baronibus militibus
domicellis et omnibus subditis et singulis comitatus prsedicti absentibus
et successoribus eorumdem; quas quidem libertates, donationes, franca-
litias, consuetudines, privilegia seu statuta prsedictus dominus comes ad
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— L?I —
sur tes quatre saints ^aogiles^ pour lui et ms successeoni, de teoir,
remplir et observer toujours scrufMileosement et de n'y point contre-
Yenir par lui^m^me, ni par tout autre, en tout ou en partie, en aucua
tempa ni pour aucon motif ou pr^exte; renoncant, en outre, a tout
privil^ actuel ou futur et a tout moyen de droit ou de fait qui lai per-
mettrait^ dans I'aTenir, de contrevefur ii ladite concession.
En outre, le susdit seigneur comte a voulu et concMi que la cear de
la s^n^chauss^e et de la viguerie toulousaine du seigneur roi de France
(an sceau et juridiction de laquelie, pour I'effet des prteentes, ledit aei-
gneur comie a dtelar6 soumettre en totality sa personne, sea terres et
tons ses biens g^n^lement), pourra, dans le cas ou, sous quelque motif
ou pr^exte, il vou4f ait contreveiur aux conditions sus^nonctes, lo con-
traindre par la saLsie et vente de ses biens prints et futurs, et par
renvoi de garnissaires sur tea biens dudit seigneur comte, a Fobaerva-
tion des clauses sus-toonctes et de chacune d'elles.
De m^me, les susdits seigneur Barth^lemy de Cailbavet, chevalier, et
Odon de Pardeilfaan, damoiseau, mandataires de la comoMinaiit^ dea
barons, chevaliers, damoiseaux et autres nobles de la cour ou du comt^
de F^eeeoaac, tant en leur propre nom que comme mandatairea des sua*
sancta quatuor Dei evangelia corporaliter manu tacta juravit pro se et
successoribus eorumdem tenere et complere et perpetuo inviolaI»liter
observare et non contravenire per se vel per allum in toto, vel in parte,
uUo tempore, aiiqu^ ratione seu cautelft; renuntians super his onmi
pHvilegio indulto vel in po^erum indulgendo et omni juris et fiieti
auxilio per quod contra prsdicti vel praddictorum aUqua posset contra-
venire aliquatenus m futumm.
Yoluit siqaidem et concessit domiaus Bemardus coftiea prse^cias
quod curia dicti sigilli senescallisB et vicarisB tholozansB domini regis
franci^ (cui quidem sigilio et diets curi63 €(^usdem judsdictioni quastum
ad prsBdicta totaliter sa el totam ejus terram et omnia bona sua supp^
suit) si contra preedieta vel prsBdictoruia aUqua v^ire veUetallqoo ingenio
seu caotela vel ratione quacumqueposait ipsum compellere per captionem
el distraetionem omnium bonnoram subrum prffisentium et futurorttn,
et super bonis ip^s domini comitis garnisionem nunciorum persons ad
obeervationem omnium prffimissorum et singnlorum eorumdem.
item predicti dominus Bartholomeus de Cailhaveto miles et Odo de
Pardeillano domicQlius, procuratores universitatis baronum militumdo-
roicellorum et aliorum nobilium curiec seu coroitatus Pezensiaci, pro se
ipsia et procuratorio nomine prcBdictorum, se et eorum bona omnia et
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— LTII —
dlts, ODt engage leur persoDoe et tous leurs biens, la personne et les biens
pr&ents ou futurs des barons, chevaliers oa damoiseaux dont lis soDt
les repr^senfants, promettant pour euK-m^mes, pour leurs successeurs
et ponr tous ceux dont iis sont les mandataires, et au nom de tous ceux
qui habitent actuellement dans le susdit comt6 ou qui viendront y ha-
biter plus tard, (promettant) an seigneur comte ici present et stipalant
solennellement pour lui et ses successeurs, et k moi, notaire soussign^,
stipulant en tant que de besoin, de remplir et observer toutes les daoses
qui pr^c^dent, et chacune d'elles en particuKer, et de les faire observer
par ceux dont lis sont mandalalres et de n'y point oontrevenlr en quol
que ce soit. Et c'est ainsi qu'lls ont promis et jnr6, la main sur les qnatre
saints ^vangiles^ de les remplir et observer, de les fiafre rempl'r et ob-
serrerpar ceux dont ils sont les mandataires, suivant lateneur dela pro-
ciiiratlon, lesdits mandataires Jurant et promettant, vonlant et accor-
dant, pour eux-m^mes et pour ceux dont ils sont les mandataires, qu*ils
potirront 6tre contraints par la cour dudit sceau, k la requite dudit sei-
goeor comte ou deses successeurs, par saisie et vente de toosleni^biens
presents ou futnrs, et par renvoi de gamissaires sur tous leurs biens, k
r observation de toutes les clauses sus-^nonc^ et de chacune d'dles en
particulier.
barones et milites quorum sunt procuratores, el domicelh>s et bona
eorumdem prsesentia et ftitura promiserunt et oMigaverunt se pro se
ipsis et suis suoeessoribus et illorum quorum sunt procurator's et no-
mine omnium in prsdicto comitatu ntmc habitantinm sen etiam qui in
posterum habitabunt Ibidem, dicto domino comlti praesenti solemniter
stipulanti pro se et successoribus suis, et mihi notario inM scripto
nihilominus stipulanti si necesse est omnia prsBmissa el singula tenere
servare et leneri et eurare facere per se et illos quorum procuratores
existunt et non contra- venire aliqua ratione sen modo et ita teoere el
servare et teneri et servari faoere per dictos quorum sunt procuratores;
et ex vigore procurationis ad saiicta quatuor Dei evangelia suls manibus
corporaliter tacta flrmiter promiserunt ac etiam juraverunt^ volueruni
etiam et concesserunt procuratores preedicti pro se ipsis et illis quorum
sunt procuratores ut jam dictum est, se et eorum quorum sunt procura-
tores posse eompelll per curiam dicti sigilli adrequisitiOQtmdictidomtni
comitis et successorum ejusdem per oaptionem et distractioRem om-
nium bonorum suoram prsesentium et futurorum et quod dicta curia
possit gamisionem nunciorum super bonis suls ponere ad observationem
omnium prsemissorum etquorum-Hbet eorumdem
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— LVIII —
La teneur de la procuration est ainsi coQ^ue :
« Savoir faisons h tous ceux qui le present acte public verront que la
» communaut^ des barons, chevaliers, damoiseaux et autres nobles de
» la cour ou du comt6 de Fezensac, savoir : le seigneur Raymond Ay-
» meric de Montesquiou, le seigneur Guillaume de Podenas, le sd-
» gneur Raymond de Gela8,le seigneur G^raud de Verduzan, chevaliers,
» Arnaud-Guillaume de Montlezun, B. de Pardeilhan, le seigneur Car-
)» bonel de Peyrusse, damoiseaux; le seigneur Raymond de Sion, le sei- ,
» gneur Arnauld de Malartic, le seigneur Arnauld de Baud^an, le
9 seigneur Arnauld de Filartigue, le seigneur B. de Sieurai^, le seigneur
» Bertrand de Lagardfere, le seigneur Hugo de Merens, le seigneur
B Adhemar de Besolles, le seigneur Gaillard de Gassaignet, chevaliers;
» De m^me, Amanieu de Verduzan, Arnauld de Maignaut; Porta-
» nier de Lupp6, G6raud de I'lsle, bayle de Gondrin, pour Bertrand de
» risle, damoiseau, son fr^re, Gausseillan de Ferrabouc;
» De mftme, B. Daubian, G6raud de Lorme, B. de Voleins, Vita*
» 3e SennaliS) B. de Besolles, Garsias Arnauld de Vaux, damoiseaux;
» Ber. de Lian, clerc, Bert, de Lagard6re cadet, bayle de Gondrin,
» pour le seigneur Fortanier de Caseneuve, chevalier, Guillaume de
» Cariet;
Tenor vero diets procurationis dictorum procuratorum talis est :
Noverint universi hoc prsesens publicum instrumentum inspector
quod universitas baronum militum domiceliorum et alioruro nobilium
curiaB sen comitatus fezensiaci scilicet dominus Rayjnundus Aymericq
de Montesquivo, dominus Guillermus de Podanassio, dominus Bay-
mundus de Gellas, dominus Beraldus de Verdusano nulites, Arnaldns
Guillermus de Monte-lazuno. B de Pardeillano, Garbonellus de Petrucia
domicelli, dominus Raymundus de Siono, dominus Arnaldus de Malar-
tico, dominus Arnaldus de Bauthiano, dominus Oddo de Filartiga,
dominus B . de Sieuraco, dominus Bertrandus de Lagardera, dominus
Hugo de Marrenx, dominus Adamarius de Besolla, dominus GaiUardus
de Cassaignet milites.
Item Amanevius de Verduzano, Arnaldus Guillermus de Maignano,
Fortanerius Lupati, Geraldus de Insula, bajulus Gondrini, pro Bcr-
trando de Insula domicello fratre suo, Gauseillanus de Ferraboc
Item B. Daubian, Geraldus de lolmo, B. de Voleins, Vitalis de Sen-
nalis, Ber. de Besolles, Garsias Arnald de vallibus domicelli, Ber. de
Liano clericus, Bert, de Lagardera junior, bajulus Gondrini pro domino
Fortanerio de Casanova milite, Guillelmus de Carieto.
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— LII —
» De m^me, Bertrand de Vesse, Bernard de Ferrabouc, damoiseaux;
» De mdme, et maitre G^raud de Salis, clerc, pour le seigneur abb^
» de Condom, bayle : lous coUectivement ei individuellement ont noipm^
» ei constitu^ leurs v^ritables mandataires, syndics et repr^ntants g6-
» n^aux et sp^ciaux, Odon de Pardeillan, damoiseau, seigneur Gaillard
» de BesoUes, seigneur Bertrand de Polastron et seigneur Barth^lemy
» de Cailbavet, chevaliers; donnant pouvoir aux porteurs ou au porteur
» du pr^nt acte, et k chacun pour le tout, et sans avantage pour Voc-
» cupant :
p Dans toutes ' les causes et tons les proems pendants ou futurs que
» ladite communaot^ ou indiyiduellement queiques membres d'icelle
D pourraient Intenter contre quelques-uos ou, Inversement, qu'on in-
» tenterait contre eux devant un juge quelconque ou devant tons juges
» ordinaires, extraordinaires, d^l^^s, subdil^gu^s, arbitres, experts
» ou tons autres nomm^s et d^put^s, de queique condition qu'ils soient,
» et sp^ialement pour suivre leurs int^r^ts propres et ceux qui concer-
» nent en commun tout le comt6 et la cour de Fezensac, devant le r6-
» v6rend p^re en J.-C, seigneur Amanieu, par la volenti divine
» archev^que d'Auch, et devant noble seigneur Bernard, par la gr&ce
» de Dieu comte de Fezensac, et la tr6s noble dame Marthe, par la
Item Bertrandus de Yesse, Bernardus de Ferraboc domieelli*
Item et magister Geraldus de Sails clericus pro domino abbate con-
doroii bigulus : universi ut universi, et singuli ut singuli fecerunt et
constituerunt ac etiam ordinaverunt certos et veros procuratores suos,
sdndicos vel actores generalcs ac speciales, Oddonem de Pardeillano
domicelluro, dominum Gaillardum de Besolla, dominum Bertrandum
de Polastron et dominum Bartholomeum de Caillaveto milites, exhibi-
tores sen exhibitorem praesentls instrument! et quemlibet eorum in
solidum, ita quod non sit melior conditio occupantis :
In omnibus et singulis causis et negotiis motis et roovendis quas vel
quae dicta universitas vel aliqui sen singuli de dicta universitate move-
rent vel movere intendunt contra aliquos sen aliqui contra ipsos coram
quocumque judice seu quibuscumque judicibusordinariis extraordinariis
delegatis vel subdeligatis arbitriis seu arbitratoribus seu aliis quibuscum-
que datisseu deputatis cuyuscumque conditionis existantet specialiterad
persequenda negotia eorum propria vel comunia et totius comitalus et
curiffi Fezensiaci coram reverendo patre in Christo domino Amanerio
divina perniissione archiepiscopo auscitano et nobili domino Bernardo
Dei gratia comite fezensiaci et armaniaci ei nobilissima domina Martha
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— LX —
» inline gr^ce comtesse des susdits comt^ d'Armagnac et de Fezedsac;
»'ou m^me contre eux ou chacan d'eux; et devant mattre Berimrd de
» Saint-Loup, juge d'appel dans TAgenoidpour le trteHlustre Srigneur
» roi d'Angleterre, et devaot les autres conseillers dodit seign^r comte,
» tuteurs du m^me comte et exteutears teMamentaires da DoUe seigneur
» G^raud, pair la grace de Diea quand viTait comte d'ArmagDae et de
» Fezensac, et sp^ialement pour traiter, r^ler et arr^ter avec Je sei-
» gneur archoTdque, le seigneur comte et la dame comtesse, teas
» susnomm^s, ou Tun d'entre eux, pour demander et recevoir d*eiix ou
/» de quelqu'un d'entre eux les coutumes et libert^s du bomti et do pays
» de Fezensac, les am^tioratioiis et r^rmea pour le plus grand avao-
n tage d'eux tons ou de cha«m et de tout le pays <te Fezensac, aiosi
n que pour feire tons aveux et hommages;
> Et pour toutes les demandes, instances ou rtelamalions iotentto
» ou qu'ils se propoeent d'intenter collectivement ou individoeltement
» cootre les sosdlts seigneur arcbev^qne, seigneur comte etdame com-
» tesse ou Tun d'eux, donnent et oonfferent lesdHs baroDS> cberaliers,
» damoiseaux, et tons autres collectivement et individuellement k leurs
» dits mandataires, syndics ou repr^ntants et h diacun d'eux plein et
» entier pouvoir d'agir, de d^fendre, de r^pondre, d'axciper, de faire
eadem gratia oomitissa pnedlctonim comltatuum Armaniaci ei Feaen-
siad et cum ipsis vel quolibet eorumdem et coram magistro Bernardo
de Beato Lupo Judice appellationum in Agenesio pro illustriasiino do^
mino r^ge Angliae et aliis consiliarils dicti domini comitis tutoribus
ejusdemet executoribusordiniset testament! nobilis viri domini OeraMi
dei gratia quondam comitis Armaniaci et Fezensiaciy et specialiter ad
tractandum, faciendum et ordinandum oum domino arcbiepiseofw et
domino comite et domina comitiss^ suj^^dictis vel OMum quoh'bet
et petendum et rectpiendvm ab eis vel eonim quolibet eonsuetudines el
libertates comitatus et terra fezensiaci, nMUorationes et utiUtates eo-
rum omnium et utrtusque et eorum singulorum et totius terrsD fezen-
siaci et ad faciendum advocationes et submissiones :
Et super omnibus demandis qu«stionibus et petitionibusquas habeant
et habere intendebant omnesvelsingulicum prsdietis domino arehiepis*
copo, domino comite et domina comitissa vel eorum quolibet eum eis vel
eorum singuli dantes et conoedentes dicti barones milites domicelli et
alii omnes et singuli dictis procuratoribus sois scindicis vei actoribus et
cuilibet eorum plenam et liberam potestatem agendi^ dafiendeiidi, res^
pondendi, exeipioodi, repUcandt, trtpUcandi, convemeadi et recoeva-
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— LXI —
i> toutes r^pliques, dupliqucs, dcmandes incidentes ou reconvention-
B nelles, de mettre en justice (^), de compromettre, de transiger, de
» proposer, d'articuler, d'imp6trer (2), de contredirc, d'assister a tons
» jugcments, d'appeler devant tout seigneur ou juge, de suivre Tappel
B ou les appels devant les seigneurs et juges ou Tun d'entre eux, de se
» placer eux et leurs biens sous leur protection, m^me de faire tous
» aveux envers eux ou quelqu'un d'entre eux, et, en tant que de besoin,
» de d^firer le serment ou de le prater s'il leur ^tait iitiriy de jurer
» sur leur tme qu'ils ne plaident pas par esprit de chicane, mals pour
» la v^rit^, et de prater tout autre serment de quelque esp^ce qn'il soit,
» de conclure aux frais et d'en toucher le montant, et de prater scr-
» ment sur le faitdes dipens, de demander \ares(iiuiion en erUier, de se
» substituer un mandataire ou des mandataires, soit avant, soit apr^ le
B commencement du proems (3), et de r^voquer, soit coliectivement, soit
H individuellement tous substitufo aux mandataires, et de combattre
• syndics et reprfeentants, de produire tous t^moins, actes ou docu-
• ments^ de faire en6n tous autres actes, en general et en particulier,
niendi, ponendi, compromittendi, componendi, proponendi, allegandi,
impetrandi, contradicendi, sentcntiam sen senteutias audiendi, et ad
quemcumque dominum sen judicem; dominos sen judices appellandi,
apellationem seu appellationes prosequendi coram ipsis vel eonim quo-
cumque et se et sua in protectione eorum ponendi et adnotationem seu
adnotationes de bonis eorum eis faciendi vel eorum cuicumque et se et
sua submittendi et si necesse fuerit juramentum deferendi et delatum in
se suscipiendi, jurandi de calumnia seu de veritate dicendii in animas
suas et subeundi ci:guslibet alterius generis juramentum petendi et re-
cipiendi expensas et super eisdem jurandi, beneficium restitutionis in
integrum petendi, procuratorem seu procuratores substituendi ante
litem contestatam et post et in lite et substitutum seu substitutos quem-
cumque eisdem procuratoribus suls scindicis vel actoribus et eorum
cuilibet videbitur removendi seu etiam revocandi testes acta instrumenta
et alia documenta producendi et reprobandi et omnia alia .et singula
(1) Ponere. Ponere in jus : tneUre en justice. (Du Cange.)
(2) Impetratio. « Libellus supplex, quo coram judice suporiori omisso medio, jus
suum prosequendi licentia petitur » (Du Cange.) Priienier requite,
(3) Les mots litem conttstatere ayaient, on droit rumainyUne signification particu-
lidre qu'il n'avait plus au xin« si^cle. lis ddsignaient le moment ou le prdteur ren-
voyait les parties devant un judex pour dtre status au fond. Dans certaines actions
qn'on appelaityudtcia legitima, la litis contestatio entratnait une espdco do novation
jndiciaire et forc^e qui, cependant, ne produisait pas tous les effets de la novation
convcntionnelle.
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— LXII —
» qu'eux-mfimes ou chacun d'eux feraient, pourraient ou devraient
» faire, s'ils ^taient presents, pour lesquels un mandat g^p^ral et sp^-
» cial est n^cessaire, et tels que les doivent accomplir des niandataires,
» syndics ou repr^sentants hommes de bien et observant les lois; pro-
» mettant d'avoir pour agr^able k tout jamais tout ce qui, dans les
» affaires sus-6nonc6e8, collectives ou individuelles, et en toutes autres
» sus-^nonc^es^ en tout ou en pariie, aura ^ii par leurs dits manda-
» taires, syndics ou repr^sentants, ou par Tun d'entre eux, par leurs
» substitu^ ou Tun d'entre eux, fait judiciairement ou extrajudiciaire-
• ment toutes defenses, demandes ou appels; ladite communaut^ pro-
9 mettant collectivement et individuellement^ avec affectation hypoth6-
» caire de leurs biens, k nous notaire soussign6 qui stipule aux lieu et
» place des susnomm6s absents, et de toute partie absente, ayant int£-
• r^t actuellement ou pouvant en avoir dans Tavenir, et s'engageant
» envers les mandataircs, syndics ou repr^sentants, ou leurs substitu^,
» de les relever de la caution, jtidicatum solvi; rto'proquement lesdits
» mandataires, syndics ou repr^entants^ collectivement et individuelle-
» ment, et, chacun pour le tout, ou leurs substitu^s ou chacun d'eux,
» affectent pareillement leurs biens, se r^servant de n'avoir point k
» fournir caution, voulant que le present acte public vaille notification de
faciendiy agendi et procurandi qua; et ipsi et eorum singuli facerent et
facere possent aut debent si prsesentes essent et quae de jure generate
mandatum exigunt ac etiam speciale et quae boni viri et legitimi debent
et possunt facere procuratores scindici vel actores ratum et gratum
perpetuo habituri quidquid in praedictis propriis et comunibus et in aliis
omnibus et singulis supradictis per dictos procuratores suos scindicos
vel actores vel quemlibet eorum aut per substitutum seu substitutos ab
eis vel eorum quolibet in judicio vel extra judicium factum defensum
petitum fuerit seu etiam provocatum promittentes dicta universitas et
singuli sub obligatione et hipotheca rerum suarum mihi notario infra
scripto stipullanti loco et vice omnium praedictorum et singulorum et
partium absentium seu partis abscntis et omnium aliorum quorum jure
interest vel interesse potest vel intererit in futurum pro praedictis procu-
ratoribus suis scindicis vel actoribus et quolibet eorum in solidum et
pro substituto vel substltutis ab eis vel eorum quolibet cum omnibus
suis clausulisjudicatum solvi relevantes nihilominus sub consimili obli-
gatione rerum suarum dictos procuratores suos scindicos vel actores et
quemlibet eorum in solidum et substitutos ab eis vel alio seu aliis eorum
ab omni on«re satisdandi et significantes omnia dicta judicibus et do-
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— LXIU —
0 toutes les clauses contenues en icelui aux juges, seigneurs, et k toutes
• parlies ayant un int^r^t actuel ou futur.
» Fait et pass6 pres de T^glise de Justian, dans le Fczensac^ le
» septi^me jour de Janvier sortant (4), en presence des t^moins Jour-
9 dan de Garlin et Vital de Fortin, consuls de Vic-Fezensac; Pierre
» de Lonquel, bourgeois de Vic-Fezensac, et de moi Guillaume de
» Lamol^re, notaire public k Vic-Fezensac, qui ai ^crit de ma main
» la pr^sente procuration^ et ai appose mon cachet ordinaire pour Taf-
» firmation de tout ce qui prMde, du consentement et de la volont6
» dessusdits. Tan du seigneur -1285, sous le rfegne de Philippe, roi
» de France, le susdit seigneur Bernard ^tant comte de TArmagnac
• et du Fezensac, et le susdit seigneur Amanieu 6tant archevdque
» d'Auch {2).»
Fait et pass^ entre ledit seigneur comte et les susdits roandataires,
6s-m6mes noms et qualit6s que ci-dessus, k Mauvezin, dans le diocese
de Toulouse; le samedi avant les Rameaux, sous le rdgne de Philippe,
roi dc France, Hugues 6(ant ^vftque de Toulouse, Tan -1 286; en pr&ence
des t^moins Arnauld d'Esparvier (3), chevalier; Fort de Salis, s^ntehal
desdits comt^s d'Armagnac et de Fezensac; de mattre Guillaume de La-
minis supradictis partibus et omnibus quorum interest vel interessc
potest vel intererit per hoc prapsens publicum instrumentum.
Factum fuit hoc apud ecclesiam de Justiano in fezensjaco septima die in
interitu mensis januarii in praesentia et testimonio Jordan! de Garlin et
Vitalis de Foriino consulum de vico Fezensiaci; Petri de Lonquelio bur-
gensis vici Fezensiaci et mei Guillermi de Lamolera, publici Vici Fezensiaci
notarii qui cartam istlus procurationis scrips! et meo signo consueto
sjgnavi in testimonium prsedictorum omnium et singulorum, de consensu
et voluntate praedictorum anno Domini millesimo ducentesimo octua-
gesimo quinto, regnante rege Franciae Philippo, dominante praedicto
domino B. comite Fezensiaci etArmagniaci, et domino Amanevio archie-
piscopo auscitano supra dicto.
Acta fuerunt haec per dictum dominum comitem et procuratores
praedictos nomine procuratorio quo supra apud Malum- vicinum Iholo-
sanae dioecesis, diesabbathi anthe Rhamos palmarum, regnante Philippo
Francorum rege, Hugone tholosano Episcopo; anno Domini millesimo
ducentesimo octuagesimo sexto, in praesentift et testimonio domini
(1) Le VI lie des calendes de f6vrier, c'esl-i-dire le 25 Janvier.
(2) Ici flnit la procuration. — A la suite vient la cloture de Tacte principal.
(3) De EsparveriiSt qu'on a traduit sans doute, plus tard, par d'£sparbds.
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— LXIT —
vardac, jurisconsuUc; de maltre Peregrin de Bartere, clerc; d'Odon de
Morenquis, damoiseau; de maltre Pierre Cautin, jurisconsulte; de Pierre-
Raymond Dafour, de Bernard de Voisin, bourgeois de Mauvezin; et de
moiBardiD, nolaire susnomm6 k Toulouse, eten la courdu seigneur vi-
guier de Toulouse et au sceau susdit de ladite s^n^hauss^ et viguerie de
Toulouse, qui ai terit la pr^nte charte avec une copie contenant les
m^mes clauses, et Tai vMigie en forme d'acte public, ci la requite dudit
seigneur comte et des mandataires susnomro68, et Tai scell^e de mon
sceau ordinaire.
(Sign6) BiRDiN.
Nous Raymond Arnauld, chevalier, viguier de Toulouse, gardien
dudit sceau de la s^ntehauss^e et viguerie de Toulouse, sur le report
dudit notaire, et pour que les presences aient une plus grande authen-
ticity, nous avons fait apposer le susdit sceau de la s6n^auss^ et vi-
guerie de Toulouse k cette charte ou instrument public.
Collationn^ sur eupMii dudit acte par mol, notaire de Toulouse,
&oussign6,
V. BACAGUII&, notaire royal.
Exib^ et retire par la partie requ<irante.
DUTIUR.
Arnaldi de Esparveriis militis, Fortis de Sails senescalli diclorum co-
mitatuum Armaniaci et Fezensiaci, magistri Guillermi de Lavardaco
jarisperili, Magistri Peregrini de Bartera Clerici, Oddonis de Moren-
quix domicelli, Magistri Petri Cautini jurisperiti, Petri Raymundi de
Furno, BernardideVicinio burgensis Malivicini, et mei Bardini pnedicti
public! tholozse et curiae domlni vicarii tholozs et prsedicti sigilli senes-
calliae et vicariae tholozanse notarii, qui banc cartam cum alia ^usdem
tenoris scripsi et in formam publicam redegi, ad requisitionem praedicti
domlni comitis et procuratorum praedictorum signoque meo consueto
consignavi B^^«».
Et nos Raymundus Arnald, miles, vicarius Tholosae, tenensque dictum
sigillum senescalliae et vicariae tholozanaB, ad relationem dicti Notarii
otad m«gorem Qrmitatempraemissorum perpetuo obtinendam, praedictum
sigillum senescaliae et vicariae tholozanae apponi fecimus huic cartas sive
publico instrumento.
CoUaonne sur expMi^ dud. act par moyn. de Toulouse sougn6 :
V. Bagaguie.
Exibe et retir^ par ia partje requerante :
DUTACR.
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— LXV —
La copie de la charte dont nous venons de reproduire le teite latiu,
fait partie des archives de risIe-de-No6, canton de Montesquiou (Gers).
Nous devons a Fobligeance de M. A. Batbie, professeur de
Droit a la Faculty de Paris^ la traduction annot^e qu'on vient
de lire. Quelques erreurs typographiques se sont gliss6es dans
rimpression du texte latin. Nous croyons devoir les corriger ici :
Article 1«'. — aLe seigneur de Flsle-Orfte^^an, » lisez Flsle-
Arbessan, qui n'fest autre queFIsle-de-Noe, au canton de Montes-
quiou (Gers). Voir le mot Isle dans le Dictiormaire gSographique
historique^ etc., etc., de Fabbfi d'Expilly, qui mfime 6crit Ar-
bechan, avec un grand nombre de titres.
Art. 2. — Une erreur d'ancien copiste, A pour a, corrig^e seu-
lement dans le texte latin, A/faru aulieu de « aflfarii, » en aocca-
sionn6 une semblable dans la traduction, c'est-a-dire Tomission de
r : « le seigneur d'AflEEU*, au lieu de «raflfar. » Car ce dernier mot
est un nom commun qui, en basse latinit^, signifie territoire,
propri^te territoriale. — Voir affarium dans le Glossaire du Du
Cange. — 11 faut done lire ici : « Le seigneur de Taflfar ou terri-
toire de Franqueserre. »
Art. 8. — Au lieu de in cujus jarisdictionne erunt alii verb no-
biles, etc., etc., lisez : « in eujus jurisdictione erunt. Alii vero
nobiles, etc., etc. »
Art. 17. — Au lieu de habitantes et si cum animalibus suis,
lisez : a habitantes. Et si cum animalibus suis, etc., etc. »
Art. 18. — Au lieu de quod homines quistcdes, lisez : « quod
homines questales, etc., etc. » — D'apres Du Cange, questa^ d'ou
vient « questales, » d^signe im tribut annuel ou p^riodiquement
exigible. Quwto, au contraire, a le mfime sens que auxiliumy
sorte de coUecte ^ventuelle. De ce dernier mot viendrait Quistales;
mais Du Cange ne Fa pas connu. Car ce mot manque au Glossaire,
ainsi qu'au Supplement.
Encore au mfime article 1 8, au lieu de recipiantj lisez : « re-
cipiantur. » Et plus bas, au lieu de dictorum hominum quistalium
et sireciperentur, lisez : « dictorum hominum questalium. Et si
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— LXVI —
reciperentur, etc., etc. — II est bien manifeste que notre charte
prend qaistales dans le sens de questa, qui est le plus etendu.
Enfin, dans la Procuration, page lix, on doit lire « Amanevio, »
au lieu de Amanerioy Amanieu, archevfique d'Auch.
Document »» 8.
Nous avons d^ja donn6, dans la deuxieme Livraison du Bulletin,
page^ 226, 227, 228, une idee sommaire du manuscrit qui nous
a conserve, en tr6s grande partie du moins aFInventaire des papiers
et documents du pays de Bigorre. » Nos lecteurs trouveront id
avec quelque satisfaction sans doute, reproduits tn ecotenso, 1« le
personnel des Etats de ce pays; 2^ le R^glement arrets en mars
1635, pour la tenue annuelle de ces m^mes Etats; 3<» enfin, le
« RooLE des feus sur lequel se fesait a cette date la liefuei de la
» taille annuellement impos^e. »
Le personnel des Etats est pr6c6d6 d'une vue g6n6rale du pays
qu'ils comprenaient, intitul6e :
Le pays de Bigorre quj faict partie du premier et plus antien do-
maine des princes de beam et quils ont tousiours tenu comme endroit
de Regale consisle en une plaine en forme obalique ayant cinq lieues
de longueur et une de large quj se reduit a plus pres a deux lieues et
quart en carre le peu qui reste aux extremit^s dorient et Occident mon-
taigneux bossu agreste et infertile et du midy sent monts peyresn6es
composes de roches et la plus part inltertiJes limilrophes et frontieres
despagne et tout led pays tant plain que montaigneux suiect a diverses
et fr^quentes incomlnoditfe de neyges verglas raumes deau de lair
provenant de la proximity desdictz monts peyresntes aboutit et confronte
\er8 lorient au pays de pardlac de rustan destarac de riviere verdun
de nebouzan et daure du midy aux terroirs des valines de bal de broto
et de beaus^ depantigouze et saitlen qui sent en espaigne les pierres de
Sl-Marlin en faisant la separation en telle sorte que du versan de leau
du cosl6 de seplentrion est en France et le versant du midy est en Es-
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— LXTII —
paigne doccident aux lerroirs laruns pont de beauste brutges lauboey
et dasson en beam la fontaine daigue negre et le gave Bernte faisant
la limile en cest endrolt desditz pays de bigorre et de beam notament
des terroirs dasson el autres lieux dudit pays de beam avec les tcrroirs *
de la ville de Sempe de gen^rds pene de Rey et montaignes de Mau-
bourguet et riviere basse dependente du pais et comt^ dearmaignac.
Et d'aulant que despuis Ian mil cinq cens nonante neuf il se prfeen-
tait tons les iours un grand nombre de noblesse qui demandaient
davoir Tentr^e ausds estatz de bigorre ores ils ne fussent couches au
Roolle surlequella despeche des iettres a accostum^ d'estre faite. II
feust prins deliberation en corps destatz au mois de may mil six cents
six porlant que pour scavoir ceulx qui doivent estre appelles ausds es-
tatz les sieurs de Bazillac et dartaignan scindic de la noblesse fairoient
voyage a pau pour faire extraire un roolle des archifz et Trfeor du Roy
a pau pour apres s'en raporter audit roolle ce qui a est^ fait et pratique
lousiours et suivant le dit roolle la convocation des dits estatz de bi-
gorre est faite annuellement sensuit la tenue dudit roolle.
Cest le roolle des gens des trois ordres qui sont appel^s aux assem-
blies des estatz du pays de bigorre et quand il arrive d*en faire con-
vocquation dauthorit6 du Roy ou de son s^n^cbal du dit pays. Sur le
dit roolle sontdress^es les Icttres par le secretaire, di enuoy^es come sen
suit.
LAOLEIZE :
Lo auesque de Tarbe. Lo prieur de St-Lfeer.
Lo abbat de Semp6 de g^n^res. Lo prieur de Mommcres.
Lo abbat de St-Seuin. Lo commanday de Bord^res.
Lo abbat de Lareule. Lo prieur de St-Orens.
Lo abbat de Lescaladieu.
LOS BAROS :
Lo s' de Labeda. Lo viconte Dastcr.
Lo sr de Barbaza, Lo s^ de Luc erige en baronie par
Lo s' Danlin. le roy Henry IV en Tan 4599 et
Lo s^ de Castetbaiac. adiouste en ce roolle par delib^-
Lo &^ de Bazilhac. ration des estatz du 28 f6vrier
Lo sr Deusangles. 4601.
Lo sr de Benac.
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— LXVIII —
LOS GEIHTILHOMES .'
Lo s^ de GasteibicI et de la Hitole.
Lo s>^ de Baudea.
Lo s' de Seiious.
Lo s^ dc Viuzac.
Lo s' de BoulRi.
Lo s* de Couhite.
Lo s*^ de Doars.
Lo s' Des€0unelz.
Lo s'- de Tarastex.
Lo s' de Laeassaigne.
Lo s^* DosuD.
Lo s^ D0UZ011&.
Lo s>* de Poyestrue et Cabanac.
Lo s? Daubarede.
Lo s"" de HHs.
Lo s' de Clarac.
Lo s' Dus et St Martin en Barege.
Lo s' Darricau.
Lo s' de Louit.
Lo s^ Dargelles.
Lo s* de Laloubire.
Lo s' de Viilambifl.
Lo 8' Darras et Barege.
Lo s' Dartaignan et de Ricau.
Lo s"^ de Lescury et Dauilhac.
Lo s' Darsisas et Arras.
Lo s^ de Soreac.
Lo s' Dost.
Lo &" de Juilhan.
Lo s» de St-Pastous.
Lo s* de CazauboD.
Ramond Gaixie de Ges^ pour fiefs
nobles de Balsorigu^res.
Lo 5' de Lanna.
Lo 8' de Monledous.
Lo s' de Coalonques.
Lo s' de Peyrun.
Lo sr de Gensac.
Lo s"* de Barteres.
Lo s>* de Begolles Perus et Ger.
Lo s' Darzaas.
Lo &" Domex.
Lo sr de Parabere.
Lo sr de Gard^res et Luquet.
Lo s"* de Sarriac.
Lo s^* Dantist et Mansan.
Lo s"" de Mun et de Clarac.
Le sr de P^rouilh.
Lo s' de Monfaucoa en sa partie
de...
Lo s^* de Sarniguet.
Lo s' de Luby.
Lo s^ Delizos.
Lo s^ Dangos.
Lo s' Dociilos et Darcizat.
Lo 8^ de Cast^ra.
Lo s>^de Bugar.
Lo sr de Sobainha et Lagarde.
Lo 8' de Bemadetz.
Lo 8^ de Noeilhan.
Lo sr de Bertres.
Lo 8' Dangosse.
Lo 8' de Lapene Bernard Faur et
guaxiole et autres de Maubour-
guet a ce tienent.
Lo 8^ Domex.
Labadie Dantalos.
Lo 8"^ de Monblanc.
Labbadfe de Sazos.
Labadie de Yiey.
Lo 8' de Lanne.
Lo s' de Siarroy.
Lo 8^ de Maz^roUes.
Lo s^ de Talazac.
Lo sr de Cardeilhac.
Lo 8^ de Sales et St Martin.
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— LXIX —
Lo s' Dugacs couche en ce roole Lo s^ de Boucarics.
par commendement du roy et Lo s"" de Lespoey.
deliberation des estalz du 20 Lo s^ de Pcyraube.
mars ^602. Lo s"" Dourouix.
Lo sr de Camales adiout^ par deli- Lo s*^ de Gones.
beration des estalz du vintieme Lo s>^ de Montignac.
mars ^ 609. Lo s' de Boulin.
Lo sr de Horgucs adioul6 par com- Lo s*^ de Marceilhan.
mendement du roy et delibera- Lo s^ de Lisle pour Bazct.
tion des estalz de Ian i 6 1 0. Lo s^ Debours.
Lo s^ Doleac debat, de raesme. Lo s>^ de Viellenave prcs Seron.
Lo s' de Lhes adiout6 par mesme Lo s^ de Lubret.
commend' ian ^643.
LAS VILLEfiZ :
Tarbe.
Vic.
Baigneres.
Sempe.
Lourde.
Ibos.
Rabastensx.
LAS VALZ :
Lextr^me de Sales.
Barege.
Davantaigue.
Balsoriguere
Azan.
LOS Locs:
Carapan.
Montfaucon.
Duquel roole des gens des trois ordres des estatz dudit pays de Bigorre
est faite la lecteure par le secretaire a louverture des estatz d^ lassiete
qui se tiennent au commencement de chacque ann^e et ladite lecteure
acheu^e on procMe a lexamen du pouuoir et procurations des d^put&s
des vilies et vallces et communaut^s qui sont appellees au3 dits estatz et
ceulx la seulement qui trouvent avoir ample et valable pouvoir de leurs
cometans et ont entr^ aux assemblies et non lesautres.
Ce fait on lict les r^lements des estatz desquels s'ensuict la teneur.
Reglements des trois ordres du pays et cont6 de Bigorre faits en las-
sembl^e des estatz tenus et convocqu^ au mois de mars delann^e mil six
cens trente cinq en la ville de Tarbe tant par deuant Monsieur De Luc
senechal de Bigorre et commisaire nay par la commune resolution des
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^ — LXX —
ordres du dit pays pour estre k lavenir guardes Inviolablement observe
soubzle bon vouloir et plaisir du Roy suivant ladvis qui en a est^ donue
par les sieurs d^put^s dud. pays a ce commis par la deliberation des
dilz ordres du dixifeme jour d'oclobre mil six cens trente quatre.
Prcmierement a ete resolu et conclu que pour guardcr Tordre antiea
et se maintenir en la liberty et priuileges accord^ aud. pays par les roys
predecesseurs et par le roy heureusement regnant suivant I'arrest du
conseil du vint sixieme juillet aud. an mil six cens trente quatre lassem-
blee des estatz dudit pays sera conuocquec par Tordre de Monsieur le
senechal au commencement de iann(ie aux fins d'estre procede a limpo*
sition et leuee des deniers des lances et autres charges dud. pays auec
plus de facilite et au solagement du public suiuant Testat qui en sera
dresse du consentement de toute lassembl^ etpour la commission de
Toctroy de la donnation afin d'csuiter longeur et au solagement des
deputes led. s^ senechal a estepri^ dela vouloir conuocquer parle m^me
ordre que celle de la siette pour estre tenue Tune assuite de Tautre im-
mediatement.
Et d'autant que par les reglements antients entre autres par ceux de
Tan mil six cens douze et mil six cens vingt certain nombre des ordres
de la noblesse et du tiers estat auroient est^ limit^es pour le defray k
raison de six jours ce qui a est6 ajout^ par les excessives despenses des
journ^. 11 a este jug6 a propos de laisser la liberty a un chacun de
venir auxd estats afin que chacun puisse estre instruit et donner ces aduis
et de retrancher le nombre de jours et a ces fins a ^te conclud et arrest^
par moeure deliberation et du consentement de tons les ordres que le
defray de Tassembl^e est vMnii a quatre jours tant seulement suivant
les taxes ordinaires faictes ez pr^cedentes assemblies et le paiement en
sera faicl a proportion du trauail et des seances que chCin aura vacqui
pendent lesd quatre jours et non autrement ce qui a ^t^ oxactemenl
guards sans y pouuoir estre contreuenu a laduenir.
Que sil faut faire des assembles extraordinaires pour des afaires qui
pourroient suruenir le long de Ian consornant le seruice du roy ou le
bien dupaiis ch(^n desd. ordres sera tenu de venir esd. assemble a ses
despens et sans esperance d'obtenir aucun defray de la part dud pays.
Etdautant quon a cy deuant faict diuerses gratifications lesquelles on
pourrolct pretendre tirer a consequense ce quon desire esuiter a 6ii or-
donn6 que en faveur de ceux qui auront rendeu quelque office ou seruice
telles gratifications seront anuellement regies et mod^rdes par toute
Tassemblte et en corps d'estatz sans pouuoir estre tir6 a consequense
a Faduenir.
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— LXXI —
Que pas ud receueur ne sera receu k bailler deniers de reprinse en
SOD compte ains prestera le reliqua plustot que de sortir de Tassemblde
et sera retenu jusques a lefectif paycment.
Et seront les receueurs tenus de donner leur compte en comuDication
aux scindicz huit jours auparauant la tenue des estatz pour veriQer si
lesdcomptes et quitances sont en bonne forme et en cas de retardement
les comptables seront tenus de repondre des frais de Tassembl^e a leurs
propres despens.
Les d^put^s des villes et communaut^ viendront aux assembles des
estats auec plain pouvoir de leur comettans pour deliberer et conclure
de toutes affaires qui se traiteront en icelie et en fournirout le scindic
pour en estre faict registre.
Toutes deliberations seront pour non aduenues et sans effaict si elles
ne sont signees ou paraph(5es par les sieurs scindicz et autres qui vou-
dront signer etcoppie diceiles sera baill^e ausd scindicz.
Et aux fins que la dite assemble puisse estre duement et plainemcnt
instruite des choses resolues en la pr^c^dente ann^e il sera faicte lecteure
des Fouverture et premiere stance des estats des deliberations prinses
en icelles.
Les reglements leus on met sur le bureau le compte de la recepte et
despenses faictes par le receveur qui estait en charge Tannee derniere
lequel receveur a est6 nommte et prins d'offlce par Tassembiee despuis
Tan mil cinq cent huitante quatre qu'on a registre des deliberations des
estats jusques au vingt-huit de mars mil six cent deux que le sieur
Dominique Dumestre feust nomme par la ville de Tarbe et prins deli-
beraon portant que dores en auant la recepte du paiis se ferait par telles
personnesque les consulz de chacunedes villes valines ou communaut^s
qui ont entree aux estatz nommeront par tour chacun'an jusques a ce
que autrement en feust ordonnS duquel et de lad. recepte toutle corps
desd. villes et valines en general et en particulier demeureroient respon-
sable et a ces fins les consuls diceiles fourniront dample pouuoir pour
sen obliger et en faire les assurances requises et necessaires et pour
bien et duement user en lad. charge et recepte et de satisfaire aux con-
ditions port^es par le contract pass6 avec les receveurs Troissens et autres
quy y ont faict lad charge et recepte.
Etparce que tons les receueurs soubligent annuellemd de faire la re-
cepte aux conditions du bail de semblable recepte baillee a faire Ian mil
cinq cents huitante quatre lesdites conditions sont cy apres traiiscrites
comme sansuit.
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— LXXIl —
Coaditions ausquelles les gens des trois estatz du paiis de Bigorre fout
faire annuellemt la collecte des deuiers des tallies et autres ordinaire
et exiraordinaires imposes cotises et diipartis aud paijs par la ville
valine ou comunautd qui est k tour de faire lad recepte ou par le rece-
ueur nomme.
Que pour la comodit^ du port et remise des dcniers qui sont imposes
et ordonues estre leucs sur led paijs taut aux comunautte de la pleloe
que de la montaigne lesd. receueurs tiendront bureau aux Yilles de
Tarbe et Lourde fairont residence aud Tarbe ou ilz y tiendront personne
suQsente pour respondre au sr scindic et a tons autres du deuoir et falct
de sa charge sans qu*il faille pour ce envoyer messager auquel cas se
sera aux despens des receueurs et oultre ils r6pondront de fraix do-
maiges et interestz qui sensuivront.
Item que au recouvrem^ des deniers cotis^ et esguallfe lesditz re-
ceueurs ne pourront procMer par executions sans auoir prealablemt en-
voy6 le mandemt auxd consulz ou pnncipaux habitans et officiers de
chacune communaut^ en laquelle mande sont d^clar6 et oxpecifi^ la
somme et le terme dud paiement port^ par lestat sans que lesd collec-
teurs puissent proceder par executions sur les personnes ou biens dans
le mois a compter du jour et terme du payement prefixe par led estat et
mandemt enuoye contenant la slguiflcationet k cette occasion saduiseront
lesd collecteurs de faire tenir lesdits mandements en temps competants
afin que lesditz consuls et communaut^s ayent temps de faire led de-
partement et leu^e.
Ne pourront lesdits receueurs s'en prendre pour lesdits deniers par
emprisonnements sur les particuliers habitants desdites villes lieux et
communautds reseru6 ez endroits de difBcilles accte mais seulement
sur les consuls gardes et ofQciers leur faisant comander Tarrest par la
ville ou lieux ou seront trouu^s mente ou conduits soubz la charge des
bailies ou autres ayant rbauthorit^ et en cas de cries darrest ou trop
longue contumace et retardement dudit payement luy sera permis de
proceder par emprisonnement desdits ofBciers ou particuliers habitants
ou de prendre de leurs biens si bon leur semble.
Lesd. receueurs seront teuus de faire le payement de la taille des
lances dus au roy montant a seze cent soixante et quatorze livres sans
accroistre ny diminuer suivant les privilleges et exemptions accordces
audit pays de Bigorre ez mains du receveur general a Bordeaux a
ces perils et fortunes et relever ledit pays et habitants en g^n^ral et
particuliers de touts despens, domalges et inth^rest qui s'en pourraient
ensuivre a faute dudit payement.
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— LXXIII —
NuseroDt icsd receueurs courir au sergeants employes au recouure-
ment liefuo ou solUcitation desdits deniers daucune exaction ou con-
cussion soubz prelexte des sallferes des executions commahdpments ou
constrainle desdits payenients sur lesd habitants ou leurs biens ains se
contenteront a faute de paier pass^ leJit raois apres le terme de salere
modere ainsin qu*est accostum^ par les predecesseurs receveurs scavoir
de vingt sols pour journ^e necessairement expos^e et employ^ i peine
d'estre condamn^s h la restutition et souffrir telle reparasion qui par les
Estats sera ordonn^e.
Lesdits receveurs acquiteront tons mandements et ordonnances qui
seront faictes par ledit pays en paiant fidellement les sommes qui leur
seront baillees aux personnes quil apartiendra et a quoy elles seront as-
signees a mesure et aussy tost qu'ils recevront largent et pour le plus
long dans deux mois apres le jour du terme prefixe de la leu^e desdits
deniers par lestat qui sera bailie aux receueurs; fourniront aussy toutes
les sommes qui leur seront ordonnees par mandenient du sieur scindic
ou autres ayant la charge et direction des affaires dudit paijs sans au-
cun dellay ny retardement a peine des despens domaiges et intherests
caus& par les retardements.
A la fln de chasque annte lesd receveurs rendront leur compte fidel-
lement et les communicqueront huit jours devant aux sieurs scindicset
autres qui voudront le voir sans qu'ils puissent estre admis k bailler au-
cuns deniers de reprinse suiuant les reglements faictz au mois de mars
mil six cents trente cinq lesquels ils seront tenus d*obseruer en ce qui
leur conserne et de paiier leur rcliqua sur le bureau a peine de respon-
dre de tout despens domaiges et interestz a faute de ce faire et seront
neantmoins arrestes jusques a ce quilz auront pr^t^ leurd reliqua sy
autrement n'est conuenu et arrests par les estatz.
Le consul dela ville valine ou comunaut6 quj sera a tour de nom-
mer a faire la recepte des deniers qui seront imposes aura pouuoir de
ses comettans quil remettra ez mains du scindic pour obliger les per-
sonnes et biens de la ville valine ou communaut^ qui nommera ce
qu'il faira a Touverture des estatz et generalemt dobserver les regle-
mens et conditions faictes au bail de semblable recepte de Ian mil cinq
cents huitante quatre desquelles il leur sera faicte lecteure et en caz les
estatz nommeroit ou prendroict quelq receueur dofRce il sera tenu bail-
ler causions domicellier et residents au plat paijs au gre et contentemt
de Tassemblde des estatz.
Ne rendront lesd receueurs qu'un seul compte et sobligeront lun pour
lautre sans pouuoir pretendre de plus grands gaige^ que les ordinaires
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— LXXIV —
qiy sont cinq cents Hares pour toule sorte de recepte en quoy qudle
puisse monter.
Et dautant que le roolle des feus sur lequel se faict la liefuedela taille
qui est annuellemt impost et departie en corps destatz ne s'est trouve
dans les archifz du paijs led. rooUe et departement des feus pourseruir
de memoire a laduenir est mis cy apres par ordre alphabetique.
Arcizac Adour vi feux ij quartz.
Alier j qt de feu.
Antist iiii feus iij qtz.
Aste IX feus.
ArgellespresBaignerej feuj qt.
Angos jj qtz de feu.
Arricau jj feus.
Aucillos jjj feus jj qtz.
Aubaredejjjj feus jjj qtz.
Ausraets vjj feus jj qtz.
Antin jjj feus jj qtz.
Artaignan xj feus jj qtz.
Andres xjx feus.
Aurensan xj feus jj qtz.
Aureiihan xjjjj feus j qt.
Astugue jjjj feus jj qtz.
Arrayojj feus,
Arroudet jjj feus jj qtz.
Artigues et Castres j feu iij qtz.
Ayne j feu jjj qtz.
Arcizac aux Angles jjj feus j qt.
Auera j feu jj qtz.
Ad6 xjjj feus j qt.
Azereix xvjj feus.
Barbazan Debat xjjjj feus jj qtz.
Bernac Debat xj feus.
Bernac dessust v feus jjj qtz.
Bagneres lviu feus jjj qtz.
Beudean x feus jjj qtz.
Bonnemaiso jjj qtz de feu.
Barbazan dessust jjj feus jjj qtz.
Bordes xjjjj feus j qt.
Betmauj feu.
Bugar j feu jjj qtz.
Bernadet j feu jj qtz.
Burc X feus.
Boeil dauant jjj feus.
Bourc pres segualas j feu.
Boly j qt de feu.
Barbachen jjjj feus.
Bordun j qt de feu.
Bazet vj feus jjj qtz.
Bourse jjj feus jj qtz.
Bazilhac xjj feus jjj qtz.
Boeil darre vjj feus jjj qtz.
Bourriacj feu jjj qtz.
Benac xv feus.
Barrj de Benac j feu j qt.
Borders xxvjjj feus.
Barlest jjjj feus jj qtz.
Bertraes v feus jjj qtz.
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— LXXV —
Campan xxvjj feus j qt.
Clarac ix feus j qt.
Cabanac vij feus ij qtz.
Castetvieil viij feus.
Castetbaiac x feus ij qtz.
Casaley j feu.
Coalonques iij feus j qt.
Calauante et forquet ij feus.
Caixon xxviij feus ij qtz.
Camales xiiii feus ig qtz.
Gossan j feu.
Ghiies iij feus j qt.
Dours vfeusj^qt.
Escot ij qtz de feu.
Escourts j feuj qt.
Eslameac ig feus g qtz.
E
Escoubes ij feus i qt.
Escounetz vj feus iij qtz.
Frexou Freixet ij feus ij qtz.
Forgues iij feus j qt.
Gerde v feus iij qt.
Goudon xij feusj qt.
Gounes iij qtz de feu.
Gayan xxiij feus ij qt.
Geis aux angles ij feus.
Gerret j feu ij qtz.
Gensac j feu iij qtz.
Gard^resxj feuxj qt.
Byes iiij feus j qt.
Jacque ij feus.
Julos g feus iij qtz.
Hibarete jj feus.
I-J
Juillan x\ feus ij qtz.
Ibos XLYiii feus iij qtz.
Labass^re viij feus.
Luc V feus ij qtz.
Lamarque prte Villambis j feu.
Larthe ij qtz de feu.
Luby X feus.
Lourde Lxij feus ij qtz.
Lubret ij qtz defeu.
Loujt iiij feus iij qtz.
Lizos iiij feus iij qtz.
Lahitole xxxiij feus.
Liaciiij feusiqt.
Lareule xviij feus ij qtz.
Lagarde i feu ij qtz.
Lacassaigne viij feus iij qtz.
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Lescury vii fens iij qlz.
Lou Castcra v feus.
Laslades ij feus.
Lespoey j feu.
Lansac ij qtz de feu.
Laloubere j qt de feu.
Loucup ij feus ij qtz.
Lafile des Angles iij feus j qt.
Lanso j feu.
Lozorn j feu j qt.
LXXVI —
Lerct iij qlz de feu.
Lesigoan v feus ij qtz.
Los Angles vi feus j qt.
Layrisse j feu iij qtz.
Loej viij feus j qt.
Lanna vij feus.
Luquet v feus iij qlz.
Lamarca vj feus j ql.
Loubajatvi feus ij qlz.
iMerlheau j feu.
Montignac i feu.
Mouledous iiij feus j qt.
Mazcaras v feus j qt.
Mun xij feus.
Montastruc xij feus.
Marceilhan x feus j ql.
Noilhan iiij feus ij qlz.
Maseroles vij feus ij qtz.
Mausan j feu j qt.
Monfaucon x? feus iij qlz.
Marsac vj feus.
Marcarie iij feus iij qtz.
Momeres viij feus.
Monguailhard ix feus j qt.
N
Nulh j feu j qt.
Ordizan vj feus.
Orignac ij feus.
Oleac dcssust ij feus ij qlz.
Ozon X feus ij qlz.
Orius vj feus j qtz.
Oleac debat j qt de feu.
Orleix xv feusj qt.
Odos X feus iij qlz.
Ossun ez Angles ij feus.
Orincles vij feus.
Oura XX feus ij qlz.
Ourouix vj feus.
Ossun xvj feus.
Peyriguere ij feus.
Pouzac xj feus ij qlz.
Poey j feu.
Peyraube j qt de feu.
Peyrun et Soos ij feus ij qlz.
Pruil j feu j qt,
Puio xj feus ij qtz.
Poeyastruc ix feus iij qlz.
Poeyraton ij qtz de feu.
Pouts ij qtz de feu.
Pareac ij feus.
Pintar j feu.
Poeyferre viij feus ij qlz.
Pcy rouse vij feus ij qtz.
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Rabastenxs ly feus.
Semeac ix feus.
Soas X feus ij qtz.
Sinzo vj feus ij qtz.
Sere iij qtz de feu.
Saintluc iiij feus.
Soycaux vy feus j qt.
Saintlezer xy feus \j qtz.
Sanous iiij feus ij qtz.
Siarroy ix feus ij qtz.
Sarniguet vj feus y qtz.
Tarbe cxiig feus.
Trebons x feus.
Tuy j qt de feu.
Torley j feu iy qtz.
Vielle V feus.
Villeaaue iij feus.
Vanoas v feus ij qtz.
LXXVII —
R
S
Segalas j feu.
Sarriac tx feus.
Soreac ij feus y qtz.
Sabalos j qt de feu.
Salles iiy feus, j qt.
SaintmartiQ ij qtzde feu.
Sere ez Angles ij feus g qtz.
Seron x feus g qtz.
Sempe xxxv feusj qt.
Teul6 j feu.
Toustat vj feus y qtz.
Talazac j qt de feu.
Viellenaue y feus y qtz.
Vic Lxv feus.
VALLfiES
LA VILLEE DE LEXTREME DB SiLLES.
Salles ix feus.
Argellezxy feusj qt.
Ges vy feus.
Sera iy feus y qtz.
Ost iiy feus.
Sainct Seuin xxj feus.
Adast y feus y qtz.
Nestalas x feus y qtz.
Solon vy feus j qt.
Cautares v feus.
Ouzous vj feus y qtz.
Aysac v feus j qt.
Viuzac y feus iy qtz.
Vidalos j feu.
Agos iiy feus j qt.
LA RITliAE DE SAINGT SEUIN
Ves iy feus.
Balaignas jfeu.
Lau iy feus iy qtz.
Arcizac deuant x feus y qtz.
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— LXXYIII —
Li YILLEE DE DaUINTAIGUE.
ViellelODgue x feus ly qtz. Arbouix g feux iij qtz.
Soyij feusj qt.
Beucens v feus y qtz.'
Artalens et St Aadreil vj feus
Velle besac j feu iy qtz.
Noeilhan ij feus.
Arey iij qtz de feu.
Preichac v feus.
U VALLEE DAZUN.
Cagos et bier ij feus iij qtz.
Bordes pres Arbouix, j feu j qt.
Loplau de Coret ij qtz de feu.
Silhen iij feus iy qtz.
Sainctpastous ix feus.
Ayros ig feus.
Arrens xxg feus ig qtz.
Marsousxxvj feus j qt.
AucuD xvij feus iij qtz.
Gaillaguos xig feus j qt.
Lus xxvj feus jjj qtz.
Esquiesse v feus jjj qtz.
Bizosjjj feus.
Vellenaue jj feus.
Cbeza jjj feus jjj qtz.
Biscos jj feus.
Grus iv feus.
Sazosxij feusjj qtz.
Sazis iv feus jjj qtz.
Arcizas Soubiron vj feus.
Bun vig feus.
Sireis iiij feus.
Arras xvj feus j qt.
LA VALL^E DE BaR^IGE.
Saligos iv feux jjj qtz.
Serte v feus jj qtz.
Viey jj feus.
Betpoey vg feus.
Viellaiv feusj qt.
SaiQCt Martin jj feus.
Esterre iv feus.
Sere jj feusj qt.
Om6ex vj feus j qt.
Se^us vj feus g qtz.
Aspy ig feus ig qtz.
Geu ig feus g qtz.
Berberust ij feus j qt.
Lias ij feus ij qtz.
Ger iij feus.
Lugaigna j feus iij qtz.
Senteriaciij feus ij qtz.
Juncalas vj feusj qt.
LA YALLEE de BALSORIGU&RE.
Ossen V feus ig qtz.
Biger ig feus ig qtz.
l'eXTREME DE GASTET LOUBON.
Cheust iij feus j qt.
Castet loubon vj feus.
Basost vg feus g qtz.
Ordonj feuig qtz.
Ordis j feu iij qtz.
Oste iij feus ig qtz.
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— LXXIX —
Document n^ 9.
Notes sur quelquesancieDnesinonnaies, qai, d'apres les chartes
et actes publics de toute sorie, avaient coars od AqaitaiDO, dans
les slides ant^riears au xvIIl^
llDe premiere ^valaation est dae aux recherches de FranQois de
Lucas. Ayant ^t^ nomm^ commissaire r^formateur adjoint du do-
maine de Bigorre, il fitun m^moire d'apr&s les ^l^ments et comptes
anciens dont cette operation lui avait fourni les details. II crut pou-
voir r^sumer les r^sultats de son ^tude par le tableau suivant, dresse
par Itvres, sous el deniers tournois :
Baquette 0
Blanc 0
Grand Blanc 0
Carolus 0
Denier morlan, ou le
morlan.. 0
Denier de Morlas... 0
Denier Jaqute, ou le
Jaqute 0
Double 0
Denier Pelat, ou le
Pelat 0
Ecu courable 4
Ecu petit 4
f. d. I. f. iL
0 0 3/4 Ecu petit dor6 4 7 6
0 5 Ecusol 3 0 0
0 40 Florin 0 43 6
0 40 Florio corrable.... 0 42 0
Gros 0 4 44/2
0 2 4/4 Liard o 0 3
0 3 Livre fiscale 4 4 8
Real de France ou
0 4 4/2 d'Espagne 0 5 0
0 2 Sol bon . 0 4 6
Sol Jaqu6s 0 4 6
0 4 4/2 Sol morlan 0 2 3
4 0 Sol de Morlas 0 3 0
7 0 Sol tournois 0 4 0
Mais, s'il faut s'en tenir rigoureusement aux actes' et transac-
tions qui deter minent les valeurs rela lives avec le plus de preci-
sion en cette matiire, notre commissaire r6formateur aurait commis
certaines inexactitudes qui se redressent par eel autre tableau.
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— LXXX —
Etat de la valeur des anciennes Monnoiis plm itendu et plus correct.
1. 8. d.
Baquete, trois quarts
de denier, les qua-
tre font le Hard.. 0 0 0 3/4
Blanc, quatre deniers
etdemi 0 0 44/2
Garolus, dii deniers. 0 0 40
Caulen, demie ba-
quete 0 0 0 3/8
Denier morlas on
morlan 0 0 3
EniZ^T^selonl'd-
change de Hus, les
quatre deniers mor-
lans ne valoient que
sept deniers tour-
nois. C'est-a-dire de-
nier morlan 0 0 4 3/4
Denier d'oril'Agnel
ouAngelot(4322),
25 sols parisis, ou 4 44 3
Denier d'or k Yicu. 0 6 0
Double (un) 0 0 40
Double (une) 0 0 2
Doublet 0 0 6
Ecu corrable 4 4 0
Ecu sol en 4556 2 14 0
Ecu sol depuis 4 556 3 0 0
Ecu petit 4 7 0
Ecu petit dor6 4 7 6
Ecu parisis. 4 5 0
Ecu gros 4 7 0
Ecu d'Ev^que 4 7 6
Ecucouronn^(4354) 0 42 6
Ecu d'or couronne
(4384) 4 2 0
Ecu d'or aumouton,
30US St-Iyouis ... 0 42 6
1. ». i.
Ecu d'or au mouton
SOUS Philippe le
Bel et ses enfants 4 0 0
Ecu dor au mouton
. sous les Anglais. 2 0 0
Ecu d'or au mouton
en 4492 et 4541. 0 45 6
Florin corrable neuf
sols bons ou Ja-
qu68 0 43 6
FrancdeRoi (4483) 4 0 0
Francd'argent(4593) 4 2 0
Franc bordalois- . . 0 45 0
Franc de Beam — 0 45 0
Franc de Beam heyt 0 46 0
Florin comtal de Bi-
gorre(4432,4440) 0 45 0
Florin de France
(4465).. . 0 45 3
Florin Guillermin
(4459) 0 4 6
Gros 0 0 9
Gros d'argent 0 4 6
Henri (4566) 5 5 0
Jaqu6s, trois oboles 0 0 4 4/2
Liard 0 0 3
Liard Guian^s 0 0 5
Livre d'or 2 40 0
Livre Carline 0 6 0
Livre flscale en 4528 0 45 .0
en 4580 4 4 4 4/2
Noble&laRose(4566) 6 45 0
Reale(4566) 0 8 4
Reau(4566) 0 4 2
P6lat 0 0 4 4/8
Sol Melgoire 0 7 6
Sol Bemardin 0 7 6
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—
LXXXI —
t.
d.
I.
f-
d.
4
6
Id. eaBigorre(4443)
4
6
^lait compt6 paur
0
4
6
4
6
Tournois noir ou
obole Tolozane . .
0
0
4
2
3
Sol Tolza
0
2
0
Sol cum florej forte
3
0
monnoic , .
0
2
6
1.
Sol bon 0
Solgros../. 0
Sol Jacques 0
SolMorlaD,pour ren-
tes au comte 0
Sol Morlan,pourrea-
tes au seigneur. . 0
Document n9^(^.
Blancha, Dei gratis regina Navarre, Gampanie Brieque comitissa
palatina, universis presentes litteras inspecturis salutem. Notum facimus
quod inter nos et carissimum dominum et consanguinem nostrum, Phi-
lippum, Dei gratia regem Francie illustrissimum, super matrimonio con-
trahendo inter flliam nostram Johannam, heredem unicam regni et
comitatuum predictorum, et unum ex duobus primogenitis diet! domini
regis, qui per dispensationem sedis apostolice earn habere potuerit in
uxorem, tales habite sunt conventiones : videlicet quod predictus domi-
nus rex et nos curam adhibebimus diligentem, et operam dabimus effi-
cacem, quod dictus Alius domini regis et Johanna predicta, constitutain
etate sufScienti ad sponsalia contrahenda, ad sponsalia se obligent. Et
quando dicta Johanna ad nubilem etatem venerit, dictus Alius domini
regis earn accipiet in uxorem, et ipsa eum redpiet in maritum; nisi
Blanche, par la gr&ce de Dieu, Reine de Navarre Gomtesse palatine
de Ghampagne et de Brie, k tous ceux qui ces pr^entes verront, salut.
Savoir faisons qu'entre nous et notre tr6s cher seigneur et parent,
Philippe, par la gr&ce de Dieu Roi tres illustre de France, touchant le
manage a venir de notre Alle Jehanne, h^riti^re unique du Royaume et
des Gomt^s susdits, avec Tun des deux premiers n^s du dit seigneur
Roi, qui par dispense du si6ge Apostolique pourra la prendre pour Spouse,
ont 616 stipul^es les conventions suivantes :
A savoir que le susdit seigneur Roi et nous, mettrons un soin empress^
et ferons des efforts efflcaces pour que le dit Als du seigneur Roi, et la
susdite Jehanne, arriv^e a un hge suffisant pour contracter des Aancailles,
s'obligent a les contracter. Et quand la dite Jehanne sera venue en ftge
nubile, le dit Als du seigneur Roi la recevra pour Spouse, et elle le
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— LIXXII —
turpis inflrmitas vel eaormis deformitas, aut aliud impedimentum ratio-
nabile appareret in altemtra personarum ante contractual matrimoDinm
inter ipsas. Et si contingat quod filius dicti domini regis qui dlctam Jo-
hannam, filiam nostram, uxorem habebit, eidem domino regi in regno
non successerit, idem dominus rex voluit et concessit quod ipsa Johanna
habeat pro dotalitio suo quatuor milia librarum parisiensium annui red-
ditus in terra que eidem filio dicti domini regis assignabitur. Si vero
contingat dictum filium domini regis eidem domino regi in regno sac-
cedere, majus dotalicium eidem assignabitur ad arbitrium domini regis
vel ejusdem heredis, si de ipso aliquid humanitercontingeretantequam
fleret matrimonium inter ipsos. Preuiissas autem eonventiones promiat
idem dominus rex se servaturum bon^ fide et fldeliter impleturum. Et
ad hoc se et heredem suum qui eidem in regno successerit, obliga^t
Nos vero easdem eonventiones juravimus ad sancta Dei evangelia nos
firmiter servaturas, et toto conamine nostro fideliter impleturas, ei quod
contr^ easpernos vel aUos non veniemusin futurum. Actum estetiam
inter nos quod nobis in hallo fllie nostre, aut dotalicio nostro. aut in
eonquestibus quos habere debemus in terns predictis, aut aliis jurihus
nostris, per predictas eonventiones nullum omnind prejudidum gene-
recevra pour ^poux; k moins que quelque honteuse infirmity, ou ^orme
difformit^, ou tout autre emp^chement raisonnable n'appartlt dans Tune
des deux personnes avant que le manage fCit conclu entr'elles. Et s'il
advient que le fits du dit seigneur Roi, qui doit Sponsor notre dite fiUe
Jehanne ne succ^de pas au m^me seigneur Roi sur le Mne, le mtoie
seigneur Roi a voulu et entendu que la m^me Jehanne eti pour son
douaire quatre mille livres parisis de revenu annuel sur la terre qui sera
assignee audit fils du seigneur roi.
Si, au contraire, 11 arrive que ledit fils du seigneur roi succMe sur le
tr6ne au m^me seigneur roi, un plus grand douaire lui sera assigne a
la volonte du seigneur roi ou de son h^ritier, si ledit seigneur veuait a
succomber avant que le manage n'eQt eu lieu entr'eux.
Les conventions pr^cit^, le m6me seigneur roi a promis garder de
bonne foi, et remplir fldelement. Et iice a oblige, lui et son hiritierqui
lui eucc^dera dans son royaume. Nous, de notre c6t6, les m6mes conven-
tions avons jur^ sur les saints Evangiles de Dieu, promettant de les
garder fermement et de les remplir de toutes nos forces, et de n'ailer
point contre elles k Tavenir, ni par nous ni par autrui.
II a ^t^ pourvu aussi entre nous a ce que dans le bail de notre fille,
oudans notre douaire ou dans lesrevenus que nous devons avoir sur les
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— LXXXIII —
retur. In cijuus rei testimonium present! bus litteiis nostrum fecimus
.apponi sigillum.
Actum Aureliani, aimo Domini millesimo duceniesimo septuagesimo
quinto, mense maio.
(Du Trisor des Charles, ann. 1275, cart. J 613, noil.)
terres susdites, ou dans tous nos autres droits, les susdites conventions
ne portent aucun pr^udice.
En foi de quoi, faisons apposer notre sceau aux pr^sentes lettres.
Fait k Orleans, Tan du seigneur mille deux cent soixante quinze, au
mois demai.
(Sceau en cire rouge.)
Blanche d'Artois, fiUe de Robert, fr^re de St Louis et comte
d'Artois, avait 6pous6, en 1 270, don Enrique, frire de Thibaut II,
roi de Navarre et comte palatin de Champagne et de Brie (1).
Thibaut II 6tant mort cette m^me ann^e, sans laisser dli^ritier
en ligne directe, don Enrique lui succ^ souslq nomde Henri I.
A son tour, — dit un chroniquenr contemporain, — Henri I
mourut :
i C'^tait ie jour de Ste Marie Madeleine, en Tan de Tlncamation de
Notre-Seigneur J6sus-Christ mil deux cent soixante treize. Et alors la
mort, qui n'6pargne personne, Temmena, leroi Henry, \h ou commande
Justice. En sorte que la Navarre resta en peine et grand trouble. Car une
petite infante il laissa de post^rit^; par quoi les barons laissaient le pays
k Tabandon; car tous ^talent seigneurs comme oiseaux en pftture.
x> Et alors la reine voulut garder mesure et eut tr^s bon conseil; et il Ait
tel d'aventure qu'elle fit gouverneur Et le seigneur de Cascante,
don Pedro Sanchiz de Monte Agudo, gouverna sans conseil la terre de
Navarre et ce qui en d^pendait
» Et alors la reine voulut s'en alter un jour en Champagne, parce qu'elle
voulait beaucoup, voir la jeune reine sa fiUe, qu'on ^levait k Provins; et
(1) Ces deux princes ^taient fils da c^l^bre Thibaut, comte de Champagne, qui
^tait devenu roi de Navarre en 1234, sons le nom de Thibaut I. Depuis plusieurs
generations, le titre de Palatin dtait dans sa famille, parce que les comtes de Cham-
pagne rendaient la justice souveraine au nom et dans le palais du roi de France. Ce
qn'il y a de plus Strange, c'est que nos rois, de la branche des Yalois, prirent souvent
ce mdroe titre, dans les actes publics, apr^s I'annexion definitive de la Champagne k
la cooronne de France, qui se fit en 1361 seulement.
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— LXXXIV —
quand elle s'en fut all6e, ils prirent, en Navarrerie, irks folle r^lution,
telle qu'il ne leur convenait pas, de faire des algarades, que fessan algar-
radas, algarradas bastiron. b
Blanche d'Artois, inform^e des affreux dteordres qui se pr^paraieot
dans le royaume, veut se mettre, avec la feune reine de Navarre dona
Juana, sous la protection du roi de France son cousin; et les deux
princesses se rendent incontinent a la Cour de Philippe le Hardi. C'est
ce voyage qui fut ['occasion de la guerre de Navarre chants par le
trouv^re Guillaume Anelier, que nous venous de eiter, et du projet de
mariage arr^t^ k Orleans, d'apr^s la charte de la reine-mere.
Mais avant de donner suite h cette double n6gociation, Philippe le
Hardi et Blanche, sa cousine, 6crivirent chacun de leur c6t6 aux barons
de Navarre pour leur notifier le ftitur mariage de Thdritier pr6somptif de
la couronne de France avec dona Juana, leur reine.
Le texte de la r^ponse adress6epar les barons au roi Philippe t^molgne
de leur commune satisfaction. Et comme gage anticip6 de Theureuse
union qui se prepare entre les deux couronnes, ils pressent le roi de
France de hotter le moment de son intervention en Navarre, et d'accorder,
sans plus de retard, le secours promis k la reine, Blanche d'Artois,
centre les ennemis du royaume.
Cette charte, du m^me style que la pr^c^ente, mais deux fois plus
^tendue, est dat6e du premier samedi apr^s la Pentec6te de Tannic 4 275.
Elle porte sept sceaux pendants, en cire jaune et verte. Seulement,ilne
reste plus de I'avant-dernier que la cordelette d'attache. (Trisor des
Chartesy ann. 4275, cart. J 643, n^^O.) L'interventlon arm6e dans la
Navarre eut lieu en 4 576. Deux ann6es suffirent pour pacifier le pays;
et dona Juana, marine a Philippe le Bel, k Vkge de 44 ans, fut cou-
ronn^ reine de France et de Navarre. F. C.
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— LXXXV —
Document n^ \\,
LES RIGUEURS DE L'HIVER.
Dans nos climats, ce n'est pas raoignement du soldi qui occaslonne
principalement les rigueurs de Thiyer. Car, au -I «>* Janvier, cet aslre est
plus pres de la terre de plus d'un million de lieues qu'au^^" juillet.
Mais on pent dire en g6n6ral que rabaissement de notre temperature,
dans cette saison, s'explique par le peu de dur^e du mouvement diurne
du soleil sur notre horizon, et par la direction oblique des rayons qui
nous viennent de cet astre (\).
Quant aui rigueurs excessives qui caract^risent sp^cialement certains
hivers, I'histoire se conlente d'en tenir nole dans le cours des siScles,
sans que la science ait jamais pu s'en rendre raison.
Depuis le commencement de T^re chr6tienne, on compte trente-un
hivers comme ayant ^t^ signal^s par les 6crivains entre les plus s^v^res :
cc sont ceux des anntes 400 —462 — 763 — 82^ — . 859 — -1433 —
4234 — 4346-4323 — 4325 — 4354 —4408 — 4420 — 4422—4435
_ 4458 — 4468—4608— 4638 — 4657 — 4709 — 4746 — 4740 —
4776 — 4784 —4788-1794 — 4842—4820—4829—4839.
On dit vulgaircment que les rigueurs extremes de cette saison sont
surtout a redouter dans les hlVers dont le mill^sime se termine par le
chiffre 9. Or, nous ferons observer, k ce propos, que r^num^ration ci-
dessus indiqu^e semblerait conflrmer, jusqu'a un certain point, ce dicton
populaire. Car sur trente-une dates signai^es entre les plus rigoureuses
depuis J^sus-Christ, dix appartiennent ^ des hivers dont lemill^imese
termine par 9 dans Tann^e que cette saison cl6ture, ou, du moins, dans
Tann^e qu'elle ouvre imm6diatement, savoir :
859 4408-4409 4458-4459 4468-4469 4608-4609....
4638-4639..... 4709 4788-4789 4829-4830 4839-
En 859, la mer Adriatlque gela de telle sorte qu'on se rendait a pied
de la terre ferme k Venise.
En 4408-1409, Thiver fut surnomm^ le grand hiver, Le grefflerdu
parlement de Paris a rapports sur ses registres que la saison ^tait si
(1) Cette directioD oblique des rayons solaires, par rapport a notre horizon, fait que
lour intensity, a I'instant du passage de I'astre au m^ridien, est trois fois plus faible
vers le solstice d'hiver que vers celui d'6t^.
9
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— LXXXVI —
rigoureusc qu*il ne lui fut pas possible d'enregislrer les arrets, vu
queTcncre gelait dans sa plume de trois en trois mots. Lorsque la glace
de la Seine se rompit, on vit se mettre en mouvement un gla^n dc
300 pieds de long. Le ponl du Chfttelet et cehii de Saint-Michel furent
renvers^s a cette occasion; tons les autres furent endommag^s, ainsi
que les inalsons construites sur la Seine.
En 4458-1459, une arm^c dc quarante mille hommes campa sur la
glace du Danube.
£n 4468-1469^ les distributions de vin se flrent k coups de hache;
les gens Temportaient en gla^ons ^pais dans leurs chapeaux ou dans des
paniers.
En 4608-1609, Thiver fut encore appel^ le grand hirer. Un trte
grand nombre de personnes p^rirent de froid. Le 23 Janvier on servit
du.pain gel6 k Henri IV, qui voulut le manger ainsi, sans qu'on le d6-
gel&t.
En 4C38-1689, Thiver fut tellement rigoureux que le port de Mar-
seille fut gel^.
En 4708«17O9, grand nombre de personnes p^rirentdc froid, dans
les villes tout aussi bien ,qu'i la campagne. Les bife perirent presque
partout sur pied. On ne put avoir, m6me h Paris, que du pain bis pen-
dant plusieurs mois. On vit k Versailles la Cour du grand roi manger des
preparations d*avoine, et madamede Maintenon donna Fexemple. Louis
XIV, pour secourir les malheureux, vendit pour 400,000 francs de vais-
selie; ce qui r6pond k une moyenne de 800,000 fr. de notre monnaie
actuelle. — En Gascogne, ce fameux hiver ne laissa pas des souvenirs
moins d^sastreux. Voici les details consign^ :
40 Dans un manuscrit de cette epoque donl nous devons la commu-
nication a M. Eugene de Double, avocat a Lectoure;
20 Dans le Livre de Raison de Pierre Dutoya, alors habitant de Con-
dom.
Ce dernier document, public par la Hevue d*Aquitaine (2« ann6e,
page 400), est beaucoup moins dlendu que celui de Lectoure. Nous
nous contenterons de citer au has de la page des extraits qui vicnnent
k Tappui de celui de M. de Double, dont les notes lextuelles s'expri-
ment comme il suit :
<f En 4708 il faisait si grand froid vers la feste St Jean et le jour m^me
de St Jean (27 d^cembre) que tout le monde communementse chofTait.
»En 470^ le lundij scptieme jour du mois de Janvier el jour de la foire
des roijs, il fit un si grand froid cause par le vent de Nort qu'il estait
comme impossible d'habiter dans les rues et k la campagne; le lende*
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— LXXXVII —
main sur Ics quatre heures du soir il tomba une si grande quantit(i dc
negc et continua pendant trois ou quatre jours qu'il y avait commune-
ment partout quatre ou cinq pams de nege; et dans les endroits ou le
vent I'avaitpoussfe il ij en avait de la hauteur de neuf ou dix pams; (^ ) le
froid feut si rigoureux pendant quinze jours continus que Teau se glaQoit
au coin des chominc^es quoij qu'il y eut grand feu; le vln se gla^a en
beaucoup d'endroits dans les barriques qui sentrouuroint au cause de la
glace qui faisait cnfonser quelquefois les barriques (2). Levinaigre, Purine
en sortant de la vessie se glaQoint aussi; le pain estoit aussi si glac^
qu'on ne pouuait le couper avec le couteau et il faloit pour en manger
le falre rostir sur les charbons (3); la plus grande partie des oyscaux, pi-
geons et volaille mourent aussi par le grand froid (4); comme aussi unc
grande partie des aigneaux en sortant du ventre des brebis; il ne resta
pas un seul noyer, figuier, ni laurier, et il faleut les couper tous au
pied; tous les pieds de vigne qui estoient hauls moureurent presque
touts et il n'y eut que ceux qui cstoint has et qui pouuoint estre couuerts
par laneige qui seconseruerent (5); presque tout le bled moureut, et il s'en
conserua fort peu, et il faleut labourer les sem(5s pour y jeter des auoi-
nes et des pois carr^s dans les mois de feurier et mars. On jeta aussi
sur bled mort quantity de petit milh. On en sema aussi cette annee
quantity du gros pour nous garantir de la dizete qui feut si grande que
le bled se vendoit a quinze liuures au mois d'auuril et encore auoit-on
de la peine a en trouuer parce que la recolte precedente auoit este dize-
teuse, presque tout le moode feut reduit k lauroosre et il ny eut qu'n
fort petit nombre qui pent sen garentir, et ce mal feut general en toute
la France, joint & cela que nous auoins une guerre cruele auec Tempe-
reur, les Anglois, les Holandois, le due de Sauoye et le roy de Portugal
qui s'estoiat ligufe contre la France pour dethroner Phippcs, second
fils de Monseigneur le daufln qui feut appell^ a la couronne d'Espaigne
qui se liguercnt auec lempereur et les autres, et il n'y eut que quelque
roiaume d'Espaigne qui luy resta iidele; le mauuais temps done qu'il
(1) Sans rien exagerer la negc avait partout quatre parops d'^paisseur; et dans
les endroits oti le vent la portait, elle 4tait sans mesare. L'on reata prds de deux
jours dans tout Condom pour vuider les greniers, m^me les plus ferm^s, qui en
dtaient pleins.
(2) Les vins furent lors tous gel^s dans les barriques, et la plnpart des vaisseaux
crevds par I'effort do la glace.
(3) On ne pouvait qu'a grand peine ni couper ni manger da pain, quoiqu'on le
tint prds du feu.
(4) Le froid fut si grand qu'il ne resta, dans tout le pays circonvoisin, pas de
perdrix, geais, merles, pies et autres oiseaux ni lapins.
(5) Nous perdlmes cbenes, noyers, oliviers, cMtaigncrs, lauriers, figuiers et tous
les autres arbres, a Texception des ormeaux. Nous pcrdtmes aussi toutes nos vignes
vieilles.
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— LXXXTIII —
flt cettc annte joint k la guerre qui epuysa toute la France par des
subsides et imposts qu'il faloit payer pour soustenir cette guerre mirent
la France dans la plus grande des miseres el dans la derniere conster-
nation : on ne pouuoit pas s(?avoir encore dans ce temps si les chesnes
estoint raorts quoyque bien mortittfe mais nous cognusmes sur la fin
du printemps et sur le commencement de rest6 que les forests entieres
estoient mortes comme le ramier, et le gajan appartenant h la ville, et
il nij eut que les chesnes qu*on appelle communemenl Wanes qui se
conseruerent, presque touts les ormeaux se conseruerent aussi, el il y
eut beaucoup darbres qui fleurirent dans le printemps comme serisiers,
pruniers el pommiers mais ils moureurent bientol apres; nous ne sceu-
m6s trouuer dans Thistoire des sclecles passes une ann6e si mauuaise
que celle la; il feut rendu cette ann^e la des arrests au conseil et au
parlement pour ne laisser point sortir des grains dune jurisdiction a une
autre, et pour cotizer les eclesiastiques habitants et bien tenants pour
la subsistence des pauures.
»Les intendants de Languedoc de Guienne et de Montauban furent la
cause de la dizete des bleds parce qu*ils anoint fail des magazinspre-
textants que c'estoit pour le roy et le sac du bled qui ne leur aouoit
cousin que 3 liv. ou 3 liv. j s {un sol), ils le vendoint apres cela aux Ge-
noi et aux nations estrangeres a 20 liv. le sac.
)) Dans la suite nous fumes assfe heureux que les milhets riussirent
assez; les baillarges el autres menus grains qui se sement lard r6ussirent
aussi assez bien et cest cequi preserva beaucoup de monde et surtoul le
menu peuble de la faim.»
En 4788-1789, le thermomfetre de TObservatoire de Paris marqua,
le 31 d&embre, 48o 1i2 au-dessous de 0. La d^tresse fut gtoirale dans
les provinces, et elle ne fut pas sans influence sur les premiers soul6-
vements de la revolution.
En 1829-4 830, le thcrmometre, a Paris, descendit i U© au-
dessous de 0. A Jully, pendant la b^nMction de la chapelle du college
(2 f(5vrier), I'eau b(5nite dut constamment 6tre tenue sur un rtebaud
de charbons embras^s. Et, nfenmoins, quand la c^r^monie de Tasper-
sion g^n^rale se flt a Texl^rieur, cette eau lancfe bien chaude conlre
les murs par le c<5l6br«nt, M. Tabb^ A. de Salinis (4), rebondissait
instantanemenl a T^lat de glacons sur Tassistance.
En 4838-1839, Thiver fut ^galement compte au nombre des plus
rigoureux.
(1) Actuellemcnt archcvdque d'Aucb.
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— LIXXIX —
Nous feroas n^anmoins observer que les divers ph^nomenes dont la
science a tenu note dans Thistoire des basses temperatures coincident
parfois avec des hivers qui se sont fait remarquer par la dur4e du froid
beaucoup plus que par son intensitS extreme. Cette difT^rence, au reste,
est facile k saisir au moyen du tableau suivant dress^ sur huit hivers
tr^s rigoureux dans une p^riode de ^ 65 ans. Le maximum de froid est
calcul5, pour Paris, en centigrades.
^ 664— 4665
5 Jfivrier
24,2.
n75— n76
29 Janvier
49,4.
4783—4784
30 d^cembre
49,4.
4788—1788
34 d^cembrc
48,5.
4794—4795
26 Janvier
23,4.
1818—4820
44 Janvier
44,3.
4822—4 823
44 Janvier
44,3.
1828—4830
46,0.
■ V| V.
Dont la moyenne est 48, 2.
On voit que dans cette s^rie des froids extremes n'a pas ^t^ compris
Thiver de 4740. Et cependant, il fut tellement rigoureux par sa durte
qu'on vit la Tamise solidiQ^e, et son parcours convert! en une immense
voie publique. Le peuple de Londres construisit un palais de glace, sur
la terrasse duquel furent braqute plosieurs canons aussi de glace. On
chargea ces canons d'un quarteron de poudre chacun et d'un boulet;
on les tira m^me avec grand bruit, sans que, par Texplosion, on r^usstt
k les rompre.
D'un autre c6te, dans ce tableau se retrouvent trois hivers sur huit
de la categoric des mill^imes qui sont terminus par 8, selon Tobser-
vation vulgaire signal^e plus haut.
Mais en dehors de cette categoric par 8, sont mentionncs sur cc m6me
tableau :
40 L'hiver de 4775-4776, dont la rigueur ftit telle qu'Ji Versailles on
dut supprimer les sentinelles du chateau. Les pendules s'arr^terent
dans les appartements, et le vin gela dans les caves ;
2» L'hiver de 4783-4781, ou le froid fut si prolong^ que Louis XVI
ordonna d'allumer des feux en plein air sur les places publiques, dans
rint6r6t des passants. A la barri^re des Sergents fut (^lev^e une statue
de neige dans laquelle le peuple reconnaissant ^tait heureux de retrou-
ver les traits de son roi, qu'il appelait le Bien-Aimi\
30 Enfln, Thiver de 4 794-4 795, qui donna 230, 4 , c'est-i-dire leplus fort
maximum de froid sur les huit ann^s. Ce maximum ne fut observe que
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— xc —
le 26 Janvier; et cependaut dijky le 2 de ce m^me mois, le froid &ait si
rigoureux que les colonoes franoaises, commandoes par Pichegru, pas-
s^rent le Wabal sur la glace; la prise des digues leur ouvrit la Holiande,
et un dOtachement de ca valeric, traversant le Texel, s'empara m6me de
la flotte ennemie.
Le document reproduit des archives de M. de Boubte fait observer
qu'en n08-no9 « la plus grande partic des oiseaux, pigeons et vo-
» laille moururent aussi par le grand froid. » Et Pierre Dutoja ajoute,
pour Condom, t qu'il ne resta pas de perdrix, geais, merles, pies et
» autres oiseaux, ni Iapins.»
Tout le monde salt que ce pbOnom^ne du gibier mort de froid e^
Element observe dans lous les bivers dont la rigueur devient exces-
sive. Les anciens Tavaicnt eux-m^mes constats tout aussi bien que les
modernes. Nous voyons, en effet, sur un sarcopbage du premier temps
de Templre romain, public par Winkelmann, a c6ii des trois all^ries
des autres saisons, Tbivcr flgnrO par une jeune femme portant du gibier.
— Ailleurs, c'est un pelit gOnie ailO qui tient h la main des oiseaux
morts. Et, pour que Tall^orie se comprenne focilement, Tartistegroupe
k c6tO trois autres petits personnages dont le premier se couronne des
fleurs duprintemps, tandis quele second ploie souslepoidsd'une gerbe,
etque le troisiime presse une grappe de raisin sur ses livres.
D. D.
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TABLE
DES MATI£R£S GONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME.
Premiire Partie.
OrdoDDance synodale relative k r^lablissement d*un Comity d*Histoire el
d'Arch^ologie de la Province eccl^siastiqae d^Auch : Mgr de Salinis. 1
Adhesion de Nosseignenrs les EvSques suffragan Is de la Province. ... 5
Au Clerg^ dioc^sain : M. Tabb^ C. de Ladoue, v. g 9
Membres titulaires des confi6r. d^can. : M. Tabb^ F. Canute, v. g. . 12
Le P. A. Mongaillard el ses Hanuserils : M. l*abbS Larroque 46
Reoherches bistoriques sur TArl musical religieux : M. Aloys Kunc. . . 20
M^moires pour Thistoire de M. TAbb^ Fenasse : M. I'Abb^ Fauqu^. . . 24
La peste & Lavardens, en 1653 :M. P. LafTorgue 33
La carle de la Novempopulanie : M. TAbb^ F. Gan^to, v. g 38-477
Manuscrits de M. Daignan du Sendat * M. G. Niel 47
UAbb^ Monlezun el son Hisloire de la Gascogne : M. TAbb^ F.-E. Sabali6. 54
Les Mifices religieux de la Province : M. TAbb^ F. Can^to, v. g. . . . 61
Inlroduction k THisloire g^n^raie de TAquilaine : M. J.-F. Blad6. ... 68
Vocabulaire d'Arcb^ologie chr^tienne : M. rabb6 F. Can6to, v. g. 75, 335, 495
Proc6s-verbal de T^lal des ^glises du diocese d'Aire au xvi« si6-
cle 79, 172, 311, 458
Lellres incites de BIgr deLa.tour-Dupin-Montauban 86,122
Dom Bernard de SMirac : M. TAbb^ Larroque 101
Hisloire liu6raire de la Gascogne : H. L^once Coulure 150
Geographic d'Aquitaine : M. J.-F. Blad6 180, 287
BiRLioGRAPiiE : Analyse de Flavien, : H. TAbb^ Fauqu6 230
Des Goulumes du Fezensac : M. TAbb^ F. Can^lo, v. g 249
Installation de Mgr J. Desmaretz : M. TAbb^ Daignan 275
Essai sur THisl. litl^r. des patois du Midi de la France : M. L. Couture. . 351
Lectoure ville libre : M. G. Niel 367
Quelques notes sur le regime alimentaire des habitants de TArmagnac,
au xvi« et au xvii^ si^cles : M. L^nce Couture 399
LeJugementdeJ.-C: Tableau duxviiosi6cle: M. A. Dauvergne .... 424
Les oeuvres d'art et les artistes : M. TAbb^ F. Canute, v. g 438
M6moires in^ditsde Jean d'An Iras (xvpsi^cle) 466
Eloge du v^n^rable J.-B. de La Salle, fondateur des Fr^res des Ecoles
chr6tiennes : M. Moet, Inspecteur d'Acad^mie 487
Correspond ANCE bistorique.
Mgr de Latour-Dupin, archev6que d*Auch 85, 122
Jeanne d'Albret, royne de Navarre 326
B. Caucabanne 329
Henry de Bourbon (plus tard Henri IV). , . . 331,332,333,472,473
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— XCII —
CORRESPONDANGE DU GoMITl^.
M. le baron d*Agos 91
M. A. Batbie, prof, k la faculty de Droit de Paris 91
M. F. Laferri6re, de Flnstitut 94
M. G.-B. de Lagr^ze, conseilier k la Cour Imp. de Pau 95
M. C. Clauzade , 96
M. rAbb6 Lafourcade , , 212
M. Alphonse Cordier (de Tours) 214
M. le comte de Podenas 215, 517
M. I'Abb^ G. Senlis 217, 394
M. rAbb6 P. Laurence, v. g. de Tarbes. ^ 219
M. TAbb^ F. Can^to, v. g. : archives de Bigorre 22S
M. le docteur L. Sorbets 228
M. Barb6 : archives de Mirande 390
M. Laplagne-Barris, proc. imp. k Paris 39i
M. rAbb6 G. Sentis : Itin^rairede TAbb^ Daignan en 1715 394
M. rAbb6 Lugat, cnr6 de Hastingues : le Cartulaire deSordes. . . 936
M. TAbb^ J. Marque, cur6-doyen de Rabastens et Cb. hon. . . 508
M. le docteur J.-M. Candell^ : Chapelle de Taron . . , 510
M. TAbbS L. Abadie : Ancien diocese de Lombez 512
M. L6once Couture : Son retour d'ltalie 517
MELANGES ET NOUVELLES. — R^pOUSCS divCrSCS . 98
Travaux d*int6rieur k la catb^drale d'Aucb 243
L'abb4 J.-B. de La Salle. — Tombeau de Ste Quitterie. — Croix gem-
m6e do Cologne. — Ghftsses pr^cieuses. ^^Eglise de Biarrote • . 518
Seconds Pariie.
Divers extrails du P. A. Hongaillard, j^suite i
Testament retenu en temps de peste par un pr^tre xn
Charte de concessions fSodales au Houga xiu
Charte de recompenses militaires aux archev. d^Auch xxm
Moniloire lanc6 par un <5v6que intrus en 1791 xxi?
Coutumes du comt^ de Fezensac, octroy6es par Bernard VI xxix
Bigorre et Estatz de Bigorre lxvi
Tableaux d'anciennes monnaies lxxix
Premiere annexion de la couronne de Navarre k celle de France, au
xiiic si^cle, sous le pelit-fils deSt-Louis (1284-1328) lxxxi
Les rigueurs de lliiver : Documents bistoriques lxxxy
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BULLETIN DU COMITE DE LA PROVINCE DIUCH.
Le Bulletin, puLUcalion trimeslrielle en celte premiere annee, paraUra plus
souvKNT a la deuxi6me, de maniere a. former, en 1861, un volume de plus de 600
pages, avec quelques dessins en lexte, el des planches hors text«.
Le prix du 2" volume est de 6 t'r. pour les quatre dioceses qui formunt la Province
actuelle d'Auch, el de 8 fr. pour le resle de la France.— Pour rdlrangerl* taxo pos-
tale est en sus, ainsi que le^ frais de recouvrement.
Pour la France, onajoute au prix ci-dessus, comme frais de recouvrement, 50 c;
si Ton n'aime mieux payer directement a I'Editeur, par un bon sur la poste, on bien
en esp^ces, le chifTre fix^ pour Tabonnemenl.
Le prix de chaque Livraison prise sdparemenl chez I'Editeur demeure fixe a 2 fi*.,
ou bien a 2 fr. 50 c. par la poste, a I'lnldiieur.
Chacune d'elles aura une partie consacr^e a d'ANCiENS docuitents mBDiTS :
tels que Monuments traditionnels de discipline el de liturgie dioc^saines ; Cou-
tumes de Coml^Ss, de Baronnies, de Communes; Essais historiques ou litt^raires;
Cartulaires el Charles Isoldes; Lcttrcs, PouilUSf Inventaires, Proc^s-Verbaux,
LigendeSy M4moires en forme de Llvre- Journal ou autres, etc., etc.
Les cboix seront toujours fails dans un bul d'int^r^t public, el de maniere a pre-
senter, dans les details intimes de noire vieille hisloire locale, comme unc «orte de
conlre-^prouve, mise en regard do Thistoire g^n^rale.
On souscril, a Paris, librairie calholique Jacques LECOFFRE el C'', rue du
Vieux-Colombier, 29.— k knch, librairie calholique Emmanuel FALlfiRES, me
de rOratoire, 41 .
Toule communication relative h 1^ redaction du Bulletin doit ^tic adress^ a
M. FAUQUfi, professeur de rh^lorique au petit sominaire d'Auch.
Les documents in^dits doivent 6lre adresses a M. PEYRET-MIRANDE, archiviste
da CoMiTi, aTarchev^ch^ d'Auch.
Les reclamations relatives a Tadminislralion du Bulletin doivent 6lre adress^es a
I'Editeur, Emmanuel FALlfiRES.
NoTA. On est pri^ d'affranchir les lettres el envois de toule sorcc.
Auch, imprimerie el lithographie Felix Foix, rue Balgueric.
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